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Mémoires sur la digitaline [electronic resource]

I. I/C mémoire dont nous venons de vous faire connaître le tùre n'est qu'une partie d'un grand travail de Quevenne et Ilomolle sur la digitale, (le mémoire, presque entièrement chimique , contient l'histoire des divers principes rétirés jusqu'il ce jour de la digitale. Un autre mémoire conliendra les faits cl observations du domaine de la plijsiologie et delà thérapeutique.

II. Dans le préambule du mémoire qui fait le sujet de ce rapport, les auteurs eNpIiquenl ainsi qu'il suit les motifs qui les ont déterminés à composer leur travail :

« Le point capital dans l'iii-stoirc chimique et thérapeutique de la digitale, l'extraclicn du principe actif de cette plante, ayant été atteint par nous, nous eussions pu borner là nos recherches, et nous en tenir à la sanction que la Société de pharmacie avait donnée à ce prêt! ier résultat de nos eîTorls, eu décernant au mémoire présenté par l'un de nous le prix proposé pour Taixtraciion de la digitaline.

» Mais un grand nombre de personnes, tout en convenant de riniporlaiice do la décoiiverle de ce principe, nous présentaient des objections pbis ou moins sérieuses. Ainsi, par exemple : Quels étaient les autres corps qui accompagnent la digitaline dans la plante? N'y en a-t-il pas |)armi ceux-ci qui contribuent l'action réputée sédative ou diurétique de la digitale? ou bien la digitaline représente-t-elle à elle seule ces deux propriétés ? D'autres se demandaient si ce principe offrait constamment l'identité désirable , et si le médecin pouvait compter dans sa pratique sur un degré de fixité suffisant? Quelques uns même allaient jusqu'il dire que, tout en reconnaissant que la digilaline offrait bien les propriétés de la plante, ils n'oseraient i)as se hasarder Remployer une.substance d'une activité si puissante, dans la crainte éveniuelle d'un dosage inexact. D'un autre côté, chacun était se demander si la digilaline , principe amorphe ou d'une cristallisalion douteuse, était bien un produit pur, ou s'il ne serait pas possible de la débarrasser de quelque corps retenu en combinaison , et de l'obtenir, par suite, avec des propriétés nouvelles et mieux définies.

» Familiarisés plus que d'autres avec la question , nous étions les premiers à sentir la valeur de plusieurs de ces objections : à nous demander, par exemple, s'il n'y avait pas quelques uns des autres principes de la plante, qui seuls et par eux mêmes, possédassent une action digne d'intérêt sur l'économie animale....

.) Nous nous sommes donc remis à l'œuvre, stimulés par un premier succès, entraînés presque irrésistiblement par le désir de perfectionner notre première découverte, et dominés par la volonté de n'introduire dans lu thérapeutique qu'un médicament bien étudié. »

III. iMainlenant que nous avons mis sous les yeux de l'Académie les raisons d'après lesquelles !\I M . Quevenue et Homollc sesonl livrés îi de nouvcllesinvesligalionssur l'tuie des plantes dont lepouvoir physiologique et thérapeutique excite au plus haut degré la curiosité, pour ne pas dire l'admiration de tous les vrais observateurs, passons »i l'analyse du mémoire dont

le rapport nous a clé confié. Co travail se divise nalurellonient en deux parties : l'une relative uniquement h la digitaline, l'autre exclusivement consacrée à tous les autres principes qui se trouvent dans la digitale. D'après la déclaration des auteurs, la première partie, celle qui traite de la digitaline, est la seule qui offre de l'intérêt au point de vue pratique. Aussi ajoulent-ils que c'est uniquement sur elle qu'ils ont voulu appeler l'attention de l'Académie, et qu'ils u'ont déposé la deuxième partie qu'à titre de renseignenieuts (1),

Quoi qu'il en soit, Homolle et Quevenne étudient, dans autant de paragraphes séparés : 1° la purification de la digitaline et ses propriétés chimiques; 2° V essai de la digitaline ; 3° la forme médicamenteuse sous laquelle il convient le mieux d'administrer la digitaline. •

IV. Pour purifier la digitaline brute, nos auteurs l'oi.t traitée par l'étlicr légèrement alcoolisé ( densité , 780), qui enlève la digitaline. Mais cette liqueur dissout aussi la digitalose et laisse le digitalin. Pour séparer celle-là de la digitaline, on soumet la dissolution à l'évaporation, et l'on traite le résidu ])ar l'alcool à 60 degrés, qui dissout la digitaline et élimine la digitalose. Évaporée à une douce clinleur, cette dissolution par l'alcool faible donne finalement la digitaline pure, ou du moins ne retenant que fort peu des deux corgs indiqués tout à l'heure, lesquels n'en peuvent être complètement isolés, tant est grande, disent M.M. Quevenne et \\omoWe, l'opiniâtreté avec laquelle la digitaline retient lesder-

(1) Nous croyons nous conformer au vœu des auteurs, en nous abstenant d'olTi ir à l'Acatlémie l'analyse de ccUe seconde pnrlie Nous nous contenterons d'énnmcri'r dans celle noie les principes qui, en outre de la digitaline, ont été jusqu'ici extraits de la digiialc Ce sont: 1° la digilaloae; 2° le digitulin , 3° lu (liyiialitle (ces trois piincipes, ainsi que la digitaline, se classent parmi les substances neutres) ; 4" l'acule diijitaliqitc; 5° l'acide aniirrliiniqne ; G° l'acide diyilotéiqi(e ; 7" l'acide (anuique ; 8° l'amidon ; 9° le sucre; 10 de la pectine ; 1 1° une inaiicre azoïée all}Uminoïde ; IS" nue matière colorante rouge orange criuallisahla ; 13" de la chlorophylle ; ii' une huile volatile.

nières traces de ces substances. C'est eu vainque ces habiles expérimentateurs ont fait de non)breuses tentatives pour l'aire cristalliser la digitaline ainsi obtenue, et plus pure que celle décrite antérieurement par l'un d'eux (l).

V. Celle purification opérée, la digitaline se présente sous l'orme de stries écailleuses ou de niasses (suivant la quanlité de celte substance) d'un jaune paille, d'un aspect résinoïde, plus ou moins transparente, s'écrasant avec facilité, el formant alors une poudre jaunTitre paie. Une fois isolée, la digitaline est inaltérable à l'air; elle olfre une légère odeur aromatique sui generis, et une amertume très prononcée.

La digitaline se dissout en petite quantité dans le sérum du sang sans y produire aucun changement apparent. La proportion dissoute paraît être la même que dans l'esu. Elle se dissout aussi dans le suc gastrique filtré. (Si l'on veut dissoudre la digitaline dans la bouillie gastrique brute ou le chyme, elle est absorbée par les matières alimentaires, et sa saveur amère disparaît comme dans le cas où l'on jette du charbon animal dans sa solution aqueuse.)

La digitaline n'exerce aucune action sur les deux papiers de tournesol. Elle se dissout en petite quantité dans l'eau, et pour ainsi dire en toutes proportions, dans l'alcool faible ou concentré (2).

La propriété caractéristique et dist inclive de la digitaline est de se colorer en vert-émeraude par l'acide chloi'hydrique concentré, en formant une solution trouble.

La digitaline appartient, comme il a été dit plus haut, ii

(1) Il est bien vrai qu'en dissolvant Id digitaline pmi/Jée dans l'alcool à 90 degrés, et en plaçant la dissolution dans les conditions les plus favorablos à la crislallisation, on observe souvent dans le résidu, avec le microscope, des rudiments de cristaux imparfaits. Mais ces cristaux appartiennent-ils réellement à la digitaline, ou bien sont-ils dus à uuedernière trace de digitalose, substance qui possède à un haut degré la propriété de cristalliser? MM. Ilomoile et Quevcnne ne se prononcent pas sur cette question.

(2) I/élher pur, d'une densité de 727, à la température de 9 degrés centigrades, en dissout, en moyenne, un centième de son poids.

la classe des principes imiiiédials neutres. Elle ne se combine ni avec les acides (le tannin excepté), ni avec les alcalis (1).

VI. Pour s'assurer c\eV identité ou de la qualité delà digiline, chose si importante et vraiment capitale sous le point de vue thérapeutique, MM. Honiolle et Quevenne ont eu égard aux divers degrésd'amerlume de cette substance ; car, disent-ils « son degré d'amertume, nous ne croyons pas le fait contestable, c'est son degré d'énergie.» Pour réussir dans ce mode û'essai, il faut opérer de la manière suivante :

a Ou dissout une quantité donnée de digitaline, 1 centigramme dans 2 grammes d'alcool, et l'on étend d'eau progressivement jusqu'à disparition complète de la saveur amère. Si la digitaline est bonne, elle doit nécessiter pour celte dose l'emploi de deux litres d'eau.

» Avec un peu d'habitude, et au moyen d'un échantillontype qui sert de point de comparaison, on parvient ainsi à apprécier d'une manière assez juste le degré d'amertume du produit. On l'admet comme bon, ou on le purifie suivant le résultat obtenu. »

Ce moyen d'apprécier l'intensité de la saveur des corps (appelé méthode dé dilution progressive), employé déjà par d'autres observateurs pour juger de la richesse de certaines préparations médicamenteuses, a été considéré par MM. Homolle et Quevenne comme propre à leur faire obtenir de la digitaline toujours identique avec elle-même.

Cet essaiestd'autantplusindispensable, qu'en se conformant rigoureusement au procédé de fabrication décrit, nul ne peut être certain d'avoir un produit toujours le même. Le digitaline, si l'on fait abstraction de son action sur l'économie animale, ne possède malheureusement aucune propriété essentielle à laquelle on puisse reconnaître positivement sa pureté. Ellé

(1) Les carbonates ulcjilins, cl par-dessus tout les alcalis minéraux caustiques, délruiscnl eomplèlemenl la digitaline, deslruction que favorise une température élevée. C'est la un fait dont il importe de bien se souvenir d ms les diverses manipulations que l'on pourrait avoir à faire subir à la digitaline.

ne cristallise pas, ne forme pas de combinaisons cristalllsabics : on ne peut donc jamais aiïirmer qu'elle a été obtenue sutlisamment ivire ou qu'elle n'a pas été mélangée. Ajoutons que l'épreuve de la dilution elle-même ne donne que des approximaiions, et pourrait bien être incapable défaire découvrir certaines fraudes. 11 en est, sous ce rapport, de la digitaline, comme de divers autres médicaments que le médecin emploie néanmoins chaque jour avec avantage. Telle est, entre autres, la vératrine, que son état amorphe et sou extrême énergie nous invitent en quelque sorte naturellement h mettre en parallèle avec la digitaline.

Que le préparateur de la digitaline soit donc bien prévenu que ce produit n'offre les garanties convenables qu'autant que, soumis h l'épreuve de la dilution, il aura donné le même résultat qu'un typeû'ime pureté reconnue. Que le médecin, de son côté, soit averti que la digitaline ne constitue pas un médicament d'une identité tellement assurée, qu'il ne faille pas apporter dans son emploi une grande prudence, prudence que commande assez, d'ailleurs, l'activité extrême de ce nouvel agent thérapeutique.

VII. MiM. Ilomolle et Quevenne étant ainsi parvenus à obtenir la digitaline sous cet état qu'ils appellent identique, il leur restait à déterminer quelle était la /bme pharmaceutique à lui donner, sous le quadruple rapport de la sûreté, de la commodité, de la bonne conservation et de la facile administration de ce médicament. La solution de ce problème était d'autant plus importante, qu'il s'agit ici d'un produit qui jouit d'une très grande activité, activité telle qu'il ne devait être administré que par milligrammes, ou à dose, pour ainsi dire, infinitésimale. Il ne pouvait donc, comme le sulfate de quinine, par exemple, et tant d'autres médicaments, être prescrit d'une manière directe et sans intermédiaire.

Parmi les diverscîsformes pharmaceutiques qui pouvaientse disputer le choix de iMM, Ilomolle et Quevenne, se présentait celle qu'on appelle iovmQ pilulaii-e, et c'est à elle qu'ils ont cru devoir donner la préférence. Celte forme elle-même compte, ainsi que tout le monde le sait, plusieurs variétés.

La variélé « qui nous a |)aru l'emporter, disent MM. Homolle et Queveniie, c'est celle de très petites dragées, où la matière active se trouve enveloppée sous une couche de sucre , de telle sorte que le malade , en raison de leur très petit volume , peut les avaler facilement sans les mâcher , et dès lors sans avoir d'autre perception que celle du sucre qui les recouvre. » A cause de leur petit volume, ces dragées ont été désignées , par MM. Homolle et Quevenne, sous le nom de granules. Deux grands avantages , entre autres , se trouvent dans celle forme médicamenteuse : 1" un dosage sûr, facile à contrôler et par le médecin et par le malade, puisqu'il ne s'agit que de compter le nombre des granules, dont chacun contient un milligramme de digitaline ; 2" une conservation à laquelle MM. Homolle et Quevenne ne connaissent pas jusqu'ici de terme.

VIII. Tel est, messieurs, le fidèle résumé du mémoire de MM. Homolle et Quevenne sur la digitaline. Nous ne croyons pas nous tromper, en disaiitque ce mémoire est, soustousles rapports, digne de l'intérêt de l'Académie, etqu'aprèsen avoir pris connaissance, on éprouve le désir de voir bientôt ses auteuis en présenter le complément, c'est-à-dire la partie de leur travail relative aux faits et observations du ressort de la physiologie et de la thérapeutique. C'est alors seulement qu'il conviendra d'examiner, en s'éclairaiil du flambeau d'une saine clinique, quel rôle la digitaline est appelée jouer dans la pratique, en présence des nombreuses préparations de digitale employées avant elle.

Mais , sans attendre plus longtemps, nous croyons pouvoir déjà déclarer que les recherches de MM. Quevenne et Homolle sur la digitale méritent de trouver place parmi celles qui font époque dans une science. Certes, ce n'est |)as un médiocre honneur que de marcher ainsi sur les traces des Pelletier et des Robi(iuet, qui, les premiers, découvrirent le principe actif (morphine et quinine) de deux de ces grands médicaments, sans lesquels, pour nous servir du langage de Sydenham, on ne saurait exercer la médecine. Par celte belle découverta, monument précieux des progrès de la

chimie organique , ils atlaclièrent à leur nom une de ces gloires auxquelles on ne saurait trop aspirer , puisqu'elles rappellent des services rendus !x l'iiunianilé souffrante en même temps qu'a la science.

Comme témoignage de sa haute approbation, nous avons l'honneur de proposer à l'Académie de renvoyer le mémoire de iVliM. Quevenne et Homolle au comité de publication.

[Adopté.)

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