‹ Mémoires sur la guerre de la Vendée et l'expédition de QuiberonChapitre 26 sur 55 · LE GÉNÉRAL TURREAU · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL TURREAU

L'embarras est grand d'écrire, sans matériaux nouveaux, une Notice sur la vie d'un homme dont plusieurs biographes ont déjà parlé. S'ils ont puisé à des sources certaines , comment, en venant après eux, ne pas s'exposer à des redites ? B en est, en pareil cas, comme de ces procès qui, suffisamment instruits devant plusieurs tribunaux, sont presque toujours confirmés en appel. Il faut convenir malheureuseinent que les premiers juges n'ont pas été favorables au général Turceau. Nous citerons quelquefois leurs arrêts.

Turreau , dont le surnom était Linîères pendant la Révolution , et de Linières après, avait le grade de capitaine d'infanterie en 1791. Il servit sous Beumon ville en 1792, à l'armée de la Moselle ; passa, en qualité d'adjudant général, chef de brigade dans la Vendée j assista, peu de jours après son arrivée , à la déroute de Vihiers j contribua plus tard au gain de la bataille de Doué , sur le prince de Talmont ; fut battu et blessé à Coron, puis porté, dans le courant de septembre 1793, au commandement en chef de l'armée des Pyrénées-Orientales. Jugqu'ici rien de trop fâcheux pour lui, si ce n'est d'avoir été battu peut-être; mais, quel général n'a pas essuyé de revers, surtout en combattant dans la Vendée ? Le mal est qu'il y revint : il eût mieux valu , pour bien d'autres et pour lui, qu'on ne l'eût point rappelé sur ce théâtre de la guerre civile.

L'adminfetrateur militaire dont nous avons inséré les Mémoires dans notre Collection, dit, en parlant du général Turreau, qu'on pouvait suivre la marche de son armée aux traces de la dévastation, à la lueur des incendies ^. Nous ne répéterons point les accusations portées contre lui dans le Dictionnaire bioffraphique imprimé à Londres, en 1800. Ces accusations pourraient paraître suspectes; mais nous citerons la Biographie de BruzeUes, dont l'impartialité ne peut, à son

1 Cette Notloe précède réaitioD Beaudonin frères (1834). 2 14« livraison , Mémotret sur ki Vendée, p. 102 tt 167.

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égard, être mise en doote. « Tnrreau, disent les autexus de cet ouïe vrage, ezécnta dans l'Ouest toutes les mesures atroces prescrites « par le comité de salut public , annonça la mort de -La Boclieja- « quelein, la destruction de six nulle rebelles , rarrestation et le snp- « plice de La Cathélinière. Dénoncé aussitôt après le 9 thermidor par. . « Merlin de TMonviUe, pour ses cruautés, Billaud de Yarennes dé- « dara que le comité de' salut public avait ordonné sa suspension. « Alquier ayant produit contre lui, le 7 vendémiaire an YI (28 sep- « tembre 1794) , un ordre de massacre expédié au général Moulins, le « décret d'arrestation, demandé à la presque unanimité , lut à l'instant « rendu* Il publia alors une justification de sa conduite, qu'il ap- « puyait sur les ordres du gouvernement. D'abord traduit devant le di- « recteur du jury de Tours, Merlin de ThionviUe demanda qu'il fût •r jugé par un conseil de gpierre. Le Directoire ayant pris un arrêté « conforme à cette pioposition, Turreau fut mis en jugement, et ac- « quitté après une fort longue détention. »

Ce fut pendant son séjour en prison qu'il composa ses Mémoires. Les Yendéens y sont mieux traités par l'écrivain qu'ils ne l'étaient par le général en chef. Il fait un tableau remarquable de leur manière de combattre ; U loue beaucoup leur adresse dans le maniement des armes, la foi qu'ils se gardaient entre eux, et leur audace devant l'ennemi. Oes éloges, indépendamment de ce qu'ils ont de mérité, préparaient une excuse à ses revers, et donnaient plus de prix à ses succès. H ne parle point, comme on peut croire, du fameux ordre adressé au général Moulins. Mais, ce que Turreau, dans ses Mémoires mêmes, avoue de ses plans, de leur exécution, et des moyens qu'il croit nécescessaires pour étouffer l'insurrection, laisse beaucoup à penser sur la possibilité des excès qu'on lui reproche. JX fallait qu'ils fussent bien grands pour que le comité de salut public fît, par l'organe do Billaud

de Yarennes, annoncer sa suspension. Billaud n'était pas homme à s'effrayer de peu.

Gopendant, quoique graves , disons le mot, quelque odieuses que fussent les accusations qui pesaient sur lui, le général Turreau ne voulut pas s'y soustraire ; il supporta, pour obtenir un jugement, toutes les rigueurs d'une étroite captivité. Nous rapportons l'anecdote suivante sur la foi d'une personne qui lui fut longtemps attachée. Il était en prison au Flessis lorsque le 13 vendémiaire fut l'occasion d'une amnistie dont tous les généraux, prévenus, arrêtés comme lui et pour les mêmes causes, s'empressèrent de profiter. Turreau persista seul à demander des juges. Ceux qui avaient servi sous ses ordres, devenus libres en vertu de l'amnistie, vinrent le visiter dans sa prison, et le

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pressaient d'en sortii. « O'estponr yob sottisM que je suis ici, lenr < dit-il, je n'en sortirai que par un jugement, on je laisserai ma tête sur « nn échafand. J'ai fait le sacrifice de ma Tie. CSroyes-moi, ne vous <c déshonorez pas en acceptant l'anmistie ; faites-moi franchement « votre confession, et je tous donne à l'instant des ordres qni légiticc nieront ce qne Yons avez fait ; mais il font rester en prison et toos et faire juger. » »- Tons refusèrent. — « Bh bien, leur dit le général « Tnxreau, tous êtes tous employés aujourd'hui, aucun ne le sera K dans six mois. » dette menace ne les ébranla point. Leur destitution la suivit de près.

S'il fout en croire la Biographie de Bruxelles \ après la conspiration et la mort de Babœuf, en 1797, le général Turreau adopta un de ses enfants. Sous le Consulat, le général serrit en Suisse et dans l'Italie ; il concourut aux travaux du Simplon, il organisa le Yalais. Aux travaux de l'administration succédèrent pour lui ceux de la diplomatie. Après quelques années de séjour comme ministre plénipotentiaire dans les États-Unis d'Amérique, le général Turreau, qui avait été nommé grand officier de la Légion d'honneur, revint en France en 1810 ; il eut sous ses ordres la 21* division militaire, et fit en Allemagne, malgré ses infirmités , la campagne de 1818. « H commandait K encore dans le duché de Wurtzbourg à l'époque de la Bestauration, « et réunit, le 2 mai 1814, les offiders généraux bavarois pour celé- « brer la paix et le rappel de Louis JLYliL » (Biographie de Bruxelles.)

Ces démonstrations, il fout bien que l'histoire l'avoue, s'accordent peu av90 les sentiments qu'il exprima dans les Cent Jours, lorsqu'il fit, à cette époque, réimprimer ses Mémoires sur la Vendée. Dans V Avertissement qui précède cette édition de 1816, il parle du séjour momentané des Bourbons en France. Cette phrase, que nous avons dû conserver, n'a pas le mérite d'une prophétie en 1824 ; nous n'en faisons l'observation que parce que cette observation, même explique comment cet avertissement, tel qu'il fut alors écrit, se retrouve en entier dans l'édition nouvelle. Quoi qu'il en soit, le général qui avait été chargé, après Waterloo, de défendre la' rive gauche de la Seine, prit part, comme représentant de l'armée française, & la convention dn 3 juillet , et se retira bientôt après dans une terre qu'il possédait à Couches, en Normandie. Nommé baron sous l'empire, chevalier de Saint-Louis sous le Boi, Turreau de Linières, lieutenant-général Tivant depuis 1816 étranger aux affaires publiques, mourut à l'âge de

^ BtogrqpMe des ConUnyporaitu (par ijnaolt, Jal, Babbe, etc.).

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