ACTION PHYSIOLOGIQUE ET THÉRAPEUTIQUE
DE LA^ DIGITALISE.
A FÉVRIER mi.
Messieurs, il y a maintenant un an passé que nous avons fait à l'Académie (1) un rapport sur un mémoire de MM. HomoUe etQuevenne, relatif aux divers principes retirés jusqu'à ce jour de la digitale, et spécialement à la digitaline, principe actif de celte précieuse plante. Nous terminions notre résumé de ce travail dans les termes suivants : « Après en avoir pris connaissance , on éprouve le désir de voir bientôt ses auteurs en présenter le complément , c'est-à-dire les faits et les observations du ressort de la physiologie et de la thérapeutique; c'est alors seulement qu'il conviendra d'examiner, en s'éclairant du flambeau d'une saine clinique , quel rôle la digitaline est appelée à jouer dans la pratique, en présence des nombreuses préparations de digitale, employées avant elle. »
MM. HomoUe et Queveune n'ont pas lardé à communiquer
(() Bulletin de l'Académie, 8 janvier 1850, t. XV, p. 332.
Ji l'Acaclémie ce complément désiré de leurs premières reclicrches, sous le titre de Troisième mémoire sur la cWjitaline, et nous venons aujourd'hui, messieurs, vous en rendre compte.
Dans ce nouveau mémoire , les auteurs se proposent d'établir « que la digitaline est le seul principe actif de la digitale; qu'elle en présente toutes les propriétés physiologiques et thérapeutiques, et que la constance de ses effets , aussi bien que son inaltérabilité , lui donnent sur les préparations pharmaceutiques de la digitale un avantage incontestable. »
Or, voici quelles sont les propriétés physiologiques et thérapeutiques attribuées à la digitale par les nombreux observateurs qui ont consacré son étude des travaux plus ou moins importants.
1" Une action éméto-cathartique constante , lorsqu'elle est administrée h dose assez élevée;
2" Une action diurétique assez généralement observée , quoique plus rare ;
3° Une action toute spéciale et très remarquable sur la circulation.
Déplus, elle provoque une légère irritation cérébrale , caractérisée par des éblonissements, des vertiges, de la céplialalgie , de l'insomnie et du délire.
Insistant ensuite plus particulièrement sur la propriété spéciale, nous dirions presque spécifique, de la digitale, nos auteuis s'efforcent de déterminer le mode d'action que la digitale exerce sur l'organe central de la circulation , et par suite , les indications que cet agent thérapeutique est appelé li remplir.
Les médecins français, en général, disent-ils, considèrent la digitale comme un sédatif de la circulation ; les médecins anglais lui reconnaissent une action primitivement excitante sur le centre circulatoire qu'elle ne déprimerait que secondairement. Rasori place la digitale au premier rang des contra -stimulants , et en fait un succédané de la saignée.
Jœrg, de Leipzig , conclut de ses études sur la digitale ,
que ce n'ost que co«sociUivcmciU qii'ollo détermine la dépression ilii système vasculaire.
« W. Hiitcliinson, qui s'est livre sur lui-même à des expériences consciencieuses et persévérantes , a constaté l'augmentation primitive de l'action du cœur, suivie de la dépression et du désordre de cette fonc ion. »
Pour remplir aussi dignement et aussi complètement que possible la tâche importante et délicate que l'Académie nous a confiée , nous n'avons pas dû nous borner à faire connaître par une analyse raisonnée celle nouvelle partie du travail de MM. Homolle et Quevenne. Il nous fallait encore rappeler à nos collègues l'état actuel de la science sur les propriétés ■ de la digitale, et de plus leur rendre compte des expériences cliniques auxquelles nous nous étions livrés nous-mêmes pour apprécier, aussi rigoureusement que le comportent aujourd'iiui nos méthodes d'observalion, l'action du nouveau principe actif de la digitale, dont la découverte appartient aux auteurs nommés tout ix l'heure. C'est ainsi que nous avons procédé ; et delà, naturellement, la division de notre rapport en trois parties : la première, consacrée un rapide aperçu historique des opinions émises sur les propriétés de la digitale ; la seconde, relative h l'exposé des recherches des auteurs du mémoire sur les propriétés de la digiialine; et la troisième, enfin, contenant les propres expériences de la commission.