‹ Mémoires sur la cour de Louis XV, 1735-58Chapitre 15 sur 18 · ANNÉE · texte numérisé non relu

ANNÉE

JANVIEB.'

Cérémonie des chevaliers de FOrdre. ^ Mort du dievalier de Soldeville. — L*abbé de Fitz-Jaroes nommé évêque de Soissons. — Projet de double mariage avec TEspagne. — Promenades en tratneaax. — Perte du Roi au jeu.

— École de Mars. — Mort de M. Cochet de Saint-Yallier. — M. Gilbert de Voysins succède à son père. —' Difficulté sur la garde de Mesdames. — Bal chez Mne de Rohan. — Remarque sur rentrée de M. de Lichtenstein. •— Maison de Conflans donnée à rarchevèché de Paris. — Faucons de Malte présentés au Roi. — Audiences du comte de Solar et de M. de Brignole- Sale. — Rhume du Dauphin. — Projet d'envoyer des troupes en Corse. — Difficulté sur la réception du duc de Penthièvre dans Tordre de la Toison d*Or. — Affaires de l'université et des Carmélites. — Le Roi à VOpéra. — Mort de M. d*Autichamp. — M*^ le Maure et Chassé refusent de chanter à ropéra devant le Roi. — Mariage de M>i« de Lambesc avec M. de Cadaval.

— Détails sur la cour de TEmpereur. — Revenu de la duchesse d'Orléans.

— Usage de servir le Roi avec la serviette sur Tépaule. — Maladie de M">e Adélaïde. — Mariage de Mile de.Mailly avec M. de Flavacoort. — Sampietro et Vannina. — Mariage de M. d'Artagnan. — Chanson sur

M. Destouches petit canon Mort du maréchal du Bourg. — Voyage à la

Meutte. — Préparatifs du bal dans le grand appartement de Versailles; billet d'invitation. — Aventure à un bal chez la duchesse de Bourgogne. — Mort du duc de Brancas. — Détails sur le carrousel de 1662. — Fête militaire donnée par le roi de Pologne. — Bal rangé dans le salon d'Hercule, et bal en masque dans le grand appartement. — Présentation du prince de Beveren. — * Mort du marquis de Saint-Simon et du prince de Talmond. — Dis-* grâce de M. de Bonneval. — Dépenses des bals. — Affaires de Corse. — VOde à la Postérité,

Du jeudi V^ janvier y Versailles. — Ce matin^ la cérémonie des chevaliers de l'Ordre s'est faite à l'ordinaire; il y aura encore demain unegrande messe pour les chevaliers morts, suivant l'usage. Il n'y avoit ici aujourd'hui que vingt-cinq chevaliers, outre les charges ;» cependant il n'y a que vingt-deux places de vacantes, vingt de laïques et deux pour des prélats.

Ce matin, le chevalier de Soldeville est mort à Paris; il logeoit chez M"* la Duchesse ; on l'a trouvé mort dans

son lit; il étoit Aragonois^ et avoit été capitaine de vaisseau au service du roi d'Espagne ; il fut fort lié avec M. de Vendôme, en Espagne. Il étoit déjÀ venu en France avec M. Castel dos Rios. Pendant le temps que M. de Vendôme fut en Espagne 9 il arriva une affaire au chevalier de Soldeville ; on dit que ce fut par rapport à une femme qu'il aimoit; il fut obligé de sortir d'Espagne. M. de Vendôme lui donna une lettre pour M"* de Vendôme, qu'il pria d'en avoir grand soin. M'^^de Vendôme lui donna un logement, et il resta toujours chez elle ; on prétendoit dans le temps qu'elle avoit pris du goût pour lui, et même qu'elle l'avoit épousé. Après sa mort il s'attacha à H'"'^ la Duchesse, à qui il a toujours fait sa cour fort assidiiment. M. de Soldeville avoit joué gros jeu; depuis une perte de plus de 100,000 francs, qu'il fit en deuxfois, il avoit quitté le jeu. Il s'étoit mis dans la grande dévotion; il faisoit des retraites, il jeûnoit avec la plus grande austérité, et logeoit toujours chez M*"' la Duchesse lorsqu'il venoit à Paris. On prétendqueFaustérité de sa vie pendant le carême dernier a été la cause de sa mort; il Tavoit passé en retraite, et depuis son retour il étoit tombé dans une grande langueur ; on croyoit qu* il n'y avoit plus que de la foiblesse et nul danger; on l'a trouvé mort ce matin. .

IhAiamediSf Versaillei, — Uy a déjà quelques jours que le Roi a nommé M. Tabbéde Fitz-James à Févôché de Soissons ; c'est l'alné des enfants de M. le maréchal de Berwick, qui étoit déjà abbé de Saint-Victor.

On parle beaucoup depuis quelques jours d'un double mariage avec l'Espagne. M. le Dauphin avecl'In&nte (1), et le prince Philippe (2) avec Madame (3). Il y a des gens

(l)Marie^Thérèse-AiitoiDette-Raphaelle, infante d'Espagne , fille de Phi* lippe V. Ce mariage fut conclu en 1745.

(2) L'infant don Pliilippe, second fils de Philippe Vet d'Elisabeth Farnèse , né le 15 mars 1720. »

(3) Madame pTemière, Louise-Élisabetti de France, née le 14 août 1727, morte le 6 décembre 1759.

JANVIER i7»9. 303

qui vont même jusqii'à nommer la maison de M"° la Dauphine. On nomme VP^ la duchesse de Chàtillon pour sa dame d^honneur ; cela est presque de droit pour la femme du gouverneur* On nomme H*"^ de Mailly pour dame d'atours^ et on dit que H""^ la duchesse de Fleuty auroit en ce cas*là la place de dame du palais de H""^ de Mailly. On dit M. le duc de Fleury chevalier d'honneur, M. de Narbonne premier écuyer, M. de Flamarens premier maître d'hôtel. Ce sont des bruits qui^ excepté M"^ de Chàtillon, n'ont peutêtre que la vraisemblance. On ajoute même que c'étoit M. le duc de Villeroy qui devoit aller faire la demande, mais que ce sera H. le duc de la Rochefoucauld; ce qui est certain, c'est que M. de la Hina parolt fort occupé de faire sa cour à Madame.

On dit que le prince Philippe est fort aimable et que l'Infante a beaucoup d'esprit, qu'elle est bien faite, et qu'elle a une jolie figure. M. de Vaulgrenant, qui a été quatre ans ambassadeur en Espagne, me disoit il y a quelques jours que le prince Philippe aime extrè mement les François, mais que le prince des Asturies (1), que Ton croyoit n'^ivoir pas les mêmes sentiments, avoit toute l'amitié possible pour le Roi; que dans toutes les occasions où il avoit vu M. de Vaulgrenant et où il avoit pu s'approcher de lui sans être aperçu, il lui répétoit sans cesse en lui serrant la main: a Monsieur, lorsque vous écrirez au Roi mon cousin ou que vous le verrez, assurez-le bien, je vous prie, de ma tendre amitié; et comment pourrois-je penser autrement pour lui? nous n'avons pas, lui et moi, une goutte de sang qui ne vienne de la même source. » M. de Vaulgrenant m'a dit qu'il lui avoit répété ces termes trois ou quatre cents fois [sic] pendant qu'il avoit été en Espagne.

La plus commune opinion est que la Reine (2) ne

(1) Ferdinand, né le 23 septembre 1713, roi d'Espagne en 1746, mort en

(2) Elisabeth Famèse.

p^Qse pas de même. On prétend que ce sentiment n'est pas fondé; qu'il est vrai qu'elle n*a pas été contente dans les temps de ce que l'on n'avoït pas exécuté certains articles qu'elle comptoit lui avoir été promis^ et que du côté de la France l'on avoit cru que du temps de M. de Castellar il avoit eu des instructions secrètes pour contribuer autant qu'il dépendroit de lui à un grand changement dans le ministère. La reine d'Espagne est fort blessée qu'on la croie éloignée de la France; et M. de Vaulgrenant m'a dit qu'étant avec le roi et la reine d'Espagne, la Reine lui avoit adressé la parole et lui avoit dit ; « Vous pourriez douter de mes sentiments par rapport aux François si j'étois ]a seule qui vous en assurât, mais vous ne douterez pas de ce que le Roi vous dira ; je le prends à témoins'ilm'a jamais vue dans d'autres sentiments que les siens par rapport à la France. »

Le Roi devoit aller hier courre le cerf ; le temps ne l'ayant pas permis, on ordonna des traîneaux, et sur les deux heures S. M. alla se promener dans les jardins et autour du canal ; il y avoit dix-sept traîneaux. Le Roi alla d'abord en traîneau descendre chez M"^ la Duchesse, qui étoit à sa toilette et qui ne comptoit point sur cette promenade; il la pressa de s'habiller, et l'attendit; on m'a dit même qu'il l'avoit voulu mener, et qu'elle lui répondit qu'elle étoit trop vieille. Le Roi mena Mademoiselle ; M. de Villeroy mena M*"*^ la Duchesse mère, laquelle arrêta devant les fenêtres de M™® sa belle* fille, qui étoit assez fâchée de n'être point de cette promenade. M"*® la Duchesse lui dit qu'elle pou voit venir, et qu'elle montât dans un traîneau avec M"*« de Montauban. Ce fut M*"^ de Montauban qui mena : il n'y avoit point d'homme avec ce traîneau, pas même de cocher, car il tomba, et se blessa. M. le Duc mena M"* de Clermont; M"^ de Courtenvaux M"" de Mailly. M™*^ de la Tournelle y fut aussi; M"° de Mailly, M*"*^ deRochechouart; et les traîneaux qui ne furent point remplis par des femmes le fu-

JAr^VlËR t7S9 305

rent par des hommes. J'oubliois H"^ de la Koche-sur-Yon, qui y fut aussi. W^^ de Sens étoit à Versailles et elle ne fut point de cette promenade. M. le duc d^Ayen, capitaine des gardes en quartier, suivoit le Roi^ dans un traîneau avec un autre homme. Il y a voit trois relais pour chaque traîneau. M"® la Duchesse revint avant le Roi et dit à M*"*^ sa bell&-fille de la suivre. A six heures le Roi^ soupa dans ses cabinets, mais seulement avec des hommes, à cause du maigre. Mademoiselle et M"*' de Mailly soupèrent chez M^^ de Clermont. A minuit^ le Roi alla chez Mademoiselle, et ne l'ayant point trouvée, entra chez M™^ la Duchesse, qui jouoit à quadrille avec M'"^ de Buse, M. de Yaujour et M. de Courson. M"*^ la Duchesse proposa un cavagnole , mais le Roi dit qu'il venoit pour faire la partie de M. de Courson au brelan; après le brelan le Roi alla chez M^^^ de Clermont, où il resta peu et où il ne joua point.

Le Roi disoit ce matin à dîner qu'il avoit fait le dé^compte de son jeu pendant Tannée dernière; qu'il perdoit lOliSi' louis.

Hier, il y eut grande messe pour les chevaliers , pour ceux qui sont morts dans l'année dernière. MM. les cardinaux de Rohan et d'Auvergne étoient sur deux carreaux devant le prie-Dieu du Roi suivant l'usage. Pour M. le cardinal de Polignac, comme il n'a point de charge dans la maison du Roi, il avoit son carreau dans le chœur auprès de l'autel.

M . de Tressan, absent depuis longtemps, comme j'ai dit ci-dessus, est revenu ici faire son quartier.

Du ky Venailles. — Les deux ou trois premiers jours de cette année, M. le chevalier de Lussan , ingénieur qui a établi depuis un sm ou deux une espèce d'académie pour l'art militaire, amena ici quatre jeunes gens vêtus en uniforme rouge avec parements bleus et une petite tresse d'or. M. le duc de Gesvresles présenta au Roi ; ils furent aussi présentés à la Reine, à qui l'un deux fit un petit compliment, un à M. le Dauphin et un à M. le Cardinal. Cetie

306 i\lf:MOmES DU DUC DK I.UYNES.

aGodéraie s'appelle recelé de Mars. M. de Lussan ^ loué une maison à ses dépens, où il a plusieurs pensionnaires et des axternes. Les pensionnaires donnent 500 éous par an, et ils ont aux dépens de M. de Lussau' tous les maîtres qui peuvent oonvenir à un homme de g*uerre; on leur ap* prend même à danser, et ils sont nouoris. On fait dans cette maison des exeroices publias où Ton montre tout oa qui peut conoerner l'attaque et la défease des places.

On a pu voir dans les nouvelles publiques la mort de M. Cochet de Saint^Yallier; il étoit conseiller honoraire au Parlement (l)ety étoit estimé; mais il étoit exti*è*mement avare; on prétend aussi qu'il étqiteKtrômement occupé de faire valoir son argent. Il a fait ses légat^res un des enfants de M. le présidept de Maupeou (2). et un des enfants de M. le procureur général (3); on prétend qu'ils ont c^aeuii 15,000 livres de rente de cette, succession. Cependant H. de Saint- Vallier fait pour 1,850,000 livres de legs pieux. C'est de M. le chancelier que je sais ep dér tail.

Il me disoit aussi hier que la charge de procureur général, qu^il a exercée pendant seize ans, vaut epviron 34^000 livres de rente.

La bellfi-sœur de M. le procureur général Fleufy (4), dont le, mari étoit avocat général , vient de mourir ; elle n'avpit que soi^^anterquatre ans.

Le Boidina encore hier au grand couvert avec la Reine»

M. (f ilbert des Voysiqs (5) eat venu 6$ matin préaentenson fils, à qui il vient de remettre, avec Vagrément du Roi, sa change d'avocat général ; M. Gilbert a voulu se nstirer

(1) Il est porté à l'almanach royal de 1739 comme président lionoraire, cidevant président de la seconde chambre des Requêtes, ayant séance à la Grand'c^ambrfu

(2) René-Charles de Meupeou.

(3) Joly deFIeury.

(4) Louise Béraut.

. (5) Avocat général au Pademenl^

JANVIER IVS9. a07

dès à présent^ quotquUl n'ait que oinquanter-quatre ans. Son fils en a vingt-quatre. Les deux autres avocats généraux sont H. de Plimont, quatrième fils de H. le chanoe-t lier, et M. de Fleury^ flls du procureur général, lequel se trouve aujourd'hui le plus ancien , quoiqu'il n'ait que vingt-neuf ans. L'usage ordinaire est de donner une place de conseilla d'État à un avocat général dont on est eon-f tent et qui se retire. M, Gilbert n'a pas voulu attendre qu'il y ût de place vaeànte.

. On parle de la naaladie du roi Auguste (i) que l'on dit être considérable.

J'ai parlé ci-dessus de l'audienee du prince Oantiniir. La CEarine avoit laissé à la volonté du Roi le 4itre qu'elle donneroit à celui qui seroit ici chargé de ses affaires; il a été convenu qu'il auroit le titre d'ambassadeur ; cepeur dant comme ses lettres n'étoient pcnnt arrivées , H. le Cardinal ne vouloit point qu'il eût d'audience. M. de Gantimir a représenté qu'il y avoit des exemples d'aur diences données à des ministres plénipotentiaires ; qufi M. }e conaaiandeur de Solar (â) en avoit eu une sansayoir encore d'autre qualité ; que M. de SohmQrling (3) en avoit eu une aussi. Enfin, M. le Cardinal s'est rendu au désir de M. de Cantimir^ et il a eu audienoe particulière, comme je l'ai marqué ei-^dessus.

J^ai oublié de marquer la mort de M. de Malan arrivée au -mois de novembre dernier; il étoit exempt dans les gardes du corps; il avoit toujours servi dans la cavalerie. C'est M. de Balinooumt qui l'a remplacé.

Du lundi 5, VersailUê. — * Hier le Roi alla en traîneau \ il y avoit, con^me la dernière fois, dix-ftept traîneaux; le traîneau du Roi l'attendoit au bas de la terrasse du jar^ din vis-à*vis la cour de marbre; S. M. descendit sur la

(1) Roi de Pologne et électeur de Saxe.

(2) Ambassadeur du roi de Sardâifnie.

(3) Ministre de TEmpereur .

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JANVIER 1750. 30a

'isses; on vint l'avertir . Le Roi joua àcavagnole jus-

lue heure et demie. Ici après le souper il y eut un

ae M"^^ la princesse de Rohanavoit proposé la veille

elle et M°* la Duchesse^ parce que le rhume de

Dauphin^ qui fut dans son lit toute la journée avec

.ou de fièvre, avoit empêché qu'il n'y eût bal comme

. dinaire. A une heure et demie le Roi arriva au mi«

aiéme d'une contredanse que son arrivée n'inter-

.pit qu'un moment. M"* de Mailly etM'"* de Puysieux

> èrent en même temps que le Roi ; elles sortoient

i de chez Mademoiselle. Le Roi se mit sur la première

ise qu'il trouva à la porte; on continua à danser; le

inent d'après^ le Roi avança un peu et s'assit au milieu

la chambre du côté de la porte* H'"*' la Duchesse mère^

à étoit à l'autre bout, vint s'asseoir auprès de lui. Le

i, qui avoit grande envie de dormir depuis deux heu-

s de temps , à ce qu'il dit en se couchant, resta cepen-

^nt une heure au bal, et ne dansa point. Après qu'il se

À retiré, nous priâmes tous M"* la Duchesse la mère de

3uloir bien danser un menuet, et elle le dansa avec

î. le duc de la Trémoille.

Aujourd'hui le Roi a été tirer dans le petit parc, mais 1 n'a pu y rester longtemps à cause du froid. S. M, avoit permis à M. le duc de Yilleroy^ à H. le grand maréchal (1) de tirer avec des fusils; H. de Courtenvaux et M. de Soubise tiroient avec des pistolets. Au retour de la chasse le Roi a monté dans ses cabinets, où il doit jouer jusqu'au souper, qui sera à huit heures ; il y aura des dames que je ne sais pas encore ; Mademoiselle et M""" de Clermont y seront sûrement, et doivent y aller à six heures et demie.

J'ai parlé ci-dessus de l'entrée de M. de Lichtenstein ; on a fait une remarque à cette entrée, qui est que les

(1) Louis-Michel Cbamillart, petit-fils du ministre, grand maréchal des lof;is de la maison du Roi.

resté dans le cabinet que H. le Cardinal et M. Amelot (1). S. M. a donné aussi ce matin audience publique à M. de Brignole-Sale, envoyé de Gênes; c'estaudience de congé. Il a parlé en italien et fort bien, à ce que j'ai entendu dire à M. le Cardinal. Le Roi lui a répondu qu'il assurât laRépublique de son amitié, et qu'iln'oublieroit rien pour la secourir contre la Corse ; ce sont à peu près les termes. M. de Brignole a eu aussi audience de la Reine dans le grand cabinet avant la chambre; M. de Nangis étoitsewl derrière le fauteuil; il a aussi parlé italien à la Reine.

M. le Dauphin est depuis deux ou trois jours fort enrhumé ; il a eu de la fièvre et en a même encore un peu , et il garde son lit. M. le Cardinal, qui l'est venu voir, lui a fait plusieurs questions sur la fable qu^il apprend aujourd'hui ; il y a répondu avec vivacité et esprit.

Le Roi ne dînera pas au grand couvert, mais 7 sowpera. Le Roi va aujourd'hui à vêpres suivant Tusage.

On doit envoyer incessamment de nouvelles troupe» en Corse. Partie des mécontents avoient accepté un traité par lequel ils se soumettoient à la république de Gênes à certaines conditions ; mais depuis ce temçs ils ont attaqué un de nos postes, qu'ils ont passé au fil de l'épée; ils ont traité de même les chefs de coimnwîia\i\fe qui avoient accepté le traité. Théodore (2) n'est point en Corse; il est en prison à Gaëte; ce Théodore est genfiV homme; il se nomme Neuhoff; il est de Westphalie.

M. de Maillebois, qui commandoit en Dauphiné, re vient ici; il esl destiné pour aller commander en Coïsi et doit repartir incessamment.

Du mercredi 7, Versailles. — Le roi est pa^ti awjovM d'hui pour aller à la Meutte; il y avoit quarante-six pei sonnes qui se présentoient ; S. M. n'en a mené que vinj deux, dont il y en a même quelques-unes à qui il çerni

(1) Secrétaire d*État au département des affaires étrangères. (!>) Roi dp Corse.

place. Le Roi ayant vu plusieurs noms de cardinaux à la tête de cette liste, lui dit : « Non, mon pèfre, poux des car* dinaux je n'en veux point ; je leur donnerois ma couronne qu'ild neseroient pas contents. » Le P. de La Chaise répéta cette expression à M^ l'arcbevéquey de qui je la tiens. Il y avoit vraisefnblablement longtemps que l'on se doutoit à la Couf que cette place ne tomberoit point à d'autre que M. Tévèque de GhÀlons, car cinq ans auparavant, M. le cardinal de Ja&son allant à Rome dit à M.rarohevêquedeParis, alors archevêque d'Aix : ccVous pouvez compter que vous n'aurez point d'autre archevêque de Paris que M. l'évêque de Châlons. » Plusieurs annéesaprèS) H< l'archevêque de Paris, étant devenu cardinal de NoaiUes, Tint rendre visite à M. le cardinal de Janson à l'hôtel deLongueville. M. le cardinal de Janson dit à M. d'Âix : a M. le cardinal de NoaiUes sera un jour chef de parti, mais ce sera sans le vouloir ni le savoir. » Du mardi 6, Versailles. — Les dames qui soupèrent hier dans les cabinets avec Mademoiselle et M"** de Gler-

mont étoient M™* la maréchale d'Estrées, M""*" d'An tin, de Mailly et de Talleyrand (1).

Ce matin M. le bailli de Mesmes^ au sortir de la messe, a présenté à S. M. les faucons de Malte; il n'y en avoit que six cette année ; cela se pratique ainsi tous les ans. Le grand maître envoie un chevalier pour les présenter au Roi; celui qui avoit été chargé de cette commission est tombé malade en chemin et il y a eu un autre chevalier de nommé pour le remplacer.

Le Roi, avant la messe, a donné une audience particulière à M, le commandeur de Solar, ambassadeur du roi de Sardaigne; cette audience a duré environ un quart d'heure; c'étoit dans le cabinet des glaces. Tout le monde est sorti, même les entrées familières, et il n'est

(l)iVoyez le 8 janvier.

resté dans le cabinet que H. le Cardinal et M. Amelot (1) , S. M. a donné aussi ce matin audience publique à M. de Brignole-Sale, envoyé de Gènes; c'estaudience de congé. Il a parlé en italien et fort bien, à ce que j'ai entendu dire à M. le Cardinal. Le Roi lui a répondu qu'il assurât la République de son amitié, et qu'iln'oublieroit rien pour la secourir contre la Corse; ce sont à peu près les termes. M. de Brignole a eu aussi audience de la Reine dans le grand cabinet avant la chambre; M. de Nangis étoit seul derrière le fauteuil; il a aussi parlé italien à la Reine.

M. le Dauphin est depuis deux ou trois jours fort en* rhume ; il a eu de la fièvre et en a même encore un peu , et il garde son lit. M. le Cardinal, qui Pest venu voir, lui a fait plusieurs questions sur la fable qu'il apprend aujourd'hui ; il y a répondu avec vivacité et esprit.

Le Roi ne dînera pas au grand couvert, mais y soupera. Le Roi va aujourd'hui à vêpres suivant l'usage.

On doit envoyer incessamment de nouvelles troupes en Corse. Partie des mécontents a voient accepté un traité par lequel ils se soumettoient à la république de Gènes à certaines conditions ; mais depuis ce temps ils ont attaqué un de nos postes, qu'ils ont passé au fil de l'épée ; ils ont traité de même les chefs de commuiiautés quiavoient accepté le traité. Théodore (2) n'est point en Corse; il est en prison à Gaëte; ce Théodore est gentilhomme; il se nomme Neuhoff; il est de Westphalie.

M. de Maillebois, qui commandoit en Dauphiné, revient ici ; il esl destiné pour aller commander en Corse et doit repartir incessamment.

Du mercredi 7, Versailles, — Le roi est parti aujourd'hui pour aller à la Meutte ; il y avoit quarante-six personnes qui se présentoient ; S. M. n'en a mené que vingtdeux, dont il y en a même quelques-unes à qui il permet

(1) Secrétaire d*État au département des afTaircs étrangères. (î>) Roi do Corse.

d'aller dans leur chaise, et quelques autres qui viennent de Paris, comme par exemple M. Du Bordage. Mademoiselle est allée à Madrid avec M"'' de Clermont ; M'"° la duchesse d'Ântin et M*""* la maréchale d'Estrées doivent y aller aussi. Je ne sais point encore les deux autres. M""® de Ghalais etM"^ de Mailty ne sont point de ce voyage; elles sont toutes deux de semaine. On dit que le Roi ira vendredi à rOpéra avant que de revenir ici ; on a même donné quelques ordres aux Cent«Suisses au cas que ce projet s'exécute,

M. le duc de Penthièvre devoit aller aujourd'hui à Paris pour être reçu chevalier de la Toison d'or; son voyage est différé. On n'en dit pas la raison , mais on croit qu'il y a quelque difficulté sur le rang, parce qu'ici ayant le rang de prince du sang il passe avant tous les gens titrés, et que les grands d'Espagne peuvent bien ne pas penser de même. Il est certain que lorsque M. de Vendôme, étant en Espagne^ fut reçu chevalier de la Toison , les Grands représentèrent que rien ne les avoit jamais séparés du Roi et de la famille royale, ce qui ne se pratiquoit pas de même en France par rapport aux Ducs. M. de Ghalais me disoit aujourd'hui qu'il avoit fallu un ordre du roi d'Espagne, je ne sais pas môme si ce ne fut pas un brevet de prince du sang. 11 est vrai que M. de Vendôme n'étoit pas dans le même cas de M. de Penthièvre, il n'avoit que le rang intermédiaire. Il faut que les difficultés sur cette affaire soient survenues depuis bien peu de temps, car dimanche dernier M. de La Mina comptoit encore que ce seroit pour aujourd'hui (1).

(1) Cette affaire n'est pas encore terminée. J'avois déjà entendu dire, ces jours derniers, la Téritable cause de la difficulté, et M. de La Mina, que j'ai TU aujourd'hui, m'a confirmé la xnéme chose.

Lorsque l'on reçoit des cheTaliers de la Toison, le cérémonial de leur réception est envoyé détaillé d'Espagne; mais en Espagne il n'est pas question de rang de prince du sang , parce qu'il n'y a point de prince du sang; et il est d'nn usage si constant que tout chevalier do la Toison ne doit passer qu'à son

M. Tévôquede Die^ quiestFabbéde Cosnac (1), avendu depuis peu de jours à M. Tabbé Duvigean sa char^ de maître deFOratoire. Cette charge donne les entrées de la chambre; mais elle n'a nulle fonction.

Nous apprîmes hiet la mort de M. de Oartigny ; il étoit intendant général des galères; cette charge vaut 15 ou 16^000 livres de rente) il aroit été porte^^mailteau du Aoi.

Nous vîmes ici hier un ancien lieutenant général qui n'y étoit pas venu depuis longtemps ; c'est milord Gai* moy; il a quatre-vingt-douze ans ^ et 11 se porte fort bien. •XHc 8y Versailles. — Lès deu& daities <|ue je n'otôis pas nlarqtié hier et qui sont à Madrid Chez Mademoiselle sont M"* de SainirGermain et M™*» de BeUVron. M™' de MaiUy n'y a point été à cause de sa semaine ; elle soupa oepen* dant lundi dans les cabinets^ mais la Reine ne voyoit personne Ce joUr^là^ parce qu'elle fit ses dévotions le len-

rang de réception, que pour faire passer le prince des Âsturies , après sa réception, avant tous les autres chevaliers il faut un bref du Pape , et les Infants toérne le jour de leur réception lié passent point aTattI tes atatres. On peut faire sur cela une observation qui se présente d'abord ; c'est qu'il y a en plusieurs chevaliers de la Toison reçus en France ; mais comme ils étoient reçus par des François (M. le duc de Berry par exemple eh a reçu plusieurs ) et qUe Tambassadeur d*Espagnen'étoit point chargé de cette réception , ili étoiétit reçus suivant l'usage ide France. Dans l'oecadion présente^ M. de La Mina» chargé de recevoir M. de Penthièvre , n'a pu se dispenser de se conformer aux usages d'Espagne ou de demander un ordre pour ne les pas suivre. C'est tout ce détail tjne l'ob m'atdit conté et que j'at rapporté k M. de La Mina oe matin. 11 m'a paru en convenir, et m*a dit qu'on avoit envoyé un courrier; et je crois que ce courrier est envoyé par M. le duc de Penthièvre et non par l'ambassadeur d'Espagne ; il est même étonnant qn'il he soit pas retenu depuis le temps. On m'a ajouté une circonstance qui me parott très-vraisemblable; c'est que M. de La Mina devant donner ce jour-là un grand diner et désirant réelletnent aplanir les difficultés, avoit proposé de faire la cérémonie si tard qu'«lle ne se trotivât finie qUè quand on aurdit sn'vi le dlner^ de sorte que M. le duc de Penthièvre n'auroit pas en le tempft de prendre aucun rang, et qu'on auroit été se mettre à table tout de suite. On m'a dit en tnôme temps que cette proposition n'aroit point été acceptée. Je n'ai point demandé ce dé* tailàM. deLaMina. {Noté du dttc (fe £tiyrae5^ datée du IB février.) (i) Daniel«Joseph de Cosnac. .

JANVIER 1759. Z\g

demain; et d'ailleurs M"' d'Ancenis étoit f'estéeau souper et M"® de Chalais étoit allée la relever après le souper.

Lundi dernier la Reine fut enfermée longtemps avec son confesseur^ et malgré cela le lendemain elle se tôonfessa encore; et pendant la messe elle le tàppela une troisième fois dans sa lanterne.

Du 9, Versailles. — J'ai marqué ci-<[essus que l'Uni* versité de Paris^ avait rétracté son appel; cette affaire n'est pas encore terminéei 11 y en a une dans ce même corps que Ton a dit que le Roi a évoquée à son ednseil ; c'est au sujet du choix d*un recteur» Le recteur doit être élu par quatre Voix qu'on appelle électeurs. Lorsqu'il a été question de procéder à cëtle élection^ quelques-uns des membres del'Universitésesont plaints que du nombre de ceux qui avoient été choisis pour électeurs il y en aVoit deux ou trois qui n'avoientpas trente ans^ et qu'ils avoient une loi qui ne leur permettoit pas d'avoir des éleoteui^s au-dessous de trente ans. D'autres membres de l'Université ont représenté que dans le temps de l'appel fait par le corps de l'Université on avoit voulu ffidre valoir cette loi et que l'on avoit répondu alors qu'elle n'étoit plus ea usage et qu'on ne devoit y avoir aucun égard. Sut cette contestationa été présentée requèteau Parlement ; et c'est cette affaire que le Roi a évoquée.

Une autre affaire qui fait encore du bruit est celle des Carmélites: Cet ordre prétend dépendre absolument du Pape. MM. de Troyes et de Montpellier étoient visiteurs pour le Pape. S. S. ayant jugé à propos de s'informer par d'autres que par ces prélats de ce qui se passoit dans ledit ordre, a envoyé au Roi un bref pour que chaque évéque dans le diocèse desquels il y a des Carmélites, en ût la visite et en dressAt procès-verbal^ et que ces procèsverbaax fussent envoyés A l'archevêque de Paris^ qui les renverroit au Pape. Les Carmélites n'ont pas voulu reconnoltre l'autorité des évêques diocésains y et le Parlement a fait difficulté sur ce que le bref n'étoit enregistré qu'au

âl6 MKiMOIRKS DIS DUC DE LLYJNKS.

grand Conseil. Ils doivent demander à venir faire des remontrances.

Le Roi est allé aujourd'hui de la Meutte à l'Opéra (1).

Du samedi 10, Versailles. — Le Roi revint hier ici tout droit de TOpéra; il arriva un peu avant dix heures, alla chez la Reine, ne soupa point, et se coucha de bonne heure. Le Roi àTOpéra étoit dans sa loge, dans un tauteuil. H. le prince de Conty étoit sur un pliant à la droite du Roi , un peu sur le retour. Derrière le Roi il y a deux banquettes ; sur celle qui est plus près du fauteuil étoîent M. d'Ayen au milieu, H. de Bouillon à droite, et M. d^Aumont à gauche, et presque à côté de H. d^Aumont, à gauche, H. le prince Charles. Sur la seconde, M. de Maillebois, H. le Premier et M. de Montmirel.

Aujourd'hui le Roi a couru le cerf et soupe dans ses cabinets avec des hommes seulement; il n'y a que qoa* torze couverts.

Hier mourut M. d' Antichamp, chef de brigade; Ton ne doute point que cette brigade ne soit donnée à H. de Castellane, parent et de même nom que celui qui a épousé une petite nièce ou cousine de H. le cardinal de Fleury. H. de Castellane est major du régiment d'Anjou-cavalerie, et c'est actuellement le tour de la cavalerie. Il y a six ou sept mois qu'il a parole de M. le Cardinal pour la première brigade vacante dans les quatre compagnies, et cette parole est d'autant plus solennelle que le Roi a trouvé bon qu'il eût l'honneur de le remercier dans ce temps; il remercia aussi la Reine et M. le Dauphin. Cette circonstance sera malheureuse pour M. le chevalier de Mailly, frère de M*""" de Hazarin, major du régiment de Vibraye-dragons; car j'ai ouï dire qu'il avoit parole de M. le duc de Ville roy pour la première [brigade] dans sa compagnie. Il est vraisemblable que l^s autres capitaines ont aussi des engagements.

(I) Voy. Journal de Barbier ^ t. III, p. 154.

Du lundi 12, Versailles, — On avoit offert à M"* Le Maure de lui donner 100 louis si elle vouloit chanter & ropéra , le jour que le Roi y alla ; elle s'en excusa d'abord sur ce qu'elle ne savoit pas bien le rôle qu'elle avoit à jouer et qu'il lui faudroit le temps de l'étudier ; on dît que depuis, elle a pris le parti d'un refus absolu par les conseils de sa sœur, dans la crainte de perdre la protection de M. le duc d'Orléans et une pension de 800 livres qu'il lui fait à condition qu'elle ne remontera point sur le théâtre .

Chassé, fameuse voix de basse, dont j'ai parlé plus haut, ne voulut pas chanter non plus ; on sait qu'il a recouvré des titres de noblesse. Cette nouvelle, à ce qu'on prétend, avoit fort surpris son frère qui est avocat en Bretagne. Au sortir de l'Opéra, M. de Carignan demanda au Roi si S. M. en avoit été contente. Pendant les entr'actes, tous les hommes qui étoient à portée d'être vus du Roi se tin^ rent debout.

Avant-hier, le Râ après le souper joua à quadrille dans son cabinet en bas et n'alla nulle part. Le lendemain, qui étoit hier, le Roi dîna au grand couvert et ne soupa point.

Aujourd'hui le Roi a couru le cerf et soupe avec des hommes et des femmes dans ses cabinets.

Hier matin, H. le prince de Lambesc vint ici demander au Roi l'agrément pour le mariage de sa fille avec M. de Cadaval, Portugais ; c'est la troisième génération que ces deux familles s'allient ensemble. Ce fut H. le Cardinal qui mena M. de Lambesc chez le Roi et qui le fit entrer dans le cabinet ; M. de Gesvres ne fut point averti, non plus que d'une carte que Ton présenta au Roi. Ce fut H. le contrôleur général qui amena et qui fit entrer celui qui avoit fait ladite carte; aussi M. de Gesvres dit-il au Roi qu'il prendroit le parti de s'en tenir au service manuel, et le Roi reçut cette plaisanterie en riant,

M. de La mbesc fut dans le grand cabinet de la Reine;

ItH MfiMOIRKS 1>1! OliC DK LUYHES.

il n'«ulm point dans la chambrai ne parlji ni à M"' de Luynus ni à M"' de Matarin ; et il o'a point demandé l'ar t^niittcntde la Reioe.

M, lo marquis de Blirepoix ai^iva ioi avaoirhiar au soir ou lûor matin ; il* vieot de Lunéville, où il a époosA M"* dti Uxin ; il sVji retourne incessamment la fieenr dre et la mener avec lui & Vienne. M. le marquis da Hirepoix m'a beaucoup parlé des dévotions de T^pet«ur il)< U y a par an deux œnt quarante chapelles qui w tiennent dans différentes églises. Les amhassadeius assistent i dos cbapelles ; leur h^ill^nait est à peu près comme celui des pairs au Parlement; ils marchent aa j;t«iMl corté^ A la suite ds l'Empereur, trois eairoGHas à six clwvaux, des paires •* beaucoup de livrée. Ces cha-^ M'Ili'S vlurout trois ou quatre heures chacune ; outre «dla il y « plusieurs jours <rà l'Empereur va pner Dieu dans il«s places de Vieuae où il y a des ooloones ékvées par dtfférfuts «mixsvurs. L'on coostruit dans œs pUoes «m oaW«e d» U^çv ou Uattirua oè TEmperrar se meti cd«x^xi, ^ wne \is-è-«is pour las amfaassadesrs. Le ^ùhm» MMv-^ touîours à la tâle des ambassadetus ; il a une f*~ r«<lîotK>n puttculi^ty i la coiur de l~Empenur ; il «&k oomiM* Tï-xx^qa* de la Cour; il est eu Wbit lo^ les jv-«rji ordinaire» et en loc^t ti cantail W>ouk de gaa»a<e. fêtait

tl; a^Mrtuos ^-nrsoàrEo^eW'urdiueeapaUift, c'<«l-it^^u<r a\wc 11inp««tri<w «i ^ U <iMS» $~L*9MW« «sti p*« près «Marne ici an j

cou>«n. ■- U «Tai>d»^égK-.bft£« «4 a« V^it At h tiU«

JANYIfia 1759. 319

sur le retour du côté de TEmpei^eur. L'Empereur est servi à genoux par ses chambellans ; et l'usage est, lors-^ que Ton a l'honneur de lui être présenté^ de lui baiseir la main. M. de Mirepoixa cru qu'il n'étoit pas oonvenablp que les François rendissent plus de respect à l'Empereur qu'ils n'en rendent iei au Roi^ et leur a recommandé de ne point pe mettre à genoux en baisant ^a main de VEm** pereur et de lui faire la révérence èi. la françoise et non pa^ comme les Allemands» dont les révérences sont 4 peu près aomme pelles des obevaliers de TOrdre. A cea dîners de représentation Ips ambassadeurs y assistent ; ils sont debout vis -4 '•vis M"* la grande- duchesse. Lorsque TEmperenr est à table il salue les ambassadeurs, met SQu chapeau , et aussitôt les ambassadeurs se couvrent. L'Empereur mange ordinairement du potage, un grand mp.rceau de boauf et un grand morceau de cerf; après quoi il demande à boire ; et aussitôt qu'il a bu, il ôte $on chapaau, salue les ambf^ssadeurs, lesquels se rcr tirent. L'Impératrice et la grande-duchesse ne boivent point que l'Empereur n'ait bu, L'Empereur ne parle ja-rmais en public aux amb^sadeurs, mais senlem^snt aux ^udi^uces. A ces dîners il ne parle qu'à l'Impératrice ou à ceux qui le servent. La garde de TEmperenr est composée de deux compagnies, celle de^ trahans et celle des archers. Leurs uniformes sont jaunes avec des galons noirs» qui est la livrée de l'Empereur. On regarde peu à la taille et à la fignre, et ces compagnies sont trèa^peu nombreuses. Pour la garde à cheval il n'y en a d'autre que deux escadrons de cuirassiers et que l'on relève de temps en temps- Lorsque l'Empereur ya tenir chapelle» il est toujours entre un traban et un archer. L'Impéra^ triœ ne va pas à toutes les chapelles; mais lorsqu'elle y suit TEmpereur, les quatre ambassadeurs» le Nonce» France, Portugal et Venise, qui sont les seuls ministres étrangers qui raccompagnent, attendent l'Empereur à la porte de sa chambre et marchent devant l'Empereur, qui

leurdit de se. couvrir; ils arrivent à la porte de l'église^ se mettent en haie et ôtent leur chapeau ; et en sortant^ la même chose est observée ; ils ne se couvrent jamais que lorsque TEmpereur le leur a dit, mais il leur dît toujours dans le moment. La maison de TEmpereur est très'peu considérable ; il est servi dans le particulier par ses chambellans, qui se relèvent tous les huit jours, car il y en a un grand nombre^ et par conséquent ils sont peu accoutumés à le servir. M. de Mirepoix m'a dit que quand il avoit parlé à TEmpereur^ il Tavoit toujours traité de Sire et de Votre Majesté Impériale. L'Empereur et l'Impératrice vivent parfaitement bien ensemble ; le grand-duc et la grande-duchesse paroissent dans une grande union . Les ambassadeurs ne voient pointle grandduc à cause du cérémonial.

Les écuries de FEmpereur sont très-peu nombreuses ; il peut avoir 5 ou 600 chevaux en tout, et lorsqu'il sort il a peut-être 40 ou 50 chevaux à sa suite. On ne connolt point d'autre chasse à Vienne que les battues à la grande bête , et l'Empereur ne monte guère à cheval que pour aller à ces chasses^ seulement au rendez-vous, et les chevaux qu'il monte ne sont ni de taille ni d'espèce à courre. 11 y a aussi la chasse du vol du héron, dans le temps ; mais l'Empereur se tient à ces chasses dans une loge ou cabane faite exprès, et on Tavertit quand le héron passe.

M. de Mirepoix parle avec grand éloge de la valeur et de la conduite de quelques François qui ont été l'année dernière servir dans les troupes de l'Empereur contre les Turcs; il y en a eu quatre ou cinq, entre autres M. le chevalier de Mailly-d'Aucourt, M. d'Irquel, neveu de M. de Saint-André et M. de Mondragon, neveu de M. de Coulanges, lequel est contrôleur de la maison du Roi. M. de Mondragon, s'étant trouvé dans une occasion où le grand-duc étoit fort exposé, se mit sans affectation entre le grand-duc et les coups de «fusils; c'est le grand- duc qui Ta conté à M. de Mirepoix ; les deux autres ayant vu

JAr«VI£R 1759. 331

les régiments de Bareith et de KevenhuUer qui plioient, coururent à eux Fépée et le fouet à la main^ quoique volontaires, et les firent revenir à la charge.

M. de Mirepoix me disolt hier que son entrée lui avoit coûté environ 100^000 écus; ce que le Roi lui donne par an es^ 20^000 écus de notre monnoie, qui lui valent làbas un peu plus de 80,000 francs.

M. de Stainville a obtenu depuis peu une place de conseiller d'État; c'est un homme fort cher et fort multiplié. L'Empereur a environ deux cents conseillers d'État ; il n'y a aucuns appointements attachés à cette charge, et il en coûte beaucoup pour l'expédition des provisions.

J'entendois parler hier du revenu de S. A. R. M""* la duchesse d'Orléans; elle jouit de 650,000 livres de rente en tout, dont 4.50,000 livres lui sont payées par le Roi et 200,000 livres par M. le duc d'Orléans.

DumardiiSy Versailles. — Il n'y eut hier que cinq dames qui soupèrent dans les cabinets. Mademoiselle,. M"® de Clermont, M"« de Chalais , M"'° deMailly et M™« d'Antin.

Le Roi a dîné aujourd'hui au grand couvert avec la Reine.

G'étoit un usage constamment observé que les gentilshommes servissent avec la serviette sur l'épaule; cet usage s^abolit insensiJîlement; il n'y a plus que les anciens gentilshommes servantsqui l'observent ; cependant c'est la règle; et au feirtin royal, le grand panetier sert avec la serviette sur l'épaule. M. le duc de Brissac observa encore cet usage^ au mariage du Roi; son exemple môme détermina qu<3lques gentilshommes servants à porter la serviette, mdis ils commencent à. le négliger, et il n'y en avoit aujourd'hui qu'un qui l'eût, qui est un M. Bridou du Mignon, un ancien qui est du temps de Louis XIV. 11 y a cinq gentilshommes servants à chaque grand couvert : un ' qui demeure auprès de la table où est la nef que l'on ap pelle la table du prêt ; celui-là fait faire devant lui Tef^sai des viandes par l'officier de la T. ir. 21

3îl2 MÉMOIRES MJ DUC DE LUYNES.

bouche y il £ait faire aussi l'essai dn fruit, glaces^ etc.« par tes officiers qui en sont chargea. Ce sont d^s mouillettes que l'on passe sur les mets qui doivent être servis et que les officiers sont obligés de manger devant le gentilhomme servant. Deux gentilshomïllôs servants mettent sur la table^ un autre donne & boire ail Roi. Celtli4à en présence du Roi, jette une goutte de la cafafe de vin et une goutte de la carafe d'eau et secoue le verre du Roi dans une tasse qui est ensuite partagée en deux ; le chef du gobelet-vin boit le premier, ensuite le gentilhomme servant, après quoi celui-ci rend sa tasse au chef du gobelet-vin et présente la. soucoupe au Roi. Le cinqhième gentilhomme servant est pour servir le Roi, lui présenter assiettes, cuillères, fourchettes, etc.

Du mercredi 14, Versixilles. — Hief étoit le jour du conseil de finances, et ce fiït le conseil de commerce. Ce conseil de voit se teïiir tous les quinze jours ; il y avoit trois ans qu'on n'en avoit tenu. Le chef du conseil des finances n^aâsiste poiilt au conseil de commerce.

M. de Brassac qui épouse M"* de La Force prend le nom de comte deBéarn.

Ihê 16, Versailles, — Avattt-hier le Roi au retour de la chasse soupa dans Ses cabinets; il n'y avoit que quatre dames : Bftidembiselle, M"* de Cler'mont, M"* de Mailly et M"* de Beuvron. Il devoit hier dluter au grand couvert; un peu de rhume Fen empêcha. S>. M. est mieux aujourd'hui et a dîné au- grandi couvert J

M"** Adélaïde est makde depa:is plusieurs jours ; on croit que c'est on la pietite vérole ou la rougeole boutonnée. Ce qtiiest certain c'est que Ml™' de Tallard, qui voit M*^*" Adélaïde, ne voit point Mesdames et ne va pas chez M. le Dauphiii ; cependant elle reç oit tout le mohde chez elle.

M™* de Mazarin a demandé aujourd'hui l'agrément du Roi pour le mariage de M"* dé Mailly, sœur de M™' delà Tournelle, avecM. le marquis de Flay. acourt. M"* deMailly

est belle-petite-fille tBt nièce à la mode de Bretagne de M""' de Mazarin. Elle est fille de M"' de Nesle, laquielle étoit fille de M. de Mazai^in ; et du côté de M. de Nesle^ le père de M. d^ Nesle ëtoiik frète de tt. de Mailly, lequel Mailly avoit épousé M**' de Sainte-Hermine que ttôus avons Vue dame d^atouiMS de M'"'' laDéiuphine. M. de Mailly eut si)[ enfants, trois garçons, dont Fainé a épousé une des fiUés de H. de Mazarin ; c'est M*"* de Mailly, dame du palais. Lesecond s'appelle Rubempré> et aépousé M"*d'ApbalestedeMelun/et le troisième est te chevalîek^ de Mailly qui vient de serviif en Hongrie. Les itoïs filles sont M*** de Listenay, M"** de la Vrillière { aujourd'hui M"* de MazaHn) et BP* de PollgBttJbi M*** dtô la Vrillière a eu uh garçon, qui est M. de Saint-FloPentin> qui k épousé M"* Platen, une fille morte à dmize ou treize an^, une autre qui a épousé M. de Mauk^epa^> ^tune autre qui a épousé M. dé Plélo; elle est morte. M""* de Pollgnac a eu deiïx où trbis garçons, dôbt l'àiiié vient d^pousetM"*de Maiicini. M. de Nesle, Àls de M. de IPifesle dont je viens de parler, avoit épousé M"' de Mazarin } de ce mariage Sont tenus cinq filles : M"** de Mailly, dame du palais, dont je viehs de parler, M"* de Nesle e% M"» de Mont6a vrel. M*»* de laToiirnelle et M"* de Mailly qui sé marie aujourd'hui; elle a environ vingiMiroisans. M. de Flavacourtfei, à ce que Ton dit, 26,000 livres de rente, et Madame sa mè^ en a encore 22,000. M"** de Flavacdurt i^ <6fancey ; elle avoit Une sœur qui «'appeloit M^"" de Ha^lteAeuiUe, toiltesdeuï filles de M'"'' de Grancey qui avoit épousé en secondes ttoces M. le mà)^ehal de Montrevelv M. dé Nesle d'aujourd'hui a une sœur qu'on appelle M*"*" dé Nassau^ laquidle a tm fik qu'elle a voulu faire présenter sous le nom de prince de Nassau, mais cela a souffert quelques difficultés.

Il parolt que les troupes que l'on destine pour la Corsé ne sont pas encore sitôt prêtes à partir. M. de Maillebois est venu ici promptement, et on lui avoit annoncé qu'il n'auroit que huit jours à y rester; actuellement il parolt

de rincerlitude non-seulement sur son départ mais peutêtre même sur cette expédition. Ce n'est pas la première fois que la Corse a donné de l'occupation aux Génois. Nous voyons dans M. de Thou ( livre XLI, page 326 ), un nommé Sampiétro qui étoit de Bastelica dans cette lie, homme de peu de naissance, mais d'un grand courage, qui avoit épousé Yannina^ fille d'un des plus riches de l'Ue^ qui résolut de s'affranchir de la domination des Génois lui et sa patrie ; c'étoit en 1562. Il se fit un partie alla chercher du secours de toutes parts^ jusqu'à Coustantinople ; pendant son absence , les Génois trouvèrent moyen de persuader à Vannina de venir à Gênes ; elle partit^ mais elle fut arrêtée par un ami de Sampiétro auprès d'Ântibes. Sampiétro en eut avis à son retour; il entra en fureur^ tua un de ses domestiques parce qu'il lui dit qu'il étoit instruit de l'évasion de sa femme, vint à Marseille et de là à Âix^ où Vannina avoit été amenée. Vannina consentit à retourner avec lui; il étoit accoutumé à lui parler avec respect^ il lui parla donc avec le même respect^ et ensuite il l'étrangla de sa main. Il vint après cela en France pour obtenir qu'on ne lui fit pas son procès, et il l'obtint en faveur des grands services qu'il avoit rendus à la France et de ses blessures. Sampiétro retourna en Corse, y fit la guerre pendant trois ans, et enfin y fut assassiné en 1565. Les Génois avoient mis sa tête à prix. Alphonse, son fils, auquel la France ne donnoit plus que des secours très^modiques, fut obligé en 1567 de sortir de l'Ile.

Du samedi il, Versailles. — Le Roi devoit aller aujourd'hui à la chasse et souper dans ses cabinets. Le tout a été changé à cause du rhume qui continue toujours un peu ; le voyage même de la Meutte est incertain; on a mandé aux ambassadeurs de ne pas venir mardi.

La maladie de M"* Adélaïde continue aussi, et Ton garde toujours le même silence sur l'espèce de cette maladie. M"" de Tallard ne voit ni le Roi ni la Reine , mais

TAINVEEfe 1759. 325

reçoit tous ceux qui vont chez elle. Jusqu'à ce moment il a dû y avoir bal chez Mesdames demain ; j'apprends que cela rient d'être changé.

J'ai appris aussi aujourd'hui une circonstance du bal de dimanche dernier chez Mesdames. L*usage est qu'il y ait toujours une collation avant le bal, et cette collation se fait debout. La collation étant commencée^ M. de La Mina arriva; dès que Madame Taperçut, elle prit des tartelettes et petits choux qu'elle mit sur une assiette et courut à lui avec précipitation sans paroltre même avoir vu un signe de M"* de Tallard ; elle lui présenta l'assiette, et M. de La Mina lui dit qu'il croyoit devoir recevoir ce présent à la mode d'Espagne, et mit un genou en terre.

M. d'Artagnan épouse M*^*de Beaulieu, nièce de M. Amelot par sa première femme, laquelle étoit Bombarde, mère de M"* d'Armenonville. Ces Beaulieu sont Beaulieu-Bombarde ; il y en a d'autres que l'on appeloit Beaulieu-Le Camus. MM. Destouches, de l'artillerie, étoient de cette famille. Le cadet de ces MM. Destouches s'étoit marié; l'alné, qu'on appeloit Petit-Canon, n'avoit jamais voulu se marier; nous l'avons tous connu; il étoit assez aimable et avoit grand nombre d'amis; c' étoit sur lui qu'on avoit fait cette chanson dont il n'avoit jamais pu se consoler:

Sans savoir ce qu'il dit, Destouches toujours cause.

En savez-vous la cause ?

Chacun lui aplaudit, Sans savoir ce qu'il dit.

Du dimancheiS, Versailles. — On a appris aujourd'mii la mort de M. le maréchal du Bourg; il étoit gouverneur d'Alsace et chevalier de l'Ordre; il avoit quatrevingt-quatre ou quatre-vingt-cinq ans; il sera extrêmement regretté. Il avoit épousé en secondes noces la veuve de M. d'Andelot, mère de MM. d'Andelot, dont l'alné a

î;î< MEMOIRES W: DU-C DE LL Y>'ES.

G|uMi5« W àt PcJastroa, et un antre esl amnôiùar du

1. k* C«rdiïi»l OMitinne à se h΀M pester; an peai nW^K^ w^ AiNÎt^r cv^mme uoe praire de sa bcmne santé de il\^>vMr jw.vit entendu un coup 4e tonnerre tièsoonsidémUk quM tit il y a tri>i> jours à trois lieiires dn malin.

l> )i>Nt ^ue d lùer ou d*aTant-4ûtf que TafEûie de M o.o t>jk:4ell&ne pi'or la brigade ^ fimie^

OV>t à M. de Bèlbune, de mt-me nom (jue IL le duc de OUiWW^U ^u'a été donn*^ le guidoii des senJannes \ucant |vir la moH de M. de Trudaine.n a 2l,(KKI lirnsà payer: S!^\\>ir» li,000 livresque le Roi a a?<:-ôrd;^es à cette oocasivMi à la Mjeurde M. de Tradaine, et li,000 livres qui restv^ioiît à payer à M. de Saiot-ial f*ou parfaire la somme de 72,000 livres q;û devcnent lui revenir, suivant l'arniui;euient du corps,

M. le marquis de Jllrtpoix u't-sl piônt encore reparti; ou a remarqué une réponse qu'il fit hier ia R:i. S. M. lui demanda s il n'avoit pas treniblê lor^qu il avoit harangué l'Eiupereur. M. de Mirep>ix lui répoodit qu ua f i^iieoi:^ ue tr^-i::Uoît que devant s.on maître ; d dit qu V f- (citivemenl il eut plus de peur d'ah^>rd en parlant id au Koi dans >:>n cabinet, en présence de M. le Cardinal, qu'il n'en avoit eu en pari mt i IXoipereur.

Ihê lumdi 19, VtnailUs. — Il y eut hier ou avant-hier une peti*e difficulté chez la Reine au sujet de Tentrée du chef de bri^'ii^ qui suit M. le Dauphin. U étoit cinq heures et dea::e; il étoit à la suite de M. le Dau^iin et on lui refa>a d'entrer chez la Reine. M"" de Lûmes a dît a 1 l:ui>Nr»îer que si le chef de brigade qui est de garde auprès de M. le Dauphin venoit chez la Reine, dan^ un temps qull n'y auroit que les entrées, ou qu'il vint avec M. le Dauphin avant Theure où les dames du palais entrent, et par conséquent les entrées de la chambre, fl ne devoît ^las le laisser entrer; mais qu'étant à la suite de N. le Dauphin, étant plus de cinq heures, et les dames

du palais y étant, ce n'étoit plus le cas de lui refuse^ d'entrer.

Le Roi qui aypit été quelques jours sans sortir, à cause de son rhume, a été aujourd'hui à la chasse.

Deux cbpses occupieatici beai^coup bs e$prM:s; on prétend que TEmpereup, à qui Ton ^Ipijt çqnv^ïm de donner vingt millions et qui devoit ^qjus livrer Luxem? bourg, a changé de sentimen.t ; nous lui avions déjà payé neuf millipns ; on avoit retardé le payement des onze autres millions; TEmpereur ne veut point les recevoir, et on dit qu'il veut nous rendre les neuf, Dn dit aussi que les HoUandois lui prètei^t trente millions.

L'autre affaire est le gouvernement d'Alsace. On prétend que M. le marécl^al deCoigny a dit qu'il avoit parole de M. le Cardinal, pt on ajoute que S, Ém. n'en convient pas. Il parolt qu'il faudroit quelqu'un qigii eût autant de talent pour traiter avec les puissaùces au delà du Rhin, avec lesquelles on 9, affaire continuellement, que pour commander dans la province ; il est nécessaire que pe soit quelqu'un qui y réside, et il est 4^ bien de l'Étal; qu'il agisse de concert avec M. de Belle-Isle. Tout celq, prouve combien M. le maréchal du Bourg 4oit être regretté.

On a appris aujourd'hui la mort de M. pernard (1).

Du mardi 20, Versailles. — J'avois oublié de marquer que le Roi ne fut point dimanche dernier au salut,

S. M. soupa hier au retour de lâchasse dans ses cabinets avec Ifcidemoiselle, M^^ de Clermont^ M°®' de Beuvron, de Ségur, de Mailly et de Puysieux, et va demain à la ftfeutte pour jusqu'à vendredi. M. le Cardinal va demain à Issy jusqu'à dimanche qu'il reviendra pour le conseil.

Du samedi 24-, Versailles. — Le mercredi 21, le Roi alla courre à Saint-Germain et de là à la Meutte. Mademoiselle

(1) Samuel Bernard, fameux banquier, mort à quatre-vingt-huit ans, riche de plus de cinquante millions.

JANVIER i759. 829

Gesvres(l), qui est chargé de donner les ordres pour ces bals, et sous lui M. de Bonneval, intendant desMenus. On dansera au bal rangé dans le grand salon peint par Le Moyne auprès de la chapelle , et pour le bal en masque dans trois ou quatre pièces de Tappartenient , la pièce du trône n'étant point propre pour la danse à cause du gradin , et celle du lit ne pouvant servir à cause de l'estrade ; les autres étant destinées à des buffets de rafraîchissements. L'on dit qu'il y aura six cents instruments pour le bal en masque. M. de Livry a reçu les' ordres aussi pour des rafraîchissements en abondance. M. le duc de la Trérnoille a envoyé des billets à toutes les dames qui ont été présentées au Roi. Voici copie de celui qui a été envoyé à ma belle-fille.

Madame,

M. le duc de la! Trémoille a reçu ordre du Roi de vous avertir, de sa part, quUl y aura bal lundi , 26 janvier 1739, à six heures du soir, daus le grand appartement, à Versailles. S. M. compte que vous voudrez bien vous y trouver.

Et plus bas : j

Les dames qui dansent seront coiffées en grandes boucles.

' ' M*'®* de Chalais, de Matignon et de Mérode ne seront point au bal rangé, quoiqu'elles dansent tous les jours chez M. le Dauphin et chez Mesdames, et qu'elles ^- aient même eu rhonneur de danser devant le Roi et la Reine ; mais dans un bal de cérémonie comme celui-ci, il faut avoir été présentées. Ce ne seroit pas une chose nouvelle que de présenter des filles ; M"' de Mailly, aujourd'hui M"** de Flavacourt, a été présentée ; M"® de Villeneuve, qui est auprès de M*^* de Germon t, a été aussi présentée , et outre cela nous avons vu du temps du feu Roi, M"" d'Épinoy, de

(1) M. le dac de Tresmes étant retombé malade dangereusement depuis quelques jours, M. de Gesvres a été obligé d'aller à Paris, et c'est M. de la Trémoille qui sert à sa place. (Note du duc de tuynes, )

Melun et de Tourbes^ qui étoieut contiaueUen^eot à U Cour et avoient été présentées. M"' de Lévisi, étant M*^' de Chevreuse y a voit aussi été présentée. Ceux qui seyront eq deuil le quitteront le jour du bal. Le Roi a paru désirer s^ussi que tout le mpnd^ eût des habits neufs , et on m'a dit aujourd'hui qu'un seul marchs^nd ^^ doi^u^e î^voit vendu en trois heures de. temps trente-hi|it garnitures d'habit. l.aRei^e sera eum^sqv^e; c'est H'"' dei Luynes qui fait faire l^s habits de nAasq\^e; on 3ait que c'^^t Visage; cedeta.il regarde la dame d'honneur.

PJous n'avons po^nt vu à la Cour de bal ratage depuis celui que H. le duc d'Orléans donua^ en 172^, au Palais^^ Roy^^l à roccasio'n d\\ mariage de 1^ reine d'Çsp^ne , §«^ fille. Il y a eu plusieurs bals en masque du te^ps 4^ M"* la Dauphine où elle alloit toujours masquée^ Monseigneur, M. le duc de Bourgogne masqués , et les officiers des gardes qui Içs suivoieint étoieut aussi piasqués. Tout le mon4^ étqit adonis auxdits bals, pourvu quç ^an^ chaque troupe de masques un se démasquât et étant connu ré^ pondit de tous ceux de sa troupe. Il arriva ^ \in ^ ces bals une aventure (1) assez plaisante que M"* dp Ven-

(1) M. le bailli dé Froulay rae l'a contée un peu différemment, et m'a dit la savoir du cuisinier même. Il étoit fort bien masqué en don Quichotte ; il étoit bien fait, avoit de Ve&prit e| parloit espagnol à raerveille. Le Roi lert^marqua et eut curiosité ^e savoir qui il ^toit ; il cionni^ ordre au maréchal de Tessé ^e questionner cet homme. M. de Tessé alla à lui, et voyant qu'il parloit aussi bien espagnol, il crut que c'étoit un Espagnol effectivement. Le cuisinier, bien loifi de chercher à le détromper, lui répondit touyo^i^s ^vec esprit et légiàre^^ lui dit qu'il avoit eu Vt^oaneur de lui donner ^ dîner pl[vsieurs fois en Espagne, lui cita même un tel jour où tels et tels étoient à diner avec M. de T^sé, lui ajouta même que M. de Tessé, à Madrid , n'avoit guère fait de dtners sans loL Le maréo)ia\, plus p^^uadé que jamais, vin^ dire au Roi que c'^toit un se^e^vr espagnol vrais^mblabj^ent, mais qu'il ne le connoissoit pas. Le Roi eut curiosité de lui parler; le maréchal de Tessé l'amena; le cuisinier parla au Roi mauvais françois , le Roi lui trouva de Tesprit et dit à M^^^ la Dauphine de le prendre pour danser. Il ne fut ni démasqué ni connu. Un mois ou six semaines après , M. de Tessé étant prêt de se coucher et son cuisinier étant dans sa chambre dans ce moment, il lui demanda s'il ne pourroit donc point lui faire découvrir le seigneur espagnol à qui il avoit tant fait de questions.

tadour me contoit avant-hier. Un masque ^ que Ton ayq^ vu se tenir séparé des autres troupes, eut Tt^onneur de danser aveo 11°''' la Dauphine ; personne ne le connoisisoit ; on eut curiosité de savoir qui c'étoit. H. le maréchal de Tessé fut chs^gé de s'en info^m.^; il alls^ à c^ masque, lui fit plusieurs questions ; 1^ mai^ue }ui répondit toujours qu'il avoit l'honneur d'être connu de lui et qu'il Favpi t vu en Espagne ; cette réponse excita, encore davantage la curiosité de H. de Tessé, qui crut que c'étoit un Espagnol, et lui fit plusieurs qu^stion^ en conséquç.^ce de cette idée. Le masque lui répondit qu'il avoit e,u rj:)ftnneur de le voir ce même jou;'-làj nouveau sujet de eu-: riosité; enfin, affaire approfondie, il se trouva que c'étoit le cuisinier de M. dé Tessé qui avoi,t eu l'hoi^^çw de danser avec M™' laDaup^ine.

J'appirîs hier une date sur l'âge de M""* de Ventadour ; c'est qu'en 1721, lorsqu'elle' partit pour aller au-devant de l'Infante, elledisoitalojrsavoirsqixante-dix-huit-ans; ilestvrai que M'"" la duchesse delà Ferté lui disputoit cet âge et lui soutenoit qu'elle n'en avoit que soiijante-treize. M. le duc de Tresmes n'est pas tout à fait aussi âgé ; ms^is ce qu'il y a de singulier, c'est qu'ils sont encore cinq frères ou sœurs tous fort vieux, M- le cardinal de fie^yrej, M. le chevalier de GesvreS;, une vieille M"' de Gesvres qui est fort riche et fait peu de dépense, et M""' de Hevel.

M. le Dauphin dîna avant-hier chez M. le duc deChàlil- Ipq. C'es^t vtn usage que M. de Châtillan Iv^i dQpne à d^ner dans le temps des Rois. Sa maladie avqit retardé ce dîner. M. l'évéque de Mirepoix dina aussi avec M. le Dauptiin , M. dePolastron, M. son fils, MM. les gentilshopnçies de la manche. La tal>le, ^u lieu d'être dans la chamb,re de

Le cuisinier lui dit qu'il pouvoit lui en dire des nouvelles, pourvu que cet Espagnol fût sûr de ne lui avoir pas déplu ; mais qu'il falloit qu'il lui parlât en particulier. M. de Tessé fit^oitir tous ses gens» et il lui avoua ce qu'il avoit fait. (Addition du duc de Luynes,)

393 MÉMOIRES DU DUC DE LUYNIîS.

M. de Chàtillon, étoit dans le cabinet de glace d'auprès. M. le Dauphin étoit au bout de la table , sans avoir aucun couvert distingué y M. de Cb&tillon à sa droite^ M"* de Ventadour à sa gauche .

Du dimanche 25 y Versailles. — La Reine a été ce matin chez le Roi^avant que la garde-robe fût entrée^ et y a resté quelque temps; ordinairement à ces visites il reste ouïes entrées familières ou quelqu'un de la Faculté. Je ne marque ici cette visite que parce qu'elles sont fort rares quand le Roi n'est point incommodé. La Reine y avoit déjà été il y à cinq ou six jours ; c'étoit dans le temps que le Roi a été un peu enrhumé; elle fut pour savoir de ses nouvelles et y resta près d'une heure ; il n'y avoit de tiers que M. le duc de Charost. La conversation fut assez vive et assez bien soutenue.

M. le duc et M. le vicomte de Rohan^ fils de H. le prince de Léon , ont demandé aujourdhui l'agrément du Roi pour le mariage de M"" leur sœur avec M. de Lautrec; c'est celui qui a été envoyé par le Roi à Genève ; on dit qu'il a présentement 55,000 livres de rente et l'espérance de vingt-cinq ou trente.

M. le duc de Brancas , le père, mourut il y a deux ou trois jours à l'Institution (1). M""* de Clermont, fille de M. de Clermont, qu'il avoit épousée, comme j'ai marqué plus haut, quoiqu'elle porte le nom de duchesse de Brancas n'a pu encore obtenir les honneurs.

M"* la maréchale de Boufflers, qui avait été dame d'honneur de la Reine, mourut hier au soir à neuf heures.

M*"* de Flavacourt a été présentée aujourd'hui par M°** de Mazarin.

11 parolt que l'intention de la Reine est que tous ceux de sa maison qui auront l'honneur de la suivre au bal soient en dominos et en masques. On compte qu'il y aura 2^,000 bougies. M. le contrôleur général ne me parolt

(1) De roratoire.

pas effrayé de la dépense de ce bal, que Ton estime cependant aller à environ 200,000 livres.

On me contoit aujourd'hui ce qui se passa dans le temps du grand carrousel que Louis XIV donna en [1662]. Cetoit M. de Louvois qui avoit proposé au Roi de donner ce carrousel ; la proposition auroit assez plu à Louis XIV sans la dépense, qu'il regardoit comme considérable et qu'il n'étoit pas en état de faire alors. M. de Louvois avoit compté embarrasser M. Colbert par cette idée ; le Roi en paria à M. Colbert , mais comme d'une chose impossible. M. Colbert répondit au Roi qu'il ne pouvoit assez approuver le conseil que M. de Louvois avoit donné à S. M.; qi|e c'étoit un projet digne d'un aussi grand Roi. Le Roi lui demanda à combien il estimoit qu'iroit la dépense, si ceseroitun objet de 3 ou4'00,000 livres. M. Colbert dit au Roi qu'il ne falloit point le flatter sur cette dépense, qu'il falloit que la fête fût digne de celui qui la donneroit, et qu'elle coùteroit au moins un million. Le Roi crut alors la chose impossible, et demanda à M. Colbert comment il imaginoit pouvoir trouver cette somme. M. Colbert pria le Roi de ne se point mettre en peine de l'argent, et lui^ dit qu'il ne lui demandoit qu'une seule grâce, qui étoit de vouloir bien en garder le secret pendant huit jours. C'étoit dans le temps que l'on venoit de donner les fermes générales; les fermiers craignoient fort qu'on ne leur retirât le domaine de Paris. M. Colbert les envoya quérir aussitôt après la conversation qu'il eut avec le Roi, et leur demanda pour quel prix ils mettoient le domaine de Paris dans les fermes générales. Gomme leur intérêt étoit d'y donner une moindre valeur, ils dirent à M. Colbert un prix fort au-dessous de ce qu'il savoit être la valeur réelle; M. Colbert leur répondit qu'il étoit persuadé que le domaine de Paris rapportoit davantage, mais que pour en être plus certain le Roi le retiroit pour six mois; il convint avec eux d'un prix dont le Roi leur liendroit compte et dont ils furent contents; même le

834 MÉMOIRES BV BOG DE LUYIfES.

prix étftnt plus fort que leur|estimati<m, îl6 forent obliges de lui en faire des rem6r<!^lmetits. M. Gribert ftUa rendre cosipte an Roi de œ quMl venoit de faire, et lui dit que S. M. pouvoit dédai^er le carrousel » qu'il étoît même convenable qn^ il fàt annoncé dans toutes les cours étran^ gères <et indiqué pour dans trois ou quatre mois. Ge conseil (ut suivi exactement ; il vint de toutes parts un prodigieux nombre d^élrangers. Trois semaines ou un mois avant le jour destiné pour le carrousel ^ M. Colbert représenta au Roi que tout n'étant pas enccnre alrangé pour cette tète y il étoit plus convenabte de la remettre pour cfuin^e jours ou envin>n. Ce court intervalle ayant obligé «eux qui étoient venus de rester à Paris, la consommation extraordinaire que cette affluence attira dans la ville augthenta considérablement les revenus de S. Mv par rapport aux entrées, et lorsque la fête eut été dcmnée avec tout» la magnificence possible et que le Roi voulut savoir ce qu'elle lui c^ùtoit, M. Golbert lui montraque bien loin de lui avoir coûté elle lui avoit valu plus d'un million tous frais faits.

Le roi Auguste (1) donna, il y a environ dix ans, une fête militaire encore plus magnifique que celle dont je viens de parlop ; c'étoit un camp de paix^ à Muhlberg, près de Dresde; ce camp lui coûta 33 millions; il y avoit plus de trente mille hommes de troupes. Les deux derniers jours, le Roi donna à manj^er à toute Taiinée. Le roi de Prusse (2) y étoit, et fut fort étonné de la magnificence extraordinaire; il demanda au roi de Pologne comment il pou voit faire. Le roi Auguste tira un ducat de sa poche et lui dit : a Si vous aviez ce ducat^ vous le gaïS deriez, et moi je le donne ; il me revient cinq ou six cents fois dans ma pod^e. i>

Je viens d'apprendre dans le moment que S. M. vient de

(!) Atteste II, roi de Pologne et électeur «te Saxe. (2) Ffédéric-Guillâwne !•'.

donner à M. le maréchal de Gbighy le gèuvidrnetnenl d'Alsace (1) qu'ftvoit U. du BôUrg, et le commandeikient à M. le maréchal de Broglie (2). Le gouvernemetit de Belfort, qui se trouvoit aussi vacant par la mort de M. du Bourg, est donné à M. de Clermont-Tonnerre , mestre de camp de la cavialerie et lieutenant général. Celui de Sedan , qù'avôit M. de Goigny, a été donné à M. le duc d'Harcourt, et celui de Mont-DaUphin, qu'avoit M. de Clermont, aélédonnéàM. de Bulincourt) qui revient d'Alsace où il commandoit sous M. le maréchal du Bourg. Il me semble que Ton compte que le commandement d'Alsace sans le gouvernement vaut environ 55,000 livres > à cause des plax^s de fourrages, et le gouvernement sans le commandement. Ma 50,000 livres. M. le maréchal de Coigny avoit grande envie que son gouvernement de Sedan. passât à M. soti fils, mais il n'a pu l'obtenir.

Du mardi 27. — Le bal rangé ne commença hier qu'à six heures et demie passées (3). Voici l'arrangement du îsalon : les fauteuils du Roi et de la Reine étoient vis-à-vis la cheminée , tournant le dos au grand tableau qui fait le fond du salon {k) ; la musique étoit sui^ des gradins dessus la cheminée, en face du Roi. Les ambassadeurs étoient

(1) Ce goaveraement vaut 52,000 livres d'appointements; il patx>tt (|aé l'en nfe doute pas que M. le CaixJlinal n'eût effectivement promis ce gouvernemeilt à M. de Coigny, mais S. Ém. fut choquée de ce que tout le monde lui parloit de cette promesse , et de ce que M. de Coigny n'avoit pas été plus discret; cependant elle a eu son effet. {Note du d^c dé Luynês.)

(2) M. de Broglie a 36,000 livres d'appointements du Roi comme commandant , 36,000 livres de fourrages en argent et 6,000 livres que la ville de Strasbourg donne au commandant ; outre cela, les Ifourrages en nature pourses chevaux et ce que l'on appelle ustensiles» bois, bougie^ chandelle, meuble^ de toutes espèces et linges; le tout passe 90,000 livres. Outre cela M. de Broglie a 22,000 livres du gouvernement de Beiges, 4,000 d'une ancienne pension, 12 ou 13,000 au moins comme maréchal de France et les 1,000 écus de l'Ordre. ( Note du duc de Luynes.)

(3) Voir dans le Mercure de février, pages 379 et suivantes, Tarticle qui a pour titre : Bal du Roi.

(4) Ce tableau était celui de Paul Véronèse reptiSsentant le rep^i chez Simon le PtiarisHen et placé aujourd'hui dans te grand salon du Louvre.

sur des gradins, adroite; ils avoientété invités. Il y avoit des gradins dans toutes les fenêtres , à droite et à gauche. Le dernier rang de chaque jgradin étoit couvert de girandoles ; outre cela il y avoit un lustre au milieu (pas assez grand), deux lustres aux deux côtés de celui-là, mais plus élevés, et à chaque coin du salon un autre chandelier. Outre cela, aux deux côtés du gradin de la musique , les piliers entre la cheminée et la porte étoient éclairés jusqu'en haut , sans compter Quelques girandoles dans les encoignures. On prétend que malgré cela on n'y voyoit pas encore assez clair; cependant le salon me parut aussi éclairé qu'il étoit possible. Derrière les fauteuils du Roi et de la Reine, le long du grand tableau, il y avoit un gradin fort long et assez avancé; à côté de celui-là, du côté de la porte et du côté de la fenêtre, il y avoit deux gradins beaucoup plus petits. M. de la Trémoille avoit dit que l'on ouvrit les portes à deux heures, et n'ayoit pas apparemment fait assez d'attention au grand nombre de billets qu'il avoit envoyés. Il falloit qu'il crût que la plupart des dames ne viendroient pas, car dès quatre heures et demie le grand salon étoit tellement rempli d'hommes et de femmes peu connus, que les dames en gtand habit, même les dames du palais de semaine, ne pouvant y trouver de place, furent obligées de rester fort longtemps debout dans les deux pièces devant le salon (on appelle le grand salon , le salon d'Hercule). Le Roi étoit revenu de la chasse de bonne heure, et demandoit à tout moment des nouvelles du salon , et on venoit toujours lui dire qu'il n'y avoit point de place; enfin cela fut au point que Ton crut qu'il ne seroit pas possible de danser. L'on proposa même de transporter Iç^bal dans la galerie. J'entrai dans le salon à peu près dans ce temps-là; M. le maréchal de Noailles y vint; on venoit de faire sortir beaucoup de monde, et entre autres même des femmes de condition , auxquelles M. de la Trémoille avoit promis des places. Quelques-unes des

dames de lacour entrèrent, mais elles n'avoient point de places. M. de Noailles demanda douze gardes (1), qui entrèrent avecleurs bandoulières et leurs armes; ils ne pouvoient cependantétre regardés laque comme troupes auxiliaires, le salon n^étant pas de la juridiction du capitaine des gardes. Le Roi, ayant été instruit de l'embarras qu'il y avoit dans ce moment-là . vint lui-même sans chapeau dans le salon d'Hercule. S. M. avoit un habit de velours tout uni avec des boutons de diamants (2) . Le Roi ayant vu le grand gradin entièrement rempli de personnes peu connues, leur ordonna lui-môme de sortir; M. de la Trémoillc, M. de Noailles et M. de Villeroy furent chargés de les faire sortir. Lorsque ce gradin fut vide, on y fit monter toutes les dames qui étoient en grand habit. Ce déplacement avoit fort affligé celles qui furent obligées de sortir ; il y en eut même une qui parlementa en présence du Roi. Le Roi fit ranger encore du côté du jardin, et ordonna ensuite que toutes les danseuses formeroient le carré. Lorsque le Roi eut fait faire tout l'arrangement devant lui, il s'en alla chez la R^ine l'avertir qu'il étoit temps de venir ; il y avoit près d'une heure que la Reine attendoit avec Mesdames , les princesses et les danseuses dans sa chambre. Il n'y avoit que deux de Mesdames, M'"'' Adélaïde n'étant pas encore en état de

(1) Ce ne fut qu'après que M. le duc delà Trémoille eut essayé inutilement de faire sortir, qu'il eut ensuite été demander un ordre au Roi pour faire sortir indistinctement tout le monde , et que cette seconde tentative n'ayant pas mieux réussi , il pria M. le maréchal de Noailles de lui prêter la main. ( Note du duc de Luynes,)

(2) L'habit que le Roi avoit au bal paré étoit de velours bleu ciselé', doublé de satin Manc, avec une garniture de boutons de diamants ; le Saint-Esprit brodé en diamants; des parements de môme velours et la veste d'une riche étoffe dW.

« La Reine étoit en grand habit d'étoffe à fond blanc, avec des colonnes torses brodées en or, semées de fleurs nuées de soie ; le corps de robe entièrement garni de pierreries, ayant un gros collier de diamants d'où pendoit le diamant en forme de poire nommé le Sansi. Le fameux diamant qui n'a pas son pareil en Europe, du poids de 547 grains, nommé le Régent , faisoit le principal ornement delà coiffure de S. M. » {Merc^tre de février, p. 385.) T. II. 22

338 MÉMOIRES DIT DUC DK LITYNES.

sortir. De princesses , il y avoit M"** la Duchesse la mère { M"** sa fille est grosse (1) , et l'on n'a pas vcralu qu'elle vint même voir le bal ) , M"* la princesse de Conty , Mademoiselle, M"* de Clermont, M"* de Sens , !«"• de la Roche-sur-Yon. Ces princesses s'étant ennuyées d'attendre aussi longtemps avoient demandé permission à la Reine d'aller voir ce qui se passoit; toules étoîent parties; il ne restoit que M"* de Clermont. Lorsque le Roi eut averti la Reine , il s'en retourna sur-le-champ. La Reine avoit déjà appelé Madame et lui avoit dit que lorsqu'elle se mettroit en marche, elle ne la suivit point immédiatement et qu'elle laissât passer devant elle sa dame d'honneur et sa dame d'atours, La Reine a voulu se conformer en cela à ce qui se pratique tous les jours chez le Roi ; le service nécessaire du Roi, comme le capitaine des gardes, le grand chambellan, le premier gentilhomme de la chambre passant tous les jours à la suite du Roi et avant la Reine. Effectivement, Madame ordonna à M"* de Luynes et à M"* de Mazarin de passer avant elle et de suivre la Reine (2). M"* de Clermont, se trouvant obligée de marcher loin de la Reine, puisqu'elle ne pou* voit passer qu'après Mesdames , prit le parti de marcher comme surintendante et par conséquent immédiatement derrière la Reine. Ce qu'il y eut de singulier, c'est qu'en conséquence de l'usage que les princesses du sang ont établi, on portoit la robe à M"' de Clermont dans la galerie , en présence de Mesdames et devant elles. En revenant, le même arrangement ne subsista pas, parce que M. le Dauphin (3), qui n'étoit pas allé avec la Reine, revint avec elle et coupa le service de S. M.

(t) Cétoit un Jioupçoii de i^rossesse qui n'a pas eu de suite. {Noie du duc de Luynes. )

(2) La Reine avoit réglé 4|ue (es daines da palais, mérne de semaine , ne la sttivroient pas , et qu'il n'y aaroit que sa dame^ d'honneur, sa dame d'atours,

"'^* les princesses et les danseuses. ( ?iate du duc de Luynes,)

(3) Il n'y eut que M. le Dauphin el sa suite. Suivant la règle il devroit niar-

.ÎANYteR 1759. ' 339

Lorsque le Roi et la Reiùe furent arrivés et assis, le bal commença. M. le Dauphin étoit à la droite dix Hdi, sur un pliant et sur la même ligne; Madame à la gauchie de la Reine, M"* Henriette à la droite de M. le Dauphin, toujours sur la même ligne. A la gauche de Madame, du côté de la Reine , étoit M"* la Duchesse , mais non pai^ sur la même ligne ; son pliant tournoit. M** la Princesse de Conty étoit à la droite de M** Henriette , son pliant tofurnânt aussi. Mademoiselle, à la gàtïche de xM™* la Duchesse, coù tin uant le carré; M"' dé Clermont à la droite de M""* la Princesse de Conty ; S"^ de Sens à là gauche de Mademoiselle; M*** de la Roche-sur-Yon à k droite de M"* de Clètmont; et les danseuses de part et d'autre, tout de suite , sans aucuâ intervalle. M. de Penthièvre étoit d'abord du côté du Roi , aussi bien que H. le prince de Conly (1). M. le ptince de Conty dit à M. de Penthièvre qu'il feroit bien de se mettre au rang des danseurs (lescfùels fateôienit lé foûd du carré en face du Roi ) ; M. de Penthièvre y fut; mais on lui porta un siège et il ne se mit point sur la banquette. Pour l'arrangement derrière le Roi , il n'êfôît pas absolument eu règle, parce que l'espace manquoit et les tabourets. Il y avoit au premier rang: M. de la Trémoille, M. deNoailles, H. de Bouillon; et du côté de là Reine , H. de Gramont , chef de brigade, M. de Nangis, H*"* de Lu^^J^ûes, M""* de Mazarîn. Le second et le troisième ranfg h'étoient pa^ trop bien marqués; il y avoit M. delà Rochefodcault , M. de Maillebois le père , M. de Morttmitel , M. le Premier, M. de Tessé.

H. le Dauphin et Madame ouvrirent le bal ; ensuite M. le Dauphin afUa prendre M"* Henriette; elle prit M. de Penthièvre, il prit Madame ; Madame M. le Dauphin, lui

cher déTant la Reine comme il marche devant le Roi. {Note du duc de luynes. )

(1) MM. les princes du sang n^ont point de places marquées aux bals et même n*en prétendent point. ( Note du duc de fAtynes^

340 MfiMOIRFS hV 1)UC DK LUYIM.S.

M"**' Henriette, qui prit M. de Fitz-James.UdansaavecM"* la princesse de Rohan , qui continua avec M. de Penthièvre, lui avec M"*'' Henriette ; elle prit M. le Dauphin, qui prit M*"^ de Luxembourg^ celle-ci M. de Choiseul , lui avec M"* deSoubise, avec elle M. de Nivernois, celui-ci M"^ de Bellefons; elle prit M. dT)lonne, lui M™' de Rottembourg, qui prit M. de Turenne^ avec lui M"* de Vaujour; elle dansa ensuite avec M. de Clermont d'Aniboise. A chaque danse, on demandoit Tordre du Roi. Le Roi dit toujours à ses enfants qui il vouloit qu'ils prissent; aux autres il avoit toujours dit : a Qui vous voudrez. » Lorsque M. de Clermont d'Âmboise eut demandé Tordre de S. M. et qu'il voulut ensuite prendre M"*^ de Beuzeville , le Roi lui dit d'en prendre une autre ou que Ton dans&t des contredanses, et c'est ce dernier parti que Ton prit, car M""*^ de Beuzeville étoit déjà levée pour danser (M"* de Beuzeville est Blancmesnil). La raison de cette exception, c'est que H"*^ de Beuzeville n'a pas encore eu Thonneur de manger avec la Reine ni de monter dans ses caiv rosses ; mais elle avoit eu un billet comme les autres; et, comme tous les billets étoient absolument pareils, on peut voir par la copie de celui que j'ai mis ci-dessus que ce n'est point le choix du Roi qui a choisi les danseuses; c'est la volonté de chacune , puisqu'aux termes des billets toutes celles qui vouloient danser pouvoient s'y présenter pourvu qu'elles eussent de grandes boucles. On dansa donc une contredanse; ensuite le Roi dit à M. de la Trémoille, qui étoit derrière lui, d'aller danser la mariée avec M"^ de Luxembourg. Cette dansé fut suivie d'une contredanse, après laquelle M. de Clermont d'Amboise et M"'^ la princesse de Rohan dansèrent une danse nouvelle, composée d'un menuet et d'un tambourin. Après cela, M. le Dauphin et Madame dansèrent la mariée; il y eut après une contredanse, et lorsqu'elle fut finie le Roi dit qu'on apportât la collation de H. le Dauphin. M. de Livry arriva à la tète de la collation j

il étoit alors près de neuf heures.. M. de Livry servit M. le Dauphin et Mesdames, Ce fut dans ce temps-là que le Roi s'en alla souper dans ses cabinets. Mademoiselle, M"MeClermont,M'""d'Antin, de Mailly, de Saint-Germain, de Ségur et de Beuvron eurent l'honneur de souper avec le Roi ; il y avoit deux tables. La Reine resta au bq.1, et on recommença à danser jusqu'à neuf heures et demie que la Reine s'en alla souper.

Il y a plusieurs choses qui méritent d'être remarquées sur ce bal, M. le prince de Beveren, qui est un jeune homme de seize ou dix-huit ans, neveu de Tlmpératrice, dansa dans les contredanses. Il n'avoit point été présenté; il ne l'a été que ce matin par M. de Lichtenstein ; mais le Roi l'avoit trouvé bon. Madame prit M. de Fitz- James par ordre du Roi. M. de Marsan et M. de Soubise étoientau bal. M. de Soubise et M. d'Hostun étoient en bourse ; c'étoient, je crois , les deux seuls. Cette coiffure ne fait pas bien dans un bal paré , mais le Roi l'avoit permis. Pendant tous les menuets que dansèrent M. le Dauphin et Mesdames, l'on se tint toujours debout. Cependant M"* la Duchesse, qui a vu grand nombre de bals, puisqu'elle a commencé à danser à l'âge de cinq ans et qu'elle a continué jusqu'à trente-six, m'a dit qu'elle n'avoit jamais vu que l'on se tint debout pendant les menuets et danses ; en présence du Roi , à la vérité , tout le monde se levoit quand M. le Dauphin ou les princes ou princesses partoient pour aller danser, mais que Ton se rasseyoit pendant la danse. Le témoignage de M™* la Duchesse a été suspect, à cause du désir des princes du sang, en général, de s'égaler le plus qu'il peuventauxlîls et petit-filsde France. On aremarquémème que dans ce bal-ci , M*"® la Duchesse, qui devoit être à droite , auprès de M""® Henriette , mais tout à fait sur le retour formant le carré, comme première princesse du sang , avoit eu grande attention de se mettre à gauche en continuation, comme étant immédiatement après

342 MÉMOIRES DU DUC DE LUYiVES

M""* Henrietle, et qu'elle avoit même tourné son tabouret de façon qu'il n'étoit pas de niveau à celui de Madame, mais qu'il n'étoit pas non plus absolument sur le retour* Celui de S|'°^ ^& Princesse de Conty étoit de même de l'autre côté. On prétend qu^ H'"'' la Duchesse avoit optre cela ^ pendant que Madame dansoit, approché de la Reipe le pliant de fif adaipe pour pouvoir avancer Ijs sien plus facilement. Je n'ai pas remarqué cette circonstance; ce qui est certain, c'est que M"* la maréchale de Vill^rs dit la même chose que M'"* la Duchesse sur l'usage de ne point demeurer debout en présepce du Roi. D'un autre côté^ M"* de Mazarin et M. deNangis disent le contraire. Le premier sentiment paro^t le plus fondé, d'autant plus qu'on peut dire que c'est le plus respectueux pour la personne du Roi. On peut soutenir aussi que c'est un respect pour S. M* que celui que l'on marque pour ses enfants. M™* la Duchesse m'a dit encore que la figure que l'on observe aujourd'hui dans le menuet n'étoit point en usage autrefois. Présentement, après avoir fait la révérence au Roi, ensuite à la dame avec laquelle on danse , l'homme danse toujours le chapeau à la main jusqu'à ce qu'il soit arrivé devant le Roi , et lorsqu'il est arrivé auprès du Roi, au lieu de tourner, il danse en face du Roi , toujours le chapeau bas, et il ne tourne le dos au Roi qu'au second tour. De même la dame, au premier tour, danse le visage tourné du côté du Roi ; on en use de même pour la Reine, pouriif. le Dauphin en l'absence de LL, MM. , et pour MesJan^es en l'absence de M le Dauphin. M'"*" la Duchesse dit qu'elle a toujours vu que lorsque Ton avoit fait la révérence au Roi et à la dame, on remettoit son chapeau, qu'ensuite l'on vei>oit en dansant jusqu'auprès du Roi, après quoi l'on repuloit; que c' étoit là le seul cérémpnial qpe l'on observoit, mais que Ton tournoit toujours le dos au Roi en passant devant lui. Cette nouvelle figure a été inyeQtéiÇ par Lavalle, maître à danser de M. le Dauphin ; et le petit prince

JAJNVIKH 1750. 843

de Turenne, qui a appris de Marcelle, tut fort étonné de voir ce changement et manqua la figure. 11 est fils de M. de BQpillou et fut présenté avapt hier à Foccasion du bal ; il a onze ou douze ans.

Dès onze heures , les masques cop^oiencèrent à paroitre . La Reine ne sortit cependant de chez elle qu'à minuit. S. H. étoit masquée et tous ceux et celles qui avoient l'honneur de la suivre; et comme elle marchoit sans appareil^ elle ne fut pas trop reconnue dans le bal. Je n'ai point parlé des illuminations; il. y en avoit dans les deux cours ^ le long des murailles et des grilles, double rang. La galerie étoit fort bien éclairée par trois rangs, de lustres ou chandeliers. Les autres pièces de l'appartement étoient aussi fort bien éclairées. Il n'y avoit que trois pièces où Ton dansoit; dans le grand salon et la petite pièce en deçà du salon, il n'y avoit ni danse ni rafraîchissements; dans la grande pièce d'après, qui esx celle gui donne sur une partie du grand escalier de marbre ^ il y avoit un grand buffet de rafraîchissements ; dans la pièce d'après, où sont les deux tribunes, il y avoit deux orchestres de violons, et on y dansoit; on dansoit aussi dans celle qui suit immédiatement celle-là. On ne dansoit point dans les deux autres pièces , ni dans la galerie ; mais dans le salon qui est au bout de la galerie , du côté de Taile neuve , il y avoit des rafraîchissements. Il y en avoit aussi à l'autre bout , du côté de Tappartement de la Reine, dans la galerie. Le nombre des masques fut prodigieux. Tout l'appartement étoit plein, au point même que l'on avoit peine à passer. Il y eut quelques personnes qui entrèrent dans le bal sans être masquées : M. d'Angervilliers , M. de Maurepas, M. de Ghàtillon, M. de Polastron et plusieurs autres dont j'étois. La Reine revint chez elle changer de domino, et retourna dans le bal. Sur les quatre heures, S. M. ayant changé d'habit alla par la cour entendre la messe à la chapelle. Le Roi n'entra au bal que sur les deux heures ; il s'étoit masqué

en chauve-souris (1); il resta au bal jusqu'après de sept heures; il pai'ut s'y amuser d'autant plus qu'il ne fut pas reconnu; il demandoit lui-même où étoit le Roi (2); il dansa avec un masque qu'il ne connoissoit point; il ne parla pourtant à personne. M"' la maréchale de Villars, qui étoit à visage découvert , m'a dit que depuis le bal le Roi lui avoit dit qu'il avoit été longtemps assis auprès d'elle et qu'il n'avoit jamais osé lui parler. On dit qu'il n'y aura plus ni bal rangé, ni bal en masque, et le Roi a ordonné que Ton défit tout.

Ce matin , M. de Lichtenstein a présenté le prince de Beveren ; et le prince de Cantimir a eu audience comme ambassadeur de Russie; mais c'est audience particulière semblable à celle qu'il avoit déjà eue comme plénipotentiaire. 11 n'y aura point de comédie aujourd'hui à cause du bal ei^ masque, qui a duré jusqu'à sept heures du matin.

Avant le bal paré, il se répandit ici une nouvelle que le mariage de Madame avec l'infant don Philippe étoit déclaré. On disoit que le Roi venoit de le mander à M"* de Ventadour pour le dire à Madame. Il y a eu des gens qui soutenoient avoir été présents quand M"*' de Ventadour avoit reçu cette nouvelle , et l'on ajoutoit que dans le même temps que l'on dansoit ici, l'on dansoit aussi à Madrid. La moindre connoissance de la Cour et des usages des souverains suffisoit pour faire sentir la fausseté de ce bruit, la cour d'Espagne étant toujours dans ce temps-ci au Pardo, où les appartements ne sont pas assez grands pour y donner un bal, et d'ailleurs un tel mariage ne pouvant être fait sans qu'il vienne auparavant un ambassadeur extraordinaire pour faire la demande.

(1) H s'étoit masqué en chauve-souris chez M. le duc d'Ayen et entra par le grand escalier de marbre. {Note du duc de Luynes.)

(2) Un garde du corps, qui se trouva à côté de S. M., lui soutint toujours que le Roi n'étoit point passé et lui donna même un coup de coude pour le Taire ranger. (Note du duc de Luynes. )

Il paroit cependant que Ton ne doute pas que le mariage ne soit conclu, mais on ne sait pas encore quand il sera déclaré.

Du mercredi 28, Versailles. — Le Roi dina hier à cinq heures, et sortit le soir sur les onze heures pour aller chez Mademoiselle, qui étoit dansson litet soupoit. M*"*" la comtesse de Toulouse y étoit, M"*® de Mailly, M"* de Saint-Germain , le bailli de Froulay et quelques autres hommes. Le Roi ne se mit point à table, mais mangea un morceau debout, et, après y avoir resté quelque temps, alla faire une visite chez M"* de la Roche-sur-Yon, où étoit M"^ de Glermont. Le Roi revint se coucher de bonne heure.

S. H. n'a point été aujourd'hui à lâchasse, et a diné au grand couvert.

On a défait hier et aujourd'hui tout ce qui avoit servi pour le bal; il n'y en aura plus cette année. On estime que la dépense pourra aller à 100,000 écus.

On apprit avant-hier la mort du marquis de Sainte Simon; il est mort de la poitrine auprès de Montpellier; il étoit maréchal de camp. Ce sont les aînés de la maison de Saint-Simon. Celui-ci étoit fils du capitaine aux gardes. Son frère aîné mourut il ya quelques années delà même maladie; il est cadet de M. Tévèque de Metz et de M. le bailli de Saint-Simon. Il a plusieurs sœurs dont il y en a de religieuses , une mariée à M. de Laval-Montmorency et une autre mariée en Auvergne à M. de la Richardie. Il avoit épousé en Italie M"** la comtesse Botta , dont il n'a eu qu'une fille. Ce mariage avoit été fort désapprouvé dans sa famille, et l'avoit même brouillé avec son frère pendant quelque temps.

Nous venons d'apprendre la mort de M. le prince de Talmond, père de M. le duc de Chàtellerault; il étoit gouverneur de Sarrelouis. Il est mort dans ses terres; on dit qu'il meurt ruiné.

Du 29, Versailles. — Le Roi soupe aujourd'hui au retour

de la chasse dans ses cabinets. Les daoïes sont : Mademoiselle, W^^ de Clermont, M""' la duchesse d'Ântin, M'"^ de Saint-Germain , W^^ la comtesse de Gramont et M""*^ de Puysieux.

Pu vendredi 40, Ver$aiUes. — Il y eut un cavagnole hier aprèç souper^ et une partie de qu^rille pour H'"*' la comtesse de Gramont. If"" de Mailly ne soupa point dans les cabinets ; elle étoit de semaine ; elle soupa pbez M'"'' Li comtesse de Toulouse, avec qui elle parolt être dans une gr^.^^ liaison. Pendant leur souper, le Roi envoya à 11'°^ la comtesse de Toulouse un entremets de truffes q^'^ venoit de faire faire d6va^t lui^ et au souper du Roi on but la santé de M*"^ la comtesse de Toulouse et celle de M"* de Mailly.

Hier, le roi fit des compliments à M. le comte de Biron et à M. la comte de Gramont sur Tavepture de M. de Ronnev^l. L^ Grand Seigneur Fa disgracié^ et il est relégué en Asie avec une a^sez médiocre subsistance. Le Roi dit q^e p'e$^ 500 iqischres par jour^ ce qui peut faire 12 ou i5 livres de flotre monnoie.

Du 31, Versailles. — 0n me dit hier que M. le Cardinal a voit parlé au Roi sur ce qui s'étoit passé à T égard de M'"®deÇeuzeville, et qu^ le Roi avoit répondu qi^'il n'avoit ^u aucune intention d'empêcher H"^ de Beuzeville de danser^ mais quUl avoit voulu qi^e Ton dansât des contredanses, parce que l'heure s'avançoit. On c^oit qu'on a exagéré beaucoup sur la dépense du bal. On disoit que les étais seuls étoient un objet de 50 ou j5Q,000 livres, et cela ne va peut-être pas à 2,000 écus. On prétendoit que la dépense des rafraîchissements iroit à 80,000 livres; il y a grande apparence qu'elle ira au-dpssous de 10,000 écus. Ce que j'ai ouï dire comme certain , c'est que le dernier bal que M'"*^ la duphesse de Berry donna au Luxembourg, qui étoit fort magnifique et où il y avoit même un grand souper, ne coûta que 25,000 écus.

On a eu des nouvelles de Coriçe ces jours-ci j plusieurs

compagnies du régiment de Cambrésis ont léehoué en passant pour allep en Corse ; on ne sa voit même ce qu'ér toit devenu un des bàtitbents^ sur lequel il y avoit trois compagnies. Il parolt que les rebelles sont plus résolus que jamais de ne point se soumettre aux Géaois^ et qu'on est assez embarrassé des moyens dont on se servira pour les réduirjB. Le départ de M. de Maillebois est pourtant détermiiié, et ce jdoit être incessamment; et lorsqu'il sera sur les lieux , il Qiaiidera le nombre de troupes dpnt il croit avoir besoin.

Il a paru depuis peu une od^ adressée à la Ffts)^* rite (1) ; cette ode est fort mauvaise, et on a dit à l'occasion de cette ode, qu'elle ne seroit jamais reqdue à son adresse.

Souper du Roi ; le prince de Dombes y fait une fricassée de poulet. — Bal chez le Dauphin. — Promotion de neuf chevaliers de l'Ordre. -^ Le Roi va au bal de TOpéra avec M"'*' de Mailly. — Mascarade des garçons de Versailles admise dans la cour du château. — Chasses et soupers du Roi. — Bal chez Mesdames. — L'archevêque d'Embrun proposé pour le chapeau ; choix du Qonce. -.-Circonstance du bal de l'Opéra; observation du Cardinal à ce sujet et répqpse du Roi. — Mot du Roi à M. de Croissy. — Aversion du chevalier de Gesvres pour les Capucins : pourquoi. — Mort de M"* de Montmartel. — Présentation de M"* de Béarn. — Mariage de M. de Lesparre avec M'ie de Gramont. — Observations sur les bals du 26 janvier. — Note sur un ha) donné aux Tuileries en 1722. — Le pr^pce.du Liban et son fils à Versailles. — Dépenses que doit faire un ambassadeur à la coiy* de Russie. — Déclaration du mariage de Madame avec l'infant don Philippe.

Du dimanche V^ — Le Roi fut hier à la chasse ; on comptoit qu^il souperoit dans ses cabinets et qu'il n'y auroit point de dames; du moins Mademoiselle avoit

(1) C'est rode à la Postérité de J. B. Rousseau, dont Voltaire écrivait le 2 janvier 1739 au marquis d'Argens : « La postérité n'en saura rien; le siècle présent l'a déjà oubliée. »

dit la veille à M. le vidame de Vassé qu'il n'y auroit point de dames dans les cabinets y et que s'il soupoit avec le Roi et qu'il ne fût point utile à S. H.^ il vint chez elle après le souper. C'est de M. le vidame de Vassé que je le sais; peut-être cela avoit-il été dit exprès. Le Roi revint assez tard de la chasse. Ordinairement il donneVordre et passe ensuite chez la Reine avant que de monter dans ses cabinets. La Reine étoit retirée et ne voyoit personne^ devant faire ses dévotions le lendemain matin ; mais on n'imaginoit pas que cela dût empêcher le Roi d'y aller. On avoit dit toute la journée que Ton croyoit que le Roi souperoit chez Mademoiselle; mais le Roi n'en avoit rien dit et n'avoit pas même parlé du souper pendant la chasse. J'étois.dansla chambre de S. M. lorsqu'il vint donner Tordre sur les sept heures; il sortit de son cabinet y sans chapeau^ vint à la porte de sa chambre pour donner l'ordre, et rentra sur le champ. Quelques gens croyoient alors que ce ne seroit point chez Mademoiselle, mais chez M"' la comtesse de Toulouse que seroit le souper; et cela étoit fondé sur ce que Mademoiselle étoit alors chez M"* la comtesse de Toulouse. Elle avoit dit à M. de Vassé de l'y venir trouver; il se présenta à la porte; on lui dit que M"' la comtesse ne voyoit personne, que cependant, s'il vouloit, on l'annonceroit puisque Mademoiselle lui avoit dit de venir; il ne voulut pas, et il alla chez Mademoiselle. Le Roi, pendant ce temps-là, étoit descendu sans chapeau chez M"* la comtesse de ToiQouse, suivi seulement de M. le duc d'Ayen et de M, le duc de Villeroy. Mademoiselle sortit un peu avant le Roi et retourna chez elle; tous ceux et celles qu'elle avoit fait avertir d'y venir s'y rendirent tous à peu près dans le même temps. Les dames étoient : H*"^ de Saint- Germain et M"*® d'Antin ; celle-ci même avoit été avertie fort tard ; car à sept heures elle me dit qu'elle ne soupoit point avec le Roi et qu'elle viendroit souper chez moi. Les hommes étoient : M. le prince de Dombes (qui faisoit

une fricassée de poulet pour le souper, ce qui fit attendre le Roi plus d'une demi-beure), M. de Soubise, M. de Coigny, M. le vidame de Vassé, M. deSourches^ M. de Ségur. Le Roi , à sept heures et demie y sortit de chez M"' la comtesse de Toulouse, prit le chapeau de M, d'Ayen, et s'en alla par les cours chez Mademoiselle^ suivi seulement de MM. d'Ayen et de Villeroy. On ignoroit encore en haut où étoit le Roi, de manière que Thuissier, à huit heures^ attendoit encore que le Roi remontât. On prétend même que M"® la comtesse de Toulouse, de chez qui le Roi sortoit, ne le savoitpas; ce qui n'est pas vraisemblable ; mais elle fit semblant de Tignorer^ car elle alla chez Mademoiselle pendant le souper; elle ne vouloit point entrer quand on lui dit que le Roi y étoit ; elle y entra pourtant un moment et ressortit sur-le-champ. M"*® de Hailly, qui étoit encore hier de semaine, ne vint que pendant le souper. Le souper étoit fort petit; il dura jusqu'à une heure et demie; après cela, il y eut un cavagnole, qui ne fut pas long ; il n'y avoit là de gros joueurs que H. de Soubise , qui parioit contre le Roi. Le cavagnole est à douze tableaux. M. de Coigny et M. de Villeroy ne jouèrent pas d'abord, et M""" de Mailly avoit deux tableaux. Le Roi rentra à deux heures et demie , et rentra par le jardin ; mais il resta de la compagnie chez Mademoiselle. M. de Vassé m'a dit qu'il y étoit retourné et n'en étoit sorti qu'à six heures du matin.

Du lundi 2, Versailles. — Le Roi dina hier à son grand couvert ; et il n'y eut point de souper. Il y eut bal chez M. le Dauphin. U y avoit trois fauteuils pour M. le Dauphin et pour Mesdames. Je remarquai avec étonnement que dans les menuets où M. le Dauphin ne dansoit point et qu'il étoit dans son fauteuil, non-seulement M. de Penthièvre et M'"'' Henriette ou Madame n'observèrent point le céré^* monial nouveau, de danser le premier tour le visage tourné vers M. le Dauphin, mais que plusieurs autres ne l'observèrent pas plus, au mcûns les hommes; car pour

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pariant de M. de la Ltuserne , dit qu'il n'étoit paife lé plus ancien, que c'étoit M. dé Satnte-Mauré, qui eèt ticearairal , mais que M. de Sainte-Maure avoit d'autres vues, qu'il vouloit être maréchal de France, Le Roi ajouta : « Il faudra bien faire des maréchaux de France dails Iri marine. »

M. de Gfaâtillon me dit hier, par rapport au bàl, que M. de Penthièvre àvoit observé avtfnt-hier la figure de respect pour M. le Dauphin, lorsqu'il avoit dansé avec d'autres qu'avec Mesdames.

L'aventure de M. de Tarlo de n'avoir point observé là figure de respe<5t, et cela par les conseils de M. de la Trémoille, a fait ici du bruit. M. de Chàtillon commença par se plaindre à M. de la Trémoille de ce qu'il faiàoit un arrangement pour le bal chez M. le Dauphin, chea lequel il ne doit y avoir d'ordres donnés que par le gouverneur. M. de la Trémoille chercha à se justifier et en fit beaucoup d'excuses le lendemain à M. deChâtillon. M. de Chàtillon crut devoir aller plus loin et demander l'ordre du Roi , en ayant reçu un ordre contraire trois ou quatre jours auparavant à celui que M. de la Trémoille lui dit avant-'hier. Mais cet éclaircissement n'a pas été nécessaire; M. de la Trémoille en a fait de nouvelles excuses à M. de Chàtillon, et lui a dit que, quoique le Roi lui eût dit de ne point observer cette marque de respect, qu'il lui paroissoit que l'intention de S. M. présentement étoit que l'on observât ce respect.

On croyoit hier que le Roi iroit au bal à Paris; mais S. M. n'y a point été; elle a couru le cerf et soupe ce soir dans les cabinets. Il y a cinq dames : Mademoiselle, M"*^ de Clermont, M"'' de Mailly, de Chalais et de Talleyrsind. On croit assez que S. M. pourroit bien aller au bal masqué que les pages donnent à la grande écurie ce soir.

i'ai oublié de marquer, à l'occasion des deux bals de lundi 36 janvier, que tout le monde en général avoit loué

extrêmement la politesse des officiers de la bouche pour servir sur-le-champ tous les rafraîchissements qu'on leur demandoit.*

Du jeudi &, P^ersailles. — Le Roi a été avant-hier au bal des pages ; il sortit à une heure et demie dans une chaise bleue; il y resta jusque vers les trois heures.

M. le duc de Chàtellerault a le gouvernement de Sarrelouis qu'avoit M. le prince de Talmond , son père.

Du vendredi 6, Venailles. — Le Roi fut hier à la chasse ; il passa à six heures et demie chez la Reine et vint ensuite souper dans ses cabinets; il n'y avoit que quatre dames : Mademoiselle , M^^"" de Glermont , H"**^ de Mailly et M"* de Ségur. On savoit avant le souper que les deux princesses iroient au bal de TOpéra ; mais^ pour le Roi, Tordre étoit donné qu'il n'y auroit rien. Cependant, après souper^ le Rbi envoya quérir la gondole de H. de Chalaisavec un des attelages de S. M.; il monta dans^ cette voiture avec M. le duc d'Ayen , M. le duc de Vjlleroy et M. de Courtenvaux^ et alla au Pont-Tournant^ où il y avoit un ou deux carosses de louage qui attendoient, et que M. de Croissy y avoit fait venir. Il y monta tout masqué et alla descendre au bal de l'Opéra, suivi de M. d'Ayen^ qui étoit masqué en avocat ou commissaire. 11 y avoit tant de monde au bal que le Roi fut assez longtemps sans entrer ; il fit deux ou trois tours dans le parterre, mais fut presque tout le temps dans une loge, et fut si peu reconnu^ qu'il y eut un masque qui ôta à M. d'Ayen son bonnet carré de dessus la tète et le mit sur la sienne. Le Roi est resté jusqu'à plus de six heures et n'est arrivé ici qu'à sept heures trois quarts, tout masqué. M""^ de Mailly avoit été avec les deux princesses et M"^ de Ségur, et est revenue en même temps que le Roi dans la chaise de poste de S. M., qui même a été lui donner la raain, avec plusieurs de ceux qui Taccompagnoient , en descendant de la chaise de poste ^ et a chargé M. de Courtenvaux de la conduire chez elle. Le Roi est

revenu sans aucun garde; il y avoit seulement un ou deux officiers des gardes et un écuyer qui sont revenus à cheval en même temps que S. M. Le Roi a entendu la messe à huit heures, avant que de se coucher, et s'est levé sur les quatre heures. Il avoit demandé à la bouche un petit dîner maigre pour sa personne seulement ; il a donné ordre qu'on le portât dans ses cabinets.

M. le comte de Noailles étoit allé avec les princesses et elles avoient mené avec elles M°**' de Ségur et de Mailly ; elles prirent à Paris M"® de Beuvron , M"* de Puysieux et M"* de Blénac; elles étoient toutes sept masquées en pèlerines; elles avoient avec elles sept hommes aussi habillés en pèlerins : M. de Coigny, M. le vidame deVassé, H. de Ségur, M. de Rambures, milord Clare, M. de Soubise; j'ai oublié le septième. Le Roi avoit envoyé devant M. de Groissy ; et, pour que l'on ne se doutât de rien, M. de Groissy s'étoit présenté comme les autres pour souper dans les cabinets. La liste faite , on appela tous ceux qui étoient pour y souper, et M. de Groissy ne fut point appelé ; cela fit même une nouvelle dans le moment, parce qu'ordinairement il n'est point refusé. On crut même remarquer que lorsque tout le monde fut entré pour souper il resta encore , comme s'il croyoit que ce pouvoit être un oubli, et regarda pour savoir si on ne viendroit point l'appeler; mais Tarrangement du Roi étoit fait. M. de Groissy partit pour Paris chargé d'aller à l'Opéra retenir deux ou trois loges sans nommer le Roi, comme il est aisé de le croire; il avoit ordre aussi de faire avancer au Pont-Tournant deux carrosses de remise. M. le comte de Noailles avoit aussi son emploi ; il étoit chargé de représenter le Roi, et M. de Sourches de représenter M. d'Ayen et de suivre M. le comte de Noailles ; tout cela fut fort bien exécuté. Le Roi partit, le cocher et le postillon ayant des habits gris, et trois ou quatre personnes à cheval , comme Técuyer de main, et deux ou trois officiers des gardes aussi en habit gris. Je crois

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FÉVBIER 1759. 365

Du samedi 7, Versailles. ~ Le Roi a été aujourd'hui à la chasse et soupe dans ses cabinets avec des liommes seulement. On croit qu'il n'ira plus au bal de l'Opéra cette année.

On croit qu'il y aura une petite promotion à la Pentecôte, et que M. le duc de Chartr^3 et M. de la Mina seropt faits chevaliers de l'Ordre. ,

On parle aussi beaucoup d'un nouveau cardinal; on ne doute pas que ce ne soit M» l'arehevèque d'Embrun (1); on ne sait pas si c'est à la nomination du roi dé Sardaigne ou à celle du roi d'Angleterre , qui est à Rome. Comme le roi de Sardaigne vient d'obtenir depuis peu d'avoir une nomination , et qu'en même temps il a déclaré qu'il ne vouloit point de cardinaux dans ses États ^ cela feroit juger que M. Tarchevéque d'Embrun , qui désire depuis longtemps cette dignité, pourroit avoir eu la nomination du roi de Sardaîgne, Cependant , la grande liaison dans laquelle est M. l'archevêque d'Embrun depuis longtemps avec M. O'Brien^ qui est chargé des affairée du roid'An^ gleterre, Jacques, donne lieu de penser que c'est plutôt ce^e nomination qu'il a obtenue.

, Du lundi 9, Versailles. — Le Roi entendit hier la messe fort tard, ne dîna point, et partit à trois heures pour la Ifeutte; on croyoit qu'il iroit chez la Reine avant que de partir^ mais il n'y fut point. Il doit courre demain le daim dans Boulogne, et revient après^demain^ après avoir chassé, séupor datis ses cabinets. Ce voyage-ci est comme les derniers. Mademoiselle est à Madrid avec M*^" de Clermont , M"* de Mailly, M"^* de Talleyrand , M'"^ de Ségur etM?"*^ deBeuvron.

Du 10. — J'ai oublié de marquer d'avantJiier, qu'avant le départ du Roi^ il y eut une troupe de jeunes garçons de Versailles, d'environ vingt ou trente, montés

(1) t^ierre de Gaérln d(' Teneîn.

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M"^ de Glermont, M'"^^ de Mailly, de Chalais, de Talleyrand, de Ségur et de Beuvron. Après le souper, il y eut un cavagnole, comme à Tordinaire, jusqu'à deux heures et demie; après quoi ^ les deux princesses et toutes les dames avec plusieurs hommes partirent pour aller au bal de l'Opéra, excepté M"*^ de MaiUy, qui s'en retourna couchera Madrid. Quand les dames furent parties, le Roi fit mettre les chevaux à sa gondole et monta dedans lui huitième; il sortit de la cour et alla même jus. qu'au bas de la montagne des fions-Hommes (le Roi n'étoit point masqué non plus que ceux qui avoient l'honneur de le suivre; mais comme il lui est déjà arrivé d'envoyer quérir des masques et des dominos à Paris et se masquer en chemin , on crut qu'il pourroit faire de même), puis il fit retourner et revint se coucher à la Meutte. Il étoit rentré sans qu'on en sût rien, de manière que U. de Sourches et M. de Biron, étant allés prendre leurs chaises dans la cour des écuries de la Meutte , partirent comptant trouver le Roi ou au bal ou en chemin pour revenir, et furent jusqu'à l'Opéra toujours persuadés que le Roi y étoit (1). Le lundi, il y eut chasse du daim dans le bois de Boulogne ; et d'ailleurs la même chose que le jour précédent , excepté que le Roi ne sortit point de la Meutte. Les princesses et les dames allèrent au bal toutes , hors M"*^ de Mailly ; elles revinrent sur les sept ou huit heures du matin à Madrid. Hier, à dix heures et demie , le Roi alla à Madrid prendre M'"^ de Talleyrand, qui n'avoit pas trop eu le temps de dormir, et M"*** de Mailly, et les fit monter avec lui et M. d'Ayen dans la calèche neuve à trois glaces, dont j'ai déjà parlé, qu'il a depuis Fontainebleau. Le Roi et M. d'Ayen étoient sur le devant. Le Roi alloit courre à Saint-Germain ; il avoit même donné ordre que l'on attaquât à midi et

(1) Ils a'avoient pas pris té même chemin que le Roi. ( Note du duc de iMynes,) »

(lames qui danseot eurent Tbonueur de souper aveo Mesdames y et il y avait une autre table pour da$ daQr seurs. A ^^t heures, on commença à ds^nser jusqu'à neuf heures^ M. le Dauphin étoit au bal. A neuf heures j» Mesdames se masquer eot, et il ^ut plusieurs oiasq^as qui vinrent danser^ homm^fi et femmes, mai§ tpus gens connus. Le bal fut fprt joli^ fort gai et avec beaucoup d'ordre. Il n'y avoit point trop de monde et il y en avoit assez pour danser. Il dura jusqu'à minuit. M. le Dauphin ne fut point au bal en masque. La Reine , qui avoit soupe comme à l'ordinaire à son petit couvert , alla sur les onze heures voir le bal en mQ.sque. S. M. n'étoit point masquée; les dames qui avoient l'honneur de la suivre étoient habiUées en grand habit. La Reine fut dans le bal ^ se mit dans un fauteuil , mais ce n'étoit point cependant en grande représent^^tion ; car la dame d'honneur n'étoit point derrière S. M. La Reine y resta environ une demi-heure. A minuit^ lorsque Mesdames furent retirées, les danseurs et danseuaea vinrent dans la chambre de M"** de Luynes, où ils ont dansé jusqu'à quatre heures du matin.

Du vendredi 13. — On avoit dit que M* d'Avaray ne vouloit point recevoir le cordon de l'Ordre, maïs œ bruit ne se confirme pas; mais ce qui est certain, c'est que ce n'est pas ce qu'il désiroit. M. le Cardinal parolt extrêmement satisfait de la préférence qu'il a donnée en cette occasion aux militaires, et, quelques jours après la promotion, il disoit qu'il s'attandoit bien que tout le monde ne seroit pas content , mais que s'il y avoit quelqu'un qui se plaignit, le Roi lui avoit dit de les lui envoyer. Ce sont les propres termes dont il s'est servi , parlant à une personne qui n'avoit rien à lui demander sur cet article.

On continue à parler de M. l'archevêque d'Embrun, et il y a grande apparence que sa nomination est vraie ; et c'est la nomination d'Angleterre. Il avoit déjà eu cette

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iir i-iMiclic , à son retour, son souper ordinaire pour man-

il- . *^.^i. a, bon petit couvert. Cependant on se doutoit, dès le auu , que le Roi ne seroit pas seul. Le Roi alla chez la

iï« ^1 ue, un peu avant la comédie, ayant renvoyé M. d'Ayen

î . ic suivoit. M. d'Ayen fut à la comédie avec M. le comte

^K. Noailles; mais fort peu après que la comédie fut com^

» .ciicée, le Roi les envoya quérir tous les deux, et outre . In M. deVasséetM.deSourches,et soupa avec eux quatre ^ ..s(|u'à dix heures et demie ou environ; après quoi^ il les

,.. iivoya tous et resta dans ses cabinets jusqu'à minuit .11 environ qu'il s'est couché. Aujourd'hui il n'y a point < a de chasse. Il y a eu conseil de dépèches, qui a été .) vancé d'un jour à cause de la chasse de demain, et S. M. a Jiné au grand couvert à une heure un quart avec la Heine.

Du samedi liip, Versailles. — J'ai oublié de marquer une circonstance de ce qui se passa au bal de l'Opéra le jour que le Roi y fut, et j'ai appris aujourd'hui ce qui est arrivé depuis à cette occasion.

Le jour de ce bal^ comme je l'ai marqué, c'étoitM. le comte de Noailles qui étoit chargé de représenter le Roi ; il se promena dans le bal toujours masqué , comme il a été dit ci<-dessus. J'ai marqué aussi quelles étoient les sept dames qui étoient habillées en pèlerines; une de ces dames, à visage découvert, vint prendre le comte de Noaillespar-dessousle bras et se promena avec lui dans le bal. Cela fut extrêmement remarqué, parce que le public étoit persuadé que c'étoit le Roi. On prétend même que cela donna occasion à beaucoup de discours sur le choix et la figure. Lorsque le Roi fut ici, je ne sais si ce fut le lendemain ou surlendemain , M. le Cardinal étant yenu travailler avec S. M., le Roi, avant le travail, lui parla du bal et lui dit que le comte de Noailles avoit fort bien fait

FËVRIEE iVSO. 86S

M. de Tresmes est mieux y mais toujours dans un grand affoiblissement. Depuis oe que j'ai maiHjué sur ses frères et sœurs, j'ai appris qu'il y en a encore une religieuse qui est extrêmement vieille ; elle s^appelle M"''* de Gandelus. A l'égard du chevalier de Gesvres dont j'ai parlé , j'ai appris depuis peu une circonstance assez singulière sur lui ; il est dans une très-grande dévotion , mais il ne voit qui que ce soit de sa famille, de sorte que H'^'' de Tresmes, qui est mariée depuis environ dix ans , ne l'a jamais vu. Il vint il y a quinze ou seize ans voir M. son frère , àl'occasion d'une grande maladie^ et ayant trouvé un capucin qui avoit confessé M. de Tresmes^ il en parut extrêmement mécontent 5 et cela fit une scène assez vive de H. le chevalier de Gesvres au capucin. U faut qu'il y ait. déjà longtemps qu'il ait cette aversion pour 1^ capucins. J'ai ouï dire à H. le duc de Charost que M. le chevalier de Gesvres , il y a plus de quarante ans> étant sur le chemin de Lyon , avoit trouvé un capucin avec qui il faisoit la conversation y et que ce bon père s'étant avisé de lui demander des nouvelles de W^^ la princesse de Gonty y la fille du Roi , dont la beauté faisoit grand bruit alors , le chevalier de Gesvres avoit été fort scandalisé de cette curiosité et qu'il lui avoit dit : « Ah ! mon père , qu'estce que cela vous fait? orare et fiere, ce devroit être là votre seule occupation > » et que même on avoit donné pendant quelque temps le sobriquet au chevalier de Gesvres de l'appeler Qrare et flere. Je ne sais si c'est là ce qui a donné à M. le chevalier de Gesvrtes cette ^vqrsioii pour lescapucins«

On a appris aujourd'hui la mort de M""" de Montmartel ; c'est la seconde femme d'un de MM. Paris; elle est morte en cinq jours delà petite vérole; elle étoit fille de Talné des Paris (1). Ce Paris Tainé et La Montagne , son frère y

(1) • Dame Antoinette- Justine Paris, épouse et nièce de Jean Pftris de Montmartel, conseiller du Roi en ses conseils, garde du trésor royal, secrétaire de

LtÀ »

zarin 1- assura du contraire; tout cela ne fut que conversation. M™*' d' Armentières , comme je l'ai marqué, n'avoit eu aucun sujet de peine. Il n'a pas été depuis question de cette petite affaire ; mais M"^ de Luynes, il y a quelques jours, en conversation avec M. le Cardinal, crut devoir lui conter historiquement ce qui s'étoit passé , et M. le Cardinal lui dit précisément que la Reine se trompoit de croire que cela n'étoit point réglé, que cela étoit sans nulle difficulté pour les duchesses.

On compte que ce sera mercredi prochain que le Pape déclarera à Rome M . l'archevêque d'Embrun cardinal.

Du mardi 17, Versailles. — Le Roi hier au retour de la chasse soupa dans ses cabinets avec cinq hommes seulement.

On continue à parler toujours de M. d'Embrun, et on croit que cela sera bientôt fini; mais ilparolt certain que c'est un proprio motu du Pape , et non pas la nomination d'Angleterre.

On attend samedi la nouvelle de la mort de M. de Boissieux en Corse ; il y meurt de la gangrène dans les entrailles; il yavoit longtemps qu'il avoit une fistule. On prétend que le chagrin a grande part à sa mort. M. de Màilleboispart ces jours-ci ; il n'aura dans ce moment que seize bataillons et deux régiments de hussards.

M"*® la princesse de Conty est toujours fort mal.

2Hi 17. — Observations sur les bals du 26 janvier.

J'ai appris aujourd'hui plusieurs circonstances que je n'avois pas mises. Il y avoit neuf gradins dans le salon d'Hercule , un dans chaque croisée, ce qui fait sept , celui du fond, vis-à-vis la cheminée, avec les deux à côté , qui étoient moins avancés , n'est compté que pour un, et celui de la musique qui étoit sur la cheminée.

Il y avoitplus de deux cents musiciens. L'ordre étoit de leur donner àchacun un louis, un poulet, une bouteille de vin , urf pain d'environ deux livres et un. domino de taf-

fetas^ mais on a fait readre le domÎDo. A l'égard du via il y a eu plus de consommation.

Les ambassadeurs étoient dans la fenêtre , vis-à-vis la porte du salon (1) qui est auprès du salon des médailles^ et Tambassadeur d^Espagne étoit avec les courtisai^s y derrière le Roi.

Outre les lustres, il y avoit dans le salon d'Hercule des girandoles placées sur des torchères et piédestaux.

A la collation^ outre H. deLivry^ qui marchoit à la téte^ il y avoit M. Félix ^ contrôleur de la maison du Roi y avec son commis ) qui marchoit devant M. de Livry.

La collation que Ton portoit à la main étoit composée de p&tisserie ^ de fruits crus et secs^ vins et liqueurs fraîches.

A la fin du bal paré^ on renouvela les bougies^ où il étoit nécessaire. A 1* égard du profit des bougies^ les huissiers prétendent qu'elles leur ont appartenu de tous les temps. On en parla à M. de la Trémoille qui ordonna à Mk de Bonneval de les fûre emporter pour les distribuer aux huissiers et aux valets de chambre du Roi; mais cela n'a été exécuté qu'en partie • la plus grande partie ayant été portée au gouvernement^ où elle est encore aujourd'hui 1 7 février^ comme en séquestre.

Aux buffets, il y avoit à chacun un maître d'hôtel du Roi et un contrôleur qui faisoient lés honneurs ; au milieu étoit un écuyer de la bouche pour distribuer les viandes, et aux deux bouts, un chef du gobèlet-pain avec ses garçons et un chef du gobelet-vin^ aussi ayec ses garçons. Tout fut servi avec magliificence, profusion et politesse^ et à huit heures du matin les buffets étoient isncore tousgarhis.LeRm^ sans ètreconnu^ resta quelque temps à un de ces buffets pour voir si cela étoit bien servi, et l'on m'a dit même qu'il fut à tous.

M; le duc de Gesvres. étant absent à cause de la mala-^

(1) \A .<;alofi de rAbondance.

die de H. so& père, oe fut M. le duc de la Trémoille qui fut ohargé de le remplacer^ comme le'plus ancien ; et sous lui ce fut M. de Bonneval, intendant des Menus en exercice^ qui fut chargé du détaiL II y eut contestation pour savoir qui placèrent ^ ou de l'intendant des Menus pu des premiers valets de chambre du fioi ; il y eut upé décision verbale de M. le Cardinal en faveui* de M. de BonnevaL Les premiers valets de chambre prétendoient que c'étoit de rappartement du Roi^ et Fintendant des JWenus prétendoit que c'étoit l'extérieur et non Tintérieur de Tappartetnent dé S. M.

Les ordres donnés par M. de la Trémoille aux huissiers portolent de laisser entrer les uniformes bleus et blancs; cet ordre a été donné à Toccasion d'une dispute qu'il y eut au premier bal ches M. le Dauphin^ Tannée passée^ dans son cabinet. Un officier d'infanterie ayant voulu entrer au bal en uniforme et disant pour raison que le Roi avoit ordonné que les officiers ne parussent ici qu'en uniforme et que cet habit ne devoit pas les exclure, il n'entra point, Tusagse étant contraire. Le lendemain^ il s'en plaignit à M. de Ghàtillon, qui régla qu'on en pour* rait laisser entrer quelquesmns s'il y avoit des places. €'étoit le premier bed de M. le Dauphin. Au second, le Roi y étant avec la Reine, M. de Chàtilldn laissa subsister le même ordre, et outre cela marqua le premier gradin à gauche en entrant, pour les chefs de brigade et exempts des gardes du corps ; mais pas un ne voulut s'y mettre.

L- ordre de M. delà Trémoille portoitencore que ni gendarmes, niehevau-légers, ni mousquetaires, ni gardes du corps^ni abbés n'entreroient; qiie les uniformes des gard^ fraiiçoises et suisses auroient la liberté d'entrer ; que les hommes entreroient avec les dames de leur compagnie, habillées proprement avec des mantilles ; que tous les officiers, courtisans et dames entreroient par la porte du salon de la chapelle.

A regard du bal masqué non-seulement il y avoit ordre aux huissiers de la chambre de faire démasquer un de la compagnie, mais même d'écrire son nom et le nombre de masques qui étoit avec lui.

Toutes les portes étoient gardées par les huissiers de Ifi^ chambre^ quiavoient à leurs ordres deux suisses pour empêcher la confusion. M. de la Trémoille vouloit faire condamner la porte qui donne du gouvernement (1) dans le salon qui est avant le salon des médailles ; mais H. le maréchal de Noailles en répondit; il y avoit seulement un huissier de la chambre et deux suisses.

On avoit posé plusieurs barrières : une au bas du grand escalier de la Reine, gardée par les Gent-Suisses^ aussi bien que celle qui étoit en haut du même escalier. 11 y en avoit une dans le petit salon auprès de l'appartement de H. le comte de Clermont, gardée par les gardes du corps ; une dans le grand salon auprès de M. le Cardinal, gardée par lesCent*Suisses; une dans la salle des gardes du corps qu'on appelle le magasin^ gardée par les gardes du Roi ; une au bas de Tescalier des ambassadeurs, gardée par les Cent-Suisses. Du côté de la chapelle, il y avoit une barrière en dehors dans la galerie, gardée par les Gent-Suisses ; et une en dedans du salon de la chapelle attenant la porte du salon d'Hercule, qui auroit dû être beaucoup plus reculée, gardée par les gardes du Roi et deux exempts, ce qui donna occasion à une partie de la confusion, parce qu'elle étoit trop près de la porte.

Nota. — Le Roi donna un bal à Paris dans la salle des machines, le 8 mars 1722. M. le duc de Yillequier, premier gentilhomme de la chambre , étant d'année, donna tous les ordres nécessaires pour cette fête. Il fit

(l)C*està-dii'e de Tappartement du maréchal duc de Noailles, gouverneur du château de Versailles. ( Voir Blondel, Architecture française ; tome IV, livre vn, n* 1*', planche 8.)

FKVRIER 175». 369

un état de toutes les places, des loges, amphithéâtre et parterre qui furent gardées par les valets de chambre du Roi^ et donna des billets en conséquence où étoit marquée la destination , lequel état fut communiqué aux huissiers qui montroient à chaque compagnie leurs loges et les y conduisoient. MM. les intendants étoient au parterre, et , à mesure qu'il entroit quelque compagnie, ils la plaçoient soit sur les formes du parterre, amphithéâtre, théâtre, ou premières loges. Tous les huissiers avoient été mandés pour cette fête, et ils gardèrent seuls toutes les portes , étant deux à chaque, et quatre à la principale porte d'entrée, qui étoit dans la cour des Suisses. On avoit fait poser à cette porte, en dehors, une forte barrière où il y avoit six des Cônt-Suisses de la garde du Roi avec un officier. M. de Bogue, lieutenant de ladite compagnie, y resta très-longtemps. Tout le monde entra et fut placé avec tout Tordre possible et sans nulle confusion.

C'est d'un huissier de la chambre du Roi que je sais les observations ci-dessus , et de qui j'ai appris aussi : qu'à la comédie, la fourniture des bougies se fait par l'ordre du premier gentilhomme de la chambre. C'est l'intendant des Menus qui est chargé défaire faire la fourniture, et la fruiterie qui fournit. A la fin de chaque comédie, le garde-meuble prend tout le reste des bougies, et l'on en fait cinq parts : quatre pour les quatre compagnies des gardes, et une cinquième que les gardes abandonnent aux garde-meubles pour leurs peines. Le profit se distribue entre les brigadiers , sous-brigadiers et gardes seulement ;

Lorsque la Reine mange dans sa chambre, les bougies de dessus sa table appartiennent à Thuissier de la chambre ; quand elle mange dans son cabinet, c'est rhuissierdu cabinet; et lorsque c'est dans l'antichambre, c'est à l'huissier de Tantichambre ;

L'intendant, contrôleur et trésorier des menus-

plaisirs prêtent serment entre les mains du chancelier et à la chambre des comptes ;

Au mois de novembre dernier ^ il y eut contesta^on, à Fontainebleau, pour savoir qui placeroit aux bals de M. le Dauphii^y ou rde Tintendant des H^nvm, oi^de son premier valetde chambre. Les intendants des menus-plaisirs présentèrent un fort grand mémoire^ auquel les premiers valets de chambre^ tant du Roi que de M* le Dauphin, répondirent par un mémoire fort court; et au bas de ce dernier mémoire, le Roi mit de sa main : <& Le premier valetde chambre de M. le Dauphin placeraseul. » Cette décision est entre les mains de M. le duc de Ch4tillon ;

Enfin à Tégard du profit des bougies^ il y a eu deux règlements : Vun de M. de la Trémoille, signfi de lui^ au mois de février 1^736, dans son année , et Taiitre en conformité de celui-ci, peu de jpurs après y signé de M. de ChàtiUon, pour que le retour des bougies appartint aux huissiers suivant Tancien use^ge. Dans le quartier de juillet de la même année , le Roi étant à Compiègne et la Reine n^y étant points il y eut de petits concerts, dans Tappartement de la Reine à Compiègnei, où les huissiers du Roi eurent ordre de M. de la Trémoille de garder les portes. Ils demandèrent en conséquence le retour des bougies en conformité des règlements ci-dessus. Les garçoqs de 1^ chambre les leur disputèrent ; la bougie futmise ^n séquestre, et, au retour deCompiègne, il fut donqé è^ Versailles un ordre contraire, portant que le retour des bougies appartiendroit aux garçons de la chambre. 11 est mis au bas du ménioirç des garçons de la chambre, de la main du ^Qi • <^ Bon pour les garçons ^e ]a c^^apabre. >)

Du jeudi 19, Versailles. — Le Roi, au retour de la chasse, soupa hier dans ses cabinets avec huit hommes seulement, aujourd'hui il y a eu grand couvert à dîner, sermon et salut. Le Roi, suivant çpp usage, u'a point rçsté au salut.

Hier, c'étoit J'anaiversftirp d^ M- le 4uc de Bourgogne. Le Roi et la Reine entendirept li^ niesse des morts.

Du samedi ii y Yersaillei. — Hier, le Roi courut le daim à Saint-Germain ; il n'y ayoit point 4e dames. Toutes les priDcesses sont 4 Parip depuis {as jours gras, à cause de l'état de M"* 1* princesse de Conty, qui cependant est t^eauçqup mieipi.

|1 y eut souper dans les cabinets ; mais comme le dernier, sept hommes avec le Roi. S, M. joua ensuite deu^ p^rtips d'îiQWb?(a,

AuJQUP4'laui chasse de cerf, et le Roi soupe à six heures dans sa chamhr^^ h p^on petit couvert.

Uy aici depuis qu^lquesi jours deux étrangers , dont l'un ^e dit le pripce du Uban et l'autre est son fils; ils çont yètu§ de rpbes longues comme les Arméniens. Le père i^st w hoQime de soi]|!:ante ans au moins, qui a une plaque ^'BXgpnt sur ^ robe ; c'est l'ordre du Saint-Sépulcre. Us op^ déj4 ^t^ dans plusieurs cours. La reine de Pologne ^ écrit de Lupéville ic^ en leur faveur. Le Rpi disoit aujourd'hui à son pouper que Télecteur de Qologue lui Si.yQ\i éprit une lettre de recomuiandation pqvr ce ppinpe du L}l)an ; il nous dit même le nom de cet étranger, qui est dans la lettre ; c'est Booz, ou Baaz^ par Je Roi n'étqit pas sûr si c'étoit deux 0 ou deux A qui (^toient entre le B et le Z. Le dispours ordinaire 4e ces vrais ou prétendus priucps est toujours qu'ils ont perdu Imv^ biens pour la religion. Celui-ci vit le Roi il y a deux jours dans la galevie en passant; mais il n'a point eu d^audience.

On regarde toujours le mariage de Madame comme certain; on me dit hier que Mesdames apprenoient l'espagnol; mais c'est un mystère jusqu'à présent.

On crpit qu^il va y avoir quelque changement dans les ambassades. M. de Puysieux, qui est à Naples, demande à revenir, n'ayant compté y demeurer que trois ans.

On croit aussi que M. de Gambis pourroit revenir incessamment d'Angleterre (1).

Le départ de M. de Vaulgrenant poar la Russie n'est point encore fixé; je crois même être certain que tous les arrangements ne sont pas faits. Gomme nous n'avons jamais eu d'ambassadeur en Russie, il est question de fixer une somme convenable pour l'entretien d'un am* bassadeur dans cette cour. J'ai déjà marqué que la dépense y est plus considérable que dans une autre, par la magnificence à laquelle on est accoutumé et par la cherté des vivres, car cette magnificence regarde principalement la table. M. de Vaulgrenant a dit à H. le Cardinal qu'il avoit mangé, dans ses deux dernières ambassades, 100,000 écus de son bien, outre celui que sa femme lui a laissé en mourant ; qu'il étoit prêt à aller partout où le Roi ordonneroit, mais qu'il n'étoit pas en état de suppléer en aucune manière de son bien, ni pour la dépense dé rétablissement ni pour celle de l'entrée, ni même pour le temps qu'il aura à y demeurer ; qu'il s'étoit informé de l'état le moins considérable qu'un ambassadeur de France puisse tenir dans ce pays-là, et qu'on Tavoit assuré qu'un ambassadeur n'y tenoit pas un grand état pour 20,000 roubles par an (on estime le rouble environ cent sols) j qu'à l'égard du transport, ameublement et équipages, on ne pouvoit les évaluer moins que 40,000 écus, sans compter les frais de la chapelle et ceux de Tentrée. M. le Cardinal parut d'abord proposer 36,000 francs d'appointements à M. de Vaulgrenant. Quelques jours après , M. Amelot lui dit que M. le Cardinal s'étoit trompé et avoit voulu dire 48,000 livres; mais cette somme est encore si éloignée de ce qui conviendroit, suivant le détail que je viens de faire, que M. de Vaulgrenant attend toujours une

(1) Ce brait ne seoonfinnepas. (Note du duc de luynes^ datée du 23 février*)

nouvelle décision et n'a pas fait encore le moindre préparatif pour son voyage.

On a eu des nouvelles dès hier de la mort de M. de Boissieux.

Du lundi 23^ Versailles. — * Hier matin ^ fut déclaré le mariage de Madame avec l'infant don Philippe. H. le Cardinal alla chez Madame, avec qui il eut une conversation d'un quart d'heure ou environ ; M"® de Tallard étoit présente. Madame fut ensuite chez le Roi ; après quoi^ étant revenue chez elle, elle reçut grand nombre de compliments, des hommes seulement; les dames y allèrent l'aprèsdinée. Le Roi ni la Reine ne recevront point de compliments en grand cérémonial; ce ne sera que dans le temps du mariage y et Madame ne sera pas mariée qu'elle n'ait douze ans , c'est-à-dire avant le Ik d'août. Le Roi déclara qu'il verroit les dames hier à dîner au grand couvert et le soir chez la Reine, et apparemment que demain, qu'il y a grand couvert et sermon, cela se passera de même. 11 ne viendra point ici d'ambassadeur extraordinaire pour faire la demande; ce sera M. de la Mina qui en aura le titre. Le Roi dit hier à M"® de Tallard que ce seroit elle qui conduiroit Madame sur la frontière. Il y a grande apparence que M. de Tallard ira aussi à ce voyage. Madame a montré plus d'affliction que de joie à cette nouvelle ; mais la douleur qu'elle a marquée n'est point une douleur d'enfance, mais de l'attachement qu'elle a pour tout ce qu'elle quittera et qu'elle doit aimer dans ce pays-ci. Pour M"^ Adélaïde , lorsque la Reine fut hier voir M"* Henriette et elle , M'"* Adélaïde s'avança vers elle , et lui dit : a Maman , je suis bien fâchée du mariage de ma sœur. »

M. de Maillebois a pris congé hier pour aller en Corse; il compte y être arrivé le 20 de mars au plus tard.

Dû jeudi 26, Versailles. — Lundi, hier et aujourd'hui, il y a eu chasse , et souper dans les cabinets ; c'est tou-

jours le même arrangement : sept hommes avec le Roi. S. M. a dit ce matin à M. le cardinal de Rohan que^ sMl n'étoit pàs revenu de la chasse , Ton commençât toujours le sermon. L'usage ordinaire est : lorsqu'il lâe trouve un jour que la Reine est seule au sermofa ^ que le prédicateur lui fasse un compliment; mais comme il y a toujours eu incertitude si le Roi viendrait^ il n'y a point eu de compliment. Métne > le fauteuil dii Roi â toujours resté à la droite de la Reine qui â^est mise dans le sien^ à Tordiilaire. M. le duc de Charost acoâtinué de se mettre derrière le Roi, à côté du capitaine des gardes , quand il n'y a personne; mais aujourd'hui, comme le Roi n'y étoit point , il a demeuré sur le banc derrière.

Il n'est pas encore décidé si ce isera M. de Tallard qui ira avec M** de Tallard conduire Madame sut* la frontière. M. le prince de Rohan ci déjà été en pareil cas; mais il y eut une difficulté sur les qualités. Comme il faut que l'acte de délivrance soit signé par un seigneur de France et par un grand d'Espagne, le grand d'Espaghe ne voulut point reconnaître les qualités que M. de Rohan avoit prises, et il fallut les supprimer.

Audience de la princesse de lichtenstein chez la Beine. — L'archevêque d'Embrun nommé cardinal ; le Roi lui donne ta calotte. — Régiments vacants et dorinés. — Départ du prince du mont Liban. — Confirmation de Mesdames.

— Nouvelles difticnltés sur l'afTaire dé l'tJniversitë; mot du RoS sur lé chancelier. — • Le Roi n'aime pas la chasse du vol. — Perte considérable de M. de Fulvy au biribi. — Mort de M me» de Dreux , de Bonnac et d'Hérouvillé. — Jugement et condamnation de M. de Coorbon. — Lé Roi ei le Dauphin reçoivent le collier de la Toison. — Le Roi va à la chaste dn Vol.

— Le Roi ne touclie pas les malades -, mauvaise humeur du grand prévot à ce sujet. — Nouveaux détails sur PafTaire de M. de Fulvy. — Construction de Saint-Sulpice et dépenses. — Mort de M. Brillbn, fctrré de Saiilt-Roch.

Du dimanche 1" mars, f'ersaiUèê. — M°"* la princesse de Lichtenstein a eu aujourd'hui son audience chez la

Reine; elle vint hier avec deux des carrosses de M. de Lichtènstein , qui sont le quatrième et le cinquième ; elle fut descendre à Thôtel de Villeroy, où elle a couché. M"* de Lu j hes, étant allée hier à Paris , fut rendre visite à M. et à M*"® de Lichtfetistein. Aujourd'hui M. de Sâinctot aété la prendre dans un carrosse de la Reine à deux chevaux; elle a monté dans ce carrosse , et à côté d'elle M. de Sainctot^ dont le carrosse marchoit immédiatement avant celui de la Reine. Les deux carrosses de M"* l'ambassadrice suivoient avec des gentilshommes dedans; elle est veiiue descendre à la salle des ambassadeurs ^ où elle a attendu assez longtemps ; pendant ce temps-là on a renvoyé les carrosses. La Reine étoit alors à la messe et lé Roi âii conseil. Après la messe , la Reine a entré dans son grand cabinet qui est avant sa chambre ; S. M. s'est mise dans son fauteuil. Le cercle étoit composé de douze dames assises, sans compter M"* de Luynes et M"*® de Mazarin qui étbient derrière la Reine ^ à ses deux côtés : M"* de Luynes, à la droite. M"* de Mazarin , à la gauche; je ne compte point non plus M**' deNangis, qui étoit assise sur un carreau à la gauche de M"* de Mazarin ; c'est le droit de la femme du chevalier d'honneur, et c'est la première fois que M"* de Nangis en avoit fait usage. Cela fait un effet assez singulier, d'autant plus que M""* de Nangiâ n'est pas grande. Derrière les dames assises, il y avoit quatorze ou quinze dames debout. Comme le Roi devoit dîner au grand couvert dans Tantichambre de la Reine , suivant l'usage, les paravents et les banquettes étoient mises, de sorte que le passage étoit assez étroit; mais on n'y a rien changé. Lorsque la Reine a été placée , M. de Sainctot est allé avertir M*"^ l'ambassadrice ; elle est arrivée accompagnée de M. de la Tournelle, sous^introducteur des ambassadeurs, et de M. de Sainctot. Lorsqu'elle a été dans la chambre, M. de Sainctot a fait signe à M""^ de Luynes, qui a aussitôt quitté sa place, passant au milieu du cercle, en faisant la ré-

vérence à la Reine et ensuite aux dames. M. de Nangis étoit seul démène le fauteuil de la Reine, tf^ de Luynes a avancé à la porte dont il n'y avoit qu'un battant d'ouvert; H"" Tambassadrice entroitdéjà^ de sorte que la salutation s'est faite dans la porte même. La dame d'hon* neur baise l'ambassadrice des deux c6tés. Comme M""' de Luynes n'étoit pas tout à fait sortie , elle n'a fait que se reculer^ et M"'*' l'ambassadrice est entrée marchant entre H*"" de Luynes et H. de Sainctot , mais à gauche de H*".! de Luynes. Elles ont fait ensemble les trois révérences ordinaires; à la troisième^ H"** l'ambassadrice s'est avancée jusqu'auprès de la Reine , a ôté son gant et s'est baissée pour prendre le bas de la robe. (En Angleterre, la Reine salue les ambassadrices ; je l'ai entendu dire au< jourd'bui à M. le maréchal de Broglie pendant Tau^ dience; on sait que ce n'est point ici l'usage.) La Reine étoit debout. M'"'' de Lichtenstein a fait un compliment à la Reine , qui a été fort court ; on a apporté deux pliants en face de la Reine. H*"® de Luynes^ pendant le compliment , avoit passé à la gauche de M"® de Lichtenstein , et s'est assise à côté d'elle^ lui donnant la droite. Il y a eu un moment de conversation pendant lequel M. deGesvres, qui étoit à l'audience^ est allé avec M. de Sainctot avertir le Roi. Le Roi a quitté le conseil et est venu par la galerie avec M. le Cardinal. Tout le monde s'est levé; on a rangé les deux pliants; le Roi s'est avancé à M""* de Lichtenstein y l'a saluée et baisée^ lui a demandé des nouvelles de sa santé et a resté encore quelques momeats. On a parlé d'un bouquet de diamants que M"® de Lichtenstein avoit devant elle , qui est fort beau et parfaitement bien monté. M. le Cardinal s'est approché aussi; mais la conversation n'a pas été longue. Le Roi est retourné au conseil. M™*^ de Luynes a fait quelques pas pour le suivre, mais le Roi ne s'en étant pas aperçu dans le premier moment, ne s'est pas retourné, et M"' de Luynes n'a pu suivre S. M. bien loin pour ne pas quitter

M*""^ rambassadrice. Aussitôt que le Roi a été parti , la Reine et toutes les dames se sont rassises comme auparavant. Pendant ce temps-là^ M. de Sainctot a été avertir M. le Dauphin^ qui est entré par la salle des gardes. Tout le monde s'est levé; on a 6té les pliants^ comme on avoit fait pour le Roi; la Reine même s'est levée. M. le Dauphin , en entrant y a été d'abord à M"""" TambassadricOy qu'il a saluée et baisée y et ensuite il a été baiser la main de la Reine ^ comme à l'ordinaire . J'étois présent à cette cérémonie. Fort peu de temps après l'arrivée de M, le Dauphin^ M""* Tambassadrice , toujours accompagnée de M""*^ de Luynes et à sa droite ^ et avant que H. le Dauphin fût sorti, s'est retirée en faisant les trois mêmes révérences et marchant toujours à reculons , suivant l'usage ; pour ne pas tourner le dos à la Reine. VP^ de Luynes l'a accompagnée jusqu'à la porte en dehors y où elle l'a baisée des deux côtés et est aussitôt rentrée chez la Reine. M"''' de Lichtenstein a été ensuite chez Mesdames avec M"""* la princesse de Rohan y qui est sa nièce à la mode de Rretagne par M. de Lichtenstein y lequel est fils d'une sœur de feue M"*** de Dangeau , laquelle est grand-mère de M"''' de Rohan. U n'est point question d'honneur des armes pour une ambassadrice. M'"^ de Lichtenstein a descendu par l'escalier de marbre , est montée dans la chaise de M""^ de Rohan y qui Tavoit déjà apportée de la salle des ambassadeurs à ce même escalier ; elle a remonté l'escalier de pierre vis-à-vis chez H'"*' de Luynes (1). Dans ce moment y elle rentroit de chez la Reine ; elles se sont rencontrées toutes deux à la porte de l'appartement , et ip^ de Lichtenstein y est entrée

(1) L'appartement de la duchesse de Luynes se trouvait au premier étage et donnait sur Tescalieret la cour des princes. Voir VArchitectureJrançoiseôe Blondel, tome IV, livre VII, n^ 1, planche 7. Cet appartement occupé sous Louis XVI par Louis- Philippe- Joseph, duc d'Orléans, a été conservé lors des travaux ordonnés par le roi Louis-Philippe pour convertir en galeries historiques les appartements du château de Versailles.

MAES i73d. 379

rassise et s'est retirée eu faisant les trois mêmes révérences sans se retourner. M™* de ïallard Ta reconduite jusqu'à la porte en dehors > au même endroit où elle avoit été la i'ecevoir. M""® de Lichtenstein revint ensuite chez M"*** de Luynes avant que d'aller chez M"'' de Yen* tadour et chez M"*^ de Tallard ^ petrce qu'on lui dit que H. le Cardinal vouloit lui venir rendre visrite. Elle avoit déjà passé chez lui ^ je tie sais plus dans quel moment. Effectivement, quand je rentrai ici, j'y trouvai M. le Cardinal, dont la visite ne fut pas Ibn^ué et sdni d'asseoir. Il demanda ' à M"*^ l'ambassadrice si elle h'alloit pas se déshabiller. Effectivement la Reine lui avoit permis d'aller manger à sa table , déshabillée j ce qui est contre la règle ordinaire^ T ambassadrice devant aller dans le carrosse de la Reine pour le dîner , mais en grand habit. La dame d'honneur doit être aussi en grand habit, ainsi que toutes les dames qui sont de ce dîner; et après le dîner, le carrosse de la Reine vient reprendre l'ambassadrice pour la remener dans la maison où elle se déshabille. C'est la dame d'honneur, comme je l'ai déjà marqué àl'oôcasion de M^^'Zéno (en 1739) , qui fait les honneurs de ce dîner. C'est elle qui prie , et le premier maître d'hôtel ne se môle d'autre chose que d'ordonner le dîner, et ^ étant à table, d'en faire leÉ honiieurs conjointement avec la dame d'honneur. Ici tout s'est passé avec la plus grande intelligence et le [^lus grand concert entre M"^ de Luynes et M. de Chalmazel ; ils arrangèrent ensemble le nombre de personnes que la salle pouvoit tenir; M'"*' de Luynes fit la liste, l'envoya à M. dé Chai* mazel, et il n'y eut pad le moindre sujet de difficulté. Celas'étoit passé de même àM'"''Zéno. M'"*' de Lichtenstein n'auroit pu aller au dîner dans le carrosse de la Reine, ni être remenée après le dihet chez elle par de même carrosse, si elle avoit été déshabillée ; mais M"' de Luynes et les autres dapies auroient aussi été déshabil. lées. M'"*' l'ambassadrice trouva plus commode de ne

378 Mi;-MOIHi.S

UD momcnf. Ik' là , ui M"" de Itoliaii, H't h l princes jusque clu'Z M, ■ larèg-le, [tersuiiiii.> n > gOQVernante, cuimr- „ être toléré qu"à <■:;.

IJcbtenslein , qui :

d'aller si loi» ù y'.^ ' dames, et j'y r:dans la clian)!>i.

troisfiiuteuils : ^' sa droite, M""' A ' à la droile di; }■ arrière; M""' rie i Tailard, mais ci -i arrivée, M. d<- > qill est sortie an - ■ ■ et baisé M""^ l'ai.i'.

aussitôt, suivie iti-

renceSjCoiiiKif i ,,■,-, ■ tein s'est ji]>pi'nr,.. , .

le bas de lu imIh- ..,.

pas la l)iiist:r ; ; f\,< des deux cùlés, o).

laide. Madiuiiu cl ... petitcoui|)liiiu>i)l: ii • rien dit. M"" di- i.ù:

face de Mesdanii.'^ : ■ droite de M'"" <\v. "]'■'■ fortcourtsde cuiiv^ ■ parce que McmIi:" le bouquet de i' riosité; M""= i' préstinlé >■)],

• Uts gentilshommes dedans ; elle Il retourna à Paris.

• iiilles. — Avant-hier, M. rarcbevë- .il courrier de Rome, du roi d'Angle.

toit la nouvelle de sa nomination au .' est malade et a tenu consistoire dans urrier dé Rome arriva avec la calotte ^ nprès midi. Une heure après H. le cardi- [ ainsi qu'il s'appelle) partit pour venir ici. \ii, M. le Cardinal étoit au travail chez le ilinal Tencin attendit que H. de Maurepas . : dire à M. le cardinal de Fleury qu'il étoit là. .lal en rendit compte au Roi et lui demanda Init pas remettre à ce matin la cérémonie de I lalotte ; mais le Roi aima mieux faire entrer uu}) M. de Tencin. Gomme M. le cardinal de va plus les matins chez le Roi et qu'il n'y va •.* du travail, il lui étoit plus commode que cette se fit dès hier au soir. M. le cardinal Tencin U' cabinet; il n'y avoit que M. le cardinal de 'Wi Maurepas et Bontemps. H. le cardinal Ten- > la calotte au roi^ et se mita genoux (on dit ■ s nécessaire de se mettre à genoux mais seulelaisser). Le Roi prit la calotte et la mit sur h' cardinal Tencin. Ce fut alors que le noudit au Roi : « Sire, la nouvelle dignité \ vin me flatte d'autant plus que je la tiens I tout perdu pour la religion, et que je la >ii maître qui a tout fait pour elle. » C'est ' Tencin même que je tiens tout ce détail. il;, le Roi passa chez la Reine; M'^*de < t M""* de Luynes. M. le Cardinal y vint • linal Tencin; il le présenta à la Reine, présence du Roi, et sans en rien dire à

cardinal Tencin a été à la messe du

Rgi dans la tribune de 8. M. M. le eardinal de Rohaii a demandé au Roi sMl ne vouloit pas bien donner le carreau au nouveau cardinal^ et le Roi ayant répondu que cela étoit sans diffîeulté^ 11. le cardinal Tencin a eu un carreau.

Hier, il y eut gtand eouvert et senqen. Lb Roi pareil avoir pris Tarrangement de dîner au grand couvert^ les dimanches^ mardis et jeudis, qui sont les jouos de sermon. Les autres jours^ S. M. va à la ch^sse^ et soupe dans ses cabinets avec .sept ou huit hommes seulement.

Hier> M"**" de Beuvron vint à la toilette de la Reine } elle dit à M""' de Mazarin qu'elle comptoit aller au sermon ^ mais qu'elle craignoit de n'y avoir point de place. H*"^ de Mazarin lui dit qu'elle feroit bien de venir à trois heures trois quarts pouv suivre la Reine au sermon. M"'' de Glermont y vint à peu près à la même heure y et M"**' de Beifvron la suivit. Comme M"" de (Clermont craignoit qpe la Reine ne Mt déjà passée , elle entra par 1^ cabinet du bout de la galerie^ et H^' de Beuvron entra aussi à sa suite ; eela fut désapprouvé et fit un petit sujet de contestation , sur le prétexte qu'à cette heure il n'y a que les entrées qui peuvent être chez la Reine. Cependant la Reine n'a point désapprouvé ce qu'a fait M"^'' de Beuvron , d'autant plus qu^ tous ceu:^ et celles qui ont l'honneur fie la suivre au sermon entrent ches elle lorsqu'elle part pour y aller^ et que, de tous les temps , toutes les dames de la cour, en grand habit , ont eu droit de suivre la Reine au sermon . Cela se pratiquoit ainsi du temps de H^^ la Dauphine et ne peut faire difficulté . Il y auroit inconvénient qu'il s'en présentât un gi'and nombre pour suivre la Reine, parce que ce seroit un embarras et un temps trop long pour se placer dans le moment que la Reine arrive. Tout ce qu'on auroit pu dire sur M*"^ de BeuvpQn^ c'est qu'elle auBoit mieux fait de tue point entrer par le cabinet et de faire le tour; mais étant à la suite de M)''' de dermont , elle étoit dans la règle.

Du sçtmedi 7, YersaiUes. — Il n'y eut poiat de grand couvert jeudi dernier; le Roi fut à la chasse. La Reine fut sçixxle av^ sermon. Le fauteuil du Rpi mèipe q'y étoit pas ; cependant les deu:^ carreaux restèrent 3ur le prie-Diieu.

M. le phey^lier de Qelle-Isle est ici; il doit prêter serment de][Q£^in ei^tre les mains dp Hoi pour la charge de lieutenant général du p^ys Messiq^ quHl vient d'acheter 40^000 livres ; elle vaut 1^800 livres de rente, mais il en reste peu de phose à toucher par les drpits de dixième , capitation y etc.

Il y a actueUeipent quatre régipients à donner et une inspection 9 celle-pi p^r la mort de H. de Boissieux, que ys^i marquée ci-dessus. Les régiments sont : celui de Mé* doc^ p^r la dém)$sion de M. le dup de Crussol; celui de Flandre^ par 1^ démiasion de H. de Coningham; celui de Senneterre, parla démission du fils de notre ambassadeur à Turin; et un de cavalerie, qui est celui de Peyre, par la mort de M. de Peyre, geindre de M. de Gasçion . Il y a un prodigieux nombre de jeunes gens qui demandent ces régiments. On ne doute point que M. de Yintimille n'en obtienne un. Il est petit-neveu de M. rarcbeyéque de Paris (1) qui sollicite fortement ppiir avoir UW da ce^ ré- • giments pour lui. H y a quelque temps que M. l'acchevéque, parlant à M. le Cardinal de cette grâce, lui représenta qu'il étoit important pour sqn pptit-neveu de Tobteniiî promptemeut, d'autant plus que Iqrsqu'il manqueroit à son neveu, ce qui naturellement dQvqit arriver bientôt, il perdroit en lui ^i^ protecteur qui lui étoit bien nécessaire. H. le C^rdjqal lui répondit qu'il ne devoit point avoir cette inquiétude, qu|3 lui-même s'engageoit à servir de père et de protecteur à M. de Vintimill^, et qu'il le rer gardoit comme ^op ^Is. A ce discours, M. l'ardievêque lui répondit : « Pour moi, Monseigneur, je sens bien que

(1) Charles-Gaspar-Giiillaume de Vintimi|Ie.

je suis mortel^ mais je me recommande à votre immortalité. »

Du mercredi 11, Yersailles. — On sut hier que Finspection (1) avoit été donnée à M. de Gontades. Il est colonel d'infanterie et fils de feu M. de Gontades y major des gardes françoises qui étoit en Italie avec H. le maréchal de Villars. Le régiment de Médoc a été donné à M. de I^nnion. On prétend qu'il y a un arrangement entre lui et H. le duc de Grussol, et qu^ilen coûte à M. de Lannion 60 ou 70,000 livres; mais ce n'est qu'un bruit. Le régiment de Senneterre a été donné à H. de Villedomain , frère de M. Amelot ; il étoit capitaine de dragons depuis les dernières campagnes. Le régiment de Flandre n'est point encore donné. M. de Goningham ne veut point donner sa démission pure et simple ; il voudroit faire un accommodement, et c'est , je crois , ce qu'il aura peine à obtenir. Le régiment de Peyre a été donné à H. de Vintimille.

M™* la princesse de Lichtenstein est ici d'avant-hier; elle fut hier au diner du Roi, assise suivant l'usage; le Roi lui parla plusieurs fois. Il paroit que S. M. continue à traiter fort bien M. de Lichtenstein.

On m'a dit aujourd'hui qu'au mariage de Madame , on ne doutoit point que les ducs n'eussent des carreaux. L'usage d'en avoir derrière le Roi n'a point été interrompu. Il y a quelques jours que M. le maréchal de Noailles étant derrière le fauteuil du Roi, suivant la règle , à la chapelle, et M. le duc d'Ayen ayant aussi suivi S. M., M. le duc de Gesvres, qui étoit à côté de M. de Noailles, donna à M. d'Ayen la moitié de son carreau. Unautrejour, M.d'Ayen, étant derrière le Roi, donna aussi la moitié de son carreau à M. le duc d'An ville.

Il y a déjà plusieurs, jours que les deux étrangers dont on aparlé ci-dessus sont partis. G'est celui qui se faisoitappeler le prince du mont Liban et qui avoit son fils avec

(I) Celte nouvelle est fausse. Voyez au 16 avril. (Ao/c du dac de Lngnes,)

lui. Ils sont ailés, à ce que Ton m'a dit , s'embarquera Rouen, parce quMIs n'auroient pas eu assez d'argent pour aller jusqu'à Marseille. J'ai demandé aujourd'hui à M. le prince de Licbtenstein, qui a vu ces mêmes étrangers à Vienne, ce qu'il en savoit. Il m'a dit qu'ils avoient été bien reçus à la cour de l'Empereur; non pas qu'on leur eût fait des honneurs, mais qu'ils avoient eii de grands se- ^ cours d'argent ; qu'il ne savoit pas précisément à quoi cela s'étoit monté. Je lui ai dit que j'avois entendu parler de 1 ,000 ducats ; il ma paru qu'ilcroyoit que cela pouvoit bien aller à cette somme. Le ducat, à Vienne, vaut précisément 10 livres. Il est certain qu'il y a plusieurs de ces étrangers qui prennent le titre de Prince du mont Liban. Ce sont de petits souverains, ou plutôtseigneurs tributaires, dont les familles sont des restes desanciens croisés établis en Orient. Ceux-ci ont été deux ou trois fois au diner du Roi ; du reste ils n*ont pas été bien traités; H. le Cardiiial même leur parla assez durement. Us ont dit qu'on leur avoit offert 100 francs ou tout au plus 50 écus, et qu'ils avoient remercié d'une gratification qu'ils n'avoient pas cru convenable de recevoir du Roi.

Du samedi 14-, Versailles. — M. le cardinal Tencin a pris aujourd'hui son tabouret chez la Reine ; il a payé 1,540 livres. Sur cette somme le porte-carreau a 140 livres, et le surplus se partage entre les valets de chambre et les huissiers de la Reine.

Du lundi 16, Versailles. — Il y eut hier sermon , après lequel Mesdames (1) furent confirmées par M. le cardinal de Rohan, à la chapelle. Elles étoient toutes deux en grand habit ; c'est le premier jour qu'elles ont quitté les manches pendantes. Elles ne vinrent point au sermon. Samedi, M. le cardinal de Fleury étant allé rendre visite à M. le cardinal de Rohan, M"* de Tallard, qui s'y trouva, demanda à M. le cardinal de Fleury si Mesdames iroient

(1) C'est Madame et M'nc Henriette. ( JS*o(€ du duc de Lwjms. ) T. n. 25

au sermon. M. le cardinal de Fleury dit qu'il étoit ioutUe de le3 y mener, qu^il y auroit dqs princei^seg. M.le Pauphin arriva à la chapelle ea même temps que Mesdames. Le Roi et la Reine étoient auprès du prie-DieU| mais debout^ On avoit porté des carreaux pou^ Mesdames i et comme on les avoit mis sm^ le drap de pied, fort près du carreau ^ de la Reine , la Reine, en arrivant dans la chapelle pour le sermon, fit ôter ces carreaux. M. le Dauphin ni Mes-dames ne se mirent point à genoux en entrant. J'en deman* dai la raison à M. de Chàtillon, qui me dit que c'étoit parce que le Roi et la Reine étoient debout. J'aurois cru que cela n'auroit pas empêché H. le Dauphin et Mesdames de se mettre à genoux ; mais apparemment qu'on ne le jugea pas à propos. Un moment après qu'elles furent arrivées. Madame, qui s*étoit mise à droite du côté du Roi , et M*"' Henriette, à gauche du côté de la Reine, aux deux côtés du drap de pied , s'étant avancées chacune de leur côté, firent la révérence à l'autel et au Roi et allèrent à la marche du chœur, sur laquelle il y avoit deux carreaux. H. le cardinal de Rohan officioitpontifioalement, suivant l'usage. La cérémonie fut fort courte, n'y ayant point eu d'exhortation. Mesdames revinrent à leurs places, et ne suivirent point la Reine en sortant de la chapelle, La Reine étoit suivie par M"® de Luynes et M""' de Mazarin , et ensuite par M"* de Clermont (1).

Les princes qui étoient venus avec le Roi au sermon et qui assistèrent à la cérémonie étoient : M. le d|ic d'Orléans, M. le duc de Chartres, M. le comte de Clermont, M, le prince deDombes et % le cQoated'Eu.

Nous vîmes ici hier un jeune homme avec un habit uniforme absolument pareil à celui des officierp des gardes françoises. C'est M. de Biache, fils de M. de Terranova, qui est officier des gardes wallones, dont l'uniforme

(1) M. le Dauphin marcha immédiatement devant le Roi. (Noté du duc de Luynes. )

c^t le ifaéim qae celui des gardes françoises. Il a aussi un petit ruban rouge, à peu près comme celui de Sainte Louis ; je crois que q'est Tordre de Calatrava.

Du mardi (7« Vfr$ailhB*'-^ Tai appris aujourd'hui que la révocation de Fappel de TUoiversité n'étoit pas encore finie ; il est question préalablement de choiair un recteur. Il faut pour cela un arrêt du conseil. M. le chancelier avoit proposé que Ton nommât des commissaires; ils ont été nommés et ont trouvé plusieurs difficultés. M. le Qiardinal de Fleury disoit, il y a trois jours^ chas H. le cardinal de Bohan, qu'ayant rendu compte aii Roi de ces 4îffîcultép^ 3' M. avoit elle-même dicté Varrét. Cet ar^êt futoomn^uniqué hier à H. le chancelier/ qui trouva qu'il y avoit encore quelque changement à y faire^ quoi<que cependant on put absolument le laisser subsister tel qu'il ^t. Hier matin , le Roi , après son lever , demanda ^ M. de Maurepas si l'arrêt étoit signé. M. de Haurepas lui répondit que non , mais qu'il alloit l'être incessam* ment; que M. le chancelier (1) trouvoit qu'il y avoit quelque changement à y faire j mais peu important. « YoUà comme est M. le chancelier^ répondit le Roi^ il veut toujours y mettre du sien, »

M. le Cardinal alla hier à Issy, d'où il ne doit revenir que samedi procb$ûn. Tous les ministres sont partis et il n'y a point eu d'ambassadeurs aujourd'hui mardi.

On parle de deu# mariages, l'un de M. de Brévaly second fils dç U. le maréchal de Montmorency, avec M"*" Couvet^ très-riche héritière. Le second, de M- le prince de Croy avec M^^^ de la Motte, fille de M. le comte delà Motte, grand d'Espagne. On dit même qu'il est question d'obtenir un brevet de duc pour M. le prince de Croy; car les gran^ desses, quoiqu'elles passent aux filles, ne se cèdent point. Comme les fils de grands d'Espagne ont le même rang

(1) DaguessMiu.

que leur père^ la cour d'Espagne fait moins de difficulté dans des cas où elle veut bien donner des marques de bontés de créer une nouvelle grandesse qui n'est que viagère. C'est ainsi qu'elle en a usé pour H. le marquis de Villars^ devenu duc depuis la mort du maréchal son père^ et pour M. le comte de Tessé, premier écuyer de la Reine.

L'équipage du vol s'est déjà présenté detbt ou trois fois suivant Tusage et la règle; mais le Roi^ qui n'aime point cette chasse^ l'a toujours remis jusqu'à présent. C'est M. des Marests qui est grand fauconnier et qui a sous ses ordres les capitaines des différents vols. Le vol du cabinet, qui est indépendant de la fauconnerie^ commandé par M. Forgety vole toujours cependant avec la fauconnerie lorsqu'elle est assemblée^ et H. Forget présente au Roi les pieds et les tètes des animaux que son équipage prend, quoique en présence du grand fauconnier. Il y a outre cela le capitaine des levrettes, qui est M. de Yasisan, qui marche avec la fauconnerie.

On a parlé beaucoup ici d'une perte considérable que l'on disoit avoir été faite par M. de Fulvy (1) au biribi. Le désir que l'on a de faire tort, s'il étoit possible / à M. le contrôleur généralfait que, ne pouvant trouver à redire à sa conduite personnelle^ on a cherché à critiquer celle de M. et M"' de Fulvy. Pour elle, on n'a pas parlé de perte; mais depuis longtemps on trouvoit à redire à la quantité de pierreries^ à la magnificence de ses habits et à son gros jeu. A l'égard de M. de Fulvy, on a dit qu'il avoit perdu dans une séance 20,000 louis, dont il y en avoit eu 100,000 écus de payés dès le lendemain ; que c'étoit contre un des banquiers de M. Houel (a) , lequel

(1) Orry de Fulvy, frère du contrôleur général , était intendant des finance» et directeur des finances. Voy. sur cette affaire » Barbier, t. III, p. Iâ9, et d*Argcnson, t. II, p. 79.

(2) Officier aux gardes qui a fait sa fortune au jeu ( Barbier. )

en a, à ce que Ton dit, plusieurs non- seulement à Paris mais même dans les provinces. Qn ajoutoit des circons^ tances: que H. de Fulvy, piqué du biribi, avoit demandé à jouer au pharaon et à mettre i ^000 louis sur une carte ; que le banquier avoit envoyé demander permission à M Houel ; on ajoutoit encore d'autres sujets de critique : une maison de campagne, un prétendu équipage de chasse, des soupers recherchés, H. de Fulvy a nié tous ces faits, et comme on parloit toujours de plus en plus , il a demandé à parler à M. le Cardinal, et lui a confirmé que rien n^étoitplus faux que toutes ces accusations; qu'il est vrai qu'ayant joué depuis plusieurs années, il pouvoit avoir perdu kO ou 50,000 écus; qu'il devoit encore 4>0,000 écus et qu'il comptoit les payer en quatre ou cinq ans ; et que H. le contrôleur général ( à qui il n'avoit pas cru devoir dire chaque année des pertes qui n'étoient pas fort considérables ) étoit dans la plus grande colère contre lui. M. le Cardinal est entré dans toutes les raisons de M. de Fulvy et dans tous les arrangements de retranchement dans sa maison, pour parvenir plus promptement au payement de ses dettes. Et effectivement, H. le contrôleur général, dès qu'il eut entendu parler de ces différentes pertes» alla sur-le-champ en parler à M. le Cardinal, et demanda qu'on ne fit aucune grâce à son frère. Il fit plus ; il manda à M"'' de Fulvy, qui est à Paris, de ne point revenir jusqu'à nouvel ordre. Il fit dire tout haut à M. de Fulvy qu'il ne yint point travailler avec lui, et parla de lui sans aucun ménagement. Cetto. conduite fit croire que M. de Fulvy étoit perdu ; cependant elle étoit trop sage pour n'avoir pas un meilleur succès. Il n'y a eu aucun changement que quelques retranchements, comme je l'ai dit, dans la maison de M. et de M"*® de Fulvy. On a vérifié la fausseté de presque tous ces différents sujets d'accusation, et toutes choses sont demeurées daps le même état.

Il y aura sermon demain mercredi de la Passion ; il

n'y aura que celui-là dans la semaine ; le prédicateur ayant demandé un jour de repos.

Du dimanche 22^ Parié. -« Il y a déjà cinq ou six jours que H'"'' de Dreux mourut iei d'un cancer ; elle étôit depuis enTiron un an entre les mains du médecin suisse ou des urineSy qui ne lui avoit jamais promis de la guérir^ mais qui avoit soulagé ses douleurs. Elle étôit fille de M. Chamillart, mariée avant la faveur de ce miilistre. H. de Dreux est grand maître des cérémonies.

M"" de Bonnao mourut il y a trois où quatre jours ; elle étoitfiUedeH.lemaréchalde Biron. f&i mis ci-dessus la mort de son mari.

U y a quelques jours aussi que mourut M*"* d'Hérouville, sœur d'un vieux M. le comte de Béthune.

Hier, fut jugée en dernier ressort l'affaire de M. de Gourbon , qui est toujours à Turin ; il fut condamné à avoir la tête tranchée. La gouvernante de M"* de Moras n'a été considérée que comme femme de chambre, et par cette raison n'a été condamnée qu'à la fleur de lis et au bannissement. Le curé et son père ont aussi été condamnés au bannissement. La cdtiturière qui recevoit les lettres de M. de Goul*bon a été pleinement justifiée, et illulaété adjugé desdommages et intérêts. Malgréla peine de mort contre M. de Gourbon^ ce jugement est regaràé comme favorable aUx accusés.

Mardi 17 de ce mois^le Roi soupa dans ses cabinets et fut après souper jouer àcavagnole chez Mademoiselle, qui 41'avoit point été à Versailles de tout le carême et y étoit revenue depuis deux ou trois jotirs. Il n'y avoitde dames que M"* de Mailly , qui y jouoit aussi, M"* la maréchaled'Esti'ées et madame d'Auxy^ qui ne jouèrent point. C'est la première fois que le Roi soit sorti après souper depuis le commencement du carême.

Le mercredi 18, je suis venu ici m'établir pour quelque temps pour attendre l'accouchement de ma bellefille; maisj'ai prié quelqu'un de fort iU^Mit^ qui demeure

baaSMfeM

MARS i72f». 391

toujours à Versailles, de me mander certains détails ^ue je ne pourrois savoir d'ici. Voici ce que Ton me matidé :

Le Roi ne sortit point mercredi après souper. Lev jeudi 19^ S. M. fût encore icbez Mademoiselle, et continue d'aller tous les jôuré cheàJ la Rttiie, dân^ la journée seulement. Voici lé bulletin qu'on m'a envoyé ; il est du 21 mars.

H. le Cardinal est revenu ce matin, avec tous les ministres^ et est allé à onze heures et demie attendre chez le Roi mm retour de la messe. M. de la Mina y est venu un moment après aveè les deux oolliers de Tordre de la Toison del^tinésau Roi et kW le Dauphin, qui s'est trouvé aussi dans le cabinet du conseil. D^abord que le Roi y fut arrivé et que M. le Cardinal lui eutparlé un moment , M. de la Mina lui présenta sou collier dan^ son étui^ que le Roi fit prendre à M. de la Rochefoucauld^ qui le remit tout de suite aux officiers de la garde-robe. M. de la Mina lui a ensuite remis la petite Toison^ que le Roi a donnée à M. de la Rochefoucauld qui Ta mise tout de suite au col de S. M. M. Tambassadeur a fait un assez long compliment au Roi, en espagnol ; il a remis ensuite le collier à W^ le Dauphin , qu'oïl a fait prendre à M. Binet, et le Roi a pris des mains de ce pHnce la petite Toison que Tambassadeur lui a voit aussi remise et lui a ensuite passée au col lui-même. 11 n'y a pas eu plus de cérémonie. On a fait passer tout le monde^ et les gens du Roi sont entrés et ont demandé jour potir les remontrances^ où je crois qu'il est question de Farrôt du conseil sur l'affaire de l'Université.

Du mardi ^k. Parié. — Le Roi fut Vendredi dernier à la ehasse du vol. 8. M« fût dans ttne calèche neuve avec M^ le duc [d'Âyên ^et M. le Premder; c'étoit le Roi qui menoîtr^ '

Dimaiiche^ le Roi dit à M. le grand prévôt qu'il ne toueh^oit pmnt les malades , ces fètes^ suivant l'usage, et qu'il ne fit point avertir. Voilà oe qu'on m'avoit dit

302 MÉMOlRfcS DU DUC DE LUYJSES.

d'abord; et j'ai su depuis que ce fut le jeudi de la Passioa que M. le grand prévôt prit Tordre du Roi. H. le Car^ dinal étoit à Issy^ d'où il ne retourna & Versailles que le samedi^ comme je Tai marquée Ce même samedi^ S. Ém. étant allée chez le Roi pour le travail^ trouva dans Tantî* chambre à œil de bœuf^ ou dans la chambre môme du Roi^ le grand prévôt; il lui demanda (point à Toreille) s'il avoit pris l'ordre du Roi pour faire avertir les malades; M, le grand prévôt, qui est assez dans l'habitude de parler d^une voix haute, lui répondit qu^assurément il avoit pris l'ordre du Roi^ mais que le Roi lui avoit ré^ pondu un non fort sec, et que c'étoit une chose bien triste et bien f&cheuse (i). Après cette complainte un peu trop éclatante^ M. le Cardinal prit M. le grand prévôt en par* ticulier^ dans une fenêtre^ et eut quelque moment de conversation avec lui.

On m'a ajouté qu'avant-hier, qui étoit le mercredi saint Je P. de Linières avoit été assez longtemps chez M. le Cardinal et en étoit sorti ayant, à ce que Ton prétend^ le visage rouge et échauffé.

On parle présentement beaucoup à Versailles sur M. le contrôleur général. Le retranchement de la maison de M- et de M"*^ de Fulvy, le parti qu'elle a pris de ne point jouer^ ont donné occasion de croire que la perte prodi* gieuse dont on a parlé étoit vraie. On avoit ajouté tant de circonstances en répandant ce bruits qu'on ne pouvoit presque croire qu'il n'eût quelque fondement. On disoit que M. de Fulvy avoit commencé par perdre considéra* blement au biribi^ qu'il avoit demandé à jouer au pha* raon^ où il avoit perdu encore davantage , enfin qu'il avoit proposé de mettre 100 louis sur une carte ; que le banquier ayant demandé permission de sortir un moment, comme pour un besoin, avoit écrit un mot à M. Houel, qu'il lui avoit envoyé en diligence, qu'il lui

I* ■ I « .. » ■ . I y ■ > I ■ ■ M I i p ■ 1 11)11» > H t I I > ■ Il t I w^f^XM*

(I ) Voy. les réflexions de Barbier sur celle affaire, t. IK, p. 167.

MAaS 17^a. 893

avoit marqué à quoi en étoit la perte actuelle, sans nommer personne, mais en désignant M. de Fulvy, et demandant quelle éto'it la volonté de M . Houel, et que M. Houel avoit répondu sur-le-champ : a Tenez tout si Ton n'aug^ mente point, et si Ton augmente quittez sur-lechamp. » Que sur cela, iOO louis à 100 louis, M. de Fulvy avoit perdu jusqu'à 20,000 louis (1), qu'il avoit demandé h mettre 1,000 louis sur une carte, que le banquier les avoit tenus , mais qu'ayant fait semblant de s'endormir, ayant les ce^rtes à la main, il en avoit laissé tomber quelqu'iiines , et comme c'est la règle en pareil cas que le banquier paye tout ce qui est sur les cartes, qu'il n'avoit fait nulle difficulté de diminuer les 1,000 louis, mais qu'il avoit quitté sur-le-champ comme n'étant pas en état de jouer. On prétend que la plupart des banques de biribi et de pharaon sont à H, Houel, ou qu'au moins il y est fort intéressé. On nomme même ici le banquier C'est un nom, à ce qu'il me semble, à peu près comme Halozan. On dit que lorsqu'il écrivit le petit billet à M. Houel, M. de Fulvy étoit engagé de 32,000 louis ; que la réponse de M. Houel fut que si l'on n'augmentoit point, on pouvoit laisser racquitter jusqu'à 16 ou 17,000 louis, mais de quitter sur-le-champ si l'on augmentoit ; que M. de Fulvy mit effectivement 1,000 louis sur une carte et la gagna ; qu'il en fit la paix, et que ce fut alors que le banquier fit semblant de se trouver mal, ce qui réduisit la perte à 20,000 louis. On dit présentement à Versailles que cette aventure fait un grand tort à M. le contrôleur général, qui auroit dû, à ce qu'on prétend, samfier entièrement son frère en cette occasion pour le bien de l'un et de l'autre. On prétend même que eela peut aller jusqu'à un changement, et l'on nomme ici quatre personnes dans lesquelles on croit que seroit choisi son successeur : M. Amelot, M. d'Argenson, H. Tru-

(1) 480,000 livres.

894 MÉMOIRES DU DUC DE LUYiNES.

daine ou M. Turgot* Celui-ci a un gfand crédit dans Paris ; ily est extrêmement considéré. Mardi ou mercredi matin ^ on disoitdans la ville de Versailles que M. d'Argensod étoit contrôleur général.

H. le lettré de SainlnSulpice (1) me disoit hier que son église avoit été commencée il y a entii^oil quatre-vingts ans ; an ne fit alors que le chœur. Des procAs et deâ dit*ficultés survenue(â arrêtèrent la suite de ce bâtiment. En 1719^ au mois de novembre, M< le duc d^Orléans posa la première pierre du b&timent nouveau, qui futoomtdencé avec 100 écus que Ton avoit promis à M< le curé. Actuellement ce bâtiment nouveau a coûté 5,MO»000 tivrcs, dont il n^est rien dù^ et il y a encore cinq cente ouvriers qui y travaillent.

Du jeudi 26, Paris. -^ Lundi dernier S3 de ce mois, la Reine fit ses pAques comme â Tordinèire. Il n^y avoit de princesse que M"*" de Glermont ; aussi n'y eut^l qu^elle qui tint la nappe de communion, et un prêtre de Tautre b6té. Cependant M"*" de Maaarin y étmtet plusieurs autres dames titrées. C'est un usage uouvead que lèl^ prinoesscÉ» ont introduit pour tâcher de détruire Tanoîen droit des duci^, de tous les temps ^ lesquels avoient l'hoiineur de tenir la nappe de communion au Roi, et leurs femmes â la Reine ; hou point â titre de charge^ mais d'ancienneté de duché; de sorte que la dame d'honneur, se trouvant femme d'un duc moins ancien, ne doit point téniï la nappe de préférence â une plus ancienne qu'elle) et quoiqu'il y eût un prince et une princesto, un duc et une duchesse tenoient l'autre bout de k nappe^

Le dimanche des Rameatix , le Roi et la Heine eotendirentla messe en bai^, suivant TnÉage; Il n'y avoif point de princesses à la suite de la Reine^ et M"** de Mawin y étoit. Lorsqu'il y a des princesses dans les jotws de grtaide solennité, comme celtti-lâ, o'eèt A la plus ancienne que

(1) Languet de G«rgy'.

le clerc de chapelle vient remettre l'offrande pour la présenter à la Reine. On demanda donc au Roi à qui il falloit remettre l'offrande, et S. M. dit qu'il falloit que ce fût à M«" de Maaarin (M"* de Luynes étoit à Paris ) .

Ha belle-fille accoucha, le lundi 23, d'une fille, qui fut baptisée , le jour même & Saint-Sulpice, tenue par ir^'d^Egmont et moi, et nommée Charlotte-Henriette. La Reine avoit para douter qu'il fût d'usage qu*elle envoyât un page aux accoochements; cependant S. M< fit cet honneur-là hier à M"* de Chevreuse (St envoya un page savoir de ses nouvelles. J*ai déjà rliarqué ci-dessus que la Reine autrefois faisoitThonneur aux dames titrées de les aller voir en couches , lorsqu'elles accouchoietlt dans le lieu où étoit la cour. C'est un fait que je sais par tradition, par feue M"^ de Chevreusei ma grand-^mère. J'en ai parlé ci-devant encore dans un plus grand détail.

Du vendredi 27, Paris. — Il ne s'est rien passé de remarquable jeudi â la cèûe du Roi et de la Reine. A celle de la Reine , c'étoît le tiiênié prédicateur dé Tannée passée. Mesdames y étoient toutes trois portant des plats J eûsuîte M'** de Ciermont et après elle Hrf"™** lés duchesses de RochechoUart, d'Antin et de Fleury. Après elles, VP^ de ttailly,M"^ ses sœurs, et autres dames non titrées. M"*' de Châlais n'y étoit poirit, ni M** de Montauban j pour celle-ci elle convient elle-même qu'elle évite de se trouver à ces cérémonies, par prétention de rang.

Il ne paroit pas qu'il y ait rieh de changé à la conduite de M. le contrôleur général; il avoit encore beaucoup de monde hier à dlrier chez lui ; il joua tnême à quadrille après ditaer avec M** de Fulvy.

Du lundi 30, Paris. — J'avoîs oublié de marquer la mort de M. Brillon, curé de Saint -Roch, le 25 de ce mois; il étoit fbrt estimé et avoit été longtemps cu^ë de Sainte- Opportune. .

M. le Cardinal remet Je polirait de don Pliilippe a Madame. •*- Mort du duc de Médina-Céli, du duc d'AIbe, du vîoointe dePolignac et de M. de Oastelnioron. — Bénéfices donnés. — Appointements de divers ambassadeurs dans les cours étrangères. -^ Missel de TévAque de Troyes et querelles qiiHI suscite. — Le Boi soupe en secret dans ses cabinets. <r- Ronges de M. de Bel* zuBce et de W"^ d'Hautefort-Duras , de Simiane et de Montroartel. — Souper du Boi. -^ Le P. Bonjean exilé à la Flèche à cause de son livre sur i'ârae des bêtes. — Observation au sujet d'un Ordre étranger porté par un officier suisse au service du Boi. — Dames nommées pour faire le voyage avec Bladame lofante et dépenses du voyage. — Bemontrances du Parlement. — Mort du duc de Tresmes. — Le Boi soupe avec des dames dans ses cabinets. — La Beine soupe avec deux de ses dames. ** Le cardinal d'Auvergne veut vendre sa charge de premier aumônier à Tabbé de Berwick; difficultés. — Le musicien Mondonville. — Lettre du cardinal de Fleury aux religieuses du Calvaire. — La Beine est saignée ; le Boi la vi<* site. ^ Plaisanterie sur la publication de la paix toujours ajournée.

])u mercredi V , Paris. — Mesdames dévoient faire leur première communion samedi dernier , et le même jour on disoit qu^elles dévoient dîner au grand couvert avec le Roi et la Reine. M. le cardinal de Rohan étant incommodé; la première communion a été remise et ne se fit qu^hier ; mais Mesdames ne dînèrent point au gran d couvert, le Roi ne croyant pas que cela fût d'usage*

M. de la Mina fait faire des carrosses pour la cérémonie de la demande de Madame , quUl fera en qualité d'am^ bassadeur extraordinaire > quelques jours avant que Madame ait douze ans. On compte que le mariage se fera deux ou trois jours après. Le prince de Masseran doit, à ce que Tondit y venir ici pour apporter les présents.

On parle de nommer deux dames qui iront avec M"° de Tallard à la suite de Madame pour le voyage ; on pç sait pas encore qui elles seront. Qn avoit même dit qu'il y en auroit quatre qui resteroient auprès de M"*^ Henriette, qui sera Madame aprèsle départ de sa sœur; et Ton nommoit M"" de rHôpital , de Talleyrand , de la Vauguyon et

d'Andelot. On est toujours persuadé que ce sera M. de ta]lard qui ira pour la signature, et^ en cas quMl tombât malade , apparetnment que H*"" de Tallard aura un pouvoir pour signer, comme M"* de Duras m'a Ait en avoir eu un à la conduite dé H"' de Beaujolois ^ en cas que quelque incommodité empêchât M. de Duras de s'acquitter de cette commission dont il étoit chargé.

H. le Dauphin fut avant-hiei^ en bas pour la première fois au sermon avec le Roi ; son carreau étoit sur le drap de pied comme de raison ; il fut aussi au salut en haut sur le drap de pied.

Le Roi, ne sort point de Versailles cette semaine ; il y aura, â ce que Ton dit, un voyage de la Meutte la semaine prochaine.

On prétend que le P. de Linières a dit que sMl h'avoit pas fait du bien, au moins il n'avoit pas fait de mal.

Du lundi 6 , Versailles. — Les bruits qui ont couru sur M. le contrôleur général , à Toccasion de ce qui a été dit ci-dessus de M. de Fuivy, paroissenl n'avoir aucune suite, et M. le Cardinal le traite toujours fort bien.

Rien ne paroit encore décidé par rapport au voyage de Madame , ni pour les dames qui auront l'honneur de la suivre, ni même pour H. de Tallard; au moins on ne le sait point encore sûrement.

Ce fut â la fin de la semaine sainte que ^. de la Mina apporta à M. le Cardinal le portrait de don Philippe, qu'il venoit de recevoir; mais M. le Cardinal ne le porta que lundi dernier chez Madame . Ce fut Bar jac, valet de chambre de S. Ém./qui fut chargé de ce portrait; et lorsque Madame leut reçu des mains de M. le Cardinal, elle fit présent d'une tabatière d^or à Barjac (1).

(1) a C'était un valet de chambre du cardinal de Fleury ; sa faveur auprès du premier ministre en avait fait un des plus importants personnages de l'État ; les ambassadeurs s'adressaient à lui pour s'insinuer dans l'esprit du maître. Malgré tant de raisons pour faire l'insolent, Barjac ne l'était pas; il

J'ai marqué cir*de8SU9 que la Reipe avoit fait Tliounauir à ma belle-fille d'envoyer savoir de ses nouveljLes ) le Roi lui a foit au^s^ Tbonneur d^y envoyer un gentilhomme (H*dinaire. Cet usage d'envoyer ohe» les femmes titrées eu couches avoit été ipterrompu depuis envircm trois ans.

On apprit il y it quelques jours la mort da deux grands d^Espagne; Fuu est leduodeNédin^-rCéli^ et Vautra le duc d'Albe. I^ nom de Médina vient de la langue mor resque et signifie ville, hes Médina-CSéli ne le sont que par femmes; leur nom est Riego. Celui^i avoit été am«- })assadeur à Rome et y avoit tenu un grand état. U avoit 7 ou 800,000 livres de rent^i mais ildevoit^ àee que Ton dit^ sept ou huit millions.

Le duc d'Albe étoit parent de celui que nous avons vu ici l^^lbassade^r.

Ld paix doit ôtrp publiée de demain ep huit à Paris ; cette publication se fera avec une oiivaXc^de, àTordinairev M. le prévôt de Paris (1) avoit grand désir de s'y trouver. J'entendis hier M, Hérault dire à M* le Cardinal que si ce projet s'étoitexécuté^ lui H. Hérault ne se seroitpoint trouvé à cette cérémonie^ mais que M. d'Esclimont ayant feuilleté ]es registres n'avoit pu trouver d'exemple, et qu'il étoit déterminé à n'y point aller. Cela est fondé sur ee que la pul^lication de la paix est une cérémonie qui appartient naturellement à la Ville. U est vrai que le Ch&telet s'y trouv€| , ^t M. le prévôt de Paris a droit de présider au Çhàtelet; mais comm^ il n'a aucun droit par rapport à la Ville et que c'est en quelque manière le Chjitelet dans ces pccasions qui s'incorpore à la ville , la présence de H. le prévôt de Pari« souffriroit beaucoup de difficultés.

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traitait avec assez d*hoaaôteté ceux qui avaieat k lui parler. » âtélçiingçs ée Bois-Jourdain, t. II, 112. (3 toI. in-So^ ^807.) (1) M.. de llulUon, chevalier, comte d'Esclimont.

VoilÀ comme je Tai entendu expliquer ^ M. Hérault.

Samedi^ <!• de ce mois, mourut à Paris M. le vicomte dé Polignac^frère du cardinal et beau-frère de M"** de Mazarin ; il étoit ancien lieutenant général et avoit au moins quatre-vingts ans; il étoit Talné de deux ou trois ans de M. son frère. La veille, H. de Gastelmoron mourut aussi ; il étoit lieutenant général et avoit été capitaine de gendarmerie; il est mort d*une colique qui lui prit en soupant , et qui parut se calmer pendant quelques heures ; mais elle le réveilla à quatre heures et il mourut quelques moments après. Il y a déjà quelques années que H. de Belzunce , son fils , a eu sa compagnie.

Le 1"" de ce mois , le Roi soupa dans ses cabinets avec dés hommes seulement et ne sortit point. Le lendemain^ il y soupa encore, et fut après souper chez M"" de Clermont jouer à cavagnole ; il n'y avoit de femmes que Mademoiselle, M"* de Clermont et M"* de Hailly. S. M, n'a point soupe avec des dames depuis le commencement du carême. Il devoit aller à la Meutte demain pour trois ou quatre jours, et M. le Cardinal à Issy jusqu'à dimanche. Cet arrangement est changé. Le Roi dit hier au grand couvert qu'il n'iroit point à la Meutte cette semaine. On n'en sait pas positivement la raison. Le Roi est un peu enrhumé; mais il doit cependant courre le cerf demain. Comme une chasse est plus aisée à déranger qu'un voyage de trois ou quatre jours, il est vraisemblable que c'est la raison qui a déterminé le Roi. Hier à sept heures du soir, M. le Cardinal ne sa voit pas encore ce qu'il feroit. S. Ém. dit qu'il se détermineroit après le travail du Roi , et il s'est déterminé à rester. Le voyage de la Meutte est remis à la semaine prochaine.

Madame est , à ce que l'on dit , fort consolée présentement sur son départ, et en attend même le moment aVec impatience.

Voici l'extrait d'une lettre que je reçus à Paris vendredi , la veille que je suis revenu ici :

« J*ai rhomieur de vous envoyer, Monsieur, la lisle des bénéflees donnés hier et que je n*ai siie qa*aprèi avoir eu celui de vous écrire.

Le SI mars 1739.

L^abbaye de Cercamp à M. l'abbé de Canillac.

Celle de Valloire à M. Févéque de Boulogne (1).

Celle de Saint-Ëuvert à M. Tabbé Gouffier, chanoine de N.«D.

Celle d'Ardennes à M. Tabbé de Saint-Vallier.

Celle de Lieu-Restauré à M. Tabbé de Moy, et celle de Pérignac à M. Tabbé de Mesplez.

Il parolt un mandement de M. Tévéque de Troyes qui révoque les précédents et remet tout en bon ordre dans son diocèse ; on en est ici très-content. J'ai l'honneur d'être, etc.

Les affaires d^Ângleterre sont toujours dans un grand mouvement y et la nation fort irritée contre Walpole; on voit continuellement des mémoires sanglants contre ce ministre; mais c'est Tusage des Ânglois que d'écrire fort librement^ et cela ne prouve rien.

11 est décidé depuis quelques jours que M. de Vaulgrenant n^ira plus en Russie. M. le Cardinal n'a pas voulu lui accorder la somme qu'il a cru devoir demander pour ses appointements et la dépense du voyage.

H. delà Chétardie^ ministre du Roi à Berlin^ qui est ici depuis huit ou dix mois y paroit faire sa cour fort assidûment. On m'a dit qu'on lui avoit proposé d'aller en Russie. Il pourroit être flatté d'avoir le titre d'ambassadeur; cependant il dit jusqu'à présent n'avoir entendu parler de rien.

Les appointements ordinaires de ceux qui sont chargés des affaires du Roi dans les cours étrangères sont différents. Nos ambassadeurs à Madrid et à Vienne ont 20^000 écus; celui de Rome a 2ji',000 écus. Dans ces ambassades ^ ainsi que dans toutes les autres ^ la perte que souffre l'argent par le change est sur le compte du Roi. Notre ambassadeur en Angleterre a 16^000 écus, et

(I) Jean-Marie Henviau.

AVRIL 1759. 40r

outre cela i'^OOO écus pour sa chapelle. Tous nos autres ministres dans les cours étrangères ont 12^000 écus , soit auprès des Républiques, soit auprès des autres souverains, et ceux qui sont chez les protestants ont, outre les 12,000 écus, 12,000 francs pour une chapelle.

M. le cardinal de Fleury disoit hier avoir entendu dire à H. Tabbé Renaudot , qui a fait pendant longtemps la Gazette de France , que cet ouvrage 4ui avoit valu pendant vingt ans 12,000 livres de rente, toutes les années; présentement elle vaut beaucoup moins.

Du mercredi 8 , Versailles. — J'ai parlé ci-dessus du mandement de M. l'évèque de Troyes (1). Ce mandement est la suite d'un ouvrage que M. le cardinal de Rohan avoit fait par rapport à un nouveau missel composé par M. l'évoque de Troyes. On avoit remarqué plusieurs articles dans ce missel qui pou voient justement faire soupçonner de l'erreur dans la doctrine , comme, par exemple, de mettre une note avant le canon de la messe avec ces mots : svbtnissiori voce , au lieu de ce qui est en usage dans l'Église , stfbmissa voce. Cet article avec plusieurs autres, au nombre de trente-quatre, avoientété traités d'une manière savante et détaillée par M. le cardinal de Rohan, et H. le chancelier avoit été chargé de savoir quelles avoient été les dispositions de M. Tévêque de Troyes sur ces changements. C'est à cette occasion que M. de Troyes a donné un mandement par lequel il déclare n'avoir jamais eu d'autres sentiments que ceux de l'Église ; et il explique clairement qu'il n'a pas prétendu que le subtnissiori voce signifiât autre chose que ce que l'Église entend par le submissa voce; qu'il avoit craqué l'expression dont il s'étoit servi pouvoit empêcher l'inconvénient dans lequel tombent quelques prêtres de ne point prononcer les paroles du canon. Il se justifie de

(1) Jacques-Bénigne fiossuet, neveu du célèbre évèque de Meaux. T. U. 26

même sur tous les autres articles , protestant qu^il n^a et ne veut avoir d'autres sentiments que ceux de TÉglise. Il parolt qu'on est extrêmement content de ce mandement.

M. le Dauphin a été un peu incommodé ces jours derniers. M. Tévèquede llirepoix medisoit hier que^ lui faisant lire la vie de saint Louis et s'étant trouvé à Ten* droit où saint Louis prend la croix pour aller dans la terre sainte^ M. le Dauphin lui avoit fait tout d'un coup une question qui mérite d'être rapportée. Il lui avoit demandé avec vivacité : « Mais saint Louis faisoit-il bien d'abandonner son royaume pour aller contre les infidèles? d

Le Roi ne fut point à la chasse hier et n'y a point été aujourd'hui à cause de son rhume. Il prit du bouillon hier dans ses cabinets, et un peu après neuf heures il descendit chez M"*^ la comtesse de Toulouse. On envoya quérir Mademoiselle , M"*" d' Antin et M"* de Mailly , avec lesquelles le Roi soupa. Le secret a été si bien observé sur ce petit souper particulier que les huissiers mêmes n'en savoientrien. S. M. a été tous les jours à neuf heures chez la Reine, et dans la journée chez M. le Dauphin.

On a parlé beaucoup ici du songe de M. de Belzunce. Il étoit ici à Versailles la veille de la mort de son père ; il devoit partir le lendemain pour aller coucher à Paris et chasser le jour d'après. Il rêve que M. de Castelraoron est tombé en apoplexie, et se réveille effrayé; il monte dans sa chaise avec grande impatience d'arriver, descend chez son père et demande avec empressement de ses nouvelles; il ne fut pas même entièrement rassuré, quoique le voyant et se portant bien alors. 11 va souper dehors et revient à minuit; il apprend que son père est rentré avec de la colique ; son premier mouvement est de dire : a Mon père est mort. » Il vouloit l'empêcher de se coucher; pour lui, il ne voulut jamais se mettre dans son lit. Effectivement, ce fut deux ou trois heures après que

la douleur de la colique le réveillant^ il voulut se lever et mourut, comme je l'ai déjà marqué ci-dessus. Ce réve (qui cependant ne doit pas être regardé comme un véritable réve, puisque M. de Belzunce étant éveillé cruf toujours voir son père en apoplexie) a donné occasion à se souvenir de plusieurs autres, comnie de celui de M"* d'HautefodrDuras, qui plusieurs jours avant que de tomber malade, ignorant que son mari dût aller à la ehasse le lendemain, rêve qu'un des chiens de son équi^ page est malade et n'a pu aller à la chasse. Ensuite elle songe que la mort se jette sur elle et qu'elle ne peut pas s'en débarrasser. A son réveil elle detnande si la chienne est effectivement allée à la chasse, et sur ce qu'on lui dit qu'elle n'y étoit pas, elle jugea la seconde partie de son rêve aussi véritable que la première, et cette idée ne la quitta point jusqu'à la mort. De même. M"* de Simiane, petite^filledeM^^'deGrignan, étant prête d'accoucher, rêve qu'elle est à o6té d'une église et à côté d'un homme qui creusoit la terre et qui faisoit deux trousj dont l'un fort petit; elle lui demande en dormant pour qui est ce petit trou ; cet homme lui répond que c'est pour son enfant. Le lendemain, étant allée entendre la messe dans cette même église, elle voit auprès d'elle un homme qu'elle reconnolt pour être le même qu'elle avoit vu en songe; elle parolt effrayée. Ses gens, qui ignoroient le songe, lui disent que cet homme est connu dans la paroisse , que c'est le fossoyeur; elle tombe évanouie, on la rapporte chez elle, elle accouche, elle meurt et son enfant.

M. de Meuse me disoit hier que plusieurs jours avant que M""* de Montmartel tombât malade, elle lui avoit dit comme chose à quoi elle ne faisoit nulle attention, qu'elle avoit songé qu'elle voyoit son père ( qui étoit mort depuis longtemps ) ; qu'il y avoit un tombeau entre elle et lui , et sur le tombeau une montre dont le cadran étoit en dessous ; que son père avoit pris cette montre, lui avoit

montré l'heure qu'il étoit et l'avoit remise à sa place. M. de

404 ]mï:moirks du duc de luynks.

Meuse m'ajouta que c'étoit à peu près à cette même heure qu'elle étoit morte plusieurs jours après. On pourroit citer encore plusieurs autres rêves qui ont été remarqués par les événements dont ils ont été suivis ; mais pour quelques-uns qui s'y trouvent conformes , il y en a une si prodigieuse quantité d'autres qui n'y ont nul rapport, que Ton peut avec raison en conclure que les rêves ne méritent nulle attention de notre part; que lorsqu'ils nous rappel-* lent aux devoirs de la religion , ils ne font que ce que nous devrions faire de nous-même.

Il y a quelques jours que Madame écrivit au roi et à la reine d'Espagne. Ses lettres commencent ainsi : « Monsieur mon frère et mon oncle, — Madame ma sœur et ma tante. ^C'estl'usagedes filles de France. Dans les lettres, il y a les termes de : Votre Majesté.

Du jeudi 9, Yermilles. — J'appris hier encore un peu plus de détail sur le souper du Roi chez M"* la comtesse de Toulouse. S. M. y fit descendre son souper^ qui étoit peu considérable ; il n'y avoit personne que les deux dames que j'ai marquées avec les deux princesses. Après le souper, le Roi joua à un cavagnole à six tableaux entre M"* d' Antin et M"' de Mailly, aux petits écus seulement , et se coucha à une heure (1).

(t) W^ d'Aiitiiim*a dit qu'eUe avoit joaë l^^rèft-dlnéede ce jour-là jusqnes i neuf heores tète i tète avec M>« de Mallly, et qa'clle y aToit peida beaa* ooop; que M">e de Mailly lai aToit dit qa'dles rqoiieroienl après soiiper et «lamelle loi donneroit sa revancbe. Le Roi descendit sor les neof heures et dénué ou dix heures cfaei M^ lacomtesse de Toulouse , oà 11 fit descendre du pain et du bouillon ;c'étoit là son souper. U parla à M** d'Antin de la perte qo'dleaToit foîte et de ce qu'elle dcToit rejouer après souper. BT"* d'Antin fut étonnée de ce que le Roi savoit si promptement cette nouTelle. Mn« de Mailly demanda aussi an Roi qui FaToit si bien instruit, et le Roi ne Toulut point le dire. Ce fut le Roi qui pressa ces daines de rejouer après le souper; puis il leur dit qu^ serait bien aise de jouer aussi ; il prit deux tableaux, et joua environ une demi lieure; il n*aToit même point d'argent sur lui; ce fut le marquis d'Antin qui lui en prêta, car il éUÂt aussi à ce souper. M^ de Mailly deToit faire Tenir W^ de ^csle, sa soeur, che2 M»« la comtesse de Toulouse; le Roi Toalotqii'onla fit afertiraprès souper et la fit asseoir. (.Vo#e du rfwtfeliiyjief .^t

On dit actuellement que ce seront H*""* les duchesses d^Àntin et de Rochechouart qui iront avec Madame sur les frontières d'Espagne.

Il y a déjà quelque temps qu'il paroit un petit livre intitulé : ConverscUion pkilosùphiqm sur V âme des bêles; quoique le nom de l'auteur ne soit pas mis à la tète de ce livre, on a su cependant qu'il étoit du P. Bonjean^ Jésuite , et lui-même n'a point nié cet ouvrage. Ce Père, qui est homme d'esprit et de conversation agréable , s'est trop livré à son imagination dans cet ouvrage et a beaucoup trop donné lieu à des raisonnements qui ne peuvent être regardés que comme un badinage. Il a fait plus encore, car il les a appuyés d'autorités tirées de TÉcriture, ce qui rend cette imagination encore plus dangereuse ; c'est ce qui a déterminé les Jésuites à envoyer le P. Bonjean en exil à la Flèche.

J'ai toujours oublié de parler de ce qui regarde T Université ; il y a près de deux mois que M. l'abbé de Ventadour, petit-fils de M. le prince de Rohan, a été élu recteur, et l'on continue à espérer beaucoup de la révocation de l'appel.

Du samedi 11, Versailles. — Nous vîmes ici ces jours derniers un officier du régiment grison de Traverse au service de France, quia Tordre de Brandebourg, par permission du Roi. On est peu accoutumé à voir des militaires au service de France porter des ordres étrangers.

Il paroit absolument décidé que ce sont M""^ d'Ântin et de Rochechouart qui font le voyage avec Madame. Le Roi leur fait donner à chacune 15,000 francs pour les frais de ce voyage. M"' d'Antin aura un brevet pour commander la maison en cas de maladie de M"® la duchesse de Tallard. Tout cet arrangement est certain, mais il n'est pas encore déclaré ; on ne dit pas même encore s'il y aura une sous-gouvernante. C'est M"' la marquise de Lèdequi estftommée camarera mayor de Madame, qu'on appellera Madame Infante.

Du dmancke 12, Versailles. — La publièatioD de la paix, qui devoit être mardi prochain, 14 de ce mois, on tout au plus tard mercredi, parce qu'il faut, à ce qu'on dit, que ce soit un jour de marché, a été retardée on dit de huit jours ; mais cela dépend d'un courrier qu'on attend d'Espagne. Il faut qu'il y ait encore quelques difficultés de ce c6té^là, SI. de la Mina n'ayant pas encore aigné.

Dulk, Versailles. — Cequiparolt singulier sur la décla* ration du choix des deux dames dont il est parlé plus haut, c'est que M"'*' de Rochechouart reçoit les compliments et que M""* d'An tin ne les reçoit pas. Il y a cependant grande apparence que l'une est aussi sûre que l'autre ; peutétrey a-t-il encore quelque chose à régler poui* M*"* d'Antin M. de la Mina, à qui j'en ai parlé aujourd'hui , fait entendre que c'est cette raison. Ce qui est certain , c'est que M"' d'Antin n'en convient qu'avec ses amis seulement. La Reine a paru mécontente de ce qui s'est passé dans cette occasion, de ce qu'elle a appris le choix de ces deux dames par Je public, s^ns que M"' de Tallard et W*" d'Antin lui en aient rendu compte auparavant. Cependant la peine qu'elle a eue contre M"' d'Antin n'a pas duré longtemps. M"** de Tallard dit pour ss^ justification que loriiqu'on lui fait Thonneur de lui confier les arrangements que le Roi désire de faire, elle n'a pas la liberté d'en parler, et que d'ailleurs ce choix qe fait point partie de ce qui regarde Madame, sans quoi elle auroit regaf dé comme son devoir d'en rendre compte à la Reine.

J'ai parlé hier à M. le contrôleur général de la dépense du voyage; il me dit qu'il condptoit que c^tte dépense, en y comprenant la dot de Madame, iroit au moins à; deux millions, llparolt par ce que m'a dit l'ambassadeur d'Espagne qu'on n'est pas encore convenu entièi'ement de la dot.

Ilya deux ou trois jours que M*"' d'Antin alla chess M. le Cardinal ; il vint à elle avec un air 4'ftKï)itié, et lui

dit : a Hé bien! cela est*il donc fait? » M** d'Antiri, fort étonnée de la question , lui répondit qu'elle étoit toujours prête à recevoir et à exécuter les ordres du Roi et qu'elle venoit les demander à S. Ém. Le fait est constant ; H""'' d'Antin le dit le lendemain ou le surlendemain à M'"* de Luynes.

, Ce qui peut édaircir ce fait, et que H"^^ d'Antin m'a dit depuis, sur la première proposition qui lui fut faite du voyage, elle demanda quelques jours de réflexion, etle temps d'en parler à H« d'Antin, qui étoit à la campagne. Après son retour, l'affaire fut encore indécise quelques jours, parce qu'on n'avoit point encore dit si le Roi don-< neroit une gratification pour ce voyage. Cependant il y avoit trois ou quatre jours que M"* la comtesse de Toulouse avoit,ditron, mandé à M. le Cardinal que M™' d'An-^ tin étoit prête à exécuter les ordres du Roi.

Avant-hier, le Parlement vint faire ici des remontrances; c'est toujours au sujet des trois affaires dont j'ai parlé ci-dessus : l'une par rapport à la bulle de la canoni* «ation de saint Vincent, la seconde sur l'affaire des reli* gieuses du Calvaire, et la troisième au sujet de l'Univer' site. M. le premier président présenta les remontrances, qui étoient par écrit.

Le même jour H. le duc de Tresmes mourut à Saint- Ouen, âgé de quatre-vingt-quatre ans. Il y avoit quinze jours que, se trouvant un peu mieux, il s'étoit fait porter dans cette maison de campagne, qu'il aimoit fort. Il ne reste plus que quatre frères des six que j'ai marqués plus haut, la religieuse, nommée M""^ de Gandelus, étant morte il n'y a pas longtemps.

Avant-hier, M"** la duchesse de Boufflers présenta ici au Ho i et à la Reine H'"'' de Dromesnil; elle s'appelle la Chenardière; elle est d'une famille de robe de Bretagne; son mari est dans la gendarmerie, et est neveu de M. l'évêque de Verdun.

Hi^jTjt le Roi, après la chasse, soupa dans ses cabinets

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11. lUt épousée en 1659, à Fontarabie^ le 3 juin, par don <rt4,^ A-ouis de Hàro (1), ministpeet plénipotentiaire d'Espagne^ ifii. ^ 4ui Louis XIV envoya sa procuration. ly JJu vendredi 17, Versailles. ~ Hier, la Reine, après le

¥' vilut, alla chez Mesdames, revint chez elle jouer à quaf» 1 1 rille avec M^^^ de la Roche-sur-Yon et ses daines du palais. ^^lle se mit à table, à Theure ordinaire, dans sa chambre, j.orsqu'elle eut commencé à manger du potage , elle se leva, vint dans le grand cabinet qui est avant sa cham- ».. j)re. M"*® de Luynesni M"* de Mazarin n'y étoientni Tune .^ ni Tautre, et la Reine dit elle-même à Thuissier de faire sortir ceux qui étoient dans ce cabinet; elle ordonna qu'on y passât sa table, elle dit à M*"' de Montauban et à a ""' de Matignon qu'elle vouloit qu'elles soupassent avec lie, et fit apporter des couverts. H. le chevalier d'Aydie iiyantfait faire attention à la Reine que M^^* de la Rochesur-Yon pourroit peut-être avoir quelque peine si la Reine ne lui faisoit rien dire, S. M. le chargea de l'aller avertir, et M"' de la Roche-sur-Yon, qui étoit déshabillée, ne put venir parce que la Reine étoit déjà à table. Le souper fut assez gai, et la Reine ne joua point après, et se retira de bonne heur«.

Du samedi 18, Versailles» Le Roi revint hier au soir de la Meutte. Mercredi et jeudi, il soupa avec les six dames que j'ai marquées ci-dessus. Il courut jeudi le daim dans le bois de Boulogne ; les dames y furent, hors Mademoiselle et M"* la maréchale d'Estrées. Il y eut cavagnole ces deux soirées; il y eut aussi un gros jeu de portique (2),

(i) \oyez VHist.de Louis Xi V, ia-12, t. P% année 1659. M. de Biezé dit que ce même fait est marqué sur le registre des cérémonies. (Note du duc de Luynes, )

(2) Ce jeu, mentionné pour la première fois par Dangeau le 10 février 1689 comme un jeu nouveau, se composait d'une série de petites arcades formant portique et posées sur une table analogue à celle du billard , mais arrondie aux deux extrémités. Une bille d*ivoire jetée sur lè bord de la table en faisait le tour par Tun des portiques et s'arrêtait dans des cases numérotées dont le chiffre ou la couleur décidaient du gain ou de la perte.

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fut épousée en 1659, à Fontarabie^ le 3 juin, par don Louis de Hâro (i), ministre et plénipotentiaire d^Espagne^ à qui Louis XIV envoya sa procuration .

Du vendredi n , Versailles. —Hier, la Reine, après le salut, alla chez Mesdames, revint chez elle jouer à qua* drille avec M^^^ de la Roche-sur-Yon et ses dames du palais. Elle se mit à table, à Theure ordinaire, dans sa chambre. Lorsqu'elle eut commencé à manger du potage , elle se leva, vint dans le grand cabinet qui est avant sa chambre. M"® de Luynesni M"* de Mazarin n'y étoient ni l'une ni l'autre, et la Reine dit elle-même à l'huissier de faire sortir ceux qui étoient dans ce cabinet; elle ordonna qu'on y passât sa table, elle dit à M*"' de Montauban et à M'^Me Matignon qu'elle vouloit qu'elles soupassent avec elle, et fit apporter des couverts. H. le chevalier d'Aydie ayant fait faire attention à la Reine que M^^' de la RochesuivYon pourroit peut-être avoir quelque peine si la Reine ne lui faisoit rien dire, S. M. le chargea de l'aller avertir, et M"' de la Roche-sur-Yon, qui étoit déshabillée, ne put venir parce que la Reine étoitdéjàà table. Le souper fut assez gai, et la Reine ne joua point après, et se retira de bonne heure.

Du samedi 18, Versailles. Le Roi revint hier au soir de la Meutte. Mercredi et jeudi, il soupa avec les six dames que j'ai marquées ci-dessus. Il courut jeudi le daim dans le bois de Boulogne ; les dames y furent, hors Mademoiselle et M"* la maréchale d'Estrées. Il y eut cavagnole ces deux soirées; il y eut aussi un gros jeu de portique (2),

(i) YoyezVHist. de Louis XiV, ia-12, t. I*% année 1659. M. de Biezé dit que ce même fait est marqué sur le registre des cérémonies. (Note du duc de Luynes, )

(2) Ce jeu, mentionné pour la première fois par Dangeau le 10 février 1689 comme un jeu nouveau, se composait d'une série de petites arcades formant portique et posées sur une table analogue à celle du billard , mais arrondie aux deux extrémités. Une bille d'ivoire jetée sur le bord de la table en faisait le tour par Tun des portiques et s'arrêtait dans des cases numérotées dont le chiffre ou la couleur décidaient du gain ou de la perte.

ayant été trouver M. le cardinal d'Auvergne^ et tout étant convenu, M. d'Auvergne lui dit qu'il y avoii encore une condition; c'est qu'il avoit un engagement avec H. Tabbé de Fit;s-Jan)es; qu'avant tout il falloit qu'il lui parlât; que M. de Metz lui avoit donné vingt-quatre heures pour parler à M. de Fit^ James ; qu'aussitôt, M. le cardinal d'Auvergne avoit été che^ M« deFitz*James^ lui avoit parlé de leurs premières conventions comme n'en étant plus question , par le défaut de consente-^ « ment du Roi^ lui avoit appris sou nouveau traité avec H. deMetz^ et lui avoit redemandé sa parole. Ici l'affaire s'embrouille à n'y pouvoir rien comprendre. Les uns disent que M. de Fitz*James avoit été suivle-champ chez M"* sa mère; qu'il nel'avoit point trouvée; qu'il avoit demandé vingt*quatre heures à H. le cardinal d'Auvergne^ qui n' avoit pu les lui donner à cause de ses en^ gagements av0c M. de Helz. On prétend que M. de Fitz^ James, se trouvant pressé, rendit la parole^ et que M, le cardinal d'Auvergne le manda de môme surTle-champ à M. le cardinal de Fleury. D'autres soutiennent que M. l'abbé de Fitz-James ne voulut point la rendr^^ ^t qu'il écrivit en conséquence à M. le cardinal de Fleury. On ajoute que M. de Maurepas avoii été témoin d^ la parole qui avoit été donnée ci*devant par M. d'Auvergne à M. dQ Fitz-Jamesqu'il netraiteroitavec personne sans l'en avertir^ et queH. de Maurepas le répéta ainsi il yadeuxjoursà M. le cardinal d'Auvergne. D'autres diseint que les diligences de H. de Metz pour cette charge sont antérieures à celles de H. de Fitz-James; qu'aussitôt la promotion de M. d'Au* vergue au cardinalat^ lui étante Metz, il avoit écrit à un de séÉ amis pour demander à M. le cardinal de Fleury s'il ne désiroit point cette charge pour un de ses neveux^ et qu'il lui avoit envoyé une lettre pour M. le cardinal de Fleury pour en faire usage suivant l'occasion; qw cet ami lui avoit mandé à Metz, et lui avoit dit depuis son retour, n'avoir point voulu faire usage de la lettre,

étant toujours dans l'espérance de déterminer M. le car«> dinal de Fleury à songer à son neveu ; qu'enfin cet ami étoit convenu que M. de Metz pouvoit parler à H. le Car* dinal; que M. de Metz y avoitété; que M. le cardinal de Fleury Tavoit remercié de son attention de n'avoir point voulu faire de marché, qu'il lui avoit dit qu^il a voit vu sa lettre^ qu'il ne songeoit point à son neveu^ et que lui^ M. deMetZ; pouvoit traiter de la ebarge, que le Roi Ta* gréoit. Toutes ces discussions ont été terminées ce matin ; il a été décidé que M. le cardinal d'Auvergne garderoit sa charge. Il m'a dit aujourd'hui qu'il comptoit en remercier le Roi^ et qu'il aimoit mieux retarder le payement de ses créanciers que de perdre l'honneur et l'avantage d'être attaché à S. H.

Le Roi dina hier au grand couvert, et passa à neuf heures chez la Reine, suivant son usage ordinaire les jours qu'il ne va point à la chasse. Aujourd'hui, S. M. a pris méde** cine et a dîné à trois heures, à son petit couvert, dans son ancienne chambre; c'est toujours dans cette ancienne chambre que se fait le lever et le coucher, quoique le Roi couche dans la nouvelle. A une heure après midi s'est fait le lever, oùles courtisans sont entrés à l'ordinaire. Le Roi m'a demandé pourquoi M"** de Luynes n'avoit pas été le matin chez lui ; c'est le droit que donnent les grandes entrées qui sont accordées à la dame d'honneur. En conséquence de ce reproche de bonté , M"* de Luynes a été au diner du Roi ; on lui a apporté un tabouret du côté de la porte du cabinet. Un moment après, Mesdames sont arrivées toutes trois, suivies de M"** deTallard, et se sont assises du c6té de la porte'de l'antichambre. M"' de Luynes a cru plus respectueux de faire passer son tabouret à côté de celui de M"''' de Tallard , derrière Mesdames. Lorsque le Roi est sorti de table. Madame lui a présenté la serviette. M. le duc de Rochechouart, qui sert à la place de M. de Gesvres, l' avoit présentée à Madame. Le Roi est entré dans son cabinet, Mesdames l'ont suivi , M"" de Tallard, M"* de

Luynes et M""* de Villefort, sous-gouvernante^ qui étoit à la soite de Mesdames. H. le duc de Chartres et H. le duc de Penthiëvre étoient au dîner du Roi et ont suivi S. M* dans le cabinet. Ce qui a paru de plus singulier, c'est que M. de fialleroy^ gouverneur de M. le duc de Chartres^ et H. de Lizardois, qui est un officier de marine attaché i M. le duc de Penthièvre(l), sont entrés tous deux dans le cabinet. H. le comte de Biron et H. le duc d^Hostun, qui ont tous deux les entrées de la chambre, ont voulu entrer, et l'huissier leur a dit qu'on n'entroit point. On sait que lorsque l'huissier est en dedans, les entrées de la chambre par charge ont droit d'entrer, comme les capitaines des gardes du corps, les capitaines lieutenants des gendarmes, chevau-légers, mousquetaires , etc. Les entrées de la chambre par grâce entrent dans le cabinet après le lever, lorsque le Roi va à la messe et au retour de la messe, par la porte de glaces ou par celle de la chambre ; et, pour l'heure du salut, lorsque le Roi sort et entre par la porte de la chambre à estrade, il n'est suivi que par les grandes entrées.

Il y a déjà quelque temps qu'un musicien nommé Mondonville (2) , qui n'a pas encore vingt-cinq ans , parolt s'acquérir une grande réputation ; il a donné plu* sieurs motets qui son t. fort estimés; outre cela, il joue du violon d'une façon singulière, et il passe pour être au pair de tout ce qu'il y a de mieux.

L'enterrement de M. de Tresmes s'est fait avant-hier; on dit qu'il coûtera 20,000 écus au moins à M. le duc de Gesvres, en comptant la perte peu considérable arrivée

(1) Il n'a point de gouverneur; il a eu pendant quelque temps M. de Pardaillanen cette qualité. Depuis qu'il a quitté, il a deux gentilshommes qui font auprès de lui la fonction de sous-gouverneui*s et le suivent chacun leursemaine; l'un est M. de la Clue , qui a été page de M. le comte de Toulouse, et l'autre est M. de Lizardois. ( Note du duc de Luynes, )

(2) Il a été reçu à la musique quelques jours après. (Note du duc de Luynes,)

par le feu qui prit il y a huit ou dix jours dans la pièeé où étoit le corps. Tout s'est passé avec la plus grande magnificence. Tout le monde, hommes et femmes, jetoient de Feau bénite y et on les annonçoit dans la chambre du corps comme on annonce une visite. Un des gardes de M. de Tresmes^ qui portoit le corps^ mourut subitement dans Téglise de Saint-Roch. Demain > il y à des messes en cérémonie aux Gélestins , où est la sépulture de MM. de Gesvres.

Du'^h. — Il y a quelques jours qu'il paroit une lettre imprimée de M. le cardinal de Fleury aux religieuses du Calvaire ; elle ne se vend point ^ en voici la copie :

Je n*ai pu trouver plus tôt , Madame , un temps assez libre pour répondre à la lettre dont vous m'avez honoré en adressant vos représentations au Roi , et pour les examiner avec l'attention qu'elles demandoient. Je les ai lues aVec la plus sérieuse application, et vous me permetfar«z de vous dire qu'après avoir mûrement réfléchi sur tout e^ qu'elles contiennent, j'aurois cru vous rendre un très-mauvais office en remettant entre les mains de S. M. un écrit si peu décent et si peu conforme à des religieuses aussi instruites que vous l'êtes des devoirs de votre état. J'ai trop bonne opinion de votre esprit et de votre vertu pour ne pas espérer que si vous voulez bien réfléchir avec un peu de sang-froid et de retour sur vos obligations» vous ne conooissiez vous* mêmes que vous avez été entraînées par de mauvais conseils^ qui vous ont fait adopter des principes peu mesurés, dont les malheureux préjugés vous ont empêché, dans un premier mouvement, d'apercevoir le venin, et que vous n'avez pas certainement dans le cœur.

Vous commencez d'abord par une profession solennelle que le Roi n'a point de plus fidèles sujettes que vous, et vous finissez par déclarer que vous n'obéirez pas aux ordres que vous en avez reçus. Vous ajoutez que vous êtes prêtes à souffrir l'exil, la prison, le dépouilleme&t de vos biens et la mort même plutôt que de vous soumettre à ce que S. M. exige de vous. Vous supposez donc que vous êtes menacées de toutes ces peines si vous persévérez dans votre désobéissance, et je vous demanderai avec raison sur quel motif, revêtu de la plus légère apparence, vous avez pu former une si fausse et si injuste supposition. Je ne me persuaderai jamais que des vierges consacrées à Dieu et si bien élevées aient été capables d'un pareil excès. Vous seriez en tous cas les seules dans le royaume qui penseroient ainsi du maître le plus doux et le plus modéré qu'on ait vu depuis longtemps et dont le gou-*

vernement rempli de justîèe soit plus loué même par les étrangers.

C'est donc en vain et gratuitement que vous vous applaudissez de marquer un si grand courage. D'ailleurs , qu'est-ce que S. M. vous demande qu'elle ne soit pas en droit d'exiger ? Vous ne pensez pas toutes d'une manière uniforme dans vos différentes maisons; et sur les plaintes que S. M. a reçues de plusieurs de vos sœurs , elle a Toultt s'éclaircir si elles étoient bien fondées. Le Roi est votre souverain et le protecteur de vos constitutions , aussi bien que de tous les monastères de son royaume. Est-ce la première fois qu'il a usé du droit incontestable de prendre connoissance des divisions qui y surviennent , et n'y a«t^il pas cent exemples de commissaires qu'il a nommés dans d« semblables oocasions, auxquels on s'est toiyours soumis avec lexes^ pectqui lui est dû?

Mais S. M. a porté encore plus loin sa scrupuleuse attention pour les règles canoniques , et n'a rien voulu commencer sur les informations qu'elle désire prendre de l'état de vos maisons sans y joindre auparavant l'autorité de votre premier supérieur, qui est le Pape, auquel vous avez juré solennellement d'être soumise. Vous ne craignez pourtant pas de déclarer ouvertement que vous ne lui obéirez pas plus qu'au, Roi, et vous ne paroissez faire aucun scrupule de vous soustraire à deux autorités si légitimes , si respectables et si conformes aux lois civiles et canoniques.

Je n'entrerai pas dans un plus grand détail, et je me borne à vous conjurer de peser devant Dieu, et avec la docilité si convenable à votre état et à des âmes timorées , le danger auquel les conseils de personnes mal intentionnées exposent vos consciences, et le précipice dans lequel ils veulent vous entraîner. Les démarches du Roi sont si justes et si mesurées que S. M. les suivra avec douceur, mais avec fermeté, sans s^en départir. Recevez donc, s'il vous platt, Madame, les avis que je prends la liberté de vous donner^ comme une marque de la vénération que j'ai pour votre congrégation, aussi bien que des sentiments connus et de la parfaite considération avec laquelle j'ai l'honneur d*être votre trèshumble et très-ôbéissant serviteur, • Gabdinâlde Fleuky.

et sur l'enveloppe est écrit :

A MesdameSj mesdames les Supérieures des Religieuses du Cal" vaire, rue Saint^Louis,

Dulundi^T, Versailles. — Jeudi et samedi dernier, le Roi soupa dans ses cabinets, mais seulement avec des hommes. Cela n'est point extraordinaire pour samedi; mais ordi* nairement les jours gras il y a des dames, et il n'y en

eut point jeudi ; c'étoit la semaine chez la Reine de M"'* de Mailly^ de Ghalais et d'Ancenis.

Vendredi^ H. le grand fauconnier se présenta pour recevoir Tordre pour la chasse^ et fut renvoyé à la huitaine. Le Roi n'aime point cette chasse et diffère autant qu^il peut d'y aller. S. M. dîna ce jour-là au grand couvert ^ après le conseil d'État.

Ces jours-ci beaucoup de colonels et de brigadiers ont pris congé. Les nouveaux colonels qui n'ont point été à la guerre doivent rester à leur régiment trois mois ; ceux qui y ont été y deux mois ; et les brigadiers , un mois. Mon fils a demandé permission d'aller faire la revue de son régiment mestre de camp de dragons. Il y a deux ou trois ans que H. de Bissy^ commissaire de la cavalerie^ a obtenu la permission de faire la revue de son régiment et qu'il n'eut point d'autre inspecteur que lui ; c'est le droit de ces charges. Mon fils voulut s'en assurer encore davantage et le demanda à M. d'Heu, un des plus anciens et des premiers commis du bureau de la guerre , qui lui dit que c'étoit sans difficulté le droit de sa charge , que c'étoit même pour cela que ces charges avoient été créées, que cependant cela seroit peut-être difficile à obtenir pour cette année^ M. deSégur^ qui est dans le pays Messin, ayant les ordres pour voir le régiment de mestre de camp dragons. Cela n'empêcha pas que mon fils n'en parlât à M. d' Angervilliers , sans citer aucun exemple , et le demandant seulement comme une grâce. Cela a été accordé sans aucune difficulté, et M. d' Angervilliers a écrit à M. de Ségur que ce seroit mon fils qui feroit la revue d'inspection dudit régiment. Je ne sais si j'ai marqué ci-dessus que ces charges donnent la liberté de n'aller à son régiment, en temps de paix , que quand on veut.

La Reine fut saignée hier un peu avant neuf heures du soir; le Roi y vint dans le môme terapssuivant sa coutume; il6 toit précédé par M. le duc d'Ancenis, qui n'avoit point le bâton, et suivi par M. le duc de Béthune, qui l'a voit.

Comme la saignée de la Reine venoit d^ètre faite dans le moment^ elle donna ordre qu'il n'entrât que les grandes entrées. M. le duc de Gramont suivoit le Roi. Le garçon de la chambre^ qui étoit à la porte dans ce mo* ment^ à la place de rhuissier, dit à H. le duc de Gramont Tordre qu'il avoit; malgré cela^ M. de Gramont entra. La Reine le trouva mauvais, et chargea M"® de Luynes d'en parler à M. de Gramont. M. de Gramont ne prétend pas avoir les grandes entrées lorsqu'il n'est pas à la suite du Roi ; mais il soutient qu'il doit entrer avec le Roi partout où entre le capitaine des gardes, et ajoute que M. d'Ancenis y étant y n'ayant pas le bâton, c'étoit une nouvelle raison en sa faveur, et qu'ayant cru le garçon de la chambre mal informé de son droit, il avoit pris le parti d'entrer. M*"^ de Luynes a rendu compte ce matin à la Reine de ces différentes raisons; la Reine n'en convient pas tout à fait, et dit qu'il doit y avoir cependant une différence , puisque le Roi ne sort point de chez lui pour venir chez elle ( par la galerie ) qu'il n'envoie quérir son capitaine des gardes, mais qu'il n'envoie point quérir M. de Gramont. Cette petite affaire n'a point eu de suite; il n'a pas même été question de décision.

On ne parle plus du jour que la paix sera publiée; on dit que cette incertitude et ce délai ont donné occasion à une plaisanterie; que dans la représentation qui est dans la place de Grève, qui est vis-à-vis l'hôtel de ville, pour le feu d'artifice, on a écrit ces mots : Poisson (T avril.

Le Roi est parti ce matin pour la chasse, d'où il va à la Meutte. Mademoiselle va à Madrid avec M"*^ de Cler-

mont,M*'*de jM"* la maréchale d'Estrées,

M"" de Talleyrand, W^ de Mailly et M"'' de

Demain et après-demain, le Roi soupera avec des dames; mercredi, il dinera avec des hommes seulement^ après le dîner fera la revue des gardes françoises et suisses et reviendra ici.

Revue du Roi dans la plaine des Sablons. — Les sonirs de M>b« de MaiUy ; par qui élevées. — Mort dn prince de Guise . ^ Mort de M. de Belleforière et de M. de Ch&teaurenaod. — Mort de la princesse de Conty, fille de Louis XÎV. — Voyage de Marly. -^ Chapitre de Tordre du Saint-Esprit — Circonstances du voyage de Marly. — Pension accordée à M. Boizot, premier pré* sident du parlement de Besançon. — Espèce de sédition des avocats de ce parlement. — Grande misère dans le dicpcèse de Chartres , et discours de Févèque de Chartres au !loi à ce sujet. — Voyagi dn Roi à la Meutte. -* Mort du duc de Lauzun. — La duchesse de Modène visite le Roi «t la Reine. ^ Présentation de M. de Guise et de M"i« de Marsan. — Mariage de M.^e Courtenvaux avec Mn« de Champagne. — M. de Courtenvaux prend le nom de comte d*£strées. — Mariage de M. de Rothelin avec M"*" du Palais. ^ Anecdote sur M. de Rothelin. — Le Roi va souper à Lucienne. — Bruits de paix entre TEmpereur et la Porte ; cadeau de l'Empereur à notre ambassadeur à Constantinople. — W^^ de Mailly a peur de jouer aux gros écus. — L'abbé du Bellay, nommé év^oe de Fr^us. — W*^ d'Aignillon gagne un procès contre le Roi.

Du vendredi 1" mot, Versailles. — Mercredi dernier 29 avril , le Roi dîna à la Meutte avec des hommes seulement; M. le duc de Chartres dina avec le Roi. S. M. alla ensuite faire la revue des gardes françoises et suisses dans la plaine des Sablons ^ à trois heures. M. le Dauphin étoit parti d'ici à une heure ; il arriva une demiheure avant le Roi; on rappela et il fut salué. La Reinç avoit pris médecine ce même jour; elle avoit balancé, la veille, entre la médecine et la revue ; mais lorsqu'il fut question de décider pour la médecine , elle oublia apparemment la revue, car elle le dit au Roi lorsqu'il vint à neuf heures chez elle.

Il arriva à la revue plusieurs accidents; il y eut une femme écrasée par un carrosse, et M. d'Alègre, exempt des gardes dii corps et frère de l'abbé d'Alègre, aumônier de quartier de laReine,eut l'os de la rotule fracassé d'un coup depiedd'une jument que montoit M. de Montgibaut. Ce M. d'Alègre a épousé, il n'y a pas longtemps, M"* de Sainte-Hermine.

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MAI t7S0. ^f^

Les dames de Madrid éioient A la revue. Le Roi né soupa point, et se coucha à minuit*

M"* de Nesle, grande sœur de M"*'^ de Mailly et qui a en* viron vingt-sixans,suitM"**deMailiy. M*f deMazarin adeut autres sœurs de M*"^ de Mailly chez elle dont elle prend soin et qu'elle a mariées , M™* de la Tournelle , qui éloit la cadette mais qui a été mariée la première par des arrangements particuliers^ et M""^ de Flavacourt. Il y en a une troisième que l'on appelle Montcavel, qui a environ vingt-quatre ans, qui demeure ^he% W^ de Lesdiiguières (Duras) et qui voit aussi W^ de Mazarin ; mais M""* de Nesle ne la voit point ni ses sœurs; elle est brouillée avec M*"^ de Mazarin aussi bien que M*^" de Mailly. C'est M*"^ de Mailly qui prend soin d'elle et qui l'aime beaucoup (1). .

Le Roi soupa hier dans ses eabinete au retour de la chasse ; il n'y avoit que cinq hommes avec le Roi et cinq dames : les deux princesses à l'ordinaire, M*"^* de Mailly et de Ségur et M"** la maréchale d'Estrées.

On apprit hier la mort de M. le prince de Guise; il mourut avant-hier , ègé de soixante ans moins un jour* On lui avoit fait une opération ; il a été assez long|;emps malade. Dans les derniers temps de sa maladie^ il envoya quérir Srauno, son notaire, qui. ne douta pas que ce ne fï^tpour lui dicter son testament; il fut fort étonné qîiand M. de Guise, d'une voix faible et mourante , lui dit que .c'étoit pour dresser son contrat de cpariage avec M'^ de Joyeuse, qu'on lui donnoit par ce mariage 100,000 écus. Il pria Brauno d'examiner si cette somme étoit en hons effets. Brauno s'excusa sur le grand npmbre d'affaires qu'ilavoit dans ce moment, let demanda deux jours. M. de Guise a eu deux filles, M** de Bouillon , quatrième femme de feu M. de Bouillon , qui est morte et dont il reste une . fille , et M"*' la duchesse de Richelieu. Il laisse aussi un

(t) Voir la note «ur M<nc de Mail|y fit ses sœurs h ta date du ^6 décembre 1738.

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treize ans, et point de garçons. M. de Châteaurenaud avoit la lieutenance générale de Bretagne, qui vaut 30,000 livres de rente, sur quoi il n'y a qu'un brevet de retenue de 200,000 livres à partager entre ses enfants et M"' la maréchale de Noailles. Il avoit d'ailleurs un bien assez con^ sidérable; mais comme il n'a pas reconnu avoir rien reçu, M"® de Châteaurenaud se trouve réduite à son douaire et à son bien pour toutes choses. Elle a un frère qu'on appelle le baron de Montmorency, qui est celui qui avoit épousé M"® de Ville ( M. de Ville étoit chargé de l'entretien de la machine de Marly et en étoit regardé comme l'auteur ). M. le baron de Montmorency est veuf depuis quelques années. Toute la famille de Montmorency est venue ce matin parler à M. le Cardinal pour supplier le Roi de vouloir bien accorder la charge vacante à M. le baron de Montmorency qui offre de faire une pension à M™® sa sœur. M. le marquis d'Antin demande aussi cette même charge , et donneroit en ce cas sa démission de la lieutenance générale d'Alsace, que M. le comte de Gramont demande. M. le duc de Chàtillon et plusieurs, au très demandent aussi la lieutenance-générale de Bretagne.

Le bénéfice de trésorier de la Sainte-Chapelle de Paris n'est point encore donné. M. l'abbé d'Oppède de Forbin , aumônier de quartier du Roi depuis dix ans, sollicite fortement pour cette place, qui vaut environ 8,000 livres de rente et une fort jolie maison ; c'est le Roi qui y nomme. Celui qui la possédoit s'appeloit Champigny ; il mourut subitement il y a environ six semaines ; il étoit de l'âge de M. le cardinal de Fleury qui a même paru frappé de cette mort.

J'ai marqué le mariage de M. de Courtenvaux; il me dit hier qu'il demandoit au Roi la permission de changer d'armes et de nom , de quitter entièrement le sien et de prendre le nom et les armes d^Estrées. Il faut pour cela des lettres patentes enregistrées au Parlement.

Il y a un M. des Laurens qui a déjà présenté une re-

fils qui a environ vingt-deux ans. On dit i^ son bien à sa petite-fille, mais qu'il al»» H. de la Billardière me disoit hieiMi luiavoit dit à Forges, en 172!t, (i' système elle avoit payé pour 1,80^^

Il y a eu aujourd'hui grand cou

M. de Courtenvaux vient de '1 Roi pour son mariage avec ^P <^ ^

Mon fils a pris congé aujour'^ ' pection de son régiment. V ' Mesdames en prenant conu'' que les fiUes de France i- M"" de Tallard a même u de le savoir et par uu h »

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à la campagne^ seulement pour y coucher^ saus demander congé. Cet usage de demander congé pour ces petits voyages s'est supprimé peu à peu; mais pour les voyages de Marly, M. de Chaulnes y à toujours été sans demander. II y a eu dans des temps des difficultés pour les voyages de Rambouillet^ parce que M. le comte de Toulouse prétendoit n'être point assujetti au logement de ces charges. M. le prince de Rohan, qui a le même droit que M. de Chaulnes , n'envoie point se faire écrire pour Marly ; à la vérité, il dit ordinairement qu'ilira. H: deChaulnes^ qui étoit à Paris^ se voyant oublié vint ici exprès en parler au Roi ; il représenta à S. M. Tusage dans lequel il avoit toujours été de ne se point faire écrire et le droit dans lequel il croyoit être d'avoir l'honneur de la suivre, ayant celui de commander sa garde. Le Roi parut convenir de toutes ses raisons et lui dit qu'il le croyoit à Chaulnes. H. de Chaulnes luiréponditqu'il ne pouvoit pas être parti puisqu'il n^avoit pas pris congé de S. M. Le Roi eut la bonté de lui dire qu'il lui donneroit un logement s?il s'en trou voit quelqu'un de vacant (1).

La mort de M™* la princesse de Conty empêchera M"*" les Duchesses de venir à Marly ; cela fait six ou sept logement de vacants. M"® la princesse de Conty, la seule qui reste présentement, vint ici il y a deux jours demander que le Roi voulût bien ne porter le deuil de feu M"*' la princesse de Conty que dix ou onze jours, comme princesse du sang et non comme fille de Louis XIV ; mais il me parolt que cela a été refusé, et qu'on doit porter le deuil trois semaines, parce que H*"* la princesse de Conty> ayant été reconnue, est plus proche par elle que par M. le prince de Conty, et le Roi a voulu suivre la règle qu'il avoit faite par rapport à M. du Haine et à M. le comte de. Toulouse.

Il se trouve encore un logement à Marly de vacant.

(1) VoirTarticledu 10 mai.

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et tant de livres. Sur cela il faut payer les 200,000 livres de brevet de retenue et 1,000 écus de pension que le Roi a accordés à M"® de Châteaurenaud.

Dm vendredi 8, Marly. — Il y a environ quinze jours que le Roi a donné à M. le cardinal Tencin Tabbaye de Trois-Fontaines en Champagne qui étoit demeurée vacante depuis la mort de H. le cardinal de Bissy ; elle vaut au moins 35,000 livres de rente. C'est à peu près dans ce même temps que M. le cardinal Tencin a pris congé du Roi pour son voyage de Rome ; il doit partir demain ou après-demain.

Du dimanche 10 , Marly, — J'ai oublié de marquer ci-dessus que le Roi, en donnant la lieutenance-générale de Bretagne à M. le duc de Chàtillon , lui a accordé le même brevet de retenue de 200,000 livres.

On parloit d'un second voyage de Marly ou de continuer celui-ci; il parolt que tous ces bruits sont sans fondement. Il y a eu quelques changements dans les logements; H. de Chaulnes , par la raison que j'ai expliquée ci-dessus, n'a pas eu son logement ordinaire, qui est le quarante-cinquième et quarante-sixième au commun, pour M"'' de Chaulnes et lui. Ces deux logements ont été même accommodés pour eux ; ils ont de plus que les autres un cabinet et une cuisine , la cuisine pour les deux et le cabinet pour le quarante-sixième. M. de Chaulnes est logé avec M. de Picquigny au second pavillon , en bas à gauche du côté du mail ; c'étoit le pavillon de M. le comte de Toulouse. On a réservé à l'ordinaire un appartement à la perspective poiu* M. le Dauphin ; c'étoit celui de M. le duc du Maine. On a réservé aussi le bas du premier pavillon à droite pour M. le Duc; il doit revenir mardi ou mercredi de Bourgogne. L'appartement de M""* la Duchesse au château n'est point rempli. M*"® de Mailly est logée au château ce voyage-ci; elle a le neuvième et le dixième ; c'étoit Tappartement de M. le cardinal de Fleury.

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La lieutenanci aujonrd'liui à gouverne m en;

BIAl 1759. 437

pel. M. le cardinal de Rohan a été à Paris il y a deux jours pour cela et en est revenu aujourd'hui.

Du 12, Marly. — Le Roi fut hier à la chasse, et soupa au retour dans ses cabinets, lui quatorzième ; il y avoit des dames pour la première fois : Mademoiselle, M"'de Clermont. M"" d'Antin, M"* de Mailly, M™' la duchesse de Ruffec. M"* deSassenage, qui avoit été samedi à la chasse, comme je Tai marqué, soupa hier avec la Reine. Le rendez-vous des dames étoit chez M"* de Clermont, qui loge en haut dans le château, et du haut du château il y a une communication pour descendre dans les cabinets.

Du jeudi 14, Marly. — Le Roi fut hier à la chasse; M"*^ de Clermonty fut en calèche avec M"* la duchesse de Ruffec et M™* d'Antin. M"® de Mailly, qui est de semaine, ne fut point à la chasse, ni Mademoiselle. Le soir, il y eut souper dans les cabinets. Les deux princesse y soupèrent, j|mcs d'Antin, de Mailly et de Ruffec ; il y avoit onze hommes en comptant le Roi. S. M. fut près de quatre heures à table. La Reine étoit déjà sortie du salon quand le Roi y arriva. S. M. joua une partie d'hombre seulement; pendant ce temps-là Mademoiselle commença un cavagnole où jouoit aussi M."" de Mailly. Le cavagnole finit à peu près en même temps que la partie du Roi, et M™* de Mailly remonta aussitôt après chez elle.

Du vendredi 15, Versailles. — Le Roi est revenu aujour* d'hui de Marly. Il n'y a point eu de lansquenet pendant le voyage; les premiers jours, le cavagnole s' étoit établi pour Mademoiselle, M"* d'Antin et M™' de Mailly sur la table delansquenet, mais cela nes'estpas soutenu, et il n'y a eu de cavagnole sur cette table que lorsque Mesdames et M. le Dauphin y sont venus et y ont joué. Le Roi n'a joué qu'au brelan et à l'hombre, et la Reineà quadrille. Le Roi s'est toujours retiré d'assez bonne heure, mais ne se couchoit qu'une demi-heure ou trois quarts d'heureaprès être rentré dans son appartement. Mademoiselle partit

dès hier. M"'' de Mailly se retira de bonne heure, comme avant-hier, et pria môme M"' de Montauban, qui n'étoit point de semaine, d'aller pour elle au coucher de la Reine. C'est Tusage à Marly que les princesses et les dames du palais aillent au coucher de la Reine.

Dimanche de Pentecôte 17, Versailles. — Le Roi ne communia point hier. Il y eut grand couvert et premières vêpres, où Ton se servit de la façon, dont j'ai déjà parlé ci-dessus, de chanter sur le livre, qui est établie ou rétablie depuis peu ; c'est le plain-chant avec un grand accompagnement de voix et dUnstruments. Le Roi et la Reine entendirent les vêpres dans la tribune parce qu'il n'y avoit point d'évéque pour officier.

Lundi 18. — Ily eut hier chapitre de l'Ordre. M. l'abbé de Pomponne y fit rapport des preuves des neuf chevaliers nouveaux, dont il y en a deux absents, M. de Fénelon et M. le marquis de Mirepoix. Les preuves de M. de Fénelon furent trouvées parfaitement belles. Le Roi déclara dans ce chapitre qu'il donnoit l'Ordre à M. de la Mina. Ensuite la grande messe, après laquelle le Roi reçut les sept chevaliers qui sont ici. M. deGuerchise trouva si fatigué des révérences qu'il faut faire, que le Roi, voyant qu'il ne pouvoit achever la cérémonie, S. M. envoya dire à M. son fils de venir lui donner la main; cela fit un spectacle nouveau et touchant de voir le fils soutenir son père, tourner avec lui et ne le pas quitter un moment.

Il y eut hier sermon. C'est un sermon détaché et qui ordinairement même n'est pas trop bon. M. le Dauphin y étoitet immédiatement après lui tous les princes du sang, hors M. le comte de Clermont, M. le comte de Charolois et M. le prince de Conty. Le Roi et la Reine entendirent les vêpres en bas, quoiqu'il n'y eut point d'évêque qui officiât. M. le Dauphin resta à vêpres. M. le duc de Béthune et M. le duc de Chàtillon avoient chacun un carreau; M""* delà Vauguyon quêta; il n'y eut point de prélat qui officiât à la cérémonie du matin; il n'y avoit

que des cardinaux, qui ne peuvent officier en présence du Roi; à cause du dais.

Mardi de la Pentecôte 19. — Le Roi a entendu hier et aujourd'hui vêpres et complies et dîné au grand couvert. Ce matin il a entendu une messe basse comme hier. La seconde travée à droite étoit gardée pour M"™® de Mâilly et pour M"® de Nesle, de manière môme que M. le prince deRohan n'a pu s'y mettre. Lorsquele Roientendla messe tard, M"" de Mfiilly va presque toujours à sa messe et se met à cette tribune ou à celle vis-à-vis. Hier, le Roi descendit sur les dix heures du soir chez M™* la comtesse de Toulouse ; Mademoiselle y étoit et soupoit même dans ce temps-là. Le Roi se mit à table et soupa tête à tète avec elle. M'"* la maréchaled'Estrées étoit aussi avec M""' la comtesse de Toulouse et M™* de Mailly. M. de Meuse y arriva; le Roi lui ordonna de s'asseoir, et le fit jouer à cavagnole après souper. S. M. joua jusqu'à minuit et demi et paroissoitmême désirer jouer plus longtemps.

J'ai appris aujourd'hui deux circonstances du voyage de Marly qui méritent d'èti*e remarquées. Le jour que l'on arriva, M. d'Aumont, qui avoit fait la liste du souper, y avoit mis M"^ de Mailly et M"' de Mazarin. M'"'' de Mailly, ayant vu la liste, dit à M. d'Aumont qu'elle le prioit d'ôter ou Tune ouVautre, parce qu^elles ne soupoient point ensemble. La liste étoit montrée et M"** de Mazarin avertie; cela embarrassa beaucoup M. d'Aumont; cependant il prit son parti d'aller dire à M"® de Mazarin que c'étoit un malentendu et qu'elle n'étoit point du souper. De tout le voyage, M"* de Mazarin n'y a soupe que la veille du départ.

J'ai marqué que le samedi M""* de Mailly avoit été à la chasse avec M*"'* de Ruffec et de Sassenage. La veille de ce jour, le Roi, après le souper, jouant à Fhombre avec M. de Courtenvaux et M. de Soubise , M"® de Mailly s'approcha de la table du Roi^ comme elle a fait plusieurs fois ; le Roi lui demanda si elle alloit à la chasse ; elle lui

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MAI 1789. 4tt

venoit; M. de Chartr^ lui répondit qu'il venoit de faire une tournée dans son diocèse; qu'ilyavoitvuune grande misère ; que l'on y moaroit dru comme mouches et que les hommes paissoient Therbe comme les moutons : a Sire, ajouta-tril^ après la famine vient ordinairement la peste ; cela regarde les grands comme les petits , car nous respirons tous le même air. » Ce discours de M. de Chartres a été remarqué ; il a paru que le Roi y faisoit attention. Effectivement la misère continue dans presque tout le royaume (1).

Le Roi partit hier de bonne heure pour aller à la chasse à six ou sept lieuesd'ici et aller ensuite souper à la Meutte ; il n'a dû se mettre à table qu'à minuit. Mademoiselle partit l'après-dlnée pour aller à Madrid où il doit y avoir M"« de Clermont, M"' de Mailly, M"* d'Antin , M"* la maréchale d'Estrées, M"* de Ségur. Il y aura un cavagnole avant et après souper.

M"® de Nesle, qui a toujours été jusqu'à présent au couvent de Port-Royal , en sort 6es jours-ci pour n'y plus rentrer; elle va à Compiègne où Mademoiselle lui donne un logement; elle sera toujours avec Mademoiselle ou avec M"^ de Mailly jusqu'à ce qu'elle soit mariée.

Du vendredi 22, Versailles. — Le Roi arriva avani-hier à la Meutte à huit heures et demie ; il se mit à table à minuit, entendit la messe à cinq heures avant que de se coucher; il se trouva un peu mal à la messe et fut obligé de sortir de la chapelle ; inais cette petite incommodité n'a point eu de suite^ et il courut hier le daim dans Boulogne.

La Reine 30upa hier dans le grand cabinet avant sa chambre avec les deux dames du palais de semaine.

On apprit hier la moH de M. le duc de Lauzun , petitfils de M. le maréchal de Biron ; il est mort à Phalsbourg, d'une fièvre maligne en peu de jours. Par cette mort

(1) Voy. Barbier, t. nr,p. 178-179.

Pendant le séjour que M. de Modène a fait en France y il a paru que le mari et la femme étoient fort bien ensemble ; on dit que les choses ne sont pas de même présentement. Il y avoit une clause dans le contrat de mariage de M'"'' de Modène, qu'après la mort de feu M. de Modène, son mari lui donneroit 100,000 écus pour l'entretien de sa maison. M"® de Modène a demandé que cette clause fût exécutée , et il y a eu un arrangement de fait et signé. J'ai ouï dire même que le Roi s'étoit intéressé dans cette affaire; mais, soit que M. de Modène ait été mécontent de signer cet arrangement , ou quelqu'autre raison, il a demandé au Roi que M"^ de Modène, ayant fini toutes ses affaires, retournât en Italie. On disoit même que la visite d'hier étoit une audience de congé ; mais ce ne doit pas être la dernière. M'"® de Modène partira incessamment et verra le Roi avant que de partir. Hier, les gardes du corps prirent les armes pour elle. La visite qu'elle fit au Roi fut dans le cabinet de S. M. M"^ de Pontchy entra aussi et on ferma la porte; mais ce qu'il y eut de singulier c'est que M. Negro, qui est un gentilhomme attaché à M™^ de Modène et qui lui donnoit la main, marcha toujours devant elle, entra dans le cabinet et y resta, et

M. de , qui est aussi attaché à M*"^ de Modène , resta

à la porte du cabinet en dehors.

Avant-hier, M. le prince Charles et M. de Richelieu vinrent ici présenter le fils de M. de Guise ; il a dix-huit ans, est grand et bien fait. On parle beaucoup de son mariage avec M"* du Maine, qui est dans sa trente-deuxième année. Le mariage de M. de Guise avoit été presque conclu avec M"® de Bouillon, fille de M. le duc de Bouillon, grand chambellan, du vivant de M. de Guise. [. de Bouillon ne parolt pas même trop content de ce

lel'on dit du mariage de tf^® du Maine, qui passe pour onstant, d'autant plus qu'il n'a entendu parler de rien de la part de M. de Guise «

Avant-hier, M"* la prit^A^ ^e ^<>^® ^^^^ ^^^^^ Ç^^*

senter sa fiUe^ H"'' de Marsan , qui prit son tabouret; c'est la seconde fille de H. de Pons; Talnée a été marié en Espagne à H. Della-Caza.

Du vendredi 29, Versailles. — Le S(i et le 25, la Reine^ à rbeure de son souper , fit mettre sa table dans son grand cabinet avant sa chambre^ et y soupa avec deux ou trois de ses dames seulement.

Lundi 25, le roi soupa dans ses cabinets ; il n'y avoit que des hommes; Mademoiselle n^étoit point à Ver* sailles.

Ce même jour ; fut fait à Paris le mariage de M. de Courtenvaux avec H^^" de Champagne ; ce fut H. Tabbé deChoiseul qui les maria; et H. de Courtenvaux^ en se mariant; prit le nom de comte d'Estrées. Les oppositions de H. d^Ampus n'ont eu nul effet; apparemment quHl gardera le nom d'Estrées^ s'il veut^ sans que cela fasse aucun tort à M. le comte d'Estrées d'aujourd'hui. .

Ce même jour 35 ou le mardi 26^ se fit le mariage de M. de Rothelin avec M"° du Palais. M"® du Palais est Pont-Saint-Pierre; son mari, qui mourut il y a quelques années, avoit servi dans les gardes du corps et étoit estropié d'une chute de cheval ; elle a trente-deux ans. J'ai entendu dire qu'elle n'c^voit pas été heureuse avec M. du Palais et qu'elle avoit toujours eu une conduite excellente. M. de Rothelin a la cuisse coupée d'une blessure ; on sait les maux affreux qu'il a soufferts (1) .

(1) Quelque violentes que soient les douleurs des opérations, le plus insupportable de tous les maux que souffrit M. de Rothelin , ce fut la faim. M"« sa sœur, qui le gardoit , lui faisof t observer avec Texactittide la pitls scrupuleuse les ordonnances de Chirac, qui étoit aussi bon chirurgien que médecin, mais qui ne le voyoit cependant que comme médecin. Chirac étoit impitoyable sur la diète, et cela fondé ( suivant qu*il le disoit lui-même) sur ce que ses malades ne faisoient jamais que la moitié de ce qu'il leur ordonnoit, et que lorsqu'il leur permettoit de manger une aile de poulet ils en mangeoient deux. M*"*" de Briquemaut prenoit toutes les ordonnances à la lettre et rien ne la pouvoit ébranler; la faim devint si viofentc que M. de Rothelin fut prêt à s'évanouir. M*""^ de Briquemaut s'approcha d« lui tenant un bouquet à la

Mardi 16, le Roi alla souper à Lucienne chez^H^^^ de Clermont où étoit Mademoiselle^ M"*"" la maréchale d^Ëstpées. M'»'' la duchesse de Ruffec, M"*^ dé Mailly et dix ou douze hommes « Le souper fut assez gai; il y avoit eu un cavagnole availt le souper où M""* de Mailly perdit BO louiSy ce qui fit qu'après il ne fut point questioii de cavagnole. Le Roi joua atl papillon^ et Vi^^ de Màilly joua avec S. M. Le Roi revint ici sur les trois heures du matin. Le même jour^ la Reine alla se prometier chez M"*' la comtesse de Toulouse à Bue; elle y fit collation à sept ou huit heures, et cette collatioh fut un sbupër qui durajusqu'àneuf heures; et la Reiiie ne revint ici qu'à mitiuit. M"^^ d'Abtîn étoit aveo la Reine â Bûc, parce qu'elle est de Semaine ; sans cette f aisoft elle devoit être du souper de Lucienne, et elle y aul»oit même été si la Reine étoit revenue de bontie heure.

Enfin le jour de la publication de la paix est fixé à lundi prochain; il y aUrauiifeU â là Grève, te iliardi ou le jeudi. Les harangues de tous les cdrps dévoient être pour le samedi; oh vient de itie dii^e que ce iseroit pour le mercredi 3.

On cfoit les dispositions favorables pour la paix entre FEmpereUr et la Porte. Le grand vizir, qui étoit opposé à la paiXj vient d'être déposé. Les dernières nouvelles même de ConstantitiOple soht qu'il ^st sur une galère dans le poft. Celui qui a été mis à sa place pàrolt désirer la paix: On dit aussi que ce changement pourroit être favorable à M. de Bonneval^ le nouveau grand vizir étant de Ses ariiis* Apparemment queM.de Villeneuve, notre ambassadeur à la Porte, a trouvé occasion de rendre service à l'empereur, car ce prince a fait remettre à M. de Mirepoix Un diamant de la valeur de 2,000 du-

main; M. de Rothelin, étant un peu revenu, lui arracha le bouquet et le mangea tout entier H même la corde avec laquelle il étottlié. (Note du dnc de Luynes. )

cals^ et M. de Mirepoix a dépéché on ooorri^ à M. de Tilleneave pour loi "porter ce présent.

Du samedi 30, YenaiUes. — Hier, le Roi soapa an grand couvert; il n'y aura plus de dîner au grand couvert jusqu'à Fontainebleau. Après le souper, S. M. alla parle jardin chez Mademoiselle et y joua une partie de quadrille avec Mademoiselle, M"* de Mailly et M. le duc de Yilleroy. Il y eut peu de perte, mais c'étoit aux gros écus. M** de Mailly prétend qu'elle fot fort effirayée de jouer si gros jeu, mais le Roi Fassora que ce jeu n'étoit pas plus cher que celui qu'elle jouoit à cavagnole fous les jours.

Aujourd'hui, le Roi a entendu le salut aux Récollets, i quatre heures^ et est parti ensuite pour aller courre le cerf aux environs d'ici. M** de Mailly, M** la duchesse deRuffec et M"* la maréchale d'Estrées sontà la chasse en calèche, et l'on croit qu'il y aura un medianoche, quoique cependant cela ne fût point annoncé avant la chasse.

Hier, le Roi alla au champ de Mars (1) faire la revue des grenadiers à cheval et des quatre OHupagnies des gardes du corps. La Reine étoit à la revue dans ses carrosses; M. le Dauphin et Mesdames y étoient aussi, et M. le Cardinal^ dans une des calèches du Roi. M*' la maréchale d'Estrées y étoit dans son carrosse avec M** la duchesse de RuETec, M** de Mailly et M**' de Nesle. Quand le Roi eut passé à cheval dans les rangs, suivant l'usage, au lieu de se placer du côté du jardin de Marly, comme il fait ordinairement, il se plaça du côté du bois, à cause du soleil ; la Reine se plaça un peu plus loin, et le carrosse de M"* la maréchale d'Estrées se plaça un peu plus loin que la Reine, auprès du bois. La R^ne, s'élant trouvée incommodée du soleil, voulut faire avancer son carrosse auprès du bois, et Ton fit ranger celui de M"*" la maréchale d'Estrées, qui se trouvant sans

(1) Près do cfaàteaii de Mariy«

place fit un grand tour; et comme il étoit occupé à chercher à se placer, le Roi envoya M. de la Billarderie^ major des gardesdu corps, et ensuite M. de Brige, écuyer de la petite écurie, pour faire placer le carrosse de M"' la maréchale d'Estrées, qui se mit à peu près vis-àvis le Roi, du côté de Marly.

L'on sait depuis deux jours que M. de Tallard va avec M"* de Tallard conduire Madame sur la frontière d'Espagne.

Le Roi vient de nommer à Févêché de Fréjus l'abbé du Bellay ; c'est le fils de M"'* du Bellay qui a été dame d'honneur de M"" la Duchesse.

Le grand procès de M"® d'Aiguillon fut jugé hier au conseil de dépèches ; elle le gagna tout d'une voix , et ce fut M. de Lucé, maître des requêtes, qui en fit le rapport ; il parla pendant près de deux heures et fort bien.» Il s'agissoit de droits considérables dont MM. d'Aiguillon prétendent être en possession depuis plusieurs siècles et qui étoient disputés par l'inspecteur du domaine» lequel prétendoit que ces droits appartenoient au Roi. M""' d'Aiguillon alla hier remercier le Roi , qui lui demanda depuis quand elle étoit arrivée ici, et il lui dit en badinant : « Vous êtes arrivée encore trop tôt pour moi. ))

Projet de voyage à Chaatilly ; difficulté au sujet de Mme de Mailly. ~ Présentation à la Reine du comte de Beveren. — Solution de la difficulté au sujet de M.^^ de Mailly. — Nomination de deux dames attachées à Mesdames. — Publication de la paix. -*• Revue des mousquetaires. — Neuf harangues faites au Roi à propos de la paix ; discours hardi du premier président de la cour des aides. — Mort de M. de Noce. — Mort de M"* Strafford ; vers qu'elle avait faits sur la Mésangère. — Présentation de M<n« de PoHgnac. — M. de Jonville fait sa révérence au Roi et à la Reine. — L'évêque de Soissons prête serment. -> Le Cardinal blâme la présentation de W^^ de Polignac. ~ Difficulté à propos d(S chevaux du Roi amenés à Chantilly. —

Le Roi a fait aujourd'hui la revue de ses deux compagnies de mousquetaires , à pied et à cheval y dans la cour royale. Les gardes françoises et suisses n^étoientpas encore entrées dans la cour des ministres^ lorsque les mousquetaires sont arrivés à pied} ils ne sont entrés qu^un moment après , et toutes les fois que les mousquetaires ont passé devant eux ils n'ont pas battu ^ ce qui est contre toutes règles militaires ; aussi les mousquetaires gris ont* ils eu Tattention de cesser de battre devant la garde. Les mousquetaires noirs n'ont pas fait de même; ils ont toujours battu. Le Roi a été au salut après la revue ; il n'y fut point hier à cause de la chasse. L'usage est que pendant l'octave, la musique chante un-motet court pendant le salut.

Du mercredi 3 , Versailles — Il y a eu ce matin neuf harangues, et quatre cette après midi. Les neuf de ce matin ont été le Parlement et MM. les gens du Roi ; c'est M. de Fleury, premier avocat général et fils de M. le procureur général, qui portoit la parole; la chambre des comptes et l'avocat général de cette chambre; la cour des aides et l'avocat général; la cour des monnoies et l'avocat général ; la neuvième étoit la Ville. Les quatre de cette après-dlnée sont : le grand conseil; c'étoit M. d'Argenson, comme premier président, qui portoit la parole, et ensuite l'avocat général du grand conseil, M. Lescalopier ; l'Université , c'étoit M. l'abbé de Ventadour, recteur; et l'Académie françoise; M. de Maupertuis, directeur, portoit la parole; il étoit suivi de plusieurs académiciens, et entre autres de M. le cardinal . de Polignac, qui a toujours resté derrière avec les autres académiciens pendant que M. de Maupertuis a parlé. Ce matin on a fort remarqué la harangue de M. le Camus, premier président de la cour des aides qui a commencé par ces mots : Sire , vos trompettes nous annoncent la paix; il a ajouté que les sujets du Roi ne goùloient pas les douceurs de cette paix, que la misère étoit parvenue à un tel point que les hommes disputoient leur nourri-

ture avec les animaux , pendant que les traitants , les vrais ennemis de TÉtat, sembloient insultera la calamité publique par le luxe et la magnificence dans la^ quelle ils vivoient (1). Ce ne sont pas les termes précis de la harangue^ mais c'en est le sens. Ce discours a paru fort indiscrel; pour ne pas dire davantage. Je n'ai point entendu les harangues de ce matin , mais je sais sûrement ce que je viens de marquer. J'étois à celles de cette après-midi. Toutes ces harangues ont été faites dans la chambre du Roi ^ le fauteuil du Roi en dehors du balustre^ le dos tourné du côté de la cheminée, M. le chancelier à la droite du Roi et M. le cardinal de Fleury à gauche , M. le duc de Chartres à droite aussi , et M. le prince de Conty à gauche ; le capitaine des gardes et le grand chambellan derrière le fauteuil. A toutes les harangues de cette après-midi, M. Desgranges est toujours entré le premier, ensuite celui qui portoit la parole , et à côté de lui M. de Rrézé, fils de M. de Dreux, grand maître des cérémonies, et à sa gauche H. de Haurepas. Le discours de M. Tabbé de Ventadour a été fort applaudi ; il l'a prononcé avec dignité et respect, et d'une voix haute et intelligible.

Le Roi, hier après les harangues, alla entendre le salut aux Récollets à quatre heures, et partit ensuite pour la chasse ; il n'y avoit point de dames à la chasse et il n'y en eut point au souper dans les cabinets. Après le souper le Roi fut un moment chez Mademoiselle , et alla ensuite se promener avec des hommes seulement.

11 y a quelques jours que mourut M. de Noce , à Saint- Germain; il étoit âgé de [soixante-quinze ans]. C'étoit un gentilhomme de Normandie ; leur nom est Fontenay ; ils ne sont cependant point parents de MH. de Fontenay de Normandie , dont nous en avons vu un aumônier de

(1) Voir dans Barbier^ t. HI, p. 180, le discours du président le Camus, tel qu'il courait dans Paris.

Le Roi a fait aujourd'hui ]a revue de ses deux compagnies de mousquetaires , à pied et à cheval , dans la cour royale. Les gardes fraoçoises ef suisses n'étoient pas encore entrées dans la cour des ministres , lorsque les mousquetaires sont arrivés à pied; ils ne sont entrés qu'un moment après , et toutes les fois que les mousquetaires ont passé devant eux ils n'ont pas battu, ce qui est contre toutes règles militaires ; aussi les mousquetaires gris ontils eu l'attention de cesser de battre devant la garde. Les mousquetaires noirs n'ont pas fait de même; ils onttoujours battu. LeRoia été au salut après la revue;iln'y fut point hier & cause de lâchasse. L'usage est que pendant l'octave, la musique chante un-motet court pendant le salut.

Du mercredi 3 , Versailles — II y a eu ce matin neuf harangues, et quatre cette après midi. Les neuf de ce matin ont été le Parlement et MH. les gens du Roi ; c'est M. de Fleury, premier avocat général et fils de M. le procureur général, qui portoit la parole; la chambre des comptes et l'avocat général de cette chambre ; la cour des aides et l'avocat générai; la cour des monnoies et l'avocat général ; ht neuvième étoit la Ville. Les quatre de cette après-dînée sont : !e grand conseil; c'éioit M. d'Argenson, comme premier président, qui portoit la parole, etensuite l'avocat général du grand conseil, M. Lescalopier; l'Université , cétoit M. l'abbé de Ventadour, recteur; et l'Académie françoise; M, de Haupertuis, directeur, portoit la parole; il étoit suivi de plusieurs académiciens, etenirc autres de M. le cardini . de Polignac, qui a toujours reslé derrière avee les a académiciens pendant que M. de Maupertuis a pari matin on a fort remarqué la harangue de M. le Cad premier président delà cour (]c. par ces mots : Sire , vos troni[iipaix; il a ajouté que les sujets .in les douceurs de cette paix , que !:

à un tel point que les hommes

ture avec les animaux, pendant que les traitants, les vrais ennemis de TÉtat, sembloient insultera la calamité publique par le luxe et la magnificence dans laquelle ils vivoient (1). Ce ne sont pas les termes précis de la harangue^ mais c'en est le sens. Ce discours a paru fort indiscret pour ne pas dire davantage. Je n'ai point entendu les harangues de ce matin, mais je sais sûrement ce que je viens de marquer. J'étois à celles de cette après-midi. Toutes ces harangues ont été faites dans la chambre du Roi, le fauteuil du Roi en dehors du balustre, le dos tourné du côté de la cheminée, M. le chancelier à la droite du Roi et M. le cardinal de Fleury à gauche , M. le duc de Chartres à droite aussi , et M. le prince de Conty à gauche; le capitaine des gardes et le grand chambellan derrière le fauteuil. A toutes les harangues de cette après-midi , M. Desgranges est toujours entré le premier, ensuite celui qui portoit la parole , et à côté de lui H. de Brézé, fils de M. de Dreux ^ grand maître des cérémonies, et à sa gauche M. de Maurepas. Le discours de M. Tabbé de Ventadour a été fort applaudi ; il l'a prononcé avec dignité et respect, et d'une voix haute et intelligible.

Le Roi, hier après les harangues, alla entendre le salut aux Récollets à quatre heures, et partit ensuite pour la chasse ; il n'y avoit point de dames à la chasse et il n'y en eut point au souper dans les cabinets. Après le souper le Roi fut un moment chez Mademoiselle , et alla ensuite se promener avec des hommes seulement.

11 y a quelques jours que mourut M. de Noce, à Saint- Germain; il étoit âgé de [soixante-quinze ans]. C'étoit un gentilhomme de Normandie ; leur nom est Fontenay ; ils ne sont cependant point parents de MM. de Fontenay de Normandie, dont nous en avons vu un aumônier de

(1) Voir dans Barbier , t. HI, p. 180, le discours du président le Camus , tel qu'il courait dans Paris.

la Reioe, qai mourut il yaunan ou deux. M. de Footenay, père de M. de Nocé^ avoit été sous-gouverneur de feu M. le duc d'Orléans. On prétend que dès ce temps il prévit la fortune que feroit le cardinal Dubois et qu'il disoit : « Si je laissois entrer ici souvent ce petit hommelà^ il me chasseroit bientôt moi*mème. » On sait que Tabbé Dubois avoit été répétiteur de M. le duc d'Orléans. M. de Noce avoit toujours été attaché à M. le duc d'Orléans* Je ne sais s'il fut chambellan ^ mais il étoit de tous ses amusements. Il n^avoit que 2^000 écus de rente et parloit de son état en vrai philosophe^ disant : a Que quiconque n'étoit pas content de cette fortune ne le seroit jamais d'aucune. » Il se piquoit de dire tou* jours hautement ce qu'il pensoit ^ et ne se refusoit point le plaisir d'un bon mot^ de sorte qu'il passoit pour méchant. Malgré ses principes philosophiques sur Tintérêt, il ne laissa point échapper les occasions d'augmenter sa fortune. Dans le temps de la chambre de justice et du système, il se fit 34- ou 35,000 Uvres de rente viagère sans compter 5 ou 600,000 Uvres d'argent comptant ; il se déclara dans tous les temps contre le cardinal Dubois, de manière que ce cardinal, étant devenu premier ministre^ demanda à M. le duc d'Orléans d'exiler flocé- Noce resta en exil à quelques lieues de Paris, dans une terre à lui, jusqu'à la mort de ce cardinal; après quoi, il revint auprès de M. le duc d'Orléans^ qui lui donna une pension et continua à le bien traiter. Noce avoit de l'esprit, étoit fort aimable dans des temps et fort ennuyeu]^ aussi dans d'autres où il étoit tourmenté de vapeurs ; il aimoit à brocanter et s'y est ruiné , de manière qu'il laisse, à ç€^ que l'on croit, plus de dettes que de biens. On a dit de lui qu'il n'étoit prodigue que par avarice , parce que c'étoit toujours dans le projet d'épargner qu'il s'engageoit dans de nouvelles dépenses 11 étoit inconstant dans ses projets , et en formoit de nouveaux à chaque moment; il avoit quitté une maison qu'il louoit 2,000 écus pour

épargner cette somme j il avoit perdu 1,000 livres en la relouant^ et en avoit pendant ce temps relouéu ne autre 4.^800 livres , sans écurie, parce qu'il avoit retranché ses chevaux; mais bientôt après il ep avoit acheté d'autres, avoit loué des écuries, et avoit dépensé 10,000 écus dans sa nouvelle maison. Il avoit voulu se retirer à Hontpel* lier, y avoit loué une maison , Tavoit meublée , s'étoit rais en chemin, et à quinze lieues de Paris étoit revenu tout de suite. Il avoit aussi changé plusieurs fois d'habitation dans Paris, et s'étoit enfin allé établir à SaintnG&rmain. Il avoit mieux gouverné les affaires de W^^ de Parabère que les siennes; il avoit demandé douze actions poi^r elle à M. le duc d'Orléans; il avoit gouverné ces douzeactions avec tant d'industrie, profitant des temps et réalisant, sans que M""® de Parabère s'en mèlàt, qu'il lui fit 80, 000. livres de rente et un argent comptant considé^ rable. Parla mort de M. de Noce, W"" de Parabère hérite par<îe qu'il avoit mis sur sa tête beaucoup de viager.

On apprit aussi hier ou aujourd'hui la mort de M""" Strafford, en Angleterre; elle avoit été fille d'honneur de la Reiue; elle étoit fille du fameux cojpite de Gramont. C'est elle qui, s'étant brouillée avec la Mésangère, qui lui étoit attaché, avoit fait la chanson que tout le monde sait :

J'ai fait une perte légère, ma chère, J'ai perdu mon amant.

Il étoit roux et Bas-Normand.

Hélas ! c'étoit la Mésangère.

EMe avoit soixante-dix-sept ans..!i|. ledqc de Gramont gagne par cette mort 14,000 livres de rente, huit qu'il lui payoit et une terre qui en vaut environ 6,000.

Du vendredi 5, Versailles, — M™® de Monconseil , fille de ^^ de Curzé, vint présenter hier M'"* sa sœur qui épousa, il y a environ un an, un Ni. de Polignac qui est, je crois, lieutenant de vaisseau et parent de M. le cardinal de Polignac.

Du mercredi 10, Chantilly. — Sept ou huit jours avant

que le Roi soit parti de Versailles, M. de Jonville^ chargé des affaires du Roi à Bruxelles , vint faire sa révérence au Roietàla Reine. II part incessamment pour Gènes; il sera chargé aussi des affaires de France. Ces deux emplois sont égaux pour les appointements qui sont toujours de 12,000 livres, avec la seule différence du change qui est évaluée svr un certain pied et qui varie suivant les pays.

Samedi 6, veille du départ du Roi, M. Févêquede Soissons , qui est Fabbé de Fitz-James, qui vient d'être sacré à Rouen par M. Tarchevéque de Rouen , prêta serment suivant Tusage et la règle. Ce fut en haut dans la chapelle de la Vierge. J'en ai déjà marqué d'autres exemples. Il faut que la prestation de serment des évêques soit certifiée par le grand aumônier ou en son absence par le premier aumênier, et ce n'est que du jour de l'enregistrement que finit la régale (1).

J'ai parlé ci-dessus de la présentation de M*"** de Polignac. Cette présentation faite par M"** de Mazarin dans le cabinet du Roi a été désapprouvée par H. le Cardinal, à cause du grade de M. de Polignac, qui n'est que lieutenant de vaisseau. M"* de Mazarin dit pour sa justification que H. le cardinal de Polignac, dont ces messieurs sont parents, avoit écrit à M. le cardinal de Fleury pour lui demander son agrément pour cette présentation et qu'il avoit reçu une réponse de M. le cardinal de Fleury trèsobligeante et par laquelle il donnoit son consentement. M"** de Mazarin ajoute qu'elle avoit présenté M"* de Polignac à M. le cardinal de Fleury avant de la présenter au Roi; mais on dit que M. le Cardinal crut que c'étoit M"* de Mancini qui a épousé le neveu de M. le cardinal de Polignac.

Le 7, le Roi partit de Versailles pour aller à la Meutte,

(1) Droit qu'a le Roi de percevoir les reveous des évècUés pendaat les vacances.

OÙ il a séjourné le lundi , et est arrivé le lendemain sur les six heures ici. Mademoiselle fut souper à la Heutteavec M"'' de Clermont , M"^ d'Antin, M'"« la maréchale d'Estrées, M*"® de Hailly, M"** de Nesle sa sœur. C'est la première fois qu'elle ait soupe avec le Roi ; elle avoit déjà vu le Roi chez H*"*^ la comtesse de Toulouse et chez Mademoiselle ; mais elle ne lui a pas été présentée.

Le grand nombre de chevaux qui viennent ici (1) pour le service du Roi et de la Reine a déterminé M. le Duc à donner l'orangerie pour les écuries du Roi. Cela a fait naître une espèce de contestation; on a demandé à M. le Duc si c'éloit pour la grande ou pour la petite écurie ; mais il a toujours répondu que c'étoit pour les chevaux du Roi. Le fait est que dans les voyages du Roi par tout le royaume^ la petite écurie a le droit de choisir les écuries ; il n'y a que hors du royaume , dans les cas de guerre , que la grande écurie a la préférence. Comme M. le Duc n'étoit point obligé à céder l'orangerie , s'il avoit voulu décider pour la grande écurie ils en aùroient profité ; mais il a toujours persisté dans la réponse que j'ai marquée^ et ce sont les chevaux de la petite écurie qui y sont logés.

M. le Duc alla hier au-devant du Roi à cheval, à un quart de lieue duch&teau. Le Roi fit arrêter, et vint ensuite au pas jusqu'ici. C'étoient les chevau-légers qui entroient le Roi ici , suivant la règle , qui est de faire toujours le dernier relais. Le Roi ne se sert point demain de ses chevaux de carrosse parce qu'il chasse en chemin. Le Roi joua au brelan hier devant et après souper; c'est M. le Duc qui lui présente les cartes. Le souper étoit comme aux autres voyages : deux tables dans l'antichambre duRoi.C'estM.leDucquifaitlalistede l'une et de l'autre. Il n'y a ici que M™*' les Duchesses et M"" de Sens ( M"* de Clermont vient avec la Reine ), et de princes : M. le Duc et

(i) A Chantilly. ( Note du duc de iMynes.)

44B MÉMOIRES BV DVQ DE LUYNES.

M. le comte de Glermont. A la table du Roi étoient toutes les dames et presque tous les hommes qui sont venus avec S. M.; ils étoient vingt-deux à table. La seconde table» qui étoit un peu moins grande y étoit tenue par H. le comte de Glermont ; c'est aux frais du Roi que se fait la dépense extraordinaire de ces voyages. L'année passée cette dépense alla à ik ou IS^OOO livres; cette année on croit qu'elle ira bien aux environs de (•O^OOG livres. Les officiers de bouche tant ordinaires* qu'extraordinaires sont au ndmbre de plus de deux cents , sans compter soixante suisses pour servir à porter les plats. On compte qu'il y a environ sept cents personnes à nourrir.

Du samedi 13, Compiègne — La Reine arriva le 10 à Chantilly ; dans son carrosse étoient M^^^ de Glermont , à côté de S. M., M*"^ de Luynes et M*""" de Hàzarin sur lé de^ vanty M^'^'de Boufflers et defioueols aux portières. La Reine mène toujours dans son carrosse une femme non titrée, et aussi toujours au moins une dame du palais de se^ maine. La Reine n^avoit que deux carrosses, car je ne compte point celui des écuyersqui n'est point carrosse du corps. Dans le second carrosse étoient H*"^' les duchesses de Ghàtillon et d'Antin , M"** de Montauban et de Ghalais, dans les deux fonds , M""** de Mailly et de Fleury aux portières. H. le Duc ne fut point au-devant de la Reine, ni M™" les Duchesses; ils restèrent avec le Roi. Il y eut deux tables dans la même pièce le soir comme le jour précédent; mais les deux tables étoient toutes remplies de dames. Le Roi et la Reine étoient servis par des principaux officiers de M. le Duc. M^^'^ de Sens tenoit la seconde table. M. le Duc et M. le comte de Glermontmangeoienten bas avec tous les hommes.

Lorsque le Roi eut été quelque temps bhez la Reine à son arrivée, il en sortit, et M™* la Duchesse mère le suivit parce qu'elle jouoit avec S. M. M. le Duc , M"® la Duchesse, M"^ de Glermont, M"® de Sens, M™*' de Luynes et plusieurs autres dames et hommes restèrent chez la Reine. La Reine

demanda à boire ; la première femme de chambre apporta de l'eau et une serviette ; elle présenta la serviette à M. le Duc^ qui la prit et qui fit signe à M"'*^ de Luynes^ laquelle présenta à boire à la Reine ^ et par politesse il ne voulut pas rendre la serviette à la première femme de chambre.

Deux circonstances à remarquer au voyage de Chantilly. La première est par rapport aux chevau-légers. Ce furent eux , suivant Tusage , qui entrèrent le Roi à Chantilly. J'ai parlé ci-dessus (1) d'une difficulté qui fut faite à M. de Picquigny, l'année passée , au voyage de Fontainebleau , à l'occasion d'un chevau-léger qui marchoit comme aide-major de brigade à portée de l'officier de quartier^ et par conséquent à la hauteur du carrosse du Roi , pour être prêt* à porter à la troupe les ordres de l'officier, si besoin étoit. Il n'y avoit point eu de décision sur cet article^ depuis le mémoire que M. de Picqulgny présenta au Roi , et le chevau-léger se trouva à la môme place y au dernier relais pour Chantilly. Il y a deux officiers des chevau-légers ce quartier-ci ; ce qui ne se trouve pas également dans tous les quartiers. Le Roi remarqua le chevau-léger, et dit lui-même à l'officier de le renvoyer à sa troupe, ce qui parolt être une décision contre la prétention de M. de Picquigny.

La seconde observation estpar rapport aux gardes du corps. On sait qu'à Versailles il n'y a que le capitaine des gardes qui suive le Roi jusques dans son cabinet , et que les officiers se mettent en haie à la porte de la chambre. A Chantilly, immédiatement après la chambre du Roi> il y a deux ou trois cabinets y au bout desquels, sans aucun intervalle , est la galerie où le Roi et la Reine jouent ; par conséquent cette galerie pourroit être regardée comme l'intérieur de l'appartement. Cependant les officiers des gardes se tenoient derrière le fauteuil du Roi

(1) Voy. au 26 septembre 1738.

pendant que S. M. étoit dans cette galerie ^ et de même l'officier des gardes auprès de la Reine, regardant apparemment cette galerie comme le salon de Marly.

Du ik, Compiigne. — M. le comte de Biron prend le nom de duc de Biron par la cession de Uabbé de Biron y soa frère , et il vient d'en remercier le Roi.

Du mercredi 17. — Hier et avant-hier ^ le Roi soupa dans ses cabinets au retour de la chasse. Avant-hier il avoit six dames : les deux princesses , M""* de Mailly et M^'^de Nesle, sa sœur, M"" de Chalais et de Talleyrand. Hier, c'étoient les mêmes personnes, à Texception de M"* de Talleyrand.

Il paroit décidé que ce sera M. le comte d'Eu qui commandera le camp. M. le comte de- Biron avoit d'abord demandé ce camp pour avoir une occasion défaire sa cour et de faire voir au Roi le régiment qu'il commande- M. d'Angervilliers proposa de faire venir un bataillon de Royal-Artillerie, et cette proposition fut agréée. Cet arrangement étant fait, il étoit indispensable que M. le comte d'Eu, qui est lieutenant-général, eût le commandementdès qu'il désireroit de l'avoir, et si M. le comte d'Eu ne l'eût pas désiré, M. de Yallière, ancien lieutenant général, étoit en droit de le demander. M. de Biron auroit fort désiré que cela eut été autrement, mais il a senti l'embarras que cela faisoit à H. le Cardinal et s'est prêté à tout ce qu'on a désiré. M. le Cardinal a assuré M. de Biron que ce nouvel arrangement ne diminueroit rien des agré-» ments et des récompenses qu'il pouvoit espérer. Le Roi prête à M. de Biron plusieurs de ses tentes , et M. de Biron compte tenir un très-grand état. Depuis le commencement du camp, M. le comte d'Eu y a toujours eu ses ten-* tes et y tient, cinq jours la semaine, une table de vingt couverts. Outre le bataillon de Royal- Artillerie et les deux compagnies de mineurs , on fait venir douze cents hommes, six cents du régiment de Bourbonnois, quatre cents de Gondrin et deux cents deBlaisois.

Du vendredi 19, Compiigne. — Il y eut hier chasse. Le Roi alla dans sa gondole avec les dames, qui étoient : Mademoiselle, M"* de Clermont, M"" de Mailly et M"* de Nesie; elles ëtoient toutes quatre en habit de chasse. M"" de Nesle loge ici chez Mademoiselle, qui lui fait continuellement des présents. Le soif, il y eut souper dans les cabinets; outre les quatre dames ci-dessus nommées, il y avoit M"' d'Antin et M""* de Talleyrand, H"* d'Antin éU>it de semaine , mais elle avoit demandé permission à la Reine , gui la renvoya même des Carmélites (où S. H. -entendit le salut) afin qu'elle ne manqu&t pas l'heure du souper du Roi. Je dois avoir déjà marqué que la Reine a déclaré il y a longtemps qu'elle ne prétendoit point que l'assiduité à son devoir auprès d'elle etnpéchftt les dames d'avoir l'honneur de souper avec le Roi. Avant-hier le Roi fut voir le bataillon Royal- Artillerie et les deux compagnies de mineurs et d'ouvriers. S, M, fut voir aussi le pont volant, composé seulement de quatre pontons , qu'on a jeté sur l'Oise pour passer les pièces de canon du parc à la batterie qu'on a élevée de l'autre côté de la rivière , et qui doit tirer ces jours-ci à une buttequ' on aaccommodéedanslamontague. Le Roi fut ensuite voir le polygone , qui est bientôt entièrement achevé. M. le comte d'Eu reçut le Roi l'esponton à la main , à la tète du bataillon. M"" de Mailly et M"* de Nesle eurent curiosité d'aller voir aussi ledit bataillon. Tous les officiers saluèrent ces dames de l'esponton ; elles fureut aussi saluées des drapeaux. Les deux compagnies de mineurs et d'ouvriers sont dans un camp séparé, à la gauche du bataillon, un peu en avant; ces compagnies ne font point partie des bataillons. Les officiers de ces deux compagnies saluèrent aussi ces dames delà même manière. II. n'y 3, rien de plus beau avoir "* ' - • riei

. jour de Samt-Gervais

que le bataillon qui est J^- pt jien de mieux lenu. Du dimanche 2i. — * *' .•„« \

uuamancne^l. — . * ^) . -gj^ joutûe »am\-vjecvaiB etSainl-Profais.fétedu ^a*^ J» diocèse 4e SoVssons, \e

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