CHARETTE
Gharette , dont les exploits sont la plus belle louange, fut longtemps d'une santé si délicate qu'il craignit d'être forcé à quitter le corps de la marine royale où il était lieutenant. U avait un goût effréné pour les plaisirs, et tout semblait devoir l'éloigner d'une guerre semée de fatigues et de périls. Mais le premier coup de canon tiré dans la Vendée fut pour lui ce qu'avaient été pour Achille, déguisé en femme, les armes présentées à ses regards. Il parut tout à coup plein de valeur et de piété; il portait même cette vertu jusqu'à faire jeûner les soldats la veille des batailles. Il disait le cha-
pelet avec eux, et nourrissait dans leur cœur le double enthousiasme de l'honneur et de la religion. Ce zèle, bien dirigé, eût obtenu de grands avantages; il eût empêché Charette de s'éloigner des autres armées; il eût rendu son parti invincible. Malheureusement cette ferveur dura peu; la vue de quelques jolies femmes qu'exaltait son courage^ la refroidit bientôt; mais les faiblesses du héros ont disparu devant sa gloire, et ont été couvertes par elle. L'amour de la patrie fut toujours sa passion la plus vive. Quelques jours ayant d'être fait prisonnier, un officier, que je connais, lui dit : « Pourquoi n'avez-vous pas accepté les propositions avantageuses du Directoire? — L'honneur, répéta-t-il, me taisait un devoir de les refuser; tant que Charette palpitera, la charrette roulera, d Tombé aux mains de l'ennemi, il dit au cousin de la femme de mon frère, qui avait obtenu de le voir dans sa prison : « Mon ami, le Directoire ne voudra pas se déshonorer; ma mort, d'ailleurs, irriterait les Français contre lui. » Lors même que le conseil, qui le condamna , lui eût été favorable, il n'en aurait pas moins péri sous peu de jours : la gangrène était dans ses blessures.