‹ Mémoires sur la VendéeChapitre 3 sur 30 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

CHAPITÏIE PREMIER.

Causes du m^contenteraeiit du peQpIe. -— Projet de soulever le» provinces maritimes- — Révolte à Toccasion d'un recrutement. — Charette est à la tête 4es insurges des districts de Challans et de Machecoul. "r^e que c'était que cet homme. — La route de Nantes à Angers est interceptée. — Un voiturier et un gardechasse^ devenus chefs de troupes , emportent de vive-force plusieurs postes et prennent des villes. — Massacre des patriotes à Machecoul. — Pourquoi la guerre prit le nom de Vendée. — Bruit de l'insurrection parvenu à la Convention. — Marche du général Marcé sur les rebelles; il est battu et mis eo déroute.

On trouve Panalyse des causes de la guerre de la Vendée dans les propositions faites, le i4 mars 1793, à Saint-Etienae-de-Mont-Luc, par un chef d'attroupement appelé Gandin Perriais. Il demandait , au nom de vingt-une paroisses , par voie de conciliation , disait-il , avec les autres citoyens du département de la Loire-Inférieure , que jamais il n'y eût de tirage de milice; qu'il ne fût jamais pris de chevaux aux cultivateurs que de gré à gré et en les payant; que les impôts ne fussent assis que sur la répartition des communes , et non sur les arrêtés arbitraires des directoires ; que les directoires ne

s^îngérassent jamais d^attenler à la liberté des citoyens , en faisant marcher contre eux la forcearmée qui ne devait marcher que diaprés les ordres des tribunaux et des juges de paix ; que la liberté du culte fût maintenue ; que tous les prêtres non-assermentés pussent jouir de la tranquillité que la loi leur assurait ; que les églises leur fussent ouvertes pour célébrer Toffice ; qu'ail fut libre à chacun de^^ choisir son ministre et de le payer ; que Fon convoquât les assemblées primaires, et que les prêtres constitutionnels n^ pussent voter.

Il est facile de conclure de ces propositions que le mécontentement roulait sur trois points capitaux : le premier avait pour motif le recrutement forcé; le deuxième , la rigueur des administrations dans Pexécution des lois, l'arbitraire qui régnait dans leurs actes , les vengeances partielles et les vexations j compagnes inévitables du système de terreur et d'anarchie qui avait mis toutes les passions en jeu, depuis la Convention nationale où il avait pris naissance , jusqu'aux plus petites autorités à qui elle donnait l'impulsion; le troisième, les entraves qu'on avait apportées à la liberté du culte catholique romain , par les persécutions sans cesse dirigées contre les prêtres qui n'avaient pas voulu se soumettre à la constitution civile du clergé.

Ce dernier motif fut sans contredit le principal levier dont on se servit pour soulever la masse des

habitons des campagnes de la ci-devant Bretagne, du Poitou et de TAnjou, paysans simples, mais opiniâtres dans leur croyance. La philosophie moderne n^avait pas fait de progrès chez eux. Si, comme Solon , les législateurs français avaient su approprier leurs lois aux mœurs et aux convenances locales, ils se seraient au moins appliqués à en modifier Texécution tfans ces trois provinces , dont ils auraient dii pressentir Topposition pour peu qu^ils eussent été versés dans la politique et la connaissanceg^e l'histoire des dernières guerres civiles; mais au lieu de ménagemens, toutes les mesures d'^administration y furent extrêmes, et contre les ci-devant nobles , et contre les prêtres , c'est-à-dire contre ceux dont le caractère avait eu de tous les temps le plus d'influence sur l'esprit de ces peuples ,. persuadés que les législateurs étaient des athées , profanateurs des autels et des devoirs les plus sacrés, dilapidateurs de la fortune publique et régicides.

Depuis long-temps le mécontentement était à son comble; des mouvemens d'inquiétude s'étaient fait sentir. L'incendie était soufflé par les partisans du trône, qui s'étayaient du prétexte de la religion 9 et par le gouvernement anglais , qui , dans la protection apparente qu'il accordait aux princes français, n'avait en vue que d'affaiblir la France par des divisions intestines , quel qu'en fut le * résultat.

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Un grand complot était profondément ourdi; il devait bientôt éclater, et Ton avait choisi pour théâtre les provinces maritimes. Leur éloignemenl de la capitale, leur site et le caractère de leurs faabitans les rendaient propres aux projets qu^on avait conçus ; il ne manquait plus qu'aune occasion pour les développer.

Elle se présenta dans tk premiers jours de mars^ 1793 (i). Les administrations de district eurent ordre de former par canton le contingent d'aune levée de trois cent mille hom1ne9.i1 décrétée le a3. février précédent. Elles envoyèrent des commissaires pour disposer les esprits au recrutement. Un dVuxfut tué à SainWPhilbert, commune du district de Macheconl , département de la Loire-Inférieure. Dans celui de la Vendée, les habitans des Marais -du -Perrier, de Saint-Urbain, et autres^ communes , sMtant réunis pour le même objet à Saint^Gervais , se révoltèrent ; et comme ils attribuaient tous leurs maux à Fadministration de leur district, ils niàrchèrent sur Challans, où elle siégeait^ et j brûlèrent les registres et papiers administrdtiis. Chemin faisant , ils s^assurèrent de ceux qiii s^étaiént montrés partisans de la révolution, et les conduisirent avec eux a Machecoul où ils renouvelèrent ce qu'ails avaient fait à Challans^

^1) il mars 1795.

Sans chefs, ils députèrent vers Charette pour Finvîter à venir se mettre à leur tête : il habitait alors un petit château situé dans la parois^ de la Garnache. On a dît qu"*îl résista d^abord ; qu'A leur fit sentir tous les malheurs pouvant résulter de leur insurrection, et qu'il leur conseilla de rentrer dans leurs foyers ; mais que , menacé de perdre la vie s^il persistait dans son refus, il se rendit à leurs pressantes sollicitations.

Charette était né à Nantes , d'aune ancienne famille d'drmàtèurs ; de. complexion délicate , il ne semblait pas susceptible de soutenir jamais de grandes fatigues ; il paraissait encore moins propre aux affaires. Il était entré dans la marine où il avait obtenu le grade de lieutenant de vaisseau. N'ayant pas asses de patrimoine pour figurer dans le monde , il avait passé la plus grandef partie de sa jeunesse àxet un de ses oncles, à Sainte-Pazanne, commune à l'issue de la forêt de Prince. Sa principale occupation était la chasse : il parcourait cette forêt, qui a plus de sept lieues àt tour , passait dans celle de Machecoul; et quand il était fatigué ou surpris par la nuit, il s'arrêtait et vivait chez le premier paysâiÀ dottt il rencontrait l'habitation. Il ne re- Vfttiâît souvent à la maison que huit jours après eu être sorti. C'est ainsi qu'accoutumé à la fatigue, il a appris à connaître les chemins , les défilés , les bois et les situations locales , Connaissance qui devait lui servir tin jodr à faire avec tant de succès la

guerre de partisan. Mais n^anticipons point sur les

évenemens.

. La nouvelle de Tinsurrection jeta Talarme à Nantes, chef-lieu du département de la Loire- Inférieure; cette ville envoya quatre cents hommes à Saint-Philbert avec deux pièces de canon , ils y entrèrent sans coup férir. Si cette troupe , ou une autre de pareil nombre , se fut portée de suite sur Machecoul, les révoltés, qui n'avaient point encore de plan déterminé, eussent été facilement dispersés de ce côté et seraient rentrés dans leurs foyers.

Tandis que ces choses se passaient 9 d'autres symptpmes de révolte se manifestaient sur la rive droite de la Loire, et jusque dans les départemens dlUe-et-Vilaine et du Morbihan. Des partisans de la révolution avaient été égorgés sur la route de SavensTy et à peu de distance de Nantes. Cette ville craignît d'être bloquée : pour ne pas diminuer ses moyens de défense , elle rappela dans son sein les citoyens qu'elle avait envoyés à Saint-PhilberL Ainsi les révoltés restèrent paisibles possesseurs de Machecoul et des campagnes voisines.

Il semblait que partout on se fût donné le mot pour lever l'étendard de la rébellion. La route de Nantes à Angers fut interceptée ; on y avait coupé les ponts et fait des tranchées , afin d'empêcher les communications et le départ des courriers qu'on aurait pu envoyer pour demander du secours.

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Le 12 mars, les jeunes gens du district de Saint- Florent-le-Vieux , département de Mayenne-et- Loire, livrèrent un combat aux autorités qui voulaient les enrôler, et les expulsèrent.

Le lendemain , un simple voiturier de la commune de Pin-en-Mauge , appelé Cathelineau^ se met à la tête de deux cents mécontens, va attaquer le poste de Jalais^ défendu par un détachement de quatre-vingts républicains et une pièce de canon , et s^en empare; de-là il marche sur Chemillé qui éprouve le même sort.

Enfin son armée sMtant accrue d^autres mécontens , et ayant été jointe par une nouvelle bande conduite par un nommé Stofflet^ garde-chasse au château de Maulevrîer, il vient attaquer ChoUet, ensuite Vihiers , qui ne peuvent lui résister.

D^autre part Fincendie avait déjà gagné les campagnes de Clisson, Montaigu, Beaupréau, Mortagne, Châtillon , Bressuire, La Chàtaigneraye, La Rochesur-Yon.

Le i5 mars, il y eut un combat très-vif entre les gardes nationales de Fontenay et les rebelles qui les repoussèrent, prirent et pillèrent la ville de Chantonnay.

Ceux des environs de Machecoul signalèrent les commencemens de leur révolte par un horrible massacre. Environ trois cents patriotes étaient prisonniers dans cette ville ; leur mort fut décidée, et leur supplice , qui dura plusieurs jours , fut ac^

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compagne d'un raffinement de barbarie qui surpasse Fimagination, La veille de Texécution, on for^ mait deux listes : la première, de trente hommes qui devaient être mis à mort le lendemain; la seconde , de pareil nombre , réservés pour le surlendemain. On instruisait les premiers de leur sort, et pour les disposer à le subir, on leur envoyait des prêtres qui leur proposaient de se confesser. L'heure fatale arrivée, on les dépouillait de ce qu'ils possédaient, on les liait et on les conduisait sur le bord d'une large fosse qu'on avait creusée dans la cour du château; on les y faisait agenouiller; un rang d'hommes armés se tenait derrière ces malheureux, et à l'instant où les prêtres avaient recommandé leurs âmes à Dieu, on les fusillait et ils étaient précipités dans la tombe. Les trente portés sur la seconde listé assistaient à cette exécution , et on leur disait x k Demain , il vous en sera fait aun tant, si vous ne renoncez à la république et ne )) prenez parti pour le roî et la religion, » Ensuite on les reconduisait dans leurs cachots, où ils étaient déjà livrés aux angoisses de la mort. Le curé constitutionnel de Machecoul fut un de ceux qui eut le plus à souffrir, parce qu'il fut livré à des harpies qui le mutilèrent horriblement.

Un soulèvement, accompagné de massacres et d'incendies, ne pouvait être considéré que comme un brigandage : ce qui a fait donn^ h tous les insurgés la dénomination de brigands; et parce

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que les premières étincelles de Fincendie étaient parties du département de la Vendée, on ne les appela que les brigands de la Vendée f et par suite la guerre que je décris n^a pas eu d'^autre nom.

Malgré les précautions que nous avons vu prendre par les rebelles. pour empêcher le départ des courriers^ elles ne purent être si exactes et si générales que le bruit de Pinsurrection ne se répandit dans les contrées voisines. Le 17 mars, on annonça à la Convention nationale que Tadministration des postes n^avaît eu aucune nouvelle des courriers qui auraient dû arriver les jours précédens de la ci-devant Bretagne ; et enfin, le même jour , un député de la Loire-Inférieure dit que les prêtres insermentés et les émigrés avaient excité des troubles au sujet du recrutement ; que les insurgés sMtaient emparés des armes et des canons dMne infinité de communes; quils avaient des chefs expérimentés qui se faisaient appeler Verteùil et Gaston.

U y avait en effet parmi eux un nommé Gaston ; mais ce personnage, dont les talens présumés eau-* saient de si vives alarmes, était un barbier de village. Quant à son illustre compagnon, je ne sache pas qu'ail ait jamais existé parmi les rebelles. Le Verteùil qui figurait déjà réellement dans cette guerre, mais en sens contraire, était le lieutenantgénéral , commandant à cette époque la douzième

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division militaire dans Fétendue de laquelle était le foyer de la révolte.

Aussitôt que cet officier supérieur eut avis de Taffaire qui avait eu lieu le i5, entre les gardes nationales de Fontenay et les rebelles, et de la prise de Chantonnaj, il ordonna au général de brigade Marcé de se rendre à Sain^-Hermand avec douze cents hommes, partie troupes de ligne, partie gardes nationales de Rochefort et de la Rochelle, etc.

Ce général dirigea sa marche sur le pont Charron, poste important à garder; il fut attaqué entre Chantonnay et Saint- Vincent, mais Pennemi fut repoussé avec une perte de cent hommes (i).

Le lendemain, Marcé , dont la petite armée était déjà forte de deux mille quatre cents hommes et de neuf pièces de campagne, part de Chantonnay où il était entré la veille, et sWance sur Saint-Fulgent. Au-delà de Saint- Vincent , il rencontre un pont coupé par les rebelles , le rétablit et le passe. Vers les quatre heures du soir, il les aperçoit sur une hauteur; la plaine devant eux était un pays coupé de bois , de collines et de gorges. La troupe républicaine était dans un fond , occupée à rétablir un second pont détruit par Fennemi. On s'^observe à peu près deux heures. Enfin, le général se détermine à passer le vallon de Lois avec toute son

(0 18 mars.

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artillerie Alors deux colonnes de rebelles, dont Fune occupait les hauteurs , Tautre le grand chemin, poussent de grands cris, et tirent sur les républicains qui ne peuvent , dans leur position , se servir de leur artillerie. Ensuite les rebelles étendent leurs lignes, et se dispersent comme pour cerner Tarmée. Cette manœuvre, en termes de leur pays, s'appelait s^ égailler^ Le combat dura trois heures : les ténèbres épaisses de la nuit , les cris et la dispersion des rebelles, qui semblaient multiplier leur nombre, inspirèrent tant d'épouvante aux républicaine , qu'ils se débandèrent et s'enfuirent après avoir perdu un grand nombre des leurs : ils abandonnènent leurs blessés, et une pièce de canon dont l'ennemi profita, ainsi que des fusils des morts, des blessés et des fuyards qui les avaient jetés ça et là pour être plus lestes à la course. La peur a conduit plusieurs de ces derniers jusqu'aux portes de La Rochelle , et tous y seraient rentrés , si quelques braves , tels que Boulard, chef de brigade au 60* régiment d'infanterie, et Baudry n'avaient rallié l'artillerie et les débris de l'armée ^Marans. Ainsi le général Marcé perdit environ quinze lieuesde terrain. Le lieutenant-général Verteuil , dans le rapport qu'il fit de cette affaire au ministre de la guerre , ne put s'empêcher de dire que cet officier n'avait point établi d'ordre dans le combat , ni fait les dispositions qui eussent pu le préserver d'un semblable échec. Les soldats l'accusèrent de tra-

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hison, et dèmaDdèrent qu^il fût remplace par le colonel Boalard. Les représentans du peuple , Carra et Auguis, alors en mission dans ces contrées, le destituèrent , et la Convention décréta , quelque temps après , qu^il serait jugé par une cour martiale à la Rochelle*

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