CHAPITRE XVIII
grande masse de 5uffî*ages. Il parla pour se justi-^ fier. Mais le coup était porté. Alors il n^en fallait pas davantage pour rendre le meilleur républicain suspect et le discréditer entièrement, Cambacérès était certainement dévoué à la révolution; il Favait assez prouvé. LVtait-il autant à la république? Il était permis de croire quMl penchait plutôt pour une n^onarchie représentative. CMtait un homme de savoir^ un de nos premiers jurisconsultes j habile au maniement des affaires ; parlant avec facilité et clarté , d^un tact fin et d^un jugement sûr , modéré dans ses opinions et dans son langage, patient y froid et poli, prudent jus-^ qu^à la pusillanimité , excessivement égoïste et possédant au plus haut degré Fesprit de conduite. Avant le 9 thermidor , la législation civile lui servit de refuge ; ensuite porté au comité de salut pubh'c , il se partagea entre elle et la diplomatie ; il prit part à une foule de travaux, évitant avec soin de se mêler dans les débats dçs partis pour n'en offenser aucun , s^effaçant et reparaissant , se taisant et reparlant à propos; enfin jouissant de la considération que lui avaient justement acquise ses talens et ses services , il avait glissé entre tous les écueils et vint échouer au port, le directoire i objet de tous ses vœux. Seul il n'^aurait pas eu assez de force de caractère pour conduire le vaisseau de rÉtat que menaçaient encore de violentes tempêtes; mais dans un gouvernement composé de cinq personnes , il aurait très-bien tenu sa place ,
et beaucoup mieux que la plupart de ceux qui lui furent préfères/
Le 4 9 Baudin fit adopter par la commission des onze un décret sur les moyens de terminer la révo< lution. L^un de ces moyens était,une amnistie pour les faits purement relatifs à la révolution , excepté pour la conspiration du i3 vendémiaire.
Le président déclara simplement que la séance était levée. Je Tinvitai à déclarer du moins que la Convention nationale avait rempli sa mission, et qu'yen conséquence sa session était terminée. Il prononça cette déclaration.
La Convention avait été convoquée sous le canon du 10 août : le canon du i3 vendénqiiaire annonça sa retraite.
Pendant une session de trois ans, elle avait résisté à FEurOpe , vaincu ses ennemis , dicté là paix, constitué la république, amené les rois coalisés à la reconnaître et à conclure des traités avec elle, ajouté la Belgique à son territoire, élevé la France au premier rang parmi les nations , triomphé de ses ennemis intérieurs et pacifié la Vendée.
Elle avait établi Tuniformité des poids et mesures, préparé une législation égale pour tous, jeté les principales bases d^un code civil, et constitué la dette publique en Tinscrivant sur le çrand-lwre.
Elle avait décrété des codes pour toutes les branches du service militaire.
Elle avait fondé le musée national des arts , des
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écoles pour les sciences , les lettres et toutes les parties de renseignement public.
Elle léguait à Payenir d'abondantes ressources ^ de terribles leçons et de grands exemples. •
Le bien qu^ellè avait fait ou préparé était son ouvrage ; les calamités qui , sous son règne , avaient affligé la patrie ^ étaient le résultat des circonstances.
Jamais assemblée nWait été convoquée dans des conjonctures plus difficiles. Trois ans de révolution avaient miné le trône , ébranlé la monarchie dans ses antiques fondemens , allumé les haines et enflammé les partis. La France était un volcan , et la Convention fut appelée au moment où Fexplosion ne venait que de commencer; le cratère était ouvert et vomissait des torrens de lave embrasée. Il était au-dessus delà nature humaine de leur assigner des bornes : un Dieu seul aurait pu les maîtriser ou gouverner au milieu de tous les élémens déchaînés. Toute autre assemblée que la Convention , de quelque manière qu^elle eût été formée , n^e^t pas évité sa fatale destinée ; car enfin, quels étaient donc ces conventionnels que Fesprit de parti a représentés comme des hommes ignorans , grossiers, féroces, comme la lie de la nation? Excepté une cinquantaine dMndividus, parmi lesquels figurait une grande partie de la députation de Paris , cette Convention, dont on fait une si monstrueuse peinture , se composait^ j^ose le dire, d%ommes qui , avant leur nomination , jouissaient dans leurs dér-
aôB CONVENTION.
partemens, à un degré plus ou moins éminent, de la considération et de Testimedues aux lumières, , aux talens, aux vertus; d^hommes pris dans les classes les pli|s éclairées et les plus utiles de la société^ dans les professions les plus libérales. Vergniaud, Guadet, Gensonné , ornemens du barreaq de Bor« deauz si riche en talens ; Ducos , Boyer-^Fonfrède ^ tous ces députés delà Gironde; Hérault de Séchelles^ Lepelletier Saint-^Fargeau , Condoroet, Fourcroy , Lanjuinais^ Daunou, Sieyes, Baudin, Boissy-d''An^ glas , Buzot, Cambacérès , Carnot , Treilhard , Mer« lin de Douajr et cinq cents autres qui , avant dVr^ river à la Convention , dans le cercle où ils étaient connus, avateiit fait honorer et respecter leurs noms , étaient-ils donc des êtres grossiers, ignorans et féroces? Dans les assemblées nationales qui précédèrent et suivirent la Convention , qui pou-^ vait le disputer en éclat et en mérite à une foule de noms qu'elle comptait dans son sein ?
De quels élémens étaient composées les as-^ «emblées électorales qui nommèrent les conven*^ tionnels? De tout ce qu'il y avait en France de plu$ considéra})le parmi les magistrats , les administra-* teurs , les propriétaires, les négocians et les citoyens fidèles p la cause nationale.
On a dit que les chopx avaient été faits sous Vin-^ fluence de la terreur qu'^avaient inspirée les massacres des â et 3 septemtlre. Il est difficile de bien coruprendre le sens de cette assertion ; car cette épouvantable boucherie excita Tindignation dass
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les dëpartemens* L^esprit qui y animait les autorites était bien di£Férent de Tborrible frénésie qui s^était emparée de celles de la capitale. Son exemple ne trouva nulle part d^imitateurs ; sa domination n^était point encore avouée^ ni établie hors de ses murailles. Dans les départemens le peuple avait Tenthousiasme du patriotisme et ne se souillait point de sang. La plus grande liberté régna dans les assemblées électorales; elles se distinguèrent en général par le calme de leurs opérations.
Toutes les exagérations , toutes les calomnies sur la formation de la Convention , tombent devant un seul fait. Parmi ces électeurs , que Ton suppose avoir été dominés par la commune de Paris, ou assez lâches pour avoir nommé sciemment des députés indignes de ce caractère ou incapables de remplir leur mission , figuraient au premier rang ces admi*nistrateurs, ces magistrats et ces citoyens , qui, neuf mois après, à la nouvelle de Tarrestation de leurs représentans , le 3i mai, s^insurgèrent pour briser le joug de la commune de Paris, portèrent ensuite, comme fédéralistes, leur tête surTéchafaud , et furent les premières victimes de la terreur. Voilà les terroristes et les hommes de sang qui nommèrent parmi eux les metnbres de la Convention !