TUMEUR PEDICL'LBE DC BRAS GAUCHE ', ABLATIOK AVEC LE GALVANIQUE
M. L..., Dé le 29 décembre 1842, à Stuttgard (Wurtemberg), employé dans une maison de commission à Paris, a toujours joui d'une bonne santé, quoique d'un tempérament très-lymphatique.
Au mois de septembre 187(, il s'aperçut qu'il portait au bras gauche une tumeur indolente, et comme elle ne le gênait pas, il négligea
de s'en occuper. Peu à peu elle augmenta de volume sans perdre de ses caractères, et vers le milieu de 1872, elle commença à se pédiculer. A la fin de Tannée il la fit examiner par le docteur Pfeiffer, son médecin, et il fut convenu qu'elle serait enlevée prochainement.
Le 25 janvier 1873, en examinant M. L..., je trouvai une tumeur pendante, mobile, recouverte d'une peau très-fine demi-transparente, avec du tissu cellulaire légèrement infiltré ; à l'intérieur on sentait un noyau dur, lisse, roulant sous le doigt, qui me parut être un enchondrôme.
Le 2 février, je priai M. Faguet, qui voulut bien m'assister dans cette opération, d'en faire le dessin, et lorsqu'il fut terminé, M. L..., s'étant placé sur un lit, fut anesthésié par M. le docteur PfeifTer.
Quand l'insensibilité fut complète, j'enlevai lentement la tumeur avec le bistouri galvanique à l'union de la peau saine avec la peau amincie. Il ne s'écoula que quelques gouttes de sang provenant d'artérioles cutanées, cautérisées aussitôt qu'elles étaient ouvertes.
L'opération terminée , j'appliquai une couche de coUodion élastique tout autour de la plaie, qui fut ensuite recouverte de ouate de coton que l'on maintint avec un serre-bras ordinaire. La fièvre traumatique fut assez légère pour que le malade m'affirmât le lendemain qu'il n'en avait pas eu. Il avait, du reste, très-bien dormi et demandait à prendre sa nourriture ordinaire, ce qui lui fut accordé.
Comme le temps était froid et humide, je l'engageai à rester chez lui pendant trois jours. La plaie fut pansée d'abord avec de la ouate de coton ; mais trouvant que la cicatrisation se faisait trop lentement, je la fis recouvrir d'un plumasseau de charpie sèche et placer la ouate par-dessus ; le soir on remplaçait la ouate et la plus grande partie de la charpie par un cataplasme de farine de riz, et le lendemain matin on enlevait le tout ; puis , on appliquait de la charpie nouvelle. La cicatrisation marcha régulièrement, mais lentement à cause de la constitution du malade, et, vers la fin d'avril, la petite plaie, restant encore, était recouverte d'une croûte que je recommandai à M. L... de ne pas arracher.
Huit jours après, elle fut enlevée et je fis reprendre le pansement ordinaire. A la fin du mois de mai, la cicatrisation était complète.
M. le docteur Gornil, ayant bien voulu examiner cette tumeur au microscope, m'a remis la notion suivante : « La tumeur dont vous m'avez donné une portion est composée de cylindres arborisés, ramifiés, terminés en culs-de-sac formés eux-mêmes de cellules pavimenteuses , égales entre elles , granuleuses ou cornées avec
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noyau atrophié, semblables à celles des glandes cébacées. Ce sont ces ftlaments qui étaient visibles à l'œil nu et opaques. Un peu de tissu conjonctif les sépare.
La tumeur était enkystée, et il y avait là une membrane comme autour des loupes. C'est une tumeur sébacée, et par suite, une tumeur bénigne.
M. Daremberg a eu l'obligeance d'en faire l'analyse chimique et m'en a remis le résultat.
Densité faible ; nage à la surface de l'eau . mais non à celle de l'éther. Calcinée sur une lame de platine, elle brûle avec uue flamme éclairante en répandant une odeur cornée. Elle laisse un résidu peu abondant.
Ce résidu est soluble dans l'eau et les acides. Traité par l'ammoniaque il devient louche (Traces de chaux). Si l'on ajoute dans la solution alcaline du sulfate de magnésie, on a un abondant précipité de phosphate ammoniaco-magnêsien, insoluble par la chaleur, soluble par les acides faibles; au microscope on constate les caractères de ce dernier sel.
Une portion de la tumeur fmement pulvérisée est traitée par l'éther. Après évaporation de la solution éthérée, on voit au microscope quelques lames de cholestérine et de nombreuses gouttelettes graisseuses.
Sur une autre portion nous avons vainement essayé la réaction de la muroxide, 11 n'y a pas traces d'acide urique.
Donc la composition chimique peut se résumer ainsi : Graisse et phosphates à base de potasse et de soude ; probablement à Tétat d'oléophosphates alcalins.
Gomme on a pu le voir en lisant les observations qui précèdent, j*ai suivi trois modes d'exérèse différents pour enlever les tumeurs pédiculées de la peau : Tanse, le sécateur et le bistouri galvaniques.
Le procédé le plus simple- consiste à faire la section avec Tanso galvanique. Le malade étant assis sur une chaise, on passe autour de la base de la tumeur une anse de (il de platine, maintenue par deux pinces à torsion en rapport avec un appareil électrique, on isole le fil des parties voisines avec une lame de carton , et la tumeur étant bien maintenue par un aide, on plonge la pile dans le bain.
Lorsque la tumeur est très-vasculaire ou peu pédiculée", il est préférable d'employer le sécateur, quoique le premier procédé soit encore applicable en ayant le soin de pédiculiser d*abord avec un fil. Si on donne la préférence au sécateur, on étreint la base de la tumeur avec cet instrument, on glisse un corps isolant entre la canule double et les parties voisines ; puis on fait passer le courant.
Quand la tumeur est volumineuse et à base large , il peut être avantageux de se servir du bistouri de platine, comme on Ta vu dans la dernière observation. Dans ce cas, le malade étant couché , on procède avec lenteur en enfonçant la lame à la circonférence de la base de la tumeur. Si un vaisseau donne du sang, on le cautérise avec le plat de la lame, puis on continue à sectionner les tissus suivant le même procédé.
Toutes ces opérations, à Texception de la dernière pratiquée avec le bistouri galvanique, ne nécessitent que l'emploi de la plus petite pile chirurgicale , composée de 6 éléments zinc
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et d'autant de charbons, ayant 12 centimètres de hauteur sur 8 de largeur. C'est l'appareil le plus convenable pour les cautérisations de la pulpe dentaire.
Les soins consécutifs sont très-simples; si la section est peu étendue je ne fais aucun pansement, ou j'applique une couche de coUodion élastique qui la recouvre et la dépasse un peu. Lorsque le coUodion s'enlève, il se forme une petite croûte qui, à sa chute, laisse ordinairement une cicatrice complète, pourvu qu'on ait soin de ne pas l'arracher.
Chez le malade qui fait le sujet de la dernière observation, j'ai appliqué tout d'abord une couche de coUodion sur la peau entourant l'eschare, et sur celui-ci de la ouate de coton; plus tard, j'ai fait placer, la nuit, des cataplasmes de farine de riz, et le jour un plumasseau de charpie sèche. Ce pansement, que j'emploie généralement avec avantage, a été continué jusqu'à la cicatrisation de la plaie \
« Le Courrier médical, 1874, p. 373-378.