EXPLOITS DE LA GENDARMERIE
du roy Philippe, très calliolicque roy des Espagnes, ès Peis Bas de Flandre, durant le gouvernement à’ Alexandre, prince de Parme et de Plaisance, depuis la pacification des provinces réconciliées.
Alexandre Famèse, prince de Parme et de Plaisance, demeuré lieutenant-général du très catholicque roy Philippe, ès Peis d’embas de Flandres, dez le décès de don Juan d’Austriche 1 * , continuoit à travailler de réduire en l’obéissance du roy les peys et villes y révoltées, et tenoit avecque très belle et puissante armée la ville de Maestricht assiégée*, lorsque les Estats des peys d’Artois et de Haynault, après que le duc d’Alençon fut sorti de Mons, demandèrent réconciliation avec le roy. A quoy fut volontiers entendu, pour la bonne inclination qu’a tousjours heu 3
1 l* r octobre 1578.
1 Du 8 mars au 9 juin 1579.
3 On trouvera fréquemment dans ce récit heu, heurent, vehu, pehu, etc., pour eu, eurent, vu, pu, etc.
le roy de conserver ses subjects, en leur remettant beaucoup de choses que justement il leurpouvoit desnier *, plustost que, appliquant la rigueur de sa puissance légitime, les réduire à l’extrême des calamitez, lesquelles ont de tout temps suivi semblables soulèvements. Et estant venus au camp devant Maestricht, à cesteffect, l’esleu d’Arras, abbé de Sainct-Gulain* le sieur de Câpres 1 * 3 4 et quelques aultres leurs députez, finablement fut accordée ladicte réconciliation * à certaines conditions, desquelles l’une fut que les gens de guerre, comme Espaignols, Bourguignons de la Franche-Comté, Allemans et autres, non sujects naturels desdicts Peys-Bas, lors estans en l’armée du roy, sortiroient; occasion dequoy.ils furent licenciez, y demeurants touteffois la pluspart desdicts Bourguignons, tant pour estre de mesme langue avecque les Valons, que pour estre sujects du roy, soubs un mesme gouverneur, et de partie d’iceulx fut dressée la garnison de Maestricht depuis la prise 5 6 , soub la charge du sieur Gomicourt fi , Artésien, restant François
1 Dernier, dénier, refuser.
* Dom Mathieu Moulsrd, né eu 1536, â Saint-Martin prés d'Arras, élu abbé de Saint-Ohislain en 1564, nommé évêque d'Arras en 1575, mort le 2 juillet 1600.
9 Oudart ou Édouard do Boumonville, baron de Câpres, gouverneur d’Arras. 11 fut créé comte de Hennin en 1579. 11 épousa, en 1581, Marie-Christine d'Egmont, lille de Lamoral et de Sabine de Bavière. 11 mourut à Bruxelles en 1585.
4 Le traité de réconciliation dos provinces wallonnes avec Philippe II, arrêté le 17 mai, fut continué par le roi, le 12 sep terobro 1579.
5 Maestricht fut prise le 29 juin 1579.
6 Adrien II, sieur de Gomiecourt, en Artois, chevalier de l’Ordre de saint Jacques, mort en 1596.
SUR LK MARQUIS DK VAREMBON.
Darricourt gentilhome bourguignon, pour lieutenant; demeura encores ès dicta Peys-Bas, près du prince, Marc de Rye 1 2 , des principales maisons de Bourgongne, marquis de Varrambon, colonel de l’infanterie bourguignonne, seul d’entre les chefs licentiez, et par ordre que lui en donna le prince, à Namur, suyvant encores l’expresse volonté du roy, tant à raison de sa fidelle et constante dévotion au service de Sa Majesté, que de la connoissance qu’il avoit des affaires desdicts peys, entre ceux qui restoient près dudict prince, y ayans suivi continuellement les lieutenant-généraulx du roy et spécialement se treuvé à l’arrivéede don Juan d’Austriche, des premiers qui l’assistèrent, mesmes au commencement de ces dernières révoltes 3 4 .
Or, depuis la sortie desdictes gens de guerre, s’estant le prince retiré à Mons, demeurant la gendarmerie Valonne ores à Anthoin, ores à Granmont, sous la conduite du marquis de Robaix*, continué général de la cavalerie, par le traité de la réconciliation, sieur de Montigny 5 et autres colonels, ne se feit
1 Je n'ai trouvé aucune mention de ce gentilhomme.
* Sur Marc do Rye, voy. la préface.
3 Mémoires de Marguerite de Valois, 144.
4 Robert de Melun, vicomte de Gand, marquis de Roubaix, Ilia d'Hugues do Melun, baron d’Antoing, prince d’Épinoy et do Marie Yolendede Werchin, héritière de Pierre, marquis de Roubaix. Il était frère cadet de Pierre de Melun, prince d’Epinoy. Sa devise était : tout ou rien, contente Melun. Il périt au siège d’Anvers.
5 Philibert-Emmanuel de Lalaing, baron de Montigny, et, par sa femme, Aune de Croy, marquis de Renty ;fils de Charles, comte de Lalaing et do Marie de Montmorency, il naquit a Valenciennes, le 3 mai 1558 et mourut à Mons, le 27 décembre
chose d’autre importance , sinon que le jcomte de Mansfelt *, mareschal de camp, ayant pour le roy assiégé et battu la ville de Bouchain, à la fin la prit à composition*; dedans y commandoit pour les ennemis, au temps de la prise, Boscho, sieur de Villers 3 , lequel, peu auparavant-*, ayant traicté avec le sieur de Selles*, lieutenant des gardes du roy, de le mettre dedans, à certain prix d’argent, qui fut compté, et
1590. Il embrassa d'abord la cause des confédérés, combattit dans leurs rangs à Gembloux, puis devint le principal chef des Mécontents. Voy. les Mémoires de Montigny , annotés par feu J. -B. Blaes. Publication de la Société.
1 Pierre Ernest, comte de Mansfelt, devint gouverneur de Namur et de Luxembourg, le 2 juin 1545, et gouverneur des Pays-Bas en 1592 ; il mourut en 1604. Il eut de sa première femme, Marguerite de Bréderode, qu'il avait épousée en 1546, un (Ils également célèbre, le comte Charles de Mansfelt. Parmi ses nombreux bâtards, on compte Ernest de Mansfelt, un des héros de la guerre de Trente ans, qui naquit en 1580.
2 La prise de Bouchain eut lieu le 4 septembre 1580. Van Meteren, 193.
3 Les Mémoires anonymes publiés par M. A. Hennh,V, 275, l'appellent le seigneur de Bocx (!) et de Villers. C’est Josse de Zoete, seigneur de Villers, nommé maréchal de camp en remplacement de La Noue, en 1581; puis stadhouder d'Utrecht, en 1584. Voyez la note de l’éditeur cité, et Documents inédits, par Diegerick, 115, 116, 117, 118.
4 Le 23 juin 1580, selon les Mémoires anonymes V. 275 à 280, qui racontent assez longuement cette tentative sur Bouchain. Voyez aussi Bentivoglio, Histoire des guerres de Flandre (trad. Loiseau), II, 353 ; Rbifeenberq, Annales de l’ abbaye de saint Ghislain, dans les Monuments, etc., VIII, 742; Le Petit. La Grande Chronique anc. et mod. de Hollande, Zelande, etc. Dordrecht, 160, 1, II, 399 ; Van Meteren, Histoire des Pays- Bas. La Haye, 1618, 192 v®. Documents inédits, 118, 119.
5 Jean de Noircarmes, baron de Selles, gouverneur de Saint Orner. 11 fut conduit au château de Rammekens, où il mourut dechagrin, en 1584. Van Meteren, 193.
laissé entrer ledict sieur de Selles, avec partie de ses gens, après avoir abattu la porte coulisse, les feit tailler en pièces, retenant le sieur de Selles prisonnier, qui, depuis, au bout de quelques années, mourut en prison, disant Boscho qu’il n’avoit traicté de mettre lesdicts gens dedans.
Quelque temps après, faillit la ville de Gand à estre prise par les marquis de Roubaix, sieurs de Montigny et de la Motte 1 , lesquels advertis qu’en quelque endroict de la ville, la muraille estoit basse et non fortifiée, ayant esté deffendu de la piller et promises aux soldats, en récompense, quelques payes, après avoir esté jusques sur le rempart, furent contraincts de se retirer, pour n’avoir esté suivy, en raportant le sieur de la Motte une blessure au bras*.
Les mesmes, sortant de ladicte entreprise de Gand, faillirent, avec leurs gens, d’estre taillez en pièces, dans la ville de Bruxelles, sur laquelle ilz avoient dessein et traicté avec aucuns, de leur laisser une porte ouverte, à l’aube du jour; car ceux de dedans y ayant faict entrer bon nombre de soldatz secrètement, et logé en quelques endroicts de la ville de grosses pièces de canons, et des harquebusiers et mosquetiers qui les
1 Valentin de Pardieu, sieur de la Motte-aux-Bois, né à Saint Orner, en 1529, gouverneur de Gravelines, embrassa d’abord la cause des confédérés, assista A la bataille deGembloux,en 1578, entra ensuite dans le parti des Mécontents ; prit une part très active à la réconciliation des provinces du Midi, combattit sous Alexandre Farnèse, et fut tué devant Dourlens, en 1595. Sur ce personnage, voyez surtout Diegbrick, Correspondance de Valentin de Pardieu, etc.
* Cette tentative sur Gand doit être celle dont parlent les Mémoires anonymes, V, 296 et suiv. sous la date du 7 juillet 1580, et Le Petit, 11,411, sous la date du 13 juillet.
attendoient à pied coy, se délibéraient de les masacrer et tailler en pièces, dez qu’ilz seraient entrez ; mais Dieu.quia tousjours monstré, durant ces révoltes, qu’il assistoit et favorisoit la très juste cause du roy, destourna la fortune, par le moyen d’un païsan, qui venant de la campagne et ayant apperceu les gens du roy jà proche, en entrant poussa la porte, cuidant 1 * fairo un bon office à ceux de dedans et leur déclarant ce qu'il avoit vehu*; sur quoy, un soldat, ou par chaleur, ou par adventure pour estre catholicque, à intention d’advertir ceux de dehors, tira un coup de harquebute, d’où doutans 3 ceux de dehors d’estre descouverts, se retirèrent sans passer oultre, et par ce moyen, évitèrent le malheur 4 .
Le comte d’Egmont 5 * , au paravant 8 ayant intelligence avec aucuns de dedans, y entra par la porte d’Au 7 , qui pour sa hauteur et fortification pouvoit servir de chasteau et commander à la ville, et avec ses troupes passa jusquez en la place; mais peu de temps après, il fut repoussé et mis dehors, par quelque nombre de bourgeois, amassez par les gouverneur et magistrats, auxquels il donna loisir de
1 Cuidant, pensant.
* Vehu, vu.
3 Doutans, redoutant, craignant.
4 Cette tentative sur Bruxelles eut lieu le 24 juin 1580. Comparez Mémoires anonymes, V. 280 et Henne et Wauteks, Histoire de Bruxelles, 1,581. Le Petit, II, 410.
5 Philippe, comte d’Egmont, prince de Gavre, fils aîné do Lamoral, tué à la bataille d’Ivry, le 14 mars 1590.
0 Auparavant, c’est à dire, le 4 juin 1579, selon Henne et Wauteus, Hist. de Bruxelles, I, 505, Wauters, Hist. des environ, 1 ; de Bruxelles, I, 158, et Le Petit, II, 480.
7 Porte d'Ai‘, porte do Hal ou d ’Obbrussel.
ce faire, pour ne s’estre incontinant saisi de leurs personnes, ainsy qn’il convenoit; et le suyvant le malheur, quelque temps après, fut pris à Niauven 1 * , par La Noue*, gentilhomme françois qui avoit esté, par le prince d’Oranges, appellé ès Peys-Bas à tiltre de général des trouppes estancts au comté de Flandres.
Et d’autant que ceux de la garnison de Cambray, lors occupé par les François, faisoient beaucoup de courses et desgastz sur les peys réconciliés, fut la gendarmerie ordonnée de se saisir des advenues et passages, pour les incommoder et retrencher les vivres 3 , à l’effect de quoy fut aussi basti à l’entour quelque fort et pourveu de nombre de soldacts, qui toutefois ne pouvoit donner grand empêchement, d’autant que la ville estant frontière de France, de ce costé pouvoit estre aisément secourue, comme il apparut quelque temp3 après ; car le duc d’Alençon, la voulant conserver, feit en France une grosse levée de gents de guerre, à l’aide de laquelle il la ravitailla, n’ayant voulu le prince 4 , qui estoit à cest
1 Niauven, Ninovo. Cette ville fut surprise par La Noue, lo 30 mars 1580. Voyez Mém. anonymes V, 17(5; voyez aussi Le Petit, II, 385 et Van Meterex, 100, v®.
* François (le La Noue, dit Bras de Fer, né en Bretagne, en 1531, tué en 1591 au siège de Lamballe. Sur ce capitaine, voyez Kervyn de Volkaersbeke, Corresp. de François de La Noue.
3 Sur lo blocus et le ravitaillement de Cambrai, voyes Bentivoglio, II, 377; Strada, II, édition de Rome, 1701, qui mentionne la prise de Turenne et du comte de la Voûte, 190; J.-F. Le Petit, etc., II, 426, qui place le ravitaillement à la date du 18 août 1581 ; Van Mkteren, 208.
* Le Prince; c’est ainsi que l'auteur désigne Alexandre Farnése, duc de Parme.
effect sorti do Mons, îi l’instance d’aucuns particuliers des pays réconciliez, combatre l'armée françoise, pour ne légèrement hazarder ce peu de nombre de soldacts qu’il avoit. Et furent toutefois, lors de ce ravitaillement , par deux compagnies d’hommes d’annes du roy, pris le vicomte de Turaine 1 et le comte de la Voûte, fils du sieur de Vantadour*, avec quelques autres gentilhommes françois, voulants entrer dedans Cambrav, non sans avoir bien combatu, puis menez à Bouchain.
Quelques autres petites villes, tenues par l’ennemy, incommodoientetendommageoient beaucoup les peys récohciliez, mesmement ceux de la ville de Mons, et pour ce , désirant le prince de les faire assaillir , fut ordonné le marquis de Roubaix de sortir de Mons, pour faire assembler quelques compagnies d’Albanois, demeurées ès dicts Peys-Bas, par le mesme traicté, h l’effect de servir au dessein du prince.
Allans donc ainsy résolu, trois heures après le susdict advertissement, avoir fait prendre langue et appris l’allogement et contenance de l’ennemi, mesmes que les troupes que ledict La Noue conduisoit, estoient divisées en plusieurs villages, la cavallerie
1 Henri de la Tour, vicomte de Turenne, né en 1555, épousa, en 1591, Charlotte de la Marck, héritière du duché de Bouillon, et, eu secondes noces, Élisabeth de Nassau ; de cette dernière, il eut deux fils, dont le cadet fut le célèbre Turenne. Rendu â la liberté en 1584, il fut nommé maréchal de France, en 1592. — Voyez sur son élargissement, une lettre du marquis de Roubaix àHenri 111, du 26 avril 1584: Gachard, Rapport sur les archives de Lille, 205.
* Gilbert comte do la Voûte , fils du duc de Ventadour, s'échappa peu de temps après.
d’un costé et l’infanterie d’autre, voulurent assaillir l’infanterie, à laquelle toutesfois il ne purent faire aucun dommage, pour n'avoir que cavallerie et l’avoir trouvé logée dans des villages en l’église et au semetier à l’entour assez forts, se tenant couverte* là dedans; et pour ce, prindrent résolution de donner sur les villages où ledict La Noue estoit logé avec sa cavallerie, laquelle ilz surprindrent répartie en deux diverses troupes, le marquis de Varrambon demeurant d’arrière-garde, sur la retraicte, avec partie desdictz Albanois.pour ce que l’infanterie voyant la route que prenoient les gens du roy, cherchoit de se joindre à leur cavalerie; prenant le marquis de Varrambon telle poste, qu’il faisoit espaule au marquis de Roubaix, exploitant teste à La Noue, s’estautprésenté avecques un escadron; et de plus empeschoit que leur infanterie ne se joignisse à l’une ou l’autre desdictes troupes, n’ayant osé ledict La Noue, pour ne se trouver assez fort, attacquer ledict marquis de Varrambon, encors que la campagne fût ouverte pour bien jouer, moins se remuer pour secourir le reste de sa cavallerie, que fut occasion principale d’asseurer l’exploict, et audict La Noue un regret non pareil de voir une compagnie de lances et une de liarquebusiers à cheval des siennes, mises en pièces entièrement à sa veue, sans leur pouvoir donner secours.
Or, entretaDt que ledict marquis de Roubaix ainsy sorti, estoit à Roubaix, se retreuvant, en mesme temps, le marquis de Varrambon à une lieue environ loin de Mons, il eut advertissement que La Noue es-
1 Semetier, cimetière.
1 Couverte, cachée.
toit en campagne là proche, avecque gendarmerie; d’où doutant 1 que ledict La Noue ne voulusse entreprendre sur ledict Roubaix* et les y enclore, avec les dames ses mère, femme et sœurs 3 , qui eusse esté notable prise, oultre ce que la maison u’estoit tenable, prînt advis avec le marquis de Varrambon de se jetter dehors, et se rendre avec la cavalerie d'Alban ois logée à l’environ, en requérant ledict marquis de Varrambon de vouloir prendre charge, avec luy.de partie des troupes et de les commander, l'occasion se donnant d’exécuter, pour sçavoir combien il estoit désireux et enclin à choses semblables; ce que ledict marquis de Varrambon accorda que trop volontiers, ne désirant rien davantage que d’acquérir honneur, en semblables occasions, et principalement de venir aux mains avec un ennemy Bi renommé.
Après ceste main donnée, lesdicts sieurs se retirèrent à Courtray, afiin que l’ennemy ne vinse à recongnoistre le nombre de leur cavalerie, la logeant au faubourg; et pour ce aussy que Courtray estoit le lieu le plus commode pour recepvoir advertissement delà contenance de l’ennemy, et de ce qu’on pouvoit apprendre de ces desseins; où ils n'eurent demeuré
1 Doutant, craignant ou supposant.
* Le château de Roubaix avait été bâti vers le milieu du XV e siècle, par Pierre do Roubaix, seigneur du lieu. Statistique archéologique du départetnent du Nord. 1, 97.
3 On a vu plus haut que la mère du marquis de Roubaix était Yolondo Wcrchin ; il avait épousé Anne Rollin, fille de Georgos, seigneur d'Aimeries, dont il n’eùtpas d'enfant. Hélène de Melun sa sœur, avait épousé le 15 octobre 1565, l’infortuné Kloris de Montmorency, baron de Montigny, étranglé pendant la nuit du 16 octobre 1570, dans un cachot do Simancas ; sa plus j june soeur, Marie de Melun, épousa Lamoral, prince de Ligne.
SUR LE MARQUIS DK VAREMBON.
environ trois heures, qu’advertisant 1 * leur vint que La Noue marchoitavec environ trente enseignes d’infanterie et bon nombre de cavalerie, tournant teste contre Ingelmonster*.
Surquoy , s’estants résolus de l'aller attacquer, prenant, le marquis de Roubaix, cinq cens fantasins de mille qui estoient en la garnison dudict Courtray, des plus habiles, pour faire quelques bons exploicts, firent telle diligence, qu’un peu avant jour ils arrivèrent h Isenghien 3 , où les avancoureurs aians pris langue et heu 4 advertissement, par le moyen de quelques uns faicts prisonniers des trouppes dudict La Noue, mesme que l’ennemy avoit mis quatre-vingt soldats à la garde d’un pont 5 6 , qu’il falloit nécessairement passer avant que de les pouvoir aborder, fut envoié pour gaigner ledict pont, le capitaine La Biche 5 , avec les harquebusiers à cheval du roy, lesquels avoient commencé l'escarmouche h cheval, et puis s’estant mis à pied, pour en avoir meilleur raison, le fonceoient 7 avant que La Noue eust
1 Qu'advertisant, qu’advertisseinr nt.
1 Ingelmunster. Sur le combat d’Ingelmunster ou d'Iseghem, voyez Blaes, Mém. anonymes, I, 272, note I et V, 226; Kervyn de Volkaersbeke, Corresp. de - la Noue, 22; StraDA; II, 154 et suiv.; Bkntivoglio, II, 352. Ces auteurs indiquent le 10 ou lo 12 mai 1580. Lk Petit, II, 409;Van Metkrbn, 191 v». Dieckkick et Kervyn de Volkaersbeke, Documents inédits, Q te., I, 410 et suiv.
3 Isenghien, Iseghem.
4 Heu, ou.
5 Lo pont d'Iseghem, sur le Mandel.
6 Nicolas do la Biche, seigneur do Rouleleux, écuyer, capitaine d’une enseigne de gens de pied, au régiment do Montigny.
7 Fonceoient, enfonçaient, rompaient. Voyez sur la manière de combattre des arquebusiers à cheval, Histoire générale des
pehu 1 secourir ses gens de tant de soldacts qui eussent peu tenir le passage asseuré envers tous et contre tous.
Or, ne fut ce pont si tost foncé que La Noue, qui dez le soir auparavant avoit esté adverti par ceux de la garnison de Menin, que la cavalerie du roy estoit entré dans Courtray, sans en sçavoir dire néantmoins le nombre, eut mis* ses gens en ordre, au premier bruict qu’il ouyt, se doutant bien de ce qui estoit, rangeant sa cavalerie en escadrons, selon que le lieu le portoit, et partie de son infanterie en des hayes et fossez, sans oublier d’en mettre dans un moulin à vent, dont il pouvoit beaucoup endommager ceux qui l’attacqueroient.
Telle se trouva la contenance de l’ennemy, quand les troupes du roy passées, le marquis de Roubaix feit attaquer l’infanterie de La Noue par la siene, qui touteffois fut repoussée, demandant à secours la cavalerie ; mais le marquis de Yarrainbon, ayant en teste plusieurs escadrons de l’ennemi, combien qu’il fussent en beaucoup plus grand nombre, ne laissa pourtant se résouldre de les attacquer, les chargeant si vivement qu’il les rompit entièrement, nonobstant que l'ennemy avoit mis ■quelques escadrons à la droicte, à l’effect de luy penser prendre le flanc ; pour, à quoy pourvoir, le marquis de Varambon avoit mis quelques escadrons derrière celuy où il estoit, tant pour renforcer le sien, si besoin eût esté, que pour empescher que chose semblable ne luy ad-
guerres de Saroie, de Bohême , etc., par le seigneur du Cornet, introduction, LV.
* Pehu, pu.
* Eut mis ; le sens paraît exiger mit.
vinsse; de façon que pensant le capitaine Setou ', escossois, le charger en flanc, fut luy, par lesdicts escadrons derrière, comme le surplus, mis en route* et sa compagnie avec les autres taillée en pièces, non tonteffois san3 la perte de quelques uns, bien que peu, des gens du roy qui y furent tuez, et entre autres blessés, ayant esté le marquis de Varambon chargé en ceste meslée, de trois coups de harquebuse dans le corps de cuirasse, de deux au chapeau, quelques coups d’espée, l’un sur le large du pied, et d’un coup de masse sur le bras, qui toutefois ne porta trop rudement.
La route de ceste cavalerie fut cause de ce qui s’ensuivit, car l’infanterie ennemie, qui auparavant s’estoit reslargie 1 2 3 ès hayes et fossez, pour endommager les gens du roy, estonnée de ceste deffaicte, fut contraincte par leur général La Noue, qui de sa cavalerie deffaicte s’estoit jette entre icelle, déclarant qu’il vouloit vivre et mourir avec eux, de se retirer dans le retranchement et barri iuade à l’entrée du village, où de nouveau rattacquée par les cinq cents fantassins du roy, ayant à l’espaule le surplus de la cavalerie, qui n'avoit chargé, avec le marquis de Varambon, fut incontinant deffaicte, sans beaucoup combatre, après que lesdicts fantassins heurent 4 foncé lesdictes barriquades et retranchements, et mis
1 1,88 colonels Morris et Ceton commandaient nn corps de fantassins anglais et écossais an service des Ëtats, selon Bentivooi.io, II, 408. Kkrvtn ue Volkaersbekk, Corrresp. de la Noue (table) cite un capitaine Cetton ou Seton.
2 Route , dérouta, de l'espagnol rota.
5 Reslargie, répandue, disposée en tirailleurs.
4 Heurent foncé, eurent enfoncé.
le feu ès premières maisons du village et sans que ledict La Noue peusse donner aucun ordre que les gents du roy n’en eussent bon compte, à quoy servit bien l’embrâsement du village, par le moyen duquel, oultre la frayeur qui en saisit l’infanterie, La Noue estoit aussy empesché de la pouvoir ralier et commander selon la nécessité.
Ceste rencontre a bien esté l’une des plus belles et importantes qui soient advenues durant ces révoltes, car outre ce qu’en icelle furent deffaictes environ trente enseignes d’infanterie et quelques neuf ou dix cornettes de cavalerie, entre icelles la compagnie d’hommes d’armes du prince d’Orange, tous gents d’effect, quatre pièces de baterie et grande quantité de munitions de guerre gaignée, fut encore pris leur général La Noue, auquel chacun peut estimer si ne fut un extrême desplaisir de se voir faict prisonnier, et principalement lorsque lesdicts sieurs, retournant à Courtray, l’amenèrent avec eux en triomphe, ensemble le reste des prisonniers, faisant traîner à sa veue les enseignes conquises, où ils furent receus en grande allégresse, avec salves d’artillerie et harquebuserie, et tout l’applaudissement qui se peut penser, et depuis ledict La Noue gardé jusqu’à ce que le prince le feit conduire au chasteau de Lembourg 1 Il .
Il ne faut point doubter qu’estant homme de conseil, il eusse beaucoup servi àl’ennemi, mesme estant personnage d’exécution et de grandes entreprises, et qui, environ le mesme temps, en avoit aulcunes sur
1 La Noue resta, pondant cinq ans, prisonnier à Limbourg.
Il fut échangé, en 1585, contre le comte d’Bgmont pris à Ninove. Mémoires anonymes, V, 235 et suiv.
pied 1 dans les peïs reconciliez, en plusieurs lieux, comme à Lile, Valenciennes, Louvain, Maastricht et autres villes voisines; voires qu’au temps de sa prise, l'entreprise sur Lile estoit preste à exécuter, s’estant campé audict Ingelmonster principalement pour la couvrir, encor qu’il pouvoit avoir desseigné* de se saisir de ceste place, pour s’asseurer d’un passage entre Gand et Courtray.
Se tramoient encores plusieurs autres desseings de grande conséquence, qui à ce coup furent rompus, comme se descouvrit par le saisissement d’aucuns qui avoient esté sollicitez du parti des Estats-Unis révoltés, et dont quelques particuliers des' provinces réconciliées donnèrent advertissement au prince;, mesmes qu’un seigneur principal 3 des dictes provinces réconciliées, avoit traicté d’induire le prince à sortir hors de Mons, pour veoir les trouppes qu’il avoit assemblées, et en ceste conjoncture, se saisir de la personne d’iceluy, de ceux estant à sa suite et puis de la ville; ce que le prince ayant respondu ne pouvoir croire, sur les fréquentes asseurances que luy en firent lesdicts particuliers , leur permit quant à eux de se saisir de la personne du déféré <; en quoy
1 Sur pied, projetées. 2 Desseigné, résolu.
3 II s’agit ici de Guillaume de Homes, seigneur de Hèze, beaufrère du comte d’Egmont. Il avait abandonné le parti des États en 1580; mais il ne tarda guère & nouer des relations avec le prince d’Orange. Il fut décapité au Quesnoy, le 8 novembre 1580. Les pièces relatives au jugement de ce seigneur sont dans le Suppl, de Strada, Amsterdam, 1729, 1, 295 et suiv. Voy. aussi Strada, Rome 1701, II, 168, 169;Gachard, ('orresp. de Guillaume le Taciturne, III, 106; Le Petit, II, 414; Van Meteren, 192.
* C’est 4 dire du seigneur de Hèze. — Le mot déféré a ici U sens de dénoncé à la justice.
il donna grand tesmoignage de sa prudence et discrétion, pour ne vouloir, par quelque saisissement semblable, esmouvoir les provinces assez faciles à imputer aux gouverneurs, les malheurs qu’elles mesmes s’attirent, et néantmoins ne délaissa de parvenir dextrement à la descouverte de telles entreprinses; ce qui advint par le saisissement du déféré, arresté par le marquis de Roubaix et autres desdictes provinces reconciliées, se retreuvans ensemble ; lequel depuis mené au Quesnoy, fut condampné de mourir, après avoir esté convaincu au procès qui lui fut faict par aucuns, qui furentprisès consaux du roy et choisis pour agréables et nullement suspects aux provinces reconciliées, affin de lever tout soupçon d’affection ; tant taschoit le prince de ne leur laisser aucune occasion de mescontantement , considérant comme , dez le seul soubçon conceu par ces peuples sur don Jean d’Austriche, ilz estoient entrez en révoltes, desquelles le feu n’est encor esteint.
Ce fut aussy raison pour laquelle, pendant son séjour eu ladicte ville de Mons, estant difficulté subcitée par aucuns particuliers des provinces réconciliées, sur ce qu’ils disoient que ceux de la Franche-Comté de Bourgongne estant aux conseils privé et des finances ne pourroient y posséder leurs estats, pour non estre originels des Peys d'embas 1 ; encore qu’il la pouvoit aisément vuider, voulut touteffois en consulter le roy, duquel la résolution fut qu’ils demeureroient, et avec grande raison, car estant ladicte Franche-Comté, avec les comtés de Flandres et d’Ar-
1 Paya-Bas.
tois, les plus anciens patrimoines des princes de Bourgongne, puis qu’en icelle, comprinse en oultre soubs le gouvernement général desdicts Pays-Bas, les subjects desdicts Pays-Bas estoient et sont receus aux estats et offices, comme s’ils en estoient naturels, voires que les affaires de ladicte Franche-Comté se traittent ausdicts conseils privé et des finances, il est bien raisonnable que les subjects d’icelle soient habilles à y entrer.
Passa donc un long temps le prince audict Mons, laissant la conduitte de la gendarmerie aux susnommez, sans estre adveneu choses d’autre importance, sinon la deffaicte de quelque trouppe ennemie au pays de Frise 1 * , jusque à ce que il se résolut d’assiéger ceux de Toumay, irrité des courses et ravages lesquels ceux de la garnison de dedans faisoient sur les pays reconciliez, mesme qu’ils avoient osé entreprendre sur Condé* et Saint-Gulain 3 , d’où toutefois ils furent chassez par le prince, aussy tost qu’ils les eurent pris, et vint si à propos que le prince d’Espinoy 4 , estably par les Estats, gouverneur dudict
1 L’auteur fait ici allusion au combat d'Herderberg ou, vers la fin de juin 1581, Martin Scheinch battit le comte d’Hohenloe. Strada, II, 170.
! Condé. Le prince d'Ëpinoy y avait mis une garnison, qui abandonna la ville, à la nouvelle de l’arrivée de Farnése et fut battue, dans sa retraite, par Camille du Mont. Strada, II, 177. Documents inédits , II, 185, 189.
3 Saint-Gulain, Saint-Ghislain. Cette petite ville fut prise et saccagée par les Tournaisiens, le 8 septembre 1581 et reprise par Farnése le 13 du même mois. Chronique de Saint-Ghislain dans Rkiprrnbbsg, Monuments, VIII, 758 à 760. Voy. aussi Strada, II, 193; Lk Pktit, II, 436.
4 Pierre de Melun, prince d’Ëpinoy, gouverneur de Tournai.
Tournay, en estoit sorti pour se camper, avec quelques trouppes en la basse Flandre, devers Dunkerken ; et ayant le prince ordonné d’approcher les forces qu’il avoit, faict saisir les advenues et serrer la ville,
fit aussy approcher 1 laquelle feït breiche
fort raisonnable et par où fut commandé de donner l’assaut. A l’effect de quoy, le marquis de Varambon, lors volontaire, entra dedans le chemin qui avoit esté faict sous terre, par le moyen de la sappe, aboutissant sur le fosset, auquel estant parvenu, bien que le soignai ne fût encor donné, ne laissa pourtant d’aller résolument le long du fossé, pour y recongnoistre la bresche, à laquelle après s’estre présenté et l’ayant reconneu, à la fortune de plusieurs coups de harquebuse et de môsquetz tirez par ceux de dedans, retournoit contre l’emboucheure, lorsque le sieur de Montigny sortoitavec quelque cent ou cent cinquante tant gentilhommes qu’autres soldactz, avec lesquels il remit* pour la seconde fois, et fut un bien longtemps combatu si courageusement par les assaillants, que si ceux qui avoient ordre de garder l’embouchure du chemin soutterrain eussent fait suivre et n’eussent empesché le reste des soldats qui estoient dedans, on tient que la ville eusse esté, à cest assault, indubitablement emportée.
frère aîné du marquis de Roubaix. Il épousa, en premières noces, Marie-Philippine de Lalaing, qui défendit Tournai, en 1581. Le prince d'Épinoy étant resté fidèle à la cause des Confédérés, Philippe II confisqua ses biens et les donna à son frère, le marquis de Roubaix. Il mourut en 1594.
1 Un mot en blanc dans le manuscrit. Suppléez par le canon ou Vartillerie.
* Remit, recommença.
Le nombre de ceux qui y furent blessez fut notable, car le marquis de Varambon y fut blessé d’un coup deharquebuse au genoil et d’un aultre à la teste , outre ce qu’il y fut abattu d’un coup de mousquet, tiré en son corps de curasse ; furent encore blessez le marquis Malaspine, gentilhomme du prince, le sieur de Bourse 1 , colonel des Walons , qui mourut de sa blessure, le sieur de Marcassans 2 , gentilhomme lorrain, le sieur du Quesnoy, ung gentilhomme napolitain de qualité, et plusieurs autres, y ayans esté tous ceux qui n’y furent tuez, dangereusement blessez.
Le marquis de Varambon, peu de jours auparavant, allant 'visiter les ouvrages, mesmement la mine qui se faisoit sous un ravelin, faillit d’estre ... 3 ou faict prisonnier par ceux de dedans sailli ... 4 pour recongnoistre la mestne mine le long... 5 , lesquels aians surpris la sentinelle, de sorte qu’elle ne peut donner advertissement, surprindrent aussy le marquis, à l’embouchure de la mine, etle chargèrent trois fois à coups d’espées et de picques, que le marquis évita en parant dextrement, sans le pouvoir offenser, sinon h son coulet 6 de beufle, d’une demie picque, en glissant sur le costé droict, d’où le bruit s’espandit par le camp qu’il estoit tué ou prisonnier , jusques à ce que ceux
1 Pontus ou Ponce de Noyelles, seigneur do Bours, s’empara du château d’Anvers, en 1577 et en devint gouverneur. Il mourut le 16 décembre 1581.
* Le seigneur de Marcossans. La Chronique de Saint-Ghislain (VIII, 762), mentionne Marcoussent, colonel du régiment allemand qui occupait Saint-Ghislain, à la fin de l'année 1581.
5 Lacune dans le manuscrit; lisez tué.
4 Lacune; lisoz saillant ou saillis.
5 Lacune; lisez du fossé.
e Coulet, collet.
MBMOIUES
des tranchées, s’estant mis en campagne, attachants l’escarmouche, contraignirent ceux de dedans à se retirer, y demeurant deux Allemans, qui travailloient à la mine, l’un tué et l’autre blessé à leur arrivée.
Or, après le premier assaut, dont a esté touché cy-dessus, le prince n’a délaissé de vouloir, quelques jours aprè3, faire livrer un second; mais il fut prévenu par ceux de dedans, lesquels, recongnoissants qu’il ne pourraient le soustenir, se rendirent. Et à la vérité, les gens du ray, s’estants peu de jours aupaparavant, faicts maîstre du ravelin, dez lequel ils battoient en flanc le long de la bresche, avec quelques pièces d’artillerie y logées à cet effect, qu'empôschoit ceux de dedans d’oser y comparoir, ils eussent aisément emporté la ville à un second assaut général et bien opiniastre. Furent encore ceux de dedans persuadé, par quelques cents et cinquante chevaux escossois 1 qui la nuit précédente, ayant heu le moct* de quelque soldacts de la cavalerie valonne, estants en l’armée du roy, et traversé le camp, dans les quartiers du prince et du sieur Montigny, estoient entrés dans la ville sans offense ou destorbier 3 , encores que dez qu’ils eurent passez, ils pouvoient estre aisément deffaicts par ceux du camp, d’autant que la porte de la ville ne leur fût ouverte d’un longtemps 4 .
1 II s'agit ici d’un corps de cavaliers écossais, commandé par Preston, qui venait d’essuyer un échec & Gravelines. Strada, II, 495 ; Le Petit, II, 208.
s Heu le moct, eu le mot, mot de guet ou d'ordre.
:l Destorbier, destourbier, trouble, accident.
1 Tournai fut assiégée le 5 octobre et rendue le 30 novembre 1581. Sur ce siège, roy. Strada, II, 195; Bbntivoglio, II, 388; Phil. Warny, Mèm. sur le siège de Tournai. Le Petit, II, 438; Van Mktbren, 210 v°.
Suivit dez la reddition de Tournay, que les Estats réconciliez y furent appeliez, pour traicter d’affaires concernant l’Estact, et ausquels ayant esté, par le prince, représenté combien peu il avançoit avec les forces qu’il avoit, et le peu d’apparence de faire davantage cy-après, d’où la guerre viendroit à estre immortelle, fut par eux enfin résolu d’accepter nouvelles forces, autres que de leur nation *, d’où s’ensuivit que fut donnée commission au marquis de Varambon, non encor guéri de sa blessure, de faire levée de Bourguignons, fut avisé de mander pour avoir des troupes espagnoles et de recevoir gens de guerre Allemands, à la soulde du roy.
Et ce pendant, le prince faict assiéger Audenarde, pour autant que ceste ville, assise sur la rivière de l’Escaut, estoit la plus à sa main ; oultre ce que ceux de la garnison de dedans faisoient beaucoup de desgast et hostilités sur les provinces réconciliées. L’entreprinze estoit bien importante et pleine de beaucoup de difficultez, parce que la ville estant forte de sa nature, pour avoir la rivière d’un costé, estre environnée d’autre de plusieurs marets et fossez très profonds, estoit en oultre pourveue de grande provision de vivres et munitions de guerre, et avoit esté fortifiée auparavant par La Noue, qui, depuis, la tenoit pourinprenable. Non obstant, le prince la faict serrer et, les approches faictes, sapper en quelques lieux et batre en un endroict où il y avoit une chaussée de terre contre la porte, laquelle, si ceux de dedans eus-
1 Sur le rappel des troupes étrangères, roy. Strada, II, 221 ; Van Meteren, 219 et Le Petit, II, 454 donnent le détail des régiments et leurs chefs, au 14 septembre 1582.
sent couppé, rendoit leur ville beaucoup plus forte et à peu près imprenable ; sans oublier aussy de batre le flanc deçà et delà. Et estoient les ouvrages fort avancez, lorsque le marquis de Varambon arriva, ayant esté, à plusieurs couriers exprès, sollicité par le prince, de venir, pour le fondement de valeur et fidélité qu’il mettait sur ledict marquis, dont il a toujours tesmoigné aux emploicts qu’il luy a commis ; oultre ce, que quelques Allemands, qui estoient au camp, auraient faict mine de se mutiner à faute de paye, et avoit-on advertissement que les François, qui se tenoient retranchez proche de Gand, se préparaient à un ravitaillement; pour lequel empescher, estait besoing de plus grandes forces. Si employa le marquis telle diligence, faisant parfois marcher ses troupes dez les deux heures du matin jusques aux deux heures du soir, qu’elles arrivèrent au temps désiré par le prince; lequel, sorti de son quartier pour les voir, les feit loger à la venue de Gand et à l’endroitquel’on pou voit attendre lesecours desFrançois, s’asseurant beaucoup de leur valeur et fidélité en cas d’exploict. Et fut leur arrivée si fortunée, que ceux de dedans croyant estre leur secours et les voyants approcher de la ville, en signe de réjouissance les avoir 1 salué de quelques coups de canons tirez en l’air; appercevants.du depuis que, venant file à file sans escarmouche, ils avoient formé escadron, faict une salve de liarquebusiers et puis planté leurs drapeau devers la ville ; asseurez en oultre par un prisonnier bourguignon, lequel ils tenoient firent* lors con-
1 Les avoir salué , lisez les avoient salués.
8 Firent ; lisez et qu’ils firent.
duire sur la muraille, que c’estoit le secours de Bourgongne, attendu par le prince, perdirent à ce tout courage, voyant le camp du roy renforcé et eux sans secours; tellement que, au mesme jour, se rendit un de dedans à l’enseigne colonelle 1 2 * * 5 des Bourguignons, laquelle, selon l’ordre de guerre, avoit deu entrer en garde au premier jour de sou arrivée ; duquel on eut advertissement certain de l’estât auquel on se trouvoit en la ville et de la faute qu’on commettoit à la sappe qui se prenoit à contrepoil; ce qu’ayant esté treuvé véritable par les gens du roy et puis y remédié, feit tellement estonner ceux de dedans, qu’ils se rendirent au deuxième jour, après la venue des Bourguignons* ; lesquels, prenants le fruit de leurs arrivées pour bon augure de leur militie, se sont du depuis portez si vaillamment, oultre sa fidélité qui a toujours estez en eux reconnue, que le roy n’a point heu en son armée de soldacts plu3 vaillants ny plus résolus, ny qui luy aient faict davantage de service durant ces révoltes ; estant tant à la valeur, prudence et dextérité de leur chef, qu’à leur hardiesse et résolution, deue la plus grande partie des beaux effects de victoires et prises de villes, qui sont depuis advenues, comme l’on connoistra à la lecture des choses suivantes.
Ceste prise donna à penser aux Estactz et prince
1 La compagnie colonelle, première du régiment, avait pour capitaine nominal le chef du corps, elle était commandée parmi capitaine-lieutenant. Du Cornet, II, 50, note 6.
2 Audenaerde se rendit le 5 juillet 1582. Sur ce siège, voy.
Strada, II, 225 et Brntivoglio, II, 406; I,e Petit, II, 448, dit
qu’Audenarde se rendit le 29 avril; Van Mkterf.n, 21ô, dit le
5 juillet.