CHAPITRE I
décadence de la richesse publique dans les sciences, dans les arts et dans la morale, pendant cette époque célèbre, était un sujet qui nous donnait des droits à espérer que nous n'aurions pas trouvé de sévérité de la part de nos lecteurs , non-seulement par la difficulté de l'entreprise et la nature des obstacles qu'il fallaitvaincre, mais encore par le peu de temps que nous avions pour l'exécuter, et l'immense étendue qu'elle devait embrasser.
L'innucnce des innovations dans la marche progressive des lumières est , selon nous , aussi remarquable que celles qui ont lieu dans les cbangemens politiques des nations. L'Europe se partage de nos jours eu deux grandes divisions morales; les sciences et la diplomatie. Le génie et l'étude accordent aux états la première de ces prérogatives, et la force leur donne les moyens d'acquérir la seconde. Quelle que soit celle des deux que les peuples puissent obtenir, ils figurent honorablement sur le théâtre
du monde. Il serait peut-être même plus glo^ rieux pour eux de posséder le titre de sages que celui de puissans et de iQachiavéHques , particulièrement depuis qu'on a assuré leur indépendance par l'adoption d'une balanee européenne qui nivelle les nations ^ leur sert comme d'ancre pour fixer )eur sprt com-»
mun, et empêche l'anneau qui les lie de se rompre.
Quoiqu'il en soit, nous avons cru nous rCTidreaiuc vœux de nos lecteurs en recueffllant et publiant alors les divers fragmens que noiisi reprodiûsons aujourd'hui.
Il est convenu qu'il i^'esf permiS' 4 des écrivains contemporains que de réuttlr et de présenter des documens authentiques , et tout au plus d'écrire des mémoires et des ta* Ueaux où les feits se trouvent rangés dans leur ordre , et où ils doivent briller des seules couleurs de l^vérilié, sans qu'an esprit de partialité ou de flatterie cherche à les embellir;
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car de tels écfits sonl desrinés à la postérité qui ne se laissera pas éblouir par le vain éclat de la gloire ni par la brillante célébrité des héros de l'époque. Un historien qui n'attend pas plus la faveur qu'il ne redoute la haine en traçant ses pages, peut dire sans exagération qu'il ne craint ni n'espère rien des Othons, des Galbas, ou desVitellius(i). C'est un fait que la position tranquille du philosophe qui décrit les grands évènemens des empires, leur donne une certaine valeur et leur communique une autorité qu'ils n'avaient pas sans cela.
Mais les hommes s'offensent de ce qu'on leur montre leurs défauts, beaucoup plus qu'ils ne sont flattés des éloges qu'on donne à leurs vertus. Ils ont plaisir à voir censurer les «•rreurs de leurs aicux, et ils ne veulent pas
(i] La vie de l'hoinme publique esl allacb^ à >on emploi, La plupart de ceui qui figurent danii celle histoire étant en oui
voir relever celles qu'ils pourraient avoir commises eux-mêmes, quoique le cœur humain ait été essentiellement le même dans tous les pays et dans tous les âges. Ouvrez les annales des nations, parcourez les affreux intervalles de leurs dissensions intestines et ceux de leurs époques les plus brillantes, sondez le cœur jusque dans ses replis les plus secrets, et vous y découvrirez toujours les traits élémentaires que lui a gravés le Créateur , et qui indiquent les causes qui ont existé depuis sa formation; de même qu'en remuant les ruines d'un édifice écroulé , on trouve encore les traces de sa distribution , et on y distingue la main de l'architecte.
Néanmoins nous pouvions bien accompagner de quelques légères réflexions le peu de renseignemens qu'il nous avait été possible de recueillir, comme appartenant à des objets purement statistiques ou de notoriété publique, lesquels, à la différence des sujets po-