‹ Mémoires sur la cour de Louis XV, 1735-58Chapitre 16 sur 18 · if) Mf.jMOlBES DU DUC DK I.IIYKES · texte numérisé non relu

if) Mf.jMOlBES DU DUC DK I.IIYKES

l'ioi lut ail sahil. C'est Jii première ibis que M. le Dauphin

ait monté dans le carrosse du Roi ;\ Compiègne; il éte>i! à côté du Hot ; sur le devant étoient M. le duc d'OHciin > , M. le duc de Chartres et M. le Premier, et aux deux |">i tières : M. de Béthune, du côté du Roi, et M. de Cliùiill' ■ i . rlu cùté de M. le Dauphin. Ils montèrent tous di.>ii\ même temps pour éviter tout sujet de contestai ion. '' avoit outre cela un des deux carrosses de M. l'- V phin. Hier lu Roi fut à lâchasse. Il parfit d'i- ^ ' sa gondole avec huit dames, savoir : li'sdiicesses, M'"'' de Mailly, M'" de Nesie, M""" <!'■ ''' etdcFleui'y, Amelot et île Talleyrand. l'ont- ' les dames su partagèrent dans deux i^drii.' selle étoit dans l'une, et M'" de Clerinoril ■'■'■■• tre. il y eut le soir souper dans les ivii'i' qui éloit venu de Chantilly au rendez-^ le Roij mais il n'y eut point de ilfiiiK"maigre .

Du dimanche ^B, Campiéi/iif.

gne [A. Chaulnes, à onze liru.-- -i jusqu'au jeudi 25. l'cii'li'ni chasses et deu.K DU trois -."ui jours avec des danies. le- (linaii'e, excepté M""' <\' '< (^hasse parce qu'idli- ■ i Jhs soupers. M"" di lus cahinels point i < chasse. M""- 1, . i furent s;iriii>di

Chanlill ft H""

JUIM 1759. 451

Saint-Corneille, qui est la principale paroisse d'ici. M. révoque de Soissons (l'abbé de Fitss-JameSi qui a été sacré depuis peu à Rouen par Tarchevéque et qui est ici depuis quelques jours) officioit; il est venu en crosse et en mitre à la porte de Téglise et a harangué le Roi ; c'est Tusage lorsque les évèques arrivent dans leur diocèses et que le Roi y est, qu'ils aient l'honneur de le haranguer la première fois qu'ils officient devant S. H. Je n'ai point entendu la harangue ; le bruit des tambours pour l'arrivée du Roi et de la Reine m'en ayant empêché. Je n'ai entendu que quelques phrases ; il m'a paru que M^ de Soissons parloit bien et à voix haute ; on dit qu'il a de la facilité à parler. Le Roi a en-* tendu les vêpres, après lesquelles a été le Te Deum. H. le prince de Dombes, H. le comte d'Eu et M. de Penthièvre, M. de pét^une et M. d'Âumont étoient dans le carrosse du Roi, et HM. de Bétbune, d'Aumont et de la Rochefoucauld étoient derrière le Roi avec chacun un carreau ; H. de la Rochefoucauld n'en avoit point; il est dans l'usage de n'en jamais porter. M. d'Humières n'est point venu avec Ip Roi; il étoit à Saint-Corneille sur la première marche du sanctuaire avec son carreau. Le Roi étoit sur son prie-Dieu au milieu du sanctuaire ; nous étions plusieurs qui n'avions pas porté de carreaux; H. de Fleury et moi nous étions vis-à-vis du Roi ; M. de Luxembourg et M. de Villars étoient derrière; M. de Yillars avoit aussi son carreau; mais M. d'Humières ayant aperçu M'"'' la duchesse de Rochechouart qui n'en avoit point apporté, lui donna le sien. Cette politesse a donné lieu à des compliments entre M. d'Humières et M. de Villars, qui ne se sont mis ni l'un ni l'autre sur le carreau qui restpit.

Du 29, Compiègne* — La Reine entend ici tous les dimanches et fêtes la grande messe à la paroisse Saint- Jacques. Hier, elle n'arriva à Saint-Corneille qu'après le Roi. M. de Soissons, qui, après sa harangue, avoit mar-

ché devant le Roi et avoit commencé les vêpres, n'avoil pu lui rendre aucuns honneurs; elle fut seulement encensée immédiatement après le Roi par le prieur de Saint-Ck)rneLlle. Aujourd'hui, H. de Soissons est venu recevoir la Reine ù. Ja porte de l'église Saint-Jacques, en rochetetcamail. et l'a haranguée; il n'a point officié, mais il a donné la bénédiction d ta fin de la messe. Il officie & vêpres, encore à Saint-Corneille ; le Roi et la Reine y vont. M°" de Mailly et M'" de Nesle étoient hier au Te Dettm dans les tribunes en haut, & gauche du Roi mais peu éloignées de lui.

W° de Clermont-d'Amboîse mourut il y a quelques joui'S à Chaton ; il y avoit longtemps qu'elle étoit malade de la poitrine ; elle étoit fille de M. le maréchal de Berwicli , et avoit épousé M. de Resnel (1), fils de M*'' la duchesse de Saint-Pierre, d'un premier mariage; elle laisse quatre enfants, deuv garçons et deux filles.

Suilf rlii Hijuiir (l« la cour à Coupiëgoe. — Ëcoled'arlillerie;peifectioild« IVci)1e de la Père. — Le Roi fail chanKCr lea gardes d'une eemire de^ cabinets dont le Cardioal avoit U tM. — Mort deH. de Saint-Fargeau. — B^vur du n^KÙnent du Roi et de pluijeurs détacheroeats de divers r^ments i perfecluNi de leur tenue el de leur iiutruction. — Manœuvres et exercice» en Tanne de bataille; pont construit sur l'Oise. — A tUque d'un ouvrage de Ibrtitication. — Mort de M. Dub) et de H°" de Snuvi^. -- On Tait sauter

plusieiics mioed ; prteisioa des travasv des mineurs. Le roi soupe cliez

le raariclial de Biron. — Dépenses du eiége du polygone deCoiiipltgi'e- — . llriiit» i propiis du niuriagt du toinle d'Eu jvei- M"' du >i'^l^. - D^mtc l'orciisloii d.es entrées. — Preaenlation de M"'" de Liclitensloiii ■ ii..' ^'''^ Clermunt et de la Roclie-sur-Too, — Le Doi, la Reine et le 1>.i. ,..ii lii grande measc à Saint-Jacqués de Compiègnc ; le HoiLI.'ini-' '

ion manque de piititesse envers JflMle Cleriiiont ; ce sujet. — Afraugcnients poil diului'esaut trou|ies lUi i:diii|i. -

Roi fit dire à M"*® la Duchesse qu'il comptoit lui donner à souper le lendemain dans ses cabinets et qu'elle pouvoit y amener qui elle voudroit. Le lendemain lundi, M"** la Duchesse fut à la chasse et partit une heure après le Roi ; elle mena avec elle M*"^ sa belle-fille , M"« d'Egmont et M. de Lassay ; elle avoit averti H."^^ de Sassenage, la veille, pour le souper. Lfe Roi partit dans sa gondole avec Mademoiselle, M"* de Clerpiont , M'"*' de Mailly, M*"* Amelot. M™** de Sassenage étoit allée à la suite de la Reine à l'école d'artillerie. La Reine étant rentrée dans le moment que le Roi se mit à table. M*** les Duchesses entrèrent dans les cabinets avec M"**' d'Egmolit , et M"® la Duchesse lui dit ce qui avoit retardé M"* de Sassenage. Le Roi ordonna qu'on l'allât avertir de venir se mettre à table.

Le régiment du Roi arriva hier ; le Roi alla les voir arriver, ensuite il les vit camper, et lorsqu'ils furent campés il se promena à la tète et à là queue du camp. S. M. avoit commencé par voir les tentes de M. le duc de Biron. On ne peut assez louer la beauté de ce régiment. Aussitôt qu'il fut arrivé, M. de Biron envoya une garde à la teiite de M. le comte d'Eu, ce qui est suivant la règle pour le général; mais M. le comte d'Eu la i*envoya. Aujourd'hui les détachements de douze cents hommes sont arrivés. M. le Dauphin a été les voii» arriver, et le Roi a été voir, auprès de la croix Saint-Oyen, l'épreuve d'une pièce de canon qui tire plusieurs coups de suite.

ihi Vendredi 10, Ctyfnpiègne. — Hier, le Roi fit la revue de son régiment et des détachements. On disoit dès le matin que le Roi iroit soilpër au camp, niais on n'en étoit pas absolument certain. M. de Biron donnoit un gratid dîner au camp, où étoient la plupart dé ceux qui oiit Fhonneut ordinairement de souper dans les cabinets avec le Roi. Lé Roi étant parti à trois heures dans sa gottdole, ceux qui avoient dîné au camp ne purent se présenter polir avoir l'honneur de suivre S. M. Le

Chalais, d'Antin, de Mailly et M"* de Nesle, et elles ont eu une calèche et des chevaux pour la chasse. La Reine a mené M"" la Duchesse la jeune, Mademoiselle et M"* de Clerinont; M"** de Chevreuse étoit à une des portières et M°® de Bouzols à l'autre.

Du 6, Compiégne. — Hier, tout le monde étoit persuadé qtie le Roi iroit souper au camp; ce bruit même fut confirmé après là messe du Roi, parce que S. M. dit qu'il ne vouloit point diner ; cependant il y eut souper à l'ordinaire au grand couvert, après lequel le Roi joua à l'hombre et ne sortit point. M. le comte d^Eu donna un grand souper ; il y avoit sept dam^s, savoir : Mademoiselle, M*'" de Clermont, M"»' de Mailly et M"'' de Nesle, W^ de Fleury, M"^ de Ohalais et M"*^ de Talleyrand, et beaucoup d'hommes; il y avoit une illumination; l'on but à la santé du Roi et l'on tira le canon.

J'apptis il y a quelques jours une circonstance arrivée dans le commencement du voyage. M. le cardinal de Fleury étoit dans l'usage d'entrer dans les cabinets du ftoi par une porte de derrière dont il avoit la clef. Ayant été averti pour le travail, il donna à Barjac sa clef pour lui ouvrir la porte ; Baijac n'ayant pu en venir à bout, M. le Cardinal crut que c'étoit sa faute et y essaya lui-même ; le bruit fut entendu du cabinet, et l'on vint ouvrir. M. le Cardinal ayant conté au Roi ce qui venoit de lui arriver, S. M. lui dit qu'il avoit fait changer les gardes (1) .

On a appris ces jours-ci la mort de M. de Saint-Fargeau , fils unique de M. le Pelletier des Forts; il laisse un fils et une fille.

Du mercredi 8, Compiégne. — Dimanche dernier, le

(1) Gardes, en termes de serrurier, se dit de la garniture qui se met dans une serrure pour empêcher que toutes sortes de clefe tie î^ouvrent. Ces gardes OôHsistent en de petites pointes ou lames de fer qui sont tellement disposées pour entrer dan^ les dents ou ies|ieiites du pannetoB4e la clef» qae pour peu qu'il y ait de changement, la clef ne tourne plus; et quand on dit changer les gardes, c'est changer ces petites pièces de fer. ( Dict. de Trévoux. )

Roi fit dire â M"*^ la Duchesse qu'il coniptoit lui donner à souper le lendemain dans ses cabinets et qu'elle pouvoit y amener qui elle voudroit. Le lendemain lundi, M"* la Duchesse fut à la chasse et partit une hedre après le Roi ; elle mena avec elle M*"*' sa belle-fille , M"** d'Egmont et M. de Lassay ; elle avoit averti M""^ de Sassenage, la veille, pour le souper. Lfe Roi partit dans sa gondole avec Madeuioiselle, M"® de Clerpiont , M™*' de MalUy, M*"* Amelot. M™** de Sassenage étoit allée à la suite de la Reine à l'école d'artillerie. La Reine étant rentrée dans le moment que le Roi se mit à table, M"*^ les Duchesses entrèrent dans les cabinets avec M*"*' d'Egmoiit , et M"*' la Duchesse lui dit ce qui avoit retardé M"* de Sassenage. Le Roi ordonna qu'on Tallât avertir de venir se mettre à table.

Le régiment du Roi arriva hier; le Roi alla les voir arriver, ensuite il les vit camper, et lorsqu'ils furent campés il se promena à la tête et à là queue du camp. S. M. avoit conimencé par voir les tentes de M. le duc de Biron. On ne peut assez louer la beauté de ce fégiment. Aussitôt qu'il fut arrivé, M. de Biron envoya une garde à la teiite de M. le comte d'Eu, ce qui est suivant la règle pour le gêftéral ; mâisM. le comte d'Eu la i^envoya. Aujourd'hui les détachements de douze cents hommes sont arrivés. M. le Dauphin a été leâ voir arriver, et le Roi a été voir, auprès de la croix Saint-Oyen, l'épreuve d'une pièce de canoii qui tire plusieurs coups de suite.

thi Vendredi 10, Cxmpiègne. — Hier, le Roi fit la revue de son régiment et des détachements. On disoit dès le tnatinqu6 te Roi iroit souper au camp, mais on n'en étoit pas absolument certain. M. de Birôn donnoit un grand dîner au camp, où étoient la plupart dé ceux qui otit Fhonneur ordinairement de souper dans les cabinets avec le Roi. Lé Roi étant parti à trois heures dans sa goiidole, ceux qui avoient dîné au camp ne purent se j>]?ésenter pour avoir l'honneur de suivre S. M. Le

156 IVJÉMOIRES DU DUC DK LUYNKS.

Roi monta à cheval^ passa à la iéte du' régiment et dans tous les rangs; ensuite il vit les soixante-huit compagnies Tune après l'autre, le li^Tet à la main comme un inspecteur. C'est un honneur que le Roi ne fait qu'à son régiment. La Reine étoit à cette revue dans ses carrosses, et H. le Dauphin en calèche. M. le Dauphin se plaça à pied à côté du cheval du Roi. La Reine étoit presque vis-à-vis le Roi, cependant un peu sur la droite. M. le comte d'Eu s'étoit trouvé à la tète du régiment du Roi, à cheval, et avoit salué S. M. de l'épée comme général, mais il ne suivit point le Roi lorsqu'il fit la revue des compagnies. M. le comte d'Eu étoit venu avant l'arrivée du Roi voir le régiment et les détachements. Lorsque le régiment défila devant S. H., après avoir salué le Roi, il salua aussi la Reine , quoiqu'elle fût, comme je l'ai dit, presque vis-à-vis du Roi. Ce régiment est campé dans la prairie, la gauche appuyée à Venette et la droite à la rivière. Après la revue du régiment, le Roi alla voir les détachements qui sont campés auprès de la forêt en deçà de la rivière ; mais ils avoient passé sur le pont de pontons et étoient venus dans la prairie entre la batterie et le grand chemin. Le Roi passa seulement à la tète et dans les rangs des détachements. Ces douze cents hommes de détachement sont, comme je l'ai déjà marqué ci-dessus, des régiments de Bourbonnois, Blaisois et Gondrin. C'est M. de Péreuse, parent de M. d'Angervilliers, qui est colonel du régiment de Blaisois, H. de Boufflers de Bourbonnois , et M. d' Antin de Gondrin. On ne peut assez louer, comme j'ai déjà dit, la beauté du régiment du Roi, qui parolt encore davantage parce qu'ils sont habillés de neuf. On a remarqué aussi que les officiers, qui sont au nombre d'environ deux cents, saluoient à merveille. Il m'a paru qu'on a trouvé que les détachements, tant en officiers qu'en soldats, avoient encore plus l'air de guerre, et cela est aisé à comprendre étant choisis sur tout le corps. Le

détachement de Bourbonnois est celui de tous qui a été le plus admiré; les soldats y sont de jolie figure et tous égaux; ils marchent d'une perfection si grande que ni majors^ officiers et sergents ne sont obligés de leur dire la moindre chose; ils font leurs mouvements avec vivacité et marchoient ensemble retournant, à leur camp avec la même régularité qu^en passant devant le Roi, ce qui prouve qu'ils ont été bien exercés; à cette revue des détachements, la Reine étoit un peu avant le Roi^ et entre elle et le Roi étoit M. le Dauphin. Les officieps saluèrent d'abord la Reine; mais comme M. le Dauphin étoit trop près du Roi, M. de Ch&tillon leur fit observer qu'ils ne pouvoient le saluer. Après cette revue, le Roi alla à la iDatterie, ou école d'artillerie, qu'il fit tirer plusieurs fois devant lui et dont il parut s'amuser beaucoup. Le Roi a voit mis pied à terre et s'étoit débotté, et alla de là au camp de M. le comte d'Eu à pied par-dessus le ponton. Mademoiselle se trouva chez M. le comted'Eu avec M"* de Clermont, M""' de Mailly, M"* de Nesle, M""*^ la maréchale d'Estrées, M"^ la duchesse deRuffec. Le Roi trouva bon que M. deVallière, M. de la Borie, lieutenant-colonel du bataillon Royal- Artillerie, et M. le chevalier d^AUemans, lieutenantcolonel du régiment du Roi, eussent l'honneur de souper avec lui. Il y avoit une grande illumination devant la tente de M* le comte d'Eu. On fit pendant le souper plusieurs décharges du parc d'artillerie auxquelles répondoit celle du polygone et celle de la batterie. Le Roi revint avant deux heures. Ce doit être dimanche que commenceront les opérations de guerre ; la première sera l'attaque du pont ; le passage de la rivière sera disputé.

Du samedi 11, Compiégne. — J'ai appris quelques circonstances du souper que le Roi fit hier au camp. On prétend que H. le comte d'Eu avoit dit dès le matin devant plusieurs personnes gu^i j^oi iroit souper chez lui ; ce-

pendantil paroisfeoille matin que cette nouvelle n*étoit point certaine et on se la disoit à ; l'oreille. On m'a dit aussi que le Roi a voit dit à M. le comte d'Eu qu'il ne mèneroit à ce souper que ceux qu'il mèneroit dans ses carrosses. Ce qui est certain, c'est que M. deSoubîse, M. de Chalais, M. de Croissy, le grand maréchal et plusieurs autres crurent qù^allant dîner àu camp che2 M. de Biron, il Seroit inutile qu'ils revinssent au château à trois heures se présenter pour les carosses du Roi, qti*il suffiroit qu'ils eussent l'honneur de suivre le Roi à toutes les tevues et de là le suivre à la tente de M. le comte d'Eu; c*est ce qu'ils firent effectivement et demeurèrent tnénie quelque temps dans la tente de M. le comte d'Ed; et voyant qu'on ne leur disoit mot et qu^on avoît servi le souper, ils se retirèrent. M"* de Mailly , voyant que le Roi n'auroit point ses joueurs ordinaires ffour le cavagnole, lui proposa d'envoyer chercher ces messieurs. Le Roi répondit qu'il ne vouloii point qu'on y 'envoyât; il le répéta même par trois fois, paroissant fecHé de ce qu'ilsn'y étoientpas. Cependant il leur avoit parlé à la batterie de l'école et leur parla encote hier cotiime à l'ordinaire. M. le comte d'Eu avoit fait venir de son bataillon une garde pour le Roi, mais il fit des fautes dans cette occasion; l'une de ne demander qu'une garde coiilnle pour lui, et il l'àuroit fallu plus considérable poui* le Roi ; et l'autre de ne pas demander une garde du régiment du Roi, qui, comme plus ancien , devoif aVoir cette préférence. M. le duc de Biron avoit dlissi srtivi le Roi jusqu'à la tente de M. le comte cl*Ëii, et n*en tendant parler de rien s'étoit retiré. Le Roi parla beaucoup peiidant le souper à M. de Vallière, à M. le chevalier d'Allemàns et à M. de la Borie ; il entra même avec eux dans des détails des actions où ils s'*étoieht trouvés , des risques qu'ils avoient courus et de leurs blessures ; il parlai aussi beaucoup aux autres officiers qui avoient l'honneur de lui faire leur cour. M. le chevalier d'AUemans me cotita hier

que M. le comte d'Eu lui dit, ie jour de la revue, qu'il avoit demandé au Boi qu'il eût l'honneur de souper avec S. M., etque le Roi lui avoit accordé; il m'ajouta que ce même jour d'hier il avoit dlué chez M. le Cardinal; que H. le Cardinal , à qui il avoit parlé de ce souper, lui avoit répondu que M. le comte d'Eu lui avoit demandé que M. deVallière etM. dfe la Borie eussent l'honneur de souper avec le Roi, et qu'il avoit répondu qu'il y consentoit, mais à condition expresse que H. d'Allenlans aurolt le même honneur.

Du dimanche 12. — Hier, le régiment du Roi iît un exercice en forme de bataille , deux bataillons contre les deux autres: le premier et le second bataillon avoient leur uniforme blanc, et le troisième et le quatrième avoient leurs surtouts bleus. La Reine fut voir cet exercice et H. le Dauphin. Là manœuvre se lit fort bien, et sans aucun accident qu'un soldat blessé trèslégèrement d'un coup de baïonnette, h qui M. le Dauphin donna pour boire. M. de Biron n'étoit à la télé ni de l'un ni de l'autre parti, mais il resta toujours auprès de la Reine et ensuite auprès de H^ le Dauphin, lorsque la Reine fut partie. Il y avoit eu la veille une petite difficulté au sujet de cet exercice ; M. de Biron me l'a contée aujourd'Uui. Il avoit envoyé le major du régiment chez M. le comte d'Eu recevoir ses ordres, parce que suivant la fègle nulle troupe dans un camp ne doit prendre les armes sans l'ordre dû général; c'étoit donc une déférence convenable , mais la permission devoitétre sans difficulté. Cependant M. le comte d'Eu ne répondit point décisivement , et dit seulement qu'il falloitqu'il prit l'ordre du Roi et qu'il parlât à M. le Dauphin. M. de Châtillon, de son côté, avoit demandé l'ordre au Roi pour mener M |e Dauphin à cet exercice ; il apprit la difiicuUé de V lo cotnte d'Eu ; il envoya prier M. de Biron de la pa , m \e Dauphin de vftnir lui parler. U. de Biron *^t ^^ lÀ i V^- àe Ch&iftW Votdre

460 MKMOIUKS OL DUC 1)K LUYiNKS.

que le Roi lui avoitdouué pour M. le Dauphin^ M. de Biron envoya rofficier-major à M. le comte d'Eu lui rendre compte de Tordre que le Roi lui avoit donné et lui dire que le régiment prendroit les armes. M. de Biron fut ensuite lui-même chez M. le comte d'Eu ^ et lui dit qu'il avoit rempli son devoir en envoyant recevoir ses ordres, mais qu'il y avoit une ordonnance du Roi pour que le régiment lit l'exercice, et que le même esprit de régularité l'avoit porté à lui en rendre compte et à le faire. M. le comte d'Eu lui fit sur cela toutes les politesses possibles et lui dit qu'il ne prétendoit lui faire peine en aucune occasion , et qu'au contraire même il le prioit de l'avertir s'il manquoit en quelque chose. M. de Biron saisit cette occasion pour lui parler de plusieurs fautes qu'il avoit remarquées, de ce qu'il n'avoit donné au Roi, lé jour de son souper, qu'une garde de cinquante hommes et d'un drapeau, au lieu qu'elle devoit être de deux cents hommes et de deux drapeaux, et de ce que cette garde n'avoit pas été prise du régiment du Roi comme plus ancien, suivant la règle. M. de Biron lui ajouta que cette garde avec le drapeau blanc et un autre drapeau ( parce que le drapeau blanc ne marche jamais seul) avoit été commandée et étoit toute prête dans le camp, mais que n'ayant pas reçu d'ordre elle n'en étoit pas sortie. Cette conversation fut accompagnée de beaucoup de politesses de part et d'autre, et même M. le comte d'Eu fut souper hier chez M. le duc de Biron sans en être prié.

C'étoit M"* de Mailly qui avoit demandé à dîner pour hier à H. de Biron, et ce fut elle qui y mena Mademoiselle, W de Clermont , M"" de Chalais , M'»* de Talleyrand et M"«deNesle.

Il parolt que M. le comte d'Eu n'est pas encore fort au fait de ce qui regarde le commandement, mais qu'il sait fort bien ce qui concerne l'artillerie, et que les officiers de ce corps en ont même été étonnés.

Du lundi 13, Compiègne. — Ce fut hier qu'on jeta le pont dans le même endroit où il avoit déjà été mis. Quoique cette manœuvre ne se fasse ordinairement que la nuit, 6n la fit à quatre heures et Ton donna la représentation d'une fausse attaque à cinq ou six cents pas du ponl ; pour rendre cette fausse attaque vraisemblable , il auroit fallu dés bateaux , mais l'on se contenta de faire grand feu de part et d'autre. Il y avoit quatre pièces de canon du même côté de la rivière où on avoit commencé à jeter le pont; le canon et la mousqueterie furent fort bien servis et firent un feu fort égal pendant une heure et demie, et pendant ce temps-là le ponl fut construit sans opposition. On avoit seulement envoyé des détachements, sur des bateaux, à la tête du pont, qui étoient supposés devoir être couchés sur le ventre pour n'être point aperçus. Le Roi étoit à cheval et la Reine dans ses carrosses. Dans le carrosse de la Reine étoient M"*^ la Duchesse la jeune. M"** de Clermontet M*»*^ de Luynes , M*"*^ de Mailly et M"* d'Antin. On remarqua que le Roi resta fort longtemps auprès du carrosse de la Reine à faire la conversation.

Ce n'est que de cette année que l'u$age a commencé ici que le Roi rendit le pain bénit à Saint-Jacques , ensuite la Reine, M. le Dauphin , etc. Une circonstance que l'on peut remarquer, quoique peu importante, c'est que la Reine , allant ici à la paroisse tous les dimanches , il s'est trouvé pour la première fois qu'elle étoit présente lorsqu'on rendit le pain bénit en son nom ; mais cela ne change rien à Tusage ordinaire. A propos de cette cérémonie du pain bénit, M. de Sézile, trésorier des aumônes, me disoit, il y a quelque jours, que c'est lui qui par sa charge paye les frais du pain bénit ; ces frais sont réglés à la somme de 1,000 livres.

Du mardi 14, Compiègne. — Le Roi fut hier souper au camp chez M. le duc de Biron. S. M. avoit trois gondoles ou calèches; elle mena avec elle Mademoiselle, M"® de

Clermoat , M"^ la maréchale d'Estrées , M"' de Nesle, M'"'' la duchesse de Ruffec, M""^ de Sassenage et M'"'' la duchesse d' Au tin. M*"^ de Mailly étoit de semaine et ne partit point avec le Roi ; mais au sortir de chea ]a Reine elle alla au camp. Le Roi étoit seul dans sa voiture avec les sept dames et revint lui neuvième en comptant M"*^ de Mailly. M. le Premier et H. le duc de Villeroy étoient montés d'abord dans la même voiture du Roi, mais ils redescendirent et montèrent dans la seconde voiture; ce fut M. le Premier qui monta avant M. le duc de Villeroy. Il y avoit une grande illumination chez M. de Biron.

M. de Biron a tous les jours ici , soir et matin, deux ta* blés servies en même temps, sans compter les officiers de piquet à qui il fait donner à manger à l'heure la plus commode pour eux, et des rafraîchissements que Ton donne toute la journée à toutes les personnes de connoissance. La grande table est de dix-huit ou vingt couverts^ double service d'entrées et des glaces. On croit que le Roi ira faire collation ou souper un jour chez M. le comte d'Eu. M. de Biron pourroit espérer que la Reine lui fasse le même honneur ; cependant comme à la mort de M. de Pezé , la Reine désiroit que M. de Nangis eût le régiment qu'il demandoit y et qu'elle n'a vu qu'avec peine qu'il fût donné à M. de Biron , M. de Biron est incertain si la Reine lui fera Thonneur d'aller chez lui ; il paroit cependant que la Reine le traite bien et parle de lui avec bonté.

Du jeudi 16, Compiègne, — Avant-hier au soir, le Roi, au retour de la chasse, revint à cheval auprès du polygone. S. M. mit pied à terre , et on ouvrit la tranchée devant lui ; le Roi voulut voir cette opération dans le plus grand détail. C'est M. de Vallière qui conduit cet ouvrage, et sous ses ordres les officiers d'artillerie, M. le chevalier d'AlIemans étoit dans le polygone avec un détachement du régiment du Roi et des autres régiments. On fit un

grand feu 4e moiiçqueterie et de panon sur les travailleurs qui 4ura plus de trois heuî'es. Ce même jour, le Roi revint souper dans ges cabinets ; M"*' les Duchesses y coupèrent, Mademoiselle, M"* deClermont, M"* de de Mailly etM'"* d'Antin. M"" de Nesle et M"* d'Antin avoieqt été à la chasse avec les deu^ priQcessps^ mais M^^'' de Nesle ne soi^pa point dans les cabinets. M. le comte d'Eu etlif. le duc de Biron continuent à. tenir un grand état ici soir et matin. l.e chevalier d'Allemans a aussi une table et donne à naanger tous les jours. Le Roi ne sortithiey que pour aller se promener à la tranchée et dans le polygone.

Du vendredi 17, Çompiègne. — Hier, le Roi fut à la chasse ; il ipena à l'ordinaire les deux princesses dans sa gpndole. M"* de Nesle et M™* de Ségur. M"*" de Mailly n'y fut point parce qu'elle est de semaine, mais elle soupa dans les cabinets. Le Roi fut au retour de la chasse, comme la dernière fois, voir la tranchée ; il entra dans le polygone; M. le Dauphin étoit dans la demi-lune; on fit deux ou trois sorties et un grand feu de mousqueterie et de l'artillerie; on jeta même quelques bombes de carton qui étoient faites pour crever en l'air et dont quelques-unes tombèrent sans crever ; il y eut un sergent du régiment de tranchée qui en reçut une sur la tête ; il en est mort sur-le-champ. Ces bombes pèsent sept livres. 11 y eut aussi deux ou trois personnes d'un peu blessées. C'est M. le comte d'Eu qui donne les ordres pour les différentes opérations que l'on doit faire. M, le chevalier d'Allemans, qui commande dans le polygone, lui demanda hier matin s'il trouveroit bon qu'il concertât avec les capitaines, qui sont aveclui dansle fort, les manœuvres qu'ils auroient à faire. M. le comte d'Eu le trouva bon ; cependant M. d'Allemans reçut un ordre, par écrit, de la manière dont il devoit faire ses sorties, et remarqua que dans le terrain par où il devoit sortir d'un des côtés du polygone, il y avoit un terrain plus bas, que le détache-

ment ne pouvoit apercevoir^ et dans lequel il étoit à craindre qu*on ne pût cacher quelques troupes d'infanterie qui y prenant le détachement par derrière et coupant sa retraite^ Tauroit obligé à mettre les armes bas. M. le chevalier d'AUemans sentit Tinconvénient de faire sa sortie de ce côté-là ; il la fit d'un autre. G'étoit effectivement l'intention de M. le comte d'Eu de faire couper ce détachement. Il demanda à M. d'AUemans pourquoi il n'avoitpas agi suivant Tordre; M. d'AUemans lui en expliqua les raisons^ et lui dit qu'il avoit cru devoir profiter de la permission qu'il lui avoit donnée de concerter avec les officiers qui étoient avec lui les manœuvres qu'il avoit à faire. Cela fut une occasion d'une petite contestation tant avec M. le comte d'Eu qu'avec M. de Vallière; mais cela fut court et n'a point eu de suite. On peut dire que la règle est d'obéir à Tordre du général, mais qu'effectivement la manœuvre paroissoit désagréable à faire. Je joins ici le plan du polygone et des attaques (1). La méthode qu'on a suivie est de laisser un jour d'intervalle entre chaque opération pour perfectionner les tranchées.

Du mardi 21, Compiègne. — Le Roi va tous les jours se promener à la tranchée pour voir le travail que l'on a fait pendant la nuit. M. le Dauphin a suivi aussi avec beaucoup d'exactitude toutes les opérations de ce siège. Il monta à cheval, il y a trois ou quatre jours, pour la première fois, et il y monta encore hier. M. le Dauphin a aussi commencé à jouer ici à la paume; il y a joué huit ou dix fois.

Avant-hier, se fit l'attaque des deux lunettes de droite et de gauche, et du chemin couvert. Le logement fut fait sur le glacis. Il y eut des sorties qui furent repoussées. M. le Dauphin étoit dans la demi-lune et le Roi

(1) Ce plan ne s*est pas retrouvé dans les papiers du duc de Luynes. Un plan de Tattaque du fort de Compiègne a é^é gravé en 1739 par Dupain.

étoit assis dans la tranchée vis-à-vis la demi-lune ; le Roi étoit au milieu des dames ; Mademoiselle à sa gauche, M"* de Mailly à sa droite. Hier, Ton fit sauter plusieurs des mines, supposant que les assiégeants , qui s^étoient logés dans les deux lunettes, sautant par l'effet des mines, les assiégés pourroient reprendre ces deux ouvrages.

Hier, le Roi fut à la chasse avec les deux princesses, M*"*^ de Hailly et M"' de Nesle; elles soupèrent toutes quatre dans les cabinets, et outre cela M"® d'Antin; qui n'avoit point été à la chasse, et M"*^ de Sassenage qui y avoit été avec M"* de la Roche-sur-Yon.

Ce matin, on a fait sauter le reste des mines; on avoit fait une chaîne pour éloigner beaucoup ceux qui voudroient avoir la curiosité de voir de trop près; mais comme les mines étoîent fort bien faites, l'effet s'en est fait presque perpendiculairement et assez haut.

Il parolt que le départ du Roi et de la Reine est décidé. La Reine doit partir le 3 pour Chantilly, y demeurer le 4, et arriver le 5[à Versailles : le Roi partir le 4 pour Chantilly, y demeurer le 5, aller à la Meutte le 6, et le 7 à Versailles.

On apprit hier la mort de M. du Fay (1) ; il étoit de l'Académie ; il s'étoit particulièrement appliqué à l'histoire naturelle, et étoit chargé du Jardin Royal; cette place ne vaut qu'environ 3,000 livres; elle dépend de H. de Maurepas.

Il y a déjà quelques jours que l'on sait la mort de M"® de Souvré; elle étoit Feuquières et veuve de M. de Souvré, maître de la garde-robe du Roi ; son fils a eu cette charge à la mort de son père.

Du mercredi ^2 y Compiègne. — Hier le Roi courut le oerf. Au retour de la chasse, il vint droit au polygone; les troupes y étoient depuis huit ou neuf heures du

( 1 ) Charles-François de C/sf ern , -j-^y rcço a V Académie des sciences en

1723, intendant général du jara* '^ï i^ \ l plantes.

T. II. ^^ ^^f\ ^^^ 30

jm MÊMOIRi» DU DUC DE LUYNES.

matin. J'ai marqué qu'on avoit fait sauter toutes les mines;| mais je me suis trompé , il en resioit encore deux ou trois qui ont sauté depuis ; c'étoient celles que Von suppoyoit faites par les assiégeants ; on fit sauter une des faces de la demi*lune , et une autre mine fit sauter le rempart pour faire la brèche. On avoit pris beaucoup de précautions aux premières mines pour éloigner tout le monde, mais rexpérience ayant fait voir qu'il n*y avoit aucun danger et que les officiers de- mineurs étoient sûrs de l'effet, le Roi et la Reine demeurèrent dans fa tranchée pendant l'effet des mines., et même assez près. Effectivement, à Tune de ces mines, l'officier qui l'avoit fait faire dit que l'ouverture ou entonnoir qui se feroit par l'effet de la mine ne seroit que de huit toises; lorsque la mine eut joué on mesura cette ouverture, elle ne se trouva que de huit toises et demie. Il y eut d'abord une attaque assez vive pour emporter la demi-lune, mais la plus vive fut à la descente du fossé ; on ne peut voir un feu de mousqueterie et d'artillerie plus vif qu'il le fut pendant une demi-heure. Les assiégés avoient fait un retranchement en dedans de la place, supposant que cette dernière ressource serviroit à leur capitulation. Effectivement, comme les grenadiers montoient à l'assaut on battit la chamade et on arbora le drapeau blanc. M. d'Allemans envoya par un officier au Roi les articles de la capitulation par lesquels il demandoit les honneurs de la guerre, six pièces de canon, un nombre de mortiers et chariots couverts. Le Roi retrancha quelques-unes des conditions ; on donna des otages, ensuite les assiégeants s' étant mis en haie suivant la règle, les assiégés sortirent par la brèche et passèrent entre les deux haies, M. le chevalier d'Allemans à pied, à la tète ; il salua le Roien.passant; ce qui est encore d'usage. C'étoit un vrai spectacle que de voir de dessus la brèche les grenadiers prêts à monter, et remplissant le fossé, un prodigieux nombre de spec-

tateurs sur le chemin couvert et daos la demi-laue, et le Roi et la Reine sur la gauche de la brèche avec une cour nombreuse.

Le Roi alla de là souper chez M. de Biron ; il y avoit

de dames : Mademoiselle, M"* deClermont, M^'^de Mailly,

M"« de Nesle, M"* la maréchale d'Estrées , M"' d'Antin,

M"*® de Chalais, M"® de Sourches. Au précédent souper, le

Roi avqit mandé à M"* de Sourches d'y venir ; sa santé

Ten avoit empêphée ; U l'envoya avertir pour celui-ci.

Avant-liiei*, le Roi, en sortant, demanda à M. de Biron

s'il i^e voulojt donc pas lui donner encore à souper;

1)1 . dQ Biron répondit qu'il le désiroit beaucoup mais

qu'il n^osoit s'en flatter ; le Roi lui dit : a Le plus tôt sera

lie mieux, j'irî^i dpipp'in. » Au premier souper, ç'avoit

été M. le maréchal de Biron qui avoit commencé i

servir S. M. ; le Roi le renvoya peu de temps après; ce

fut M. d^ Cb^piseau qui acheva de servir S. M. Hier

M, le 4i)ic de Biron présenta la serviette au Roi en se paei-

tant 4 t^ble et en sortant ; il vouloit servir le Roi, mais

S. M. le fit mettre à tablé, et ce f jut H. de Chapiseau qui le

servit. M. de Biron avoit si bien pris ses mesures que

lorsque le Roi arriva chez lui, il l'avertit qu'il étoit

servi ; le souper fut assez long ; il y eut après un cava-

gnole, et le Roi revint ici à trois heures du matin.

M. le duc de Biron donne encore aujourd'hui à souper au$ princesses; il les a priées, ne comptant point leur en avoir donné, parce que la première fois qu'elles ont soupe chez lui, c'étoit M°® de Mailly qui lui avoit demandé à souper et qui y avoit mené les deux princesses, et que les deux autres fois c'étoit le Roi qui les y avoit menées. Ces princesses sont Mademoiselle et M"" de Clermont. Elles mènent avec elles M'"® de Mailly et M'^^ de Nesle, M*"^ de Ruffee et M"**^ la maréchale d'Estrées.

On estimoit qull en coûf^j-oit au Roi, à l'occasion du siège, 100,000 écus d'ejçi ^rijinaire. M. le contrôleur général, à qui j'en a/ p^vv^^ (>r oit pas que cela jjasse

468 MÉMOIRES DU DUC DE LUYIfES.

50^000 écus; cela dépendra cependant des gratifications que le Roi jugera à propos de faire. Les dépenses extraordinaires consistent au bataillon de milice qui a travaillé pendant six semaines^ avant l'arrivée du Roi, au polygone, aux travailleurs qu'on a employés et payés à raison de 10 sols par jour pendant le temps du siége^ au transport de rartillerie^ des poudres et boulets et à la consommation des poudres. L^ arsenal de Paris^ qui est chargé de toutes les poudres qui se fabriquent ou débitent dans le royaume, en a fourni pour ces opérationsci de guerre quatre-vingt dix-sept milliers , mais on compte qu'il n'y en a que soixante milliers d'employés. La poudre revient à 5 sols au Roi. J'oubliois encore dans le nombre des dépenses, ce que le Roi a donné de haute paye aux troupes qui ont été ici, ce qui je crois va à 2 sols par jour.

Ily a plusieurs raisonnements par rapport au siège du polygone. Beaucoup de gens ont dit que ces manœuvres de guerre étoient prématurées pour M. le Dauphin et pas assez grandes pour le Roi et pour faire un spectacle à la Cour ; d'autres ont prétendu que ceci ne devoit être regardé que comme le camp du régiment du Roi, que S. M. avoit été bien aise de voir; que Ton y avoit joint Técole de la Fère dans la vue de faire faire ici les mêmes opérations que Ton fait à la Fère toute Tannée, ce quiétoit un amusement à donner à M. le Dauphin et à la Cour; que l'on pouvoit ajoutera ces réflexions que les manœuvres de guerre ont été faites avec une si grande précision qu'elles ont pu servir d'instruction même aux militaires, n'étant jamais faites avec la même justesse ni autant de sang-froid quand elles sont vraies, et que ce spectacle peut même n'être pas inutile au Roi, qui l'a suivi avec application et qui en sera plus à portée de connoitre les détails dont on lui rend compte journellement en temps de guerre.

ily adéjàplusieurs jours que l'on sait que M"Ma duchesse

JUILLET i750. 469

de Rochechouart ne va plus avec M™* d'Antin au voyage de Madame. M™* de Rochechouart, qui est grosse, ne va plus par cette raison à ce voyage. M"*^ de Tessé a demandé à la remplacer ; on disoit que Tambassadeur d'Espagne s^y oppôsoit parce que les grands d'Espagne doivent avoir les mêmes honneurs que leû ducs, et que la grandesse de M""^ de Tessé est plus ancienne que le duché de M"** d'Antin. H"*^ d'Antin cependant a toujours la patente du Roi pour commander la maison de Madame, en cas de maladie de M*"^ de Tallard. La même raison d'ancienneté auroit été pour M*"^ de Rochechouart qui est aussi grande d'Espagne ; mais son extrême jeunesse avoit levé toutes ces difficultés, car son duché est aussi plus ancien que celui de M*"^ d'Antin ; cependant M"* de Tessé a été nommée ; cela est déclaré d'hier.

On continue toujours ici à parler du mariage de M. de Guise avec M"* du Maine; il parolt que M"* la duchesse du Maine ne s'y oppose point; elle demande seulement qu'on lui fasse voir 50,000 livres de rente. On prétend que la succession de feu M. de Guise monte à 152,000, livres de rente, sur quoi il y a 1,500,000 Kvres de dettes, et 5 ou 600,000 livres de prétention de M*"* de Richelieu,

On a parlé aussi beaucoup d'un mariage moins vraisemblable, qui est celui de M. le comte d'Eu avec M"* de Nesle; on prétendoit que le Roi assuroit en faveur de ce mariage le rang des légitimés à la postérité.

On croit que Madame partira immédiatement après le mariage; M. delà Mina continuée soutenir que les infantes d'Espagne, ayant le fauteuil devant le Roi et la Reine, Madame, devenue Infante, doit avoir le même traitement ici.

Ily^eut il y a quelques jours ici une dispute de M. le duc de Gramont à l'occasion des entrées. A Versailles , au débotter, lorsque le Roi esb habillé dans le cabinet du conseil, il passe dans le cabinet des perruques pour se poudrer; alors tout le monde sort, hors les entrées du

la partdeM. le Dauphin le soir au travail du Roi^ ce qui fut exécuté hier au soir. Le Roi étoit seul avec M. le Cardinal . M. de Châtillonfit une espèce de représentation de la part de M. le Dauphin; M. le Cardinal parla peu; le Roi dit que ce qui avoitété fait n'étoit pas dans la règle, qu'il devoit toujours y avoir une stalle vide au-dessous de M. le Dauphin et qu'il vouloit même que cela fût écrit ainsi dans les registres : que la place étoit demeurée vide, et S. M. en a donné Tordre. M. de Chàtillon, lorsqu'il vit hier M"* de Clermont si -près de M. le Dauphin et par conséquent devant le bout du drap de pied, prit le parti de replier sur-le-champ le bout du drap de pied pour qu'il ne débordât pas la stalle de M. le Dauphin, et il n'a point été désapprouvé. M. le duc d'Orléans a cru devoir faire des représentations au Roi , et lui a dit qu'il ne connoissoit d'autre volonté que celle de S. M., mais qu'il croyoit devoir lui dire que cet arrangement n'ayoit jamais été. Le Roi, à ce que l'on m'a dit, lui a répondu qu'il y en avoit des exejnples, et que cela avoit été autrefois. Il parolt par cet exemple que 4a volonté du Roi est que les princesses passent toujours avant les princes du sang.

Ce futM"' deBouzols qui quêta hier ; malgré l'arrangement ci-dessus, elle quètia M. le duc d'Orléans et M. le duc de Chartres avant M"' de Clermont.

Les arrangements sont faits et déclarés pour le mariage. C'est le vendredi 21 août que M. de la Mina viendra faire la demande; il est décidé que les grands d'Espagne qui sont en France ne l'accompagneront pas. Le mardi 25 se feront les fiançailles. On croit que ce sera dans la pièce avant la chambre du Roi. Le mercredi 26, le mariage dans la chapelle. Le Roi a ordonné beaucoup de gradins etdes barrières ; c'est M. de Gesvres qui a cet ordre, car cela regarde le premier gentilhomme de la chambre, quoique ce soit le capitaine des gardes qui donne les places. Le jeudi 27 sera le feu et la fête de M. de la Mina. On croit que Madame . ira. On a fait plusieurs représentations par rapporta l'in-

toutes les stalles étoient remplies ^ H^^® de Clermofit se trouva embarrassée pour se placer; elle dit même à M. le duc d'Orléans, auprès duquel elle étoit, qu'elle ne savoit où se mettre. M. le duc d'Orléans lui répondit : a Je sais bien où est ma place^ je sais que c'est celle-ci ; pour la vôtre, Mademoiselle, je ne sais où elle esi, » M"* de Clermont prit le parti de descendre aux stalles d'en bas ; le Roi l'appela, et lui dit de monter en haut; elle s'en excusa d'abord, ïnontrant au Roi qu'il n'y avoit point de place , le Roi la rappela, une seconde fois et voulut absolument qu'elle montât; elle obéit^ et se mit à la place vide entre M. le Dauphin et H. le duc d'Orléans> et par conséquent au-dessus de M. le duc d'Orléans. Le Roi dit alors: c< Il n'y a que les fils et les petits^fils de France qui aient le droit d'être impolis aVec les dames. » Ces paroles ont été fort remarquées. Le Roi retourna l'après^née au salut et M*^'' de Clermont reprit la mèm« place qu'elle avoit eue le matin. Il y a encore quelques observations à ajouter par rapporta l'affaire d'hier arrivée à Se^int-Jac«* ques ; il est vraisemblable et cofiome certain q^iie le Roi avoit formé le projet de faire ce qu'il fit bier. Ce qui pourroit en faire douter, c'est que l'on a remarqué que la Reine parla tout bas au. Roi pendant que M"" de Clermont étoit encore en bas. M^^* ée ClermoM ne va point ordinairement chez la Reine le matin ; U y avoit deux ou trois joifrs que le ikoi la pressoit d'aller le jour de Saint-Jacques à la grande messe a^vec la Reine, disant que c'étoit pour qu'elle fût i portée de remettre à la Reine l'offrande. Voici quel étoit T arrangement des stalles ; il n'y en a que sept; le tapis de pied étoit vis-à^ vis les cinq premières, dont deux étoient occupées par le Roi et la Berne, ensuite une vide, ensuite M. le Dauphin, puis une stalle vide, ensuite M. le duc d'Orléans et M. de Chartres. Lorsque M^^^ de Clermont monta, elle occi^a la place vide entre M. le Dauphin et M. le duc d'Orléans. U fut arrangé dès le jour même que M. de Chàtillon viendroit de

la part de M. le Dauphin le soir au travail du Roi, ce qui fut exécuté hier au soir. Le Roi étoit seul avec M. le Cardinal. M. de Chàtillonfit une espèce de représentation de la part de M. le Dauphin; M. le Cardinal parla peu; le Roi dit que ce qui avoit été fait n' étoit pas dans la règle, qu'il devoit toujours y avoir une stalle vide au-dessous de M. le Dauphin et qu'il vouloit même que cela fût écrit ainsi dans les registres : que la place étoit demeurée vide, et S. M. en a donné Tordre. M. de Chàtillon, lorsqu'il vit hier M"* de Clermont si -près de M. le Dauphin et par conséquent devant le bout du drap de pied, prit le parti de replier sur-le-champ le bout du drap de pied pour qu'il ne débordât pas la stalle de M. le Dauphin,'et il n'a point été désapprouvé. M. le duc d'Orléans a cru de voir faire des représentations au Roi, et lui a dit qu'il ne connoissoit d'autre volonté que celle de S. M., mais qu'il croyoit devoir lui dire que cet arrangement n'ayoît jamais été. Le Roi, à ce que l'on m'a dit, lui a répondu qu'il y en avoit des exejnples, et que cela avoit été autrefois. Il parolt par cet exemple que 4a volonté du Roi est que les princesses passent toujours avant les princes du sang.

Ce futM"**' deBouzols qui quêta hier ; malgré l'arrangement ci-dessus, elle quétia M. le duc d'Orléans et H. le duc de Chartres avant M"' de Clermont.

Les arrangements sont faits et déclarés pour le mariage. C'est le vendredi 21 août que M. de la Mina viendra faire la demande; il est décidé que les grands d'Espagne qui sont en France ne l'accompagneront pas. Le mardi 25 se feront les fiançailles. On croit que ce sera dans la pièce avant la chambre du Roi. Le mercredi 26, le mariage dans la chapelle. Le Roi a ordonné beaucoup de gradins et des barrières ; c'est M. de Gesvres qui a cet ordre, car cela regarde le premier gentilhomme de la chambre, quoique ce soit le capitaine des gardes qui donne les places. Le jeudi 27 sera le feu et la fête de M. de la Mina. On croit que Madame ira. On a fait plusieurs représentations par rapporta l'in-

commodilédu jour maigre; mais elles n'ont rien changé à cet arrangement, et M. de la Mina a dit que cela ne rembarrassoit pas. Le souper sera immédiatement après le teu, et le bal après le souper. Ce sera un bal paré si Madame y est, sinon un bal en masque. Le feu de l'hôtel 4e ville sera le samedi ; la Reinele verra du Louvre, parce que ce feu se tirera sur le Pont-Neuf. Le dimanche sera le balde l'hôtel deville, et mardi, 1" septembre, Madame part.

Il parolt qu'il y a encore quelqu'incertitude.sur le voyage de Marly ; on en avoit annoncé un de quatorze joure pendant lequel le Roi feroit deux voyages de Rambouillet; mais cela n'est pas absolument décidé.

Il parolt certain queM.de Biron aura une gratification; on croit qu'elle sera de 10,000 écus.M. dePezéeneutune de pareille somme la dernière année que le régi ment du Roi parut à Fontainebleau devant S. M.

Avant-hier dimanche, le Roi fut au salut ans Minimes. M. le Dauphinétoit dansle carrosse du Roi à. lagauche de S. M-, H. le Premier et M. le duc de Fleury sur le devant, M. de Villeroy à la portière du côté du Roi, M. de Chàtillon à celle du côté de M. le Dauphin. M. le Premier monta immédiatement après M. le Dauphin. J'ai appris à cette occasion qu'il avoit été décidé que M. le Premier monteroit toujours d'abord, et que le capitaine des gardes monteroit avant H. de Cbà.tillon. Avant-hier, ils montèrent l'un par une portière, l'autre par l'autre.

Hier, le Roi fut à la chasse. Mademoiselle étoit incommodée. M"' de Clermont fut en calèche avec M"*' deMailly, H"°de Nesle, M" la duchesse de Ruffec. Mademoiselle soupa pourtant dans les cabinets avec les quatre damesde la calèche et H"' la maréchale d'Estrées.

Onaappriscesjoui^g^j la mort d'un fils de M. deLivry qui étoit abbé (il es^ j^^yt à Toulon'), et celle de M. lé duc d'Uzès qui est ^v i 1p 1^ ^ lîzès; il avoit environ soixante-six ou soiv MOf* » g^g.

474 MÉMOIRES DU DUC DE LUyWES.

Du mercredi 29, Compiégne. — M. de Biron travailla hier avec le Roi; il ne fut point question de gratifications pour lui. Il obtint les croix de Saint-Louis et pensions quMldenrandoit; à Tégard de la gratification pour le régiment du Roi , de Royal-Artillerie et les autres dé^ taohements » elle a consisté en 2 sols de haute paye pen^ dant tout le temps du stisdit camp.

Du 30. -^ Le Roi fut hier courre le cerf. La Reine étoit à*la chasse dans une des calèches du Roi ; il y avoit avec elle M"' de Clermont , M"* de la Roohe-sttr*Yon et M"* de Luynes. Mademoiselle étoit dans une seconde csdèche avec M""' de Mailly, M"' de Nesle et M*"' de Cbalais. Au retour de la chasse ^ le Roi soupa dans ses cabipeifi avec Mademoiselle, M"' de Clermont , M""' de Mailly, M"' de Nesle ,M-°' la maréchale d'fistréês et H'"*' de dhalais. tf"" de la Roche*sur-Yon n'a pas soupe une seule fois avec le Rdi pendant le voyage.

Le Roi court aujourd'bui le sangli^ et soupera dans 068 caUnets.

Dtt 31 . -^ Le Roi sotfpa hier dans ses oabinets àve6 leë deux princesses , M"* de Mailly et sa stBur, M"** de Cha^ lais et M*"^ de Maurepas. M» de Maurepas avoit soupe la veille avec le Roi^ ou la chasse d'auparavant*

Le départ du Roi pour Chantilly est avancé d'un jour ; il part lundi de la chasse , et partira jeudi, après diner, de Chantilly pour aller souper à Vertoilles/ou, «'il lait chaud, jeudi après souper.

Aujourd'hui jour de Saint-Ignace , quoique oe n« tt)it point fête , le Roi va au salut, aux Jésuites^ Hier il de^ manda au P. de Linières à eaiot Ignace étoîi féflé dans leur maison ici. Le P. de Linières lui répondit qu'il rétoit, et n'ajouta aucune sollicitation pour engc^r le Roi à y aller. Le Roi, un moment après^ dit : « J'y irai au salut. » S. H. soupe au grand couvert et va à onze heui*es ici à la comédie.

M. le Dauphin part demain pour Chantilly, et va dîner

dimanche à Saint-Denis et couchera Versailles. lia monté à cheval quatre ou cinq fois ici, et joué à la paume sept ou huit. Il continue à marquer de T amitié, de la vivacité etdeTesprit. Aujourd'hui, chez la Reine, il disoit que Ton voyoit des Bénédictins partout ici. M°"® de Luynes lui a dit qu'elle en avoit eu à sa toilette ce matin ; M. le Dauphin avec vivacité lui a dit : « Eh bien, que leur avezvous dit ? » Je leur ai dit, a répondu M"*® de Luynes, que j'étois bien fâchée de ne m'étre pas trouvée à la suite de la Reinele jour qu'elle avoit été chez eux à Saint-Corneille. » Un moment après, la Reine a dit qu'elle iroit dimanche au salut à Saint-Corneille; M. le Dauphin est venuavec vivacité à M"® de Luynes : c< Au moins vous leur direz dimanche que vous êtes bien aise de vous trouver chez eux ; ce n'est pas que cela vous fasse un très-grand plaisir, mais vous leur direz sûrement. » Cela s'appelle comparer et réfléchir.

Les préparatifs de l'ambassadeur d'Espagne pour le mariage sont presque finis; on m'a dit aujourd'hui que les quatre carrosses seuls coùteroient 200,000 livres, et la livrée 120,000 livres ; chaque habit de laquais coûte 800 livres ; il y en aura soixante-dix. On m'a ajouté qu'on lui avoitreprésentéqu'ilauroit pu épargner 60,000 livres sur les dorures de ses carrosses, sans qu'on eût pu le remarquer. M. de la Mina a répondu qu'il avoit ordre défaire tout au plus* magnifique. On compté effectivement que l'artifice, l'illumination et la décoration des dehors coûteront 100,000 écus et que la fête en total reviendra à environ 800,000 livres (1). La dépense de l'habillement des gentilshommes et écuyers monte à 50 ou 60,000 livres.

(1) M. de la Mina me contoit hier que le jour de la fête seule qu^il a donnée coûteroit 100,000 francs, indépendamment de riilumination; c^est le roi d'Espagne qui paye toutes ces sortes de dépenses. ( Addition du duc de Luynes, du 16 septembre 1739. )

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