‹ Mémoires sur le Canada [microforme]: études sur l'instruction publique chez les Canadiens-françaisChapitre 2 sur 2 · DER RE ES · texte numérisé non relu

DER RE ES

Tels sont encore ici les commencements si faibles d’une institution à laquelle la colonie et, surtout, Québec doivent de si grands bienfaits. Cinq ans plus tard, le même témoin disait : ‘“ Les Ürsulines ont de “ petites écolières françaises, et elles en ont aussi de pensionnaires : ‘ et le pays se peuplant davantage augmente leur emploi. Elles ont “ aussi des séminaristes sédentaires ; elles en ont de passagères, tirées “ des cabanes sauvages. Leurs grilles sont parfois visitées des nou- ‘“ veaux chrétiens et des bons néophites qui les vont voir pour enten- “ dre parler des choses du Ciel......L/expérience nous apprend que ‘ les filles qui ont été aux Ursulines s’en ressentent pour toute leur ‘ vie, et que, dans ,eur ménage, la crainte de Dieu y règne davantage ‘ et qu’elles y élèvent mieux leurs enfants.”

En 1832—près de deux siècles après le Père Le Jeune—la Législature du Bas-Banada, prêtant à l’ancien couvent des Ursulines l’aide de la Province pour le mettre en état de donner l'instruction à cette foule d'enfants qui frappaient en vain à sa porte, s’exprimait ainsi par la voix de la chambre d’assemblée : Comme école de pension “ pour les jeunes Demoiselles, le couvent des Ursulines est univer- ‘“ sellement reconnu pour être un des meilleurs du pays. Les Dames ‘“ se sont entièrement dévouées à l’éducation des jeunes filles, et ‘ elles ont en grande partie, par leur propre industrie, contribué, dès “les premières années de l'établissement du Canada, à former les ‘ manières et à graver dans leurs jeunes cœurs une morale pure, “jointe à des habitudes d’ordre et d'industrie parmi les personnes de 6 leur sexeen Canada,—et cela sans qu’elles aient jamais demandé ‘aucun secours à la Législature.”?

Les besoins les plus pressants de l’établissement de Québec étaient maintenant satisfaits ; il s’agissait encore de pourvoir aux moyens d'instruction du noyau de population qui se formait sur l’Isle de Montréal. Et en 1653, Muncslte Bourgeois, nom que vénère saenre ul toute la population canadienne, fonda l'institution des Filles de la Congrégation. Quatré ans plus tard, le Séminaire de St. Sulpice ouvrait ses portes à la jeunesse de cette pärtie du pays et plagait Montréal snr un pied à n’avoir rien à envier à son aînée.

ci les évènemens se succèdent, et de nouveaux établissements sur-. gissent pour satisfaire à de nouveaux besoins. En. 1662, Monei- Er De Laval, premier évêque du Canada, fonde le Séminaire de

uébec, dans le but de subvenir aux besoins de son Eglise naïssante. Quelques années s’écoulent et les Ursulines fondent leur établissement des Trois-Rivières, et, partout où se groupent des habitations qeiaue peu considérables, apparait la bonne file de Marguerite

urgeois.

Trente ans après sa fondation, le collége de Québec a une maison considérable au Cap Tourmente où il instruit un grand nombre de jeune gens, tous fils de cultivateurs. Au moment où l’incendie dévore la maison de Québec, on voit que plus de quatre-vingts jeunes gens y reçoivent l'instruction et s’y préparent à toutes sortes d'états, à Le s’y tient en même temps des petites écoles pour les enfans de

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Ainsi donc, en moins de cinquante ans, le Canada se trouve doté d'institutions d’éducation telles que. n’exigeaient peut-être point encore les besoins réels de la colonie. Le système scolaire était aw grand complet, dans les villes au moins : et, depuis les élémens de la lecture et de l’écriture jusqu'aux sciences les plus élevées pour les garçons, jusqu'aux exigences les plus raffinées de l’instruction d’alors pour les filles, tout était enseigné dans la colonie.

VW, Système de colonisation suivi pour lé Canada—les tempë héroïques de son histoire—Marguerite Bourgeois ouvre ses écoles dans tout le pays —ses succès—le bien qu’elle fait—hommage que lui rendent les auto-

rités.

Mais avant d’aller plus loin—avant de considérer quels furent les fruits immédiats de tant de travaux, et de suivre le progrès moral, intellectuel et matériel que fit la colonie à l’ombre de ces institutions philantrophiques, revenons un instant sur nos pas et jetons les yeux sde ces grandes figures que nous offrent les premières pages de notre

istoire.

Bien différente, dans son but comme dans ses moyens, du système de colonisation suivi dans les établissements anglais ses voisinset les établis- , sements espagnols au sud, la colonisation de la nouvelle France n’offre | qu’une suite continuelle de sacrifices et de dévouements héroïques et \ de créations philantrophiques qui donnent à nos premiers temps un caractère, une poésie toute particulière. (Ce n’est pas à tort que l’homme éminent qui était à la tête de notre gouvernement, ily a quelques années, appelait ces jours, les temps héroïques du Canada.

Nous ne voyons, il est vrai, parmi les fondateurs de nos divers établissements aucun homme bien puissant, soit par ses richesses, soit par sa position sociale, soit même par son nom en Europe. C’est Jacques Cartier, simple navigateur dé St. Malo, qui vient, au nom du roi de France, prendre possession des rives du St. Laurent. C’est Champlain, pauvre gentilhomme de province, qui vient y dresser la première cabane. Ce sont dé pauvres et inconnus missionnaires qui viennent y répandre la civilisation. Ce sont deux faibles femmes qui, les premières, viennent jeter les fondements de ces institutions vigoureuses qui doivent rapporter de si beaux fruits.

L’une abandonne tous les charmes de la vie la plus brillante, tous les avantages que sa fortune, son nom, sa beauté, sa jeunesse lui réservaient dans son pays, et vient dans un couvent d’Ursulines ouvrir uno école aux jeunes filles canadiennes. L'autre, plus pauvre, née du peuple, vient consacrer sa vie à l'instruction des filles du peuple. Quelle force de conviction ! Quelle charité, quel dévouement chez ces deux femmes sorties des deux classes opposées de la société et se rencontrant toutes deux à un but ééinmitis À Le catholicisme seul pouvait inspirer ce dévouement et, sur toute l’étendue du nouveau monde, le Canada seul en a offert le spectacle.

Ce fut donc en 1653 que Margucrite Bourgeois et ses compaynes arrivèrent à Montréal. Mais les circonstances toutes particulières où se trouvait cé gouvernement ne lui permirent pas de se mettre immédiatement à l’œuvre.

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€ Quatre ans après mon arrivée en Canada, écrivait-elle, M. De Maisonneuve, premier gouverneur de Montréal, voulut bien me ‘ donner une étable en pierre pour en faire une maison et y loger “ celles qui faisaient l’école. Cette étable avait servi de colombier, où il faliait monter par. une échelle par dehors pour y coucher. & Je le fis nettoyer, j'y fis faire une cheminée et tout ce qui était ‘4 nécessaire pour loger les enfans; et j’ouvris mon école le jour de la ‘ Ste. Catherine, 25 novembre 1657.”

Dans les commencements, lorsque la population de Montréal était peu considérable, Marguerite Bourgeois instruisait les petits garçons et les petites filles; mais la population devenant de plus en plus grande, elle se borna à l’instruction des filles, le séminaire de Montréal se chargeant de celle des garçons.

Bientôt Montréal ne suffit plus au zèle de Marguerite Bourgeois. Dès 1676, elle avait des écoles dans les paroisses de Champlain et de

- (et de Lee our les bêtes à cornes : il y avait un grenier au-dessus

‘ Batiscan. —

Neuf ans après, elle en ouvrait une dans l’Isle d'Orléans, paroisse Ste. Famille, qui comptait alors une population de 548 âmes : ct en 1688, elle vint elle-même à Québec et y ouvrit une de ses écoles dans la haute-ville ; plus tard, elle transporta son école dans la basseville, sur le terrein que les sœurs de la Congrégation ont occupé jusqu’en 1844, et qu’elles n’ont laissé que pour aller occuper le vaste édifice de St. Roch. D’années en années le nombre de ses établissements augmente et se répand dans tout le pays; et, après quarante ans d’une vie remplie de bienfaits et de dévouement, cette mère. de l’éducatior chrétienne dans le pays meurt dans les bras de ses filles chéries et peut, en mourant, dire avec vérité ‘‘ après tout, ma vie ‘na pas été ‘rutile-—par la grâce de Dieu, notre maison prospère ; ‘“ nous n’existons que d’hier et déjà cinq à sept missions sont en “ pleine opération.” |

En 1747, la Congrégation comptait douze missions où l’on instruisait prés de deux mille jeunes filles. Aujourd’hui, d’après le précis historique de S. H. Jacques Viger, cette institution possède vingt-cinq établissements. dans lesquels 5606 jeunes filles reçoivent une instruction. à peu de chose près gratuite.

Dès l’origine, l’hum ble fille de Marguerite Bourgeois sut atteindre à ce: haut dégré de popularité, à ce succès qui-—-sans interruption depuis maintenant deux siècles—a toujours et partout accompagné ses pas. Depuis le jour où elle franchit le seuil de l’étable de M. De Maludneuve jusqu’au jour où la providence, mesurant ses . faveurs aux besoins du pays, lui a permis d’ouvrir ses classes dans les magnifiques édifices qu’elle possède dans Montréal et dans Québec, la sœur de la Congrégation a su se concilier la faveur de tous les

artis, désarmer les jalousies de toutes les sectes et se ménager es sympathies du peuple.

Les quelques lignes suivantes extraites d’une dépêche de l’Intendant Desmeules, écrite en 1683, donneront une idée assez correcte de l’état de instruction à Montréal à cette époque et feront connaître ,

l'opinion que l’on entretenait dès lors sur les sœurs de la Congrégation.

‘ À une lieue de Montréal, les MM. du séminaire ont une mission “ de sauvages dans la montagne, qui est fort bien inventée et fort ‘ utile. î y a quelques Ecclésiastiques qui en ont'un soin très- “ particulier. Leur métnode pour instruire les petits sauvages est € très-bonne : ils en ont fait deux classes. Dans l’une il n’y a que ‘les garçons et dans l’autre les filles, Ils ont soin d'apprendre aux “ garçons Jeur croyance, de les faire chanter à l’égliseen latin, à lire, ‘ écrire et parler en français et même ils les instruisent à tourner le “bois. Il y a deux filles de la Congrégation qui ont le même soin ‘ de la seconde classe et leur apprennent tout ce qui convient aux “ filles. Vous ne sauriez croire, Monseigneur, comme ces filles de ‘ la Congrégation font de bien en Canada. Elles instruisent toutes ‘ Jes jeunes filles de tous côtés, dans la dernière perfection. Il y ‘“ en a deux pour les habitations de Champlain et de Batiscan,. deux ‘ au Sault à la Magdeleine ont je viens de parler, qui apprennent “ aux filles sauvages à vivre à notre manière ; le reste est à Mont: “ réal au nombre de huit ou dix. : Si on en pouvait disposer en € beaucoup d’autres habitations, elles feraient un bien infini. Cette ‘ sorte de vie est tout-à-fait à estimer et vaut beaucoup mieux que ‘6 si elles étaient renfermées. ÆElles sont d’une sagesse exemplaire ‘ et sont en état d’aller partout, et par ce moyen d’instruire toutes 4 les filles qui auraient demeuré toute leur vie dans une très grande ‘ ignorance.”

VE. Etat de l'instruction dans nos campagnes, lors de la cession du pays— étendue du pays habité--dissémination de la population—autres obstacles au progrès de l'instruction. ds

| Ce sont là, à peu près, les seuls moyens permanents d’instruetion [que Von offrit à nos pères dans les commencements de la colonie. es institutions dûrent leur origine au zèle et au dévouement de quelques âmes bienveillantes, et ce ne fut Su prix des plus grandes privations, des sacrifices les plus durs qu’elles purent se maintenir et

traverser ces temps difficiles. Elles ne dûrent que peu de faveurs

au ‘gouvernement, si ce n’est peut-être quelqu'étendue de terres incultes qui pour lo:s n'étaient qu’embarassantes. Pour leurs besoins pressants et actuels, elles ne comptèrent que sur leur industrie et sur la générosité des individus et des locuités où elles s’établirent. Aussi ne voit-on leur établissement que dens les villes et les centres de population un peu considérables. Les campagnes ne furent pas autant favorisées.

Cependant on avait souvent cherché à y répandre Fnstruction ; et c’est peut-être ici la seule oceasion où le gouvernement d’alors ait directement intervenu.

A peine le St. Laurent était-il ouvert aux vaisseaux français, que M ce religieux qui fermentait alors en France et qui, un siècle plus

; devait subir une si terrible réaction, s’ingéniait à y répandre son influence et à y verser ses feux surabondants, Le zèle religieux

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fait pour les besoins moraux et intellectuels de la colonie ; restaient les besoins d’un ordre inférieur, mais non moins pressants, non moins sacrés—ceux de l’humanité. A cette fin était venu s'établir à Québec un couvent d’Hospitalières qui, fidèle à l’esprit qui présida à l’institution de la communauté, reçoit encore aujourd’hui la vieillesse, la maladie et les infirmités. A Montréal les mêmes besoins avaient suscité les mêmes ressources. Un couvent d'hommes s’y était formé, en 1694, sous le nom de Frères Hospitaliers. Mais on ne tarda pas à s’apercevoir que les soins dont ces hommes s'étaient chargés, convenaient mieux à la nature de la femme; et, leur établissement tombait en décadence, lorsque le Frère Charron, le fondateur, offrit au gouvernement de changer l’objet de son établissemert et de se charger du soin de former des maîtres d’école pour les campagnes. Le gouverneur de la colonie approuva ce plan et lui accurda, pendant quelques années, une subvention annuelle de trois mille francs. Avec ce léger secours, le Frère Charron put, pendant quelques années, maintenir des instituteurs. Ces instituteurs furent envoyés dans les campagnes environnantes de Montréal, et les Frères Charron furent, pendant près d’un quart de siècle, pour les garçons ce que les Sœurs de la Congrégation étaient pour les filles.

L’intendant Raudot, dans une dépêche, datée 1707, après avoir représenté au ministre l’état déplorable de l'instruction dans les campagnes et l'esprit d’insubordination et de dissipation qui règne parini la jeunesse du pays, continue ainsi :

4 IL faudrait prendre la chose de plus loin et les corriger de cette ‘ humeur dans le temps qu’ils sont capables de discipline ; et pour “ cela établir des maîtres d'école dans toutes les côtes, qui, outre & l'instruction qu'ils leur donneraient, leur apprendraient de bonne ‘ heure à être soumis. Par le grand fruit que font les filles de la ‘ Congrégation à l’égard des filles, nous pouvons juger de celui que ‘ produiraient les maîtres d'école parmi les garçons. Le sieur 6 Charron, qui, par son institut, s’est engagé à instruire la jeunesse, “ en ayant actuellement chez lui, s'applique aussi à former des sujets

= “ propres à toute sorte d'emploi, de concert avec quelques curés de

‘ campagne qui, par quelques secours qu’ils regoivent de France ou ‘“ en se retranchant une partie de ce qu’ils tirent de leurs cetes, sont ‘ résolus de prendre un de ces sujets et le préparer à faire quel- “ qu’école dans les côtes.”

Toutefois en 1721, les Frères Charron n'avaient encore que six écoles dans tout le pays, et leur institut cessa l’enseignement en 1737.

Vers le même temps, à pew près, deux Frères de la doctrine Obré-| tienne, visitèrent le Canada, dans le but d’y asseoir leur ordre, mais la nature des établissements canadiens d’alors ne leur permit pas d’y songer sans avoir à changer les règlements de l’ordre. Ce ne fut qu'environ un siècle après—et il nous a été donné d’en être les témoins—qu’ils purent ouvrir leurs écoles; nous verrons plus tard avec quel sucoès.

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Nos campagnes se trouvèrent donc alors livrées à elles-mêmes.

M. de Vaudreuil, qui était à la tête du gouvernement, s’en était occupé un instant. Car on voit, qu’en 1722, il établit huit maîtres d’école dans différentes parties du pays. Quelques bons curés. en outre, occupaient leurs loisirs à enseigner à lire et à écrire aux enfants des environs de leur presbytère; et trois ou quatre Moines mendiants allaient de porte en porte et y laissaient des lambeaux d'instruction pour prix de l’hospitalité qu’ils recevaient. Il n’y avait point de système. Tout était laissé à la générosité des individus; et, comme on peut ie voir, l’ignorance la plus complète pesait sur nos malheureuses campagnes. Quelques chiffres feront voir l’étendue du mal. |

En 1721, plus d’un siècle après la fondation de Québec et près de deux cents ans après le premier voyage de Jacques Cartier, la population du Canada ne s’élevait pas à 30,000 âmes ; et la moitié de ce chiffre était comprise dans les villes de Québec, Trois-Rivières et Montréal ; l’autre moitié habitait les 72 paroisses qui subdivisaient les trois grands gouvernements de la Nouvelle-France. Quarante ans plus tard, lors de la cession du pays à la Couronne d'Angleterre, cette population, qui s'était portée au chiffre de 70,000 âmes, se trouvait disséminée depuis le fort Frontenac, aujourd’hui Kingston—130 lieues au-dessus de Québec, jusqu’à 50 lieues au sud, et 20 lieues au nord—au-dessous.

Pour une population aussi minime, disséminée sur une étendue de pays aussi vaste, était-il bien facile de faire progresser l’éducation ? Pouvait-on réunir en un seul lieu un assez grand nombre d’enfans pour utiliser les leçons d’un bon instituteur ? non : la pauvreté de nos campagnes, où tous les bras, ceux même de l’enfance, étaient nécessaires, la brièveté de l’été qui forgait le cultivateur à trouver, dans les travaux de quatre mois, les moyens de subsister pendant les huit autres et, par-dessus tout, la sévérité du climat jointe à l'isolement des habitations, devaient jeter et maintenir longtemps nos campagnes dans cet état d’ignorance dans lequel les surprit la cession du pays.

C’est ici que se déroule la partie sombre de notre histoire. Et si jamais notre existence comme colons français a été menacée, attaquée, persécutée, si elle a jamais été près de sa ruine, ce fut durant les trente années qui suivirent la journée mémorable des Plaines d'Abraham.

VII, Condition désespérante de nos pères sous le régime militaire—l’acte de Québec réveille des espérances, et nos établissements d'éducation recommencent leurs travaux.

Les luttes et les rivalités, les victoires et les défaites, les gloires et les hontes de plusieurs siècles, le fanatisme, l’intolérance, les haines religieuses et nationales des deux plus puisssutes nations du monde s'étaient donné rendez-vous sur un coin des terres que Christophe

Jolomb venait d'ouvrir à la civilisation, et les rejetons de ces deux fières nations ne se trouvaient plus séparés que par une ligne imagi-

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maires. L’Angleterre y avait versé des colons hardis et indépendants qui ne voulaient, en descendant sur les côtes du Massachusett, que penser et travailler librement. La France, au contraire, animée de l'esprit qui la travaillait alors, avait songé trop longtemps à n’établir que des missions sur le St. Laurent et le Mississippi—et, quand arriva le jour où elle devint sensible aux avantages que la Nouvelle France pouvait offrir à son industrie et à son commerce, déjà elle faiblissait avee Louis XIV, et entrait dans la période de mollesse et de honte du règne de Louis XV.

Arriva alors ce qui était inévitable : le plus faible des colons succomba et fut livré à la merci du plus fort.

Oh ! les angoisses et les alarmes de nos pères furent grandes alors. Ils se voyaient tout à coup abandonnés de ceux mêmes sur lesquels ils devaient le plus compter : les marchands, les hommes de lois et la plupart des familles notables, qui avaient eu leur confiance dans des temps meilleurs, fuyaient aujourd’hui vers la France avec nos soldats vaincus. Ils voyaient devant eux le sort inévitable des pauvres Acadiens que les mêmes vainqueurs avaient, quelques années aupara-

<vant, arrachés à leurs foyers et distribués forcément dans les colonies anglaises. Ils voyaient leurs terres pillées et ravagées—le pays épuisé, ruiné par la mauvaise administration qui cessait, bouleversé, morcelé par celle qui lui succédait—leurs lois et leurs coutumes abolies et remplacées par une jurisprudence inconnue, écrite et administrée dans une langue inconnue—leurs magistrats et capitaines de milice destitués parce qu’ils étaient catholiques, et, à leur place, les vivandiers et les fournisseurs de l’armée anglaise, qui, devenus magistrats, les maltraitaient et les tyrannisaient. Ils voyaient leur religion, leurs églises, leurs institutions de charité et d'éducation à la merci d’un gouvernement qu’ils ne connaissaient jusque-là que par les persécutions dont il avait abreuvé la catholique Irlande. Et, comme prélude des traitements qui leur étaient réservés, ils virent la la jeunesse canadienne chassée du collège des Jésuites et remplacée par des soldats ; ils virent la dotation sacrée de cette institution détournée de sa destination et adjugée comme récompense à leur vainqueur.

Telle fut, pendant quinze ans, la position de nos pères en Canada. L'acte de Québec (1774) qui vint mettre à couvert leurs lois, leur religion et léurs institutions ne sut point tout à fait les protéger contre les exaetions et l’arrogance du petit nombre de favoris que chaque gouverneur et chaque régiment trainaient à sa suite. Mais maintenant que la foi britannique leur garantissait tout ce qui pouvait leur être cher, le succès et l’affranchissement n’étaient plus qu’une question de prudence ; la lutte n’était plus qu’une lutte de race à race, une lutte d'homme à homme. Et la Providence leur ména-

.: geait des ressources bien puissantes et bien sûres pour ces combats.

Les armes anglaises qai avaient terrassé Montcalm et sa vaillante armée, et qui avaient fait disparaître tous les vestiges de la puissauce Française en Canada, n’avaient rien pu contre l’humble màison

‘d'école de Margusrite Bourgeois et les deux ou trois autres institu-

tions d'éducation qui survivaient au désastre général. Dans l’état

d'abandon et de désespoir où se trouva la population française, ces ! institutions devinrent le sanctuaire où se conserva le flambeau de ! l'instruction, et où les rares amis du pays voyaient encore luire des ‘ espérances de nationalité.

L'acte de Québec, accordé aux Canadiens sous le coup de la guerre de l'indépendance américaine, avait fait une position trop belle et trop inattendue à nos pères pour qu’ils hésitâssent plus longtemps à sortir de l’état d'inertie et d’isolement dans lequel les avait plongés le règne militaire, et à réclamer tous les droits et priviléges des sujets anglais. Les traditions encoro vivantes de ces temps de luttes nous montrent une poignée d'hommes, sincèrement attachés aux saintes espérances de nationalité et armés de l’acte incomplet de 1774, luttant corps à corps avec cette légion d’aventuriers que le nouvel ordre de choses avait placés, dans les villes et les campagnes, à la tête de la magistrature. De longues années devaient encore s’écouler avant que la conquête de nouveaux droits vint couronner tant de combats et tant de luttes. |

Mais dans l’intervale les pertes de la guerre se réparaient, s’oubliaient ; les établissements se multipliaient, l’agriculture se développait, et nos maisons d'éducation avaient recommencé à verser dans nos villes et nos campagnes des hommes instruits qui s’y établissaient comme notaires, médecins ou marchands, et qui, plus tard, surent briller dans la vie parlementaire et devinrent nos plus fermes défenseurs.

y À peine le collége des J'ésuites et les petites écoles qui en dépen-

\ daient furent-ils fermés, que le séminaire de Québec ouvrit généreusement ses classes au public et remplaça l'institution que l’on venait de frapper. Les Sœurs de la Congrégation, qui avaient vu plusieurs de leurs écoles fermées à la suite de la guerre, recommencèrent leurs paisibles missions et surent insensiblement s’introduire dans diverses parties du pays négligées jusque-là. Le séminaire de St. Sulpice,

dont on convoitait tout haut les propriétés, instruisait plus de trois

| cents enfants à Montréal et multipliait les écoles dans l’Ile. Les

! Ursulines et l’Hôpital-Général qui, quelque temps avant la cession du pays, s'était voué à l’éducation, poursuivaient toujours leur œuvre sainte à Québec et aux Trois-Rivières. Mais toutes ces institutions ne s’étendaient guère au-delà des limites des villes et des villages ; et nos campagnes, au début du nouveau régime comme dans toute la durée de l’ancien, se voyaient privées de tous moyens réguliers d’instruction.

VIIX. Legouverneur anglais s’ocenpe un instant de l'instruction—mais la : question d’une constitution absorbe tous les esprits—temps glorieux pour les défenseurs de notre nationalité,

Cependant le gouvernement anglais, qui commençait à organiser son autorité dans ses nouvelles provinces, ne tarda pas à porter ses regards sur ce sujet important. Lord Dorchester, gouverneur de la province de Québec, nomma en 1787 une commission chargée de

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s’enquérir de l'éducation et des moyens de la répandre dans la province. Cette enquête ne produisit aucun résultat heureux, et termina ses travaux par des recommandations magnifiques. On recommandait l'établissement d’écoles élémentaires dans toutes les paroisses, d'écoles modèles dans tous les comtés et d’une université ouverte aux catholiques et aux protestants dans la province : pour soutenir ce système d’éducation mixte, on prenait les biens des Jésuites (dotation catholique), certains legs pieux (legs protestants) et une certaine étendue des terres de la couronne. |

C’est à l’occasion de ce plan d'éducation que se révéla l’un des plus beaux talents qui ait orné la chaire épiscopale du Canada, et qui a laissé dans le pays des monuments qui témoigneront longtemps de l'intérêt qu’il prit toujours à l'instruction de la jeunesse. Je voudrais reproduire ici la lettre admirable qu’écrivit l’Evêque de Québec d’alors, mais qui était l’œuvre d’un jeune sous-diacre, son secrétaire. On y verrait briller cette profondeur dans les vues, cette exactitude dans les jugements, cette rigidité dans les principes, ce patriotisme dans les sentiments qui distinguèrent si remarquablement l’'Evêque Plessis, lorsqu'il fut placé plus tard à la tête de l'Eglise canadienne. Dans cette lettre, il sut le premier exposer aux yeux préjugés du comité, les services que nos institutions d'éducation avaient toujours rendus et rendaient encore tous les jours au pays. Il fit connaître le cours d’étudés que l’on y suivait, les sciences que l’on y enseignait et les succès que l’on y obtenait; il nomma les hommes que l'Eglise et l'Etat y étaient venu chercher et qui en faisaient la gloire ; il s’opposa à l'établissement d’une université que ne justifiaient point encore les circonstances de la colonie, et avança hardiment que les séminaires de Québec et de Montréal suflisaient à ces besoins et devaient être encouragés : qu’il était cependant avantageux d’ouvrir un troisième établissement où l’on enseignerait les hautes études et les sciences pratiques : que pour cela, il y avait, dans le centre de Québec, un édifice spacieux d’où Von avait chassé des élèves qui se voyaient aujourd’hui remplacés par des soldats; que le collége des Jésuites était suffisamment doté pour . ces fins et que plus tard on en pourrait faire urie université; que la dotation avait été faite pour les besoins de l’instruction dans la province, et que la couronne n’avait pas le droit de la détourner de sa destination et de se l’approprier.

Il protesta seul et le premier contre l’acte de spoliation dont s'était rendu coupable le gouvernement anglais, et fut le premier. comme le plus puissant des champions qui s’enrôlaient alors sous la bannière de nos institutions, notre langue et nos lois.

Les différends qui survinrent au sujet de ce plan d’éducation miste, et les discussions qui s’élevèrent à propos de la fiouvelle constitution que les colons demandaient et que l'Angleterre se préparait à accorder, absorbèrent tous les esprits et firent perdre de vue, . Sem plusieurs années, le sujet important de l'instruction publique.

ais à peine le système représentatif fut-il établi dans la colonie, que les Chambres s’en occupèrent : et leur premier soin fut de

réclamer du gouvernement anglais ces biens immenses qui avaient

été donnés pour l’éducation et qui seuls pouvaient satisfaire aux besoins du pays. Leurs efforts ont été inutiles jusqu'ici. Le droit et la justice ont dû subir la volonté d’un gouvernement qui voyait dans cette dotation une autre valeur que sa valeur intrinsèque.

Iln’y a pas vingt ans encore, un homme que Les Canadiens- ”

Français avaient, pour ses talents et surtout ses sentiments d’honnêteté et de justice, choisi, pendant de si longues années comme leur mandataire et député, dans les rangs même de ceux parmi lesquels se trouvaient tant d’ennemis de leurreligion et de leur nationalité, un homme que, jusqu’à sa mort, ils ontentouré de respectet de popularité —l’honorable John Neilson s’exprimait ainsi dans la Chambre d’ Assemblée :

‘ Ces casernes, il n’est aucun des vieux habitants du Canada qui ‘“ puisse aujourd’hui les voir sans de pénibles sensations. Fondé ‘ dès l’époque reculée de 1636, par un ordre d’hommes qui ne ‘ traversèrent l’océan que pour habiter parmi les sauvages habitans ‘ de nos terres encore inconnues, et qui toujours n’eurent pour “ récompense que les misères et souvent la mort qu’ils trouvèrent au & milieu des tortures les plus cruelles, cet édifice s'était élevé par € leurs travaux et leurs soins et par des donations pieuses, jusqu’à ‘ devenir l'institution d'éducation la plus remarquable qu’il y eut € alors dans l'Amérique du Nord. (C’est dans ce collége que la ‘ plupart des chefs de la génération présente ont reçu une éducation € libérale. Ils se flattaient tous que cette institution était destinée “à en répandre et perpétuer à toujours les bienfaits dans le pays. Mais elle n’est plus aujourd’hui que le triste monument d’un ‘ changement de gouvernement quia été avantageux sous tant 4 d’autres rapports.”

Il n’entre pas dans mon sujet de parler ici des luttes et des discussions qui s’élevèrent au début de l’ère parlementaire dans Jaquelle entrèrent les Canadiens-Français. Qu'il me suffise de dire que ce fut

, à cctte époque que la patrie recueillit avec gloire le fruit des longues : et laborieuses leçons que nos maisons d’éducation avaient inculquées

depuis si longtemps dans l’esprit de la jeunesse canadienne, Ce fut

alors que chacune de nos institutions, attaquées dans ses parties -

vitales, trouva dans les enfants du sol, dans les élèves de nos colléges,

des défenseurs hardis et puissants dans l’orage. L'éducation menacée ‘ dans sa base et la religion persécutée dans ses priviléges et son indé-

pendance, furent maintenues et protégées par les talents et l'énergie dun Plessis... La nationalité française attaquée dans sa langue et dans

ses lois fut honorée et vaillimment défendue par les Panet et les

Cugnet et les Viger..….…. Les Canadiens-Français méprisés et assujétis dans leurs droits politiques et dans leur franchise furent honorablement vengés par les Papineau et les Rédard, les Blanchet et les Bourdage...….L’éloquence, les lettres et les sciences trouvèrent des interprètes distingués dans les Quesnel et les Papineau, les Vallières-

de-St.-Réal et les Demers..…..L’esprit brave et chevaleresque de la

France d'autrefois sut revivre et trouva de nobles rejetons dans un De Salaberry...….

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Aussi tous ces noms illustres dans notre histoire et tant d’autres qui ne cessent d’y apparaître à chaque page, constituent-ils désormais la partie active et militante de ce groupe d'hommes dévoués qui, dans leurs diverses sphères et leurs divers états, concourent maintenant au travail sacré de la nationalité française en Canada. Au corps religieux et à ses institutions d’éducation avait été réservée la tâche de planter et acclimater ce faible germe contre lequel s'étaient ligués tant d’ennemis différents ; à sa prudence et à son dévouement avait été confié l’arbrisseau que ses soins et le temps avaient vu grandir : et, aujourd’hui, l’arbrisseau devenu arbre, avait étendu ses racines et rapportait des fruits qui en faisaient la gloire et en perpétuaient l’existence. A d’autres maintenant, à ces fruits, aux élèves de nos colléges appartenait la tâche de le protéger et de le défendre—à eux, les veilles et les combats—à eux, les luttes dans la. tribune, les luttes dans la presse, les luttes dans la rue, sur la place publique—à eux et contre eux, les séductions et les trahisons—à eux:les persécutions et les emprisonnements ; et ils ont eu le massacre et le pillage. ils ont eu les échafauds…

EX La législature prend en main la question et fait une loi populaire—progrès de l'instruction primaire—Le clergé n’est pas inactif —fondation de nombreux colléges dans nos campagnes.

Au milieu de l’agitation et du bruit que suscitèrent nos discussions politiques, l'instruction publique ne fut cependant pas négligée. Dès 1801, quelques tentatives avaient été faites à cet égard par le gouvernement provincial, mais ces tentatives, évidemment entachées de’ prosélytisme dans la pratique, avaient avorté ; car le peuple, guidé par ses curés, fuyait des écoles sur lesquelles il n’avait aucun contrôle. Aussi l'établissement désigné sous le nom pompeux de “ Bureau de l'institution royale pour l'avancement des sciences,” me comptait-il, vingt ans après sa création, que trente-sept écoles fréquentées par 1048 élèves. Par suite de l'opposition faite aux écoles de l'institution royale, il s'était ouvert dans nos campagnes des écoles pauvres et mal payées, mais sous la direction du clergé et partant du goût des catholiques : et ce fut pour ces dernières écoles qu'après le laps de plus de vingt années, fut passée la loi des écoles élémentaires qui en donnait la surveillance à des syndics élus par les habitants de chaque paroisse et qui leur accordait un encouragement libéral. Ce système acquit une grande popularité dans le pays et l'on vit s'élever des écoles dans tous les recoins de la province.; Les rapports, transmis pour la première année de sa mise en opération, font voir qu’il s'était ouvert 381 écoles élémentaires fréquentées par 14,753 élèves, tandis que l'institution royale, de création plus ancienne, ne comptait que 84 écoles et 8675 élèves. Le bureau de l’institution royale, qui n’avait été établi que dans des vues de prosélytisme ét d’anglification, tomba bientôt dans le discrédit, jusqu’à ce qu’en 1832, les riches allocations qui le maïntenaient furent diminuées— finalement discontinuées. Et alors l'instruction publique dans le pays fut presqu’entièrement laissée aux dispositions de la loisi connue

depuis sous le nom de l’Acte des petites Ecoles. (Cet acte subsista jusqu’en 1836—époque à laquelle la faction qui régnait dans les conseils du gouvernement prévalut : l’acte tomba et avec lui seize cents écoles qui donnaient l'instruction à plus de quaranté mille enfants ! !

Pendant que nos législateurs faisaient tant d’efforts et de sacrifices pour établir et répandre l'instruction primaire dans nos campagnes, notre clergé ne restait pas dans l’inaction. Plus libre maintenant dans ses démarches et toujours paisible et persévérant dans ses moyens, il continuait l’œuvre commencée deux cents ans auparavant, et fondait dans diverses parties du pays ces hautes écoles et ces colléges qui sont aujourd’hui pour nos campagnes un foyer de patriotisme et de vertus, et pour notre nationalité une pépinière inépuisable de soldats qui s’instruisent à la défendre.

Nicolet, joli village situé dans un district densément peuplé et d’un accès facile pour les deux rives du fleuve qu’il domine, voyait une école élémentaire, fondée, en 1795, par les soins généreux de M. Brassard, curé du lieu, prendre de jour en jour des proportions nouvelles, se convertir bientôt en un collége et devenir, sous la puissante protection de Mgr. Plessis, un centre actif d'instruction et de lumières.

Dix ans plus tard, sur les bords charmants de la rivière d'Yamaska, un autre pieux curé jetait les fondements du collége de St. Hyacinthe; il envoyait, à grands frais, des instituteurs se former aux Etats- Unis dans les hautes sciences de la chimie et de la physique; et, au prix des plus grandes privations et des économies d’une longue suite d’années, il a pu voir son établissement se développer d’années en années, et briller bientôt au premier rang de nos maisons d’éducation.

Vers les mêmes temps, mais dans les régions Nord-Ouest de Montréal, un autre curé, M. Ducharme, aidé d'amis aussi généreux, commençait le collége Ste. Thérèse où plus de deux cents élèves reçoivent aujourd’hui une instruction classique. Plus tard le collége de l’Assomption lui venait en aide, et ouvrait comme lui aux populstions des profondeurs de Montréal des classes où 238 écoliers reçoivent dans le moment une éducation parfaite.

En 1825, sur la berge élevée du bassin de Chambly, dans un lieu des plus pittoresques, le Rév: M. Mignault, qui rappelle encore aujourd’hui le type du gentilhomme français instruit et poli, posait la première pierre de cet immense édifice que l’éducation doit à sa générosité dans cette partie importaute du pays. Onze instituteurs

instruisent aujourd'hui plus de deux cents élèves dans toutes les Droles de l’instruction moderne. Les riches paroisses de la Rivière Chambly sont orgueilleuses de leur collége et, chaque année, New- York, Albany et d’autres villes des Etat-Unis y envoient des élèves compléter leur instruction.

Nos campagnes du district de Québec, qui ne manquaient point d'hommes zélés et dévoués, ne devaient point rester en arrière.

En 1827, Chs. Fr. Painchaud, curé de Ste. Anne la Pocatière, jetait les fondements d’un large édifice qui, agrandi et complété

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successivement chaque année, forme aujourd’hui le superbe collége de Ste. Anne. Commencé avec les faibles moyens du digne curé, cet édifice s’est continué par les contributions et les travaux de ses paroissiens. Il est agréablement bâti dans un endroit salubre et pittoresque, et, au milieu des paroisses commerçantes et populeuses de nos côtes d’en bas, il offre une retraite paisible et agréable à la jeunesse studieuse, et est devenu pour ces paroisses riches une maison d'éducation féconde en hommes instruits et influents.

X. Période de prospérité dans le pays—l’enseignement s'adapte aux progrès--Frères de la Doctrine Chrétienne—écoles d'industrie, d'agriculture etc. les Pères Jésuites reviennent en Canada--Université-Laval,

La période heureuse et paisible pendant laquelle toutes ces créations scolaires surgirent, peut, avec raison, être considérée comme l’époque de la renaissance parmi nous. En effet—tout ce que nous devions chérir en fait d’insütutions nous était alors garanti par le Parlement Britannique et par une possession qui s’accréditait d’années en années. Nos droits politiques étaient assis, reconnus, avaient des défenseurs habiles et puissants ; le commerce, plus sagement exploité par notre nouvelle mère-patrie, nous ouvrait les portes de la prospérité et des richesses ; l’industrie, aiguillonnée par de nouveaux débouchés, s’attaquait à tous les produits, et exerçait toutes les intelligences; et nos terres, partageant cette fermentation générales, étalaient toute la fertilité dont elles étaient capables. Pour faire face aux exigences de ce nouvel état de choses, les esprits demandaient une elle direction, un système d'instruction mieux adapté aux progrès du jour : aussi les créations scolaires de cette époque respirent-elles toutes cet air de régénération, sont-elles toutes em-

reintes de cette idée de rénovation. Les sciences abstraites et les angues mortes cèdent une partie du temps qu’elles s'étaient exclusivement arrogé, et l’étude de la langue anglaise, nécessaire aujourd’hui, et les connaissances pratiques et usuelles et les élémens du commerce et de l’agriculture et de l’économie s’y établissent comme fond d’enseignement. Nos vieilles institutions mêmes paient le tribu aux idées nouvelles, en prenant un certain air de fraîcheur, et semblent comprendre ce que l'instruction doit être à cette époque et pour notre pays.

Le mouvement de l'instruction qui s’était ralenti, ou pour mieux dire, recueilli pendant quelques années, ne tarda pas à prendre un nouvel essor dans sa nouvelle direction. Encore ici le corps religieux ge Ua AN

e sont les Frères de la Doctrine Chrétienne qui, avec leur système d'instruction pratique et populaire, s’établissent d’abord à Montréal et

y instruisent deux mille enfans ; et, descendant à Québec, y ouvrent

trois classes dans trois parties différentes de la ville, et, enseignent à

plus de quinze cents enfants, se répandent dans toutes les parties du

ays, y prennent la direction des colléges et partout popularisent

“instruction, l’élèvent à la hauteur des besoins nouveaux et ouvrent

une nouvelle ère pour les classes ouvrières de nos grandes villes.

Ce sont les Frères St. Joseph qui ouvrent leurs écoles d'industrie à St. Laurent, à Vaudreuil, etc., et y enseignent les élémens des sciences et l’agriculture perfectionnée.

Ce sont les Frères du St. Viateur qui prennent la direction du collége Masson à Terrebonne et du collége Joliet au village de l’Industrie :

Enfin ce sont les Pères Jésuites qui reviennent en Canada.

Après une absence de plus de 70 ans, ils reviennent pleins de jeunesse et d’ardeur dans le pays qui est devenu riche et puissant. Pauvres aujourd’hui et toujours missionnaires, ils viennent s'asseoir sur la borne de leur ancien héritage, ils viennent frapper à la porte de leur ancien collége où personne ne les reconnait. Leur zèle, leur dévouement n’a pas changé, il trouve au contraire de nouveaux aliments dans les traces profondes que plus d’un siècle de travaux et de succès ont laissées et leur rappellent, sur chaque point de la Nouvelle-France, et dans les souvenirs affectueux et sympathiques dont ils sont encore l’objet. Leurs travaux apostoliques recommencent ; leurs missions interrompues du Lac Huron et du Sault Ste. Marie se continuent, et les peaux rouges revoient avec bonheur les robes noires d'autrefois. Pour eux le Canada est toujours la Nouvelle-France—Montréal est toujours Ville-Marie; et pour eux, aujourd’hui comme il y a deux siècles, l’éducation est le premier des besoins de la société. A peine ont-ils mis le pied en Canada qu’ils deviennent l’objet de la bienveillance universelle ; les dons se multiplient, les bourses se délient et, en moins de deux ans, les Jésuites ouvrent à Montréal un collége qui ne tarde pas à jouir d’une haute réputation. Aujourd’hui le collége Ste. Marie compte audelà de cent élèves qui viennent, des différentes parties du pays et des états voisins, puiser une instruction qui ne le cède en rien à celle donnée dans les hautes institutions d'Europe. Outre les cours ordinaires suivis dans les autres colléges, le collége Ste. Marie possède une école de droit, sous le patronage des Membres du Barreau Canadien les plus distingués de Montréal, et jouit, en conséquence, de priviléges que la Législature Provinciale n’accorde pas aux autres institutions.

La date toute récente de la fondation de ce collége, le cours

d’études développé et perfectionné qui y est suivi et les priviléges exceptionnels dont ses élèves deviennent l’objet, s'ils suivent le cours de droit, me ramènent tout naturellement au grand évènement de l’époque actuelle—à l'inauguration de l’enseignement universitaire dans le Bas-Canada.

L’instruction élémentaire dont le succès et le progrès trouvent des garanties sûres dans le dévouement religieux et la générosité de la Législature, l'instruction libérale et ciassique particulièrement établie et maintenue dans nos colléges des villes et des campagnes, et toutes

ces écoles indépendantes que la générosité des individus fait surgir

tous les ans, réclamaient un centre commun, l’Aëma Mater où chaque institution püût venir épurer et retremper ses enseignements et ses doctrines, les revêtir du cachet de l’orthodoxie littéraire et scien-

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Le séminaire de Québec, fondé en 1662, par Mgr. François de Laval de Montmorency, a perpétué le nom de son fondateur en érigeant une université sous le titre ‘“ d’Université-Laval,” en vertu d’une charte royale datée le 8 décembre 1852. La pierre angulaire du principal

édifice a été posée le 21 septembre 1854, avec toute la pompe que

l’église catholique peut déployer, et au milieu de la joie et des acclamations de toute la popuiation de Québec ; et les premiers degrés universitaires ont été accordés en plein air aux professeurs des deux facultés de droit et de médecine par Son Excellence le Comte d’Elgin, aux bons offices duquel l’université doit sa charte ; et le 26 du même mois, la faculté de médecine a ouvert ses cours par le discours d’inauguration prononcé par le Doyen Jean Blanchet.

XI, L'Université-Laval couronne l’œuvre commencée depuis deux sièc'es— ses avantages pour la jeunesse du pays.

Ainsi donc notre jeunesse n'ira plusdans les colléges on académies secondaires des Etats-Unis puiser une instruction médicale, ou plutôt acheter des certificats de capacité qu’une opinion bien erronée et qu'une législation préjugée et défectueuse ont, pendant si longtemps, considérés comme indispensables dans le pays.

Elle n’ira plus dans les chaires de Paris chercher des leçons qui,. quelles que soient les capacités que ces leçons peuvent développer, quelques heureux fruits qu’elles rapportent, ne sont que trop chèrement payées quand elles le sont au prix des. ennuis et des dégoûts qui suivent toujours le retour de l’étudiant au pays, et qui souvent finissent par flétrir des intelligences brillantes, couper le fil des. existences les plus précieuses. Nos étudiants en droit ne seront plus condamnés à feuilleter sans cesse et ne jamais digérer cet amas confus de lois et de principes de jurisprudence différents qui constituent notre droit civil en Canada. Ils y suivront des cours de jurisprudence française telle que modifiée par notre législation et nos lois canadien nes et telle que l’a faite notre position géographique et sociale.

Bientôt les sciences et les arts auront des chaires; et les élèves, mettant à profit la magnifique collection de livres et d’instruments que le Séminaire réserve à. cette fin, pourront les étudier et pratiquer, pourront suivre ces développements et ces’ applications utiles auxquels l’industrie soumet tous les jours les découvertes des savants en Europe. Et l’agriculture, cette première et dernière espérance de notre prospérité, l’agriculture qui ne peut réellement attendre de progrès importants que dans l’application des sciences physiques, se. développera et marchera de front avec les autres branches de con naissancès si nécessaires dans le pays.

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Bientôt un Professeur de belles-lettres et d’histoire, exploitant les trésors de la littérature étrangère, en enrichira notre esprit, notre langue et nos souvenirs; et nous-mêmes, grâce à la position toute exceptionnelle et favorable que nous fait l’état de société au milieu duquel nous vivons, pouvant, par droit de naissance et d’adoption,

uiser au deux sources les plus riches et les plus fécondes de l’inteiigence humaine—la littérature anglaise et la littérature française —nous ne deviendrons que plus attachés à notre langue, nous

acquerrons le goût des lettres et notre génie, s’inspirant à une nature qui lui est propre, pourra peut-être rendre à notre mère-langue, sous .

des accens faibles, il est vrai, mais toujours intéresrants et pittoresques, des hommages que l’Europe ne dédaignera pas, puisqu'ils seront l'expression d’une vie sociale et intellectuelle toute exceptionnelle.

Ce n’est point là} une vaine attente : ce ne sont point des espé-

rances illusoires. Notre bibliographie est déjà très étendue, nous’

avons essayé tous les genres, depuis la poésie jusqu’à l’histoire : et chaque genre a produit des échantillons quine sont pas déplacés dans la bibliothèque de l’hommeinstruit. Qui sait s’il ne nous est pas réservé de donner à la littérature française en Amérique un reflet de cette splendeur qui éclaire le monde aujourd’hui ? L’Université-Laval, qui vient couronner l’œuvre commencée depuis plus de deux siècles, nous place, comme Canadiens-Français, au rang des peuples intelligents et indépendants pour leur moyens d'instruction. ‘Elle va imprimer à notre système d'éducation ce. sentiment d'énergie, d'union, d’uniformité qui lui manquait, et ses études plus fortes donneront un caractère plus sérieux, des ambitions plus nobles à la foule de jeunes gens qui s’y formeront. Solidement assise sur le roc de Québec et dominant l’horison de toute la hauteur de sa position, elle sera pour les générations futures le monument durable des sacrifices sans bornes, des travaux incessants èt de la r xrévérance toute providentielle de notre clergé catholique,

pendant qu’elle est pour nous, aujourd’hui, un gage de plus.

assûré à la conservation de notre nationalité en Canada.

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