‹ Mémoires sur la guerre de la Vendée en 1815Chapitre 10 sur 26 · II · texte numérisé non relu

II

quatre grands corps d’armée ne fussent désignés que par des numéros. Chacun prétendait conserver au sien son anciciiiic dénomination , et former une armée à part.

En un mot, én convenant que l’imité était indispensable , on méconnaissait les premières conséquences de ce principe , et l’on ne prenait pas même soin de déguiser l’envie de se soustraire à toute dépendance.

En6n nous nous quittâmes. MM. de Suzannet et d’Autichamp restèrent à Montfaucon. Nous les y laissâmes avec l’envoyé du général Lamarque , et nous prîmes la route de la Gaubertière , pour nous rendre à Saint-Aubin-de-Baubigné.

En y arrivant, nous trouvâmes MM. de Marans et de Cheffontaincs, aidés-de-camp de Mgr.de duc de Bourbon , qui croyaient trouver Son Altesse encore dans la Vendée.

Nous y trouvâmes également MM. de Rieux- Songy et d’Abnour, chef d’escadron , aidede-camp du lieutenant-général Meunier.

Ces deux derniers , partis de Paris sur l’avis qu’ils reçurent de Gand , du départ du marquis de la Rochejaquelein , n’avaient

pu pénétrer dans la Vendée que le g juin , après avoir couru les plus grands dangers-.

Distingués l’un et l’autre par leur mérite, ils furent aussitôt employés , le premier en qualité de colanèl en second du régiment des chasseurs à cheval qu’on organisait; le second comme adjudant-général aide-major-général du corps d’armée du général Danniaud Dupérat , et ils ne tardèrent pas à faire preuve de talens et de courage.

Peu après, M. de Tussac, capitaineadjoint à l’état-major de la i s*’ division , vint aussi nous rejoindre. Afin de pouvoir s’échapper de Poitiers, il avait feint de vouloir servir dans l’armée employée contre nous , et était venu à bout de se faire délivrer une feuille de route pour Nantes , en passant par Thouars. Rendu dans cette dernière ville , il s’était adressé à M. l’abbé Jagault, qui lui avait facilité les moyens d’arriver jusqu’à M. de la Rochejaquelein; ce fut nne excellente acquisition-pour l’armée royale. 11 fut fait adjudant-général.

Jusque-là je n’avais point eu de nou-

velles de ce qui se passait dans mon pays , et j’éprouvais les plus vives inquiétudes sur le sort de ma famille. Je sus par M. de Tussac que la gendarmerie faisait de continuelles visites dans mon domicile, et que l’on avait menacé ma femme et mon père de les arrêter, si je ne me présentais pas dans un délai fixé , menace qui fut exécutée peu après , à l’égard de ma femme , sur des ordres positifs donnés par le général Lamarque (i). J’appris encore que vers le milieu de mai , mon frère , MM. Renou , ancien chef de division des armées vendéennes, Bernier, percepteur des contributions à Monts, Letourneau, mon neveu, garde-du-corps de la compagnie de Grammont, Dépinai, Montant, fils aîné, et Georges -du- Petit -Thouars, étaient partis de Loudun , emportant cent cinquante liv.

de poudre , et avaient cherché à pénétrer dans la Vendée; qu’ils avaient été surpris dans la nuit du 17 au 18 mai, au pont de Haillon sur le Thoué , par un poste d’envi-

(i) f^ojrez Vièces juslificatives, n® XI.

ron irenie hommes, de la part desquels ils avaient eu à essuyer une fusillade très-vive; qne par leur présence d’esprit et leur courage , ils étalent parvenus à sauver leui’s munitions ; mais qu’ils avaient été obligés de rétrograder, et de renvoyer l’exécution de leur projet au moment où ils seraient assez nombreux pour le tenter à force ouverte (i).

Nous avons vu qu’il n’y avait point de plan d’arrêté ; cependant il fallait agir, et pour cela, nous avions besoin de munitions. M, de Sapinaud expédia aux généraux des ordres particuliers, qui leur furent remis le même jour 12 juin (2). Il enjoignit aux corps de MM. de Saint-Hubert, de Suzannet et d’Aullchamp, de se porter sur tous les points qui entourent et couvrent le Marais, tandis que M. Dupérat, pour faire une diversion , s’avancerait sur Tbouars.

(1) MM. Renou, Beruicr et mon frère furent les. seuls qui , par la suite, purent réussir à venir nous joindre.

(2) Voyez Pièces justificatives, u° XIl.

Les generaux qui devaient agir en celle occasion étaient instantanément placés sous le commandement de M. d’Autichamp , comme supérieur en grade , et devaient l’instruire spécialement de tout ce qu’ils connaîtraient des rnouvemens de l’ennemi.

MM. de Suzannet et de Saint-Hivbcrt firent aussitôt leurs rassemblemens , et se mirent en mesure de marcher; M. d’Autiebamp éleva des difficultés , et se dispensa d’obéir.

Le temps pressait; le i5 juin, nous eûmes la certitude que Travot s’était porté avec deux mille hommes sur le Marais, et qu’il avait sommé les habitans de rendre les armes et les munitions qui y étalent déposées. Il accordait cinq jours, après le.squels il déclarait qu’il ferait couper les chaussées de la Craonière, qui retiennent les eaux de la mer, et inonderait le pays. Celte menace jeta retlioi par tout; Travot en profita pour envoyer quelques détachemens qui fouillèrent la paroisse du Perrier. Cette expédition se borna à l’enlèvement de quelques affûts dç canons qu’on avait démontés. On ne rendit ni armes ni munitions. Mais la

situation du Marais devenait de ,pius en plus critique J il fallait lui porter de prompts secours, sous peine de tout perdre. En conséquence, un nouvel ordre fut donné le i5 aux généraux , et M. de Sapinaud eut l’attention d’en indiquer les motifs de manière à prévenir tous les prétextes dont on pourrait colorer un refus (i). Cependant nouvelles difficultés de la part de M. d’Autichamp. <t L’époque qu’on lui fixait était « trop rapprochée; il ne pouvait pas arriver « à temps. Le général en chef ne se trou- « verait pas dans l’embarras, s’il ne l’avait « pas lui-même invité à licencier les trois « mille hommes rassemblés à Monlfaucon. ' « D’ailleurs, en supposant que Travot n’eût « que deux mille hommes , quand bien «r même il lui en viendrait autant de JMantes,

« il était à présumer que les forces de M. de « Suzannet, jointes à celles de M. de Saint- « Hubert, devaient suffire pour les inquié- « ter et les empêcher de venir à leur but.

« Et puis différens rapports lui annonçaient

(i) Foyez Pièces juslifîcatives , n“ XUI.

^le

Digitizi

» que les iroupes qui étaient retournées à « Nantes , remontaient la rive de la Loire * pour se porter sur Angers , etc. »

Enfin , la seule chose qu’il promettait , c’était de donner des ordres pour tâcher de réunir au plus vite çe quil pourrait de monde , et de se porter sur les derrières de M. de Suzannet et de M. de Saint-Hubert»

afin d’appuyer leurs opérations (i).

C’est certainement la première fois qu’un officier s’est permis de commenter les ordres de son général en chef j et je ne sache pas que dans toute notre histoire militaire , il se trouve un autre exemple d’un renversement d’idées si inconcevable et si étrange.

R^ondre qu’on va donner des ordres pour tâcher àe réunir au plus vite ce qu’on pourra, c’est au moyen des expressions les pins vagues , éviter une réponse qui devrait être précise, et ne promettre qu’une obéissance incertaine et conditionnelle.

Dire qu’il est à présumer que les forces de MM. de Suzannet et de Saint-Hubert

(i) Voy ez Pièces justifiçatives , n° XIV.

doivent suffire , c’est non seulement se placer au-dessus de celui qui commande , et réformer ses jugemens, mais encore s’autoriser fort mal à propos d’une simple présomption dans une affaire extrêmement grave, et annoncer en même temps d’une manière assez claire qu’on n’a pas envie de se réunir à ceux que l’on est appelé à seconder.

Ajouter que dans tel ou tel cas , on se portera sur les derrières , c’est faire entendre que si l’on ne peut s’empêcher de donner quelque signe de coopération, on vent éviter de prendre part à une action , ou du moins ne pas y paraître en première ligne. ^

Manifester la crainte d’une diversion , c’est dire : Je veux pouvoir à mon gré rester dans mon pays.

Enfin > faire dépendre ses mouvemens des circonstances , c’est déclarer qu’on ne fera que ce que l’on voudra , c’est se donner une latitude qui équivaut à l’indépendance.

Quant au licenciement des trois mille

by G."

Di

hommes que M. d’Auiichamp reprochait au général en chef, cette imputation était d’autant plus singulière, que c’était M. d’Autichamp lui -même qui avait provoqué le renvoi des paysans, parce qu’ils étaient, disait-il, fatigués, et qu’ils manquaient de vivres.

Ce n’est point ainsi qu’on agit à l’armée.

Un chef eût-il commis une faute réelle , U faut être au-dessus de lui pour avoir le^roit de la lui faire sentir. Du reste, ou obéit sans commentaire ni réflexion. Le point essentiel à conserver était le Marais j ce soin était expressément confié à M. d’Autichamp. En supposant, comme il le prétendait, que les troupes à ses ordres n’eussent pas eu en effet le temps de s’y porter, il était de son devoir d’y aller lui-même, ne fût-ce que pour diriger l’opération et les mouvemens de corps de Saint-Hubert et Suzannet. Avec l’autorité dont l’ordre .du 1 3 juin l’avait investi , il avait la plus belle occasion de se signaler, et de faire oublier ce que le passé pouvait avoir de pénible j il n’cu profita point. On eût dit qu’il s’était

fait un système de borner tous ses mouvexnens à des marches et à des contre-marches.

Ce système eût été bon si M. d’Autichamp eût été seul au milieu d’un ennemi supérieur; mais il fallait marcher de concert avec tous les autres corps : il n’était pas maître de se tenir à son gré sur la défensive. M. Duchesne de Denan, officier d’un mérite distingué, qui lui avait porté l’ordre du 12, m’apprit à son retour que cet ordre ne s’exécutait, que très - lentement. Il n’y avait pas un moment à perdre. MM. de Sa-t pinaud et de la Rochejaquelein n’étaient pas là. Je pris le parti d’écrire moi -même à M. d’Aulichamp.

« Monsieur le général ,

« M. Duchesne vient de me dire que « vous pensiez ne pas pouvoir vous rendre « à Cœx, le jour indiqué par l’ordre du 12; « la marche de l’ennemi ayant changé les « dispositions , vous avez dû recevoir le « nouvel ordre du i 3 . Je vous conjure, au « nom de Dieu et du Roi , de vous porter

,G(-olc

« au polnl indiqué par ce dernier ordre.

* En rassemblant les divisions qui en sont '« les plus proches , le mouvement est très- « possible; il est nécessaire que vous y « alliez de votre personne avec ces divi- « sions, pour donner des ordres à tous les « corps qui sont mis sous votre comman- « dement. Laissez derrière vous des offi- « ciers intelligens qui vous amèneront suc- « cessivement les divisions qui se lèveront.

« Vous pouvez, dans cette circonstance, « vous couvrir de gloire en sauvant le con- « voi. L’action qui doit être le résultat des « dispositions prises , débarrassera la Ven- « dée , et la mettra dans une attitude for- « midable. C’est à vous , M. le comte ,

* quelle devra ses succès futurs, et vous « en recueillerez le fruit.

« Je vous écris cette lettre en l’absence « de M. de la Rocbejaquelein. Je n’ai pas « caractère pour vous donner des ordres ,

« puisque je suis décidé à ne servir que « comme volontaire ; mais le bien du ser-

* vice du Roi me fait un devoir de vous « supplier d’exécuter le raouvemem près-

« crit par l’ordre du général en chef. Jê « vous le répète, c’est un coup décisif. »

Signé Canüel ,

Lieutenant-général des armées du Roi.

Saint-Aubin-de-Beaubigoé, le i5 juin i8i5.

Je passai la journée dans la plus grande anxiété. Le lendemain, je vis arriver M. de la Haye, aide-de-camp deM. d’Auiichamp; il apportait deux lettres de ce général, l’une pour M. Auguste, l’autre pour raoij la première était ainsi conçue :

* Je reçois à l’instant, mon cher la Ro- “ ,« chejaquelein , votre lettre du 1 5 et l’ordre « nouveau ; je vous assure que personne ne « sent plus que moi l’importance de réunir « le plus promptement et le plus de monde « possible , pour me porter sur l’ennemi , « conjointement avec M. de Suzannet et « M. de Saint-Hubert. Je fais depuis avani- « hier mes diligences pour cela ,■ j’ai môme « donné connaissance à tous les chefs de K divisions de l’importance du motif qui «r nous faisait brusquer cette levée; mais je « crains bien que lé mauvais temps et les

« grandes distances que les différentes di- « visions auront à parcourir pour se trou- « ver réunies , ne soient cause que je n’y « sois pas rendu le jour désiré et fixé , et « avec tout le monde que je désire y porter.

• Mais ne croyez vous pas , mon cher de « la Rochejaquelein, qu’il serait convenable « de différer, dans la circonstance actuelle, « l’entreprise que vous deviez faire sur « Thouars et Poitiers , afin de ne pas nous « étendre pour pouvoir nous secourir les « uns les autres , en cas d’évènement ? J’ai « également reçu votre première lettre, à « laquelle le temps ne me permet pas de « répondre aujourd’hui, d’autant que je suis « bien aise de répondre un petit mot nu « general Canuel; mais dans tous les cas , « nous nous entendrons toujours , d’après « les dispositions que vous me manifestez, « et qui sont, je vous assure, bien réci-

• proques en fait d’accord et d’amitié. •

« Je suis avec ces sentlmens, mou cher « la Rochejaquelein, votre dévoué servl- « leur, »

Le comte Charles u’Aütichamp.

Par la seconde lettre, M. d’Autlchartip répondait à la mienne de la manière suivante :

« Je viens, monsieur le général, de re- « cevoir votre lettre du 1 5. Toutes vos ré- « flexions sur la position où nous nous « trouvons , et l’exécution des ordres qui « en sont la suite, sont .trop justes et trop K raisonnables pour que je ne les appuie « pas dans tous les points ; la plus grande « difficulté est l’exécution ponctuelle, vu « le court délai que nous avons pour faire c nos rassemblemens , et les diriger sur les « points indiqués, dont les distances sont « grandes ; mais enfin , je mets , ainsi que « tous mes officiers , la plus grande action c pour parvenir au but désiré , dont ils « sentent, comme moi, l’importance pour « l’intérêt du Roi , le seul objet qui les dé^ « termine , ainsi que moi , depuis long- « temps à servir.

« Je suis fâché de n’avoir pas le temps '« d’ajouter ici quelques observations ..’elas tires au mouyement que vous projetez

fc sur Tliouars , Poliicrs, et dont je louche « un mot à M. de la Rochejaquelein.

« Je suis néanmoins bien aise, monsieur « le général , d’avoir celle occasion de vous « renouveler l’assurance de la considéra-^ « lion avec laquelle j’ai l’honneur d’être « votre très-humble serviteur, »

Le comte Charges d’Aütichamp.

Le Mai , ce 14 iain , à sept heures du mada.

L’opposition qui se trouve entre ces deux lettres et celle de la veille , adressée au général en chef , est trop palpable pour qu’elle ait échappé au lecteur. Le i3, M. d’Aulichamp disait à M. de Sapinaud ; « S’il est vrai , comme vous me le mandez, « que le général ïravot n’ait sur ce point, « que deux mille hommes environ , quand « bien même il en viendrait autant de

Nantes se joindre à lui , il est ù présumer « que toutes les forces de M. de Suzdn- « net J jointes à celles de l’armée com- « mandée par M. de SainL-Jluhert , doi- « vent suffire pour inquiéter quatre raille

« hommes, et les empêcher de venir à leur « but. »

Le x4, à sept heures du matin, M. d’Autichamp écrit à M. de la Rochejaquelein :

« Je vous assure que personne ne sent « plus que moi l’importance de réunir le « plus promptement et le plus de monde « possible pour me porter sur l’ennemi , « conjointement avec M. de Suzannet et « M. de Saint - Hubert. Je fais depuis « avant-hier mes diligences pour cela. »

Le même jour, M. d’Autichamp m’écrivit : « Toutes vos réflexions sur la po- « sition où nous nous trouvons , et Veæé- « cution des ordres qui en sont la suite y t sont trop justes et trop raisonnables pour « que je ne les appuie pas dans tous les « points. »

Cette diversité de langage annonce nécessairement un homme qui a reconnu luimême s’être trompé dans ses premiers jugemens.

M. d’Autichamp ne s’exprime d’une manière uniforme que sur un seul point, la difficulté d’arriver à temps. Mais il est fa-

cile de se convaincre que ce motif, quoique si souvent répété, est dénué de vérité, et ne peut soutenir l’examen.

Ce fut le 13 juin, au matin, que l’ennemi somma les habitans du Marais de se soumettre , et leur fixa un délai de cinq jours ; ainsi le temps accordé expirait le 17 au matin. L’ordre de M. de Sapinaud portait que l’armée royale devait prendre position le 16 à quatre heures du soir. Ou ne demandait pas à M. d’Autichamp toutes les divisions du corps qu’il commandait , ' mais seulement celles qui étaient le plus près de l’ennemi. En deux jours de marche, elles pouvaient se trouver en présence. Or, ce général, comme nous l’avons dit, écrivait le 14 : « Je fais mes diligences depuis « avant-hier. » Cet avant-hier était le 13.

Tout pouvait donc être réuni le *1 3 au soir, se mettre en route le 14 , et arriver le 16, même quand il eût fallu marcher trois jours.

L’observation suivante donnera une juste idée de la prétendue impossibilité que je réfute. M. Auguste de la Rochejaquelein était à quatre jours de marche du Marais ;

et néanmoins M. d’Autichamp le pressait de renoncera l’expédition surThouars, et de se porter, de concert avec lui , vers le point indiqué. Assurément en faisant cette demande, il se trompait dans ses calculs.

Mais pouvait-il trouver impossible pour lui l’exécution d’une mesure qu’il regardait comme possible à M. de la Rochejaquelein ?

Au reste, il tenait si fort à ce mouvement de la part de M. Auguste de la Rochejaquelein , qu’il dépêcha près de lui M. Martin , un de ses officiers , pour le presser de se rendre à ses désirs. Les instances de cet envoyé furent si vives, qu’elles entraînèrent MM. Hussau et de la Haye. Je combattis de toutes mes forces l’avis de ces messieurs, et leur représentai que ce qu’on exigeait de nous était réellement impossible ; mais encore , qu’en en supposant la possibilité , ce serait une faute.

Impossible , disais - je , parce qué ‘ si M. d’Autichamp remplit ponctuellement' les ordres qui lui ont été donnés, et dont l’exécution' seule peut sauver le Marais ,

l’affaire sera certainement terminée avant que nous ayons pu le rejoindre, et alors nous ne lui serons d’aucune utilité.

Une faute y parce que s’il entrait dans les projets de l’ennemi de faire une diversion sur notre point, il ne devait la tenter que par le pont de Cé , Saumur, Thouars ou Parthenay, et qu’alors le succès lui serait d’autant plus facile , que nous nous trouvions plus éloignés. Le corps aux ordres de M. Dupérat pouvait seul, au besoin, prévenir ce danger, en se réunissant pour cela à celles des divisions de M. d’Auiichamp trop éloignées du Marais pour agir contre Travot.

Ce raisonnement me paraissait sans réplique. Cependant, comme on ne le goûtait pas, je représentai les divers avantages qu’avait notre mouvement sur Thouars. En montrant les Vendéens cà l’extérieur, il démentait les bruits répandus par les buonaparlistcs, que tout était tini , que presque tous les chefs avaient été tués ou pris, que les paysans, les avaient abandonnés et ne voulaient plus se battre. 11 attirait à nous

les royalistes de Loudun et de Poitiers , qui s’attendaient que le moment où on leur ouvrirait un passage (i). Enfin, il nous faisait connaître si l’ennemi avait fait des dispositions de ce côté là , objet dont il importait d’autant plus de s’assurer , que ^ depuis le commencement de la guerre, nous n’en avions aucune nouvelle.

Le mouvement sur Loudun et Poitiers

était subordonné aux forces que l’ennemi, venant à essuyer une diversion, porterait sur Saumur ou sur Parthenay. S’il n’eût eu que peu de monde à l’un ou à l’autre de ces points, nous aurions commencé par nous emparer de Saumur avant de nous diriger vers Loudun.

Je n’eus pas le bonheur de persuader ces messieurs; ils persistèrent avec une telle opiniâtreté, que M. de la Rochejaquelein se laissa gagner, et MM. de la Haye et Martin emportèrent une lettre de lui , par laquelle il annonçait à M. d’Autichamp qu’il irait le joindre.

Mais quand il fallut en venir à l’exécu-

(i) Voyez Pièces jastiâcatives , n' XV.

lion et calculer les moyens , on vit ce que le désir trop aveugle de prévenir les plaintes de M. d’Autichamp n’avait pas permis d’apercevoir. Nous étions au i 5 juin; il fallait faire les rassemblemens , et aucun ordre n’avait été donné jusqu’alors; quelque célérité que nous missions , le corps de M. Dupérat ne pouvait se rassembler que le i6, et partir le 17, c’est-à-dire le jour même où devait s’engager l’action à laquelle il était appelé à prendre part. Eloigné du Marais de quatre jours de marche pour le moins, M. de la Rochcjaquelein reconnut qu’il ne pourrait y arriver que le 3 1 . Se voyant avec regret dans l’impuissance absolue de tenir sa promesse , il revint définitivement au projet de se porter sur Thouars, avec l’intention néanmoins de se rendre en personne auprès de M. d’Autichamp, après la prise de cette ville, afin de s’expliquer avec lui. Pour lui prouver combien il avait à cœur de le seconder, il devait passer par Chollet, lever les divisions qui n’avaient pu partir d'abord, et les lui conduire.

Cependant MM. de Suzannet et Samt- Huberl, après avoir formé leurs rassemblemens , s’étaient ponctuellement conformés à l’ordre du i3. Ils avaient pris position, l’un à Saint-Etienne-de-Corcoué, et l’autre à Saiat-Cliristopbe-de-Ligneron , et ils attendaient là des ordres de M. d’Auticharap. Mais ce général , qui avait mis moins de promptitude à réunir ses gens , n’était point encore arrivé. Au lieu de se trouver à Machecoul, qu’il lui était enjoint d’occuper le i 6 , il ne vint qu’à Montaigu et à Clisson , d’où il se porta le 17 sur Vieille-Vigne, et envoya un détachement sur la route de Légé.

Ces lenteurs donnèrent à Travot le temps de concentrer ses forces , et firent craindre à M. de Saint-Hubert d’avoir seul à lutter contre l’ennemi. A chaque instant le danger croissait. Le général Lamarque était sorti de Nantes à la tête de six ou sept mille hommes , et s’avançait à grandes journées pour se joindre à Travot. 11 devenait urgent de marcher contre ce dernier, et de le battre avant sa jjonction. Cependant les

ordres n’arrivaient pas ; l’embarras de M. de Saint-Hubert était extuêine. Pour se tirer de celte fâcheuse position , U se détermina à quitter Saint-Christophe, et chercha à se rapprocher de M. d’Autichamp. Enfin , il parvint à communiquer avec lui . Le général l’engagea à occuper aussitôt Saint-Andréde-Treize-Voix , situé à une demi-lieue de Vieille-Vigne , et envoya en même temps sur la route de Légé quinze à dix-huit cents hommes, aux ordres de M. Dudoré. Cet olficier, en poussant des partis de cavalerie sur dillérens points , apprit que non seulement l’ennemi occupait Palluau avec les bourgs voisins , mais que ses reconnaissances s’avançaient jusqu’à Légé. D’après ces renseignemens, M. d’Aulichamp se rendit dans la nuit du 17 au 18 auprès de M. de Suzannet, et arrêta , de concert avec lui , que l’on quitterait Saint-Etienne pour occuper la Rochc-Servière sur-la-Boulogne.

Mais au lieu d’aller prendre la position dont il était convenu, jVÎ. de Suzannet changea tout à coup de plan , et se porta sur.Mormaison. Cette manœuvre imprudente lai«-

sait la Bod>e-Servière à découvert, et la roule de Légé entièrement libre. L’ennemi en profita pour marcher de Légé sur la Roche , et de là sur la Grolle , où il attaqua les troupes de M. Dudoré. L’attaque fut reçue avec fermeté. La fusillade était vive ; elle durait depuis une demi-heure, lorsque la cavalerie du corps d’armée de M. de Suzannet, commandée par le brave Kersabiec , arriva avec plusieurs détachemens d’infanterie. L’avant-garde, ainsi soutenue, se porta en avant, repoussa l’ennemi, et 1 ui tua beaucoup de monde , tandis que la cavalerie chargea à plusieurs reprises , et fit quelques prisonniers. Les Vendéens n’eurent que quelques hommes de tués on blessés.

Travot, car c’était lui qui commandait ici , recula sur la Roche-Servière , et de là continua sa retraite. Mais , soit crainte de « tomber dans quelque piège , soit lassitude , l’avant-garde victorieuse , au lieu de poursuivre ses succès , se débanda tout à coup, et se retira à son tour avec une extrême précipitation jusqu’à Vieille-Vigne , où une

division de bataille l’arrêta. Je ne saurais marquer précisément la cause de ce désordre. Dans son rapport au général en chef, M. d’Autichamp dit qu’il faut l’attribuer à l’excès de fatigue , à la pluie , au mauvais état des chemins , etc.

Au bruit de la fusillade, M. de Suzannet avait cru devoir quitter Mormaison avec le reste de scs gens. Quand il arriva, l’afl’aire était finie ; il ne trouva personne.

Ce général fit en cette circonstance une faute grave. Il y avait assez de forces à la Grolle pour résister en cas d’attaque. S’il se fût dirigé de Mormaison sur la Roche - Servlère, dont il était beaucoup plus près, il mettait l’armée de Travot entre deux feux, et rendait sa retraite impossible. Que MM. d’Autichamp et de Saint-Hubert se fussent portés simultanément vers le même point, l’ennemi était complètement défait j il n’échappait pas un seul homme.

Tant de fautes accumulées n’étaient pas d’un heureux présage. M. de Suzannet, de la Grolle , envoya demander des renforts à M. d’Autichamp, dans l’intention de tenter

une nouvelle affaire. Celai •'Ci s’y refusa»

parce que ses gens n’avaient pas mangé •depuis la veille au soir, que les voitures étaient sur les derrières , qu’il fallait leur laisser le temps de revenir, et enfin, parce que la partie de ses troupes qui avait combattu, avait épuisé ses cartouches.

Nouvelles instances , nouveau refus. M. de Suzannet, mécontent, prit sur lui de se porter à la Roche - Servière , où se rendit également M. de Saint-Hubert ; et plus impatiens que jamais d’aller en avant, CCS deux généraux firent une troisième tentative pour obtenir un ordre et quelques renforts. M. d’Autichamp persévéra dans son refus J il le leur envoya même par écrit, et le motiva sur le petit nombre de leurs troupes , qui s’élevaient à peine à trois mille cinq cents hommes. Du reste, il leur enjoignit de ne pas abandonner la Roche- Servière , et les rendit responsables des évènemens, en cas de désobéissance. 11 avait raison ; la position de la Roche-Servière , couverte par la petite rivière de la Boulogne, est très -belle. Mais puisqu’il

voulait se tenir sur la défensive derrière la rivière, il aurait dû se rapprocher et prendre lui-même des positions pour empêcher lepassage; car il fallait s’attendre d’un moment à l’autre à voir paraître l’ennemi ; et cependant il n’en fit rien.

MM. de Suzannet et de Saint-Hubert, emportés par leur zèle et sans avoir égard à l’injonction qu’ils avalent reçue, se déterminèrent à un mouvement, et allèrent prendre poste, le premier au bois du Coin, près de Saint-Etlenne-de-Corcoué , le second dans la forêt de la Roche-Servlère.

Ils y passèrent la nuit du 19 au 20. Le lendemain matin, avant la pointe d» jour, ayant appris que l’ennemi se portait sur la Roche, ils s’ébranlèrent pour aller à sa rencontre; et privés de renseignement précis sur la direction qu’il suivait , ils marchèrent au hasard, abandonnant, en quelque sorte , tout à la fortune. -

A peine le corps de Saint-Hubert avait-il fait une deinl-lieue, qu’en débouchant de la forêt , il aperçut l’ennemi , fort de six mille, hommes d’infanterie et de deux escadrons

de cavalerie , rangé en bataille sur la lande du Gros-Collet. M. deSuzannet, qui tenait «la droite, était encore éloigné; M. de Saint- Hubert l’envoya prévenir de hâter sa marche; et, avec les chasseurs à pied, il commença l’attaque. Elle fut très - vive. Ces braves gens se battirent pendant une demiheure avec le plus grand courage. Ils s’avancèrent si près de l’ennemi , qu’on se tirait à quinze pas.

Cependant M. deSuzannet, dont la marche était ralentie par la pluie et les mauvais chemins, n’arrivait pas encore. Âpeine débouchait-il , que les chasseurs de Saint- Hubert , qui avaient épuisé toutes leurs cartouches , lâchèrent pied , et entraînèrent le reste dans leur fuite. Malgré ce désordre, M. de Suzannet engagea l’action : c’était un coup de désespoir. Les paysans combattirent avec intrépidité, et leurs efforts semblaient promettre de ramener la fortune, quand leur malheureux général, dépassant les premiers rangs, se précipita au-devant de la mort. En vain quelques personnes l’avertirent du danger, et Ten-

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gagèrent à se retirer. Absorbé par ses réflexions, il enfonça son chapeau sur sa tête, et s’avança vers l’ennemi , jusqu’à ce qu’une balle vint lui porter un coup mortel.

Ainsi périt ce général, dont les incertitudes furent si nuisibles à la cause du Roi.

Avant la fatale arrivée des négociateurs de Buonaparte , il s’était montré décidé à pousser la guerre avec vigueur. Une erreur funeste , qui est du domaine de l’histoire , fit son malheur. Mais sa famille, ses amis diront , ainsi que nous : Il mourut au champ d’honneur y et l’erreur fut oubliée.

La mort de M. de Snzannet fut le signal de la retraite de l’armée royale. Cette armée se retira en désordre sur la Roche- Servière , où elle espérait que M. d’Auiichamp se serait porté pour la soutenir.

Mais ce général n’avait fait aucun mouvement , et était resté avec six mille hommes à Vieille-Vigne. On alla en toute hâte l’avertir de la situation des choses , et le prier instamment de marcher au secours des corps qui venaient d’être repoussés. Lent à se décider, et plus lent encore à agir, il

voulut auparavant rassembler son conseiL Mais l’ennemi avançait toujours, et la fu- - sillade, en approchant, faisait pressentir à ' chaque minute qu’il allait paraître. Les divisions royales attendaient les ordres , et n’en recevaient aucun. Le brave chef de division, M, de la Brétèche, prit le parti de se jeter dans la Roche-Servière à la tête des siens, et défendit avec intrépidité le pont de la Boulogne. Trop faible pour s’y maintenir sans être soutenu , il se vit bientôt. dans la nécessité de penser à la retraite. 11 allait en donner le signal , lorsqu’un in-> cident inattendu ranima les courages, et prolongea sa résistance. Un porte-drapeau, eÜ’rayé du feu de l’ennemi , avait quitté son po.ste, et fuyait emportant son étendard..

A cette vue, M. de Beauvau, oflicier d’une> rare valeur, court à lui, lui arrache l’étendard des mains, et, malgré trois blessures dont il est successivement atteint. Va le plantersur lepont. LesVendéens, électrisés par l’étonnant courage de cet officier et par l’intrépidité de leur brave chef, M. de la Brétèche , ne songent plus à rétrograder.

et tiennent ferme. Le reste de l’armée, que M. d’Autichamp tenait dans l’inaction, veut prendre part à ce combat , et se précipite sans ordre dans le bourg de la Roche -Ser- ' vière. Leur général est forcé de suivre ce mouvement , et se rapproche de l’ennemi j mais il était trop tard. Il n’arriva que pour être témoin du désastre qu’allaient éprouver ses soldats , si dignes d’ailleurs d’un meilleur sort. Le général Lamarque , qui s’était aperçu que les royalistes agissaient sans plan et sans concert, et que toute leur attention ne se portait que sur la défense du pont, avait renoncé à en tenter le passage de vive force, et se bornait à des attaques simulées sur ce point. Pendant ce temps-là, deux colonnes détachées, l’une à droite l’autre à gauche, passaient laBou^ logne à deux gués , l’un au-dessus , l’autre au-dessous du pont, qu’on n’avait pas eu la précaution de faire garder. Bientôt ces troupes occupèrent les hauteurs de la Roche, et alors la position du pont ne fut plus tenable. La retraite même devenait difficile. Cependant elle s’opéra sous le feu

de l’ennemi. La brave division de M. Luillier la favorisa en arrêtant la marche des buonapartistes , et en ralliant les fuyards.

Mais dès que l’armée royale se trouva hors d’atteinte, elle se débanda, et arriva pêlemêle à Vieille-Vigne, et de là àClisson, où elle se dispersa, sans qu’il fût possible de la retenir. J’ignore ce que devint M. d’Autichainp après la perte de la bataille ; ce que je sais , c’est qu’il ne fit plus rien pour s’opposer à la marche du vainqueur, qui, à dater de cette fatale . époque , traversa sans être inquiété tout le pays placé sous son commandement.

Si le lecteur a suivi avec quelqu’attentLon le récit des premiers faits , s’il a remarqué les hésitations et les lenteurs habituelles des chefs, l’oubli total des premières notions de l’art militaire, l’esprit d’indépendance de quelques-uns dans les cas où la discipline, comme l’intérêt commun , imposait plus rigoureusement le devoir d’obéir, le defaut d’ensemble, et quelquefois même la contrariété dans les mouvemcNS des düTéreas corps , réduits à

agir sans ordre , sans autre règle que l’impulsion du courage ou les appréhensions de la faiblesse) il a dû prévoir long- temps d’avance le dénoûment déplorable que je viens d’exposer. L’ennemi a fait précisément ce que les royalistes pouvaient et devaient faire. 11 a battu en détail les trois corps de l’année véndéenne. Il était inévitablement perdu, si l’oh n’eût pas fermé l’oreille aux conseils de la raison et de l’expérience; si , au lieu de se laisser gagner de vitesse ) on eût su mettre à pro&t l’avantage du terrain , l’ardeur des troupes et la supériorité du nombre. Les Vendéens de i se trouvèrent , à plus d’une époque , dans des circonstances bien autrement critiques.

Cernés par des armées nombreuses et aguerries, ils surent les attaquer k propos, et échapper aux dangers par des victoires. Les Vendéens d’aujourd’hui n’ont pas dégénéré} ils ont le dévoûment) la bravoure de leurs devanciers } ils auraient triomphé comme eux, si leurchef, en cette occasion) eût voulut prendre pour modèles ceux qrti ) dans la guerrç précédente, furent si glo-

neasement leurs guides et leurs libéra-* teurs.

M. d’Autichamp , dans un rapport trèslong, rendit compte au général en chef du résultat de la bataille de la Roche-Servière. Il n’y parle point de ses pertes. Le général Lamarque les évalue à quinze cents hommes. Ce général exagère , c’est l’usage du vainqueur. La vérité est qu’il fit beaucoup de prisonniers, qu’il y eut environ six cents hommes tués ou blessés. Parmi ces derniers, un paysan de l’Anjou reçut un si furieux coup de baïonnette, que le soldat qui l’avait frappé , ne put la retirer. Le malheureux Vendéen eut la force de faire deux lieues avec cette arme dans le corps.

Entendant venir des soldats de Lamarque, il se cacha derrière une haie, et les laissa défiler. Quand ils furent éloignés, il se leva pour continuer sa route ; mais apercevant un soldat isolé, il courut sur lui, le tua, et emporia son arme. Il y a plus que du courage dans cette action , et je regrette beaucoup de ne pas savoir le nom de ce brave royaliste.

L’imprévoyance avec laquelle on avait négligé les gués de la Boulogne , était une faute trop grave , pour que M. d’Autichamp ne s’expliquât pas sur ce point. Il a cru se justifier, en disant que ce fut faute de monde. 11 n’y a pas de doute qu’il ne fût facile de garder ces passages avec six cents hommes. 11 n’en fallait pas davantage pour défendre le pont; et» comme nous, l’avons vu , son armée était assez qomhreuse. La position de la lloche-Servière est une des plus avantageuses que je con naisse J tout général qui l’occupera et qui aura à s’y maintenir contre une attaque dirigéepar le même point que celle dugénéral Lamarque, s’y soutiendralong-temps contre des forces même triples.

M. d’Au.tichamp terminait son rapport en disant que la perte éprouvée par les Vendéens dans une affaire qui n avait pas un but d’utilité assez réel, avait jeté un peu de découragement parmi eux.

Que les Vendéens aient été découragés,

,i,l n’est que trop aisé de le comprendre. Ce ^ qni se conçoit beaucoup moins , c’est qu’uu

homme de tête , en écrivant an général en chef que l’alFaire dont il rend compte n’a pas un but d’utilité assez réel , ne se soit pas ressouvenu de m’avoir écrit à moimême, qu’il trouvait les observations par lesquelles j’appuyais cette expédition trop justes et trop raisonnables j pour ne pas les approuver dans tous les points. Eh !

quel but d’utilité pouvait donc être devenu plus réel à ses yeux que celui d’une opération qui prévenait l’inondation d’un vaste pays couvert de riches récoltes, qui empêchait l’ennemi de s’emparer des armes et des munitions déposées dans le Marais , qui rouvrait nos communications avec la côte , et nous mettait à portée de recevoir le reste du débarquement'^'

Pendant que ces choses se passaient dans le Bas-Poitou, MM. de la Rochejaquelein, et Dupérat , qui avaient fait leurs rassemblemens aux Aubiers, marchaient sur Thouars, conformément à l’ordre du i3.

Ces messieurs savaient par -des rapports » sûrs qu’il était arrivé dans cette ville deux chariots de cartouches j ils espéraient

pouvoir s’en emparer, ainsi que des caisses des divers receveurs qu’on n’avait pu prendre à Bressuire , et c’était pour eux un motif de plus d’agir avec rapidité et secret.

L’armée avait été partagée en deux colonnes; la première , qui était la plus forte, commandée par M. Dupérat, avait ordre d’arriver par le pont de Vrine sur le Thoué, pont fameux par la grande bataille qu’y gagnèrent les Vendéens en 1793. La deuxième colonne , dirigée par M. de Lessert, chef de la division de Bressuire, devait se présenter par la route de Thouars à Parihenay, afin de couper la retraite sur cette dernière ville. Je fus chargé d’écrire les ordres. Malheureusement je me trompai dans la rédaction de celui qui concernait M. de Lessert; de sorte que sa colonne prit la même direction que la première , et arriva par le même point. Ainsi la route qu’il fallait intercepter resta libre , et l’ennemi put communiquer avec Parthenay.

- > La cavalerie vendéenne, qui précédait notre armée , traversa si rapidement les

villages du Ligron et de Vrine, que les habitans n’eurent ni le temps ni la possi’ biiité de venir jeter l’alarme à Thouars. On l'eût pris sans coup-férir, si l’infanterie eût été à proximité. Par malheur elle était en-»

corc à une lieue de distance , lorsque M. Dumas Champvalier, jeune garde-ducorps, à la tête de quelques-uns de nos cavaliers , entra dans la ville par la porte de Paris , qui n’était gardée que par un poste de quatre hommes de la garde natio-^ nale et un caporal. L’imprudence de ce jeune étourdi donne l’alerte ; on ferma les porles j de suite il fut entouré par la ca^ naillc, qui lui aurait fait un mauvais parti, s’il n’eût eu la présence d’esprit de s’annoncer comme parlementaire. On le conduisit auprès du maire. Pendant qu’il parlait avec ce magistrat, le sous -préfet fit partir des courriers pour Saumur et Parthenay , et envoya en toute hâte aux campagnes voismes l’ordre de s’armer et d’accourir à la défense de la ville. Notre infanterie arriva enfin ; la nuit était close -, ce ne fut qu’alors que nous apprîmes qu’un de

lies officiers était dans Thonars , et que»

pour SC tirer d’embarras, U s’était dit envoyé par M. de la Rochejaquelein. Cette équipée nous contraria d’autant plus, que nous nous trouvions réduits à la nécessité d’attaquer de vive force une ville entourée de murailles, et que nous n’avions point de canons pour enfoncer les portes. Nous nous disposâmes à investir la place, et nous commençâmes le mouvement. Des coups de fusil tirés des murs , jetèrent un peu de confusion parmi les nôtres, Quelques-uns fuyaient vers le pont de Vrine pour repasser le Thoué , lorsque l’arrière-garde arriva , et rétablit l’ordre. Les Vendéens n’aiment pas les attaques de nuit, Dans les circonstances où nous nous trouvions, les hurlemens affreux de la populace effrénée , que le souspréfet venait de soulever, le tocsin que sonnaient toutes les cloches de la ville, et que répétaient celles des paroisses environnantes, tout concourait à les refroidir ou à les effrayer. Cependant nous parvînmes à ranimer leur courage et à leur faire prendre des positions autour des murs. M, de Chapap-^

valier revint, et dit que M. le maire était disposé à capituler, mais que les fédérés de la garde nationale et les jacobins^ au nombre de quatre à cinq cents hommes , avec une soixantaine de gendarmes, tant à pied qu’à cheval , s’y opposaient et voulaient se défendre. On renvoya M. de Cbampvalier près du maire , avec ordre de lui dire que si sous une demi-heure les portes n’étaient pas ouvertes , on attaquerait.

M. de la Rochejaquelein connaissait beaucoup de monde à Thouars. Entendant les vociférations de la canaille, il fut un moment sur le point d’entrer de vive force pour délivrer ses amis , qui se trouvaient en quelque sorte sous le couteau; mais la crainte de compromettre leur vie, le retint et le détermina à attendre l’issue des négociations. A la fin, M. Richou, maire de la ville, accompagné de deux commissaires, arriva près de nous pour capituler. La conférence fut longue ; vingt fois elle faillit être rompue; pourtant après de vifs débats, on convint de;s articles suivans :

Art. i". La garde nationale et la gendarmerie de Thouars seront libres de se retirer sur Partbenay, avec armes et bagages.

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