‹ Mémoires sur la vie et les écrits de Benjamin FranklinChapitre 25 sur 25 · ANECDOTES · texte numérisé non relu

ANECDOTES

voat ailkui^, ou restent chez eux; et si nous aviona une seconde église, un grand nombre s'y rendraient au lieu de rester chez eux ou d aller ailleurs* J'avais attaché au mur de ma maison , il y a plusieurs années , un coUmbier en bois qui ne pouvait contenir que six paires de pigeons, lies miens multipliaient autant que ceux de mes voisins, et cependant je n'en eus jamais plus de^ six paires, les vieux qui étaient les pluç forts , en chassant les jeunes et les forçant à chercher une nouvelle demeure. Enfin je plaçai à côté un non* veau colombier qui pouvait en renfermer douze autres paires , et il se trouva bientôt peuplé de jeunes habitans qui sortaient de l'ancien , et qui venaient même du voisinage. Je crois qu'il en sera de même si Ton bâtit ici une nouvelle église, »

Le docteur Franklin aimait les échecs à un tel point, qu'il lui arriva une fois à Passy d'y jouer depuis six heures du soir jusqu'au lever du soleil. Sur le point de perdre une partie, son roi ae trouvant attaqué par ce qu'on appelle un échec, et trouvant en même temps l'oçcasioii de porter un coup fatal à son adversaire s'il négligeait de défendre son roi, il fit son mouvement en con* séquence, quoique contre les règles du jeu. — a Monsieur, lui dit le Français contre lequel il jouait, vous oubliez que vous laissez votre roi en ^bee, -^ Je le vois parf^item^pt, répondit le

SUR LE DOCTEUR FRAÎW5XIN. Stjx

docteur, mais je ne le défendrai point. Si c*était un boa roi comme le vôtre» il mériterait la protection de ses sujets; mats c'est un tyran » et il leur a déjà coûté plu» quH ne vaut. — Prenez-le si Youâ le voulez , je puis m'en passer ; et si vous le trouvez bon , je combattrai en républicain pendant le reste de la partie ».

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APPENDÏX N" I.

JounNJL de mon voyage à Philadelphie y à bord du Berkshire , de Londres , capitaine Henri Clark.

Vendredi 22 juillet 1736. Nous partîmes de Londres hier dans Taprès-midi , et nous jetâmes Tancre à la hauteur de Gravesend vers onze heures du soir. Je passai la nuit à terre, et j'allai faire une promenade dans la matinée jusqu^à Windmill - Hill , d'où Ion jouit d'une vue superbe qui s'étend à vingt milles à la ronde, et domine sur plusieurs détours du fleuve où Ton voit une multitude de bâtimens le remonter ou le descendre : on aperçoit aussi le fort de Tilbury qui commande le passage, Gravesend est une ville où il fait horriblement cher à vivre. Les moyens d'existence du peuple se bornaut en quelque sorte à tromper les étrangers , si vous y achetez quelque chose, et que vous en donniez au marchand la moitié de ce qu'il vous demande , vous êtes sûr d'en payer le double de la valeur. Grâce à Dieu nous en partons demain.

a3 Juillets Nous levâmes l'ancre ce matin , e%

nous allâmes jusqu'à Margate, où notis passerons la nuit. Beaucoup de passagers sont malades.

^4 juillet. Nous arrivâmes aux Dunes, et nous mimes notre pilote à terre à Deal ; j'écris ces mots assis sur le tillae, d'où je jouis de la plus belle vue possible. On aperçoit une^uinzaine de voiles qui semblent voguer de compagnie avec nous; à gauche on voit les côtes de France à quelque distance ; à droite la ville et le château de Douvres, les montagnes couvertes de verdure et les rochers blanchâtres d'Angleterre. — Adieu, Albion.

a'] juillet. Le vent d'ouest soufflant avec force, nous nous dirigeâmes vers la terre, afin d'entrer dans quelque port. Vers midi, nous prîmes à bord un pilote que nous fournit ^ne chaloupe de pèche, et il nous conduisit dans la rade de Spithead, près Portsmouth : le capitaine, M. Denham et moi, nous rendîmes à terre, et pendant le peu de temps que nous y restâmes, je fis les observations suivantes :

Portsmouth a un très - beau port : l'entrée en est si étroite, qu'on pourrait jeter une pierre d'un fort À l'autre. Cependant l'eau y a dix brasses de profondeur, mais dans l'intérieur il y a place pour cinq cents, peut*- être même pour mille navires. La ville est bien fortifiée : elle est entourée d'un mur très-élevé et d'un fossé large et profond. On y entre par deux portes sous les- /

quelles sont des ponts levis; on y voit aussi plusieurs forts , des batteries de canon de fort cali^ bre, et divers ouvrages extérieurs dont j'ignore les noms , et que je n ai pas eu le temps d'examiner as^ez pour pouvoir les décrire* En temps de guerre, on y entiretient une garnison de dix mille hommes, mais en ce moment il ne s'y trouve guère qu'une centaine d'invalides. Quoique l'Angleterre ait actuellement en mer un si grand nombre de flottes de vaisseaux de ligne , j'en comptai dans ce port plus de trente de deuxième , troisième et quatrième rang , qui peuvent être prêts à mettre à la voile d'un instant à l'autre , tous leurs mâts et agrès étant rangés par ordre et numérotés dans des magasins. Les chantiers du roi y emploient beaucoup de monde, et en temps de paix on ne s'en occupe pas moins à construire et à radouber des navires. Gosport est situé en £sice de Portsmouth , et est presque aussi considérable s'il ne l'est davantage : mais excepté le ^ fort qui est à l'entrée du port , et quelques ouvrages extérieurs devant la principale rue de la ville , elle n est défendue que par nn mur de terre qui l'entoure, et par un fossé sans eau , de dix pieds de largeur et de profon-* deur, Portsmouth fait peu de commerce en temps de paix, et c'est la construction des vaisseaux de guerre qui en fait vivre les habitans : c'est ordinairement à Spithead que les flottes vont jeter l'ancre, et elles y sont en parfaite sûreté.

APT^ENDÏX; Sg*

.a Le peuple de, Portsmoutb conte d'étranges

Itistoires de la sévérité d'un nommé Gibson qui

. en était gouverneur du temps de la reine. On

:: montre encore un misérable cachot près de la

• porte de la ville, où pour la plus légère faute il I enfermait ses soldats jusqu'à ce qu'ils fussent à

demi morts de faim. On dit communément que, t sans une discipline sévère , il est impossible de f gouverner une soldatesque effrénée. Je. conviens

que si un commandant ne possède pas des qua-

• lités qui puissent le faire aimer des hommes qui sont sous ses ordres , il est iddispensable qu'il emploie des moyens propres à leur inspirer de la crainte; mais Alexandre et César y ces guerriers célèbres, furent mieux servis, et firent de plus grandes choses par Taide de soldats dont ils étaient aimés, qu'ils n'eussent pu en effectuer ji'ils en avaient été haïs et redoutés.

aH juillet. Nous retournâmes à bord dans la matinée. Nous mimes à la voile par un vent trèsléger qui nous conduisit à Cowe, dans File de Wigtit , et nous jetâmes l'ancre devant la ville , à environ onze heures.

a^ juillet. Le vent étant contraire, nous des* cendimes à terre, et nous nous rendîmes à New- Port, capitale de i'ile, situé à quatre milles de Cowe. Nous allâmes de là à Carisbrooke qui esit à un mille plus loin, par curiosité de voir le château dans lequel le roi Charles V fut enfermé. Nous revînmes à Cowe dans l'après-midi, et

396 ATPPEîTDIX.

nous retournâmes à bord, dans Tattente de mét« tre à la voile.

Cowe est une petite ville située sur le bord de la mer, presque en face de Southampton, sur le rivage d'Angleterre. Elle est coupée par un ruMseau qui prend sa source à un quart de mille de New-Port', et on la distingueen ville orientale et occidentale. On y voit un fort de formé ovale, avec une batterie de huit à dix canons pour protéger la route. U se trouve en cette ville un bureau de poste, une douane et une église suc-' cursale : le port en est bon , et les vaisseaux y sont à l'abri des vents de lest et de l'ouest.

Je passai toute la journée assez agréablement à jouer aux dames : c'est un jeu que j'aime beaucoup, mais il exige qu'on ait la tête saine et fraîche ; si Ton veut bien jouer, il ne faut pas même trop songer à ce que l'on peut perdre ou gagner; cela partage Tattention et expose à &ire de faux mouvemens ; j'oserais même établir comme une règle infaillible , que si deux joueurs de même force risquent une somme considérable , celui qui est le plus attaché à l'argent perdra ^a partie, parce que son trop grafad désir de la gagner l'entraînera dans des fautes. U faut presque le même courage pour bien conduire son jeu que pour une bataille véritable; car , si un joueur s'imagine que son adversaire est beaucoup plus fort que lui, il mettra toute son attention

APPEÎÎDIX. 397

j^ se teair sur la défensive , et lie profitera, pas 4es occasions d'attaquer atec avantage.

Ifew-Port est située dans un fond ; mais elle présente une assez belle vue du haut des montagnes <]ui lenvironpent ; les maisons y sont entremêlées d'arbres plantés avec goût , et un clocher gothique qui s'élève au niilîeu de la ville» pe contribue pas peu à son ornement. Je ne sais quel nom porte l'église : il y a aussi un beau marché pavé en pierres carrées., et paré de onze arches ; on y vpit plusieurs belles vues , des mai* sons ; bien bâties, et des boutiques garnies de tpute espèce de marchandises; mais je crois que lïew-Pprtest surtout remarquable par ses bonnes huîtres ; elles passent pour les meilleures de toute l'Angleterre , et cette ville en fournit Londres , où elles sont fprt estimées, et beaucoup d'autres endroits. On m'a assuré que les marchands d'huîtres de New-Port vont leij peclier ailleurs., qu'ils les placent enjits ver# l'embouchure du Qeuve.dpnt Teau paraît avoir la propriété de les engraisser, et quai^d elles y. ont rc^té un .certain temps^ ils les y, reprennent povtr les mettre en vente.

Nous vîmes à Carisbrooke une ancienne église qui a été autrefpis un prieuré, et qui est la première ou la mère église de toute Tîle. C'est un élégant édifi:ce,^de style gothique, flanqué d'une tour très-élevée,. et qui est encore vénérable dans son état de ruines. On y trouve plusieurs monu-

SgS AP1>ENDIX.

mens antiques, mais ils sont d'une pierre si friable , qu il ne s y trouve plus aucune inscription qu'on puisse lire. En sortant de cette église y nous traversâmes le petit ruisseau qui donne son nom à ce village ; et ayant pris un jeune garçon pour guide ^ nous gravîmes une montagne fort escarpée en suivant des sentiers étroits et tortueux qui nous conduisirent à la porte du château. Le fossé qui Tentoure est maintenant presque entièrement comblé tâût par les ruines des vieux murs qui se sont écroulés, que par la terre que les pluies y entraînent des montagnes voisines ; nous le traversâmes sur deux arches construites en briques, où il existait sans doute autrefois un pontlevis. Une vieille femme iqui y demeure, voyant des étrangers, nous offrit de nous en faire voir les appartemens , ce que nous acceptâmes : elle nous informa que ce château avait long «temps été habité par les gouverneurs de l'ilé. Les appartemens, qui sont grands et beaux , et dont les plafonds sont en voûte, en étaient bien meublés, et chaque gouverneur arrivant payait ràméuhlement à son prédécesseur; mais le dernier gouverneur, Cadogan, ne voulut pas le payer au général Webb qu'il venait remplacer, et en conséquence celuic*i n'y laissa* q[ue les nmrs. La plupart des planchers sont- en plâtre de Paris; mais notre conductrice nous dit qu'on avait'perdu Fart dé le travailler. ^ .

Cq château e8tl>àti sur une montagne haute et escarpée. On voit les restes du fossé qui l'entourait» Ijes murs en sont épais et paraissent solidement construits. Il a dû être très-fort autrefois , au moins avant Finvention du canon. Il se trouve dans les murs beaucoup de brèches qu'on ne ré-* pare jamais, et le lierre en couvre partout les ruines. Il se divise ^1 château inférieur et super rieur. Ce dernier, entouré par l'autre , est situé sur uja promontoire où vous montez par un escalier d'enviroii cent marches en pierre. C'était un^ retraite ménagée pour s'y retirer, en cas de prise du château inférieur. C'est la partie la moins ruinée , si on. en eicepte l'escalier , dont les de* grés sont brisés, et dans un tel état de délabrement, que j'avais presque peur d'en descendre, lorsque je fus parvenu au haut ; car il est fort étroit et sans garide^^fou. Du haut de cette partie du château^ on doosiine sur presque toute l'ile; on voit d'un côté la mer, de l'autre.,, à quelque distance, la route de Çowe; e\ la .ville, de New- Port semblent sous vos pieds. Axi milieu se trouve un puits qu'on appelle le puits sans fond a càtia? de sa grande profondeur; mais il est maintenant à demi rempli de pierres et de décombres. Cé« pendant y ayant jeté une pierre , nous fûmes eur eore le quart d'une minute avant .de r^^^tendje tomber. Un autre puits situé dans le château in^ferieur, fournit de Te^u à ceuï qui L'habitent, et iï a trente brassôsde profondeurr On en tire l'eau

Digilized by LjOOQ IC

4oô APPENCIX.

par le moyen d une roue qui fait mouvoir nri seau de la grandeur d'un tonneau. Si Ton parle

" en baissant la tête dans son ouverture, la voix retentit fortement , et le son d'une flûte y est répété comme par un écho. Il n'y & que sept pièces de canons sur les murailles , encore ne sont-elles pas en très-bon état. Un vieillard , qui est canonnier et concierge du château , a en sa possession six fusils dont l'un n'a pas de x^ien. Ils sont suspendus au mur d'un appartement fesant partie d'une maison près de la porte du château , et dans laquelle il vend de la bière. Il nous dit que ce château avait été construit, il y a iao3 ans par Whitgert , Saxon qui avait fait la conquête de l'île , et qu'il avait porté le nom de Whitgerts^ bourg pendant plusieurs siècles. On a laissé tom« ber entièrement en ruines le logement qu'y occupa le roi Charles pendant son emprisonne « ment; il n'en reste absolument que les gros murs. L'île a environ 60 milles de circonférence :

elle est fertile, et produit du blé et d'autres den^ rées. La laine y est aussi belle qu'à Cotsv^ood. Sa milice a la réputation de valoir des troupes ré-> glées et d'être la mieux disciplinée de toute l'Angleterre. Le gouvernement de cette île fut confié sous le roi Guillaume à **'*'*. On reconnut à sa mort qu'il était aussi profond scélérat que

) grand politique. Les crimes les plus exécrables ne lui coûtaient rien pour parvenir à réexécution de ses projets ^ mjais il avait, l'art de les «touvriv

^PPENDIX: 4or

d'un voile si épais , et de si bien les cacher à la ' connaissance de presque tout le monde, que, pendant sa vie, il passait presque pour un saint. Ce qui me surprit, ce fut que le vieux concierge du château connût si bien le caractère de cet ancien gouverneur. Mais je crois impossible qn'unk< homme , eût-il toute l'astuce des esprits infernaux , puisse vivre et mourir eu scélérat, et emporter au tombeau une réputation d'honnêteté. Quelque accident fera toujours tombeîrle masque dont il s'était couvert. La vérité , la probité , ont un éclat naturel qui ne peut se contrefaire ; elles sont comjne la flamme et le feu, qu'on ne peut couvrir d'aucune peinture.

Ce château fut réparé et embelli par la reine Elisabeth ;«lle le fit fortifier d'un parapet autour des murs, et l'on y voit encore cette inscriptioa en un ou deux endroits : .

3o juillet. Ce matin, vers huit heures, nous, levâmes l'ancre , et nous avançâmes jusiqu'à Yarmouth , autre petite ville de cette île. Le vent d'ouest nous devenant encore contraire , lious fumes obligés d'y mouiller. Yarmouth est moins considérable que Gowe; mais les bâtimens en étant plus beaux , cette ville offre de loin un

MEMOIRES. Il, 26

4oa APPENDIX.

aspect plus prévenant. Les rues en sont très^pro* près. Il se trouve dans l'église un monument dont les habitans se font gloire. Il fut érigé à la mémoire de sir Robert Holmes^ ancien gouverneur de rîle. Une statue , de grandeur plus que naturelle , le représente armé , debout sur son tombeau , tenant en main le bâton de coin mandement, entre deux colonnes de porphyre. Le marbre en est fort beau. On dit que le roi de Francç le destinait pour son palais de Versailles. Un accident l'ayant jeté dans cette île , sir Robert le fit travailler lui^^méme pendant sa vie, et le monument fut entièrement terminé avant sa mort; mais il ne fut mis en place qu'après son décès. Il porte une inscription où les louanges ne sont pas épargnées , et qu'on dit qu'il coiti^ posa lui-même. On serait tenté de croire ou qu'il n'avait aucun défaut, ou quil avait bien mau-« vaise opinion des hommes , puisqu'il prenait lui-même le soin de s'iélever un monument pour transmettre à la postérité le souvenir de ses bonnes actions.

Après avoir visité l'église, la ville et le fort où il se trouvait sept pièces de canon d'un fort calibre, j'avançai dans l'île avec deux de mes compagnons de voyage ; nous tournâmes une crique qui commence à l'un des bouts de la ville , et nous allâmes à l'église de Freshwater de l'autre côté de la crique. Y étant restés quelque temps, Tobscuri té survint, et mes compagnons songèrent

au r(!taur , de peur que ceux que nous avions laissés dans la ville s'amuser à boire , après j ftYoirdiné, ne partissent sans nous pour rega^ gner le vaisseau. On nous avait dit que le plus court chemin était d'avancer jusqu'à Tetiibou* ehure de la crique , et que nous y trouve* rions un batelier qui nous conduirait à la ville qui est située sur l'autre bord. Mais* quand nous y arrivâmes 5 le paresseux était couché , et il nous fut'impossible de le déterminer à se ^ever. Nous retournâmes au bord de l'eau ^ dans le dessein dé prendre sa barque ^ et de £siire nous^-mémes lâ traversée. Nous trouvâmes un obstacle à ce projet : elle était attachée à un poteau > et la marée s*était avancée à environ cinquante pas au-delà. Je me déshabillai pour l'aller détacher; mais je m^écar^' tai de la chaussée qui était couverte d'eau , et je tn'enlonçai dans la bourbe presque jusqu'à là t^einture. Enfin j'arrivai au poteau , et je ne fus pas peu contrarié eu voyant que la barque j était attachée par une chaîne fermée d*un cadenas.

J'essayai tour à tour d'arracher la chaîne avec le tnanche d'utie rame ^ et de déraciner le pbteau ; mais mes etforti» lurent inutiles , et après m'étre fatigué près d'une heure dans l'eau et dans la boue, je fus obligé de rejoindre mes conipa* gnons sans avoir réussi. Nous n'avions pas d'argent en poche , et nous nous décidâmes à passet la nuit sous quelque meuledè foin , quoique le Vent fut très-piquante Un de mes camarades se

4o.-i APPENDIX.

souvint en ce moment qu'il avait dans sa poche un fer de cheval qu'il avait ramassé pendant notre promenade ^ et me demanda si je ne pourrais m'en servir pour détacher le cadenas". Je retournai au poteau, j'essayai^ je réussis, et je ramenai la barque. Nous y entrâmes tous trois avec joie, et dès que j'eus remis mes habits, nous prîmes le large. Mais nous n étions pas encore à la fin de nos embarras. La marée étant haute et couvrant tous les bancs , nous ne pouvions, quoiqu'il fit clair de lune, distinguer la route que nous devions suivre daqs la crique , de manière que ramant au hasard en ligne droite, lorsque nous fûmes à peu près à mi-chemin , nous nous trouvâmes arrêtés dur un banc de boue. Nous essayâmes de nous dégager en y enfonçant nos rames; mais nous en rompîmes une , et il lie nous restait pas quïi.tre pieds d'eau. Quel parti prendre ? Nous ne savions si la marée montait ou descendait : il était.dur de passer toute la nuit dans une barque découverte, ea:posés au vent et aux injures du temps, et il n'était pas moios fâcheux de songer à la. sotte figure que nous ferions le lendemain au toatin quand le propriétaire de la barque lïous surprendrait dans cette situation où nous ne pouvions manquer d'être vus de toute la ville. Après nouS; éti^C; épuisés en efforts inutiles pendant plus. d'une demi-heure, nous y renonçâmes, et npus nqus assîmes dans la barque, les bras croisés. Nqus Qi^poi|vions espé-

APPENDIX. 4o?

rer d abandonner la barque à la marée basse pour regagner le rivage; la profondeur de la boue y mettait un obstacle insurmontable. Enfin à force de rêver aux moyens de nous tirer d'affaire, deux de nous se deshabillèrent et se jetèrent à Teau. Tirant alors la barque qui était devenue plus légère, nous nous trouvâmes en pleine eau à une distance de cinquante pas. Mais il ne nous restait qu'une rame, et ce ne fut pas sans peine que nous atteignîmes l'autre rive. Enfin nous abordâmes près du fort, et ayant attaché la barque, nous nous rendîmes à l'auberge où nous trou-' vâmes nos compagnons qui nous attendaient encore. La chaloupe étant retournée au vaisseau , nous fûmes obligés de coucher à terre, et ainsi se termina notre promenade.

3i juillet. Ce matin, le vent étant plus favorable , notre pilote résolut de profiter de la mariée pour mettre à la voile , et nous envoya la chaloupe en nous pressant de retourner k bord.

Mais à peine y étions-nous arrivés, qu'il s'éleva un vent d'ouest très-violent, e( bien loin de pouvoir avancer, nous fûmes obligés de retourner à Cowe, pour y être plus çn sûreté.

3 août. Le vent étant toujours contraire, nous passâmes à terre le i" et le 2 août. Le 3 on nous avertit de retourner à bord , et l'on nous laissa à peine le temps de dîner. Nous mimes encore à la voile pour Yarmouth; mais à mi-chemin, nous rencontrâmes un bâtiment qui avait des

4o6 APPENDI3t.

marchandises pour nous, et nous retournâmes mouiller une troisième fois à Cowe pour en ûiire lé chargement.

5 {wût. Le vent passa au nord-estdanslamatinée^ et nous levâmes l'anere vers midi. Pendant jcette journée et plusieurs autres nous eûmes des^^lterna'^ tives de calme et de vent plus ou moins favorable.

19 aoiâi. On se plaignit qu'un M. G — n , pas^ sager , avait marqué des cartes , dans le dessein de tromper. On luifitsubir unjugem^itenlbrme.

Un Hollandais, qui ne savait pas un mot d'anglais^ déposa,, par le moyen d'yn interprète, qu'il avait vu laccusé à Covre faire des marques sur le der« rière de tout un jeu de cartes avec une plume.

J'ai plus d'une fois remarqué que nous sommes assez portés à supposer qu'un homme qui ne peut s'expliquer intelligiblement pour nous est dépourvu d'intelligence : quand nous adressons deux ou trois mots d'anglais à un étranger^ nous élevons la voix plus qu'à l'ordinaire , comme si nous pensions qu'il fût sourd y et qu'il n'eût pas les organes de l'ouïe meilleures que ceux de la parole. M. 6. ... n avait sans doute eu quelques idées semblables; \l s'était probablement imaginé que le Hollandais ne pourrait pas plus voir ce qu'il fesait, qu'entendre ce qu'il disait; et c'est pourquoi il ne se gêna point pour faire devant lui ses préparatifs de fraude.

Le témoignage était clair et positif : l'accusé ne pouvait nier le£»it^ mais il allégua; pour sa dé^

fense, que les cartes qu'il avait mariquées n'étaient pa8 celles dont on se servait ordinairement pour jouer^ et que c'était un jeu incomplet qu'il avait ensjuite donné à un mousse. Le procureur-général fit observer à la cour qu'il n'était pas vrai* semblable que l'accusé se fui donné la peine de marquer des cartes , sans mauvais dessein ^ sans autre intention que dé les donner à un enfant qui ne les connaissait même pas. Enfin un autre témoin déclara qU'il avait vu l'accusé marquer d'autres cartes /à bord du bâtiment , en y impri* mant la marque d'un pouce sale, en y donnant un coup d'ongle, etc. Or, comme il n'en existait que deux jeux à bord , et qu'il avouait en avoir marqué un, le jury le déclara coupable, et la cour le condamna à être attaché au mât de hune , à y rester exposé trois heures à la vue de tout, .l'équipage , et à payer une amende de deux bouteilles d'eau-de-vie. L'accusé résistant à l'autorité^ et refusant de se soumettre au châtiment prononcé contre lui , un matelot monta sur un mât, en descendit une corde qu'on lui attacha au mi*lieu du corps, et on l'enleva aiusi en l'air où on le laissa suspendu un quart-d'heure malgré ses cris et'ses juremens. Enfin , comme on vit sa figure se noircir, la corde étant trop serrée, on le délivra; mais on résolut que personne ne jouerait, ne mangerait, ne boirait avec lui, ni ne lui parlerait, avant qu'il eût payé son amende.

31 août. Va petit oiseau vint à bord. Il sem-

4o8 / , APPENDIX.

Liait fatigué à périr , et se laissa prençlre à la main. Nous sommes à près de deux cents lieues de la terre , et il n'y a nul doute que ce malheureux voyageur n'eût grand besoin d'un peu de repos. Il est probable qu'il avait été jeté en pleine mer par un ouragan , et qu'il n'avait pu retrouver son chemin. Nous le reçûmes avec hospitalité ; nous lui offrîmes à boire et à manger , mais il refusa l'un et l'autre.

â5 août. Notre excommunié jugea à propos de se soumettre au jugement rendu contre lui. Il annonça ce matin Tintention où il était de payer l'amende à laquelle il avait été condamné; en conséquence nous l'admîmes de nouveau dans^ notre société L'homme est naturellement un être sociable, et le châtiment le plus rigoureux est à mon avis celui d'être forcé de vivre dans l'isolement. J'ai lu force belles choses sur la solitude; je sais que bien des gens qui ont la prétention de passer pour' sages, se vantent de nêtre jamais moins seuls que lorsqu'ils sont seuls. Pour moi , je reconnais que la solitude est un délassement agréable pour un homme très-occupé; mais si Ion obligeait ces çtres pensans à rester toujours seuls, je suis très-porté à croire qu'ils ne tarderaient pas à se devenir insupportables à eux-mêmes. On m'a cité un homme qui fut enfermé pendant sept ans au secret à la Bastille, à Paris. C'était un homme d'esprit , un homme pensant; mais se trouvant privé de toute conversation, à quoi bon

APPENDIX. 4og

anrait-il pensé , puisqu'on lui refusait même les moyens d'exprimer ses pensées par écrit ? Il n'existe aubun fardeau si pesant pour l'homme que le temps quand il ne sait comment l'employer. Voici la ressource à laquelle il eut enfin recours : il répandait tous les jours sur le plan* cher de sa prison une grande quantité de petits morceaux de papier; il s'occupait ensuite à les ramasser , et à les arranger de manière à en former divers dessins. Lorsqu'il fut remis en liberté, il disait souvent à ses amis qu'il croyait véritablement que s'il n'eût imaginé ce genre d'occu^ pation , il aurait perdu l'esprit. Un ancien philosophe, Platon , je crois, disait qu'il préférerait devenir l'être le plus stupide de toute la nature, plutôt que de posséder toutes les connaissances du monde sans avoir personne à qui il pût les communiquer.

Ce que je viens de dire peut servir à justifier en quelque sorte la manière dont je vis à bord. Notre compagnie y est trop mélangée pour que le plaisir de la conversation puisse y durer longtemps. S'il s'y trouve trois ou quatre personnes en état de causer agréablement ensemble une demi-heure, elles ne sont pas toujours en même temps en humeur de le faire. Je me lèye de bon matin , je lis une heure ou deux ; tnàis la lecture finit par m'ennuyer. Le défaut d'exercice fait naître le défaut d'appétit, de manière que je bois et mange sans plaisir. Le jeu de dames me

4to APPENDIJt.

fatigue, el jat recours aux carte3. Il n^existe pa» de jeu puéril et insignifiant dont nous ne nous occbpions pour passer le temps. Un vent contraire nous met tous de mauvaise humeur. Nous devenons réservés , taciturnes , grondeurs , et nous nous querellons à la moindre occasion. Çest une opinion reçue parmi les dames » que si un homme a un mauvais caractère, il le découvre infailliblement quand il a un peu trop bu* Mais moi, qui ai vu bien des exemples du contraire, je puis leur donner un moyen beaucoup plus sûr pour connaître les dispositions de leurs humbles serviteurs. Qu'elles fassent avec eux un voyage de long cours par mer : s'ils ont dans le caractère la moindre nuance d aigreur, et qu'ils ne la laissent pas percer avant leur débarquement, je renoiuce à toute prétention aux bonnes gi:âces de la beautér a septembre. he\eni3iYaLit été contraire pendant plusieurs jours. Il changea dans la matinée, et devint plus favorable. Nous prîmes deux dauphins qu'oïl fit cuire pour notre dînçr. Le goût en est assez bon. Ces poissons sont revêtus de charmantes couleurs tant qu'ils sont dans la mer , leur corps étant d'un vert brillant mêlé d'un blanc argentin, et leur queue d'un jaune doré^ mais elles s'évanouissent dès qu'on les tire dfs leur élément, et elles se changent en^ris clair. Je remarquai qu'en coupant un dauphin en morceaux, à l'instant même où il vient d'être pris, et avant qu'il. soit mort, chaque tronçon qoa-

APPENDIX. 4u

serre ses couleurs primitives. On reconnaît ici Terreur commune des peintres qui représentent toujours ce poisson avec un dos monstrueuse^ ment courbé et difforme, tandis qu'il est vérita-^ blement aussi bien conformé qu'aucun de ceux qui nagent dans les eaux- Je ne sais quel peut Être l'original de leur chimère, car il n'existe pas dans la nature une créature semblable à leur dauphin. Peut-être ont-ils commencé par une mauvaise imitation d'un poisson qui va sauter » et ils n ont ensuite consulté que leur imagina<r tion pour en faire un monstre bossu, avec une tête et des yeux de taureau ^ un groin de co* chon , et une queue comme une tulipe épanouie* IjCs marins m'en donnèrent une autre raison qui me parut fort bizarre, c'est que ce beau poisson vivant dans de$ mers très-éloignées , les peintres en ont volontairement défiguré la représentation, de peur que les femmes enceintes n'eussent envie de ce qu'il serait inxpossible de se procurer. ^Septembre. Nous prîmes dans l'après-midi quatre gros dauphins, lun avec le harpon, et les trois autres à la ligue. L'amorce était une chandelle , dans laquelle on enfonçait deux plumes pour leur donner quelque ressemblance avec le poisson volant dont les dauphins sont fort avides. Â peine était -elle tombée dans la mer qu'ils l'avalèrent. Lorsqu'on les ouvrit , ou trouva dans l'estomac de l'un dVux un petit dauphin à demi digéré. 11 fallait qu'ils fussent bien affa-^

4i» APPENDIX.

mes , ou naturellement sauvages , pour dévorer

ainsi leur propre espèce. Trois d'entre eux suf- 1 firent le lendemain pour le dîner de tout l'équipage , composé de vingt et une personnes.

\ 4 septembre. Cet après-midi , vers deux heures, comme nous jouions aux dames sur le tillac, nous fûmes surpris par une obscurité extraordinaire. Le soleil n était pourtant couvert que d'un petit nuage. Lorsqu'il fut passé, nous vîmes que c'était une éclipse considérable. Nous craignîmes même qu'elle ne fût totale : les lo douzièmes du disque de ce bel astre étaient obscurcis.

i6 septembre. Depuis le 9 nous n'avons eu que . des calmes et des vents contraires. Nous vîmes ce matin un oiseau du tropique qui vola plusieurs fois autour du vaisseau. Son plumage est blanc; il a les ailes fort courtes; l'on n'aperçoit qu'une plume à sa queue, et son vol n'est pas très-rapide. Nous sommes à environ moitié de notre voyage, nous trouvant sous le 38' degré et quelques minutes de latitude. On dit que ces oiseaux ne se trouvent jamais au nord au-delà du 40' degré.

i8 septembre. Nous avons eu toute cette journée le plus beau temps possible, accompagné de ce qui vaut encore mieux, un vent favorable.

Chacun a mis du linge blanc, et montre la meilleure humeur. Fasse le ciel que le même vent continue ! Nous avons été tellement contrariés par les vents de l'ouest, que les mo\s gouverner contre

APPENDIX. 4r3

vent nous sont devenus aussi désagréables à entendre que la sentence d'un juge Test à un accusé convaincu.

20 septembre. Le vent est retourné à Fouest, et Ton nous a réduits à une ration de deux biscuits et demi par jour.

31 septembre. Ce matin Tintendant du bâtiment reçut le châtiment du fouet pour avoir inutilement employé de la farine à faire des pud- ^ -dingSf et pour d autres fautes. Nous. eûmes toute la journée un calme complet et une grande chaleur. J avais résolu de me baigner dans la mer^ mais la vue d'un^ requin, mortel ennemi des nageurs , me fit chahger d'avis. Il paraissait avoir environ cinq pieds de longueur, et il nageait au- ^tour du vaisseau à quelque distance, avec une lenteur majestueuse. Il était accompagné d'une douzaine de ces poissons qu'on nomme poissons pilotes, de différentes grosseurs. Le. plus gros n'avait pas la taille d'un petit maquereau, et le ,plùs petit n'excédait pas celle de mon petit doigt. Deux d'entre eux étaient placés immédiatement devant lui, et semblaient dirigerv^es mouvemens. Les autres lentouraient indifféremment de chaque côté. Jamais on ne voit un requin sans eux; ils sont comme ses pourvoyeurs, chargés de découvrir sa proie et de le conduire vers elle. Aussi les défend-il contre les attaques du dauphin affamé. On regarde le requin comme un poisson vorace. Celui ci ne voulut pourtant pas mordre à l'ha-

4i4 app£NDi:l

meçon que nous lui jetâmes. Probablement il avait &it depuis peu un bon repas.

123 septembre. Nous découvrîmes ce matin une yoile à environ deux lieues de nous sous le vent. Nous arborâmes notre pavillon , et oar|[uâtne6 nos voiles jusqu'à midi qu'elle nous rejoignit. C'était k Sno<Vj venant de Bublin ^ et conduisant à New^ York une cinquantaine d'ouvriers à gag^s, des deux sexes. Ils étaient tous rassemblés sur le tiU lac et paraissaient enchantés de nous voir, La ren* contre d'un vaisseau en mer a quelque chose de véf'itablement satisfesant« On aime k retrouver des créatures de son espèce , après avoir été si long-temps séparé du reste des humains^ sans voir d'autres êtres vivons que des poissons et quelques oiseaux. Les deu:i^ capitaines se pro« mirent de voguer de compagnie ; mais je regande cette promesse comme une afiaire de pure poli-^ tesse^ car si l'un des deux bâtimens est meilleur voilier que l'autre, je ne crois pas qu'il retarde sa marche pour l'attendre. Je trouve mes compa<» gnons de meilleure humeur^ et plus satisfaits de leur situation qu'ils ne l'avaient été depuis leur départ. J'attribue ce changement à la comparaison qu'ils fout de l'état misérable des passagers qui se trouvent sur l'autre bâtiment,. où ils sont entassés et comme étouffés sous une latitude si t;haude. Nous sommes auprès d'eux dans une espèce de paradis.

:24 septembre. Noua eûmes la dernière nuit

APPENDIX. 4i5

beaucoup de vent et un temps fort couvert, ce qui nous sépara du Snow. Dan» la matinée, nous aperçûmes un bâtiment qui avait le vent sur nous, et nous en découvrîmes un second peu après; mais nous vifaoes que ni Tun ni lautre ne pouvait être le Srun^. Le premier continua sa route sans faire attention à nous, et l'autre ayant »ur nous 1 avantaf[e du vent , fit force de voiles, comme s'il eût voulu nous joindre. Nous fumes très-surpris de le voir s'approcher ainsi , et nous ne savions qu'en penser, car d'après sa marche il . ne semblait se diriger sur aucun port , et paraissait annoncer l'intention de nous aborder sur-lechamp. Je voyais toutes les figures de notre équipage Rallonger, mais la^rénité y reparut bientôt en le voyant' s'éloigner. Lorsque nous arborâmes notre pavillon , il y répondit en arborant celui de France, et nous ne tardâmes pas k le perdre de vue. Le second vogua non loin de nous pendant une demi-heure« et nous fit voir les couleurs anglaises ; mais nous fûmes toujours trop loin de ces deux navires pour pouvoir leur parler. Yenâ neuf heures, nous revîmes le Snowy qui avait beaucoup d'avance sur nous : il avait fait voile toute la nuit , au lieu que nous avions cargué notre maîtresse voile, ^ cause du gros temps. Il eut la politesse de retarder sa course pour nous attendre, et nous fesons maintenant route de compagnie par le plus beau temps.

25 septembre, La nuit dernière, nous prîmes

4i6 APPENDIX.

l'avance à notre tour ; nous perdîmes encore de vue le Snoiv qui ne nous rejoignit que vers midi ; nous convînmes d'allumer un fanal pendant la nuit, afin de ne plus nous séparer. I^e vent est favorable , et nous avons fait plus de chemin pendant les dernières vingt^quatre heu* res qu'en aucun jour de notre passage : nous ne parlons que de Philadelphie, et nous com mençons déjà à nous croire sur le rivage. Cependant un changement de temps , et le vent retournant à Pouest suffiraient pour nous désespérer et pour faire évanouir notre bonne humeur. -

28 septembre. Nous eûmes la nuit dernière une pluie affreuse , et le vent est retourné à louest : il faut supporter ce malheur avec patience. Dans laprès-midi , nous recueillîpies plusieurs branches d'herbe marine dont la mer est couverte , depuis les îles de l'ouest jusqu'aux côtes d'Amérique. Une de ces branches avait quelque chose de particulier , de même que les autres ; sa feuille avait environ trois quarts de pouce de longueur , et était dentelée comme une scie,. et elle portait une espèce de petit fruit' jaune qui ne. contenait que de Tair; mais elle était encore chargée d'un autre fruit du genre animal, très -surprenant à voir. C'était un petit poijsson à coquille en forme de cœur, et la tige par laquelle il était attaché ^ la branche était cartilagineuse : sur cette seulef branche on voyait environ quarante de ces animaux yégétans; les

plus petits, qui étaient vers le bout, contenaient une substance à peu près semblable à celle d'une huhre, mais les plus'grands étaient visiblement animés : on les Voyait ouvrir leurs écailles à chaque instant , et en. faire sortir des bras à peu près comme ceux d'une écrevisse, mais encore mal formés : la partie intérieure était encore gélatineuse. En examinant cette branche de plus près, j'y découvris un petit crabe, gros comme la tête d'un moyen clou, et de couleur jaunâtre comme la branche même ; cela me donna lieu de penser qu'il était né sur cette branche , qu'il avait été peu dejtemps auparavant dans le même état que les petits embryons que nous y voyions; que c'était le mode de leur génération , et que ces fruits animés de singulière espèce, étaient destinés à devenir aussi de petits crabes avec le temps. Pour vérifier cette conjecture , je résolus de conserver cette branch^dans de l'eau de mer en la renouvelant tous les jours jusqu'à notre arrivée , et de voir par cette expérience si elle produirait d'autres crabes. Je me souviens que pendant le dernier calme que nous éprouvâmes^ nous vîmes à la surface de l'eau un gros crabe qui allait d'une branche de ces herbes à l'autre, et qui semblait y trouver sa nourriture : je me ' rappelle aussi qu'à Boston, dans la Nouvelle-Angleterre, j'ai^souvent Vu de petits crabes portant des coquilles sur le dos comme des limaçons j j'en ai vu aussi à Portsmouth en Angleterre : il MÉMOIRES. II. ay

4i8 APPENDIX.

est probable que la ualare leur a fourni cette écaille pour les préserver de tout accident, jus« qu'à ce que celle qui doit les revêtir soit suffi*samment durcie; alors il» quittent leur vieille liabitatien, et se confient à la nouvelle armure qu ils ont acquise. Les divers chan^emens qu'éprouvent ks vers k soie, les papillons et d'antres insectes, rendent ces niétaniorpboses Traisemblables.

^9 septembm. En vidant leau dans laquelle j'avais mis hier ma branche , j'y trouvai un second crabe, beaucoup plus petit que le premier, et qui paraissait avoir quitté à l'instant son babi** tation ; mais la branche commence à se flétrir , et il est évident que tous les autres embryon» sont morts. Ce nouveau venu acbève de me con-* vaincre que telle est au moins la généradon de cette sorte de crabes. Le capitaine du Snoçu est venu aujourd'hui diner à bord. Peu ou point de vent.

5o septembre. J'ai passé une partie de la nuit dernière à observer une éclipse de lune qui^ d'après le calendrier <>a}cn1é pour Londres, de^ vait y être visible à cinq heures du matin : elle a commencé ici le ^9 à environ onee heures du soir , et a duré jusqu'à près de deux heures du matin ; le disque de la lune à été obscurci d'environ six doigts, où ^e sa moitié : le milieu de Pédipse était vers minuit et demi. Il en résulte que nous sommes sous un méridien en

APPENDÎX. ^tg

avance d'environ qliaire heutes et demi sni* celui ' de Londres, e'e»t-à-<dire sous le 9oixante->âeptièmë degré et demi de longitude : en conséquence nous n'avons plus qu'environ ceiit lieues à faire/ C'est la deuxième éclipse que nous avonè vue en quinze jours. / ^^

J'ai encore ramassé quelques branches d'hefr*» bes marines ; j y ai trouvé de petits fruits animés semblables à ceux que j'avais déjà ohsetvés, et ff ati remarqué trois petits crabes vivans bien con« formés. Aucun d'eux n'était aussi grand que l'ongle de mon petit doigt. L'un d'eu^ avait quelque chose dé très-remarquable,"ITn petit morceau dé la coquille blanchâtre qui le couvrait dans soti état d'embiyon était resté attaché à son écaille ÉùT son dos ; ce qui me confirme encore dans mon opinion sur le mode de leur génération. Tai mis ce crabe avec un morceau de la branche dans une fiole de verre remplie d'eau de mer , à défaut d'espritde-vin, pour tâcher de conserver cette curiosité jusqu'à mon débarquement.

1*' octobre. Le SnoiP, qui marche infiniment mieux que nous^ a pris cette nuit une telle avance que nous ne Tapercevons plus ; et il est probable que nous ne le rejoindrons point.

4 octobre. Nous primés un dauphin la nuit dernière , et ce matin nous avons trouvé un poisson volant mort sur le pOnt. Il est de la grandeur d'un petit maquereau. H à la tête allongée, une petite bouebé , et uïxé qtieue fourchue comme.

4ao APPENDIX.

telle d*un dauphinf. Son dos et ses cotés sont d'un bleil foQcé^ sa queue jaunâtre , son centre blanc; il a la peau fort épaisse ; ses ailes sont des espèces de nageoires j et leur longueur eàt d'environ une palme. Quand elles sont serrées contre son corps, elles s'étendent à partir d'un pouce au-dessous de sies ouïes, jusqu'à un pouce au-dessus de sa queue. Quand il vole, c^est en ligne droite, car il ne tourne pas facileni.ent. Il s'élève de quatre i six pieds âu-dessus de l'eau, et ne peut en parcourir plus de cent cinquante sans y retomber, parce qu'il ne peut se sQuteiiir en l'air qu'autant que ses ailes sont mouillées. Ces poissons volans sont la proie ordinaire du dauphin , qui est leur ennemi mortel. Quand il les poursuit^ ils prennent leur vol j mais il les suit sous l'eau , et les avale dès qu'ils y retombent. Ils volent, sou vent plusieurs de coiinpagnie, trois, quatre quelquefois même une dçuzaine. Il est rare qu'on prenne un dauphin, sans qu'op lui en trouve plusieurs dans Featomac. Nous attachâmes ce poisson volant à un hameçon, mais les dauphins eurent -l'^t de s'en emparer sans s'y prendre, et ils ne voulurent mordre à aucun autre appât. Nous réussîmes pourtant à en harponner trois, ce qui est pour Téquipageun grand régal. Nous vîmes dans l'après-midi un grand nombre de petites baleines^ d'une espèce qui .ne , s'éloigne guère des cotes; mais nous eûmes, dans la soirée une preuve plus certaine de leur vqisinage , par la

APPENmit. 42*

visite d'un petit oiseau fatigue , ressemblant à une alouette, qui vint se reposer sur le vaisseau, et qui était bien certaineihent américainv: * - 5 octobre. Ce matin nôU« vîmes un hérôiV ^i avait passé la nmt à bord. C'est Mkn oiseau à Ibng cou, à ldtigue& jambes, et ii'ayàii%, à ee qu'oivdit, qu'un bttyau. Il vit de poisson , et il a^alièra ^b^U quefois jusqu'à trois fois une anguille tdute vi«. vante, avant qu'elle reste dans son corps: {i»^ veut est retourné à l'ouest. La ration' d'eau viéiit*>d^éire diminuëè." 'V /vji.io'^-. .i.-/L !«»<''. m-

7 octobre. Hier soir à rrtftff hetifes^, il fl*4lfeV» un> bon vent/ d© •nord-es;t^iii|uipf->iious fit fiiaflrbhe» toute la nuit, à raison de sept milles p»r4ietÉre. Nous eipéfions Voir laaei^ex^e matin ; tisâi^ ^le he parait pas. L'eau y qaë QOUB:avibna ci»n>d»angée^ e8tnibinienantrbleueiiK>tn.mele fisirfiàœent;' Tous :noi&i«ateu{s se trouercditlâtuk dèpûiif qml*c]ue& joutfe/Ciepeisulantlii^itfapitaine dit qùexl'apr^A s»n oj>ô}ion» nous sdniiàbsriaicore àoenftAietièà de ' teife; < Quant à mov Je *nit )sais qù'en^j^opser.» Nous avdfia^rès<»l)iën ino&Qbé'tduté la j^mmép,: et mfitt»^n«ttt«qu'il faitii^fiil^^pnbuis ne fcuDrbns encore ^9)nid^r. A côupii^ùis^Ltout le confinent, aînériéain 'n'edt paséngili8(uti sot^ les esuk depuû; que nous IVtvoTÏs iquittë^ .: r. .: . . . .î .

8 ock/Bre^ Le. vent oopiftiBiue -à être favomble. Nousiatoîi^^znarchéi toatejatiuit ,^ sondant inutilement îtoiKtes les quatre lieures, et la couleur

/ de l'e^ti ^n^'a point . encore, changé. Dans l'après**

k%% APPENDIX. '

ipvjiy nous Tiind$ un oiseau qui nous parut un çaQarci s^uyage, Qa 4it qu'ils ne s'écartent jamais beaucoup 4^s <^9Sr Jtous n'avons aucun autr# $ign^ d(9 terre. Un gRPd nombre de gros marsptti0li semblaiept eseorter le vaisseau , et une foulede |)e^ts sauM^i^nt k chaque instant hors de re«w;) y^fîs ksoii? , 90US aperçûmes upe voile qui avaafftH, v4rs nous. Kouf lui parlâmes çpmjrne la nuits^pi^cbait* Q'étaitun liâtimeutaUaAtdpNewr YurliJi kJamvque.'IUtait parti l^i yetikà midi de Sandy*Hook , et s'en croyait à 45 lieuts. Nous TOî «o9ii2Ïuon^ qwi uxmfkin^ somm» |i*èfe c^u a tiPieùIftUetie^ de^ jBio$rf|pp^v ^ bous eijpén<>ii^ yoif la 4tf ife-idemai^i., :;.-.- o f. . - • . t i . ? -^ .

9 ^Iftft/lp4 Stous 9»iMis>un! ifent £iYdtël^le tout4 la.iii^tfta^ev â.andiçr j'ieiii\ arâit .^fdtxomefit Qha«ic^.deidbul«i]3JK$m»fjQlâti^ et r\ou^

tri^wpmosfdndàlâ'te^âiesH i ifaf{9i'ftBDd|ner , tûf^bc^miisb môoîtar^sûr.lei «jàt , et fiiinîfiuie&teÉLdreleM'kdéihséde^uiâsitlohç^inps» teÊmj.ifnre'l En moins ^^ït» heure rij^us^ {lûmes l'ai^riwrpii! du tillèdpdSan eBèiparâîssAibt^mme un bou^lpiet d'arhrçsriSé'ilèi la tis pasianasitàt que lea mitres ^ mes* yeù^éiâiif nt obscjaséxncpas deuil grospds :iwmes. que-. ki^B^iIrsait t^eoulerixÀ: trois heures nous étions à deuxlieiuiqs ëieda.ièiurfi* Nous yiibès un petit bâtimeairfirès durrÎMagev^Sfocusaurions ynula lui pairleri ,ofiac< noire cafiiÙloe; ne coniiaissâat pas lacote^ ntusarfaU j^as^fNvéeisément où nçus 310US trouyiosa^ Ifatui noasi^nappro-

APPEKDIX. 4^3

chaînes autant que nom le pûmes , nous fîmes un signal de détresse; mais toqt fut inptile, il ne changea pas de position , et nous fûmes obligés de courir des bordées toute la nuit, n'osant pas approcher trop près de la terre.

10 ociobre. Dès le matin, tous ceux qui connaissaient les lieux, reconnurent le capHenlopen. Vers midi nous en étions fort près; et , à notre grande satisfaction , nous vîmes arriver à bord un pilote , qui fut bien véHtablement le bienvenu. Il nous avait apporté un panier de pommes. Elles me parurent les meilleures que j'eusse jamais mangées , les salaisons auxquelles nous étions accoutumés depuis si long-temps en relevant la saveur. Nous eûmes un bon vent pendant toute la soirée , et nous remontâmes le Delaware environ cent milles avant dix heures du soir. Nous jetâipçs lanere à environ deux milles au-dessous de New- Castle , et nous y attendîmes la marée du matin.

1 1 octobre. Ce matin , nous passâmes par New- Castle, où des acclamations nous saluèrent pour célébrer notre bienvenue. Le temps est superbe. Le soleil semble lancer ses plus doux et ses plus^ brillans rayons pour ranimer nos membres engourdis. Le ciel est pur , et l'horizon n'offre qiie deux ou trois nuages argentés. Le souffle frais des vents qui partent de nos bois nous rafraîchit ; l'image de la liberté dont nous allons jouir , après un si long emprisonnement , nous ravit et nous transporte. Enfin, tout conspire à rendre ce jour

4^4 ÀPPENDIX.

le plus beau que j'aie jamais vu. En passant par Chester , quelques personnes de l'équipage quittèrent le navire, impatiens de se trouver sur terre ferme , et résolues à se rendre par terre à Philadelphie. A huit heures du soir, le vent nous manquant ^ nous jetâmes 1 ancre à Redbank,à six milles de Philadelphie. Nous n'étions plus que quatre passagerssur le bâtiment , et nous comptions être obligés d'y passer la nuit. Mais des jeunes gens de Philadelphie , qui étaient en partie de plaisir, nous offrirent places dans leur barque. Nous acceptâmes leur offre obligeante , et à dix heures du soir nous débarquâmes dans cette ville, nous félicitant de bon cœur les uns les autres d'avoir Heureusement terminé cet en* nuyeux et dangereux voyage.

Pieu soit loué ! -

CoMPjiRUTiox du docteur Franklin devant le Conseil privé , à Londres.

Le comité du conseil privé s'assembla le 29 janvier 1774- M. John Dunning, depuis lord Ashburton, et M. John Lee, tous deux avocats célè-' bres, y parurent comme conseils pour rassemblée de Massachusetts. M. Wedderbùrn, depuis lord Loughborough, y parut comme conseil pour le gouverneur et le lieutenant-gouverneur.

L'affaire dont il s'agissait étant une plaiilte faite par l'assemblée de Massachusetts, ses con^ seils furent, comme de droit, entendus les^jyreiniers. La réponse de M. Wedderburn fut longue*, laborieuse et remplie d'une aigreur indécente. Au lieu de chercher à défendre ses cliens et à justifier leur akiçiinistration , ce qui était l'objc* de la plainte, il dirigea toute la force de son éloquence contre le docteur Franklin , et tout 'sôk disicours ne fut qu'une invective virulente cotllrfe lui. Le docièUT , assis tranquillement , écouta de saing-»froid^ et avec dalme cette diatribe scanfdà* leuse et ridicule.

M. Dunning avait établi lés plaintes de l'assem»bléej en représentant les lettres duf gouverneur et du lieutenaat^gouverneur, et en les apportant

426 APPENpl5{:.

pour preuves qu^ils étaient indignes de la confiance du gouvernement, comme de rassemblée de Massachusetts. Il avança^ entre aptres choses, qu'André Olivier avait engagé le ministère « à passer un traité avec les négocians anglais et. à acheter d eux lea marchandises dont l'Amérique avait besoin, en leur assurant d'avance une prime égale à la hausse qu'elles pourraient subir dans le commerce , sUls ne se tro^vaie^t indemnisés isnsuite p^r une demande dix fois plus considérable , quand même elles resteraient dans leun magasins pendant cette stagnation momentané^ das affaires. C'est le moyen , disait-il , de tenir U main haute à mes concitoyens » : qu'Olivier , 4ans une autre occasion, avait indirectement .excité à l'assassinat, ayant «dit dans une lettre au ministère, en date du i5 février 1 769, « qu'on devrait chercher quelques moyens pour se débarr^s^r des incendiaires, dorit {e^ écrits insérés dans la gazette da Bo$ton répandaient partout le ftàHi de la sédition »« Il cita be qui était arrivé à Ikf. Otîs qui, quoiqu'il eût rem^^li les fonclkMis 4.Vocat du Foi soaa le prédéceiise»? du gpouvei^ 'Afur Hutchinsoo, avait été attaqué peiMlant la nuit par un nommé Robio$oa,,€KMimiasairedes 4<)^uanes du roi. Gelui-ei était ei^tré clSies M. Olîs à la tête d'une bande de scélérats armés de sabres .^^ bâtons 9 avait fait éteindre t^uties les lumières;' et.ayant laissé ott homme rtepecrtable conifvert de blessures , s'était réfugié sujr utt vaisseau

f DigitizejIbyLjOOQlC

APPENDIX. 4a7

de roi. M. Hûtcbinson, djauta-l-il , avait par une 4seu1e phrase justifié toutesles plaintes de l'asHeni^ blée de Massachusetts, et isivait prouvé la nécessité de destituer surrle^cbamp un officier si en- Tsmxii des droits et des libertés de ses ooncitoyehs. Gelui qui avait dit qu'il ne fallait pm laisser aux colonies les mêmes libertés qu'à t Angleterre , était justement accusé « de les représenter sous un peint; de vue injurieux et calomnieux, daqs le deâsein d'exciter contre elles le ministère et la natioD 9 et de £iire naître dans le cœur du roi une injuste méfiance contre ses fidèles sujets ».

Les discours de MM. Dunning et Lee ne furent jao^is imprin^f^ eu entier; mais voici encore 4e^j!( extraits^ (\vl\\s furent, et qui sont tirés de ^fi^.çprrespondafic^ de M. Hittchiusopu

Boston ,"22 juin 1772.

»..îJ

<" .'i . . • ff L^iinioti^des colonies est hetireusement TÔnipue. inespéré nevla voir jamais se rétablir. Nos fitetfe l|i liberté seiki bais et méprisés par leurs anciens frères deNtftW>Yorbe<l de Petpsylvanie. Il ^Ê^mit quel<j[ue/évépemeiit bien extraordinaire

, . Boston , 8 décciQlire 1772.

.£;.. ; (6 Vtkis.BeJvxK^iez pas'de.dilfiÊr^nce entre Irlrlnidle ètrles:«blbiries. Je ii^iiiqiiîète peu que vous iregardiea lesi eûlohies d'ttn oeil farorable,

428 APPENDÏX,

pourvu qu'elles ne se séparent pas de vous. Vous -trouverez certainement plus difficile de les retenir sous le joug que llrlande. Llrlande est près de vous; elle est sous votre inspection constante"; tdus ses officiers dépendent' de vous , et sont amovibles à votre volonté ; les colonies au contraire sont éloignées, et les officiers publics j sont en général plus disposés à chercher à plaire au peuple, qùau roi ou à. son représentant. En Irlande,. vous avez toujours Vultima ratio, une armée permanente- dans les colonies , cette ressource vous manque, ou yous n'avez pas de magistrat civil pour en diriger l'usage »

M. Weddérbiirn , après a vb?r brièvement récalpitulé les argnrtens des avocats adverses, ne se donna pas fei peine d'y répohtlrë; mais après avoir fait, comme de coutume, l'éloge des services et de la loyauté de ses cliens, il commença une longue dialf ibe contre Fassmiibiëeet tés ha bi tans de Ma$KsachuseUâ^iet;invectii^a{ contre la conjltiîte et le caraclèce^dn.dnctèuF Fjraiiklin ÎE^n géniérâl, et surtout pa% râppi6»rt.aifx/lt13rés en question,

.«Ces lettras^L dit-il, ne. ïte« vent: être tonfbées entre les mains du docteut.F.csiîi!l^Un par des yjpîes honorables. Il ne les a obtenues ni de ceux qui les ont écrites, ni de celui à qui elles ont été fadressées^<9ÉiiBn.^edei^ififvcBSi,^|]éto^ assez, lié avec lui pbiir qii^il m'en middsfoiimé. Hieri né ,pëut donc! justifier le dotjjcua»:, Franklin d'avoir

APPËNDIX. 429

employé la fraude ou la corruption pour se les procurer, afin d'en faire Tusage le plus blâmable, > à moins qu'il ne leâ ait volées à quelqu'un qui les aurait volées lui:mêrae. On ne peut répoudre à cet argument.

» J'espère, Milords, que vous signalerez cet homme , que vous le marquerez du sceau de l'infamie. Vous le devez pour l'honneur de ce pays, de l'Europe , de tout le genre humain. Dans tous les temps, au milieu de la plus grande fermentation de l'esprit de parti , la correspondance privée a toujours passé pour sacrée aux yeux de la politique et de la religion. Il a perdu tout droit au respect des hommes et de la société. Dans quelle compagnie osera-t-il se présenter la tête levée? Où o$era4-il montrer l'honnête intrépidité de la vertu ? I^ qualification de vir Utterarum lui paraîtra un sarcasme , parce qu'il croira toujours entendre : vir ThiuM Utterarum (1).

» Mais non-seulement il vola les lettres à l'un des frères, il s enveloppa encore d'un voile mystérieux, jusqu'à ce qu'il eût presque causé le meurtre de l'autre. Il est impossible de lire sans horreur ce qu'il écrivit à ce sujet dans le Public adyertiser. (Ici il lut la lettre qui se trouve imprimée dans les Mémoires qui précèdent. ) N'y voit-on pas la méchanceté la plus froide , la plus

Çi)Fur,YçlenT,

43o APPENDIX:

réfléchie? Au milieu de ces évéùetùens tragiqtled, entre un hofume presque victime d*un funeste duel, et un autre responsable de Tévénement qni peut en résulter, le destin de l'Amérique reste suspendu , et voici un homme qui, du plus grand sang-froid, sans le m oiiidre' remords, se lève, et se déclare l'anteur de,- tout. Je ne puis lé comparer qu'à Zanga dans la Revanche (i).

Apprends donc que c'est moi , moi qui forgeai la l^tre , Moi dont la main plaça ce portrait sur tes pas ; Moi qui sus enfanter mépris , haine , trépas.

nie vous le demande, Mîlords, le caractère vindicatif qu'une fiction poétique attribue att sanguinaire Africain, n'est-il pas surpassé de beaucoup par la froideur et lapathie du rusé Américain ?»

Ces déclamations produisirent de l'effet jpour. un certain temps. Les lords du conseil privé les approuvèrent; la ville fut convaincue; le docteur Franklin perdit sa place (a), et M. Wedderburn se trouva sur la route des honneurs qu'il aipbitionnait et qui furent sa récompense, et fut par là condamné à vwre éternellement.

Malheureusement pour lui, les événemens de la guerre ne furent pas favorables au système qu'il

(i) Tragédie du docteur Toung.

(a) La place de maître des postes en Amérique.

APPENDIX. 43i

arait embrassé. Plus malheureusement son argu* ment auquel on ne pouvait ^pondre, se troura réfuté par la déclaration que fit le docteur Fraa«klin en la cour de la chancellerie^ sous la foi du ' serment, que Lorsque ces lettres lui avaient élé remises , il ignorait à qui elles avaient été adressées, et qu'elles lui avaient été confiées par un tiers , pour être envoyées en Amérique. Plus malheureusement encore pour le digne gouverneur défendu par M« Wedderburn , ce gouverneur luimême , avant l'arrivée dans les colonies des lettres transmises par le docteur Franklin, avait envoyé en Angleterre une lettre particulière du docteur. M. Wedderburn, dans ses invectives, n'avait-il d'autreobjet que d'injurier Franklin, ou voulait-il qu'elles fussent appliquables à quiconque se trouverait dans le même cas, ami ou ennemi? C'est ce qu'il n'est pas très-important de chercher à approfondir.

Le résultat des délibérations de rassemblée du conseil privé fut tel qu'on devait l'attendre de la complaisance avec laquelle on y avait écouté M. Wedderburn , et de l'infatuation qui s'était alors emparée du ministère anglais.

L'avis des lords du conseil.privé fut qu'ils pensaient que la pétition de l'assemblée de Massachusetts était composée d'allégations fausses et erronées j qu'elle était sans fondement, vexatoire, scandaleuse, et faite dans le dessein d'entretenir dans la province un esprit de mécontentement

43a APPENDIX:

et de sédition ; qu il ne leur avait été mis sous les yeux rien qui pût aucunement et en la moindre chose attaquer Tintégrité , l'honneur et la conduite du gouverneur, et qu'en, conséquence ils étaient d'avis que la pétition devait être rejetée.

Le 7 février 1774» Sa Majesté prenant ledit rapport en considération, jugea convenable de l'approuver, et ordonna le rejet de la pétition.

Quelques jours après cette sçèujp honteuse pour le ministère anglais, la lettre suivante fut imprimée dans le public Advertiser:

A Alexandre Wedderhurn.

Vous avez établi comme un fait, dans votre discours devant le conseil privé, que le docteur Franklin avait gardé l'anonyme en envoyant en Amérique les lettres dont il s'agissait (quoique son écriture y fût bien connue); qu'il avait recommandé le secret; enfin qu'il les avait adressées, non au président de l'assemblée, comme il aurait dû le faire, mais à un ami particulier. Vous en concluez qu'il savait qu'il comimettait une action malhonnête, et qu^il craignait qu'elle ne fût connue.

La faiblesse de cette assertion , si elle était vraie, détruirait la malignité de votre conclusion. Comment pouVez-vous croire qu'un homme espère garder l'itacognito en supprimant ^a signature, quand, son écriture est bien cohoue ? Quelle

APPENMX. 433

étrange €0tifu6U)ti d'idées ne faufil pas lui attribuer, pour S'apposer qu'il créîê avoir beSûtâ de^ recommander te secret^ qtiand il s'imagine qu'il ne peut être connu! — * Mais pomt^uoi donc au- ■* rait-îl faut désiré de se couvrir d'un voile? L€^ ressentiment de èetit qu'il démasquait, de MM. Hutchinson et Olivier, devait-il lui inspirer taol de terreur? l^uvart-il croire qu'il étfôt&t un ministère assez faible , assez pervers pour le petsécu-^ ter parce qu^il Ini offrait un moyen sur de £siire dispjiraitre les .malheureuses dîviisfiôm qui lui causaient tant d'embarras ?

Mais que penseront de vous oèux qui vous ont entendu, qu'eii pensera tout Tutiivers^ qi>and j'affirme qtie.toutes vos assertions ne sont qu'unmensonge impudent ? Je vous défie d'en prouver un seul mot. le sens que je me s^ers d'exprelssions^ un peu duneS'; fi(iais je dettiàndu^ à tous çéût qUi vous ont entendu , si le l^ngs^ que votté. atea? tenm vous donne droit à être traité comme unî bomme d'iKmtiéur?

C'est au président de t'à^énîblée que les lettres furent envôyélêsi celle qui lès âdcf6mpagnait ton^ tenait la signature du docteu^ Franklin, et pa^ un mot n'annon^it qu'il désirât ti'être pas connu .pour Faut€»uT de- cet envoi. Il crâfignatit que lettr^ publicité ne soulevât l'indignation. d.U pe^^ple. contre ceux qui les avaient écrites , et c'est par bu mânîté qu'il demanda qu'on ne les rendît pas publiques.

Mémoires^ h. 28

. La déclaration du doeteur Franklin .( i ) est^pour TOUS un àuire sujet de diatribe. Yious invectivez contre elle, comme étant la preuve dej'apathie la plu9 cruelle que l'imagination puisse concevoir, comme. &i te .pont insulter au malheur', et pour envenimer les blessures que sa perfidie, avs^it occasionnées.

. : Établissons le Ëiit » et voyons ce que deviendra Taccusation.

Le 8 décembre , une lettre signée àntbkor., accusa M. Temple de s'être emparé,. par des moyens, peu honnêtes, de lettres qui étaient en la posses-. sion.de M. Wbately , dont on invoquait le nom à Vappui de cette inculpation^ Le lendemain, r^ec^sateur de M. Temple déclara que M. Whatfly était d'accotid avec lui pour nier les faits sur l^^Uels^ette accusation était fondée. Jusque-là,. Qn^n^.vpyait aupupe apparence qu'il dut s'élever ^ne qiaerelle enti^ c^s deux mef^iieurs. Ils, sem-« l^laient au contraire . repousser de. concert une calomnie anonyme. Mais le ii du, même mois, jA. Whately dém^Dtit les assertiQn^dejMi. Temple, et le^duel eut lieu le même jour à quati^. heures. Le dQcteqr FrankUn, eut-il donc .le tetnp$ et les moyens d'intervepir dans cette affaire? Le cartel de M. Temple n'était-il pas d'ailleurs motivé sur

(î) Cette déclaration $e trouve dans la quatrième Partie de ce» Mémoires.

ce que M. Whately avait nié péremptoirement ce dont il était déjà publiquement convenu? La cause de la querelle fut donc que M. Whately .avait occasionné et soutenu une accusation fausse, injuste et cruelle contre M. Temple.'

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