Les autorités pourront également quitter la ville
3. Les caisses publiques, les fonds de la ville seuls exceptés , resteront à la disposition de l’armée royale.
4* Protection sera accordée indistinctement à tous les habitans , quelles qu’aient été leurs opinions.
, 5. Il ne sera imposé aucune taxe de guerre.
6 . Avant d’évacuer la ville , la garnison enverra deux commissaires pour passer dans les rangs de l’armée royale, pour en reconnaître la force.
7 . La garnison évacuera la ville à la pointe du jour, et l’armée royale y entrera demi-heure après.
Je n’ai pas le texte original de ces divers articles ; je les ai cités aussi exactement que ma mémoire a pu me les rappeler. A peine
êralent-ils signés, que le maire demanda I'a> faculté de consulter son conseil avant d’envenir à l’exécution définitive. On lui représenta qu’il n’avait sans doute donné son-, adhésion et sa signature qu’en vertu d’une autorité de ce conseil ; que sa demanden’était qu’un moyen de gagner du temps , et de détruire , au besoin , l’effet des con-, vendons auxquelles il venait de souscrire.
11 insista, et M. de la Rochejaquelein eut la condescendance de consentir à ce qu’il, désirait.
Nous attendions le jour avec impatience^ il parut enfin. Le délai fixé pour nous ouvrir les portes était écoulé, et nous n’avions encore vu personne. Nous renvoyâmes.
M. de Champvalier prévenir que nous, éiions las de tant de retards; que nous:
soupçonnions de la mauvaise Ibi^ et que si dans dix minutes on ne nous répondait pas ailirmativemcnt , nous allions obtenir pac la force ce que l’on refusait à nos bons procédés.
Cette menace eut son effet; le commandant de la garde nationale , le sieur Bonct ,,
entreposeur de tabac , et le capitaine de la gendarmeVie , Bondi , vinrent passer dans nos rangs. Ils prolongèrent leuC' visite autant qu’ils purent, et convinrent enfin que "nous avions plus de forces qu’il n’en fallait pour emporter la place, quelque résistance tju’on nous opposât.
Ils rentrèrent , mais les portés se fermèrent encore.
Ces lenteurs nous convainquirent qu’on avait appelé des renforts, et qu’on espérait de les voir arriver à temps pour empêcher l’exécution de la capitulation. Nous envoyâmes faire une dernière sommation ; cette fois on obéit. • - »
Les portes nous furent ouvertes à cinq heures du matin. Notre premier soin , en entrant, fut de faire exécuter strictement les articles de la capitulation , relatifs à la sûreté des citoyens. En même temps que des billets de logement furent distribués aux soldats , défense leur fut faite de maltraiter personne, et d’exiger autre chose que des vivres. Tous montrèrent une retenue et une modération dignes de la cause
qu’ih servaient. Leur conduite envers ieS habitans fut telle, qu’elle ne put fournil^ occasion à la plus légèile plainte.
Cependant ces bons procédés ne furent payés que par la déloyauté. L’iniendantgénéral s’étant présenté chex les divers receveurs , d’après l’art. 5 de la convention , chacun exhiba des arrêtés de compte, et assura que les fonds avaient été expédiés depuis quelques jours sur le chef-lieu. Le receveur de l’enregistrement, dans la caisse duquel on avait versé les fonds du receveur particulier, joignit le persilïlage au refus, et affectant des regrets hypocrites : « En «vérité, monsieur, dit -il à l’intendant- « général, j’en suis fâché j car j’eusse mieux « aime verser mes fonds entre les mains du « Roi que dans celles de l’empereur. » On fit des reproches de cette conduite au souspréfet Mialhe. « Ce n’est pas ma faute ,
« répondit insolemment cet homme , et je « vois bien qu’on ne cherche qu’un prétexte « pour Imposer la ville. » Le misérable 1 Personne ne connaissait mieux que lui la générosité et l’humanité deâ Vendéens. Une
armée dans d’aulres principes que la nôtre, ii’eûl pas laissé impunie une mauvaise foi si insigne de la part des autorités.
La garde nationale n’agit pas avec moins de perfidie. Âux termes de la capitulation, elle devait se retirer sur Parthenay, en cas quelle quittât la ville. Au lieu de tenir cet engagement, elle se porta-sur le village de Ligron , dans le dessein de s’opposer à la retraite de nos troupes.
Trompés par des faux rapports, car nous étions en pays ennemi, nous croyions qu’il n’y avait que sept à huit cents hommes à Parthenay ; et tandis que les buonapartistes se réjouissaient dans l’espoir de nous voir bientôt égorgés, nous étions parmi eux dans la plus parfaite sécurité. Tout à coup nous apprenons que l’ennemi a réuni quatre mille hommes de bonnes troupes , qu’il doit se mettre en marche dans la matinée, et que les communes jacobines de la plaine se joié gnent à lui pour marcher contre nous. A onze heures arrivent deux des nôtres , quL nous annoncent que, attaqués par huit pay< sans près du pont de Vrixm , ils en ont tué
deux à coups de fusil, et un troisième à lâ.
baïonnette ; mais qu’ils ont été obligés de céder au nombre et de se replier. L’instant après , nous sommes avertis que le général Delage parait sur les hauteurs de Saint- Jean.
Nous n’avions pas un moment à perdre 5 > il eût été dangereux d’engager une affaire dans la ville; le parti le plus sûr était de repasser le Thoué. La générale battit , et l’on se mit en marche.
A peine la tête de la colonne avait-elle débouché, que M. de la Rochejaquelein , qui s’était porté en avant, revint sur ses pas , et nous apprit que l’ennemi était maître des hauteurs de Ligron et du pont de Vrine. Nous avions bien eu la précaution de laisser un détachement de quatrecents hommes; mais cette troupe, suivant la mauvaise habitude qu’ont les Vendéens de ne pas se garder, avait abandonné ce poste important; et le général Delage;’avec la gendarmerie à cheval et quelques compagnies d’infanterie, guidé par la garde . nationale de Thouars, s’en était emparé
sans obstacle. Déjà il tournait la ville > tandis que les paysans buonapartistes arrivaient de toutes parts, et s’étendaient sur les deux rives.
Notre situation était critique. Nous avions à lutter contre une armée presque triple de la nôtre , à travers laquelle il fallait nous frayer un passage l’épée à la main, ou périr. Le sang-froid et l’audace pouvaient seuls suppléer à l’avantage de la position et du nombre.
- Dans cette extrémité, MM. de la Rochejaquelein et Dupérat, avec quelques autres officiers , se mettent à la tête de l’avantgarde, composée de chasseurs vendéens et des braves paroisses de Trémentines^et de Courlayj ils se précipitent vers le pont, écartent tout ce qui leur résiste , et en un instant se trouvent en possession des hauteurs de Ligron, que l’ennemi abandonne pour fuir à travers les champs. Un gendarme et quelques gardes nationaux furent tués dans cette attaque ; quelques-uns tombèrent entre nos mains. L’avant garde victorieuse poursuivit le détachement qu’elle
▼enait de battre , lui tua encore qnelqfie»
hommes , et fit quelques prisonniers. La queue de notre colonne, attaquée par la cavalerie, ne fut point entamée j elle traversa la rivière, et se mit en bataille de l’autre côté , pour disputer le passage au général ennemi ; mais celui-ci , étonné de tant de valeur, n’osa pas le tenter.
Six cavaliers vendéens étaient restés dans la ville pour défendre le passage du pont neuf. A l’approche de l’ennemi , ils mirent pied à terre', et firent sur lui un feu trèsvif. Le commandant des dragons eut la cuisse traversée d’une balle : quelques-uns de ses cavaliers furent blessés -, le reste s’arrêta devant ces six audacieux. Quand la ville fut totalement évacuée, ils se retirèrent en bon ordre. Le brave Lunel, dit Mayence , gendre du fameux Cathelineau , qu’ils avaient à leur tête , se distingua par des prodiges de valeur. Ses cinq camarades étaient déjà éloignés qu’il tenait encore. A la fin, accablé par le nombre, il tomba entre les mains des hussards , qui , pleins d’admiration pour son courage , ne permi-
igiiized
rent pas qu’on lui fît le moindre mal , et le conduisirent devant le sous-préfetj mais, moins généreux que les soldats, cet homme, ïndigne du nom de magistrat , ne se con* tenta pas de l’insulter lui-même j il poussa la lâchete jusqu’à le laisser à la merci des fédérés , qui l’outragèrent à l’envi , et lui arrachèrent les moustaches.
Les hussards de Chamborand et un escadron de cavalerie , après avoir traversé Thouars au galop, arrivaient dans la plaine qui conduit au pont de Vrine, lorsqu’ils virent venir à eux une colonne de paysans jacobins, dirigés par le trop fameux Bridier, commandant de la garde nationale d’Argenton- les - Eglises J iis prirent cette troupe pour un détachement de l’armée vendéenne, firent feu sur elle , et blessèrent à mort le chef et quelques-uns des brigands qui étaient autour de lui. La. horde entière allait être victime de cette méprise, si elle ne se fût aussitôt dispersée, et n’eût cherché son salut dans la fitite.
Le général Delage avait cru que , d’après les dispositions qu’il avait prises, notre ar-
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mée ne lui échapperait pas. Trompé darfs son espérance , et persuadé que des paysans qui avaient pu forcer une position aussi forte que celle de Ligron, sauraient bien s’y maintenir, il ordonna la retraite , et rentra dans Thouars.
La bataille était finie , quand trois mille fédérés d’Anjou , à la tête desquels s’était mis le sieur Duchatel , ancien militaire , connu par le jacobinisme le plus exalté, arrivèrent à Brion. Au bruit de la fusillade, qui s’entendait d’assez loin , la moitié de sa troupe prit la fuite -, lui - même , il n’osa . s’avancer avec ce qui lui restait de monde ; il fit sa retraite sans avoir vu les Vendéens, et rentra honteusement à Montreuil. Quelques heures avant , ce brave devait tout exterminer ; on ne se rassemblait pas assez vite ; il craignait d’arriver trop tard !
Ainsi se termina cette expédition des V endéens, aussi glorieuse pour eux que honteuse pour les buonapartistes de Thouars.
Les troupes réglées contre lesquelles nous avions eu à lutter, étaient plus considérables que les nôtres. Le nombre des fédé-
rés révolutionnaires était au moins triple.
Ces misérables profitèrent de ce qu’ils se trouvaient réunis pour se porter aux plus violens excès. Ils eurent la barbarie d’égorger plusieurs individus qui n’avaient pas voulu se joindre à eux. Un jeune homme qui était sur le point de se marier, fut une de leurs premières victimes.
Je dois ici rendre justice à la conduite du général Delage. Si cet ofiicier eut le malheur de faire la guerre aux sujets fidèles de son Roi , du moins , dans cette circonstance comme dans celles qui l’ont suivie , montra-t-il une loyauté et des sentimens d’humanité qui l’honorent. Il fut plein d’égards pour M”® le Maignan. Cette dame avait voulu suivre son mari dans la Vendée. Au combat du pont de Vrinc, sous une grêle de balles , elle se trouvait séparée de lui. Obligée de se réfugier dans iine maison du village , elle fut prise et emmenée à Thouars. Le général Delage, touché de sa situation, la rendit à sa belle-sœur, et la chargea de deux lettres, l’une pour M. le Maignan , l’autre pour M. Auguste
de la Rocbejaquelein. Le lendemain , il mit en liberté une douzaine de prisonniers vendéens, parmi lesquels était le brave Lunel , et eut l'attention de les faire conduire audelà du faubourg Saint-Jacques , afin de les soustraire à la fureur des jacobins. La rage de ces forcéués était telle, qu’elle avait éteint en eux tout sentiment de pitié. Qu’on s’en fasse une idée par ce trait : Quelques-uns des leurs, grièvement blessés, étaient restés dans les champs , en proie aux plus cruelles souffrances. Croyant que ces infortunés étaient Vendéens, ils les laissèrent mourir de faim.
!Nous quittâmes les hauteurs de Ligron pour nous rendre aux Aubiers, et de là à Cbâtillon , afin d’y aviser aux moyens d’arrêter les forces supérieures du général Delage. Jusqu’à ce que nous eussions connaissance des opérations de notre armée dans le Bas-Poitou, nous ne pouvions nous éloigner sans exposer le pays au malheur d’une invasion; d’un autre côté, nousavions trop peu de munitions pour risquer une bataille. Cet état de dénnment nous força
de nous bornera la défensive, et des ordres furent donnés en conséquence. Ainsi donc, deux mille Vendéens aux ordres de M. de la Rochejaquelein , avaient fait une diversion, qui attira sur Thouars quatre mille hommes de troupes et grand nombre de fédérés , ce qui les éloigna du champ de bataille où devait se décider le sort de la Vendée, confié à M. d’Autichamp, qui com* mandait les trois corps d’armée qui devaient combattre l’ennemi ; mais nos espérances s’évanouirent bientôt. Des lettres adressées à M. de la Rochejaquelein vinrent nous apprendre la fatale issue de la bataille de la Roche - Servière et les désastres de l’armée royale. On annonçait que le général Lamarque , profitant de sès avantages , faisait de nouvelles propositions ; on ajoutait que la situation des afifaires ne permettait guère de les repousser ; qu’il devenait nécessaire aux chefs de se réunir pour discuter cet important objet, et l’on indiquait pour rendez - vous le village de la ïessoualle.
Le jour même où nous reçûmes ces tristes
nouvelles , M“* le Maignan arriva à Cbâtillon. Elle remil à M. Auguste de la Rochejaqueleiu la lettre du général Delage, qui contenait des propositions semblables à celles du général Lamarque. i
Notre position était extrêmement délicate. D’un côté , le général Lamarque s’avançait à grands pas sur CUollet; de l’autre, Delage, à la tête de quatre mille hommes, nous menaçait, et se disposait à envahir l’arrondissement de Bressuire. Un refus positif nous perdait. En peu de jours, nous eussions eu sur les bras toutes les troupes de l’ennemi réunies j et dans la supposition même où tout le monde aurait marché , nous ne pouvions à tant de forces opposer que cinq mille hommes.
Dans cet état de choses , quoique décidés à UC pas traiter, tous les officiers jugèrent unanimement qu’il fallait profiter des ouvertures faites par le général Delage , et faire une suspension d’armes pour gagner du teftips.
Nous nous flattions que, dans Tenlrevue de la TessQualle, les généraux réunis adop-
teraienl le plan de défense que venait d’arrêter le général en chef, par son ordre du 22 juin (i), ou que du moins on en concerterait un nouveau , dont l’exécution pût noivs arracher à l’embarras de notre position. Nous avions encore l’espoir de prolonger assez les négociations pour nous préparer ep faire parvenir nos ordres sur tous les points de la Vendée. Déterminé par ces considérations, M. de la Rochejaquelein envoya MM. le Maignan et 'Duchesne au général Delagc, pour faire une suspension d’armes de trois jours; elle avait pour but d’avoir le temps nécessaire pour correspondre avec les autres généraux vendéens. Le général accorda cette suspension, usa des meilleurs procédés envers les envoyés de l’armée royale , et se conduisit avec autant de loyauté que de délicatesse.
M. de la Rochejaquelein, assuré que son pays ne serait pas attaqué , partit pour la Tessoualle le 24 juin, accompagné de quel-
(i) Voyez Pièces justificatives, n" XVI.
ques-uns de ses officiers , dont je faisais partie. Nous y trouvâmes MM. de Sapinand et d’Âutichamp, et nous nous réunîmes de suite, afin de délibérer sur les propositions du général Lamarque.
On se rappelle la mission des envoyés de Fouché , pour arrêter l’insurrection à sa naissance, et l’influence funeste qu’eut la présence de ces commissaires sur l’esprit des officiers qui consentirent à les écouter. On a vu qu’à Montfaucon le plan de pacification proposé par l’ennemi, fut unanimement rejeté, et que chacun prétendit n’avbir adhéré à aucune condition. Si les faits que j’ai racontés jusqu’ici n’avaient pas convaincu le lecteur que quelques généraux vendéens avaient dès-lors accepté ou même dicté le traité , ce qui me reste à dire en fournira une preuve malheureusement irrécusable.
Lamarque , pour obtenir par la force des armes ce qu’il n’avait pu gagner par la voie des négociations, était entré dans la Vendée. Vainqueur à la Roche-Servière, il avait cru le moment favorable à de nouvelloe
démarches, et avait adressé en conséquence à M. de Sapinaud la lettre suivante :
CUtson, le 31 jnin i8i5>
« Monsieur,
« MM. de Malartic, Flavigny et de la « Béraudière doivent être dans ce moment « auprès de vous, porteurs des propositions « faites par le gouvernement. >
« Ils m’ont assuré, monsieur, que malgré « la différence de nos opinions , vous con- « servez le cœur français ; et que vous n’é- •t tiez pas insensible au malheur dont ce « pays est le théâtre. C’est du champ de « bataille de la Roche-Servière , où il n’a « été versé que du sang français , et c’est « au moment où il me serait facile de suivre « mes succès , que je vous propose de nou- « veau de donner la paix aux départemens « de l’Ouest.
•t Militaire, je ne vous offrirai que des « conditions que l’honneur peut avouer, et « qui concilieront vos intérêts avec ceux « de la patrie.
. M U est possible, monsieur, qu’on vous
« trompe sur les érènemcns Une dé-
« pêche télégraphique que m’a transmise le
• général Charpentier, et qui m’est parve- > nue au moment même où nous nous bat- « lions ensemble, m’annonce que l’cmpe-
• reur a passé la Sambre le i5 , écrasé l’a- « vant-garde prussienne; et que le i6, il a « rempftrié une victoire complète sur les « armées réunies de Blücher et de Wel- « lington. Je vous garantis ces nouvelles « sur ma foi de militaire.
« Je désire, monsieur, avoir une réponse « prompte , et savoir quelle est votre façon « de penser sur une proposition qui est la « dernière de ce genre que je croie pouvoir r me permettre.
« Je vous préviens qu’à la première In- « tention de traiter que vous manifesterez , « j’arrêterai la marche des colonnes, et nous « réglerons le lieu des conférences. » ■ '
J’ai l’honneur,
Le lieutenant-général commant^nt l’armeeT^
, Signé Max. Lamarqüe.
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Cette lettre était pressante , il fallait y répondre. M. de Sapinaiid ne votilani pas s’engager envers le général Lamarque sans le concours des autres généraux , la communiqua à MM. de la Rochejaqueleln et d’Autichamp ; on convint d’y faire' la réponse qui suit ;
« Nous venons de recevoir votre lettre « du ai courant. Nous voulons faire part « de vos propositions à tous les généraux « royalistes de la rive droite de la Loire , « bien décidés à ne point séparer noS inié- «f rêts des leurs pendant le temps qui sera « nécessaire pour recevoir leur réponse.
« Voyez, général, si vous jugez à propos « de suspendre les hostilités. Nous atten- « dons votre réponse , et votre conduite « réglera la nôtre. »
Nous avons l’honneur d’être.
Signé DE Sapinadd , général en chef, le comte Charles d’Autichaiwp, Auguste de la Rochejaquelein.
Cette réponse avait pour but de gagner
le temps nécessaire pour noos mettre en mesure résister à l’ennemi. Du moinsi était-ce la pensée de MM. de Sapinaud et la Rochejaquelein. 11 fallait environ huit jours pour recevoir des nouvelles de la rive droite : c’était assez pourpréparer la défense du pays et faire repentir l’ennemi d’avoir osé y pénétrer. Il ne s’agissait plus de lui livrer des batailles, mais de lui faire une guerre d’embuscade , et de l’accueillir par-tout à coups de fusil. Quoiqu’il eût des forces con.sidérables , il ne lui était pas possible de les diviser sans se compromettre j et cependant ce n’était qu’en occupant à la fois tous les points principaux, qu’il pouvait parvenir à soumettre la Vendée. On conçoit aisément que quatorze mille hommes répartis sur une immense étendue , séparés les uns des autres , et embarrassés par l’extrême difficulté de se procurer des vivres , auraient eu beaucoup à souffrir. Entourés d’une très-grande population en armes, ne pouvant communiquer entre eux, fatigués par de continuelles alertes, ils auraient fini par succomber sous les attaques partielles
renouvelées sur différens points et tous les jours. Si , au contraire , reconnaissant le danger de disséminer ses troupes , l’ennemi se fût décidé à les tenir réunies, il aurait alors évidemment manqué son but; il n’eût été maître que des points qu’il aurait occupés. Ainsi huit jours de délai eussent prèsque in&illiblement anéanti le fruit de la victoire de la Roche-Servière. Lamarque la sentit ; aussi ne voulut -il rien entendre , et pressa-t-il constamment la conclusion du traité qu’il proposait. £n voici les bases telles qu’elles lui avaient été envoyées dès le 7 juin par les ministres de l’usurpateur :
Parit, le 7 juin i8i5.
« Monsieur le général ,
, tt Après avoir conféré avec M. le duc « d’Otrante sur l’objet de votre lettre du 5 « de ce mois ; et après avoir pris les ordres « de l’empereur, nous vous autorisons à « signer une pacification pour les dépar- « ^mens de l’Ouest , sur les bases sui- « vantes :
« Art. 1 *''. Amnistie pleine et entière et « sans réserve pour le passé.
« 2 . Il sera libre à M. de la Rocheja- « quelein d’habiter la France , ou de passer € à l’étranger et de vendre ses propriétés.
« 3. Les décrets rendus contre M. d’An- « digné sont rapportés ; il lui est accordé « la même latitude qu’à M. de la Rocheja- « quelein.
« 4- MM. d’Autichamp, Suzannet, Sa- « pinaud,^ et tous les autres chefs, pourront « habiter telles communes qu’ils voudront, « dans toute l’étendue de l’empire, en don- « nant leur parole d’honneur d’y être tran- « quilles, et de n’employer leur influence « que pour le maintien de la paix.
« Eu traitant avec des Français qui, dans « leur erreur même, ont montré une loyauté « constante , toute défiance serait inju- « rieuse.
« 5. Tous les individus arrêtés par suite « de l’insurrection, seront mis sur le champ « en liberté , notamment M. de Boigny.
« 6. Il n’y aura aucune levée , aucun « appel aux anciens militaires, dans le cou-
» rant de celle année 1 8 1 5 ; on ne pourra « employer les liabitans qu’à la garde de « leurs propres départemens.
« 7. L’empereur s’engage à demander « el à obtenir des chambres un dégrève- « ment pour les impositions de i 8 i 5 .
c 8. Les individus qui ont des talens et « le désir de servir la patrie et l’empereur, « seront admis aux places aux mêmes con- « ditions que tous les Français.
« 9. L’empereur voulant reconnaître les « services de ceux qui, dans cette circons- « tance, contribuent à la pacification d’une « contrée livrée à tous les malheurs de la « guerre civile, a autorisé ses ministres de « la guerre et de la police , à lui présenter « un rapport sur les récompenses et les « pensions à accorder.
« 10. Immédiatement après la paciQca- « tion de la Vendée, il sera envoyé des « officiers pour faire connaître dans toutes « les communes et y proclamer les lois et « les actes du gouvernement.
« II. L’empereur s’en rapporte à la * loyauté des signataires de la présente
« pacification pour la remise des ârtnes et « des munitions de guerre qui ont été dé- ■ « barquées sur nos côtes. »
Signé le duc d’Otrante.
Le prince d’Eckmülh, etc.
« Tous les articles ci-dessus sont com- « muns à MM, les chefs de la rive droite. »
Le général commandant en chef,.
Signé Max. Lamarque.
Il est remarquable que ce traité divise les chefs vendéens en deux cathégories.
11 fut lu dans le conseil de la Tessoualle,'* ainsi que les pièces qui le concernent.
Nous étions trente -six ofiiciérs, parmi lesquels se trouvaient MM. de Marans et de ChelFontaines , tous les deux aides-decamp de Mgr. le duc de Bourbon •, 'ni l’un ni l’autre ne voulurent prendre part à la discussion qui s’éleva sur cet objet.
La première question à résoudre fut celle-ci : Le général ennemi est-il en position de nous prescrire des conditions ? ’
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M. de la Rochejaquelein , sans se faire illusion sur l’état des choses , dit que quelque fâcheuses qu’elles fussent ,^elles n’étaient cependant pas désespérées, appoint qu’il n’y eût de salut pour nous que dans un traité déshonorant j que si les généraux voulaient se mettre en mesure de résister, comme il le ferait lui-même, il ne perdait pas l’espoir de se maintenir, du moins assez long-temps pour attendre les résultats des opérations dos alliés sur les frontières ; qu’en évitant des batailles et en se bornant à la guerre d’embuscade, on parviendrait d’autant plus promptement à détruire le$ forces ennemies , qu’elles ne pouvaient pas se renouveler; qu’à la vérité au moment où nous allions recueillir les plus grands avantages , des fautes capitales avaient arrêté tous nos succès ; mais qu’il ne fallait pas aggraver nos maux par une soumission qui flétrirait la gloire des armées vendéennes.
Il traça rapidement le tableau de nos ressources , et fit valoir sur-tout le nombre et le dévoûment des habitans. Il représenta avec chaleur que cette masse d’hommes, ne
fût-elle armée que de bâtons , suffisait pour anéantir les troupes de Lamarqiie. Enfin , il conclut, à ce qu’on rejetât les propositions de ce général.
Plusieurs officiers , frappés des raisons qu’ils venaient d’entendre , appuyaient l’opinion de M. de la Ruche jaquelein. D’autres, et en plus grand nombre, paraissaient plus ou moins incliner vers un accommodement. La discussion devint bruyante et tumultueuse. Les partisans de la paix pressaient, sollicitaient, tourmentaient M. de la Rochejaquelein , et faisaient des efforts inouis pour le conquérir. Les autres n’insistaient pas avec moins de force, l’invitant à tenir ferme. On se disait réciproquement des choses si dures , que le conseil fut vingt fois sur le point de se dissoudre sans rien arrêter. Pour se dérober à de si violens débats , M. de la Rochejaquelein sortit de la chambre du conseil. M. d’Autichamp, craignant sans doute qu’il ne partît avant qu’on eût pris une résolution , le suivit, et l’ayant tiré à l’écart, s’efforça de lui faire sentir que lu déplorable situation des
choses nons réduisait à la nécessité d’accepter une pacification. « Vous savez , lui dit-il , que nous avons été complètement « battus à la Roche -Servière. Toutes nos « munitions sont épuisées ou perdues , et « nous n’avons pas de sitôt l’espoir d’un « nouveau débarquement. L’ennemi nous « serre de tous côtés avec des troupes con- « sidérables. De tous les points de la France • des gardes nationales marchent contre « nous : i| est impossible de résister à tant « de forces réunies. D’ailleurs les victoires « de Buonaparte, annoncées par des bul- « letins qui circulent par-tout , mettent le « comble à nos désastres , et nous ôtent « tout moyen de les repousser. Que pou- « vons nous faire dans le triste état où nous « nous trouvons? »
Ces raisons ne convainquirent poin t M, de la Rochejaquelein J mais M. d’Autichamp l’engagea à rentrer dans le conseil , où régnait encore la plus grande agitation ; alors , en présence de ces deux généraux , je m’exprimai en ces termes ;
« D’après la manière dont les sentimens
■ le$ opf>oSés sont somenus dans le « conseil, il me paraît inutile de prolonger « la discussion ; nous ne serions jamais « d’accord, et nous finirions par nous sé- « parer sans avoir rien décidé. Argumenter « davantage, ce serait vouloir encore em- « brouiller la question, et donner lieu peut- « être à des récriminations nouvelles j je « pense que nous devons tout simplement « mettre la proposition aux voix. »
Tout le monde se rangea de cet avis; je proposai alors ces deux questions :
Contlnuera-t-on la guerre ?
Acceptera-t-on la paix?
et je demandai que chacun fût tenu de signer pour l’une ou l’autre. J’espérais que si cette manière de voter était admise , ceux qui secrètement voulaient la paix, n’osant pas manifester hautement leur désir, se rangeraient du côté des partisans de la guerre.
On ne se laissa pas prendre à ce piège. Il fut décidé que l’on procéderait au scrutin secret.
. Avant que l’on allât aux voix , je crus de-
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Toir faire remarquer qu'il importait de constater l’objet de la séance , et de dresser au moins le préambule ou procès, verbal.
On me chargea de le rédiger.
J’y exposai d’abord les motifs de notre réunion. Ensuite je faisais dire à l’assemblée que, sans rien préjuger sur l’issue de la délibération, tous.les chefs présens renonçaient d’avance aux avantages qui leur étaient offerts par les articles S et 9 du traité.
11 fut convenu que tous les chefs signeraient le procès verbal. ChaciMt fut appelé à déposer son vote. Sur trente-quatre votans, vingt-deux furent pour la paix , et douze seulement pour la continuation de la guerre.
général de Saint-Hubert , commandant le deuxième corps d’armée, qui était du conseil , et qui avait hautement manifesté son opinion contre la paix, n’a certainement pas voté pour elle. Les aides-de-camp de Mgr. le duc de Bourbon ne votèrent point.
Jusque là j'avais bien voulu discuter dans le conseil. L’idée que je m’étais faite de l’honneur Français , chez les Vendéens stu-
tout, l’amour du Roi, que j’avais vu si franc et si pur dans la très grande majorité des officiers avec lesquels j’étais appelé à délibérer, m’avaient fait espérer, même au dernier moment , quele résultat seraitconforme à mon opinion. Lorsque je vis que la complaisance ou l’imminence do danger avait amené une conclusion si différente , je refusai de prendre pjart à ce qui devait suivre. Un autre se chargea de clore le procèsverbal.
M. d’Autfchamp me témoigna quelque surprise, et prétendit qu’après avoir voté, je ne pouvais me dispenser de signer. Je lui répondis que je ne croyais pas que l'assemblée eût le droit d’exiger ma signature ; que je l’aurais donnée volontiers , si les voix se fussent trouvées également partagées, parce qu’ai ors elle eût été de quelqu’importance , et qu’elle eût déterminé la continuation de la guerre j mais que , dans l’état de& choses , elle ne pouvait servir ni à confirmer ni à annuler ce qui venait d’être fait; qu’on avait tort de m’objecter l’exemple de M. de la Rochejaquelein ; qu’il fallait être aveu-
gle pour ne pas voir que ce général, abandonné par les partisans de la paix , faisait , en signant , le plus pénible comme le plus honorable de tous les sacrifices 3 qu’il se dévouait afin de ne pas laisser les gens qu’il commandait, exposés seuls et sans appui à la vengeance d’un ennemi furieux; qu’un tel acte serait toujours assez justifié par la noblesse de ses motifs ; mais que ma position était absolument différente; que si d’autres officiers, avec des opinions semblables aux miennes , n’avaient pas fait difficulté de souscrire , je doutais qu’ils eussent aperçu toutes les conséquences de cette détnarche ; qu’à mes yeux c’était reconnaître Buonaparte et se soumettre à son autorité; que mon intention était de m’y soustraire par tous les moyens possibles , en me liguant avec quiconque voudrait servir le Roi contre lui ; qu’enfin , en supposant quelque chose d’irrégulier dans mon refus , j’aimais mille fois mieux m’exposer à un blâme peu grave et passager, que d’attacher mon nom au traité, sans avoir des raisons qui pussent en eflacer ou du moins en balancer la honte.
On ne me pressa pas davantage.
. A peine le procès verbal était-il signé , qn’on se hâta d’inviter M. de Sapinaud à écrire au général Lamarque , pour l’informer que les généraux vendéens consentaient à traiter d’après les bases prescrites par le gouvernement. On sollicitait en même temps la suspension des hostilités, jusqu’à ce qu’on eût reçu des nouvelles de la rive droite; et l’on demandait des sa u fs-conduits nécessaires aux officiers qui devaient discuter les articles du traité. M. Duchaffiiult fut chargé de porter cette dépêche, et d’insister sur-tout sur la suspension d’armes.
Cependant, une grande quantité de soldats et de peuple réunie à la Tessoualle , attendait avéc anxiété le résultat des délibérations du conseil. Quand ces braves gens apprirent que la majorité avait consenti à recevoir la paix, ils entrèrent en fureur, et se seraient portés aux derniers excès , si M. de la Rochejaquelcin n’eût arrêté leur elfervescence. Ils ne voulaient rien moins que tuer M. d’Auticliamp. « Il ne s’est ja- « maisinis à notre tête, disaient-ils, quepour
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<r nous déshonoiier par des traités ou d(S « défaites. » Ceux-ci rappelaient qu’en 1799, il avait laissé battre aux Aubiers, par six cents républicains, septà huitmille hommes sous ses ordres. Ceux-là lui reprochaient le traité qu’il avait conclu, à la même époque, avec le premier consul. D’autres faisaient le triste parallèle de la gloire de l’armée sous le héros de l’Anjou, l’illustre Bonchamp, avec l’état auquel elle .se trou- , vait réduite sous son successeur : on n’entendait que murmures , menaces et malédictions.
M. de la Rochejaquelein , malgré les justes motifs qu’il avait de se plaindre , fit les plus grands efforts pour arrêter les désordres auxquels le mécontentement général donnait lieu, et en prévenir les suites. Il chercha à calmer l’exaspération des paysans , pour soustraire M. d’Auticharap à leur fureur. Cependant, ses procédés généreux furent totalement méconnus'; et il ne tint pas à M. d’Autichamp que son libérateur ne parût complice du mal qu’il avait empêché. Au lieu de faire connaître le ser-
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vice qu’il avait reçu, il permit à ses officiers d’adresser à M. de la Rochejaquelein la lettre suivante ;
La Tremblay, le aS juin i8i5.
* Nous sommes trop étonnés et trop « affligés de tout ce qui s’est passé à la Tes- < soualLe , non seulement pendant tout le
• temps de la réunion , mais sur-tout au « moment de notre départ , pour ne pas « vous l’exprimer.
« Comment se peut-il que des hommes « du même parti , arinés et réunis par les
• principes les plus nobles et les plus gér néreux , aient pu non seulement ne pas « s’entendre , puisqu’il s’est agi de concilier » avec les intérêts de notre pays, ceux du « Roi et de l’honneur, mais encore établir <t de la défiance sur la pureté de nos in- « tentions !
« En venant à la Tessoualle, nous avions « lieu de croire que, nous y réunissant à « un détachement de royalistes ayant à « leur tête M. de la Rochejaquelein, nous
• y trouverions non seulement les égards
« qui doivent exister entre toutes les per- « sonnes qui se disent royalistes : or, nous « le sommes , royalistes , et royalistes non « équivoques. 11 y a vingt-cinq ans que « nous le prouvons par une conduite sans « tache. Nous sommes tous assez heureux « pour pouvoir l’avancer sans craindre un K démenti. Vous aviez tous les titres pour « développer, dans la séance , les questions « qui y étaient soumises , et qui étaient • toutes d’un intérêt majeur. Âu lieu de « cela , vous les avez éludées plusieurs fois ; « et, ce qu’il y a de plus fâcheux encore, c’est « d’avoir laissé transpirer des dissertations « qui ne devaient pas sortir de la salle du « conseil, et d’en avoir donné connaissance « à des gens du peuple qui ne sont pas faits « pour les raisonner ni pour en sentir l’im- « portance. C’est ce qui les a poussés à nous « accabler d’invectives à l’heure de notre c départ; à menacer notre chef de se por- « ter à des voies de fait qui entraîneraient « les plus grands malheurs, et porteraient « une nouvelle amertume dans le cœur de « notre bon Roi. Nous croyons donc, mon-
• sieur, devoir vous dire que vous devez « à votre noblesse., à votre rang dans l’arm mée , de chercher à détruire , non seule- « ment dans le peuple qui vous entoure , « mais encore parmi les personnes au-des- « sus, la mauvaise impression que les pro-
* pos et la conduite de quelques individus « de notre armée ont pu laisser. »
Nous avons l’honneur d’être , etc.
- Signé Baron de la Haye; Delaistre , adjudant à l’ état-major; Baron de Raman ; DE LA Chevalerie , chef de bataillon j i*"* aide-de-camp ; de Maürisset; Charbonnier DELA Güesserie, aidc-de camp ; le marquis de la BrétÈche ; de Romain ; Tristan-INIartin ; de Ghain , chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint- Louis.
Je me serais fait un devoir dépasser cette lettre sous silence, si elle n’eut dû servir qu’à faire connaître la conduite que l'on tint à l’égard de M. de la Rochejaquelein. Mais elle ollre la justification la plus complète
de mes assertions j elle prouve, avec la dernière évidence, que ni le peuple vendéen , ni M. de la Rocbejaquelein , ni ses officiers n’ont voulu la paix j et , sous ce rapport, elle m’a paru digne d’être conservée pour riiistoirc. Du reste, quoique souscrite par des hommes à la loyauté et à la valeur desquels je me plais à rendre hommage, et dont plusieurs m’ont Inspiré une singulière estime, elle n’en renferme pas moins une véritable calomnie contre M. de la Rochejaquelein. Ce général n’avait point attendu qu’on lui écrivît, pour réprimer les mouvemens dont se plaignent ces messieurs. Il aurait voulu les prévenir. Il n’oublia rien pour les arrêter. De notre côté (i), non seu-
(i) Ce n’est pas la première fois que les Vende'ens murmurèrent contre M. d’Autichamp. Après la mort du marquis de la Rochejaquelein , leur mécontentement éclata d'une manière si marque'e , que ce génc'ral crut devoir leur adresser une proclamation , a/ln d’en preVenir les suites. ( Voj-ez Pièces justificatives, n» XVII). M. d’Autichamp ne sut pas alors , et peut-être ignore-t-il encore aujourd’hui , que M. Auguste de la Rochejaquelein
lement personne n’approuva ces excès, mais chacun de nous mit le plus grand zèle à les faire cesser. Une seule imputation est vraie. Je ne dissimulerai point qu’on avait dit ajix soldats que la majorité venait d’accepter une amnistie. Mais ces soldats, qui jusqu’alors avaient si courageusement défendu la cause royale, qui s’étaient distingués par tant de dévoûment et de sacrifices, étaient-làj ils attendaient, avec une juste curiosité, l’issue des conférences. Devait-on leur laisser
s’eCTorça de son côté de ramener la confiance , et que, dans cette vue , il écrivit à M. Turpault, de L^on , qui se trouvait à Chollet , le billet suivant :
« Il faut de l’union , mon .cher M. Turpault , et
< à Chollet sur-tout; comme d’Autiebamp y com-
■ mande , il faut lâcher qu’on ait confiance en lui.
< Empêchez, autant que dépendra de vous, tous
< les propos; je vais aller dans notre pays, et bienm tôt nous serons assez forts pour ne plus rien
■ craindre de l’ennemi.
c Recevez l’assurance de tout mon attachement.
« Signé Auguste de la Rochejaquei.ei.v. »
10 juin i8i5.
( aSg )
Ignorer un traité qui n’intéressait pas moins leur honneur que celui des chefs ? Le pouvait-on? Ces braves gens avaient toujours voulu la guerre : ils la demandaient à grand» cris. Les murmures qu’on leur reproche , l’indignation dont on leur fait un crime, leur refus de poser les armes en sont la preuve. A moins de les garder sous les drapeaux, et de les mener au combat, comment leur cacher qu’on avait résolu la paix ? Quand aux opinions personnelles émises par tels ou tels chefs , il n’avait pas été né- - cessaire d’en faire la confidence : on les avait devinées, et rien n’était moins difficile; et ils savaient tous qu’il n’y avait que M. de la Rochejaquelein et ses officiers qui eussent voté .contre la paix. Depuis le juin , les rapports de MM. de Malartic , de la Béraudière et Flavigny avec quelquesuns des généraux , étaient connus de l’armée ; et sans parler de l’impatience ou même des défiances qu’avaient manifestées en plusieurs occasions des officiers mêmes du corps d’armée de M. d’Autichamp , ces rapports expliquaient tout.
En quittant la Tessoualle , M. de la Rochejaquelein retourna avec ses officiers à son quartier-général de Châtillon , pour y attendre la réponse du général Lamarque au général de Sapinaud.
La conclusion des négociations pouvait éprouver des obstacles, et il importait de ne pas aggraver notre position par l’imprévoyance. Nous jugeâmes que le parti le plus sûr était de nous tenir prêts , comme si nous devions continuer la guerre; et nous ordonnâmes le rassemblement des divisions. ’
Le général Lamarque avait assuré qu’il ne ferait pas de mouvement jusqu’au sQ j uin .D’un autre côté , nous avions également jusqu’au 26 pour répondre aux propositions du général Delage. M. de la Rochejaquelein se' détermina à envoyer auprès de ce dernier M. Lemaignan , pour le prévenir que tout acte d’hostilité devait être suspendu pendant que MM. de Sapinaud et d’Âutichamp étaient en pourparler avec le général Lamarque.
Le général Delage promit sans difficulté d’en attendre le résultat. 11 eut pour M. le-
Maignan les plus grands égards, et se montra disposé à faire tout ce qui pourrait être agréable aux Vendéens.
Les choses étaient dans oet état, lorsque le 25 au soir, M. de Sapinaud reçut du général Lamarque la réponse suivante ;
Clisson, le a4 juin i8i5.
Monsieur,
« Votre lettre m’étonne; je ne puis y voir * que le désir d’éloigner le moment de la « pacification. Votre volonté de finir la -« guerre ne dépend pas sans doute de la « volonté de messieurs les chefs de la rive « droite : ce sont les conditions plus ou « moins favorables qui seules peuvent vous « arrêter. Eh bien , tout ce que vous avez « demandé est accordé; tout ce que vous « avez désiré est accordé (i).
(i) Le lecteur ne peut manquer d’être frappe' de ces paroles formelles : Tout ce que vous avez demande est accorde’; tout ce que vous avez désiré est accordé. Si l’on se rappelle la confe'rence que IdM. de Suzanuel et d’Âutichamp eurent le i" juin
« J’agis eu militaire , en vous envoyant « les bases mêmes de la pacification. Vous « n’avez qu’à signer, la paix est faite. Si vous « refusez ce que vous avez demandé, je « mettrai le peuple dans la confidence de « ces articles , et il verra qui veut la « guerre.
K Ne croyez pas, monsieur, que ce soit le U defaut de moyens qui me porte à ces dé- * marches j je veux seulement éviter l’effu- « sion du sang français. Je marche, et j’es- « père que vous m’arrêterez , en me préve- « nant que vous acceptez les conditions « favorables que je rends communes à tous « les chefs de la rive droite. »
J’ai l’honneur d’être, etc.
Le lieutenant-général commttndant l’armée ,
Signé Lamarque.
( Ci-joint deux sauve-gardes. )
avec MM. de Malarlic et de la Be'r.iudière , dans un grenier de Touvois j si l’on fait attention que les concessions dont parle Lamarque datent du 7 juin , comme il est constant par la lettre des ministres
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A la réception de celle leltre, M. de Sapinaud dépêcha un messager à M. de la Rochejaquelein , cl le fil prier de se iransporler le plulôt possible à Sainl-Laurenlsur-Sèvres,oùillui assignailun rendez-vous.
Au momenl où celle invilalion nous parvinl , nous venions d’apprendre la défaite de Buonapartc sur la frontière, ei l’heureuse issue de la bataille de Waterloo. Nous partîmes , et nous arrivâmes le 26, de grand matin, à Saint-Laurent. M. de Sapinaud, qui avait reçu les journaux de Nantes , nous • les donna à lire. Ils nous confirmèrent ce que nous savions déjà. MM. de Sapinaud et de la Rochejaquelein ne doutèrent pas que les circonstances ne dussent amener de grands chaiigemens dans la marche des négociations entamées avecreniiemi, et jugèrent qu’il convenait d’adresser à cet égard
de Pusurpateur, comment s’empêcher de reconnaître dans le traite' une œuvre dès long-temps concerte'e, du moins quant aux bases entre MM. de Malarlic , de fa Bêraudière et Flavignjr, d’une part, çl MM. de Sii/anuet et d’Autichamp, de l’autre?
quelques observations au général Lamarquc„' M. (le Sapinaud lui répondit :
Bu aSjuin iSiS-
« Monsieur le général ,
« Les évèneraens qui viennent d’avoirlieu « sur les frontières, et qui nous sont connus « comme à vous , changent notre position « réciproque. Sans rien préjuger sur les » évènemcDs politiques qu’ils amèneront »
« personne ne peut se dissimuler, et vous- « même devez avoir la conviction que.
« Buonaparie ne régnera plus sur la F rance.
« C’est contre lui que nous faisons la guerre , •< et c’est pour lui que vous la faites. Buo- « napar te, dans celte circonstance , devenant « pour vousetpournousun être chimérique,, « la guerre que nous faisons n’a plus de « but, et il est inutile que des Français s’é- « gorgent entr’eux pour des intérêts qui « n’existent plus.
« Supposons que les avis de la nation « soient partagés surlechoix d’un souverain, « ni vous ni nous n’avons le pouvoir ni la * force de donner la couronne. Nous vou-
« Ions le Roi J vous en voulez peut-être un « autre. La lutte engagée par les puissances « décidera la question; et nous pensons « que * nous devons attendre , dans nos <f positions respectives , ce que le sort des « armes étrangères aura décidé ; car enCn « à quel gouverneraeni voudriez- vous que « notre pays se soumit , puisqu’il y a in- « certitude dans ce moment sur l’exis- « tence d’aucun? Restons donc dans nos
* positions respectives , je vous le répète , « et ne versons pas inutilement du sang. « Vous ferez connaître, dites-vous , les arti- « des des bases du ti'aité à nos paysans.
« Vous abondez en ce sens dans nos inten- « tions, car notre projet est de le lenr faire R connaître.
« Au reste , monsieur le général , nous « sommes des bommes d’honneur; nous R avons accédé aux bases qui nous ont été
• proposées , et nous envoyons près de « vous le général Dupérat et M. de la « Voyrie, qui sont chargés , conjointement « avec M. le comte Duchallault, de les dis- » culcr article par article, et d’y ajouter
( agS )
« ceux qui seraient jugés necessaires pour « atteindre le but que nous nous proposions « tous d’ici là. Nous vous promettons qu’au- ■ cune hostilité n’aura lieu de notre-part :
« nous attendons de vous la réciprocité. »
Nous avons l’honneur d’être , etc.
Signé DE Sapinauü.
Contre la parole qu’il avait donnée de ne pas faire de mouvement jusqu’au 26 inclusivement , Lamarque s’était mis en marche pour Chollet, avait été rencontré le 24, à peu de distance de Clisson, par M. Duchafiault, qui lui portait la dépêche écrite de laTessoualle. Cet oflicier lui ayant témoigné sa surprise de ce qu’il violait ainsi sa promesse , il répondit que ses troupes étaient trop avancées pour rétrograderj que d’ailleurs, il devait être indifférent aux généraux Vendéens de conclure définitivement le traité à Clisson ou à Chollet j et il continua sa route,
MM. Dupérat et la Voyrie allèrent le trouver à Chollet. Ils avaient pour instruction de luire traîner la discussion en loU'^
gueuFj de rejeter le premier article, où il était question d’amnistie j de représenter que ce mot supposait un crime commis et pardonné j que , loin de se regarder comme coupables , les Vendéens se faisaient honneur d’avoir pris les armes pour la cause du Roi J et enfin , qu’abstractlon faite de la justice de cette cause, il ne convenait'pas de parler d’amnistie dans un moment où des évènemeraens militaires de la plus haute importance laissaient au moins dans le doute laquelle des deux parties contractantes en aurait réellement besoin. Ils devaient encore refuser de remettre les armes et de laisser pénétrer des officiers dans le pays, pour y proclamer les loix. Leurs efforts , quant aux points les plus essentiels, furent absolument inutiles. Ils ne purent pas même obtenir une suspension d’armes.
Lamarque leur dit « qu’il ne connaissait « point les victoires dont on lui partait j « que sa position à notre égard était tou- « jourslamême-, quels que fussent d’ailleurs « les évènemens ; qu’il avait ordre d’agir V ou de traiter, et qu’il ne savait qu’obéir.
• Que quand même Buonaparle eût été « vainqueur , il n’eût point aggravé les con-
• ditions qui nous étaient offertes ; qu’il « n’était pas le maître de les changer; que « le traité lui avait été transmis ainsi ré- « digé par les ministres de la police et de- « la guerre , sur la demande de nos ente voyés, MM. de Malartlc, de la Béraudière « et Flavigny (1), et que tant qu’il n’aurait « pas reçu d’avis officiel , il ne pourrait ret< connaître d’autre gouvernement que celui te de l’empereur, ni traiter en d’autre nom ^ te Qu’on l’avait dé)à empêché de suivre la te victoire delà Roche-Servlère; que, las de te ces retards , il avait donné des ordres «e à ses troupes; que si on ne se hâtait
de signer , il allait marcher , et qu’il rente dait les généraux royalistes responsables te des suites funestes de l’invasion. »
Cependant, après de longs débats, il consentit à quelques articles additionnels, dont le plus important fut que le pays ne
f.) Qui donc de nous avait envoyé MM. do Malartic, de la Be'raudière et de Flavigny ?
Digil '
serait pas désarmé ; et le traité fut signé le 26 juin , sauf la ratification du général en chef de l’armée royale.
Le 27 juin, MM. Dupérat, Duchaffault et la Voyrie revinrent au quartier- général de Châtillon , et nous rendirent compte de ce qui s’était passé. Malgré les revers de son parti, Lamarque s’était montré inflexible ; il avait opiniâtrement refusé tout ce qu’on lui avait proposé dans son intérêt personnel, laissant entrevoir qu’en cas d’une plus longue résistance , nous devions nous attendre à des scènes non moins horribles qne celles de 1793. Déjà ses officiers parlai ent hautem ent d’organiser leurs soldats en partisans, et de se mettre à leur tête, tandis que les fédérés , qui formaient une portion de l’armée , les excitaient à se répandre dans le pays, et s’olTraient à leur servir de guides. La fureur que faisaient éclater ces misérables, et la crainte d’attirer sur la Vendée des maux affreux , et désormais sans utilité pour la cause royale, avaient fait impression sur les négociateurs, et les avaient déterminés à céder.
( 3 oo )
L’abdication de Buonaparte était connue j le Roi revenait à Paris, les lis triomphaient. Par l’eflet de ces heureux évènemens , autant que par l’opposition des paysans et de la majorité, le traité, ratifié ou non , devenait absolument nul. Le général de Sapinaud le garda jusqu’au ag, sans s’en occuper- Lamarque , courroucé , revint à la charge. Plusieurs officiers émirent l’avis de rompre définitivement avec lui. Néanmoins , on jugea que , dans l’état des choses , il valait mieux lui laisser une satisfaction vaine et sans résultat, que d’exposer les campagnes aux derniers excès de sa rage expirante. Le traité fut ratifié par le général de Sapinaud , et porté à Chollet. Depuis l’entrevue de la Tessoualle , cm avait tenté inutilement d’avoir des nouvelles de M. d’Auticlianip ; il était introuvable. Cependant il écrivit le 28 au général Lamarque , pour lui dire qu’il accédait au traité que le général disait avoir signé avec les autres chefs.
A peine le général Lamarque eut-il reçu le traité , qu’il s’empressa de le publier ,
( Soi )
et de s’en faire un mérite auprès de ses partisans. Il se vanta orgueilleusement d’avoir forcé les Vendéens à la paix. Mais il fut bientôt obligé de reconnaître que si une autre paix plus glorieuse n’eût pas dû être le résultat inévitable de la rentrée de Louis XVIIl à Paris , l’acte dont il était si fier n’aurait servi qu’à allumer la guerre avec plus d’activité et de violence. En effet, à la nouvelle du traité, l’indignation des habitans de l’Ouest fut générale j les réclamations arrivèrent de toutes parts. Les paysans déclaraient qu’ils aimaient mieux souflrir les maux dont on avait voulu les préserver , que de retomber sous le joug des ennemis du Roi ; qu’ils ne déposeraient pas les armes , et qu’ils sauraient bien trouver des chefs pour les conduire au combat. Tous demandaient à marcher. Le plus grand nombre des officiers ne montraient pas une opposition moins énergique. Je n’alpas besoin de dire que tel était le sentiment unanime du corps d’armée de la Rochejaquelln. On a vu à la Tessoualle combien ses officiers s’opposèrent forte-
'ment à la paix ; tels furent aussi les senti* mens des officiers de l’ancien corps d’armée de Suzannét , qui , réunis dès le 26 au Loroux , publièrent une protestation ainsi conçue (1) :
(i) Je regrette que l’objet de ces Me’moires ne me permette pas de parler en de'tail de la guerre de la rive droite.
Le brave Grizolle des SoIIes soutint, en plusieurs combats , la réputation des fidèles Bretons du Morbihan , qui se distinguèrent dans toutes les guerres.
M. de Courson, à la tête des royalistes des e’coles du Nord , occupa l’ennemi.
M. de Coislin en fit autant dans la Loirc-Inferleure , avec les mêmes hommes de'voue’s qu’il conduisit dès le 20 mars sur Nantes, et qu’il n’avait licencie’ provisoirement qu’après le départ de Mgr. le duc de Bourbon.
Je me plais à citer la conduite du ge'ne'ral d’Âmbrugeac, qui commandait dans le Maine; elle olTre deux traits distinctifs dans cette guerre; l’un, qu’il n’eut que des succès, quoiqu’on nombre inférieur à l’ennemi ; l’autre , qu’il les dut à l’enthousiasme et à la discipline qu’il sut établir dans une troupe de volontaires. Sa conduite lui mérita les remercîmens de plusieurs villes, entr’autres ceux du Mans, qui lui donna une épée d’honneur.
« Profondément afQigés de la nouvelle « qui vient de nous parvenir, que les géné- « raux et officiers supérieurs de l’armée « Vendéenne sont sur le point de se laisser « tellement surprendre par les insinuations « perfides des ennemis du trône et de l’au- « tel , qu’ils oublieraient que notre Souve- « rain légitime, Louis XVIII , les a mis hors « de la loi , en nous ordonnant de courir sur « l’usurpateur et tous ses adhérons ; comme « il résulte de cette loi sacrée pour tous \ « les Français fidèlés , que tout pacte ,
« tout accord contracté avec ce pouvoir « monstrueux et illégitime , est criminel et « déshonorant, sans l’assentiment du Roi,
« puisqu’il tendaità reconnaître un gouver- « nement qu’il avait proscrit , et qui est à « juste titre abhorré de toute l’Europe , et « qu’on ne peut faire aucun traité ni conven- « tion avec lui , sans y adhérer ou sans « mentir à sa propre conscience^
« Nous , soussignés , chefs de division ,
« officiers supérieurs ou quelconques atta- « chés à l’armée glorieuse, et jusqu’ici sans « tache de la Vendée, protestons ici et à ja-
■ maïs, au nom de tous les braves Ven* « déens , contre tout traité , pacte , accord , « convention contraires au serment que « nous avons tous juré tacitement , de ne « poser les armes qu’après la ruine entière « du tyran et de ses fauteurs , et la restau- « ration de notre monarque Louis XVIII « le Désiré, ou, à défaut, l’héritier légitime. « Regardant comme traître à Dieu , au Roi « et à la Vendé'» , tous ceux qui se per- « mettraient d’^.taquer des bases aussi sait crées. C’est pourquoi nous conjurons « tous nos braves généraux et officiers su- « périeurs de l’armée de la Vendée , de « revenir de l’illusion fatale à sa gloire et « à son honneur, où la perfidie, les artifft ces des traîtres à leur Roi et à leur ser- « ment sont sur le point de les jeter ', en « les couvrant de honte et d’ignominie à la
■ face de la France et de l’Europe entière. « Nous ne pouvons mieux leur témoigner « notre attachement , qu’en leur parlant « avec cette franchise de l’honneur et de la « loyauté.
Signé , C. Delabare; le colonel Bâcher,
• cheraller de Saint- Louis ; Bâcher, com- « mandant en second la cavalerie •, L. Ba- « CHER, premier commissaire des guerres}
« Bâcher, jêune; Bâcher; Beâhgrând;
« Demârtel, chef de division ; le vicomte « SiocHAM de Kersabikc, général comman- « dant la cavalerie } L. de Cornduer, du « troisième corps , chef de division -, Dcris,
« ancien capitaine de voltigeurs ; A. de » lâ Roche Sâint-Aîidré , aide-de-camp « du général ^otdiiaTicx.', A. deThonârédk « LÂ RodssiÈre; b. de Goyon , garde-du-‘ w coip^ h* A. DE Goné ; le colonel ot « MÂDVitAili ■,* chevalier de Saint -Louis ; « C. DE Câtdelân ; le chevalier DelâOe ; le « chevalier de lâ Bârre , chef de division ; « Guérin du Mâbtrâil , aîné ; le chevalier « DELÀ Villk-Gile, sous chef d’ état-maer jor; Dë Cârné , premier aide-de-camp « NicoLON^bES Abbeyes ; LE Mâîgnân, chef « de" division àe Vieille-Vigne; D. A. deî « BarândiÈre , officier supérieur ; de Ke-* *■ RZMXK f bommissàire des guerres. »
M. de Saint-Hubert, commandant 1«
deuxième corps , me fit connaître les dispositions de son armée par la lettre suivante :
A M. Canuely lieutenant - général des armées du Roi.
« Mon général ,
« J’ai l’honneur d(g . vous adresser deux « déserteurs qui désirent rejoindre M. de « la Rochejaquelein; veuille* les faire éga- « lement accompagner , et lui faire tenir « la lettre dont est porteur celui qui vous . « remettra celle-ci.
« Je vous préviens que l’armée de Su- « zannet , ou troisième corps , méconnaît.
« le prétendu traité de Chollet, conserve « l’état de guerre , et la continue même « sans suspension d’armes. M. de Mnrnac,
K chef d’état-major , me le mande officiel-!
« lement de la part de tous les officiers de,
K ce corps , qui sont assembles aujourd’hui « pour se nommer un général.
« U serait à désirer , mon général , que
« 1 on pût réunir de suite tous les généraux « etofficierssupérieursdesa, 3 et 4' corps, « à l’effet de se constituer en état de guerre, « autrement que par des écrits j les nôtres « sont à présent publics à Nantes , ce qui " nous met dans le cas d’étre comme avant « la reunion de la Tessoualle.
« J écris à M. de la Rochejaquelein dans « le même sens qu’à vous.
« Je n’entends point parler du général « en chef J je ne sais où le prendre. MM. du « 2 * corps se plaignent de son silence.
* Les alliés entrés à Paris , la guerre ne « sera pas finie; voilà mon opinion; les « lettres que nous recevons de Nantes l’ap- « puient fortement.
• Veuillez, mon général , vous concerter «f avec M. de la Rochejaquelein, ou avec « moi , dans cette circonstance si urgente,
« qui m’empêche de m’absenter pourm’oc- « cuper de prendre une attitude impo- « santé. »
Signé le chevalier de Saint-Hubert.
Au quartier-général Uu Boistissan<leau, le 3 juillet i8i5.
J’étais à la Flocellicre quand je reçus cette lettre. M. de la Rochejaquelein se trouvait à Puy-d’Yon, près Cérisay. Je répondis à M. de Saint -Hubert que j’approuvais sa détermination , et que nous nous réunirions tous pour continuer la guerre, sî elle devenait nécessaire.
A en juger par l’exaspération des esprits, un éclat paraissait inévitable contre la disposition précise d’un des articles additionnels. Les troupes ennemies qui étaient à Saint-Gilles et à Bourbon-Vendée, eurent ordre de désarmer le Marais. Cette infraction mit le comble au mécontentement. On se disposa à repousser la force par la force ; déjà même de petits engagemens avaient eu lieu en quelques endroits, et en présageaient de beaucoup plus sérieux , lorsque M. de Sapinaud , ne voulant pas laisser couler inutilement le sang français pour une cause déjà gagnée , sc hâta de représenter au général Laniarque les suites funestes qu’allait entraîner sa conduite.
Par suite de cette démarche, le Marais ne fut point désarmé.
Sur ces entrefaites, le général .Delage, qui était à Parthenay, reçut de Lamarque l’ordre d’aller le joindre à Chollet avec sa brigade ; il en prévint M. de la Rochejalein , et lui demanda la permission de traverser le pays soumis à son commandement, promettant de ne loger dans aucune ville ou village , et de payer tout ce qui serait fourni aux troupes. M. de la Piochejaquelein , se rappelant les bons procédés du général Delage, le fit prévenir de retarder son départ de vingt-quatre heures , pour avoir le temps d’avertir les paroisses, afm que les paysans ne l’inquiélasseni pas dans sa marche , ce qui , sans cette précaution , serait arrivé infailliblement. Le général Delage consentit à tout , et tint exactement la parole qu’il avait donnée.
Néanmoins ce passage ne laissa pas d’exciter des inquiétudes j les murmures recommencèrent avec plus de force; et quoique le jour de la délivrance approchât, les généraux vendéens se trouvèrent fort
embarrassés de contenir les paysans. C’était pour eux une tâche d’autant plus pé-
nible , que presque tous partagcaint l’impatience générale , et qu’ils étaient obligés de se faire violence à eux-mêmes pour ne pas en suivre l’impuislon. Le général en chef, par une circulaiie du 5 juillet, les invita à redoubler d’eSôrts , et mit sous leurs yeux les suites fâcheuses que pouvaient avoir pour le pays de nouveaux mouvemens dé' sonnais inutiles au triomphe de la légitimité. Il leur disait que les heureux évèneœens qui venaieiu desepasserne lui avaient pas paru , ainsi qu’à M. de la Rochejaquelein , un motif de revenir sur la parole donnée au général Lamarque par suite des décisions prises à la Tessoualle; que le but pour lequel la Vendée avait combattu jusqu’alors était atteint par la victoire décisive du général Wellington ; que , dans cet état de choses , ce serait un crime de faire répandre le sang des fidèles sujets du Roi, et d’exposer le pays aux fureurs d’un parti désespéré j que s’il avait envoyé des commissaires auprès de Lamarque, ç’avait été plutôt pour conclure une suspension d’armes que pour faire un traité j que ce général n’ayant
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voulu entendre à aucun accommodement, sa conduite serait signalée au Roi ; mais qu’avant toute autre démarche ultérieure , il convenait de prendre les ordres de Sa Majesté. En conséquence , il assignait un rendez-vous à la Plissonnière pour le 13, et y appelait les géhéraux des quatre grands corps , les chefs de division et les autres oiTiciers supérieurs. Il finissait en les invitant tous à oublier les dissensions passées, et leur demandait l’état nominatif des ofllciers , pour la formation d’un contrôle général de l’armée qui devait être envoyé au Roi.
Ces représentations produisirent l’effet que M. de Sapinaud s’était prqmls. Quant à l’invitation qui y était jointe , relativetnent aux officiers , M. de Saint-Hubert fut le seul qui y obtempéra, en sorte que le eontrôle général de l’armée vendéenne n’a jamais été dressé.
Le général Lamarque sortit de Chollet quelques jours après l’arrivée du général Delage , auquel il laissa le commandement de la ville , et se rendit à Nantes avec la plus
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grande partie de ses troupes. Travot fut chargé de commander à Bourbon-Vendée et sur la côte.
A mesure que les évènemens se déroulaient, ces trois généraux pressèrent moins l’exécution du traité. Cependant , par intervalles , quelques détacbemens se montraient sur les grandes routes ou sur les points les plus accessibles du pays. Des poursuites plus actives étaient particulièrement dirigées contre M. Eugène Dulandrau , qui, à la tête de la cavalerie du corps de Saint-Hubert, continuait les hostilités. L’ordre de l’arrêter fut donné parle général Delage. L’exécution de cette mesure eût amené de nouveaux malheurs.
M. de Sapinaud prit le parti d’adresser à chacun des trois généraux une lettre dans laquelle il leur disait :
« Tout est changé : le Roi est rentré dans « sa capitale. La bannière des iis flotte sur
• toutes les communes de la France; l’a-
• dresse du Souverain légitime aux Fran- « ^ais , datée de Cambrai , le a8 du mois
« dernier, présente une garantie à tous j il
* tend les bras à ses enfans égarés, et n’ex- « cepte du pardon général que les grands « coupables j encore ne ve ut-il pas les livrer « lui-même à la vengeance des lois, puis- « qu’il laisse ce soin aux deux chambres ; il % n’existe plus d’autre gouvernement que « le sien. Je pense que vous vous empres- « serez de le reconnaître, et que vous re- « tirejez de notre pays les colonnes qui le « parcourent : il n’y a plus de raison pour «f que vos troupes se mêlent de la police.
• Dans ces contrées, leur présence, au « contraire, ne peut y exciter que des trou- « blés, etoccasionnerdes malheurs partiels « qu’il est facile d’éviter. J’ai trop bonne « opinion de votre loyauté pour croire que « vous vouliez persister à tenir à une cause « que la raison , la justice et la volonté na- « tionale repoussent. Attendons dans nos « positions l’ordre du Roi , et ne mettons « pas notre volonté à la place'de la sienne. « Maintenez l’ordre dans les villes que vous « occupez, je me charge de le maintenir «^dans les bocages de la Vendée. Rallions-
• nottSi tous au drapeau sans tache : ne « formons plus qu’une famille , et proscri-
• vons la cocarde tricolore, signal des trou- « bles qui agitent la France depuis vingt- « cinq ans. En agissant ainsi nous acqué- « rcrons des droits à la bienveillance du
• meilleur des Rois. »
Post-scriptum au général Delage.
« Je vous engage à cesser contre M. Du- « landreau , et autres chefs , vos poursui- •< tes : toute entreprise contre leur liberté « serait un attentat dont je serais obligé de « rendre compte au Roi. »
Signé DE Sapinadd,
• Géaéral ea cb«f«
Dn 10 Jaillet i8j5« ^ '
MM. Dupérat et Duchesne-de- Denan furent chargés de porter ces lettres à Chollet. Ils n’y trouvèrent que le général Delage, auquel ils les remirent, en le priant de faire parvenir à Lamarque et à Travot celles qui leur étaient adressées. Delage dit
à ces messieurs que puisque le Roi était rentré à Paris, l’armée ferait sa soumission, et se rallierait à lui. « Mais, ‘ajouta-t-il, « croyez-blen que les alliés n’ont ramené « Louis XVIII que pour la forme. Nous < avons la certitudeqn’ils ne tiendront point • leurs promesses. La France va être dé- « membréej il veulent se la partager, et, « dans ce cas, l’armée opposera la plus « terrible résistance. Les Français qui la « composent sont décidés à s’ensevelir sous « les ruines de leur patrie, plutôt que de « subir le joug de l’étranger. » — « Pensez- « vous , répliquèrent ces messieurs , que « nous soyons moins bons Français que « vous? Nous n’avons pris les armes que « pour notre légitime Roi j les alliés nous « le ramènent, nous ne doutons pas de « leur loyauté. Maissi, contre notre persua- « sion intime, ils montraientles prétentions « que vous leur supposez, notre conduite « passée répond de celle que nous tiendrons « encore. Nous avons prouvé que nous n’ai- « mions pas les usurpateurs, nous nous réu- « nirions sans balancer à tout ce qu’il y a
« de braves en France pour les repousser;
« et, dans ce cas, tous pourriez compter « sur la coopération la plus active de notre « part. » — (I M’autorisez-vous , reprit vi- « veinent Delage , à faire part de ces dispo- « sitions au général Lamarque ?» — Sur leur réponse affirmative , Delage écrivit au général Lamarque une lettre qu’il s’empressa de publier.
Mais dans les détails dont il l’accompagna , il mit la plus grande adresse à laisser entrevoir que l’année royale partageait les injustes préventions des buouapartistcs contre les alliés, et, qu’à leur exemple , séparant le Roi de la patrie, ils étaient déterminés à abandonner la • cause de Louis XVIII, commeà jamais perdue. Cette manière de présenter les choses fit un grand nombre de dupes ; elle donna lieu aux propos les plus absurdes, aux interprétations les plus injurieuses. Ceux qui avaient un intérêt quelconque à rabaisser le glorieux'.^ dévoûment des Vendéens , et peut-être les perdre dans l’esprit du Roi, prirent texte de là pour débiter par-tout les plus
grossiers mensonges. Quoique vingt- cinq ans de fidélité, et des flots de sang versés jusqu’au dernier moment pour les Bourbons , dussent suffire pour confondre la calomnie , et qu’il ne fût pas en son pouvoir d’effacer de pareils titres, MM. de Saint-Hubert et de Mornac , au nom de leurs officiers et de leurs soldats , se hâtèrent de publier la déclaration suivante :
« Déclaration solennelle et unanime des « chefs J officiers et soldats de l’armée « catholique et royale de la Vendée , « contre les calomnies affichées et insé- « rées dans divers journaux et procla- . « mations, sur leurs dispositions à l’é- « gard des puissances alliées.
« Les chefs vendéens , ne pouvant con- « tenir leur juste indignation sur les inc tentions qui leur sont attribuées de la « part de leurs perfides ennemis , de vouloir réunir leurs armées sans tache aux ' « phalanges rebelles et parjures , déclarent « unanimement que c’est une calomnie U-
« fàme d’avoir osé dire que tous les chefs « vendéens olTraicnt de marcher de front ,
« avec les traîtres qui ont voulu renverser « le trône de Saint •Louis, contre les puis- « sances amies et généreuses qui viennent « avec tant de magnanimité prêter leurs « bras pour le rétablir. Si quelques gens « égarés ou séduits avaient pu se laisser « surprendre à ce point inconcevable, nous « ne devrions plus les compter dans nos « rangs, et nous les désavoûrions entière- « ment.
' « Nous en renouvelons ici la déclaration « solennelle et authentique; jamais nous « n’avons traité avec ces ennemis du genre • humain , avec ces traîtres envers le meil- « leur des maîtres. Jamais nous n’avons « consenti de mettre bas les armes ; nous « avons tous fait serment de défendre et K notre religion et notre Roi jusqu’à notre « dernier soupir, et de ne jamais nous sé^*^ U parer de ses fidèles alliés : nous saurons « le tenir. Nous donnons donc le défi à- « ceux qui n’ont pu vaincre la Vendée en -, « armant contre elle de nombreux batail-
« Ions de Français choisis parmi nos frères, « nos parens, nos amis, de prouver qu’ils « aient pu la séduire par leurs caresses « perfides et leurs mensonges étudiés.
« Loin que ce traité de Chollet , soust « crit par quelques officiers , trompés sans « doute par des promesses fallacieuses , « soit une preuve contre notre assertion , « les protestations de l’immense majorité V des armées royales prouvent quelesVen- « déeiis sont aujourd’hui sans tache, comme « ils l’ont toujours été , et comme ils le « seront toujours du côté de la foi , de • l’honneur et de la fidélité »
Signé le chevalier de Saint- Hubert ,
Général commandant le a* corps , dit du centre.
Le comte de Mornac ,
Chef d’état major-général , commandant provisoirement, le 3' corps. '
Au quartier-ge'ntral de Maisdon, ce 1 9 juillet 1 8 1 5 .
'•V On ne s’était pas borné à répandre au dehors les bruits les plus propres à égarer l’opinion sur les dispositions desVendéens.-
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On n’avait rien oublié au-dedans pour les compromettre réellement avec les étrangers ;• et le piège était si habilement présenté , qu’avec moins de circonspection et de prudence , il eût été facile de s’y laisser prendre. Une lettre du princed’Eckmülh avait annoncé aux généraux sous ses ordres que la guerre n’élait pas finie , et qu’on allait se porter contre, les alliés , afin d’empêcher le démembrement de la France.
Le général Delage transmit copie de celte lettre à M. de Sapinaud , et l’engagea à se réunir à l’armée de la Loire, pour résister à l’ennemi commun. Le général vendéen lui répondit :
« On vient de me remettre votre lettre « du II de ce mois, datée de Chemillé , « ainsi que la copie de celle de M. le ma- « réchal prince d’Eckmiilh.
« Je vous avoue que je ne comprends « pas bien le sens de celle de ce dernier ; « je ne vois pas que nous ayons à com- « battre contrôles étrangers , puisqu’il est « vrai qu’ils entrent en France en alliés et
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« en amis. Dans tous les cas, M. le gé- « néral, si les Français étaient forcés de « marcher contre ceux qui tenteraient de « démembrer leur patrie , la seule ban- « nière qui les rallierait serait la bannière « sans tache des lis.
« Je vous l’ai déjà dit, nous ne recon- « naîtrons que le Souverain légitime. Joi- « gnez-vous à nous dans cette pensée , et « vous acquérerez des droits à l’indulgence « du Roi que nous servons et servirons « jusqu’à la mort.
« Veuillez bien faire part de mes inten- * tions au général Lamarque.
« Je suis informé que les ordonnances du « poste que j’ai établi à Mortagne sont « insultés toutes les fols qu’ils font la cor" « respondance à Chollet, et je vous prie « d’ordonner qu’ils soient respectés à l’a- « venir. »
: ^ Signé DE Sapinaud ,
Général en chef.
Zie 13 juillet i8i5.
Peu de jours s’étaient écoulés depuis
celte lettre , lorsque M. de Sapinaud se trouva dans le cas de faire connaître plus énergiquement â Lamarque lui-même le$ sentimens des Vendéens à l’égard du Roi et des- alliés. Ce général se disposait ^ quitter Nantes , d’après l’injonction du prince d’Eckmülb, pour remonter la rive droite de la Loire, et faire sa jonction avec lui. Avant de partir , il écrivit fort longuement à M. de Sapinaud, et lui donna plu-r sieurs ordres (i), comme si nous eussions été sous son commandement, et que les, puissances eussent décidément arrêté le partage de la France. 11 en reçut la réponse que voici :
Monsieur le Général ,
« J’ai reçu votre lettre du i5de ce mois, « datée de Nantes , ainsi que celle im- « primée du prince d’Eckmülh. Je suis « loin de penser que les alliés du Roi de
(i) Je regrette de ne pouvoir mettre cette lettre fOus les jeux du lecteur. Elle «’est plus entre me» mains; je l’ai déposée au ministère de la guerre.
« France aient l’intention que vous leur « supposez : leurs déclarations sont une « garantie du contraire j ainsi, monsieur,
« ne nous créons pas des chimères pour « le plaisir de les combattre. Vous m’an- « noncez que vous marchez sur le point où
* le service du Roi vous le commande
« sans doute, général, vous avez reçu des « ordres à ce sujet de ce Prince , ou du mi- « nistre de la guerre avoué parlai; dans « ce cas , vous faites votre devoir. ,
« Quand aux ordres que vous semblez « me donner de maintenir la tranquillité « dans les pays qui étaient, dites-vous,
• insurgés i je dois vous faire observer que « je ne puis reconnaître que ceux de mon « Souverain ; que mon dévoûment à sa per-i « sonne , et ma soumission à sa volonté « seront les seules règles de ma conduite ; « j’agirai constamment dans l’intérêt de sa « cause , qui est celle de tous les hommes « d’honneur.
« Je vous avoue franchement, général ,-i « que. le paragraphe de votre lettre relatif « au poste que vous laissez à Saint-Gilles ,,
« et la défense qne vous nous faites d’on- « trépasser les limites des pays insurgés « soumis à mes ordres , m’étonnent au der* « nier point. Je me porterai, quand je le « jugerai convenable, par-tout où le service « du Roi m’appellera; j’userai à cet égard « de la même liberté que vous.
« Je dois encore vous faire observer que la « résistance que vous mettez , relativement « au débarquement d’hommes et de choses, « pourrait m’inspirer quelques défiances , « si j’avais moins de confiance dans votre « loyauté ; car enfin , si le service de notre « maître commun exigeait que je reçusse « les armes et les munitions qui sont sur la « flotte anglaise , le poste de Saint-Gilles « m’aiderait dans cette expédition , ou s’y « opposerait ; dans le premier cas , il n’y « aurait rien que de naturel ; dans le se- « cond , j’aurais la mesure de votre pensée « sur votre attachement au Roi. Je reviens « sur la première supposition , et je dis que « le poste de Saint-Gilles est au moins inu- « tile , et ne peut , par sa présence , que .« faire naître des soupçons , et peut-être
« occasionner de grands malheurs ; ainsi , « général , je vous engage à le retirer.
<c J’ignore si l’armée aux ordres du prince « d’Eckmülh, si celle que vous comman- « dez , ont fait leur soumission au Roi ; « votre lettre ne me donne pas la solution K de ce problème. Les nombreux rapports « des déserteurs de vôtre armée , s’ils sont « vrais , sembleraient m’annoncer le con> « traire. La conduite des troupes qui sont « passées avant-hier à Montaigu , confirme « ces rapports; elles ont pillé sur leur s roule , et fait brûler le drapeau blanc ; « vos déserteurs m’ont assuré que vos « troupes criaient vive l’empereur! en sor- 1 tant de Nantes , et que les officiers leur « ont proposé de faire la guerre en parti- « sans.
K Ainsi , tandis que toute la France va « se jeter dans les bras de son Souverain , « et le reconnaît pour son Roi légitime, « l’armée resterait en état de rébellion , et « les enfans de la patrie déchireraient le « sein de leur mèr^)our les intérêts de « quelques frénétiques!
« Loin de moi la pensée que vous vous « rendissiez coupable de pareils excès ; • mais votre lettre, dont le sens présente « quelques ambiguités , n’est pas faite pour « rassurer sur ce point.
■ « J’attends un commissaire du Roi , qui « m’est annoncé; sans cette circoniance, « j’aurais eu le plaisir de vous voir. M. de « la Rocbejaquelein étant parti pour Paris « avant l’arrivée de votre lettre , n’a pu la « recevoir. » , « -
Signé DE Sapinaüd ,
Général en chef.
Du i6 juillet i8i5.
Ce furent là nos dernières relations avec les généraux ennemis. La capitulation à la suite de laquelle l’armée de Buonaparte s’était retirée derrière la Loire , en décidant du sort de la capitale , laissait encore incertain celui des provinces : il était à craindre que cette armée ne refusât de se soumettre, et nevouMt tenter de nouveaux combats. En consét^nce , M. de la Rochejaquelcin était parti pour Paris , afin de
I G( « '^lei
prendre les ordre du Roi ; et , pendant ce temps, nous avions fait nos dispositions de manière à être prêts à tout évènement. La sagesse des mesures adoptées par le gouvernement de Sa Majesté rendit ces précautions inutiles. La guerre intérieure cessa presque au même moment que la guerre extérieure ; l’armée de la Loire se soumit, et les Vendéens, au comble de leurs vœux en voyant le légitime Souverain affermi désormais sur son trône , déposèrent leurs armes , et rentrèrent dans leurs foyers aux cris de vive le Roi !