CHAPITRE
sique avec ceux de ia force morale, et mettre en harmonie le droit de la nature et le droit de convention. Tant de calamités essuyées, tant d'autres peut-être que nous prépare l'avenir, ne sont-eltes pas des motifs suftisans pour faire convenir de la nécessité de terminer d'aussi tristes discordes?
La décadence d'empires florissaos, l'instabilité des trônes les plus puissans, l'anarchie des peuples les plus pacifiques, ie meurtre de princes chéris et de citoyens illustres, enfin les horribles catastrophes dont fourmillent les annales des nations, ne doivent-elles pas faire sentir quelles terribles conséquences peuvent avoir les dissensions qui arment entre eux les monarques et les sujets ? Si, gouvernans et gouvernés, nous eussions eu le bonheur de faire cause commune , que de calamités nous nous serions épargnées! Cependant les symptômes de la fureur insensée qui agite les uns et les autres , jaillissent de tous côlés.
Lorsqu'un peuple, convaincu de l'iinpossibilité de se soutenir sans un frein qui le re* tienne , choisit le meilleur de ses concitoyens pour le gouverner, et le rend lui et sa femille dépositaires de la force et de Tautorité, ou lorsque le trouvant déjà reconnu, assis sur le trône , il se dévoue à sa défense , verse son sang pour lui , et n'épargne aucun genre de sacrifices pour lui procurer la paix au- dedans, et la victoire sur les ennemis du dehors, quels titres n'ont pas de tels sujets à l'amour de leur prince; quel motif pour le monarque dé se montrer reconnaissant, et que de raisons pour les uns et les autres de se réunir dans un sentiment commun de bienveillance et d'attachement réciproques ! Un pacte social fondé sur l'amour^ un code qui transformerait le tyran en père, et le vassal avili en fils respectueux, serait le plus heureux résultat que pussent obtenir la valeur et la constance de tout un peuple.
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L'histoùpe nous présente des exemples d'une telle réunion de volontés, et mille modèles d'une générosité glorieuse qui profite aux intérêts de tous. Nous y voyons des monarques qui'devaient tout à leurs peuples, ne leur en tenir aucun compte et payer d'ingratitude leurs défenseurs les plus héroïques, pendant que nous en voyons d'autres qui , sans avoir les mêmes motifs pour se rendre aux vœm de leurs peuples, ont établi cette alliance heureuse du pouvoir et de la liberté, et prévenu de dangereuses réactions.
Les rois qui ont suivi un système différent, n'ont jamais obtenu le même résultat. Il est trop difficile de s'opposer de front au cours naturel des choses, de combattre le sentiment intime de la justice. On a vu souvent certains nuages qui contenaient la foudre éclater avec fracas et causer d'effrayans désastres ; la pointe d'un rocher eiit suffi pour leur ôter leur électricité et leur pouvoir destructeur.
336 LIVIIE V.
Faut -il s'étonner après cela que certains peuples, voyant leurs espérances anéanlieSy le fruit de leurs sacrifices perdu et leurs réclamations repoussées, animés d'-ailleurs par Texeniple de pays voisins, qui jouissent do bienfait du système représentatif, aient cherché à se» couer l'absolutisme sous lequel ils gémissaient ? Faut-il s'étonner que , honteux de Vàb^ jection à laquelle ils étaient condamnés, et privés de tout moyen légal de porter leurs vœux, leurs besoins au pied du trône, ils aient fait usage de la seule ressource qui leur restait; qu'ils aient revendiqué les droits qu'on leur avait ravis ? Faut-il s'étonner enfin que dans l'irritation produite par la résistance ^ par le choc des passions, ils aient peut-être dépassé les bornes du devoir ? Rien de plus naturel.
Néanmoins, les princes et les grands n'ont songé qu'à leur opposer les prestiges de leur autorité^ et Ton a vu plus d'aune fois la guerre s'établir entre le monarque et les sujets