‹ Mémoires sur la guerre de la Vendée et l'expédition de QuiberonChapitre 21 sur 55 · D'ELBÉE · texte numérisé non relu

D'ELBÉE

Le père de M. d'Elbée était devenu officier supérieur au service de Saxe. A sa mort, son fils fut placé en France dans un régiment dé cavalerie; mécontent de ne pouvoir aller au delà du grade de lieutenant, malgré ses connaissances militaires, il se retira du service. Comme M. de Bonchamps, il s*amusait à faire faire la petite guerre à des régiments et des escadrons faits en métal; comme lui il était brave, plein d'honneur et ami dévoué. L'un et l'autre, lorsqu'ils désirèrent se marier, recherchèrent le mérite et la beauté avant la fortune. M. d'Elbée, sur le point d'unir son sort à celui d'une Nantaise très-joUe et très-riche, lui préféra, quoique peu opulente, M"« d'Hauterive, dont l'àme sensible et généreuse et le dévouement à son mari ne peuvent être surpassés. J'ai cru devoir retracer les traits de ressemblance entre les deux héros de la Vendée ; mais autant l'extérieur de Bonchamps

sua LES GÊNÉBAUX VENDÉENS. 130

était gracieux et préyenant^ autant celui de M. d'Ëlbée était sombre et sévère. Un teint brun et jaune^ des yeux vifs et enfûocés ajoutaient à sa gravité. Il était maigre et d*uDe taille moyenne, son langage était sentencieux et lent. Dès qu'un sentiment l'occupait, il le portait jusqu'à l'exaltation. Il avait souri aux commencements de la révolution; Tesprit de Voltaire et le style de Rousseau l'avaient séduit, mais il eut horreur des premières scènes révolutionnaires. Les malheurs de la famille royale l'attachèrent pour jamais à sa cause : il vécut et mourut pour elle. M. d'Ëlbée et son ami M. de Boissy demandèrent à mourir ensemble; M"** d*Elbée obtint de ne pas survivre à son mari. Unis intimement pendant la vie, ils ne voulurent, pas se séparer à la mort. Ils avaient alors un fils au berceau. Ce jeune enfant survécut aux malheurs de la Vendée. Son caractère aimable et son éducation donnaient les plus belles espérances, et sa conduite, dans la garde d'honneur où il fut contraint d'entrer, fit reconnaître en lui le digne héritier de la gloire de son père, mais il fut aussi celui de son malheur. Étant très-gras et se tenant à cheval avec peine, il tomba dans une charge faite sur l'ennemi, et fut tué.

Page 1