‹ Mémoires sur la guerre de la Vendée et l'expédition de QuiberonChapitre 2 sur 55 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

est puni pax la doulciir et la honte du désastre de Qaiberon, une défaite sous le pavillon étranger.

Il va sans dire que les témoins, le plus souvent acteurs iiitéressés dans le drame, sont loin d'être d'accord. Mais du choc de leurs contradictions jaillit la vérité, sinon sur tous les détails controversés des événements, du moins sur leur ensemble et sur leur leçon. Leçon amère mais salutaire, qui ne résulte pas moins de l'histoire des guerres. civile*s que de celle des révolutions !

Cette leçon nous apprend la vanité de la violence, la stérilité de la force mise au service même des meilleures causes à l'origine, les plus pures dans leurs mobfles et leur but, bientôt fatalement dénaturées, compromises, avilies par leurs instruments et leurs moyens.

Cette leçon démontre ime fois de plus que si la révolution ne fonde rien, l'insurrection, qui du mépris de la loi passe à l'oubli de la patrie, ne fonde pas davantage. Tous ces efforts, tout ce sang, tontes ces ruines, de 1792 à 1790, à quoi ont-ils servi ? Ni à la cause de la liberté, puisque les excès de la révolution ont abonti à un coup d'État. Ni à la cause de la royauté, puisqu'elles ont abouti à un changement de dynastie, que Cathelineau n'a pas réussi à sauver Louis XVI ni Louis XVII, et que Charette et Puisaye, en croyant travailler pour leurs héritiers légitimes, se sont trouvé avoir fait les affaires du dictateur militaire dont ils établissaient la nécessité.

IMCAODUCTIOII. VU

Les Mémovres les plus connns snr la giiorre de la Vendée sont ceux de W^^ ]a marquise de La Rochejaqnelein. Ils ont ea de nombrenses éditions, les dernières assez récentes poar qne nous n'ayons pu songer à les réimprimer *.

Les récits de M*^^' de Bonchainps et de Sapinand sont moins à la portée dn public, n'ayant pas été réimprimés depuis 182d et 1834. Les premiers ont été rédigés par la comtesse de Genlis et les seconds ont sabi aussi sans doute la révision d'une plume plus expérimentée que celle de leur auteur nominaL

Quoi qa il en soit, ces Mémoires sont très-intéressants ; ils éclairent les coins demeurés obscurs; ils lèvent des voiles persistants même après la lecture de la déposition calculée et, sur certains points, plus politique qu'il ne semble, de M"*® de La Rochejaqnelein. Leur principal défaut est d'être venus les derniers. Les aînés font souvent tort aux cadets, en fait de livres conmie en fait de gens.

* Kous n^avoxia pas eru devoir réimprimer dayantage une brochure l'etiaçant les aventures militaires d'nne amavoae rustique, eous ce tilre : Mémoires de Renée Bordereau dite Langevin, touchant sa vie militaire dans U Vendée, rédigés par elle-même, etc., à Taris, chez L. G-, Hichand, imprimeur du roi, septembre 1814, 61 p. in-S® avec i*réf€me. JMoos nous sommes abstenu parce que cet opuscule nous a semblé légèrement romancé, comme disait Nodier de certaines his- ^ires, sans compter la sienne, et ne contient aucun fait nouveau.

TIU IlVTBOBUCTiaN.

Les premiers ont l'or de la fayeur pnblîqae \ n n'en reste aux antres que la monnaie.

Ce qui ressort du reste en premier lien^ à des degrés divers^ de la lectnre de ces trois relations, c'est le caractère imprévu, srpontané et populaire de Tinsurrection vendéenne au début. O'est, tout d'abord, une échanffourée de conscrits réfractaires. La réquisition : tel est le premier grief contre la République et la première forme de son impopularité. Bien au début, ni des nobles, ni du roi, ni de Dieu môme. O'est là, au surplus, un trait de vérité humaine autant qu'historique. Le paysan est ainsi fait qu'il songe à lui tout d'abord et à son intérêt immédiat, n ne so bat de lui-même que pour son champ, sa maison ou sa liberté. Les premiers levains, les premiers ferments de l'explosion vendéenne sont là ! Bientôt la force des choseEf, la nécessité de poursuivre à outrance la lutte commencée, le sentiment de sou isolement, de son infériorité, le besoin de cheb capables ont fait le reste. Mais o'est de là que l'exaltation royaliste et le fanatisme catholique sont sortis ; c'est un grief matériel qui a réveillé les griefs moraux. Le torrent a été source, et source assez vulgaire, assez subalterne au début. L'insurrection populaire n'est devenue un mouvement politique et religieux que par l'intervention des seigneurs, d'abord aussi surpris que les républicains par un appel aux armes improvisé, qu'ils considéraient comme hâtif, dont le signal est donné par un paysan : Gatheh'neau. Les premiers chefs nobles, impérativement choisis par les insurgés, ne se décident à commander que pour ne pas être obligés d'obéir^ et ils ne sortent de leurs châteaux qu'entraînés par leur» soldats sortis des chaumières..

INTRODCCTIOR. IH.

Tous ces faits originanx, que nmis ne relevons qu'au point de Yue désintéressé de Timpartialité historique, se dégagent bien nettement du témoignage de M"^ de Bonchamps et de Sapinaud. Une autre certitude qui n'en, résulte pas moins, c'est que, des deux côtés, des yiolcnces inutiles, des excès déplorables, d'atroc«s représaiUegr déshonorèrent souvent une guerre civile bientôt signalée par les caractères qui semblaient réservés aux invasions barbares : la loi du talion étendue à tous les Ages et à tous les sexes; l'interdiction, de part et d'autre, de faire* des prisonniers; la mort appliquée à tout individu, l'incendie détruisant toute habitation et toute culture. Tel est le système politique de Lequinio et de Carrier : tel est le système militaire du général Turreau. C'est par le fer et le feu que, selon eux, la plaie vendéenne doit être traitée. Ce sera le principe dominant jusqu'à la réaction de thermidor. Mais déjà Philippeaux aura expié par l'échafandses protestations véhémentes contre l'uniformité injuste du même traitement appliqué indistinctement à la Vendée républicaine et à la Tendée royaliste, ses révélations scandaleuses sur les prévarications des généraux révolutionnaires, les Bossignol et les Bonsin, et leur })arti pris de laisser battre, faute de secours, quiconque n'est pas de leur bande.

Nous avons recherché ces Mémoires * courageux, mais, excessifs et inopportuns , il faut bien le reconnaître, si l'on se place au point de vue égoïste et passionné de la Révolution. Ils soht des plus rares, et il semble qu'une

^ Œuvres posthwMi, smmet de Mémoires historique» svr la guerre de la Vendée, Pars, 1793, iii-8«.

X INTBODTIGTION.

secrète conspiration dn silence se soit acharnée après enx, ponr étonffer la voix de Philippeanx dans la postérité comme on Tavait étouffée à la Convention. Kons les avons vainement cherchés même dans notre principal dépôt publie :1a Bibliothèque Nationale ^ Ces Mémoires ont â'aiUenrs une importance plutôt politique qu'historique. Ils peuvent servir à apprécier le système révolutionnaire ; ils sont moins fiiits pour aider au jugement du drame vendéen auquel le mallieureux conventionnel, bientôt victime de sa sincérité^ n'assista que dorant le premier acte.

La vie de M"** de Bonchamps et de Sapinaud, auxquelles nous revenons^ offre peu d'événements en dehors de ceux où elles forent encore plus témoins qu'actrices, dont elles ont retracé naïvement l'histoire, et où elles ont éprouvé des souffrances et montré des vertus qui forment tons lenrs droits à la célébrité. Oes deux nobles femmes, £out entières aux devoirs de la famille et au culte de chères mémoires, n'y prétendaient d'ailleurs point, et ne furent jamais* fières que du nom et du souvenir de leurs maris.

Nous ne savons rien de M"® de Bonchamps, sinon ' qu'elle appartenait à une vieille famille de l'Anjou, qu'elle comptait parmi ses ancêtres paternels François de Scepeaux, sire de Vieilleville, maréchal de France sous

* Nous les avons trouvés enfin, et nous croyons ntOe d'indiquer aux corienx qu'ils existent à la bibliothèque de l'Arsenal, riche de tant de trésors au milieu desquels tous guide libéralement un savant homme d'esprit auquel les études historiques doivent tant : M. Biol Lacroix.

INTBODUCTION. XI

Henri II ; qu'elle épousa le marquis Charles-Melchior- Artus de Bonchampa^ d'une des plus anciennes familles de la môme province, peu de temps après son retour en France, lors de la paix qui termina la guerre d'Amérique, c'est-à-dire vers 1784 * ; enfin qu'elle est morte, au mois de novembre 1845, au château de la Perrinière, dans les bras de sa digne fille M?^ la comtesse Arthur de Bouille.

M"® de Sapinaud était la belle-fille de Charette, issue d'nn premier mariage, avec un de ses parents du mém ' nom, de la femme du héros vendéen. Marie-Louise d ■ Charette de Bois-Poucaud avait épousé, en 1797, Charles Henri de Sapinaud de la Rairie, alors âgé de trente-sept ans. Les Sapinaud ont fourni à la guerre de Vendée plusieurs chefs et plusieurs victimes. Échappé à la mort de Marigny, de Stofflet et de Charette, avec lesquels il avait tenu la campagne jusqu'au *bout, Sapinaud ne revêtit de nouveau le hamois que pour commander au combat de Roche-Servières, unique et inutile eflEbrt de la courte reprise d'armes de 1814, qui coûta la vie à Louis de La Bochejaquelein et à Suzannet.

* C'était là notie opinion, fondée sur les documents biograp/hiqaes que nous avions pu consulter. Depuis nous avons trouvé dans la col* lection d'autographes de Saint-Germain, vendue le 18 mai 1S74, un n° 21 ainsi analjsé an catalogue : a: Pièce signée; Angers, 7 janvier 1789, 1 pag. in-f. Très-rare, SuppHqueau voi pour obtenir la permis* fiion de se marier avec W^* Anne-Marguerite de Scepeauz. H. Axtus de Bonchamps était alors officier sm régiment d'Aquitaine et ftgé de 28 ans. La pièce contient ses états de services depuis 1776^ et se termine par un certificat autographe, signé du mavquis de Qiastenay, déclarant que ce mariage est très-bon et convenable sous tous les rapports. M

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