CHAPITRE II
L'armëe opposée aux rebelles prend le nom d'armëe des côtes. — La Bourdonnaye crëë général en chef. — L'insurrection prend un caractère imposant et régulier. •— ' Création d'un conseil supérieur oii les afiaires se traitent au nom de Louis XYII. — L'armée des rebelles prend le titre d'armée catholique et royale. — Son organisation civile et militaire. — Noms de ses chefs. — D'Elbée , généralissime et président du conseil supérieur. — Formation de corps de troupes. — Gomment ils sont pourvus d'armes, d'artillerie et de munitions de guerre ; comment ils sont entretenus , etc.
Les progrès des rebelles n'hélaient pas moins effrayans dans les autres départemens insurgés que dans celui de la Vendée. Sept mille paysans sMtaient portés sur Vannes. Les autorités constituées des dislricls de Blin, La Roche -Bernard et Guérande, avaient été chassées. Chalonnes, Ingrande et Ancenîs-sur-la-Loire étaient assiégés, et Saumur menacé.
Dans cet état de choses , le ministre de la guerre sentit la nécessité d^adopter un plan régulier pour la défense des côtes , et de subordonner les géné-^ raux des douzième, treizième, quatorzième et vingt -deuxième divisions militaires à un seul. Il nomma le lieutenant-général La Bourdonnaye à cet important commandement qui sMtendait depuis
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Fembouchure de la Gironde jusqu^à celle de la Somme, et il confia Tâdministration de Tarmëe, qui prit le nom dWmee des Côtes, au commissaireordonnateur Petiét, Ainsi , lés lieutenans-généraux Verleuil , à la Rochelle, et WitenkofF, à Tours , eurent ordre de correspondre avec le général en chef, et de lui rendre compte de toutes leurs opérations.
La Bourdon naye établit son quartier-général à Rennes. Il pensa , qu'' avant de porter des secours à la Vendée proprement dite, c^est-à-dire au-delà de la rive gauche de la Loire , il fallait commencer par réduire les rebelles de la ci-devant Basse-Bretagne , et purger la rive droite. Cétait ce qu'il avait de mieux à faire pour garantir les ports de Bretagne et de Normandie d'un coup de main qu'ils auraient pu tenter de concert avec les AnglaiSi
Mais il est résulté de Texécution de ce plan, qu'en les repoussant vers la Loire , on les a forcés de passer sur la rive gauche , et qu'ils ont grossi les attroupemens des pays riverains , notamment du cidevant Poitou , où la guerre civile prit de ce moment un caractère imposant.
Jusqu'à présent nous n'avons vu, pour ainsi dire, que des bandes soulevées à l'occasion du recrutement , que des paysans conduits par des hommes obscurs. Nous allons voir à leur tête des personnages plus relevés et capables, par leur caractère et leurs connaissances politiques et militaires , de donner de la consistance à la rébellion. Un décret
de la Convention nàfionale avait permis , quelques mois avant rinsuirection, de voyager dans l^intérieur de la France sans passe-port. A la faveur de cette loi , beaucoup dVmigrés étaient rentrés dans le Poitou. Les rebelles , qui avaient tout à craindre de la sévérité dés lois, .furent trop heureux de pouvoir se confier aux talens d^anciens officiers français. Ceux-ci saisirent à propos l'occasion d'organiser un parti puissant en faveur du royalisme ; ils parvinrent bientôt à créer comme un nouvel Etat dans la république. Leurs premiers soins furent de rendre aux paroisses leurs anciens pasteurs , et de constituer , à la place des administrations révolu-» iionnaires, des comités qu'ils subordonnèrent à un conseil supérieur qu'ils établirent à Châtillon. Les afiPaires se traitaient à ce conseil au nom de Louis XYII. On y faisait des proclamations aux habitans des villes et des campagnes, et des règlemens sur \es contributions et subventions de guerre ; on y miirissait et on y arrêtait tous les plans de campagne.
L'armée rebelle prit alors le nom d'armée ca— tholique et royale. Pour en régulariser les dépenses, on en confia l'administration à un commissairegénéral , et l'on établit un trésorier en chef, dans la caisse de qui se versait le montant des contributions de chaque arrondissement de comité, ou des subventions et réquisitions frappées sur le peuple.
L'organisation de l'armée suivit celle de l'admi-
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nistration, et hii fut assimilée. On partagea le pays en divisions militaires, à la tête desquelles étaient des comma^dans scaimis au généralissime ^ qui était en même temps président du conseil su-* périeur.
Chacun de ses généraux , placé sm* un point important de la circonférence , commandait une armée qui prenait le uom de sa localité. Ainsi, les Là Rochejaquelein, les d^Autichamp , les Bon-* champs;, les Domagné , les Cafhelineau et les Stofliet^ commandaient les divisions dites de TAnjou et du Haut-^Poitou ; les Lescure, les Talmont et les Duhoux^-d^Antrive ^ Tarmée du centre ; enfin, les Gharette^ les Decouctus , les Savin , les Jolis et autres che6 peu connus, Tantiée dite du Bocage, ou Bas^Poitou. .
> Dans chaque paroisse où comité , il y avait un capitaine qui tenait le contrôle de tous les hommes en état de porter les armes; Cette liste était envoyée au commandant de division, qui formait un contrôle de toutes celles de son arrondissement , et le transmettait au généralissime qui , par ce moyen , avait une connaissance exacte de la force du pays. Ce généralissime était D'^Elbée, et, en cette qualité, président-né du conseil supérieur.
La revente était trop générale et trop fortement prononcée pour craindre que le peuple fît un pas rétrograde : on sentit cependant bien qu^on ne le tiendrait pas toujours levé en masse ;
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que cette mesure, nécessaire dans les commencemens, cesserait d^étre praticable par la difficulté d!avoir h sa suite une quantité suffisante de vivres. Il convenait d'^ailleurs qu'^à certaines saisons les laboureurs pussent être rendus à leurs champs. Or 9 afin que le nouvel état ne fût jamais sans défense , on décida qu^on recruterait une force armée , tant â pied qu^à cheval, qui serait toujours prête à marcher , et servirait de noyau à tous les grands mouvemens , et de sauvegarde aux chefs du parti. Ce noyau , à Finstar duquel chacun des généraux divisionnaires était chargé d^en formier un pour lui servir de colonne mobile, devait se tenir auprès du conseil supérieur, et être immédiatement commandé par le généralissime.
. Les escadr(>ns de cavalerie et bataillons d^infanterie avaient leurs contrôles imprimés. Voici comment les premiers se formèrent. Nombre de cavaliers d^un régimjent de chevau-^égers étaient passés dans la Bretagne parmi les insurgés; chacun devint, le chef.d^une compagnie qu^il composa de jeunes paysans les plus propres à Fexercîce du cheval , de garçons meuniers , et de gardes -des ci-devant seigneurs. On monta facilement ces nouveaux cavaliers : on sait que le Poitou a toujours été 4hine des provinces les plus riches en jchavaux.
Les bataillons d^infanterie se composèrent de la
même manière, et particulièrement des hommes actuellement sans domicile qui , ayant pris part à la révolte dans la Bretagne , avaient été forcés de passer sur la rive gauche de la Loire.
On s'aperçoit qu'ail fat plus facile d'organiser ces bandes que de les armer. Cependant, quoiqu'on puisse dire jusqu'à un certain point que les Vendéens ont commencé la guerre avec des bâtons , comme on l'a vu à Saint-Florent-^le-^Vîeux , il tombe aussi sous le sens que dans une grande masse de paysans révoltés , il a dû se trouver beaucoup de fusils de chasse.
L'artillerie des rebelles consista d'abord dans quelques couleuvrînes et quelques pierriers qu'ils trouvèrent dans les petites villes dont ils s'empa-^ rèrent, et dans certains châteaux. Une autre pièce qui les rendit redoutables dans ces commeneemens, fut un canon du calibre de douze qu'ils baptisèrent dunom de Afen^-r/^aww^.Des gardes-côtes servirent d'abord cette artillerie , en grande partie montée sur des afFuts de bois et traînée par des bœufs.
Mais des canons et des fusils ne suffisaient pas pour faire la guerre ; il Ëillait encore des munitions. Ils firent main-basse sur toute la poudre et le plomb des marchands des bourgs , villes et ha-»meaux dans lesquels ils entrèrent. Ensuite , les premières déroutes des républicains 4irent tom^ ber entre leurs mains des volontaires qui portaient quelques paquets de cartouches; elles furent re-
cueillies et partagées avec économie. Les Vendéens en étaient avares, ne s^en servaient qu^au combat, où ils ne tiraient qu^à propos et avec Vassurance de tuer chacun son homme.
Dans le nombre des premiers prisonniers qu^ils firent , étaient des canonniers et des artificiers sortis de Paris et de la Rochelle ; ils les envoyèrent à Mortagne et à Beaupreau , leur lurent lessiver les caves et fabriquer du salpêtre ; ils y construisirent des moulins à poudre, et firent faire des cartouches qu'ion envoyait ensuite partout où le besoin Texigeait.
' Ensuite , les généraux de la république ayant eu rimprudence de répandre sur la surface du pays insurgé des postes trop faibles , les Vendéens trop peu tacticiens d^abord pour se mesurer avec de fortes armées et en rase campagne , tombèrent en masse sur ces petits postes et s^emparèrent de leurs armes , de leur artillerie et de leurs munitions.
L^habillement et Téquipement de Farmée catholique et royale, ne causa aucun embarras aux chefs. Les soldats ne portaient autre chose qu^un habitveste*, un gilet et une grande culotte d'étoffe brune et très-^grossière ; ils avaient les cheveux coupés et un chapeau rond ; leurs havresacs étaient de toile; la poche de leur gilet leur servait de giberne ; et ils avaient pour bretelles de fusils des lisières de serge : la plupart même s'en passaient.
L^habillement de lia cavalerie était le même;
Farmemâit seulement/ c'est-à-dire le sabre et le pistolet, la distinguait de Tinfanterie. Quelqùes--uns avaient des bottes ; presque tous n'avaient que des isabots surmontés de tiges de cuir, autant qu'il leur était possible , ou de ligatures qui les retenaient aux pieds. Les sabots étaient la chaussure unique des fantassins ; la majorité des paysans du Poitou savait en faire. S'ils éprouvaient une déroute, et que pour mieux courir ils fussent contraints de quitter leurs sabots, leur perte était aussitôt réparée.
Assurer la subsistance de l'armée active de la Vendée , n'était pas encore une chose bien difficile dans un pays extrêmement abondant en blé de toute espèce, en bestiaux et en fourrages. Les Vendéens n'avaient ni magasins , ni manutention, ni charrois pour transporter leurs vivres; ils vivaient à discrétion dans tous les eiMlroits où ils se trouvaient ; seulement lorsqu'il était décidé que tel jour on se porterait sur un point indiqué, les chefs avaient l'attention de fure annoncer l'arrivée de l'armée , et |i deux et trois lieues à la ronde il y avait suffisamment de pain de cuit pour l'infanterie et la cavalerie enrégimentées^ Quant aux paysans de la levée en masse, ou forcés de marcher pour une expédition momentanée^ ils avaient ordre d'emporter avec eux du pain pour le nombre de jours que devait durer cette expédition ; ensuite ils retournaient àleurs travaux champêtres. Ausurplus^
parmi les Vendéens, tout était commun, et nous ver* rons dans la suite de ces Mémoires comment ils vécurent dans la guerre d'^extermination qu^on leur fit, et après que la flamme eut dévoré leurs chaumières , leurs fours et leurs moulins.