CHAPITRE IV
déjà à la Conque.. Une épaisse fumée qui s'élevait des hauteurs d'Orcauhii servait de point de direction. Il fit avancer ses troupes, donna ordre à un bataillon de prendre les insurgés en flanc , et de s'emparer d'un petit cbâteau qu'ils occupaient au sommet de la montagne.
Le reste fut déployé devant le front du village. Les insurgés ne purent tenir et le château fut enlevé. La prise d'Orcau nous rendit maîtres de Tremp. Au commencement de Tattaque, un officier d'état-major (i), qui avait traversé la ville, était déjà tout près du château, lorsqu'il éprouva le feu d'une compagnie en* tière qui , surprise de le voir déboucher à cette bauteur , l'avait pris pour un des chefs des insurgés. Le bonheur voulut qu'il ne fut pas atteint ; et il entra encore un des premiers dans la place. "^
Une sorte de prestige s'attachait au baron
( I ] L*auteiir de cet ouyrage.
d'Eroles. Né dans la Couque, les hsdbitans liaient à son nom des idées de puissance et (fbabileté qu'il nous importait de détrtiirei II &llait les convaincre de la faiblesse d'un homme qui lés mettait tous en mouvement. Nous fimes abattre la maison qu'il avait à Talam, per-< suadés qu'ils remarqueraient eux«mànes que s'il avait eu une force réelle , il l'eût «nployée à la défense de sa propriété. Nous ne nous étions pas trompés, ainsi que nous eûmes plus tard occasion de nous en assiH*er.
Après TafEsùre de Torà, le baron d'Eroles resta quelque temps sans se montrer. Honteu:^ k la fin de sa longue inaction , pressé par les ordres de la régence d'Urgel , et enhardi par quelques avantages qu'il avait obtenus dans les fortes positions de la Puebla, à l'époque de la guerre de l'indépendance , il résolut d'allel^ de nouveau y tenter la fortune. Il concentra toutes les forces dont il pouvait disposer , se fit soutenir par quelques pièces d'artillerie^ e(
CHAPITKE IV. 87
' annonça le dessein où il était de nous attendre, lïous ne tardâmes pas à l'aller chercher.
Nous étions en route et nous approchions du yillage de N**^ lorsque nous iumes arrêtés par un incident qui nous toucha, et dont les guerres civiles ne sont malbeureosement que trop fécondes. Celui-ci pdnt les hommes qui se disaient armés pour la foi.
Lorsque le général en chef passait quelque part, les corporations municipales se disaient un devoir de lui rendre leurs hommages. Celle de ce village, sachant qu'il devait arriver, accourut au-devant de lui à une assez grande distance. Tout-à-coup l'alcade qui la préside, apercevant te général , se détache de ses confrères , et vient se jeter a ses pieds ; il essaie de lui adresser la parole , mais ses lèvres tremblent, ses joues pâlissent, il respire à peine. Etonnés de son émotion, nous nous poessions autour de lui; nous cherchons à le
ranimer; il reprend enfin ses sens. « Pour- « quoi , mon général , s'écrie-t-il , n'êtes-vous « pas arrivé un jour plus tôt? hier j'étais le a plus heureux des pères, aujourd'hui j'en (( suis le plus infortuné ». Le général veut connaître sa peine et l'accable de questions. II ne peut prononcer un seul mot et ne répond que par des torrens de larmes. Nous nous adressâmes à ceux* qui l'accompagnaient^ -et nous apprîmes que sa fille unique dont la beauté était célèbre dans le canton, venait de lui être enlevée par Missas , qui avait passé à cheval à la tête d'une douzaine d'aventuriers.
Nous arrivons devant Eroles. Ses troupes occupent plus d'une demi-lieue d'étendue sur la grande chaîne de montagnes , qui part de l'angle formé par le Flantisel et le Paliaressa, remonte vers la source du dernier , court dans la direction des Pyrénées, et constitue les célèbres positions de la Puebla. L'action ne