INTRODUCTION
Napoléon a dit de la guerre de Vendée qu'elle avait été une lutte de géants ; et dans sa pensée sans doute cet éloge, tout militaire^ s'appliquait également aux prodiges d'énergie et de courage qu'y firent les deux partis.
Ces géants toutefois, que grandit la distance et que flatte le lointain, ftirent des hommes, jusqu'au milieu de leurs actions en apparence les plus surhumaines.
Certainement, par l'intrépidité, par la patience, par le mépris de la vie et de la mort, par les passions de tout genre, généreuses ou féroces, que développe la guerre et surtout la guerre civile, l'épisode vendéen se détache grandioscment, et avec des proportions presque épiques, sur le fond sinistre et bas de la Terretir, qui n'en fait que mieux ressortir ces nobles ftnatismes et ces haines héroïques, n y a toujours ^elque chose de sacré dans les causes pour lesquelles on se &it tuer. Celles qui se bornent à tuer sont maudites. Le sentiment d'horreur et de dé* ^oût qui flétrit les proscriptions et les assassinats de la
II INTBODUCTIOW»
Terreur, expHqtie' et jpBtifie doiic la réaction en vertu de laquelJe on ne se défend pas d'une certaine, admiration pour les héros, des deux côtés, de la guerre de Vendée, à sa première phase stirtout, presque pure en comparaison de l'autre, à la phase de l'exaltation désintéressée et de l'enthousiasme cheyaleresque. Pourtant, même duranjb cette phase où la lutte a les caractères naï& et juvéniles, d'une croisade, l'humanité n'abdique point ses droits, et les femmes y jouent ce rôle mystérieux mais souvent décisif qui atteste, comme nous le disions en commençant^ pour corriger ce que le mot de Napoléon a d'un peu absolu, que les héros sont des hommes.
Nulle part peut-être, par la foi, la douleur, Tamour, la pitié, ne fiit plus remarquable cette influence des femmes dans toutes les affaires de ce monde, surtout celles où elles paraissent le moins. La guerre de Vendée, au débat, est une guerre plus religieuse encore que politique. Les paysans tiennent plus à leurs curés qu'à leurs seigneurs. La lutte a pour théâtre la patrie même des contendants. On se provoque sous le ciel natal, on s'entrechoque au milieu des paysages familiers, on s'égorge parfois des deux côtés du même foyer. La même ville, le même village,, la même maison ont des représentants dans les deux camps. Ce caractère domestique, intime, particulier à la gueiTe de Vendée où, on l'oublie trop, ce sont surtout des Vendéens qui se battent entre eux, les uns pour la Bépublique, les autres pour le roi^ ceux-ci avec l'appui des troupes envoyées par le pouvoir central, ceux-là avec le concours des insurrections provinciales afiiliées ;: ee earaetère explique quel rôle les femmes durent jouer dans les vicissitudes d'une lutte fratricide.
IMTBODUGTION. . 111
locale, où nul n'était dispensé de prendre parti, où il n'y avait pas et où ne pouvait pas y avoir de neutres.
La chose est à ce point que l'histoire de la guerre de 7endée, à laquelle toutes les femmes prirent part, pour panser les blessés, pour ensevelir les morts, pour suivre en priant, en pleurant, plus d'une, en combattant la fortune errante d'un père, d'un frère, d'un mari, d'un fiancé, a été surtout écrite par des femmes.
Les femmes seules avaient le temps de voir, d'observer, de noter, d'être curieuses du présent, de s'inquiéter do l'avenir. Les hommes avaient assez à faire de se battre, de trouver de l'argent, des vivres, d'instruire et de garder leurs soldats, aussi prompts à s'en retourner chez eux qu'à venir faire le coup de fnsiL D'ailleurs auraient-ils eu le loisir, dans ce temps dévorant, où le feu de l'action iLsait si vite les hommes, d'écrire leurs exploits qu'ils n'en eussent pas eu le courage. On ne* s'enorgueillit point de ces victoires douloureuses et humiliées de la guerre civile qui coûtent si cher à tout le nionde. Bonchamps l'a dit, dans les luttes civiles, il n'est de lauriers pour pereonne.
Les considérations qui précèdent auront rempli leur but si elles expliquent et justifient le parti que nous ayons pris de donner la première place, dans ce recueil consacré aux Uémokea histmquea mr la Vendée et Quihéron, à des Mémoires écrits par des femmes. On trouyera plus loin les motifs qui, dans ce groupe, ont déterminé notre choix. Nous continuons l'exposé des vue& d'ensemble qui ont présidé au plan général de notre recueil.
IV IHTBODUCTION.
Le lectenr sait parfaitement à quoi s'en tenir sur le ^ros (les événements dont ce nom héroïque : La Vendée suffit à réveiller le fiouyenir, évoquant lui-même d'émouvants tableaux et d^ ombres, romanesques.
Notre but, en composant ce recueil, ne pouvait donc ^tre de reprendre ces événements ah ovo, de compiler les Relations qui suivent à la trace chacune des nombreuses vicissitudes de cette guerre aux cent actes divers, de servir au public, à l'état fruste, les matériaux é^iars, les ^lémenU indigestes de ces documents dont quelques ouvrages, i)opularisés par le succès, ont extrait tout l'utQe •et défloré tout l'agr^ble. Ce semit là une entreprise -aussi fiistidieuse qu'inutile. Et il ne faut pas donner Técoroe à ceux qui ont déjà goûté l'orange. Nous avons in-océdé tout autrement, par les raisons qui sm'vent :
Si la guerre de Yendée est eojinue dans scn ensemble, elle l'est moins dans ses détails. Il y reste plus d'un point obscur. Plus d'un décevant problème, plus d'mi iittirant mystère y sollicitent les lumières d'une investigation décisive.
Les causes réelles, sons les apparentes, de cette levée de boncUers, le caractère de la lutte à ses débuts, les initiatives qui l'improvisèrent, les interventions qui l'entretinrent, le rôle qu'y jouèrent tour à tour le clergé et la noblesse, la foi et la superstition, l'ambition et le dévoneznent, le patriotisme et la trahison, les Français et les
INTflODUGTION. V
étrangers, les royalistes du dedans et les émigrés du dehors ; les sjrstèmes divers qui présidèrent tour à tour à Tattaqne et à la résistance; enfin les alliages, les cormptionSy les déchéances qui rapetissèrent cette guerre gigantesque de deux principes à la taille de che& dégénérés, rendirent exclnsivement aristocratique un mouvement exclusiTemeni populaire à l'origine et firent tomber la croisade en brig«andage et la Vendée en chouannerie i toutes ces questions, tontes ces contradictions appeUent et Inéritent des éclaircissements.
Ce sont ces éclaircissements que le plan en môme temps, documentaire et critique de notre publication a pour but de fournir *au lecteur, en donnant à la fois satisfaction à. 6a curiosité et à son impartialité.
Fidèle à nos principes et à nos habitudes, nous donnerons snr l'histoire de la guerre de la Yendée, dans se& deux phases, — celle où la lutte demeure politique, civile,, intérieure, nationale, et celle où elle se dénature et se corrompt, an contact de la chouannerie et de l'étranger, celle où elle reste ime révolte grandiose, et celle où elle n'est plus qu'une trahison désespérée,^ — des documents empnmtés aux deux partis. Qui n'entend qu'une clocha n'entend qu'un son, Ponr gagner le droit d'avoir unb opinion, il faut avoir entendu la cloche des deux côtés,, des deux clochers.
Il est juste, il est moral de suivre dans leurs causes et. dans leurs conséquences la transformation et l'adultération de ce mouvement qui, tant qu'il demeure local et nationaL inspiré par d'honnêtes colères et de nobles passions, est plus d'une fois récompensé par le succès et par la gloire ;^ mais qui, lorsqu'il s'est déshonoré par d'impurs concours,.