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Mémoires sur la vie de J.-J. Barthélemy

Jean-Jacques Barthélémy, garde des médailles de la Bibliothèque royale , run des quarante de l'Académie française , de celle des inscriptions et belles-lettres , etc. , naquit le 20 janvier 1716 a Cassis, petit port des Bouches-du-Rhône. Sa famille était établie depuis long-temps à Aubagne , petite ville située entre Marseille et Toulon. Sa mère accoucha de lui dans im voyage qu elle fit a Cassis , et le ramena "a Aubagne , où il passa le temps de l'enfance et de sa première jeunesse.

n fit ses études au collège de l'Oratoire a Marseille. Le P. Raynaud, qui depuis se rendit célèbre a Paris par ses sermons , prit un soin particulier de lui , et seconda l'ardeur extraordinaire qu'il avait pour l'étude. Elle se portait déjà sur tous les genres de littérature. Du collège, il fallut pom* lui plaire étudier chez les jésuites ; il passa au séminaire , mais l'évêque était entouré de jésuites. Les jansénistes et les molinistcs voulaient en faire un prosélyte ; il ne prit point parti; il négligea la tliéologie. 11 continua au séminaire de se

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li\rer a son goût pour la littérature, et particulièrement a celles (les langues orientales , pour laquelle Marseille foiunit tl'abondans secours.

Il prit des leçons d'un Juif pour l'hébreu , d'un Maronite pour le syriaque, et d'un marchand d'Alexandrie pour l'arabe.

En 1744-, k l'âge de vingt-neuf ans, il vint à Paris; il avait des lettrées pour le savant de Boze , de l'Académie française, secrétaire de celle des inscriptions, et garde du cabinet des médailles. Ce savant l'accueillit, l'examina; et quelques mois après , vers la fin de \ 74-4- , il le fit attacher au cabinet des médailles.

Un de ses amis de Provence venait d'être nommé a l'évêché de Béziers , il lui offrit une place de grand-vicaire et d'official. Barthélémy hésita quelque temps : la carrière ecclésiastique lui eût ouvert de bonne heure la route de la fortime , elle l'eût fixé auprès d'un ami; mais son goût pour les lettres l'emporta ; et ce qui contribua k le décider , ce fiit une place qui venait de vaquer "a l'académie des inscriptions , et poiulaquelle de Boze lui conseillait de se présenter; il y fut en effet nommé en 1745. Il se lia avec Mariette, jNIalesherbes , Caylus ; il a fourni îi ce dernier un très-grand nombre d'articles pour son recueil d'antiquités, de même qu'h Choiseul- (lOufiier pour son ouvrage sur la Grèce.

En \ 755 , il fit lui vojage en Italie ; c'est là qu'il connut la duchesse de Choiscul , ambassadrice de France h Rome. C'est de cette époque que datent et sa fortune et le bonheur de sa A'ie. 11 n'a plus quitté cette vertueuse et respectable amie , qui pleurera long-temps la mort de Barthélémy. Il fit connaissance avec les gens de lettres et les artistes les plus distingués, le cardinal Passionnei, le P. Pacciaudi Vinkelman, Olivieri Bayer Piranezi , et beaucoup d'autres. Il entretint avec eux

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une correspondance toujours active, toujours iustructive. A sou retour, en 1757, il rendit compte à l'Académie de son voyage et des acquisitions qu'il avait faites pour le cabinet des jiiédailles; ses réflexions sur les anciens monumens de Rome sont dans le xxvine volume. Ce recueil, k partir du xxi^ volume jusqu'au xli^, contient un grand nombre de dissertations de Barthélémy sm différens point d'antiquités ; ses mémoires sont tous écrits avec la grâce et la clarté qui distinguent ses ouvrages; et la plupart sont remarquables par des découvertes importantes, telles que l'alphabet de Palmyre, qu'il donna en 1754, et celui des inscriptions phéniciennes , ou par des explications ingénieuses et savantes, comme celle de la mosaïque de Palestine , sui" laquelle on avait tant disputé , comme je l'ai raconté dans mon voyage d'Italie (tome vi , page 519). Sa paléographie numismatique , qu'il donna en \ 750 dans le xxive volume de l'Académie , supposait une seconde partie, a laquelle il travaillait lorsque la mort l'a enlevé a ses utiles travaux.

Outre ses mémoires académiques , il a publié , soit séparément, soit dans le journal des Savans, plusieurs dissertations sur des monumens intéressans , entre autres sur inie inscriptions en marbre que notre ambassaudeur à Constantinople , Choiseul-Gouffier, lui avait envoyée, et qui contient un compte des dépenses piddiques d'Athènes. On a publié, dans le Magasin encyclopédique , un catalogue de ses livres et de ses mémoires ; ainsi je ne parlerai ici que du dernier et du plus important de ses ouvrages.

Ce fut pendant son séjour "a Florence qu'il courut l'idée d'un voyage en Italie dans le quinzième siècle, époque célèbre par la régénération des lettres et des arts. Mais craignant que ce projet ne le détournât de ses devoirs et de ses études , il en transporta l'idée au siècle de Philippe de Macédoine, et

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(le la k- / ojage du jeune jdnacJiarsis j,c^\'\\ eiitrepritdès 1 757, cl qu'il travailla avec une persévérance surprenaute ' . J'ai toujours été étonné qu'au milieu des distractions de la brillante société dans laquelle il vivait , il n'ait jamais perdu de vue un travail qui exigeait tant de recherches , et où il y a plus de vingt mille citations.

Cet ouvrage fit une sensation générale lorsqu'il parut ; toute la France était occupée des idées politiques et des assemblées qui ont amené la révolution . Cependant toute la France s'occupa d'une lecture qui attachait dans tous les genres; et l'on se disait : Sans l'abbé Barthélémy, la politique eût fait oulilier les belles-lettres ; il était le seul qui pût faire diversion il de si grands intérêts.

La science des médailles est une des parties de la littérature dans lesquelles il était le plus versé ; et personne en Europe ne l'a possédée au même degré. A la mort de de Boze , en 1755, il avait été nommé garde des médailles. Ce dépôt venait d'être transféré de Versailles dans une salle qui tient "a la Bibliothèque. Il fut chargé de le déballer, de le mettre en ordre, d'en faire le catalogue. Ce long et pénible travail l'occupa pendant plusieurs années ; il eut encore le mérite de l'augmenter de plus de vingt miHe médailles , qu'il obtint par son crédit et ses correspondances , et qui ont porté la collection française au plus haut dpgré de perfection. Sou neveu, Barthélémy de Courçay, qui lui succéda dans la place de conservateur des médailles , a encore augmenté le prix de cette précieuse collection.

Il ne pouvait pas se flatter d'échapper a la proscription de Robespierre. Le 2 septembre 1793, il fut envoyé aux Madelonettes. On pouvait craindre un anniversaire des massacres

' ("cl ouvrajir. coiiniK^iiri- en i7''>7. ne pariii i|ii ni 1-88.

«le l'aunée précédente. Barthélémy ne fut point ému : il supporta sa disgrâce avec la sérénité d'un sage. Sa détention ne dura que seize heures ; mais il s'est souvent rappelé avec attendrissement les attentions dont ses compagnons d'infortune l'avaient comlolé dans sa prison ; et il n'avait point oublié les preuves d'humanité que les concierges* eux-mêmes lui avaient données.

Barthélémy avait 25,000 liv. de rentes en bénéfices ou en pension ; il les partageait avec des parens , avec les indigens , avec des jeunes gens dont il encourageait le goiit pour l'étude. Parmi les parens dont il a développé les talens , on connaît assez l'ambassadeur en Suisse h qui la France doit les commencemens d'une paix que l'Europe désire avec tant d'impatience. Dans ses vieux jours, la fortune l'abandonna; il n'en fut ni abattu ni humilié ; il refusa même la place de bibliothécaire en 1 795 , après la mort de Carra et la démission de Chamfort ; mais ce qui lui fit une impression profonde , ce fut la mort de tant de gens de bien , de tant d'hommes de mérite qui furent égorgés sous le règne de Robespierre , de Malesherbes surtout , dont le souvenir lui arrachait toujours des lannes.

Depuis deux ans , sa santé s'altérait sensiblement ; les forces lui manquaient, ses jambes se refusaient a son activité: il allait cependant encore assez souvent, l'hiver dernier (179-4), chez la célèbre madame du Bocage, dont la société l'intéressait depuis cinquante ans , et où , jusqu'alors , il trouvait ime réunion précieuse de gens de lettres. Lorsqu'il lui fut impossible de sortir, ses amis l'ont visité constamment tous les jours jusqu'à ses derniers momens, et avaient auprès de lui et pour lui

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