CICATRISATION
Le 25 mars 1875, je fus appelé par M. le docteur de la Grandière pour examiner une dame âgée de 28 ans , d'un tempérament lymphatique, mais jouissant habituellement d'une bonne santé, qui avait une affection utérine. M"*« M..., réglée à 13 ans, mariée à 17, avait eu un enfant, qui existe; son père et sa mère sont bien portants. En l'examinant, je trouvai une tumeur épithéliale du col développée principalement sur la lèvre antérieure. La base du col paraissant saine, je proposai à mon confrère de faire l'amputation au moyen de l'électricité, et la malade dut se purger le lendemain.
Le 27, assisté par MM. de la Grandière et Faguet, je fis mettre M»« M... sur le bord de son lit, dans la position ordinaire; je plaçai le fil sur la portion saine du col et je pratiquai l'ablation sans écoulement sanguin. Je fis une injection d'eau froide et l'abdomen
fut recouvert d'une couche de collodion élastique. La fièvre traumatique ayant été très-légère, la malade put se lever le 9 avril et reprendre un peu ses occupations.
Le 23, j'examinai M"*® M... avec mon confrère; nous trouvâmes une plaie ayant très-bon aspect; mais comme il existait à gauche un point dur, qui nous inspirait des craintes, il fut convenu que je ferais une cautérisation.
Le 25, j'introduisis dans la portion restante du col une tige de laminaire.
Le 26, assisté par mon confrère, je retirai la laminaire, puis je cautérisai l'intérieur du col et la partie voisine du vagin avec un caustique de Filhos taillé en cône; enfin je plaçai au centre de l'cschare une flèche de pâte de chlorure de zinc à parties égales; application de collodion élastique sur l'abdomen.
Le lendemain j'enlevai la pâte de zinc ramollie et nous vîmes une eschare dure et cylindro-conique.
Le 30, l'eschare était tombée, et le surlendemain M"® M... pouvait se lever.
Le 7 mai, nous examinâmes la malade et nous trouvâmes une plaie de bonne nature et ne nous inspirant -aucune crainte pour l'avenir. L'opérée reprit alors ses occupations habituelles et il fut convenu que mon confrère introduirait régulièrement une bougie de gomme élastique dans l'orifice du col,, afin d'en éviter le rétrécissement; de plus, M°^"* M... dut placer un exutoire au bras gauche.
Dans le courant du mois de juillet, j'ai constaté la cicatrisation complète du col et la belle santé de notre opérée.
J'ai regretté que la malade, qui fait le sujet de la onzième observation, ne m'ait pas permis de faire une seconde cautérisation; peut-être aurais-je pu retarder ainsi une récidive qui a bientôt dépassé les limites d'application des moyens chirurgicaux. Cette récidive m'a déterminé à pratiquer chez M™® M... une forte cautérisation, et la bonne cicatrice que j'ai obtenue me donne beaucoup d'espoir pour l'avenir*.
Quoique les malades que j'ai opérées de tumeurs cancéreuses du col soient en petit nombre, elles me permettront néanmoins de faire quelques réflexions pratiques au sujet de cette opération.
* Revue de thérapeutique tnéd.-chir., 1815, p. 48:2.
TRAITEMENT DU CANCER DU COL DE l' UTÉRUS 1 25
Sur mes douze malades il en existe deux, opérées depuis plus de cinq ans, qui sont bien portantes, et qui auraient succombé par suite de raffection dont elles étaient atteintes, si la chirurgie n'était venue à leur secours. J'ai donc obtenu au moins un arrêt dans la marche envahissante d'une maladie toujours fatale et j'espère qu'elles vivront encore longtemps. Quant aux sept dernières opérées, deux n'ont retiré aucun bénéfice de l'opération, et pour les autres le traitement est encore de date trop récente pour pouvoir formuler plus que de l'espoir.
La détermination précise des limites de l'affection cancéreuse du col étant le plus ordinairement impossible, on est obligé d'établir son diagnostic sur le toucher ; aussi arrive-t-il que le praticien même le plus exercé soit induit en erreur. Afin de se mettre autant que possible à l'abri d'une récidive, je pense qu'il convient, lorsque l'on a fait l'amputation du col avec le sécateur galvanique, de pratiquer une cautérisation centrale du moignon du col au moyen de la galvanocaustique chimique, où avec le caustique de Filhos et la pâte au chlorure de zinc, de manière à détruire le plus de tissus possible, alors même qu'ils paraissent sains.
Les résultats avantageux que mon père obtenait des exutoires chez les enfants lymphatiques, scrofuleux, dartreux, dans les cas d'arthrite, d'ostéite, de carie, de kératite, de blépharites chroniques, etc., m'ont conduit à les employer à la suite des opérations de cancer, et j'ai plusieurs opérés dont l'affection n'a pas récidivé après l'ablation complète de la tumeur, suivie de l'application continue d'un exutoire loin du siège de l'opération. Sans inconvénients bien grands du reste, je suis disposé à les croire utiles pour l'avenir des opérés quand le cancer a été complètement enlevé, et qu'il n'en existe pas dans un autre point de l'organisme.