partie ^ déterminé le rapport
Il s'opposa à l'acte qui établissait de nouveaux droits, et s'il ne put l'empéch^ d'être adopté, il obtint du moins de M, Townsend la suppression de plusieurs articles, notamment de celui concernant le sel.
Dans les différends qui s'élevèrent ensuite , il publia divers écrits pour combattre la prétention du parlement au droit de taxer les colonies.
. Il s'opposa à tous les actes qui tendaient à l'oppression de l'Amérique.
Il conduisit deux négociations ^crêtes avec les ministres pour en obtenir le rapport, ce dont il a mis le détail par écrit (i). Il a, pour y réussir, offert de contracter, à ses propres risques, l'obligation de faire payer le thé qui avait été détruit à Boston.
Il £u t chargé, avec MM. Bolland et Lee, de toutes les demandes à présenter au gouvernement à ce sujet. Il fit publier , à ses frais, contre les mesures prises^par le ministère, divers écrits dont l'impression fut très-coûteuse; il s'attira par là la haine des ipinistres , fut insulté devant le conseil privé, et fut privé de la place de maître des postes, dont le produit annuel était de 3oo liv.
(i) C'est le morceau qui termine la quatrième Partie.
' Il fut oblrgé de cesser les fonctions d'agent que lui avaient confiées diverses colonies, et pour •lesquelles il recevait par an :
De la Pensylvanîe. . • ^ • • • 5oo
Du Massachusetts 4^0
Du New-Jersey • . . loo
De la Géorgie. • • . • aoo
Ce qui fut pour lui une
perte annuelle de 1,200 1. (36,ooo fr.)
Des ordres furent envoyés aux gouverneurs du roi de ne signer aucune ordonnance sur la trésorerie pour le payenient dcson traitement; et quoique les colonies qui l'avaient chargé de leurs intérêts ne lui eussent pas retiré leurs pouvoirs, jugeant que les dispositions défavorables de la cour à son égard le rendaient moins propre que tout autre à conduire leurs affaires pour leur plus grand avantage, il crut qu'il était de son devoir de discontinuer ses services, et laissa entre les inains de personnes contre lesquelles il n'existait pas de semblables préventions, les intérêts des colonies , ce qiji leur évita la nécessité de le rappeler.
De retour en Amérique, il encouragea à la révolution ; il fut nommé président du comité de sûreté; il donna l'idée des chevaux défrise, pour protéger Philadelphie, où le congrès tenait alors ies séances,
En 1.775, il fut envoyé par le congrès au quar*
Mémoires, ii. ^^
tier-général avec MM. Harrbon et Lynch , pour régler quelques affaires avec les gouveraenaens du nord, et le général Washington^.
Dans le printemps de 1776, il fut envoyé dans le Canada avec MM . Chase et Carrol , et traversa tes lacs, tandis que les glaces gênaient encore la navigation. Dans le Canada, il fit droit, de concert avec ses collègues, à diverses plaintes des habitans, ce qui les rendit plus favorables à notre cause. Il y avança au général Arnold et à d'autres agens du congrès qui se trouvaient alors dans le plus grand besoin , 353 livres (8,47a fr;) en or, de sa propre poche; ce qui leur fut de la plus grande utilité en ce moment, pour procurer à l'armée les provisions qui lui manquaient.
Ayant soixante -dix ans passés quand il fut chargé de cette mission, sa santé souffrit cousidérablement des fatigues de ce voyage, et surtout d'avoir été obligé de coucher au milieu des bois dans une saison si rigoureuse.
Dès qu'il fut rétabli, il reçut ordre du cotigrès de se' rendre en France. Avant son départ, il lui remit tout l'argent qu'il put se procurer, ce qui montait entre trois et quatre mille livres (7a à 96,000 fr.), et la confiance qu'il montra engagea d'autres citoyens à avancer de même leurs fonds pour le soutien de la cause commune» '
Il ne fit pas de marché pour ses appointemens, mais une délibération de l'assemblée lui promit un salaire net de 5bo livres par an (12,000 fr.)
DE B. FRANKLIN. SSg
outre le remboursement de ses dépenses, et l'assistance d'un secrétaire qui devait recevoir, pour toutes choses, la somme de looo livres par an ( a4>ooo fr. ).
Lorsque l'assemblée de Pensylvanie Tenvoya en Angleterre en 17649 avec le même traitement, on lui en paya une année d'avance pour fournir aux frais de la traversée , et en considération du tort que son départ précipité et son absence de* vaient occasionner à ses affaires. Le congrès n'en a pas agi de la même manière : il l'a mis à bord d'un misérable bâtiment incapable de voguer dans les mers du Nord , et qui a coulé à fond à son retour; et il y a été si mal nourri, qu'à son arrivée en France, il avait à peine la force de se soutenir.
Les services qu'il a rendus aux États-Unis en
qualité de commissaire, et ensuite de ministre
plénipotentiaire, ont dû être appréciés par le
congrès, et sont établis dans sa corresponâance.
Il est possible que ceux qu'il a rendus , sans qu'ils
fissent partie de ses fonctions, soient moins con^
nus, et c'est pourquoi ils vont être mentionnés ici.
Le secrétaire qu'on lui avait promis n'étant ja*-
mais arrivé , les fonctions de cette place ont été
remplies, d'abord en partie, et ensuite, quand
le» autres commissaires l'eurent quitté, entière >
ment par lui et son petit-fils, dont le salaire borné
d'abord à la nourriture, à l'entretien et au loge-
me/it, n'a jamais excédé 5oo livres (7,200 fr.)
34o MÉMOIRES
par an , si ce n'est pendant le temps qu'il a servi de sei ré taire aux commissaires chargés de négocier la paix. Il en «si résulté pour le congrès une économie de 700 livres (i 4,800 fr.)'pcndant plusieurs années , s'il juge convenable d^eh profiler.
Il remplit fes fonctions de consul jusqu'à Tarrivée de M. Barclay, et même ensuite /pendant les voyages que celui-ci fit en Hollande, en Flandre et en Angleterre; toutes les af&ires de consulat qui sfe présentaient pendant son absence étant renvoyées à M. Franklin.
Il s'acquitta aussi , quoique sans mandat spé- -cial à cet effet, des fonctions de juge d'amirauté ; car le congrès lui ayant envoyé un gi^nd nombi'e de commissions en blanc pour des corsaire^, il les délivra à des bâtimens équipés dans des por(^ de France, dont quelques-uns étaient montés par d anciens îfraudeurs qui connaissaient jusq[u'à la moindre crique des côtes d'Angleterre, €ft qiii croisant autour de celte île , gênaient considiérabiement le commerce côtrer des Anglais, et firetrt hausser le taux des assurances. Un seul*de ces corsaires, le Prince noir, prît en un an soixantequinze bâtimens. Tous les papiers qui se trouvaient à bord de ichaque prise, étaient en vertu d'un ordre du conseil envoyés à M. Franklin , qui devait les examiner, et prononcer sur la validité de la capture. Il fallait alors quHl écrivît à Famirauté de dhaque port que le ^bâtiment capturé était de bonne prise, et qii'oh pouvait en per-
DE B. FRANKLIN. 34r
ipetlre la vente. Il peut produire ces papiers qui sont très-volumineux.
. On la au$3i employé comme uégociant y tant , pour fi^re dçs achats que pour veiller à l'embarquement des objets achetés. Il y en a eu pour des sommes considérables , et il n'a jamais porté dans sea comptes aucune commission pour cet objet.
Mais la partie du service dont .il a été chargé , qui a été la plus fatigante , et qui exigeait le plus d'assiduité, c'était celle de recevoir et d'accepter^ après l'examen nécessaire , les lettres-de-change tirées par le congrès pour Hntérêt de ses emprunts, et qui montaient annuellement à deux, millions et demi de livres. Une grande partie de ces traites étaient pour de petites sommes, et la moindre donnait autant d'embarras que 1^ plus considérable. Un examen scrupuleux était d'au-, tant plus indispensable, que très-souvent on se présentait ^our toucher les lettres -de -change tirées par seconde et troisième , après que la première avait été acquittée. Ces traites arrivant , en plus ou moins grande quantité, par chaqut» bâtiment et par chaque poste, il fallait qu'on fût toujours prêt à les recevoir. M, Franklin ne pouvait donc faire aucun voyage pour prendre de l'exercice, comme il y é^ait habitué, et cett^ vie sédentaire. lui occasionna une maladie qui diirera vraisemblablement autant que sa vie.
En un mot, quoiqu'il ait toujours mené unç
3Aa MÉMOIRES
yie très-active, jamais il n'a eu /dans Tespace de huit ans, autant d'affaires à conduire que pendant le même espace de temps qu'il a passé en France. Il a cependant su y suffire jusqua ce qu'il ait vu la paix heureusement établie , et qu'il se soit trouvé dans sa quatre -vingtième année, âge auquel un homme a quelque droit, ou jamais, de désirer le repos.
Peu de temps après le retour du docteur Franklin à Philadelphie, il se forma dans cette ville une société de Recherches philosophiques. Il en fut noi^mé président, et elle tenait se& séances chez lui à cause de ses infirmités. On fit imprimer deux ou trois essais qui y furent lus, ' mais son existence ne fut pas de longue durée.
Deux autres sociétés y furent encore établies vers la même époque, et toutes deux le choisirent pour président. Elles étaient fondées sur les principes de l'humanité la plus pure et la plus libérale. L'une avait pour but d'alléger la misère dans les prisons ;\^uXre ^Ae procurer tabolition de V esclavage ; de soulager les nègres nés Rires , illégalement réduits à la condition des^ claves, et ^améliorer F état de la race africaine*
Dès l'année 177a, il avait exprimé , de la manière la pliis forte , Thorreur que lui inspirait la traite des nègres , dans une lettre qu'il avait adressée à M. Antoine Benezett , et qui est im-» primée dans la première partie de sa correspon-^ dance.
Les trayaux de ces deux sociétés ont été couronnés du plus grand succès; et elles continuent à suivre, avec une persévérance infatigable, les louables desseins qui les ont fait instituer.
tt Le docteur Franklin , dit le docteur Stuber , signa, comme président de la société pour Tabolissement de l'esclavage, le mémoire présenté à la chambre des représentans des États-Unis, le 12 février 1789, pour la supplier d'employer toute l'étendue du pouvoir que lui accordait là constitution , pour mettre un terme au trafic de l'espèce humaine. Ce fut son dernier acte public. Dans les débats auxquels ce mémoire donna lieu , on fit diverses tentatives pour justifiçr la traite. Dans la Gazette fédérale du ^5 mars 1790, il parut un article signé Historicus, et dont le doctçur Franklin était l'auteur. C'était un envoi à l'éditeur d'un discours supposé tenu dans le divan d^Alger en 1687 , en réponse à la pétition d'une secte nommée Érica ou Puristes j qui demandait l'abolition de la piraterie et de l'esclavage. Cette harangue, prétendue africaine, était une ex^cellente parodie d'un discours prononcé par ' M. Jackson , de Géorgie- Tous les raîsonnemens dont il s'était servi en faveur de l'esclavage des nègres , sont mis en usage pour justifier le pillage et l'esclavage des Européens. Cesl en même temps une démonstration de la futilité des argumens employés pour soutenir la traite des nègres , et une preuve de l'esprit ingénieux et vigoureux de
Tauteur àiine époque si avancée de sa vie. On y voit aussi combien il savait imiter le style des autres teïnps et des autres nations, et bien des genâ fouillèrent les archives des bibliothèques ^ pour y trouver l'ouvrage supposé dont on prétendait que ce discours était tiré ».
Cette pièce, si ingénieuse par elle-même , étant un des derniers ouvrages du docteur Franklin , qui l'écrivit quelques semaines seulement avant son décès, nous paraît assez intéressante pour l'insérer ici en entier.
A T éditeur de la Gazette fédérale.
23 mars 1790.
Monsieur ,
La lecture que je fis hier soir, dans votre excellent journal, du discours prononcé dans le congrès par M. Jackson pour le détourner de s'occuper de l'abolition de Tesclavage des nègres , et de l'amélioration du sort des esclaves , m'en rappela un prononcé il y a environ cent ans par Sidi Mehemet Ibrahim, membre du divan d'Alger. On peut le voir dans le Bâcit des és^énemens passés à Alger pendant le consulat de Martin^ 1687. Il était dirigé contre la pétition présentée par une secte nommée ^nca ou Puristes^ qui demandaient qu'on abolit la piraterie et l'esclavage des chrétiens, comme étant souverainement injuste. M. Jackson ne le cite pas, et peut-être ne le connaît-il point.
Si donc il a reproduit dans spn éloquent discours une partie des raison nemens qu'oA^ trouve dans eelui dont il s'agit ,c*est une nouvelle preuve que l'intérêt des hommes agi|: sur leurs esprits de la même manière , dans les mêmes circonstances , dans tous les climats. Voici le discours de l'orateur africain:
Allah Bismillah,etc. Dieu est grand y et Mahomet est son prophète,
« Ces Erica ont-ils bien réfléchi sur les suites qu'aurait leur demande si on la leur accordait? Si nous cessons de croiser contre les Chrétiens, comment nous procurerons-nous les produits de leur pays, qui nous sont §i nécessaires? Si nous ne pouvons les réduire en esclavage, qui cultivera nos terres dans ce climat brûlant ? Qui nous servira dans nos villes et dans nos familles? Faudra-t-il donc que nous soyons nos propres esclaves? N'est-il pas dû plus de compassion, plus de faveur à nous Musulmans, qu'à ces chiens de Chrétiens? Nous avons maintenant plus de cinquante mille esclaves dans Alger et aux environs; si ce nombre n'est pas entretenu par de nouvelles importations, il décroîtra graduellement, et finira par s'épuiser. Si donc nous cessons de piller et de capturer les vaisseaux des infidèles, et de réduire en esclavage leurs marins et leur^i passagers, nos terres deviendront sins valeur faute de culture;
346 MlÉMOlRES
le loyer dèê maisons dans la rille diminuera dé moitié , et le gouvernement perdra le revenu qu'il tire de sa part dans les prises. Et pourquoi? pour satisfaire la fantaisie d'une secte ridicule qui nous engage non-seulement à ne plus faire d'esclaves , mais même & rendre la liberté à ceux que nous possédons déjà. Et qui indemnisera leurs maîtres de cette perte? Sera-ce l'état? ses trésors y suffiront-ils? seront-ce ces Erica? le peuventils? Veulent-ils, pour rendre ce qu'ils appellent justice aux esclaves, rendre leurs maîtres victimes d'une injustice ?Et si nous rendons la liberté à nos esclaves, que deviendront -ils? Très-peu voudront retourner dans leur pays. Us savent trop bien quels maux les y attendent. Ils n'embrasseront pas notre sainte religion ; ils n'adopteront pas nos mœurs : nos concitoyens ne voudront pas se souiller par des alliances avec eux. Il faudra donc souffrir qu'ils mendient dans les rues, ou que nos propriétés soient la proie de leurs pillages; car des gens habitués à l'esclavage ne travailleront pas pour gagner leur vie , sans y être forcés. Mais qu'y a-t-il donc de si malheureux dans leur état actuel? N'étaient- ils pas esclaves chez eux? L'Espagne, le Portugal, la Fr^tnce, tous les états d'Italie ne sont-ils pas gouvernés par des despotes qui tiennent leurs sujets danir l'esclavage, sans aucune exception? L'Angleterre même traite ses marins comme des esclaves; car le gouvernement les fait saisir quand bon lui
semble , le« enferme dans des yaisâéatix de guerre » et les farce non* seulement à travailler, mais k combattre pour un modique salaire , ou seule^ ment pour gagner leur nourriture, qui n'est paa meilleure que celle que nous donnons à nos es* daves. Sont-ils donc plus malheureux quand ils tombent entre nos mains? non. Ils ne font que changer d'esclavage, et j'ose dire qu'ils gagnent au change. On les amène dans un pays où le soleil de l'islamisme brille dans tout son éclat ; ils ont les moyens de s'instruire dans la véritable doc-^ trine, et de sauver ainsi leurs âmes immortelles. Ceux qui restent chez eux n'ont pas le même bonheur. Les y renvoyer , ce serait les faire passer du grand jour dans les ténèbres.
» Mais je le demande encore, que fera-t-on des esclavejs. devenus libres? J'ai entendu dire qu'on peut les établir dans le désert où il se trouve des terres qui peuvent les faire subsister, et .où il leur est possible de fleurir comme un peuple libre; mais ils sont trop paresseux pour tra-^ vailler sans y être forcés , et trop ignorans pour établir parmi eux un bon gouvernement. Les Arabes errans les auront bientôt ou détruits, ou réduits de nouveau à l'esclavage. Tandis qu'ils nous servent^ nous avons soin de leur fournir tout ce qui leur est nécessaire , et nous les traitons ayec humanité. Je suis certain que dans leur pays , les cultivateurs sont moins bien nourris, moins bien vêtus, moins bien. logé&
34« mbmohiefs
Lft eondtl&oa de la. plupurt d'eoire eux est donc déjà améliorée» et n'exige pas d'autre améliora* lion. Ici leyr vie est en sûreté; On ne les tcmee pas à se faire soldats, à se oaupec la gorge, chré-^ tien» contre chrétiens^ comme dans les guerrea d'Europe. Si quelques-uns des déyots suparsiitieux qui nous eonuient de leuts sottes péti* tions , ont , dans un accès de zèle aveugle , donné la liberté à leurs esclaves, ce n'est ni la généro* site ni l'humanité qui les y a déterminés; c'est parce que se sentant la conscience chargée d'un pesant fardeau de noirs péchés ^ ils ont espéré , d'après le mérite qu'ils supposent à une si bonne action, se soustraire k la damnation. Comme ils se trompent grossièrement en croyant que l'Alcoran ne permet pas l'esclavage ! N'y trouve-t-ou pas ces deux préceptes, pour ne pas en citer davantage : « Maîtres, traitez vos esclaves avec bonté : esclaves , servez vos maîtres avec attache* ment et fidélité». Le pillage des infidèles n'est pas plus défendu dans ce livre saint, car c'est un fait bien connu que Dieu a donné le mondé et tout ce qu'il contient à ses fidèles Musulmans qui ont le droit d'en jouir , aussitôt qu'ils s'en emparent. Qu'on ne nous fasse donc plus entendre cette détestable proposition de donner la liberté aux esclaves chrétiens. Si elle était accueillie, ce serait priver une foule de bons citoyens de leur propriété , déprécier nos terres et nos maisons, créer u^ mécontentement universel.
DEfi,;jrRAJîkfciN. 349
eatciter des insàrrèctions , mettre le gmivcmé* m^enten danget, et produire une confusioti '^ëi némle. Je ne^tocite donc aqiieineiit que oe sage conseil ne préfère la paik et le bonheordeitoute une nation de vrais croyans, aux folles idées de K}a<elque8 J&ic»^ et^tl'il neTejcflle leuT pétition. Le résultat fut , à ce que nous apprend Mar-* tin , qae te divan, prit ^elte résolution. « La doctrine de piller les Chrétiens et de les réduire à la condition d'esclaves, est injuste», ou du moins problématique ; mais comme il est de l'intérêt de cet état de continuer à suivre cet usage, q^e la pétition soit réjetée. »
> Tel fut donc le résultat de la démarche des
Erica-y et puisque les mêmes motifs produiisient
dans l'esprit dés hommes les mêmes opinions et
les mêmes effets , ne pouvons-nous pas , d'après
ce récit, prédire que les pètîtipns.'Çrésentées au,
parlement d^Angîeterre et aux aiitres corps iégisr
latifs , pour demander Tabolition de la traite des
nègres , aboutiront à la même conclusion ?
Je suis, monsieur, votre* lecteur constant et
votre humble serviteur,
HiSTORICIjJS.
Vers la'fiti de l'année i^8^, le dbcteur Franklin reçut un nouvel honneur a:uc[uel il ne s'at^ ^endait pas, celui d'être ^^lu membre de l'Acadétt^e impériale des Sciences de Saint-Pétersbourg.
35o MÉMOIRES
Il ea reçut la nbuTelie par la leUre suivante (écrite en anglais), de la princesse Daschkaw^ présidente de c^ corps, et qu'il avait quelquefois ▼ue à Paris.
J son excellence le docteur Benjamin Franklin.
Saint-Pétersbourg, 9 novembre i']^*
a Mon cher Monsieur ,
» J avais toujours cru, et c'était pour moi une satisfaction de le croire , que vous étiez membre de TAcadémie impériale des Sciences établie à Saint-Pétersbourg sous ma direction. Je fus donc bien surprise > en lisant il y a quelques jours la liste de ses membres, de n'y pas trouver votre nom. Je lïie suis hâtée de procurer cet honneur à l'Académie , et vous ayez été élu un de ses membres aux applaudisseriiens unanimes > et à la granâe satisfaction de tout le corps. Je vous prie, Monsieur, d'en accepter le titre , et de croire que je regarderai votre acceptation comme un honneur pour notre Académie.
» Je donnerai ordre que le diplôme vous soit envoyé le plus tôt possible ; en attendant, soyez assuré que c'est avec le plus grand plaisir que je profite de cette occasion pour vous donner uile marquç de l'estime et de la vénération que m'oninspirpes vos jéminentes qualités, et que je se^i
DE B. PRAN15LLIN. B5i
toujours flattée de me souvenir que j ai eu lavaQ* tage de feire votre connaissance personnelle.
» Je suis avec une sincère considération , mon cher monsieur^ votre obéissante servante,
» La princesse de Daschkaw. »
Pendant la plus grande partie de savie, Franklin avait joui , presque sans interruption , d'une excellente santé, et il attribuait cet avantage à sa tempérance exemplaire.
Il est vrai qu'en 1735, il avait été attaqué d'urïe pleurésie qui s'était terminée par une suppuration au lobe gauche des poumons , et il fut presque suffoqué par la quantité de matières qu'il rendit. Il eut même une rechute de cette maladie; mais il en avait été si radicalement guéri , qu'il n'en avait pas même conservé la moindre gêne dans sa respiration.
Dans un âge plus avancé, il devint pourtant sujet à des açcè^ de goutte, et en 1782 il s'y joignit une colique néphrétique : il fut peu après attaqué de la pierre , et fut obligé de garder le lit pendant presque toute la dernière année de sa vie.
Malgré les douleurs qu'il éprouvait, ses facultés mentales et sa gaîté naturelle ne l'abandonn.èrent jamais; il conserva toute sa mémoire jusqu'au dernier instant; il semblait faire exception à cette règle générale , qu'à un certain âge les organes qui servent à cette feicul té de l'esprit finir-
sent par s'émousser; et ce qui en est ùne-préuve frappante, c'est qu'il appnt à parler français^ après avoir atteint Tâge de soixante-dix ans.
Au coiamencement d'avril 1790, il eut une
attaque de fièvre et une maladie de poitrine qui
mirent fin à son' existence. Le docteur Jones , son
* médecin et son ami , en rendit compte ainsi qu'il
suit:
« La pierre dontll était attaqué depuis plusieurs années l'avait presque constamment forcé de garder le lit depuis un an. Pendant les paroxjstnes les plus douloureux, on était obligé de lui faire prendre du laudanum pour adoucir le sentiment de ses souffrances. Cependant dans les intervalles que lui laissaient ses douleurs , nonseulement il s'amusait à lire ,. à converser gaiement avec sa famille, et avec quelques amis qui venaient le voir ; mais il s'occupait encore d affaires puUiques et particulières, et il montrait dans toutes les occasions, non-seulement cette disposition et cette promptitude à faire le bien, qui formait le fondde^on caractère ; mais encore la plus complète jouissance, de toutes les facultés de son esprit, se livrant à des plaisanteries^ et .racontant des anecdotes qui charmaient tous ^eiux.qui les entendaient. , .
. ^» Environ seize jours avant sa mort,, une. fièvre ^e déclara : elle ne fut d abord accompagnée .d'auca^n syjnptqme par.ticulier ; mais aii bout de trois ou quatre jours, il se plaignit d*ané
DE B. FRAITKLIN. 353
douleur nu côté gauche de la poitriae ; elle augmenta i devint très^aiguë , et fut suiTÎe d'une toux et d'une grande difficulté dé respirer. Dans cet état, quand des souffrances insupportables lui arrachaieht une plainte , il disait qu'il craignait de ne pas les iupportet* cotnme il le devrait; il témoignait sa reconnaisfance de toutes les fa«» veurs qu'il avait reçues de cet Être suprême qui l'avait tiré de l'obscurité pour lui accorder un rang et de la considération parmi les hommes, et ne doutait pas que les douleurs qu'il souffrait ne lui fussent envoyées pour le détacher d'un monde dans lequel il ne pouvait jouer plus long^ temps le rôle qui lui avait été destiné* Il resta dans cet état de corps et.d'^^pi'it jusqu'à cinq jours avant sa mort. Sa respiration devint alors plus facile , ses souffrances dis|>arurent, et sa fatnille commençait à se flatter de l'espoir de sa guérîsoli^ quand un abeès qui s'était fol*mé dans ses poumons^ creva tout à coup> et rendit une grande quantité de tnatîère qu'il expectora tant qu'il lui resta suffisamment de forcée; mais elles fini* rent par lui manquer, legorgâoes de la respiration subirent une nouvelle oppression , un état de calme léthargique y succéda; et le 1 7 avril 1 790, vers onze heures du soir^ il termina , sans agonie pénible, une vie qu'il avait toufjoum rendue utile pendant une langue oarrière de quatre-^ vingt-quatre ans et trois mois ».
Trois jours av^nt sa mort, il avait prié sa
MÉlfOIRES. II. 23
fille, inistress Bâche, •défaire faire soq lit , (c afin , » lui dit-il, dé mmirir d'une maDière. plus dé* 3» cenie ». Idée qui lui fut peut-^tre suggérée par la connaissance qu'il avait des usages des anciens. Mistress Bâchée lui ayanlt répondu, qti elle, espérait qu'il se rétablirait , et qu'il vivrait encore bien des années : «J'espère le contraire, » lui répliqua-t-il.
Un écrivain anonyme décrit ainsi ses obsèques et les honneurs qui furent fendus à sa ihémoire ; et les détails qu'il donne sont exacts.
9 Tout ce qui était mortel dans ce grand homme , fut confié à la terre le 28 avril, dans le cimetière de l'église du Christ à Philadelphie, dans la partie voisine d'Arch-street , afin que si Ton élevait un monument sur son tombeau, il se trouvât plus en vue.
» Jamais on n'avait vu dans les États-Unis tant de. monde, tant de gens de la première distinction assister à une cérémonie funèbre. Le concours de peuple étfiit immense, toutes les cloches de. la ville étaient couvertes d'étoffes noire , en signe de deuil et pour en rendre, lé son plus lugubre; et le papier sur lequel on imprimait )es journaux fut bordé d'un encadrement noir. Le corps fut enterré au milieu des décharges d'artillerie, et l'on ii oublia rieii pour témoigner Iç respect que lesroitoy eus conservaient pour sa mémoire. « i ; : , ; ï : : ; •■
. » L^ Qôngrès ordonnai: un d^nil général d'un
mois dans toute rAmérique, et cette nouvelle étant arrivée à Paris le 1 1 juin 1790, TAssemblée nationale, sur la motion de M. Mirabeau laîné, appuyée par MM.' de La Rochefoucault et de La Fayette , arrêta que tous ses membres prendraient le deuil pendant trois jours (1); et le corps municipal rendit un tribut extraordinaire à sa mémoire, en assistant en corps à son oraison funèbre qui fut prononcée par labbé Fauchet dans la rotonde de la halle aux blés, qu'on avait entièrement tendue en noir, illuminée avec des lustres , et décorée de devises analogues à la cérémonie; . .
» Le docteur Smith , prévôt du collège de Philadelphie j et M. Bittenhouse, l'un de ses membres , furent choisis par la société philosophique pour préparer un éloge à la mémoire de son fondateur , et les sauscripteurs de la bibliothèque de la ville qui venaient de faire construire un bel édifice pour y déposer leurs
(1) Le congrès ayant appris Thommage rendu à son illustre coticitoyen par T Assemblée nationale de France , prit , dans sa séance du 2 mars 1791 > sous la présidence de George Washington, une résolution portant « que le président des États- Unis était chargé d'informer TAssemblée nationale de France combien le congrès avait été sensible au tribut rendu à la mémoire de Benjamin Franklin ^ par les représentans libres et éclairés d'une grande nation, par leur décret du 11 juin 1790. »
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