CHAPITRE VII
Mort du pape Urbain TIII. — Son influence sur les ai;ts. — Innocent X (Pamphiii). — Ouvrages publics donnés au'Bemin. — Influence des guerres civiles de France et d'Angleterre. — Mécontenteinent du peuple de Naples. -^ Masaniello. —Révolution à Naples. — «Masaniel capitaine général du peuple. — Salvator Rosa arrive à Naples ; — Est repu dans les conseils de Masaniello ;
— Se range sous Tétendart de la compagnie de la Mort^ sous Falcone. — Trahison du vice- roi. — Entrevue de Masaniello et du duc d'Arcos. — Sagesse et justice de Masaniello ; — 'Supposé empoisonné par le vice-roi ;
— Perd sa raison ; — Assassiné dans le couvent del Carmine.
Pendant que la vie de Salvator Rosa , en butte à taat de persécutions , embellie par tant de
triomphes, fournissait une page de plus à l'hi»^ toiredu génie hittant coiitre les obstacles, la mort dupape Urbain VIII avaiia joutéen 1 644 ^^ 8»rticle à la necrologie pontificale^ Les muses pieuses du Quirinal déploraient la perte de leur poète infaillible ; et les arts eux-mêmes ne pouvaient être indtfféfens à la mort d'un pontife de la famille Barberini. Quant au cavalier Bernin , devenu ^ne charge héréditaire du pontificat , il garda sa place près du siège de saintPierre , et il avait déjà obtenu de sa nouvelle sainteté Innocent X (i) la permission *d'ériger la fontaine de la' place Navone , et U surintendance de tous les travaux publics de ce genre.
Tandis que l6 bannissetnetit des Barberini était une des causes secondaires du déclin rapide des arts, alors arrivés au terme de leur carrière. ,. tandis, que Innocent X s'occupait à multiplier les palais (2) , à faire frapper des mé-
(1) Pamphili (iDoocent X), connu pour aroir clmssé do Rome les deux neveux d'Urbain YII auquel il devait tout, poar ayoir condamné les dnq propositions de Jànsénîus sans ayoir eu Tennui de lire le livre , et pour avoir été gouverné par Donna Olimpia ^ sa belle^sœur , qui vendit gous son pontificat tout ce qui pouvait se vendre. » —
{7) Ma%ré les murmures du peuple romain (alternati*
illlUl^£( 4'oc et d*grgçqt 1^ 9a glp|r^« et à celle de I^Yî^i^e» su| pf'Gtt^ncet e^v à wjit de médiateur panile» 4iff^repdarde9amlbfl98adeuT&6oa^fK^(a»« 4fi Frapce ^4'^f pagne , différeads iW9 le^quels 1^ 0\iisiqiers 0t lef €a0}|ef3 de leiirs exoellenoes Içp^ifipt uq fòle J^eUi^u^m, d*M lesqwelalç sai^ ^qplstit loq^pielIfn^Mot pçpf uq p^îot d'éliqualta g>l 4f! pi'^^?^^^ 1 ^ l^ontiff 3e trûttiailout k çeiup KPP^fi f^ prendi^ paift à dçs éréner WWf^ m4 ^^^^^V^^ 3€iii trôpe , en atta<^ant p^V^ ^^^ ifl^rêt? 4f!«Quek le diapeasateur du 4Tpi^ 4fì« ét%tt ]iiiÌYÌta})leQiem lié.
(•^ KV!^7^ P^. F^ motivée qui éclata eB 1 635 entre la France et FEspagae^ ftsulemeot paîio^ gqe n i^. cq;f4in§k df Rickfilieu t'avait tMiiu\ • c'es^H^^ 9 pV'^fl ^h'uii mauvaia ministre, pour f^ m^E^ntoii^r c|ap^ uiiie place précaire; aHait fa^fi) Ç9f4e d^ql^ftt VSur€^,,et sacrifiant des
yement tounneiité par la famine et la peste ) $ murmures VI iiVwm »Ç«WWe JWW'* l^iiuftrçeptiçfi , k.pape centilyi^it & 4^pe^ier d^ IWQ3^^ inAi9^flifl/fi» pour, évigev ou îfi^M^ Î^^P ^m W 4ef: tf^kk»' Farxoi e^s dorntiv», 9^ cof^ite cçjl^ide L^tr^a^ le yattctia et le Gapîiote; plut ^n gça^4 nojçahm dû fo^aj^^ et l^ ooUégis dq h Prapar ga^d£^rFi^9 4'o(i i$.& ieiines mÌ49Ìormairea éti^em dépè» chés dans toutes les parties du monde pour propager ta fpj. C^ djttniar c^fioe esi b^^i sm* Içf pta»» du lerniV
ipilliecs d'individqs aux Ytie$ sardi4e3 et at^fJMr tIeusesd'uQ seul-v ceinte gmer^e ^v^t produit {^^ de; aena^t^oji ; qiia^d tQut-à-caii\p des évéuemesis d une natuire et d*une tendance bieu dilEéreqtçs yinrent fij^çr }'atteptio4?i. «fuaqu-alors les guerres Savaient été le passeTtewpa de^ piripces , qn^ lutte 4^ pArîA^ance' et de aupréiqaliie 4e sonfQraiq à âauv#^ÎP ; loais cçUe qui s'aUuwa au u^ili^ du 17*" fiiècle,, dai;is 1^3 pays le4 plus civilisés , était vç^e guerrç d<i ^atioas contre le^urs- gouyer^^ jaeps ; ^ cetf q ii^pulaiûQ ^énér^e ^t ^udayinç ni^sQi^le 4 cç$ acQè^de la QOQ^tjttutionphJS4qA^e 9 àfàti^ l^queU 1^ l[^^vp ^^îw tautcs^on énergie pqur ^ 4(^liyrer (i? quelque Ippgue pf deiitrupti?epQ^ladie intçsqet quelle p'e^tplus eapa|>le 4e siQ^pofjber,
J^'Apglete^rey^.la Pollaipid», la friqnce « lltaUe furent en même-teipps povmge^ à (a ré$Î8tapce par une longue et enfin intolérable oppression. Le despotisme porté à sa tension la plus extrême, ne laissant au peuple que son sang , le força à la fin à le répandre pour sa propre cause. Les chefs respeûss^les de oe feux système politique étaient les princes des maisons alors régnantes , dont les noms paraîtront éternellement sur les tables où la liberté inscrit ses plus mortels eAQeiQîs ; n;ais Ips ageps actifs de ces ipauvais gouvernemens étaient des hommes pervers isqui.
saos le nom de ministres , se tenaient entflf les monarques et les sujets : c'étaient les Sta£Fôrd , iesLaud, les Albe , les Richelieu 9 les Mazarin, les d'Arcos.
Quelque varîé|é d'aspects que présentât la guerre civile à cette époque , soit qu'elle marchât à son but d'un pas mesuré et calme , revêtue' de modestes couleurs , sous la conduite des graves et dévots réformateurs anglais; ou que, isuivant les impulsions de l'amour et de rintrigue, elle courût en écharpe de soie, en pliùnei^ flottantes , prenant des villes « pour la bejle *des belles 9 avec les galans frondeurs français, la cause et l'objet de la résistance étdent toujours les mêmes ; c'étaient des taxes injustes et exhor** bitantes, levées pour -soutenii' des guerres iniitiles au dehors , et le luxe extravagant d'un petit nombre au dedans (1).
(1 ). « Les guerres civiles coKomencèk^nt à Paris comme ^Ues avaient cofnmeocé à Londres jiour uu peu d'arffent. » Telle est la remarque de Voltaire qui a éc»it Thistoire en une suite d'épig^rammes ; mais le peu d'argent arraché par le Mazarin et son vil agent Ëymery , pour soutenir une folle guerre contre l'Espagne et TAutriche et fournir aux dépenses des fêtes du palais royal , de même que la taxe appelée ship-money en Angleterre, était la der-
DE SÂIYATOR ftOSA. 307
IfiBOeentX , qui .avait 'fait de la caude des Stuarts sa propre cause , avait à peine envoyé .monsignor Rinuecini en Irlande avec ded armes et des vaisseaux pour protéger le catholicisme dans le dernier asile qui lui restât dans ce psiys 9 c[ue les mêmes motifs qui avaient excité la révolution au loin l'amenèrent presque au;c portes de Rome (i).- Les esclaves de Sicile et
nlère goutte qui fait déborder un vase rempli d^amertume jusqu'à ses bords.
Le peuple et le parlement commedeèrent la guerre civile CD France; l'aristocratie, les de Retz, les Larocheftucault, les Longueville, etc., se )oignirent à eux dans des vues d'égoïsme et d'ambition; et leur vanité et leurs intrigues jetèrent un ridicule sur la fronde que sa glo* rieuse cause n'a jamais pu effacer.
(i) Il y a quelque chose d'amusant dans le franc aveu du vieux Platina , poëte laur^t du pape , quand il dit qu'Innocent réfléchit un instant à ce qu'il pourrait faire de la. révolution napolitaine, et se demanda s'il ne lui serait paa possible d'en profiter pour étendre sa juridiction sur Naples en aidant les rebelles. Cependant persuadé parles neveux, il prêta assistance aux Espagnols pour écraser les Napolitains; envoya trente mille doublons au vice-roi et lui permit de lever des troupes dans les états de l'Église , armant ainsi Italiens contre Italiens dans la cause du despotisme. — Voyez F ite de* Pontefici , pag. 861.
agS VIE ET 8IEGJLE
de Naples , qui si long-^emps avaient porté leurs chaînas en (ileooe, les brisèrent à la face de leur tyran , e| au i»épris âe Tinquisition , que , malgré leur aTîliasemejpit » ils ne souffriresA fainai^ dans 1^ murs de leur capitale.
Pendant Tannée 1647 9 le rojaumede pilaples offrit un ^peotacle de rapacité , de mauvais gouvernement» de misère p^b)ique9que la malheureuse Irlande elle-même dans ses plus mauvais jours n'a peut-être jamais surpassé.
Outre les causes ordinaires d'infortune qui opéraient sous la dysn^stie austro-espfignole 9 Naplqs ge trouvait alors épuisée parles levéQ^anauç;llesde trQupef qu'elle était obligée de fournis pour soutenir les guerres dans lesquelles la aiais<9n de HapsbouFg s'était engagée. Xe revenu ordinaire du royaume avait été porté de 5oo,ooo écus à 9,opo,ooo délivres ; de plus Charles Y, dans l'espace de qu^rapte-trols ans 9 reçut en dons eiLtraor^inaires di^ fois trois q^ìUìqqs ; Philippe II, qui régna quarante ans , reçut vingtdeux fois la même somme ; et sous Philippe III et Philippe IV , les impôts extraordinaires s'élevèrent à 300,000,000. Mais tout cela était peu de chose comparé au droit d'entrée j^cet impôt favori des tyrans , qui seul montait à 53,ooo,oqo par an. Ce^ t^in^s qui tombaient sur tous les articles de consommation avaient réduit le
Dit SALVATOR ROSA. ^gg
peuple ajjx 4^rpìère§ esctïémîtés de Ja pauvreté. Jusque là les fr^it^ seuls avaient été e^cf^ptés ^ ^ et le;s 4^i^QÎères çl^çses 4e Naples , se refusaut l^^utQ sul^si$t2|iice bors celles que- leur fournissait l^t prodigue l>opté dç leur climat; déliçi(Qux , seboTnaieiit ^ cea alimens abondaqs maie peu nutritifs,
U eçt un çert?iîa état daps lequel lep sentipieas 4'up peuple , quoique voilé? par k silence d'une vé^er^e craintive ^ cojatienpçnt qn eux^ ipêpae^ Viijie mipe de résistance qv) pçnt sV {limer 4 1^ moindre étincrs^Ue eX produire une ç;^pl.o9ion inextinguible. Le peuple de N^ples était en cet état , quand le duc d'Arcos , vice*rai du royaume et Vuu des plus rapaçes gqvi^erne.urs qqç le despotisme lointain ait japaais impoaés , piit 14P impôt sur tous les fmlts apportés dans l^ capirle , inipôt qui devait produire una aug-* tentation de retenus de sept ^millions par an. lUe gouvçrpement devint ainsi l'inatiguteur d'ime des plus singulières révolutions, qu'ait excitées la misère extrême çhezfEin peuple rompu à la ty^ rannie et accoutumé à souffrir.
Tous les trois ans les trésors extorqués du royç^me de Naples par le grapd visiteur» (un officier chargé de remplir cette charge) étaient embarqués si^r xxïx vaisseau de la marine royale et transportés eq Espagne. A 1 epoque qui pré-
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céda immédiatement l'insurrection , le vaisseau amiral était à Tancre dans la baie , chargé de quelques millions ainsi arrachés et destinés comme à l'ordinaire à suppléer aux extravâ-gantes dépenses de l'administration espagnole* Ce yaisseau avec sa précieuse cargaison fut brûlé,. et l'on accusa les nobles mécontens de s'être unis * au peuple pour commettre cette violence. Le vice-roi fit emprisonner les deux princes CarafiFa et promit l'abolition de l'odieuse taxe : mais trop faible pour oser punir , trop sordide pour satisfaire de justes plaintes , il se joua de la confiance du peuple et brava les nobles.
Pendant l'été de 1647 ' ^" moment où la fermentation publique comipençaît à se déclarer d'une manière non équivoque , la célébration d'une des fêtes les plus populaires , celk de Notre-- Dame- dt^f Carmel s'approchant , sembla faire disparaître pour un instant toutes les impressions opposées à la joie. Le spectacle principal de cette' « granda feÊa » était une sorte de petite guerre exécutée par les jeunes gens de la ville. Une forteresse turque était élevée au milieu d\x Mercato del Carmine (1). Le croissant brîl-
(1} // Mercato del Carmine a été dé temps immémorial
DE SALVATOR UOSA. 3oi
lait sur ses remparts et elle était défeadue par trois cu quatre cents jeunes gens qui sous le nom d'alarbes représentaient une sorte de milice turque. Les assiégeans de ce fort représentant la nation napolitaine ne manquaient jamais de vaincre les infijdèles alarbes , ni le peuple de se réjouir d'une victoire , image du triomphe de la croix sur le croissant y et des Napolitains sur les Turcs leurs voisins détestés .
Les chefs élus cette année pour commander ces forces opposées étaient , Scipione . Gannatajo . Pione , hardi et brave jeune homme de dix-huit ans qui conduisait les turcs , et Torna-
le théâtre de toutes les commotîoDs populaires , comme il Fa été aussi de plusieurs événemens historiques. Cette place donne sur la mer , et Tégllse , le couyetit et les tours du Gàrmel foraient un de ses côtés. Sous les vice-rois , c'était là que se faisaient toutes les exéetilions, et>un échal'aud restait perpétuellement dressé cm face d'une rue étroite nommée dei Sospiro , parce que c'était de là que les criminels pouvaient d'abord apercevoir le lieu de leur supplice.
Sur cette place , le jeune prince Conrad fut décapité en 1268; dans le même lieu , Masaniello concerta sa révolution singulière ; et son successeur ^ le brave et paalheureux duc de Guise ^ vint se retrancher dans le torrione del Carmine , qui ^ après sa mort , fut converti en forteresse y . et prit le nom de Castello del Carmine.
3ôè TÏE ET SIÈCLE
maéo Ab^èÎio Maya caf^itainc des l!<là{)ol{tàlnë dont le! surnom fiimiliet* de Màsàitiiëlio éhi devenu hisfaHqûe. D^ns là thatiliéé du ^mpt juillet leë déujt eoiotfiandâiis jtai^èMint iëiit& tf Oùpës ^eti férue pouf les ptépàfei' à la é^lébràtìbii dé la fête. Tous étaient réinà de l'habit ordîàaite de leur pays, la tutiique et lé ïàfgé pantaloil de grôi^sè toile , avéò ùùè dèintiire aussi grossière et point de basf« Ijeûî's armes étàiéiit dé longtiéë caûûés ou Roseaux auxquels uhe tóèché dé goadi*oii était àttàcÎiéè ,.,poiir liiéttfè le féu à la citadelle , au mÔufeM dé l'ât-. taquéi Tous lè^ yèti3t Se tóuMaieiit siîr Mà^ànieilo à mesure qu'il avançait vers le Mercato ; car son élection était un événement concerté , et depuis lòtig-tetóps on le considérait comme un exeitiple frappant des souffrances et de^ grie& du peuple. Masaniello était . un l^éa^ \mne homme de haute stature (i) ^ et d'oné phisionomie prévenatite ^ vif , spirituel, aiimatrt ïà jtTsticé par iiistinct dé tnênfie qu'il haïsôàit PóppréSsiotì , et doué dé ôétte siinple màis puissante éîo-
(i) L'bi^oii'e dépeint Mâdaniétio conrhiiè remarquable par stÈ îtvàùtages jperèotittels, et là plupart dé» porfraits qut ôOlit restés de lui sont étideinmeót dés caricatures faîtes dans son ternies pat l'eapritde parti. '
DE SAtTATOk UOSA. 3o3
q\]i»etiefc , qui dérive de ^latitîliieM inei-gîques \oiuis à Utie Saine bielUgetiee. Qaòi({ù'il né fût qtftib liâtiiti-é pecheùi" cotiduîsant àon petit commerce éûtte Amatili 9 ( éón Tillàge natal dans le golfe dèSaleme ) et le tiàarehé de Napîeis, on dit qu'il atait pris Une sorte d'orgueil en éjterçant uti état que le fondateur de Tégli^e , Tapôtre fâYorî du Rédempteur, àtâit rendu sàiîré, et quii sut par son <;aràctère Obtenir dès l'à^e le plui teudtë be&U^dup d'ittfluëttce dur tes com^
(1) CeUe révolution parut si terrible aux yeux des gou*^ Ternemehstftaliens 9 qu'on a pris des peines infinies pour eh défigurer les ìilòidens. le pretniér técît iaipriiné i)uî eâ à ^të fait sortait deis pnèssbà de ràotbrité à Nâplies. Oh te copia daûsAn jounial à Parine^ et il futrépanda oomme Ufi avertissement i toii^s l^s ]^em^l^6 qili ^oùTaieoil se crçire en droit de se. mêler des impôts que leurs gouvernahs jugeaient à propos d'établir. Bussi llabutiq , homme d'esprit et homme de plaisir du siècle de Louis XIV, tourna' en ridtôule Une insurrection de canai//^ , en relè- Tant quelqtiès ini^idèhs tîomi(]^es. Vet>s le mSmë tém^is Totb. d'Utlèy^ polit plaire aut Sluarts^ composa une tragédie de Masaniello dans rinteotion d'y faite aUhsioki aux dernières commotions en Aogleierre.
Le précis suiyant est tiré des dernières histoires moina^ partiales 9 et de quelques traditions des Napolitains^ euxmêmes y chez lesquels la mémoire de Masaniello est toujours en grande vénération.
3o4 VIE ET SIECLE
Masaniello , quoiqu'il se fût marié à peine' sorti de l'adolescence et qu'il fût déjà père, ayant pti à force d'industrie et d'économie amasser un peu d'argent , soutenait sa petite famille aussi décemment que le comportait son humble situation ; quand un jour sa jeune femme « qui vendait au marché des fruits et des légumes , tâchant de passerles barrières sans payer le droit » fut prise et conduite en prison « et son mari condamné à payer une amende d^ cent dqeats.
Plongé dans la plus profonde indîgepçe p^r un,e exaction qui excédait tous les moyens d'épargnes que sa vie laborieuse pouvait lui fournir , la haine du pêcheur. d'Amalfi contre Iîl tyrannie qui le réduisait à la mendicité devint aussi intense que sa misère. De ces effets qui lui étaient personnels son esprit agité se porta bifutôt sur le& causes d'où ils dérivaient ; et c'est au milieu de ces pensées , qu'on le trouva dans la hutte , qui au lieu de sa jolie chaumière entourée de vignes lui servait d'abri momentané , lorsqu'on vint lui annoncer qu'il était nommé capitaine d^s lazzaroni pour combattre en l'honneur du Christ et de Notre-Dame-du-Mont-Carmel.
Masaniello et Pione s'étaientréndus tous deux de bonne heure avec leurs troupes éur la place du marché, et commençaient lés évolutions ordinaires , quand une dispute s'éleva entre les
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jardiniers dç Pouzzole, leurs chalands et les percepteurs de la nouvelle taxe sur les fruits»* Les paysans et les citoyens refusaient également de payer un droit que le vice-roi avait solennellement promis d'abolir le trente du mois précédent ; les officiers publics insistaient et le conflit devenait général et effrayant. Les jardiniers jetèrent leurs fruits à terre , déclarant qu'ils aimeraient mieux les donner au peuple que. de permettre qu'ils devinsseut la proie de ceux qui suçaient leur sang. Le chef de la police vint par ordre du vice-roi tenter de calmer les esprits \ et le tumulte augmentait toujours de plus en plus, lorsque .Masaniello s'élança, sur les marches de l'église , demanda le silence, et avec l'air , la voix d'un inspiré, s'écria ; « Mes chers concitoyens , de cet instant il n'y a plus de gabelles à Naples ! » Des milliers de personnçs lui répondirent par leurs acclama-tionSv Sa petite troupe et celle de Pione se rallient autour de leurs chefs et d'autres viennent les joindre. Il divise les forces en deux corps , et se plaçant à* leur tête marche au milieu des vivats de tout Naples au palais du vice-roi , pour demander le juste accomplissement d'une promesse si souvent réitérée et si souvent faussée. L'adroit et rusé duc d'Arcos , profond diplomate et maître passé dans ces « fourberies que l'on ap^
3o6 VIS ET SlèClE
pelle politique y » ainsi pris sur le temps , resta eoDfondu et intimidé. Il envoya sa famille au Caste^Nuovo , doubla sa garde , s'entoura de sa cour et trembla en se présentant au balcon , au*^ssous duquel le pécheur d'Amalfi > à la tête de sa bande de jeunes garçons armés de roseaux , appelait à un pourparler le représentant de la majesté royale.
Le vice-'roi promit encore l'abolition de l'impôt sur les fruits ; mais quand la multitude cria : i Et celui sur la farine aussi , » il répondit , avec un apparent retour de fermeté , € qu'il pouvait modérer s mais ne pouvait abolir tout autre impôt que celui sur les fruits. » Alors, après une pause d'un instant , Masaniello ordonna i sa troupe de le suivre , et forçant les portes du palais , il mit en fuite les soldats étrangers. En traversant les somptueux appartemens , il commanda la destruction de tous les objets de luxe, accumulés en ce lieu aux dépens du pur .sang du peuple. L'on n'épargna que le portrait du roi y qui , disait-il , était l'image d'une autorité constituée ^ « trahie par des ministres rapaces et incapables. » Il salua respectueusement cette représentation de son souverain , et ce fut la seule chose qui échappa à la dévastation générale.
Le vice-roi et sa cour ayant gagné , par des
pK SALVATOR ROSA. 3o7
passages secrets ) le couvant des Minimes, trouvèreiit moyen de se retirer de là dans la forte citadelle de St.-Elme. Par la médiation du populaire archevêque de Naples, le cardinal Filoinarjni , d'Arcos condescendit à négocier , du milieu de ses gardés alletnauîdes et espagnoles , avec Masaniello , promettant de signer un acte par lequel il s'engageait à abolir les taxes sur les vivres, et offrant secrètement une pension énorsief à Masaniello s'il coiiséntait à abandonner ou à trahir le peuple.
« Je prie votre étotaence , « réponfdit l^asaniello avec dédain,» de dire au tiee-ror que lui seul peut rétablir Tordre en remplissant ses promesses $ qu'il abolisse les entrées^ et il nous trouvera prêts à dévouer nôtre vie , nos biens au roi , et s'assurera de notre obéissance à sa propre autorité- *^ On dit que le cardinal observa en ce moment q[ue^ l'air, le ton de Masaniello montraient toute l'élévation, toute là fermeté d'un caractère supérieur.
Après qu'a eut reçu cette réponse, le vice-roi s'enferma dans le fort 8t.-Elme, abandonnant" ainsi formellement la ville à un homme de vingt-trois ans , du plus ' bas étage , qui , dans l'espace de peu d'heures ^^ se voyait maître absolu , sans avoir à se reprocher d'avoir fait couler une seule goutte de éang.
Les premiers actes de son autorité furent de désarmer la garde. étrangère , d'ouvrir la prison d'état de San-Giacomo , où des cei)taÌDes de captifs étaient incarcérés pour le non-paiement des taxes qu'ils n'avaient pas le moyen d'acquitter , et de proclamer au son des trompettes l'abolition des droits sur tous les articles de subsistance. Toutes les classes du peuple répondirent par des transports à ces instrumens guerriers qui , pour la première fois , annonçaient l'espérance , et les délivraient de la crainte d'une famine prochaine , en leur rendant cette abondance que la nature avait accordée à la plus fertile région du monde.
Une fois les impôts abolis les bureaux dans lesquels ils étaient recueillis devenaient inutiles et ne servaient qu'à rappeler l'oppression passée et à servir d'exemple et de moyens pour de futurs outrages. Masaniello les fit détruire , avec tous les registres , comptes , et papiers divers qu'ils contenaient ; ordonnant en même temps que les trésors mal acquis des harpies qui y présidaient, dont les biens énormes étaient fondés^ sur la ruine du peuple, fussent consumés à la
réserve des objets d'art (i) qui furent dauv^s.
(i) Masaniello eayoya tou&les taUeaux aux eoutents, à
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ainsi que la yîe de leurs indignes propriétaires. Cet ordre des plus singuliers , et la manière dont il fut exécute^, est un trait frappant dans rhistoîre des insurrections populaires. Joyaux ♦ diamans, ornemens d'or et d'argent, espèces monnoyées , riches tapisseries , meubles précieux, tout cela rassemblé en monceaux devant les portes des palais des financiers fut brûlé avec les combustibles préparés pour le service de Notre-Dame-du-Carmel , et réduit en cendre en présence de milliers de gens qui contemplaient avec calme toutes ces richesses , réprimant le désir de s'emparer du moindre objet pour se conformer aux ordreS de leur chef auquel iis avaient donné le titre de capitaine du peuple. Pas un seul bijou ne fat dérobé , pas un seul sequin égaré , pas une maison hors celle des employés aux douanes ne fut attaquée. On ne répandit pas une goutte de sang , même de celui des soldats étrangers. Ce peuple rendu à la pleine jouissance des ri^chesses de son sol
r«xception des portraits du roi, qu'il ût suspendre daos les carrefours, pour rappeler au peuple qu'il n'était point rebelle , mais combattait seulement contre la mauvaise administration des serviteurs du souverain.Le cri populaire était : « Yiye le roi ! meure le mauvais gouvernement I »
fertile , voyait '4\ec des yeux de mépiis et non 4'eûvie ces tré^ojs qui ayaienl engagé des hommes à écraser leurs frères.
l^e caractère qi;e Masaniello déploya qp des circonstances si inattendues et s\ çxtraordina^es a quel<][ue chose de.surhumaip. Il pre^ qait à peine quelque nourriture, donnait peu , ét^it dans une perpétuelle activité. Tout à la fois , doyx et ferme, sévère et juste, il réformait la police et dirigeait se^ opérations avec ^pe autorité ahsojue et upe admirable intelligence. Il érigea des batteries- sur Les. points les plus ex-r posés 9 plaida de Taitillerie dans les lieux suspects p investit le courent de Saa-Lorenio , dépôt des arabes et des archives ^e la. ville , et s'en empara sans résist^ncje , quoique le gouyerpeiqient eût placé uqpartidebanditsV^alabrQ^ d^ps, spn hefroi pouj: lé défendre. Il empêcha h peuple de se pprter à aucune yiolence , pro-tég^ la noblesse ft ado^nktra la justice avec ui^e inflexible iippartialité. Aussi exempt d'ambition que d'avarice , il n'était occupé que d'un seul objet , la restauration de la nation dans ses anciennes franchises , et l'abolition des impôts à laquelle il voulait obliger le vice-roi. Tandis que le noble duc d'Arcos se tenait enfermé dans le Castel Nuovo où il avait passé comme un lieu plus sûr , à cause de sa proximité de la
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mer ; taudis qu'il affectait de négocier pour ga^ gner du temps et trahir Thomme qu'il ne pou* vait séduire , Masaniello dans son habit de pê-* cheur paraissait désarmé à la fenêtre de son humble demeure , donnant ses ordres avec une autorité que personne ne lui disputait ^ et ât«c une justice dont personne ^'appelait. Sem em-^ pire sur Topinion pdolique jetait ainsi consolide pat toutes les qualités, qui enlèvent le plus irrési£%iblemeat tous les auCragef»
Ainsi occupé pendant le jour, il avait cou*^ tume vers le soir :de tenir oonseîl'avec ses amis les plus sûrs, et d'ajouter, suivant Texigeance des cas » de nouveaux articles à Aon code , atissi bref qu'efficace , dicté par le bon sens , la bien* reillance et une intelligence naturelle , ce code , qui n'offrait ni sophisme ni ambiguïté , et qu'au** cune ahsiractionr théorique ne rendait inintelligible. Quelquefois il préparait t ses petites lots sénatorialies »sous le tdt de sa pauvre cabane ; d'autres fois , échappant à ses étroites limites et à l'atmosphère poudreuse du bruyant Mercato , il montait au Torrione del Carmine, maintenant si célèbre , alors bâtiment solitaire joignant le couvent , et consacré par les moines à des châtimens mystérieux. Cet édifice devint la retraite où Masaniello rassemblait ses donseillers.
Dans ce phare singulier ^ qui commandait la
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baie , le Gastel-U(»YO , le Castello-Nuovo et toutes les forteresses du yice-roi , Masaniello à minuit tenait des conférences intimes , mais non se* crêtes. Les torches attachées dans les crevasses de ces vieux murs jetaient une lumière rougeâtre et incertaine sur des visages que les romanciens seraient heureux de conjurer dans leurs scènes idéales, et dont la peinture se saisie rait avec empressement. Au milieu de ces groupes si pittoresques, iin homme paraissait les contempler non-seulement avec Tœil d'un poète, mais avec celui d'un peintre : cet homme pour lequel pas une forme, pas une teinte , pas un reflet de lumière n'étaient perdus , qui dessinait en donnant son avis , et étudiait en écoutant ; cet homme dont le génie flexible saisissait les objets sous leur, aspect moral et matériel , et dont la plume et le pinceau auraient été également capables de léguer Masaniello à la pos-^ térité , quand l'étonnante destinée du capitaine du peuple ne lui eût pas assuré une place distinguée dans l'histoire : — cet hoqame était Sai* vator Rosa (i).
(i) « Le génie s'étend et se resserre sur tout ce qui Pen- Yironne.» -^Plusieurs ^qoissesde Masaniello et de ses plus notables associés ont été tirées par Salvator Rosa à la
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Le passage da tranquille Studio de la vìa Bab'» buina j des brillans salons des palais Ghlgi et Rossi aux conseils périlleux et sombres du Torrione del Carmine, était aussi étrange que frappant ; mais il n'était pas en contradiction avec les principes et la conduite de celui qui estima toujours la liberté un bien qu'on devait acbeter à tous prix , et qui ne sentait son existence que par de puissantes émotions.
Lui qui , quelques années avant > avait dit un amer , et , à ce qu'il croyait , un dernier adieu à cette contrée que, malgré son attachement pour elle comme sa terre natale , il ne se rappelait qu'associée à des idées de peines et de mortifications , accourait à son secours au bruit des premiers efforts qu'elle fit pour recouvrer sa liberté. 11 était prêt à sacrifier pour elle son temps , sa vie , sa fortune , sa renommée , toutes les ressources de son génie ; car le vrai patri(H
lucmr des torches ^col lume di torcia 9, On les a retrouvées parmi ses croquis. Le cardinal Fesch a montré à l'auteur de ces pages un portrait peint de Masaniello , attribué à Salvator, que son éminence possède dans son palais à Rome; et, chez Taimable archevêque deXarente, elle a vu les portraits de Masaniello et de sa femme faits par la même main.
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tirale , comme le véritable amoui* , sait oublier les torts et la froideur , quaad ils sont suivis du repentir et de la réforme (i).
Salvator était courtisé par ceux qui Tétaient des autres , et Tenvie de ses rivaux et les hommages de ses amis , le mettant également en évidence , il recevait de toutes les parties.de l'Europe des demandes pour ses tableaux ; quand le. bruit de la révolution prochaine de I^aples et ^.Sicile , des murmures et des mecoQtentemens du peuple et d'une partie de la noblesse de ces pays parvint à Rome. A l'instant il ferme sa maison (a) et part pour Naples,
(i) Passeri et Baldinucci passent sous silence cet événement des plus importans dans la vie de Salvator. Etant l'un et l'autre attachés à l'église ou à l'état, et vivant dans une crainte légitime de l'Inquisition , ils jugèrent sans doute que ce silence était ce qui vaudrait le mieux pour la mémoire de ^ur ami. La tradition et des biographes plus modernes ont été moins timides 5 et ont conservé un incident si fortement caractéristique pour celui qui croyait que « le ciel guidait ses pas quand il fut appelé à contribuer à la délivrance de sa patrie. »
» Per tutto è Dio , ne può mancar sollievo A chi la libertade ha per Arturo. »
9 La Babilonia.
(a) Pascoli^ qui a écrit ses Vìm ^ etc. quelque vingt ou
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OÙ ^ fut reçu avec distinction , non^seulemeut du public, mais des meoibres. de cette piK^iess}Qn • desquels i} n'a tait éprouyé jusque^i que dei; perséeutioiìs et des calomoies. L'école de rE^pagpolet ( qui lui^inêine tendait à sa fin » chargé d'ans et d'iniquités ) allait en déclinant, ou .plutôt elle s'était fondue dans celle d'AnieUo Falcone ^ le meilleur élèi^e de Rib«ra et rami de Salvatar. Les disciples de Falcotie araient adopté les opinfooa politiques de leur maître. C'étaient de jeunes gens d'un esfiTîl ar^* dent et factieux, et 9 en plusieurs occasions, ils
trente ans après la mort de Salvator , parle de œ ro^ge avec la réserve cotmenable^ évitant soigneu&emeut toute ^illusion politique. oEtaat devi^nu riche, il (Salvator) conmiea)^ à ruminer un autre voyage dans sa patrie , pour s'y montrer sous rjnÛeQce d'une meilleure fortune , vanité commune à tous ceux qui , nés dans la pauvreté , aiment à retourner à leur nid dans leur nouvel élat , pour y trancher du grand seigneur » . ( Egli pareva già d'esser riccone, quando ruminava di ritornarsi di bel nuovo a fr^rsi Tedere a migliore fortuna alla patria, vanità quasi comumne ad ognuoo , che nato ski poverello , il vitornare, cangiando stato, nel suo nido^ a far da signore). Salvate^ cependant choisissait un singulier moment ttper far da signore n , car il arriva à Naples dans les derniers jours de 1646, juste au moment où le vice-roi avait établi l'impôt sur les fruits qui mît tout Naples en fermentation.
5i6 VIE £T SIÈCLE
avaient été en hostilité ouverte contre les troupes étrangères alors en garnison à Naples (i) ; lesquelles , quoique comparativement peu nom* breuses , exerçaient toutes sortes de violences sur les malheureux Napolitains. Dans une rixe entre un parti de ces soldats et les élèves de Falcone , pendant une fête publique 9 un proche parent , un élève favori de ce peintre avait été tué par un^ des militaires , en plein jour. Le gouvernement affecta d'ignorer ou approuva ce martre ; et les amis et parens du mort , voyant qu'il n'existait point de justice pour eux , se la rendirent de leurs propres mains , et confièrent le châtiment du crime à la vengeance particulière.
En cet instant , où le feu long*temps couvert des mécontentement de la Sicile et de Naples était sur le point d'éclater , l'école d'Anieilo , avec une addition nombreuse d'amis et de compagnons f se forma en compagnie , à laquelle , en souvenir du fatal événement qui donna lieu à leur association , ils donnèrent le nom de compagnia della morte ( compagnie de la mort). Leur objet était la destruction delà soldatesque étrangère ; le capitaine qu'ils se choisirent
' (1) Des troupes allemandes et espagnoles.
était Falcone ; et Salvator Rosa , à son arrivée à Naples fut enrôlé dans ce corps y dont il devînt l'un des membres les plus distingués.
Au premier mouvement de la révolution de 16479 la compagnia della Morte offrit ses services à Masaniello^ qui , comme on peut le croire ai* sèment les accepta avec transport (1) , etThistoire rapporte précisément que Salvator était € uno dei soldati pia fidi di Masaniello » Tun^ des plus fidèles soldats de Masaniello* » Jus(;pje là cette révolution innoccu^te n'avait coûté la vìe à personne, mais tandis que son chef
(i) Gomme les seules narrations imprimées de cet événement faites dans le temps étaient en faveur du gouvernement 5 la Banda della Morte y est toujours décrite comme faisant orribili stragi , un horrible carnage. Mais 5 pendant le règne de Masaniello , il n'y eut point de carnage 9 excepté celui des bandits qui tombèrent yictimes de leur propre trahison dans TégFise des carmes. Cependant Masaniello défit deux fois les troupes régulières en bataille rangée 9 et si la bande de Falcone (composée de jeunes gens artistes 5 etc.) 9 sans armes régulières ni dîsjcipline y l'emporta sur les vétérans des troupes royales , et en fit un carnage 5 il n'y a rien en cela qui puisse noircir leur caractère. C'est là cependant la seule circonstance qui ait pu donner lieuàleur accusation; et tous les dictionnaires des peintres répètent les orribili stragi commis par recelé de Falcone , avec une emphase toute loyale.
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tâchait de maintenir la tranquillité dans la Tille et de négocier pour obtenir T^bolitioa des impôts, le vice-roi dans sa forteresse forgeait des plans de guerre civile en fomentant des quetelles entre l'aristocratie et lé peuple , et en faisant venir à Naples les troupes stationnées dans les provinces. Il fit élever des barricade^ autour du palais royal pour empêcher toute com-^ munication atee le Castel-Nuovo > plaça des so^ats étrangers à toutes lés avenues , fit sortir de prison le duc de Matalone ( l'un des Caraffes , ) pour l'engager à intrigucnr avec le peuple , pour détruire Masaniello , et avec celui-ci pour le détacher du peuple ^ar la promesse d'un pardon général et d'honneurs au delà de l'ambition la plus démesurée ; en un mot le vice-roi eut recours à ces moyens qui dénotent la tortueuse et perfide politique d'un gouvernement faible et despotique (i).
L'un des crimes et l'une des folies de rautorité en cas de révolution est l'application des re-^
(i) Le vice-roi ayant promis au peuple une charte accomlée par Charles *V , qu'il devait mettre à leur disposition , tenta deux fois de les tromper par de faux actes. Le duc de Maialone 9 porteur de l'un de ces documens (duquel on reconnut de suite la falsification } fut arraché de sa maison et jeté en prison. Dès ce moment le peuple et la noblesse furent séparés.
DE SALVATOR ROSA. Sig
nièdes à de simples accidens de ces commotions publiques. Dans la crainte que^ lui inspire ift force physique déreloppée en ces instans , elle néglige les causes morales cachées qui ont amené l'explosion. Regardant les abus publics comme des droits privés ( ou suivant la phrase moderne des droits investis ) et secrètement déterminée à les soutenir à tous prix , elle ne tend jamais à supprimer mais à détourner le mécontentement (i). L'heure de la résistance , disent les gouvemans , n'est pas celle des concessions ; et la résistapce une fois j*épriméé ses causes sont immédiatement oubliées. De tels gouver^ nemens , quand ils sont puissans , doivent doiic punir avec sévérité , et quand ils sont timides ou faibles , intriguer ^ miner sourdement , tromper , (rejeter toute considération de justice , de bonne ^i, d'utilité sociale et d'honneur personnel (a). Aller à la racine du mal , ( ce
(i) Dans aucun pays la police n'a été plus peryerse qu'en Irlande. L'achat public que le gouverpement a fait des droite de*la nobles§e dans le» bourga pourris ^ eomme 11 aurait acheté une propriété privée, à Tépoque de l'union, démontre clairement le bat^ et l'histoire d'Irlande démontre les moyens de ce régime proconsulaire.
(a) Les dernières contre-révolulions d'Espagne et de Portugal.
moyen .le plus prompt et le plus sûr de rétablir lé calme ) c'est suivant eux trahir les castes dominantes ; et même quand ils en reconnaissent la nécessité et quìi est en leur pouvoir de le faire 5 ils ne recourent à cette mesure qu'à la dernière extrémité et n'y consentent qu'avec la plus grande répugnance. Ecraser , trahir , sont les plans de domination auxqyels les législateurs des abus sont toujours prêts à recourir.
Jusqu'alors , la simple sagesse de. Masaniello et l'unanimité du peuple avait mis en défaut cette tortueuse et détestable politique» et les troupes qui marchaient sur Naples furent rencQntrées par ses forces irrégulières et faites prisonnières. Quand on les eut amenées en triomphe dans la ville , les Allemands qui les composaient , se voyant traités avec bonté par les ordres du capitaine du peuple , profitëreht dans une teUe étendue de son hospitalité qu'ils couraient les rues dans un état d'ivresse criant partout « viva il popolo l viva Masaniello. »
Le couvent de San-Lorenzo investi , une division allemande et espagnole défaiteprès de la torre del Greco, la fermetépersévérante de Masaniello , qui à la tête de cent cinquante mille hommes demandait l'abolition des entrées et la restauration des chartes de Ferdinand d'Arragon et de Charles-Quint, convainquirent le vice-roi que les
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mesures qu'il avait tentées jusque là étaient insuffisantes. 11 résolut alors d'accomplir par le crime ce que la fraude ni la force n'avaient pu effectuer. Les acteurs de la tragédie qu'il préparait furent une troupe de bandits au service du gouvernement, la scène une église, et le temps celui où le cardinal Filomarino occupait l'attention du peuple, en lui lisant de l'autel un traité de paix par lequel le vice-roi promettait sur sa parole d'abolir les taxes et de rétablir les chartes royales. Tout Naples s'abandonnait à la confiance , à la joie ; les marchés , les églises , les couvens étaient remplis d'une foule empressée ; mais on remarquait parmi les citoyens certains hommes dont les visages sombres et inconnus , et la conduite mystérieuse inspiraient des soupçons. Parmi ces derniers , Masaniello reconnut un Antonio Grosso , capitaine de bandits notoire, et quelques-uns de sa bande. Toutefois Perone , homme d'un caractère bas , mais d'un grand talent , qui agissait comme espion du gouvernement et avait pris beaucoup d'ascendant sur Masaniello, rétablit la confiance, en avouant franchement que quelques bandits de l'Abruzze étaient entrés dans la ville pour y être témoins du triomphe d'une cause qu'ils avaient chaudement embrassée. Les soupçons ainsi calmés , Masaniello se disposait
à marcher sans crainte yer$ l'église, quand un seul coup d'arquebuse siffla à ses oreilles dans les cloîtres, et il n'eut pas plus tôt prononcé le mot traditori (traîtres) qu'une décharge d'ar^ mes à feu, mêlée aux cris de plusieurs milliers d'hommes fit retentir ce vaste édifice. Le cri t Masaniello est assassiné, mort aux bandits, » répété dans l'église, fut entendu surla place du marché. La multitude accourut au secours de son chef, les assassins furent traînés hors de leur asile et forcés de fuir ; un petit nombre fut poignardé sur les marches de l'autel, d'autres frappés dans les cloîtres, et la confusion, la fureur régnaient partout, lorsque Masaniello arrêta lui-même le carnage par sa Toix et sa présence. Pas une balle ne l'avait atteint ! le peuple le crut invulnérable et cria : c Al miracolo ! Viva Masaniello ! Viva nostra Signora del Carmine ! » On prétend que ceot cinquante bandits tombèrent victimes de la fureur populaire. L'un deux , ( et ce fut le chef Antonio Grosso lui-même ) dît au prêtre auquel il se confessa avant de mourir que ceux qui conspiraient contre la vie de Masaniello étaient le duc de Matalona , son frère don Peppo Caraffa , Peróne et le vice-roi, par les ordres duquel il était employé. Ainsi, le premier sang qui ait souillé cette révolution , coula par suite des intrigues
et de la perfidie du gouvernement dont la tyrannie et les exactions avaient forcé à recourir à ce inoyen de réforme.
Maintenant Yt peuple avait perdu toute confiance dans la cour et la noblesse ; et Masaniello lui-même 9 jusqu'alors si doux, si ouvert, si humain , devint défiant et morose. Il voyait sa vie menacée par le gouvernement , il voyait que la perte de tout ce qu'il avait gagné pour sou pays serait la conséquence de sa destruction. Cependant un traité fut enfin conclu entre le vice-roi et le peuple, dans lequel le premier eut l'adresse dlnsérer une clause qui frappait le tout de nullité. On n'aperçut pas d'abord la fraude ; et une parfaite réconciliation eut lieu entre le gouvernement et les insurgés.
Sur une invitation spéciale du vice-roi, Masaniello consentit , quoiqu'avec répugnance , à lé visiter au Castel-Nuovo* Toutefois ce fut seulement après que le cardinal lui eut fait sentin la nécessité d'une franche et complète réconciliation, et de donner l'exemple de la confiance, que le capitaine-général , peu touché de distinctions qu'il n'avait jamais ambitionnées, accepta cette entrevue. Quand le cardinal et quelques grands oi&ciers vinrent en cérémonie prendre Masaniello pour le conduire au château, il était encore dans sa petite jaquette de toile et son bonnet
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de pêcheur. A toutes les remontrances qu'on lui fit sur Tincongruité de son habit en pareille crrconstance, il répondait que < c'était l'habit de sa classe et de son état , le costume sous lequel il avait défendu les droits du peuple et le seul qu'il pouvait jamais porter avec orgueil, con* templer avec triomphe. » IQnfin cependant le cardinal l'ayant menacé d'excommunication , il céda ; et quand il reparut en public il était revêtu d'un riche habit blanc en argent ; son chapeau de velours était ombragé d'une forêt de plumes , et son air était celui d'un beau et gracieux cavalier. Le peuple ne pouvait se lasser de l'admirer , de le contempler ; et lorsque le cortège prit le chemin du château il fut suivi par seize compagnies de cavalerie et d'infanterie bien années et bien vêtues, et par cinquante mille Napolitains. Le cardinal était à cheval à côté de lui en habits pontificaux ; et les officiers dii vice-roi le précédaient dans les carrosses de la cour. Arrivé aux portes du château , le capitaine des gardes le reçut avec les honneurs militaires et l'invita au nom du vice-roi à descendre et à entrer dans le palais.
Masaniello s'arrêta un instant , et jeta de ce portail formidable un œil inquiet sur la multitude dévouée qui le suivait. Alors s'élevant avec dextérité sur la selle du noble animal qui le
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portait, de manière à pouvoir être vu de tous , il tira de son sein la chaite accordée , et la montrant au peuple , lui parla avec son énergie accoutumée. Il recommanda à ses concitoyens de ne jamais poser leurs armes, que cet acte où leurs libertés étaient stipulées ne fût signé par le roi d'Espagne et ses ministi^es. Il les supplia de croire que le bien public avait été Tunique objet de ses travaux , et qu'il serait son unique récompense. Il leur dit qu'il rougissait de paraître devant eux dans cet équipage ; mais qu'en prenant ces habits pompeux il avait obéi au vice-roi et à < notre sainte mère l'Eglise^^ » Puis il ajouta avec uno mélancolique plaisanterie : « Ausjsitôt^ que les filets que j'ai jetés auront amené sur la rive cette liberté que j'ai si long* temps cherchée xlans des eaux troubles ^ vous me reverre^ dans mon ancien costume et mon ancien métier, ne demandant de vous , mon peuple y rien autre chose que de dire chacun xin ave Maria pour le salut de mon âme. >» Des larmes |et dès acclamations répondirent à cet * appel. Emu par l'émotion générale , il allait se retirer, quand se retournant encore avec inquiétude , il leur rappela que dans tout ce qu'ils avaient fait ils avaient agi autant dans l'intérêt du souverain que dans le leur. « Pour moi , » ajouta-t-il , « je vais en ce moment me livrer
avec confiance au représentant du roî. Toutefois, avant de m'y rendre , je supplie son éminence le cardinal de nous donner à tous l'avantage de sa sainte bénédiction. » Le cardinal s'avança , étendit les mains sur des milliers d'hommes agenouillés ; et au milieu de cette simple et imposante cérémonie Masaniello entra dans les portes de celui qui si récemment avait comploté sa mort.
Cependant à pçine avait-il disparu que le peuple commença à soupçonner quelque nou* Telle trahison. Â un silence solennel succédèrent ; de légers murmures qui se changèrent bientôt en cris tumultueux. Us appelaient Masaniello , et peu d'instans après il parut sur le balcon entre le vice-roi et le cardinal. Cette simple exclamation * me voilà ^ mon peuple [, » accom* pagnée de la pression de son doigt sur ses lèvres, calma la rumeur, et le silence de la tombe régna sur le largo dî castello.
Masaniello se tournant vers le vice-roi, lui dit : « Voyez combien il est facile de gouverner le peuple.» Alors il congédia la multitude, les assurant que tout allait bien , et enjoignant à chacun de se retirer chez soi* Les seize compagnies défilèrent en bon ordre, et le peuple suivit dans fine silencieuse obéissance. Une conférence eut lieu ensuite, dans laquelle Masaniello ayant été
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confirmé dans son grade de capitaine-général du peuple par le vice-roi , il fut reconduit en cérémonie à sa cabane sur le Mercato dans les Toitures de la cour (i).
Mais sa mission tendait cependant à sa fin!
Il accepta le 1 3 juillet une invitation pour une fête donnée au Pausilipe à laquelle plusieurs personnes de la cour devaient assister. Oh s'embarqua pour se rendre au lieu de la fête , et pendant ce petit voyage Masaniello épuisé par les fatigues de la journée demanda plusieurs fois de Teau glacée , qui lui fut enfin présentée par Onufrio Caffriero , l'un des officiers du vicc^ roi , très-avant dans la confiance de son maître. Il n'est pas ceitain qu'il ait été empoisonné , comme. on le suppose généralement ^ par cette boisson. L'exercice forcé , le manque de sommeil long-temps prolongé , et un travail de tête exagéré , sont des causes de dérangement d'esprit qui ont affecté des hommes plus sages que le pêcheur d'Amalfi ; et dans un moment de si extrême irritation , un verre d'eau glacée pouvait être en lui-même un poison. D'autre part ,
(i) «Le yice-roi n*osa s'opposer ni aux actions ni aux entreprises de Masaniello : il tremblait à son seul nom. » Hist. de la Rév* de If aptes.
3â8 VIE ET SlàOLE
il n'est point improbable quele vice-roi ait pu lui faire administrer une drogue vénéneuse (i). Les \ hommes de sa trempe chez qui la politique aanctionnetous lescrimes^ méritent déporter tout le poids de Todieux que la crédulité et Tinstinct de crainte de la multitude ne manquent jamais de jeler sur eux , toutes les fois quìi y a lieu de supposer quelque trahison , quelque bassesse de celle qui entrent dans leurs intérêts et leurs vœux (s). Mais quoi qu'il en soit , des signes d'aliénation mentale se manifestèrent en Masaniello immédiatement après ce voyage; ses actes de justice furent marqués par une sévérité implacable 9 et ses actions ordinaires par quelque chose d'incohérant et de farouche. Les représentans du peuple résolurent d'envoyer au vice roi une députation pour lui offrir de ren-
(1) « Ce fut une promenade bien funeste pour Masaaiello f s'il est vrai , comme on le dit et comme il n'est ^ue trop vraieemblable ^ qu'il y avala du poison , qui lui fut donné par ordre du vice-roi dans l'eau que Masaniello but après avoir mangé quelques fruits. — Histoire de la révolution de Naples,
(a) L'auteur de VHistoire de Naples , dit clairemeot que Masaniello fut empoisonné par l'ordre du vice-roi. Cependant l'effet ordinaire du poison est l'inflammation et non la démence.
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jtrer sous son obéissance , pourvu qu'il obsenrât les termes de la capitulation ; de déposer Masaniello et de renfermer dans une retraite où il aérait entouré de toutes les consolations et de toutes les douceurs dont son malheureux état pouvait être suseptîble. Mais le vice-roi était déjà déterminé à suivre une marche plus prompte. Le soir qui précéda lé jour de la fête de Notre-Dame-du-Mont-Garmel , Masaniello devint tellement furieux que Ton fut obligé de se saisir de sa personne et de l'attacher : cet acte violent lui ayant rendu l'usage de ses sens « on lui permit le lendemain d'assister à Toffice divin dans la chiesa del Carmine. Il se présenta au peuple l'air triste et abattu ; on le reçut avec respect et il fut conduit en silence dans le temple où le cardinal qui officiait vint au devant de lui. Masaniello lui rendit son embrassement et mit entre ses mains un écrit adressé au viceroi. — C'était sa démission volontaire de sa charge. En le donnant il dit « que ceux qu'il avait sauvés étaient sur le point de l'abandon* ner , que sa carrière était finie , et qu'après avoir fait encore une fois le tour de la ville qu'il avait préservée , il retournerait à l'église où il attendrait le coup de la mort qui ne pouvait tardei*. 9 Alors se dégageant des bras du cardinal qui essayait en vain de lui faire reprendre
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courage , il essa^ga encore de parler au peuple , et lui recoaUnanda de prendre soin de ses libertés quand il ne pourrait plus les protéger : mais sa force et ses idées lui manquèrent tout à coup, et deux moines du courent s'apercevant de son désordre le firent sortir de la tribune, et remmenèrent au dortoir. Là se jetant sur un matelas il allait se plonger dans ce profond repos dont il avait si grand besoin , lorsque le' bruit de son nom vociféré dans la rue le réveille ; il s'élance hors de son lit, sort à la hâte, et avec une fermeté douce demande : < Mon peuple^ me cher^ chez^vom ? » On lui répond par une décharge d'armes à feu, et il tombe à l'instant aux pieds de ses assassins en s'écriant : c Traditori , ingrati, »
Sa tête fut séparée de son corps par un boucher , et envoyée au vice-roi, qui,, dit-on, la comtempla avec un sourire de triomphe : mais au ssi long-temps que les causes de cette révolution existeront à Naples ses tyrans ne cesseront jamais de trembler à cette expression proverbiale: — c Masaniello non è morto. »
FIN ou PREMIER VOLUME.