‹ Mémoires sur la vie et les écrits de Benjamin FranklinChapitre 20 sur 25 · CETTE STATUE · texte numérisé non relu

CETTE STATUE

DU

DOCTEUR BENJAMIN FîlANkLiN

A iTB PftisBVTBB PAH

WOXIAM BINOJIABi» £sq.

» La vie de Franklin, dit le même auteur , présente une des plus belles leçons de morale qui puisse être offerte à Tadmiration et aux applaudissemens des. hommes, et ib doivent j trouver un modèle à imiter.

DE B. FRANKLIN- îSy

» Comme homme, nous l'avona vu recommander aux autres et pratiquer lui-même la frugalité, la tempérance et rindustrie*

» Comme citoyen , il a résisté aux efforts de la tyrannie , et assuré la liberté de ses compa» triotes.

j> Comm^ législateur, il offre le .brillant exemple d'uiie âme qui s élève hors die la portée de la corruption, et qui a constamment pour but 1^ bonheur de ses commettans*

j> CommB politique , on le voit d une part obtenir, pars^ négociations, les secours d'une na^ tioQ puissante , et de lautre Réunir en un seul faisceau toute la force d'un congrès de répnbUques , en fixant un point central sur lequel chacun devait porter les yeux , et eh concentrant ainsi leur union , leur harmonie, leur législation et leurs moyens dé défense. '

» Comme i)hilDsophe, ses travaux et ses dé»couvertes ont en pourt)ut les grands intérêts du ge^nre humain : on peut à juste titre le nommer Tami des hommes, le bienfaiteur de Funivers.

m Les occupations de son printetnps donnent aut jeiHies gens un exemple salutaire et instructif : Tété de sa vie est un modèle pour 1 âge viril, commte son hiver en est un pour la vieillesse. Le pauvre peut apprendre deiui le chemin delà fortune; le riche, le moyen die Tennoblir par la pratique de la bien£Biisanoe.

2> Son style était plus sentencieux qu'éloquent :

il était plus disposé à écouler qu*à parler, et 3a société était plus instructive qu'attrayante. Comme presque tous les gens instruits , il ne pouvait souffrir qu'on l'interrompît, et il parlait souvent avec éloges de Tusage des Indiens^ qui, après avoir écouté un discburs avec une profonde attention , gardent un silence respectueux pendant quelques instans, avant d'y répondre.

» Il était poli dans ses manières. Jamais il ne contredisait positivement les assâ^tions de ses amis ou de ses antagonistes; il s'expliquait avec calme /et c'était par hi force du raisonnement

qu^il voulait terras^r ses adversaires. »

. On connaîtra ce que le docteur Franklin pensait de la mort, en lisanf une lettre de condoléance qu'il écrivit plusde qijaraiiteans avant son déçè^ , à in^iss Habbfird ^ sanièce , à l'pçcasion de la piojt de çon frère John Franklin., don t elle avait épouj^é.le fils.

Philadelphie , a3 février lyS^.

« Nous avons perdu un parent, un. ami estimable et qui nous était bien cher. Mais c'est la volonté de Dieu que-ces corps mortels soient jetés à l'écart, quand l'âme va entrer daiis une véritable vie. L'existence sur la terre mérite à peine le nom de.vie ; c'est*un état d'embryon , une préparation à vivre , et la naissance de l'homme n'est parfaitement complète que le jour de sa mort.

DE B. FRANJLLIN. 'iSg

Pourquoi donc regretterioas-nous qu'nn nouvel être soit admis à l'immottaUté., soit un nouveau membre de l'heureuse société dés im mortels ?

yy Noùis sommés des : esprits. Si <Jes corps nous sont prêtés pour noui(f>rjocurer quelques plaisirs, pour mous aidei* à acq.uéÉil'd^$,Qon naissances , à faire du bien aux compagpons de notre voyage »ùr laterce., c'est un acte de. la bonté. et de la bienveillance de Dieu. Quand ils deviennént.invi'' lilespouT ce but, quand .aiit^ lieu die plaisirs ils nbus causent des souffrances, quand au lie^u de nou8;sefvir d'aide ils deviennent pour nous un fardeau , quand ils ne. peuvent plus remplir le but paurJequel ils nous ont^^té donnée, o'e^t encore sa bienveillance et. sa bonté qui nous ont . donné un moyen d'en être débarrassés , la mort. Nous mêmes, en certains ci^ss nous nQ\is détermiaons àiune. mtort partielleî Un membre est-il attaqué d'une mdladieîIncu^Able, on le fait. couper y. une denjt f£|it*èllë mail, pn la fait arracher. Pourquoi? pour être à^labri de la douleur q^'on éprouvait. MaisScelui qui $e sépare, de tout. son corps, perd en même temps la faculté de souffrir, et s'il n'éprouve pluà de plaisir, il eu est dédommagé par l'absence de la peine.

» Notre ami est donc invité , comme nous le sommes, à une partie de plaisir. qui doit durer toujours. Sa chaise a été prête avant la notre , et il est parti le premier. Nous ne pourrions pas commodément partir tous ensemble. Pourquoi

36o MÉMOIRES

donc nous affliger sans mesure de son départ , puisque nous devons bientôt le suivre , et que nous savons oxl le trouver ? »

Les sentioiens généraux du docteur Franklin sur la religion étaient su}>Hmes et touchans* Il les manifesta partidulîèrement dansr sa dernièff maladie. IL croyait que d'après les décrets im^ muables de Dieu dans le-monde moral*, tous les crimes sont punis dan»Gi^tte vie ou dans l'autre, et que par conséquent une mauvaise actiçn ne peut jamais être utile en quelque cas que ce soit. Il était égalemf^nteonvaincu que toute bonne action a sa réeot}ipense. ^n proie aux souffrances d'une maladie cruMe-, il disait avec une fpr me confianee que tous les maux de cette vie ne sont qu'une légère piqûre d'épingle, en comparaison du bonheur de notre existence future. Il se réjouissait d'être sur le point ^ entrer dans le séjour de la félicité éternelle. Il parlait avec enthousiasme du bonheur de voir le glorieux pèrç des esprits, dont l'essence est incompréhensible pour l'homme le plus $age du Qionde,de voir ses œuvres dans les mondes pîUQ élevés, et d'y converser avec les hommes de bien de toutes les parties de l'uni' vers.

Quant k ses opinions particulières sur certains points religieux , on lés trouvp assez bien établies dans les deux premières Parties de ces Mémoires , et l'on peut aussi les voir dans sa Carres^ pondance^ et surtout dans sa réponse au docteur

DE B. FRANï^LIN. 36ï

StileS; qui se Irousve dans la preipièite Partie, et qui contient en peu de lignes sa profession de foi religieuse : elle fut écrite peu de temps ayant sa mort

Il prépara lui-même son épitaphe à Tâge de vingt-trois ans. Qp 1'^ vetrouvëe parmi ses papiers, avec différentes corrections, et en voici tine copie fidèle :

Nourriture pour les vers ,

Le corps de

BENMMIN FRANKLIN ,

Imprimeur,

Çofntr^^ la cf(Hv<ertuiçe ^ur\ vwux Uyf^^ ;

JPjonf lef/eiiÇlefs ,^e ^^f^ùvf.9

Dont la reliure est usée.

Mais t ouvrage ne sera pas perdi^ ;

Car il reparaùra, comme il le croit.

Dans une noupelle édition y '

- RBiiue et corrigée.

On a aussi ^fonv^ dfi^u^ ??5 pfp^ei'^ lç|^ vçrs sujvans qu'il avait faits six ans avant son décès :

L£S ADIEUX 1>£ B. EEAIT&LIN. t

Si d'un festm notre vie est rîmai^, J'y fus assis près de quatre-vingts âiîi. " '' Les meilleurs mets y flattèrent mes seÀs^,.

Je nifç trouTai oonteiit de mo^ yai^tagi^v. '.

36i * MÉMOIRES

Mais le repos mamtenant m'est permû.

Merci y mon h6te ; adieu , mea chers amis (i).

Nous donnerons maintenant un extrait du teft=tament et du codicile du docteur Franklin.

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