APRÈS LE PASSAGE DES VENDÉENS
Une Vendéenne, que la maladie avait forcée de rester à Laval avec ses trois filles^ y fut découverte et condamnée à mort par ces juges infâmes à qui le nom d'homme ne peut être donné sans déshonorer l'humanité. Quelques âmes courageuses élevèrent la voix en leur faveur; mais elle ne fut pas plus entendue que celle de l'enfant égaré dans la forêt pendant l'orage.
La plus jeune^ âgée de seize ans et d'une beauté accomplie^ fut saisie d'effroi à la vue de l'instrument meurtrier; mais la voii de sa mère ût renaître le calme dans son âme. Gomme celle des Machabées, cette mère obtint de mourir la dernière; et, après avoir soutenu le courage de ses enfants, fut au ciel partager leur triomphe et l'accroître par sa présence.
Une autre Vendéenne fut conduite enceinte en prison, où elle accoucha d'un petit garçon. Un témoin, l'entendant pleurer pendant les douleurs de l'enfantement^ lui demaDda comment elle pourrait supporter celles de l'échafaud. « Aujourd'hui, répondit-elle, je cède à la nature qui souffre et quii g^éniit ; mais sur Téchafaud Dieu sera avec moi. »
Elle allaita son nourrisson pendant six semaines. Au bout de ce temps, on vint lui apprendre sa sentence; elle se soumit avec résignation ; elle demanda à porter son fils entre ses bras jusqu'à Tendroit où on lui couperait les cheveux; ce qu'on lui permit. Sa tendresse pour lui et sa confiance au Seigneur, peintes dans ses regards, attendrissaient tous les coeurs. Arrivée au lieu fatal, elle donna le dernier baiser à
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son fils, et le remettant anx mains de la geôlière : a Prenez ce pauyre petit orphelin ; je le confie à votre cœur. Je ne puis TOUS offrir quç ma montre, en retour de soins aussi » chers; mais Dieu, je l'espère^ écoutera mes vœux et suppléera à ma reconnaissance, rt Elle dit, et marche à la mort ayec calme. Le bourreau veut lui ôter son châle pour qu'elle souffre moins: «Non, lui dit-elle, j'aime mieux beaucoup souffrir, et n'être pas découverte. » Son jeune enfant, privé de ses regards caressants, se flétrit comme un tendre bouton que n'échauffent plus les rayons du soleil et (ut rendu à son amour, non dans les demeures mortelles où le bonheur n'est qu'un vain nomy mais dans celle qu'il embellit sans cesse, et où le malheur n'entre jamais.
Les Lavaloîs avaient accru sensiblement l'armée des royalistes à leur passage, ils avaient partagé avec eux leurs foyers et leur table, et avaient pris part à leurs combats; aussi leur nom n'est jamais répété dans la terre fidèle sans y recevoir un tribut de louanges.
Dieu les en a récompensés en protégeant, dans leur cour trée, l'établissement d'une communauté de trappistes. Ces •êtres angéliques, jour et nuit occupés de fléchir le ciel, de l'ouïr aux pécheurs par leurs prières, disent deux fois par semaine une messe pour les soldats morts , en 1793, au combat de Laval. J'ai vu deux de ces anges de la terre ; l'un, le frère Marie^oseph, autrefois baron de Géramb, général au service d'Autriche, et chambellan de l'empereur ; l'autre, le frère Joseph, connu auparavant sous le nom de M. de Champlois, grand vicaire du diocèse de Nice. Je n'ai point connu d'ecclésiastiques plus aimables, plus spirituels, plus instruits, et cependant plus modestes.
C'est eux, c'est leur image que je me retrace, lorsque je cherche à me faire une idée des êtres accomplis qui ont pueé de la terre aucieL
Point SERVIR