SUR LPS SOCIETES POPULAIRES
98 VENDÉMIAIRE ATi III.
Ce projet i^e parait d^one telle importance, qu^il me sèïnble (léeessaire , ûiiânie quand rajournetnent serait adopté , dMclaîrer le peuple jpar une discussiob raikonnéë.
Je suis eflFrayé des divers articles de ce projet ; je ne conçois pa^ comment ofi pourrait enlever aux agrégations d^hommés libres la faculté de communiquer entre elles. (Murmures.) Je pense comme tous les membres de la Convention , qu^il n^appartient qu^aux représentans du peuple et aux autorités constituées de concourir au gouvernement, que les sociétés populaires ne doivent y avoir aucune . part active ; mais je sais aussi qu^elles ont des droits inhérens à la qualité des citoyens qui les composent , des droits quUl nVst pas au pouvoir du gouvernement de leur ôter. Si les sociétés populaires se sont écartées des bornes que la raison leur prescrit , si elles ont usurpé sur le gouvernement , vous devez en accuser la législation qui , dans plusieurs lois rendues depuis rétablissement du gouvernement révolutionnaire, les y a fait participer. Si,
comme je le croîs , il y a des inconvenieos à ce que les sociétés populaires conservent plus long-temps ce droit, il faut le leur ôter ;il faut qu^elles ne gouvernent plus; mais il ne faut pas pour'cela porter atteinte au droit qu'ont tous les citoyens de cornmuniqper entre eux»
Rappelez-vous les services rendus à la répu^ blique par les sociétés populaires, tant qu'elles ont été contenues dans de justes bornes ; il n'est pas un ineiidi>re de la Conveption qui ne se fasse honneur d'avoir éié de ces sociétés, (on applaudit) et qui ne doive à leur inflqencé le caractère dont il e^ t revêtu, (murmures) parce que c'est là que les pa^ triotes se sont fait connaître.
Il ne s'agit pas de détruire ces institutions ; personne n'en a envie ; mais il faut être prudent dans les mesures k prendre : il ne faut pas que ces sociétés puissent influencer d'une tnanière arbitraire, directe et tyranniquè le. gouvernement, mais aussi il iTaut qu'elle jouissent de la plus entière liberté.
Ce ne sont point les sociétés populaires qu'il &ut aecusér des m^ux qpi ont tou]*ment^ la république, mais 1^ malheur des circonstances, mais les conspirati<)|is du gouvernement lui-même ; car c'est le goqvèmement qui fait la morale publique. Lors-»qb'il 'donn« dé bons exemples , lorsqu'il prêché 1^ morale et qu'il la pratique, les citoyens et les so-^ ciétés s'empressent delà suivre. (Applaudissemens.) Il n'est pas étonnant que lorsqu'il était composé d'hommes perfides qui ne prenaient que des mesu-
res ty ranniqu€S , sous Tapparence du patriotisme 9 les citoyens de bonne foi qui composaient les sociétés aient été trompés sur ses intentions et aient commis des fautes. Mais si vous- vouliez rechercher tout ce qui a été fait , si vous vouliez convertir les erreurs en crimes , il n'est pas un homme eh France qui ne méritât d'être puai.
La latitude qu'on vous a fait donner au gouver-*nement révolutionnaire est cause , en grande partie, des maux que la république a souflPerts; et vous n'aurez rien fait pour neutraliser tout ce que l'influence des sociétés populaires à de funeste , tant qu'un homme ne sera pas à l'abri d'un autre homme, tant qu'on sera responsable envers les passions des individus, et non envers l'impassibilité des lois.
Sous ce rapport la loi du 1 7 septembre a besoin d'être revue ; il importe de bien déterminer ce qu'il faut entendre par gens suspects. J'aime mieux être responsable envers une loi atroce qu'envers les caprices des hommes.
Je crois , citoyens,' qu'on ne peut point interdire la correspondance entre les sociétés, et je demande que les trois comités soient chargés de vous présenter les moyens d'ôter aux sociétés populaires la part active qu'on leur a donnée dans le gouvernement.
PRONONCES À LÀ COMVRNTION. %Qg
OPINION