FRIMAIRE AN III
Je viens parler à la Convention nationale d^un grand établissement consacre par la république à Fétude de la nature. De tous les monumens élevés par la munificence des nations , aucun n^a jamais plus mérité Tattention des législateurs que le Mu-séum d'histoire naturelle.
Il ne fut destiné dans son origine qu^à la culture des plantes médicinales ; on y fonda des cours d^anatomie et de chirurgie pour le consacrer plus spécialement encore à Tétude de Part de guérir. L^opinion presque générale, qui voulait alors que tous les végétaux fussent destinés par la nature à la guérison des maladies , entraînait toutes les recherches des savans vers Fexamen de leurs propriétés : on institua un cours de chimie ; mais le grand mouvement que Tournefort avait imprimé à la botanique , fit diriger presque tous les efforts vers ce côté.
Ces trois sciences , long-temps les seules cultivées dans rétablissement , y furent professées par des hommes célèbres qui illustrèrent cette école.
PRONONCES A LA CONVENTION. 3o3
Quelle que Aît son utilité, elle était cependant incomplète; le despotisme en ayant plusieurs^ fois confié la direction à ses courtisans, il s'y introduisit des abus : il devint plutôt pour eux un objet de spéculation que d^instruction publique.
Tel était Tétat du Jardin des Plantes , lorsque BufiPon y parut au milieu d^une richesse immense de végétaux, qui semblait avoir repoussé jusquelà toute richesse étrangère. Il vit la botanique fort avancée , et presque toutes les autres sciences naturelles sans mouvement et sans vie. Il conçut le projet d'élever à la ' nature un monument plus vaste et plus digne d'elle. Aidé par les immenses travaux de Daubenton , il entreprit d'écrire sur les animaux ; il fit naître partout le goût de l'histoire naturelle , et profita de l'enthousiasme qu'il excitait pour appeler en quelque sorte toutes les productions de la nature dans le temple qu'il venait de lui dédier.
De tous les points du globe on lui adressa des animaux et des minéraux : ces présens qu'on s'empressait de lui envoyer, ces matériaux que la re^ nommée demandait et obtenait pour ses travaux , formèrent tout-à-coup une collection qui devait bientôt ne le céder à aucune de ceUes qu'on admire dans diverses parties de l'Europe. Alors le cabinet d'histoire naturelle fut formé, l'ordre fut établi dans une foule d'objets auparavant épars. Daubenton en augmenta le prix par la disposition qu'il y établit : on construisit des salles ; les règnes
3o4 OPINIONS, DISCOURS ET RAW^RTS'.
eurent chacun leurs galeries particulières ; nU arrangement aussi piquant par la yâriété deà objets qu'^utile par les rapprochemeûs de formel et de structures fit rechercher le cabinet par les vrafe amateurs de Thistoire naturelle butant que par les curieux.
Buffbn , qui avait tant fait pouf sa gloire dès les premières années de ses travaux Sûr Phistoire naturelle , contribua beaucoup à Faugmentation de cet établissement ; mais il ne put achever TexeGution du plan immense qu'il avait conçu.
Le Muséum était devenu , pour ainsi dire , Fentrepôt de plusieurs plantes et arbres rares qui se propagent dans toutes les parties de laTépublique, parmi lesquelles on distingue le cèdre du Liban , le café qui, apporté d'Arabie et cultivé au Muséum au commencement de 1700, produisit deux individus transportés depuis à la Martinique où ils se multiplièrent et donnèrent naissance à cette branche de commerce colonial.
Le Muséum reçut des plantes , des légumes et des arbres rares et précieux du Canada (1) ; de la
(1) Les deux espèces. d'érables à sucre f plusieurs espèces de noyers y de frênes , de pins , de cèdres et autres arbres qui se distinguent à peine de nos arbres indigènes pour la rusticité , maïs dont les bois sont bien plus précieux pour la cbarpente navale et civile ^ pour les autres arts y et qui augmenteront les ressources en utilisant des terrains regardés comme stériles.
1>R0N0NÇBS a tk CONVENTION. ' 3o5
partie teqipéree de PAmërique (i); de la Loui* siape (2); de la Chine (3) } de la Sibérie (4) ; de la Pologne (5) ; de la Tartarie (6) ; de la Mosoovie et de toutes le3 parties du moncje.
(4) Les catalpa , les rhododendron , les tulipiers , les nojers de Virginie j les cerisiers de la Caroline. Ces arbres ^ qui sont actuellement Tomement de nos jardins , sont l'objet d'un commerce très-considérable arec les peuples du Nord.
(a) Le cjprcs à feuille d'accacîa, arbre qui croit sous Tcmi avec la rapidité du peuplfer d'Italie, et dont le bois, quoique tendre et presque incorruptible , est d'une légèreté singulière. Le pacanier, grand arbre qui porte une noix de la forme d'une olive, dont l'amanile est excellente à manger, et dont on peut tirer une buile délicieuse. Cet arbre , st important à naturaliser dans les départemens méridiontiux , n'existe encore que dans quatre ou cinq jardins de la république.
(3) La marguerite, apportée par le jésuite d'Incarville, a donné sa première fleur au jardin national, et s'y est perfectioniiée d^une manière si particulière que, renvoyée dans son pajs natal | on a eu beaucoup de peine à Vy reconnaître.
Le chanvre gigantesqiie , né au Muséum , et qui coipmencc à fournir des récoltes dans quelques départemens méridionaux.
1^4) Le mél ilôt, excellent fourrage ; la vesce vivace , le lin vivace.
(5) Une espèce de blé qui fournit une récolte dans trois mois ?t demi , et peut se semer en avril.
(6) La rhubarbe; elle fournit ^bondfimment des graines dans le jardin national : ses racines sont aussi utiles à la teinture qu'à la médecine.
On pourrait étendre cette liste à l'infini; l'héliotrope du Pérou , le réséda d'Egypte , la pervenche , rose de Madagascar, etc.
CONVBNTION. 30
3o6 OPINIONS, DISCOURS ET RAPPORTS
Dans ces derniers tenips il a été enrichi des plantes apportées de TAfrique ^ du Chili , du Pérou, du mont Atlas et des Etats de Tunis et d^AIger. Celles de ces plantes qui ne nous sont pas parvenues vivantes, ou qui jie pouvaient pas soutenir le climat de la France, ont été décrites avec le plus grand soin. Ce travail va bientôt être offert à Fadmiration des connaisseurs.
Un autre membre du Muséum continue sans relâche un ouvrage très-étendu sur toute la botanique.
Les professeurs se disposent à publier un journal d^histoire naturelle ; il répandra dans toute la république les expériences et les découvertes utiles au progrès des sciences et aux arts.
En un mot on a recueilli et planté au Muséum toutes les espèces dWbres fruitiers depuis le groseiller jusqu^au noyer ; on j sème et on y récolte toutes les plantes qui servent à la nourriture de rhomme, à celle des animaux, et aux arts^r
Cette collection de plantes vivantes est compo sée de plus de six mille espèces di£férentes; et Ton conserve dans les herbiers presque toutes les plantes connues au nombre de plus de vingt mille ; et afin d^assurer au moins la représentation exacte et Timage fidèle dès divers objets d'histoire naturelle , dont on pourrait craindre la destruction aîi bout d'un très-long temps, on place chaque année de nouveaux dessin^ dans la précieuse colle<^tion d'animaux et de plantes peints sur vélin par les artistes les plus célèbres, depuis la création de cet
PRONONCBS A LA CONVENTION. 3oj
^taBlissément, et dont les figures forment déjà plus de cinquante volumes in-folio.
On fixe et on fait revivre par ce moyen des plantes qui fleurissent pour la première fois et meurent ensuite; d^autres qui fleurissent par une haute température et par hasard en cinquante ou cent ans, comme Tespèce d'Agare qui a fleuri Taiinée dernière ; il en est de même des animaux rares qui ne font souvent que passer dans nos climats et "^ont plusieurs siècles ne voient quelquefois qu'Hun individu.
Un des hommes qui a présidé à la première formation du Muséum, malgré son grand âge et ses infirmités , sVst trouvé ranimé d^un zèle nouveaul Il continue à enseigner la minéralogie et à chercher- les moyens de perfectionner nos laines. Ce dernier objet mérite surtout Fattention du gouvernement puisqu^il pourra nous rendre moins tributaires de l'étranger.
Tel était jusqu^à nos jours Pétat du Muséum. Il approvisionnait les jardins des départemens des graines dont ils ont besoin chaque année (i) ; il fournissait en outre des plants d^arbres étrangers ', des drageons de plantés vivaces^ des boutures et des greffes ; c^est ainsi que ' se sont multipliés des vîBgétaux utiles ou agréables.
Cet établissement , ainsi formé, était cependant encore iàiparfâit. Il était depuis près d'un siècle
(k) Cette fourniture s*élève de douze à quinze mille sachets.
ao*
3o8 OPIlff]iOir« , 9J9C0URS bt aa^vorts
f ans réglemens fixes ef sans lois. Les ohjeH rëimis dans le cabinet n^y étaient point la matière dW eours spécial , et plusieurs parties de Phisliiire naturelle manquaient de professeurs. L^tmmense ir^ yiété des pyoductions de la nature dont il était i»cessaire dVxposer les rapports , la nultitude des objeU qu^il fallait faire connsfitre, exigeaient impérieusement qu^on augmentât beaucoup le nconbne des leçons.
La Cionvention a senti la nécessité de faife em-r trer dans cette instruction Tétude dePhistoire natupelle , qui est une des bases des connaissauees humaines ^t comirie une introduction à plusieurs aiir tees seienees.
Par son décret du lo juin 1793 , elle a ajoMé au Jatrdin des Plantes une partie de ce qui lui man-<- <p!iait pour ea (aire un muséum. Le pombre des professeurs a élé doublée L^anatpmie lie ^e borne plus à rétude du corps humain } elle sVtend à e^le de tcmtea les classes d^aniipaux , d^peis les quadruples gigantesques et les monstres des eaux^jp^ qq^aux vers qui rampent sons Therbe , jusqitt^afi]^ melfculfid anîméca qui nagent daos les liqueurs 1^ et que kui^ petitesse dérobe à qos yeux. Qa enirr mine Hou^emileaient leu^ structure iqtérjeuf e «0 moyen des dissections^ mais ^core les rapport^ de eonfor^fiatioipi eqtreeux et avec rbomme, leurs caractères extérieurs^ )e^9 habitudes et lepr utilité pour nos besoins. ^
]L^ b9ï»piqwe,a»p.«iray^Pt îa plii^ (^^yffWÇ^ 4?tns
fHONONCn  tk COKVBNTIOH. iù§
rétablissement^ IVst encore davantage dam la nou-* ▼èUe ÎBstîtution , et Ton y joint les leçons de cultare, pour a^oeibr la prttit|ue à la théorie , et former des caltiratears qui he soidnt plus uniquement eottduits par une routine aveugle.
Aux leçoils de fa chimie génërisile qui est si vaste et à Taide de laquelle on exposait , dans tous lés drftkib et par de Savantes expl^rienoes , k nattire intime de tous les corps , leur composition ^ lei combinaisons qti^ils forment entre eux ^ lés altératàms dont ils sotit susceptibles, on a ajouté celles «fais arts chimiqties qui soni d^un si grand aTantégp6 dans lies manufactures, dans plusieurs grande! fttbHques ) ef pour beaucoup dé besoins usuels.
L^ Angleterre seule avbit offert pendant long^ lettips «quelques parties éptirses de cette science) ta Frettiie â la gloire d^avoir rassemblé tous les Ails ehiuliqdès , en y en ajoutant un grand ncHkibre, dt les avoir liés par une théorie avouée par la natttfe, et d^avoir feit la langue de la sbience. ,Le kdboraidire dU Muséuih ne répondait point à ruii- Hté de èe qu'ion devait j enseigner^ on en a or^ doùné ^agrandissement; les réparations sbnt pres^' que tèrmiflébs, et bientètPàmphitbéâtre sera digfiiè dèfc sciences i^u^on doit y professer et des hommes qui y répàndrotit les conoaissanceâ a la décotiH yarte desquelles ils ont tant contribué. Cest làquê se sont faits les cours révolutionnaires pour rcM-traetion du salpêtre et la fabrication de là poudre^
On a ajouté aussi des leçons de minéralogie , de^
3lO OPINIONS • /DISCOURS BT RAPPORTS
leçons de géologie / destinées à propager les con-naissances sur la formation et la. structure du globe terrestre , sur la situation et la direction de ses filons métalliques et de ses diverses couches.
Un professeur d^iconographie naturelle a été chargé de forraerdes élèves dans Tart d'en peindre les objets.
.Vous avez aussi fondé une bibliothèque au Muséum.
LVtablissement.des cours qui fournissent cinq cents leçoils par an, oflFre Fensemble le plus vaste et le .plus complet d'enseignement sur toutes les branches d'histoire naturelle dont le plus grand nombre manquait totalement à la France, et dont quelques-unes manquent encore à l'Europe ; l'application immédiate déboutes les sciences naturelles à l'agriculture, au commerce et aux arts : les cours ont été suivis avec beaucoup d'assiduité. La bibHothèque, ouverte maintenant tous les jours, renferme la plus grande partie des ouvrages écrits sur l'histoire naturelle et la riche collection .dci peintures de plantes et d'animaux, qui s'accroît par les travaux d'artistes choisis au concours ; et les .étu-^ dians peuvent y voir , ainsi que dans les herbiers, les plantes qui n'existent pas dans le jardin. On double maintenant, au moyen d'un étage super rieur, les galéHes d'histoire naturelle pour y esr pacer les objets et mettre en évidence ceux que le défaut de local a forcé de reléguer dans les magasins. ' he décret du lo juin porte que le Muséum four-^
PRONONCÉS A tA CONVENTION. 3li
nira les graines et les plantes nécessaires au complément des jardins de botanique des départemens.
Par un décret du 6 nivôse, la Convention a ordonné que les arbres, arbustes et plantes rares, soit indigènes, soit exotiques, qui se trouvent dans les jardins et terrains nationaux , situés à Paris et dans le département , seraient transférés au jardin national.
Par un décret du 1 6 germinal, la Convention a aussi ordonné que dans le courant des mois bru-^ maire, frimaire, nivôse, pluviôse et ventôse, lés arbres , arbustes et plantes existant dans la pépinière du Roule, seraient transportés au Muséum national et dans le terrain qui y serait annexé pour ^es conserver et multiplier.
Le même décret charge le citoyen Thouin de faire la recherche des arbres forestiers tirés des autres climats , existans dans les ;propriétés nationales de Paris et des environs, dans un rayon de trente lieues , qui peuvent être employés utilement à la plantation des montagneâ, escarpemens, rochers , landes et marais existans dans le territoire de la république, afin qu^il soit pourvu à leur conservation ; d^en faire récolter les graines et de les utiliser.
L'^exçcution de ces divers décrets nécessite dotic Faugmentation du Muséum d^histoire naturelle; vous Pavez formellement annoncé par le décret du 16 germinal. Plusieurs autres circonstances exigent ^ussi cette augmentation.
3i2 OPifflOlfS, DISCOURS BT HAi't^OÉirS
La natiion a rec««illi beaucoup de richesses en histoire naturelle dans les câbiuèis et jai'dids de^ émigrés et eondamikés.
Les Gommissàires ènToyes dans la Belgi(|ae pôûf recueillir tous les objets de sciences et d^arts utll^i au complément de nos collections Nationales, ont aussi dans câttli partie nlis à profit lés victoires déâ défenseurs de la patrie. Outre les livides et les ta-^ bleaux^ il j à eu une grande quantité dé vl^gétâux originaires de toutes les parties dû monde qui manquaient à la collection nationale, enVoyée au Mil-séum , et beaucoup de morceau)t rares et précieti:t d'histoire naturelle, tels que minéraux, fossiles et pétrifications; ces deux dernières classes Sont d^une haute importance pour éclairer la jihysique du globe.
Les cDmmissaires ont aussi recileilli les graines de plantes propres à la nburHtùré de Thomme ; ces plantes sont des variétés perfectionnées paf la culture 4 et sout d^un plus gtànd ptoduit que les nôtk*es ; ce n'est qu^un échantillon des récoltes qu^ib fèront« Us s^ocôupeùt en outre d^une foule d^observotions utiles sur FagHculture , et de faire dessiner lés'instramens les plus inléréssans de cet art pH-* cieux , et des modèles de tout ce qui peut étendre danè eu genre lès litniteS de noà connaissances.
Les bàiimenS et les terrains du Muséum , qui , nléme avani fat révolutidn, étaient trdp i-essôrrés pouir qu^on pût exposer aux yeut du péu{>le les richesses qui y existaient reléguées dans des grc-
PHoifuzrc» A LA coKvfiiprtoH. 3i3
niers i eC pont* fiiire des expériences en culture , se trouyent donc^ à plus forte i-aiSDtt, insUffisàDS aûjourd'^hui.
Votre intention n^est pas plus sans doute de ôoil^ centrer dans le Huséunl d^histoire tiatui^elle que dans le Muséum des arts^ tout de que là nation possède ; il y en aura une partie destinée aux Mb-séums à former dans les départemetis; mais Oèluide Paris doit être le foyer d^où partiront toutes les lumières et tou^ les objets qui devront former et di-* riger les autres.
Cest pour seconder les iutentiotis exprimées à cet égard par la Convention^ que le comité de sa« lut public, par son arrêté du ûy floréal , chargea Molinos, architecte, de leveî* le plan des tert*ains circonscrits entre le marché aux chevaux et la rue des Fossés^Bernard d^me part , et entré la Seine et la Ipue Victor de Tautre , et de présetiter le devii approximatif des dépenses d^àcquisition deë terrains et maisons qui se trouvent compris dans ces limités et qui n^ippartiennent point à la nation.
^Par un autre arrêté du. . .^. ^ . •, le comité dé salut public ordonna que le local dé la ci-deVatit abbaye Victor, et là maisdti et jardin appartenant au citoyen Léger , Seraient réutiis au Muséum natiomil 4 en attaidant qu^il fût pris îin parti définitif sur les autres propriétés qui TaVoisinent.
Les plans et devis ont été faits; Molinos, dé|^ avantageusement eonnu par là cdnstt-uttiôn dé là halle au blé , a doiitié uti projet qui y s^il était éxé<-
3i4 OPINIO^, DISCOURS ET RAPPOKTS
cutéy ferait du Muséum un monument au-dessus de tout ce que Tantiquité nous o£fre de plus magni-* fique; mais le comité, après Favoir examiné, a pensé qu^'l ne pouvait être actuellement adopté dans toute son étendue, et qu^il était possible, sans se jeter dans une aussi grande dépense, de concilier à la.fois Paugmentation nécessaire au Muséum et réconomie prescrite par les circonstances.
Le terrain qu^il faut y réunir se trouve enclavé avec le Muséum comme dans une enceinte natu*^ relie , bornée au levant par la rivière de Seine et le quai; au couchant' par la chaussée qui fait suite à la .me Victor; au nord , par la rue de Seine ; au midi, par le boulevard de THôpital et la rue Po- Uveau. Ce terrain est divisé en deux parties distinctes séparées par le Muséum hii-^méme ; Tune, à sa gauche, bornée par la rue de Seine et le quai, oSve des marais limitrophes du jardin , quelques chantiers de peu d^importance ayant ouverture sur la rue., et quelques maisons occupées, la plupart, par ceux qui exploitent ces chantiers. Deux bâtimens plus importans existent dans ce lieu : Fun est un vaste magasin de farine employé maintenant pour Fapprovisionnemjent de Paris , et qui , étant national, peut, quoique enclavé dans le Muséum, conserver sa première destination , ou être aflPecté à toute autre , selon les ^besoins de la nation qui continuera toujours de Favoir à sa disposition. L^autre est le bâtiment dit des Noweaux-Con/^^eriisy^Mparavant national , formant une saillie très - forte
• PRONONCES A LA CONVENTION. 3i5
sur laJ[>uUe du Mqsçum, que sa position a toujours fait regar(ler comme deyant y être compris quel-^ que jour (et la réunion, déjà projetée par un coimité de TAssemblée constituante , a été sollicitée. à plusieurs reprises par les divers préposés à Fadminisiration du Muséum), et qui fut aliéiié, il y a deux ans, parja municipalité de Paris. *
La portion du terrain situé à droite du Muséum, n'en est séparée que par rine rue nouvelle (de Buffon )., absolument inutile pour le service public, et facile à supprimer. Ce local offre siu* ses bor^ ^res, principalement au couchant , quelques maisons , la plupart d'une mauvaise construction ; elles peuvent être aisément sacrifiées, à Pexception d'un petit , nombre qui , plus solides., serviraient pour logement d'employés , pour casernes de soldats véi^térans chargés de la garde du Muséum, et pour supplément de magasins. Le reste du terrain esjt nu, occupé par des marais, des jardins fleuristes, et.arros.é par la petite rivière. de Bièvre qui le traverse dans toute sa longueur. Ce terrain est celui qui convient le pluspour une partie des pépinières et quelques parcs d'animaux. La rivière , dont .on peut prolonger le cours par des contours agréablement dessinés, sera d'une grande utilité pour l'arroliafge .des plantations , surtout de celles qui exigent un terrain frais et humide , pour la formation de .canaux et viviers, et, eu général, pour abreuver les animaux ou assainir leurs demeures, {^le ajoutera beaucoup à la salubrité du jardin et
3l6 OPIKfOllB) DISCOURS ET RAPPOtTS
à roraetnçnt de la promenade , lol^qu^oii aura putiê les précautions néeessàires pour rendrai ses eauà plus pures et ^lus abondantes* Il existe à ee sujm nn travail de la ei-dliTant soctétë dé mëdeéîiftè , fait par ordre du département de Paris qui en a^ait senti la nécefeité, pdur prévenir les tnatadiei pestilentielles qu'elle occaiione aux habitans de ca quartier^
L^agbandissement réduit aux limites pi^opoaéâ par Votre comité qvA s^est énldufé de tcmte^ les Ivrmières pour les déterminer , dmihera environ eeàl vingt arpens^ et doublera l^stendue du Musëdtô. La dépente d^acquisttion est évaluée par approai^ mation, diaprés le travail fait par les ordirei du comité de salut public^ à la soihme de detix millii^M etnq bent mille livres.
Cette dépense peut eflfrayer les hommeâ qui mé»f>risent les arts et les sdenoes ; mais toiàs ceuic qui $0nt pénétrés de leur utilité et de leur iniluélice suf k prospérité nationale ^ senlittint que la rëpù--* bliqué s^en déddmihagera amplement dans la suite par les expériences utiles à Tagritiultûrë et aux ûtîà qui te feront alors au Muséum.
Pour rendre Faéquisition moibs onéreuse, oo avait proposé de faire des échanges aVec lés propriétaires des terrains eliclavés ddns l^^plan d^agraiidlssement^ mais après avoir calculé les résultats de cette opération, vos comités ont pensé qù^eUe serait préjudiciable au± intérêts de là république , et qu^il serait encore plui
PianOKCBS A LA COVVBNTION. 3l 7
éconoinfque de payer les propriétés coiqptant*
Le tetraia de la pépinière do Roule se trouvaiit libre lorsque en i^ora enlevé les arbres , pourra être mis en vente, et couvrir les frais de Taugme»tstian du Muséum •
Quant aux grands -plans de construction pre|^téi ^ le^ cemités ont senti que ce n'était pas le nio«ment de les adopter; on s^en occupera dans des temps plus propices ; mais Façquisition des terrains ç»t indispensable , ti vous voulez réaliser Pexécu*» tien d€i vos décrets , et donner un exemple ^dalant 4e vobre aBiour pour les arts utiles.
Ces terrains seront consacrés à rassembler lou<« les les espèces de culture qui sont établies, ou qui peuvent s^introduire dans la république.
La première partie présentera des modèles de culture de toutes les plantes céréales.
La seconde , des plantes propres à la nourriture 4es hommes dans tous les pays du moqde , analogues à la température di| nâtfe..
Ia troisième réduira, sous un même point de vue , la culture des plantes dont on nourrit les aninmii domestiques.
La qwtarîème , des vcrgçrs , des masses d^arbree fpMt)Ofîs qu^on laisser^ croître dans tout^ leur étendre r ^t qui offriront les cultures de tous ^ Tégétayx dont lès fruits fournissent des ali- Qiepiii dea liqueurs et 4es boissons à Tusage des
Wmmw.
La cinquième des massifs d^arbres indigènes et
3i8 OPINIONS, DISCOURS ET RAPPORTS
étrangers, plantes d^une manière pittoresque présentant des cultures aussi agréables qu^utilès , > et qui feront connaître les progressions des craîssauces , la nature du terrain qui convient plus paï^ ticulièrement à chaque espèce, et fourniront dans la suite matière à des expériences sur la force des bois , leur élasticité , leur durée et leurusage dans' les arts. ^
Enfin : la sixième partie présentera toutes * les fleurs employées dans la décoration des jardins, ou qui peuvent être admises à cet usage. On pourra trouver alors au Muséum toutes les espèces de jardins réunies.
La botanique est sans doute une des branches* les plus étendues de Thistoire naturelle; mais 'il y en a plusieurs autres dont Fétude est très-utile. On peut en prendre les premières notiolis dans les cabinets; mais on n^y acquerra jamais des connaissances complètes, parce qu^on n^y voit pas la nature vivante et agissante. Quelqu^apprét que Pon^ donne aux cadavres des animaux ou à 4eurs dépouilles , ils ne sont plus qu- une faible représentation > des animaux vivans. La peinture n^en retrace» même qu-imparfaitement Timage. Quand on: compare les lions qui sont -■ dans la plupart des tableaux , - ati magnifique individu qui existe au- Muséum , on voitque la plus grande partie des artistes, se^copiant les. uns les autres , n^ont pas Tendu la' nature , et que leurs imitations sont beaucoup au*-dessous du n^Adèle. •
PJtONONcés A LA CONVENTION. 3ig
Le Muséum a recueilli des animaux envoyiés par la municipalité de Paris , ceux de Versailles , du Raincy. Ils y sont très-mal logés. Le comité de salut public avait en conséquence ordonné à la commission des travaux publics , d^examiner avec les professeurs remplacement le plus commode pour j construire provisoirement une ménagerie propre à les recevoir ; elle est presque terminée.
Vous sentirez la nécessité de cet établissement au Muséum qui doit renfermer tout ce qui tient à rhistoire naturelle. Jusqu^à présent les plus belles ménageries nVtaient que des prisons où les animaux resserrés avaient la physionomie de la tristesse, perdaient une partie de leur robe, et restaient presque toujours dans des positions qui attestaient leur langueur.
Pour les rendre utiles à Tinstruction publique , les ménageries doivent être construites de manière que les animaux , de quelque espèce qu^ils soient, jouissent de toute la liberté qui s^accorde avec la sûreté des spectateurs, afin qu^on puisse étudier leurs mœurs, leurs habitudes, leur intelligenèe , et jouir de leur fierté naturelle dans tout son développement.
Les animaux qui servaient pour les grands spectacles des anciens , conservaient toute la beauté des formes.
On atteindra ce but en pratiquant des parcs un peu étendus, environnés de terrasses. Les spectateurs suivront sans danger tous les mouvemens
320 OPIUtONS) 0tSCOtJR3 Et BAI^PORtS
4es aniiiuiiix : le peintre et le sculpteur feront alors fiicilemeiit passer dans leurs ouvrages le caraetère q^i )^s distingue.
Sn rapprochant de nous toutes las^rddnclions de |a nature ^ ne la rendons pas prisonnière. Un auteur a dit que nos cabinets en étaient le tombeau; que ^put dans qet établissement 7 prenne une nouvelle vie par vos soins , et que les animaux destines aux jouis-aances et à Tinstruation dû peuple, ne portent pas ^ur leur front, comme dans les raénageries cens-»trpites par le ffiste des rois , la flétrissure de Pesçlayage; qu^on pqîsse admirer la force maje^neuse ^u lipn , Fagilité de la panthère , et les élans de colère p^ de plaisir dans tons les animaux.
Quant a ceux d^un caractère plus doux , ils pour^ rqnt être placés dans des parcs un peu étendus , en p^ie ombragés par des arbres , et tapissés de verdure propjre ^ les nourrir.
La zQoIogie est une partie de Thistoire naturelle si étendue et si inteTessante ^ qu^elle exige Pétabli^emept 4^uu troisièijae professeur.
Quelle que soit rppinion de la Convention sur le projet qi|e je yieps 4p lui soumettre , il est nécessaire qu^elle prononce promptement ; la saison est déjà avancée , et les transplantations de plantes et d^arbres , ordonnées par les décrets de la Convention , ne pourraient point avoir lieu cette année, si elle ret^irdait trop sa décision. Les propriétaires des terrains et maisons compris dans le plan 9 ne peuvent pas re^l^r plufi long-rtemps dans
PRONONCÉS A LA CONVENTION. 3l21
rîncertitude. Il leur a été défendu de faire aucune construction: il j en avait de commencées qui ont été abandonnées ; ils ne peuvent ni louer ni vendre; et cette situation pénible^ si elle était plus longtemps prolongée, compromettrait leur fortune.
Il est aussi un objet indépendant du plan d^agrandissement du Muséum que je suis chargé de vous soumettre , et siir lequel vous aurez à prononcer sans délai ; je veux parler des fonds nécessaires pour les dépenses courantes de rétablissement.
Le comité s'est fait représenter le devis de ces dépenses; il a examiné et discuté avec soin chaque article fondé sur un décret ou une disposition du règlement adopté par le comité d'instruction publique. Les dépenses déjà décrétées pour Tannée dernière s'élèvent à cent quinze mille livres , en y comprenant celles consacrées pour le complément des peintures de la grande collection , et pour les appointemens des aides naturalistes.
Mais cette somme est évidemment insuffisante; il faut une augmentation :
1*. Pour Tentretien des serres nouvellement construites^ de nouvelles écoles, de diverses collections réunies dans les galeries d'histoire naturelle ;
2\ Pour les dépenses annuelles de divers cours, soit de ceux nouvellement institués , soit des anciens qui doivent être faits avec plus dîd^ndue ;
3*. Pour les frais actuels de ki'isrénagèrie^:ctilciilés
3^i OPINIONS, DISCOURS ET RAPlKlilTS
diaprés ceux quVUe a occasionés depuis le lo brumaire de Tau II ;
4''* Pour ]es appoiniemens a affecter aux nouvelles places que nécessitenl une augmentation de travaux, une bibliothèque publique, Tadminiitri^tion et la coipi^cspondance d^)s professeurs ;
5"*. Pour Faugmentation des appointemens des divers employés.
. Le décret di:^ lo juin, en niultipliaiH les travaux et créant de nouvelles places , n^a point fait les fonds nécessaires. Ces divers objets exigent une augmentation annuelle de la somme de soixantequatorze mille deux cent quatre-vingt-neuf livres.
Le. comité a reconnu la justice et la nécessité de cette dépense, sur laquelle il ne peut être fait aucun retranchement , et qu^il est impossible d^ajourner sans compromettre le sort de cet établissement, et retarder d^une manière funeste la marche de Pinstruction.
Nous faisons observer, à cet égard , à la Convention, quMl n^y a que Tamour de la science et rattachement invincible que contractent pour un établissement de ce genre ceux qui Tadministrent et qui Tentretiennent, qui aient soutenu leurs efforts constans pour le consei^ver dans toute sa splendeur.
Des hommes qui travaillent toute Tannée à la terre, n^ont que sept à huit cents livres. Les professeurs , parmi lesquels on compte, des homaies célèbres par de lo^gs et d^utiles travaux, et qui eut honoré leur^sièole',' n^ont que deux mille huit
cents livres de traitement. Daubentun , octogénaire et ]^un des restaurateurs du Muséum d^hîstoire na^ turelle , ne reçoit de ]a nation que deux mille huit cents livres, tandis qu^il est une foule de commis ineptes qui consomment plus du double d^ns Toirsivcté.
Le comité d'instruction publique a pensé que le traitement des professeurs devait être de cinq mille livres, cehii des finances a opiné pour quatre mille livres ; c^est à la Convention à prononcer.
Citoyens, puisque vous voulez encourager les sciences et les arts, faites que Tbomme qui les cultive ne soit pas obligé de regretter le temps qu'il consacre à Télude.
Il est sans doute des récoïnpeuses plus dignes du génie et de la vertu que Targent ; mais il y a de la dérision à laisser périr de faim, au milieu de leur gloire, les hommes qui ont bien servi leur patrie. Assurez , non des richesses , mais une honnête aisance à la vieillesse de Thomme laborieux qui aura consacré ses plus belles années et employé son patrimoine à acquérir des connaissances utiles pour les répandre un jour dans la société.
Le devis présenté au comité contient un état de dépenses extraordinaires qui peuvent être divisées en deux objets distincts.
1*. Il y a des dépenses arriérées , telles que celles qui ont été ordonnées par le gouvernement dans le cours de Tannée dernière, et qui ont été ac-^ quittées par^e trésorier de rétablissement, soit sur
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des fonds destinés aux dépenses ordinaires , soit de ses propres deniers ; elles sVlèvent à vingt-trois mille sept cent trois livret dix-huit sous cinq deniers.
Ce sont celles de la Ménagerie depuis le 20 brumaire de Tan II ; celles relatives à la dissection dû rhinocéros, à la préparation et monture de la peau ; celles enfin qu^a nécessitées rétablissement de la bibliothèque ; elles doivent être restituées au trésorier, pour le remplir de ses avances, et pour acquitter des emprunts.
2**. Les dépenses extraordinaires demandées pour celte an^iée montent à dix-huit mille six cent quarante-une livres.
Elles consistent en augmentation passagère de frais d'acquisition et de transport des objets servant à la culture et à Fentretien du jardin , en acquisition première des objets nécessaires pour les différens cours ; en frais premiers dVtiquettes nouvelles qui doivent, d'après les réglemens, être placées devant chaque plante dans les diverses écoles; en établissement de celles de ces écoles qui n'existent pas encore , et sans lesquelles le cours de culture ne peut avoir lieu; en frais de replantation de la grande école de botanique , replantation jugée né- ^cessaire, déiiiandée depuis cinq ans, et devenue maintenant indispensable.
Citoyens, rétablissement dont je viens de vous parler doit devenir le laboratoire où Ton cherchera toutes les vérités et où Ton réunira tous les objets utiles aux progrès des sciences naturelles, à
Fart de guérir, et à ragriculture vers laquelle vous devez surtout diriger tous vos eflbrts ; elle appelle plus que jamais toute notre attention. Les premières années de la révolution lui avaient donné de grands développemens ; le solde la république , affranchi comme ses habitans, était heureusement fécondé par la puissante influence de la liberté. Des mesures perfides, prises dans la ^uite au nom du salut public , allaient encore le frapper de stérilité. En ouvrant à Fagriculture une grande école , vous préparerez à la nation de nouvelles sources de richesses , vous propagerez des connaissances trop négligées, jusqu^à présent, et qui sont la base la plus solide de toutes les sciences.
Les citoyens y apprendront à connaître les matériaux de nos constructions, les métaux, fondemens des arts et du coi^merce, à fertiliser de vastes terrains qui semblent repousser les arbres indigènes , mais qui sont très-propres à recevoir des arbres exotiques pour la charpentlg et la construction navale.
Appelez tous les hommes à considérer le grand et magnifique spectacle de la puissance de la nature, la variété de ses productions et Tharmonie de ses phénomènes. Elle est la source des bonnes lois, des arts utiles, des jouissances les plus douces et du bonheur.
Le Muséum d^histoire naturelle est peut-être le seul établissement public qui soit resté intact au
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milieu des orales de Ja rcvointion. La main d^tructive dès vandales qui a brise tant de nIoiiurrieTis précieux des arts , a respecte le temple de la na-^ ture.
Votre décret du do juin, le zèle des professeurs, la bonne hacrtiouie .qui règne entre eux , Tout maintenu dans cet ecial qui avait depuis long** temps fixé Fadmiradon. de tous Ibs savaas deTEn-* rope.
. Continuez à irenvirontler de tcwte la pvolection du gouvemem^tf en adoptant ragrandissemenl que vas comités vous proposent > vous faciliterez Péiablissemënt des jardins des plantes dans les ^é-partemens , sur lesquels votre comîîtf voils fera bientôt un rapport.
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