CHAPITRE
sommes menacés d'être précipités dans les abîmes : des chevaux , des hommes ont déjà péri. Tout-à-coup le brouillard se dissipe !
mais tout est morne, tout est désert devant nous ; l'avant-garde a disparu. En vain on cherche à se persuader que quelque tertre, quelque pli du terrein noui la dérobe; le seul sentier praticable est uni; on n'aperçoit qu'une surface de neige , on ne découvre aucun être vivant. A la vue de ce déchirant tableau , Mina reste stupéfait. Il fixe le ciel , promène son œil éteint sur la longue chaîne d'infortunés qui le suivent, et s'écrie avec l'accent du désespoir : « Périr moi seul ce ne «serait rien; mais causer la perte de tant de « braves, voilà ce que je ne puis supporter ». Son aide -de -camp, Galli, essaie de dissiper les noires idées qui l'assiègent, et le conjure de ne pas déplorer le sort de quelques patriotes qui vont atteindre l'immortalité. Ces considéralions sourient à Mina. « Tâchez, lui dit-il, d'ar-
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river jusqu'à l'arrière-garde, et dites à 0$âorio (i) de faire £ace en arrière ». L'officié se met en devoir d'obéir; le sentier est étroit, bordé de précipices; le moindre Êiux pas entraînerait la mort. Il s'appuie sur les épaules du soldat qui le touche « passe de l'un à l'autre et arrive ainsi jusqa^àu point où la voie s'élar- ^t ; il rencontre enfin Ossorio , mais le froid a glacé ses lèvres, il ne peut s'exprimer que par signes. Le commandant reçoit Tordre et l'exécute avec calme. Nous retournons au sanctuaire ; la colonne fait sécher ses habits , net- ' toie ses armes et prend le chemin de Rivas.
Elle était en plein mouvement, lorsqu'un émissaire accourt et rapporte au général qu'une forte division ennemie est établie dans le voisi*nage de cette ville. Nous rétrogradons encore et regagnons le couvent. Nous n'avions dé-
(i) Dans cette mémorable journée Gmrea commandait Fayant-garde , Mina le centre , Ossorio l'arrière-garde.
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sormais d'autre parti à prendre que de nous engager dans le chemin par lequel nous étions arrivés, ou de tenter de gravir une montagne aussi vierge que les Alpes avant le passage d'Annibal. Si nous adoptions le premier projet, nous étions obligés de faire deux jours de marche sans trouver de quoi nous nourrir : le général en chef «se décida pour le second. Il %e mit à la tête de la colonne , et la nature fut vaincue. Nous atteignîmes ces cimes sourcilleuses qui dépassaient les nue$ ; nous découvrîmes la Cerdagne; l'espérance se réveilla dans nos coeurs : nous crûmes fermement que nous étions sauvés.
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