‹ Mémoires sur le Marquis de Varembon avec notice et annotations par feu Jules BorgnetChapitre 4 sur 11 · SI MÉMOIRES · texte numérisé non relu

SI MÉMOIRES

d’Oranges, qui pour lors se retreu’voità Gand, et espérait de procurer le ravitaillement que dessus, dans quatre ou cinq jours au plus tard.

Au contraire, le prince se voyant au bout d’une si belle et importante prise, et son armée renforcée par les trouppes que lui avoit amené le marquis de Varambon, et par la survenue de la cavalerie bourguignonne, ayant advertissement de l’allogement 1 des troupes françoises autour de Gand, voulut essayer de les combattre, traînant avec soy quelques pièces d’artillerie; mais ayant veu qu’ils se tenoient forts et retranchez, se départit de ce propos, faisant marcher son armée contre la basse Flandre, en espoir d’y faire quelque enprise; où toutefois ne trouvant les choses disposées, et luy estant arrivé nouveau secours, tant d’infanterie espagnole, sous la conduite de Petro de Pas*, que d’Allemans sous la conduite de don Joan Manrich 3 , tous deux colonels, treuva bon de retirer son armée, la faisant passer entre Berghes-Sainct- Vinox et Dunkerk ; auquel passage ayant faict présenter devant Berghes quelque cavalerie, pour sonder la contenance de ceux de dedans, qui tost après saillirent en bon nombre, se commença attacher une grosse escarmouche, laquelle dura plus de huict heures, tandis que l’armée passoit, soutenue environ cinq heures par l’avant-garde, que lors le marquis de

1 Allogement , logement, campement.

5 Pierre de Paez, maltre-de-camp espagnol, commandant 17 enseignes de sa nation (Van Metkren, 219), tné au siège de Termonde, en août 1584.

3 Don Joan Manrich, I.e Petit (II, 449', l'appelle Don Jean de Manriques de Lara. Il commandait 10 enseignes d’Allemands. Van Meteren, 219.

Varambon conduisoit; lequel ayant passé la rivière se présenta encor par ordre du prince de l’autre part de la ville, pour divertir 1 , ceux de dedans, mais ils ne voulurent beaucoup abandonner leurs fossez pour ce qu’ils faisoient leur plus grand effort de l’autre costé de la ville*.

Enceste escarmouche, Philebert de Rye 3 , seigneur de Balançon, frère du marquis de Varambon, et qui auparavant et du depuis a tesmoigné toujours à sa valeur et dextérité, combien il estoit digne et de sa maison et d’un tel frère, arrivé de peu de jours au camp, avec la cavalerie légère de Bourgongne, ayant par ordre du prince remis* contre ceux de dedans, forcé leurs barrières, à la fin porté en terre et jetté par des picquiers en un fossé, pour n’avoir esté suivi, fut faict prisonnier, y demeurant mort sa cornette et quelques aultres des siens qui l'avoient suivi, non sans avoir combatu valeureusement 5 .

L’armée passée, ayant du depuis le prince fait reconnoistre les troupes frauçoises autour de Gand, et appris quelques 6 estoient logées négligemment en aucuns villages et sans retranchements, délibérant de les attacquer, si l’occasion se donnoit, fit faire une longue cavalcade toute la nuit et, passée la rivière à Audenarde, se résolut à la fin de les combattre; si, qu’arrivant sur l’aube du jour quelques chevauxlégiers, les surprindrent et entreprindrent quelque

1 Attirer et faire diversion.

* Sur ce combat, voy. Strada, 11,239; Lk Petit, II, 451.

3 Sur Philibert de Rye, voy. la préface.

4 Remis, recommencé.

5 Le Petit, II, 451 ; Van Meterkn, 217.

0 Quelques, lisez qu'elles.

escarmouche, jusques à la venue de l’avant-garde, composée d’infanterie espagnole, conduicte par le marquis de Varambon; par lesquelles estant la mêlée furieusement atachée, les gens du roy menèrent battants, jusque sur le bort du fossé de Gand, lesdictes trouppes françoises et en tuèrent, tant sur le bort du fossé de Gand, que le long de la meslée, d’environ quatorze à quinze cens, sans recevoir perte, sinon de l’artillerie de Gand, laquelle ceux de dedans firent jouer si furieusement dez la muraille sur eux, pour faire escorte ausdictes troupes françoises, que les baies de harquebusier et mosquets ne tombent poinct plus fréquemment en une rencontre; s’esmerveillant un chacun que ceste ville fût garnie de si grand nombre d’artillerie. Si est-ce que peu de gens du roy en furent offencez, et n’en recourent entre les seigneurs plus principaux autre dommage, fors que le marquis de Varambon fut intéressé du vent d’une baie qui luy passa près de la poictrine et dont il s’est longtemps resentu; le sieur Fernande Gonzague, capitaine de chevaux légiers heut partie d’un pied emporté et le colonel Moudragon 1 11 son cheval tué sous luy. Si est-ce que ceux dudict Gand ne voulurent ouvrir leurs portes aux trouppes françoises, pour leur retraicte, et moins sortir dehors pour les secourir, encores qu’ils peussent armer grand nombre de

1 Christophe; de Mondragon était gouverneur de Oand , lorsque les États s'emparèrent de cette ville, eu novembre 1576.

11 était alors absent ; mais sa femme défendit la citadelle avec un courage héroïque. Il mourut gouverneur d’Anvers, en 1595, âgé de 92 ans, après avoir servi en Flandre, pendant cinquante ans. Yoy. sou éloge dans Eentivoglio, III, 482.

gents , estant la ville très grande et bien peuplée 1 .

Après ceste desfaicte, le prince, retiré à Messine avec l’armée, y séjourna quelque jours sans remuer, d’autant qu’il ne se vouloit légèrement engager sous forteresse, sans deniers, desquels il n’estoit pour lors trop bien pourveu; et ce prince ne s’est jamais hazardé d’entreprendre aucun faict de guerre qui ne fftt apparent de bien réussir, ainsi qu’il luy est toujour advenu, en tant de prises de villes et de victoires, lesquelles heureusement il a achevé sur l'ennemi; si est-ce qu’encores il séjournoit pour lors illec, attendant de combatre le secours que l’on croyoit venir de France, et debvoir passer au port de Dunkerk à basse marée, ayant remis en ce point l’infanterie mesme Bourguignonne, Valonne, Allemande, Angloise et Escosoise sous la charge et conduicte du marquis de Varambon.

Et comme ledict secours ne vint, afin de ne perdre temps, partie de l’armée fut occupée à dresser un fort à Marcouin*, pour opposer à ceux de la garnison de Menin, et deffendre ceux de Lile des grandes courses et desgastz qu’il faisoient à l’entour ; puis tira le prince contre Ninawen 3 , devant laquelle ayant esté mis le siège, la saison jà s’avançant contre l’hiver, endura l’armée beaucoup d’incommoditez, tant de la rigueurde la saison que de fautesde vivres, et telles que nul chef qui fusse en l’armée se sou-

1 Sur ce combat qui eut lieu le 29 août 1582, voy. Strada, II, 240; Bentivoglio, II, 413; Le Petit, II, 452; Van Mbterbk,

* Marquin, Marcouin, ancien Tournaisis, sur la route de Tournai à Lille.

3 Ninavoen, Ninove.

venoit en avoir veu de semblable mais ne laissa de continuer avec la tolérance possible, jusqu’à ce qu’après la baterie, ceux de dedans furent forcés de se rendre à composition*; suivant le chasteau do Lykerk 3 , tost après, mesine fortune.

Quoy faict, le prince pour quelque jour séjourna en Brabant, à Asche 4 et Maerkten 5 et aux environs entre Bruxelles, Gand, Terremonde et Virevorde 8 : auquel temps et pendant le séjour qui se fit 7 , la ville de Teremonde faillit à estre surprise par le marquis de Varambon, à l’aide d’un gentilhomme et quelques paysans du quartier où il estoit logé; lesquelles par luy traicté courtoisement, et défendus de violence et oppression, oultre la promesse, laquelle il leur fit, de bien bonne récompense, furent aisément persuades d’entreprendre à conduire quelque nombre de soldacts, habillez en paysans, et les mettre aux portes de Teremonde, faignant de retirer eux et leurs bagages, sans oublier de retenir les plus proches parentz de chacun paysan, qui debvoit faire ce service, pour l’asseurance et seuretez de ses soldacts ; mais le malheur voulut qu’ayant le marquis communicqué an prince son entreprise, et reconnu durant la nuict

1 D’où le dicton, la faim de Ninove. Voy. Strada, II, 242.

3 Cette prise de Ninove eut lieu en novembre 1582, selon Van Meteren, 210 v«.

3 Lykerk , Liedekerke sur la rivo droite de la Dendre, au Nord do Ninove; également pris en novembre 1582, selon Van Mkteren, 219 v°

* Asche, Assehe, à l’Ouest de Bruxelles.

5 Maerkten, Merclitem, canlon d’Assche, prov. de Brabant.

6 Virevorde, Vilvorde.

7 Sur le séjour de Farnèse, dans le Brabant, roy. Wauters, Hist. des environs de Bruxelles, II, 457.

Sun LE MARQUIS f)E VAREMnON.

le lieu où il debvoit tenir ses gents en embuscade, qui se trouva fort commode, aucuns soldats espaignols forcèrent lesdictz peysans, en un fort où ils estoientensauvegarde, avec un officier bourguignon, ordonné par le marquis, et par ce moyen fut l’entreprise troublée, demeurant sans réussir, au grand desplaisir du prince et du marquis, d’autant que ladicte ville de Teremonde, estant forte et bien munie, prise par tel moyen, relevoit l’armée d’autant de temps et de travail et 1.... 1 * d’autant de despenses qu’il fallut puis après* employer à la forcer.

Enfin , ne donnant la saison de faire davantage eu campagne, le prince se retire à Tournay, suivy du marquis de Roubaix et autres seigneurs et gentilshommes, ayant premièrement ordonné sun le répartement de l’armée, en envoyant partie des Espagnols devers Cologne, au secours de l’évesque de Liège, partie au pays de la Leve 3 , sous la conduicte du colonel Mondragon et quelque autre partie nu pays de Liège ; mais quant au reste des troupes, qui faisoient le plus gros corps de l’armée, Bourguignonnes, Walonnes, Allemandes, Angloises et Escossoises, il leur ordonna le pays de Cassel, au comté de Flandres, tant pour y hiverner, que pour incommoder ce qui estoit de l'ennemy voisin tout ii l’entour, en laissant la charge et conduite au marquis de Varambon Pour sçavoir combien cest allo-

1 Lacune ; lisez la deschargeoil l

* C'est à dire le 17 août 1584.

3 Leve, plus souvent Loctc, Lelicus pagus, pays de la I.oew, dans l’Artois, sur la rive droite de la Lys, vers Mcrville et Armentiéres.

gement 1 , le plus dangereux de tous, requérait la vigilance d’un chef confident et expérimenté, plusieurs estimoient que le marquis n’y pourroit beaucoup y tenir ; d’autant que le lieu premièrement estoit tout appesté* et ruiné par les dégastz qu’autrefois y avoit fait l’armée, à plusieurs passages et séjours, défaillant en toutes sortes de choses, servant à la vie humaine, puis environnez de plusieurs villes ennemies comme de Dunkerk, Berghes-Sainct-Vinox, Diexmnden 3 , Vurn*, Hypres 5 , Bruges, Menin, Ostenden, l’Escluse et autres, èsquelles avoit grosse garnison ; estoit encor la gendarmerie malcontente à faute de paye, sans espoir d’estre sitost secourue de deniers; et puis y avoit apparence que les troupes, qui auparavant avoient vescu en grande licence et puis venant à souffrir tant de mésaises® au siège de Ninauven 7 , logées en lieu tant incommode, se rendraient moins officieuses et moins obéissantes, et pour ce sembloit bien que le marquis ne pourroit contenir la gendarmerie, sans beaucoup souffrir d’inconvéniens et incommodités, et courir le hazard d’estre opprimée par les ennemis; mais ce qu’un chacun jugeoit estre malaisé et dangereux, le marquis le facilita avec tant de prudence, dextérité et vigilance que les ennemis furent incommodez, les amis conservez, la gendarmerie n’eut aucune disette et fut

1 Allogement, logement.

* Appesté, empestét

3 Diescmuden, Dixmude.

* Vurn, Fûmes.

5 Hypres, Ypres.

* Mésaises, malaises.

1 Ninauven, Ninove.

8tm LK MARQUIS DE VABEMBON.

asseurée contre toute hostilité, avec résolution de surmonter la nécessité par vertu, considérant l’inportance de son allogement ; et pour ce, après avoir chastié sévèrement quelques uns pris en faute, du commencement, comme il estoit nécessaire, pour les contenir en le devoir et destromper, leur faisant veoir de bonne heure la discipline en laquelle il vouloit qu’ils vécquissent; combien qu’il eût ordre de gaster et ravager tout à coup le pays de l’ennemi à l’entour, prévoyant touteffois qu’au procéder avec’ telle véhémence, la gendarmerie aurait bien abondance pour le premier jour, mais qu’il terminerait puis après en grande disette et extrémité, d’autant que les soldacts ne sont coustumiers de mesnager leur butin, s’estant pour ce regard veu quelquefois les denrées vendre à vil pris, comme la vache grasse à trois ou quatre soûls seulement, et puis à un instant fort chèrement, et de plus le pays une fois ainsy gasté et ravagé, n’auroitplus quoy y prendre, establit ceste policeque nul soldact pourroit se licencier *, de courir sinon avec un sien officier, permettant aux officiersde prendre à tour certain nombre de leurs soldacts, etavec ceste compagnie, courir sur l’ennemy seulement en certains endroicts ordonnez alternativement, avec deffence de vendre leur butin, sinon après quatre jours de leur retour, d’où s’ensuivoit que les habitans du plat pays, n’estant molestez par courses extrêmes, se contenoient en quelque commodité et l’ennemi seul recevoit la foule* de la gendarmerie; car, en outre,

1 Se licencier , se donner la licence, se permettre. 5 Foule, dégât.

ïiÉMOIBBS

pour empescher que les soldats se demandants 1 ne courussent sur l’amy, le marquis avoit pourveu aux passages, et sçavoit à quel jour chaque officier couroit; de sorte que sur la plaincte qui fusse survenue de semblables choses, considérant le temps des débets, il pouvoit parvenir aussitost à la connoissauce d’iceux, et ceux qui avoient esté foulez, venant à temps pouvaient recouvrer le butin pris sur eux, non encores aliéné à cause de la déffencedes quatre jours. Et combien que les soldacts allaient en petict nombre, si ne laissoient-ils d’estre assez fortz, d’autant que le pays est tout plein de fossez, qui donnent grande commodité de se mettre en deffense, et à tout événement le marquis ne pouvoit recevoir perte que de dix-sept ou dix-huict soldacts allant en trouppe. Geste situation du pays, pour estre plein de fossez et de telle nature qu’on n’y peut aller que par les chemins ordinaires, donna grand advantage au marquis, qui à son arrivée , ayant faict retrancher les chemins 2 du pays tout autour de soy, ne laissant sinon quelques peticts sentiers, pour servir de passage aux soldacts allants courir, se tenoit suffisant pourveu contre toute surprise; car encor au mesme temps qu’il hivernoit là, le duc d’Alençon, qui auparavant avoit esté rappellé par les Estats, sorti d’Anvers dez la route 3 y faicte de ses gens, et retirant ces garnisons des villes où elles estoient, devers Berghes- Saint-Vinox et Dunkerk, fit souvent semblant de le t .

' Se dismandants, su débandant.

1 lietrencher les chemins, y établir des retranchements.

3 Route, déroute. Allusion à la furie française d'Anvers, du 17 janvier 1583.

vouloir attacquer, et par cest effect, furent à diverses fois, ausdicts Berghes et Dunkerk les portes tenues serrées par quelques jours, de quoy avoit advertisseraent le marquis, tant par le sieur de la Motte, gouverneur de Graveline, qui toujours a esté très tien adverti.que par aucuns qu’il avoit ès villes à gages, et desquels se laissant quelquefois prendre, il paioit la rençon aux soldacts qui les avoient pris, chose que peu de gens entre sa gendarmerie sçavoient ; aussy ne convient-il aucunement que les soldats ayent connoissance de beaucoup de secrets des chefs, qui souventefois ne réussissent, parestre 1 * descouvertz ou communicquez ; bref, traicta le marquis en cest hivernement avec tant de prudence et dextérité, qu’il en emporta l’amour de toutes gens de guerre, si avantque s’exhibant secourable en leurs nécessitez, combien qu’ils eussent grandes occasions de mescontantement, à faute de payes, lesquelles leurs estoient dheues* en bon nombre, tempérant le marquis en temps et lieu la clémence et la sévérité, ils se comportèrent fort doucement, sans s’esmouvoir, mesmement les Bourguignons, qui n’ont jamais refusé de souffrir avec luy tout ce que c’est peu 3 humainement. Les habitans.du lieu n’eurent la moindre occasion de se plaindre, ainsy qu’ayant esté humainement traitez et deffendtiz de toutes injures et oppressions, ils le tesmoignèrent mesme au prince par lettres fort amples, en suject de remerciement, après les deslogementsdes troupes.

1 Parestre, parce qu’ils sont.

5 D'heues, dues.

* C'est peu , s’est pu.

Le séjour des dictes trouppes au pays de Cassel fut d’environ quatre mois, jusques au temps que retournant la saison de pouvoir tenir en campagne, le marquis eut ordre de les encheminer au secours des troupes avec lesquelles le comte Charles de Mansfelt 1 * tenoit la ville de Induwen * assiégée, parce que l’on bruioit 3 * que les François se préparaient à un ravitaillement, doutant 1 le prince que le dit comte n’eusse assez de forces pour faire résistance, oultre la considération qui le poignoit du regret qu’il aurait si, ayant esté assiégée, elle n’estoit emportée. Suivant quoy, le marquis de Varambon s’estant mis en debvoir de faire marcher ses trouppes, heut 5 beaucoup de peine et de difficulté de contenir les Allemands qui firent estactz® de se mutiner, à cause des payes, lesquelles leurs estoient dues en bon nombre, et qui touteffois, pendant le séjour, ne s’estoient esmeus. Aussy avoit heu le marquis ceste considération que de tousjours les mieux alloger et accommoder entre les autres, ayant comme estrangers, plus besoing d’estre retenus, par tels moyens, queles autres qui, sujects naturels, avant que s’obliger au service de guerre, avoient jà le debvoir et l'affection au roy. Si les appaisa-il touteffois, et par bons moyens feit suivre jusque à Tournay, où il s’arestat, ayant adver-

1 Charles, comte de Mansfeld, fils de Pierre-Ernest et de Marguerite de Brederode. Il mourut au siège de Oran, en Hongrie, le 14 août 1596.

* Induvoen, Eyndhoven, en Campine.

s L'on bruoit, le bruit courait

* Doutant, craignant.

5 Heut, eut.

8 Firent estactz. projetèrent.

tissement de la reddition d'Indauwen 1 2 , en s’excusant de prendre plus de charge des dictes trouppes, craignant ce qui luy avint du depuis, et que la gendarmerie ne pourrait estre aisément retenue si elle n’estoit secourue de deniers. Nëantmoins, pour les avoir sceu jusques alors tant bien conduire et retenir, eut nouvel ordre du prince d’en prendre charge et les conduire au pays de Liège, ayant premièrement faict en remettre au sieur de Montigny, deux régiments valons, pour aller autour de Cambray prendre certains forts, desquels les provinces réconciliées souffraient beaucoup de dégasts et d’hostilitez, et appaiser les Allemands qui s’estoient amutinez, en leur promettant quelques prests par mois, revenant à peu près à la somme de leur paye.

Conduisit doncques le marquis de Varambon ses trouppes au pays de Liège et y feit avec icelles séjour d’environ six sepmaines, jusques au temps que le prince, avec quelques trouppes, sous la conduitte du comte de Mansfelt, mareschal de camp*, fit assiéger Diest, laquelle il emporta par composition 3 et que ayant illec, au camp, communicqué audict prince de l’entreprise qu’on avoit sur main 4 , il eut ordre de s’encheminer contre la basse Flandres, pour l’exécution d’icelle, non sans, en son voiage, esmouvoir et donner armes 5 à beaucoup de villes ennemies, les-

1 Indamcen, Eyndhoven.

2 Le comte Pierre-Ernest.

3 Diest fat pris le 28 mai 1583. Le Petit, II, 472; Van Meteren, 228 v°.

4 Q'on avait sur main, qu'on avait projetée sur Dunkerque.

s Armes, alarmes.

quelles n’eussent jamais pénétré la fin d’iceluy r moins creu que le marquis eusse deu passer à la veue de tant de fortes garnisons, hors de toute commodité de vivres, sans entreprendre en lieux plus prochains et plus à la main, voire desquels il y avoit apparence d’avoir meilleure raison. Ainsy ceux de Bruxelles, dez qu’ils apperceurent qu’il avoit tourné teste contre Brabant, conçurent opinion qu’il devoit commencer de les enclore, dont ilz avoient bien raison, à cause des desgastz et hostilités qu’ils faisoient pour lors, sur les pays tenus par le roy, et pour ce renforcèrent leur garnison de plusieurs compagnies, de laquelle craincte ils furent résolus, appercevans que le marquis tournoit contre le pays de Hainaut, d’où ceux de Cambray entrèrent en me3me doute, d’autant plus que le sieur de Montigny sortoit de prendre les forts d’alentour, qui plusincommodoient les pays réconciliez. Pareille craincte saissisit ceux de Menin, le sentant prendre contre Tournay et par le Totirnesis et chastelainie de Lile, et à ceux de Hipres dura le mesme, ayant advertissement qu’il auroit passé l’eau, tirant contre Vorneton 1 , jusques à ce qu’ils entendirent que la ville de Dunkerk estoit serrée *.

Mais ce qui plus avoit mis en peine le marquis, en ce voyage, furent les souslèvemens qui surviendrent parmi ses gens de guerre, provenants à la vérité de faute de paye et pures nécessitez, mesmes entre les Allemands qui s’estoient jà voulu mutiner au sortir du pays de Flandres, entre lesquels trois mille, la

1 Vorneton, Warneton.

* Serrée, fermée, investie.

plus part corcelets 1 et vieux soldacts, qui en leur hivernement avoient préeédamment espreuvé de la peine, en la comté de Flandres, vers laquelle on les faisoit rencheminer, s’eslevèrent à couleur 2 qu’ils disoient que leurs cappitaines et officiers leurs avoient promis un mois de paye, présuposant par tel moyen, de l'arracher d’un pagador 3 * qui lors estoit arrivé, et toutefois n’avoit charge de déliver aucuns deniers, sinon au temps d’employ, ou bien par ce que desjà dès long-temps ils avoient desseigne 1 d’abandonner la militie 5 , comme il se feit tost connoistre; car ayant saisi les drapeaux, chassé capitaines et officiers, ils passèrent les rivières de Sambre et de Meuse, femmes et enfants jusques aux espaules, s’en retournants en Allemangne, nonobstant toute remonstrance qu’on leur peusse faire, voire qu’ils seussent que le marquis, qui entré à Namur pour baiser les mains à la duchesse de Parme y estant, enquoy il n’employa plus d’une heure, à son retour en my chemin, fut ad verty du souslèvement desdicts Allemands, en avoit, en campagne, promptement escrit à ladicte duchesse, la suppliant, affin d’y remédier, d’ordonner au pagador de délivrer ceste paye, qu’estoit tout le remède qu’il y pouvoit donner, attendu la déffence qu’avoit le pagador, et que le prince estant lors à Herental 6 ,loing de là, où l’on se

1 Corselets, soldats avantagés ou d’élite, couverts d’une légère cuirasse dite corselet et armés d’une pique.

2 S'eslevèrent à couleur, se mutinèrent sous prétexte.

3 Pagador, payeur.

1 Desseigne, dessein.

5 Militie, état militaire.

* Farnèse assiégea Hcrenthals, vers la fin de juin 1583; mais

pouvoit difficillement transporter, à cause des lieux que l’ennemy tenoit sur le chemin, ne pouvoit estre consulté avec la célérité requise. Ne voulurent doncques les dicts Allemands attendre la responce de la duchesse, encores qu’il n’en' eussent receu autre contantement, pour ce que sa réponse fut qu’elle ne s’empeschoit 1 de faits de guerre et qu’on en devoit consulter le prince, son fils. Le reste des dictes trouppes, qui estoit de Bourguignons, Anglois et Escosaois, mit encores en peine le marquis, en ce voyage, près de Hoterage*, entre Mons etTournay; car n’ayant dès long-temps touché aucuns gages, mesmes lesdicts Bourguignons d’environ quinzemois, y avoit sinon un escus par mois à leur arrivée, et lesdictz Anglois et Escossois nul argent, sinon celuy que du sien le marquis leur donna, dez qu’ils estoient entrez en service, firent quelque mine de se vouloir eslever 3 , criants « argents » ;* mais toutefoisavec une telle modestie et respect de leur chef, duquel ils avoient aussy espreuvé la sévérité à punir les délicts militaires, qu'à peine les pouvoit-on entendre, et connoissoit-on qu’à ce ils estoient contraincts, par la force de nécessité et non d’aucune mauvaise volonté. Quoy nonobstant, le marquis craignant la conséquence au poinct que la gendarmerie estoit la plus nécessaire, et jugeant qu’il estoit expédient de prévenir ceste

il abandonna ce siège au mois de juillet (Lb Petit, II, 473), pour aller faire celui de Dunkerque.

1 y empeschoit, s’occupait.

! Hoterage, Hautrage.

3 Eslever, soulever, mutiner.

* Le signal des mutineries, chez les Allemands, était le cri ; « Qeld! -

flame par quelque exemplaire sévérité, désirant de connoistreles auteurs, pour les faire servir aussy tost d’exemple aux restes des trouppes, ordonna qu’elles marchassent compagnie après compagnie, ce que servoit à ce que les soldacts, ainsy séparez, ne prinssent cueur l’un de l’autre, d’autant que la rébellion s’obstine par le courage que se donnent les uns aux aultres, mesurant la multitude le bien ou le mal par le nombre qui le suit; et encores par ce moyen, les reten oient-ils en debvoir au regard et à la présence des cappitaines et officiers ; et pui3 aux mesmes cappitaines et officiers estoit levée toute excuse de représenter sur le champ les auteurs. Fin de compte, avec ceste ordre et un escu que le marquis leur donna, par teste, du sien propre, les asseurant de les faire puis après pourvoir, ilz s’appaisèrent et contiendront en debvoir.

Ce pendant le prince sçachant le succès de la mutinerie des Allemands, mande au marquis de passer outre, commandant à quelques trouppes, qui furent sacquées 1 des garnisons de Tournay, Courtray, Notre-Dame d’Au * et d’Audernade 3 , de se joindre audict marquis et prendre ordre de luy; lequel passant oultre et faisant les trouppes alte * près de Tournay, vint le sieur de Montigny audict Tournay, s’aboucher avec luy, où ayant pris résolution de se treuver ensemble h l’abbaye de Lobe 5 , avec le colonel

1 Sacquées, tirées.

* Nostrc-Dame cCAu ; Hal. On a vu que l'auteur (p. 6) dit porte d’At<, pour porte de Mal.

3 Audernade, Andenarde.

* Alte, Halte.

5 Lobe, Lobbes, sur la Sambre.

Mondragon, fut du depuis, en ladicte abaye, faicte ouverture audict sieur de Montigny, de l’ordre que le prince donnoit de serrer et assiéger Dunkerk, où le duc d’Alençon s’estoit retiré avec ses trouppes, depuis la route de ses gents à Anvers *.

Or, convient à sçavoir que l’entreprise d’un tel siège n’estoit sans doute et difficulté, d’autant que dans la ville y avoit mil soldacts, oultre ceux qui estoient près la personne du duc d’Alençon, et douze cents à Berghes-Sainct-Vinox, sous le colonel Vileneuve *, oultre le reste des trouppes françoises retrenchées à une lieue, et puis à un quart de lieue, entre lesdicts Dunkerk et Berglies; lesqueles les chefs du roy jugeoient qu’il falloit combatre avant que de commencer le siège, de craincte que s’en prenant gardes, elles se jetassent dans la ville 1 2 3 . J1 se considéroit encores en ceste entreprise que se retrouvant la personne du duc d'Alençon assiégée, attirait les forces de Frances à son secours; mais telle considération affectionnoit davantage les gen$ du roy à ce siège, espérants sur lapersonnedudictducd’ Alençon, rendre tant plus glorieuse la prise de la ville, laquelle estoit en oultre de trop grande importance, et pour estre maritime et proche de Calais, ne la convenoit aucunement laisser tenir à gents du parti françois. Bien est vray que le combat desdictes trouppes

1 Le 17 janvier 1583.

2 Villeneuve, colonel d'an régiment d’infanterie française, gouverneur de Bergue- Saint- Winoc, qu'il dut rendre, la même année, à Farnèso, après une belle défense.

3 C’est à dire de crainte que ces troupes françaises, devinant les projets de Fnrnôse sur Dunkerque, ne se jetassent dans cette ville.

• Di T ïïzed e pgbogle

SliB LE MARQUIS DE YAKEMBON.

françoises, estants en campagne, eusse esté fort difficille, d’autant que avant les approcher, il convenoit aux gents du roy passer dans le port de Dimkerk et par un autre eau sujette à flux et reflux 1 ; outre ce, qu’elles estoient logées à la faveur 2 de ceux estants dans Dunkerk et Berghes. Mais non pourtant 3 les gents du roy avoient délibéré de prendre, à poinct nommé, le passage desdictes eaux à basse marée et, avec sept ou huicts cent chevaux, qui eussent porté quelques fantassins en croupe, attacquer lesdictes trouppes, confiant beaucoup en la valeur de leurs soldacts, et d'avoir bonne raison desdictes trouppes françoises, non tant praticquées et souvent batues ; mais il ne fut besoing d’exécuter ce desseing, d’autant que le duc d’Alençon, quelques jours avant qu’on serasse le ville, s’en estant retiré, avoit emmené lesdictes trouppes 4 .

Or après l’embouchement 5 susdict à l’abbaye de Lobe, les chefz du roy s’estant résoluz des moyens h tenir, pour commencer le siège, prindrent ordre d’environner ledict Dunkerk ; le marquis de Varambon et le colonel Mondragon, du costé de Flandres, le marquis, avec ses trouppes venants du Liège "et le colonel Mondragon, avec vingt-sept enseignes d’Espaignols, venant du peys de la Loeve, où il avoit

1 La Colme.

2 Sous la protection.

s Non pourtant, néanmoins

4 Selon Lu Petit , le 1 duc d'Anjou quitta Dunkerque le 18 juin 1583.

5 L'embouchcmcnt , l’entrevue de Varambon, Montigny et Mondragon, mentionnée plus haut.

0 Du pays de Liège.

séjournéjusqu’à lors, depuis le département du corps de l’armée; et quant au sieur de Montigny, il devoit, avec quelques trouppes de Valons et d’Espaignols, pris du terze de Mondragon et quelque cavalerie, serrer, luy et le sieur de la Motte, la ville du costé d’Artois, avec en oultre deux cens picques d'Allemands, prises des garnisons susdictes, auxquelles le marquis de Varambon ordonna de se joindre au sieur de Montigny, allant exprès à Vorneton 1 * pour leur en donner l’ordre, car depuis l’abouchement à Lobe, le marquis avoit fait passer à la gendarmerie la rivière à Commines, logeant les Allemands et Vallons à Vorneton, et en la campagne, lieu peu esloingné dudict Vorneton, la cavalerie qu’il conduisoit, ensemble les Bourguignons, Anglois et Escossois.

Dans le quartier de ceux-cy, le mescontantement de faute de paye et autres nécessitez causa de nouveau quelque esmotion, qui faisoit entendre denuict quelques voix singulières, demandant argent et que l’on croyoit toutesfois plustost estre esmeue par quelques soldacts des garnisons voisines, s’estant venus rendre dans lesdictes trouppes, de sorte que le marquis, craignant que pendant son absence, allant à Vorneton pour donner ordre ausdictz deux cens picques d’Allemands, ils ne fissent le mesine qu’avoient fait les Allemands près de Namur, principalement se doutant* des Anglois et Escossois, qui dez 3 qu’il estoient entrez en service, n’avoient encore touché argent, fut contrainct, pour obvier à tel

1 Vorneton, Warneton.

* Se doutant, se défiant.

3 Ddi, depuis.

inconvénient, de donner assenrance aux capitaines et officiers qu’au jour ensuivant il leur fourniroit la paye entière, comme il fit du sien propre.

Moyennant ce, lesdictes trouppes furent retenues en debvoir et passèrent le temps du siège avec toute la modestie possible, encore qu’ils fussent pressez de beaucoup de nécessité et incommoditez, tant pour n’y avoir trouvé aucune eaue douce, d’où ilz furent contrainct de fouyr 1 * des puys eux-mesme, que pour n’y avoir peu recouvrir ny bois ni paille, d’autant que le3 ennemis avoieDt précédemment bruslé et gasté les villages autour, se doutant, par aventure, d’ung tel siège, tant à raison qu’ils avoient veu plusieurs fois l’armée en ce3 contrées là, que pour le séjour que y avoit faict le marquis, l’iiiver précédent, avec la gendarmerie qu'il avoit en charge, oultre ce que lesdicts soldacts n’avoient moyen de recouvrer aucuns vivres, mesmes pour les premiers jours, que de Gravelines et Bourbour; encor leur fut la commodité dudict Gravelines tost levée par l’ennemy, qui posa quatre grosse naves à la volée du canon*, à l’embouchure du port dudict Gravelines, à cesteffect. Ce pendant les chefs, s’ayant donnez jour, pour se retreuver avec leurs forces devant la ville, y arrivèrent une heure devant jour, le sieur de Montigny du costé d’Artois, et le marquis de Varambon et colonel Mondragon du costé de Flandres, s’estant joinct ensemble, le marquis et Mondragon, à Steinvort 3 4 , et

1 Fouyr, creuser.

* Naves, navires à portéo de canon.

:l Steinvort, Steenvoorde, ontre Oassel et Poperinghe, dans l'ancienne châtellenie de Cassel.

puis ayant passé leur gendarmerie sur des poncts qu’ils firent sur la rivière 1 près de Berghes, en telle diligence que ceux dudicts Berglies n’eurent loisir de s’en appercevoir ou d’y donner empeschement; se logea le marquis de Varambon du costéde Berghes, et partant plus dangereux à la venue de la garnison y estant, et le colonel Mondragon près des dunes; et pendant que l’on saisissoit les autres avenues, sur l’aube du jour, le sieur de Montigny et le sieur de la Motte s’estans présenté, avec quelques cent et ciuquanteoudeux cens soldacts, devant un fort assis sur la rivière, entre Berghes et Dunkerk, le sommant de se rendre, ceux de dedans ayant apperceus d'autre costé un escadron de quelque douze cens picquiers, avec les manches de harquebuserie que le marquis de Varambon avoicts faits former*, entrèrent en telle frayeur que tost après ils se rendirent, bien à propos pour l’armée, d’autant que le fort ainsi situé rendoit aux sieurs de Montigny et de la Motte l’accès difficile au quartier du marquis de Varambon.

Ceux de dedans la ville néantmoins se portèrent à l'arrivée de l'armée d’une contenance résolue et firent plusieurs saillies sur les gents du roy, ayant tousjours esté vaillamment soutenues, mesme du quartier dudict marquis, lequel ils assailloient le plus, pour ce qu’ils y avoient l’accès plus facile, estant les quartiers desdicts sieurs de Montigny et colonel Mondragon logez devers la ville, à la faveur des rivières

1 La Colme.

- Los manches signifiaient des pelotons (lo 40 à 00 arquebusiers ou mousquetaires, placés aux angles de l’escadron, rangé en carré.

qu’il eut convenu à ceux de dedans de passer, pour les assaillir ; aussi en ce siège n’espargnèrent les soldacts aucune sorte de travail. Mesrae, si 1 2 fit un acte digne de réciter, non moins courageux que plaisant pour la manière; c’est que les Bourguignons, reconnoissant d’autre part* une petite rivière, un moulin à vent, duquel ils se pouvoient prévaloir aux approches et auquel ceux de dedans taschoient de mettre le feu, jugeant aussi qu’il faut tant qu’on peut conserver ce que l’ennemy prétend de ruiner, pour y reconnoistre 3 son désavantage, et ne pouvant tcuteffois approcher le moulin, sinon passant ladicte rivière, qui estoit sujette à flus et reflus, se résolurent néantmoins, au temps qu’elle estoit la plus haute, de la passer, les uns en nageant, s’aidants de l’un des bras à la nage et de l’autre à porter en haut l’arquebuse avec la inesche et fourniment, les autres se contentant de leurs espées seules, et ayans pris terre ainsi tout nus, en combattant courageusement, empeschërent plusieurs fois de bruslerledict moulin, ceux de dedans, estonnez de voir une semblable résolution.

Toute laperte que receurent, en ce siège, les gents du roy fut de deux compagnies d’Anglois, remises par le marquis de Varambon au colonel Mondragon, après que la gendarmerie eut passé la rivière, et lesquelles ayant esté mise par le colonel 4 à la garde du pont sur lequel la gendarmerie avoit passé, furent

1 Si, s'y.

2 D'autre part, do l’autre côté.

:i Pour y reconnoistre, parce qu'il y reconnaît.

4 Mondragon.

3IKM0IRES

mis3s en pièces, deux jours après le passage, par ceux de la garnison de Berghes.

Mais d’autant que la ville estant maritime at un port, lequel pour faciliter le siège et empescher un ravitaillement, il convenoit premièrement de serrer, fut en plusieurs endroicts, à travers du canal, planté grand nombre de paux 1 et à travers d’iceux tendues grosses cordes entortillées de grosses chaînes, les cordes pour tempérer la dureté des chaînes lesquelles servoient, avec des tonneaux que l’on y avoit attachés, de rompre le cours des naves qu’on eusse voulu faire entrer dedans, non • toutesfois sans passer à la mercy de plusieurs grosses pièces de canons logées deçà et delà sur ledict canal par ceux du roy.

Puis estant la ville achevée de serrer, fut approchée l’artillerie du costé du port, auquel endroict ceux de dedans pensoient le moins, mais les gents du roy avoient bien reconneu que cet endroict estait le plus foihle, d'autant que l’eau du canal, passant le long de la muraille, est sujette à flus et surflus, et d’autre part la ville est environnée de larges fosséz, lesquelles il eut esté très difficille de remplir. Ainsi, sur la fin de la batterie qu’avoit esté dressée en croix et commencée dez l’aube du jour jusques à deux heures après midi, ayant faict bresche si raisonnable qu’un homme à cheval y pouvoit entrer, comme l’on fit veoir après la reddition de la ville, l’eau se trouva si basse que les soldacts allants à l’assaut n’eussent mouillé au plus haut d’un pied, ce qui estonna tellement ceux de dedans, que d’ailleurs ne pouvant

1 Paux , pals, pieux, pilotis.

espérer aucuns secours, ayants esté le siège en outre tant soudain et inopiné, après avoir demandé à parlementer, ils se rendirent au parti 1 que les soldacts sortiraient seulement avec la baguette , estant servi leprince* de prendre plustot la ville à mercy, que d’essayer la fortune d'un assauct, lequel opiniastré termine souvent par grande effusion de sang, sans en rapporter aultre fruict, oultre ce que ce peu de bons soldacts qui estoient en l’armée du roy, il ne convenoit légèrement bazarder, estant le nombre grand des villes lesquelles restoient à conquérir ; à quoy s’est tousjours veillé principalement, et n’at-on veu que de tant de villes, lesquelles ont esté recouvrées en ceste guerre, il y en ayt beu sinon fort peu prises d’assaut 3 .

Peu de jours auparavant le commencement de la baterie, le prince, adverti par les lettres du marquis de Varambon et du colonel Mondragon, de Testât du siège, y estoit venu depuis Herental*, laquelle environ ce temps, avoit esté réduicte en l’obéissance du roy, sans beaucoup d'effort, retournant victorieux sur le marescbal de Biron 5 d’une rencontre qui estoit

1 A condition.

s Estant servi, leprince étant intéressé à.

3 Sur le siège de Dunkerque, voyez quelques détails dans Strada, 11,263 et suiv. Le siège commença sur la fin de juin, la capitulation eut lieu le 16 juillet. Voyez , aussi Le Petit, II, 474; et Van Meteren, 228 v°. M. Gacuard Correspondance de Guillaume le Taciturne V, 15G.

* Herental, Herenthals.

5 Armand de Gontaut, baron de Biron, né en 1524, créé maréchal de Franco, en 1577, tué au siège d’Ëpemay, en 1592. Henri III l'avait envoyé en 1583, au secours du duc d'Alençon, avec un corps de français et d'écossais. Correspondance de Guillaume le Taciturne, V. 128, 143, 144, 148.

advenue peu de jours au parnvant a Roscndal sur le Dik 1 * , où, combien que du commencement, les choses fussent douteuses, le prince néanmoins sceut tant bien pourvoir, que grand nombre des trouppes que le inareschal conduisoit y furent tuez ou niez*.

Au reste la prise de Dunkerk estonna fort lepriuce d'Oranges et les Estacts, desquelles on apperceut du depuis les affaires aller de pis en pis ; et n’estimant le prince d’Oranges que l’armée du roy, estant en si petit nombre, heusse 3 4 voulu attacquer ceste ville, environnée de beaucoup de grosses garnisons proches de Calais, et par conséquent de secours, outre ce, quelle estoit garnie de mille soldats françois à l’aide desquels Chamoy, y laissé par le duc d’Alençon ‘, se faisoit fort de la déffendre envers tous et contre tous, et qu’autrefois l'armée du roy, lors qu’elle estoit bien plus puissante en ces contrées-là, ne l'avoit voulu attacquer, non pas mesme le fort sur la rivière qui, comme sus a esté dict, fut rendu au commencement du siège, mais la volonté du roy estoit que l’on ne l’attaoquasse point, si l’on n’estoit bien asseuré

1 Iioscndal sur le Dik, Rosendael, au Nord du Brabant septentrional sur la rivière de Vliet, qui se jette dans un des bras de la Meuse (Volcke Rack). Le combat n’eut pas lieu & Rosendael, mais à Steenbergen, situé un peu au Nord-Ouest sur la même rivière. Sur ce combat, voyez Strada, II, 259à’2Gl, qui donne la date du 17 juin 1583.

* Niez, noyés.

3 Eusse, eut.

4 Lorsque, sur la fin de juin 1583, le duc d'Alençon, abandonna Dunkerque pour se retirer à Calais, il laissa dans la première do cos villes, une garnison do 300 hommes, commandée par Chamois. Strada. H, 203.

Sun LE marquis DE VARBMBON. 43

de l'emporter, affin de n’en mettre en soupçon, ceux qui la tenoient.

A l’effect de la prise servit extrêmement le secret qui y fut gardé, la diligence de laquelle on usa et l’union de ceux qui conduisirent l’armée ; car la chose fut mainée avec tant de silence, que mesmes les trouppes de l’armée ne s’apperceurent qu’on les tirasse contre Dunkerk, jusqu’à ce qu’elles furent posées à l’entour et qu’on commença de serrer. La diligence fut telle, que tout se treuvant prest, à un instant nécessaire au siège, la ville fut emportée dixseptou dix-huict jours après l’arrivée de l’armée; et quant à l’intelligence des chefs, c'est merveille comme ils gouvernèrent ceste armée composée de plusieurs nations et malcontante, avec une bonne concorde et sans aucune émulation, jusque à l’arrivée du prince.

Toutes ces choses estonnèrent tellement les villes voisines et firent trembler do telle sorte, que chacune doubtoit du siège 1 , et occasionnèrent ceux de Bruges d’envoier appeller ceux de la garnison de Menin, dans leur ville, pour se tenir plus forts; mais pendant que ceux de ladicte garnison y allèrent, sortans de leurs fors, sans y laisser aucuns soldacts ou par la faute du commandement venant de Bruges, ou par leur négligence propre, aucuns soldacts. valons, estans en campagne, et treuvant le fort délaissé et sans résistence, s’en saisirent pour le roy, comme le treuvèrent ceux de la garnison y ayant voulu retourner le lendemain de leur sortie, sen-

1 Redoutait d'étrc assifgéo.

tants qu’au lieu de leur ouvrir la porte, on leur fit salve de liarquebuserie ; chose qui vint bien à propos pour incommoder ceux dudict Bruges, qui entretenoient ladicte garnison à leurs frays, s’estant en oultre ledict fort, au temps de la prise, treuvé bien garny de vivres et munitions de guerre '.

D'ailleurs, pour ne perdre temps, après avoir donné ordre aux affaires de Dunkerk, et laissé quelques trouppes à l’effect de bastir un fort autour de Berghes-Sainct-Vinox, pour la tenir sujette et contraindre à se rendre, ce qui avint quelques temps après, que le colonel Villeneuve, estans dedans, seul resté des chefz françois ès Peys-Bas, en ceste contrée, pour se veoir sans espoir de secours et environné de toutes parts, la quitta 2 ; jugeant le prince cela seulement estre pour le temps nécessaire, fit marcher l’armée contre Neuport, laquelle ne pouvant soustenir le siège fut forcée de se rendre 3 4 .

Puis l’armée se présenta devant Oestenden 1 , pour voir s’il y auroit moyen de rien faire, ayant le prince grande envie de la réduire en obéissance, d’autant qu’il pervoioit 5 que la garnison y estant, pourrait beaucoup endommager le plat pays, comme il s’est veu depuis quelle a faict beaucoup de courses et dommages, voires jusques aux portes de Bruxelles depuis la reddition; mais il n’y fut rien entrepris,

1 La ville de Menin fat prise avant le 1 er août 1583. Voyez STAADA, II, 2G6.

* A la fin de juillet 1583, selon Strada, II, 265; voy. aussi Lb Petit, II, 478.

3 Selon Strada, II, 265, Nieuport se rendit le 23 juillet.

4 Oestcnden, Ostonde.

6 Pervoioit, prévoyait.

d’autant que outre ce que la ville est forte de son assiete, il y at encores une plage du costé de la mer, sur laquelle estants posées quelques naves par l’ennemy, à la volée du canon, on ne les pouvoit empescher qu’ils ne jetassent d’heure à autre plusieurs petites barquettes dans la ville pour la secourir et renfraichir de vivres et munitions de guerre.

Le prince donc, ayant ce reconneu, laissa pour ceste fois d’entreprendre sur Oestenden et ordonna au marquis de Varambon de s’avancer avec quatorze compagnies de cavalerie, et nombre d’infanterie bourguignonne et valonne, pour commencer de serrer et se saisir des advenues de Diexmunden 1 2 , laquelle n’estant autrefois qu’un village non clos, avoit esté, durant ces révoltes, fortifiée et rendue tenable contre la force d’une armée ; mais ceux de dedans ne voulurent souffrir le siège et se rendirent incontinant, mal à propos pour ceux de Hipres*, d’autant que ceux de Diexmunden leur fournissoient beaucoup de vivres et de commodités. La ville de Vurn 3 ne voulut non plus attendre le siège et se rendit incontinant.

Après quoy l’armée du roy marcha contre Hypres et se contenta le prince, affin de ne perdre temps à la longueur d’un siège, et pour conserver le peu de bons soldacts dont l’armée estoit composée, d’y faire bastir un fort, dans lequel furent logés nombre de gens de pied et quelques gens de chevaux, affin d’empescher, à l’aide des autres garnisons voisines, les-

1 Diexmunden. Dixmudo, également prise ail mois de juillet.

2 Iîipres , Ypres.

3 Vurn, Kurnes, prise au mois de juillet.

quelles sedonnoientlamainen temps d’exploict, qu’aucuns vivres ou autres commodités n’entrassent audict Hypres ; et de faict, par ce moyen, la ville fut réduicteàtelle extrémité que n’y entrans aucuns vivres ou aültres commodités qu'à hottées et f ... 1 * rarement, elle fut contraincte, au bout de quelques temps, de se rendre par nécessité, à faute de vivres*.

Ceux de l’armée avoient précédamment espreuvé la mesme nécessité, pendant qu’ils dressoient ledict fort 3 , avec une peste fort cruelle, de laquelle le marquis de Varambon perdit le sieur de Mons, son lieutenant-colonel, et deux cappitaines de son régiment, tous valeureux et expérimentez, et puis vingt et deux personnes de sa maison, en son logis propre, nonobstant quoy il ne laissa de continuer la besongne, mesme selon l’ordre que luy en manda donner le prince.

Survint cependant la saison de l’hiver et fit le prince retirer l’armée à Esclo 4 et lieux circonvoisins situés entre Bruges, Gand et l'Escluse, villes pour lors ennemies, en intention de faire tousjours incommoder lesdictes villes, et afin de ne perdre aucune occasion de travailler et endommager l’ennemy , et

1 II y a dans le manuscrit un mot enlevé qui semble être fort.

* Parnése commença à bloquer la ville vers la fin d'août 1583. La capitulation fut signée le 7 avril 1584 et ratifiée , par Farnése, le 10 du même mois. Verkecke, Hist. milit. d'Ypres. — Voyez aussi Le Petit, II, 484; Van Mbtrren, 231 et 234 v°.

3 L'auteur cité dans la note précédente dit (p. 94), qu’il n'a pu découvrir l'emplacement de ce fort, qui était situé sur la route de Bruges.

* Eccloo.

pour ce qu’ils joinguoient au pays de Vas 1 * , lors gras et aboudaut, voires qui contribuoit à l’année du roy bonne quantité de deniers par mois.

Durant quelque séjour que le prince y fit, furent pris quel jues châteaux autour, mesmes ceux de Mildeborg * et d’Oden 3 . Le marquis do Roubaix heut ordre de tirer contre Mildeborg, avec autant de troupes qu’on jugeroit estre de besoing et quelques pièces d’artillerie, et l’ayant assiégé, puis battu, à la fin le prit avant aucun assault, par composition Le marquis de Varambon beut ordre de tirer contre Oden et se retreuvant avec petites trouppes de Bourguignons, pour autant que les soldacts commençoient jà de courir pour leurs provisions, devoit par ordre du prince, s’adjoindre en passant deux régiments valons, à l’effect de sa charge et attendre , quelque pièces d’artillerie nécessaires, pour estre la place forte et qui pouvoit attendre le canon ; mais sans avoir le secours desdictz valons, moins aucune artillerie, le marquis de Varambon se présentant sur la diane 5 , devant le châteaux, avec environ trois cens au plus de ces Bourguignons et quelque soixante et dix chevaux, lesquels il répartit et logea en plusieurs endroicts, au couvert de quelque buissons, faisant sonner en divers lieux la trompette et ses tambours â

1 Vas, Waes.

? Mildeborg , Middelbourg en Flandre, entre Dame et Ardenbourg.

J Oden. Je n’ai trouvé ce nom sur aucune carte. Peut être ai-je mal lu le manuscrit. N’e8t-ce pas Axel ou llulst? Strada, II, 268.

4 En novembre 1583, selon Strada. Il, 268 .

3 Sur la Diane, au point du jour.

MKMOIUKS

plusieurs marches, fit croire à ceux de dedans qu’il avoit beaucoup plus grandes trouppes pour les forcer, de sorte qu’ayans en oultre aussitost faict guigner, par trente ou quarante soldants des siens, la basse-court et puis sommé ceux de dedans, leurs déclarant que si ils attendoient le canon, il les feroit tous pendre aux craneaux ilz furent tellement esbranlez qu’il se rendirent incontinant, non sans qu’à leur sortie, ils conceussent un merveilleux regret, recongnoissant le stratagème, par lequel eulx, vieux soldacts et pratiques, qui avoient autrefois servi l’ennemi à Harlem, Ziriczée et autres expéditions notables, en Hollande, estoient trompez et surpris par l’adresse et soudaine invention du marquis, ensemble le petit nombre de gens par lequel ils , estoient forcez.

L’armée doncques logée ès dictz lieux, envoyant les Espagnols devers Cologne, pour se joindre à Nicolo Basto 2 , qui jà y estoit, avec quelque nombre de cavalerie pour le secours de l’évesque de Liège, le prince laissa en 3 charge des autres trouppes au marquis de Roubaix, et se retira à Tournay suivi du marquis deVarambon, et quelques autres seigneurs, et gentilhommes ; où, pendant le séjour qu’il y fit, fut traicté de la reddition de Bruges *, moyennant 5 icelle le

1 Craneaux, créneaux.

- Nicolas Basta ou Basti, capitaine de la cavalerie albanaise, frère de Georges , général de cavalerie.

3 En, lisez la.

4 Sur la capitulation de Bruges , du mois de mai 1584 , voyez Strada, II, 280 et suivantes; Lb Petit, II, 485; Van Metkken, 235.

5 Moyennant; lisez ménageant. — Bkxtivoguo, II, 430, donne des détails sur cette affaire.

SUR LE MARQUIS DE VA n EM BON. 55

prince de Chimay *, qui en estoit gouverneur, après toutesfois que ladicte ville eust esté pressée et réduicte à toute extrémité par les gentz du roy tenants plusieurs garnisons, le fort mesme de Marcouin et la campagne h l’entour.

Retournée la saison de se mettre aux champs, le prince desseignant jii 1 2 sur la ville de Gand, se résoult de forcer premièrement ceux de Terremonde, jugeant que ceste ville réduicte en l’obéissance du roy, il seroit plus aisé de venir à bout de ceux de Gand, qui par ce moyen, demeureroient forcloy de pouvoir espérer commerce ou secours de vivres d’Anvers, par la rivière de l’Escaut, sur laquelle Terremonde est assise, entre Gand et Anvers. Ceux de dedans attendirent le siège, et s'opiniastrèrent si avant, qu’ils ne se rendirent sinon après batterie faicte, et avoir esté essayé un assaut furieux, auquel les gens du roy tiendrent quelque temps un ravelin , et receut l’armée du roy, en ce siège, une perte notable de Petro de Pas, colonel espaignol, ancien et expérimenté capitaine, et de Petro de Taxis, vedorgénéral du camp 3 .

1 Charles, prince de Chimay, et plus tard duc de Croy et d’Arschot, fils aîné de Philippe de Croy, duc d'Arschot, naquit à Beaumont, le 11 juillet 1560. Il prit d'abord parti pour les confédérés, puis fut l'un des chefs des mécontents. 11 devint chef de sa maison en 1595, par la mort de son père et mourut le 13 janvier 1612. Voyez Mémoires autographes du duc Charles de Croy, publiés par le baron de Reiffenberg, sous le titre : Une existence de grand seigneur au seizième siècle. Bruxelles, Muquardt, 1845.

* Desseignant jà, ayant déjà des desseins.

3 La prise de Termonde est du 17 août 1584. Sur ce siège, voyez Strada, II, 308; Le Petit, II, 498; Van Mkteren, 241.

La prise de Terremonde facilita celle de Gand, qui suivit tost après ', tant par le moyen de quelque fort assis sur la rivière pour la tenir en bride, que par la valeur et vigilance des Bourguignons, qui tenoient d'autre part seuls la campagne et tentèrent une infinité de moyens pour la forcer; dont sera, moiennant quelque plus de loisir, discouru, Dieu aydant, particulièrement; si avant que ceux dudict Gand n’osèrent jamais comparoir, moins guères* abandonner leur batterie, encores qu’ils soient renommés de pouvoir mettre trente mille hommes en armes.

Suivit tost après le siège de Virevorde, par ordre du prince, laquelle assiégée et battue et l’assaut prest à remettre, à la fin fut prise par composition, commandant le comte de Mansfelt, mareschal du camp 1 * 3 * .

C’estoit au temps que le prince commençoit de se retirer à Beuveren, pais de Vas*, prenant résolution de serrer la rivière de l’Escaut, moyen jugé seul 5 pour rendre plus facilement le roy maistre d’Anvers. Avoit là, quelque temps auparavant, le prince, en ce mesme pais de Was, par quelque nombre de Bourguignons et Valons y envoiés, faict occuper aucunes digues, lesquelles on avoit advertissement que l’en-

1 I a 17 soptembre, selon Ivervyn de Lettenhove , VI, 388 ; Le Petit, II, 499; Van Metbren, 241.

- Moins guércs , et encore moins.

3 Investie le 27 août 1584, la ville de Vilvorde fut prise le 6 septembre. Hknne et Wauters, Hist. de Brux., I, 565 ; Wauters, Env. de Brux., 31; Le Petit, II, 498.

* Beuveren, Bevereu dans le pays de tYaos, où se trouvait le quartier général do Parnése, pendant le siège d’Anvers.

5 Suppléez ici bon.

nemy tascheroit de rompre pour incommoder le lieu, oultre ce qu’ils servoient à empescher ceux d’Anvers de prendre commodités de vivres dudictspays de Vas, duquel et de celuy de Campaigne 1 * ils en tiroient plus commodément. Avoit encores auparavant, le prince, faict tanter quelque entreprinse, qu’on tenoit asseurée, sur le fort de Lilo* ; mais laquelle ne réussit pas, pour n’avoir usé peut-estre de toute la célérité requise aux exploicts de guerre.

Doncques après la reddition de Gand et y avoir mis garnison nécessaire pour sa garde, le prince fit passer les Bourguignons du marquis de Varambon et les Anglois du comte de Vestamberlend 3 * par le pays de Brabant, leur ordonnant de soy venir loger à Berendreche 1 au dessous d'Anvers, du costé de Brabant, entre Strabruch 5 et Lilo, et les Espaignols du terze de Petro de Pas, gouvernez par don Joan de Laguila 6 , plus bas, tirant contre Berghes sur le Zon 7 ; et fut lors basti un fort qu’on nomma de la Trinité 8 sur le Blaurendyk 9 , à portée du canon, entre deux fortz que précédemment furent faict. quand on pensa prendre le fort de Lilo, pour em-

1 Campaigne , la Canipine. «

! Lillo, sur la rive droite de l’Escaut, l’un des deux principaux forts extérieurs d’Anvers.

5 Vestamberlend Westemberland.

* Berendreche , Beerendrecht, rive droite, au N. de Lillo.

5 Strabruch, Stabroock, rive droite, au N. E. do Lillo.

8 Joan d’Aquila, mestre de camp du tercio que Pierre de Paz avait commandé. Strada, II, 379.

7 Berghes sur le Zon, Berg-op-Zoom.

8 Sur ces trois forts de la Trinité, noy. Strada, II, 305et suiv.

9 Blaurendyk , Blauwgaerendièk. C’est la digue qui longe l’Escaut, rive droite, entre les forts Frédéric-Henri et Lillo,

MÉMOIllUS

pescher que l’ennemi ne coupasse le dik 1 2 , au lieu où il estoit basti, ce qu’eusse peu rendre le Costendik * inutile, depuis réparé et fortifié en ce siège. Oultre plus, le comte de Mansfelt, mareschal du camp, logeât à Stabruch, y demeurant sa personne avec bonne partie de l’armée, tant d’Espaignols qu’ Allemands, Italiens et Valons, et cavalerie jugée nécessaire, pour le service du camp. •

Puis fut la rivière de l’Escaut serrée plus haut que Lilo, du costé d’Anvers, par le moyen d’une passilade oustecade 3 4 qu’on dressa aux deux boutz* de la rivière, et au milieu de bateaux ancrez de quatre ancres, avec pontz de l’ung à l'autre dés bateaux, et artillerie sur les deux bouts 5 , estant lesdictz bateaux gardez d'Espaignols du costé de Brabant, de Bourguignons au fil de l’eau et de Valons du costé de Flandres, y commandnntz à tour quelques cappitaines bourguignons ; par le moyen de laquelle pallissade fut le commerce de la rivière' et par conséquent d’Holaude, Zélande, Angleterre et généralement de toute la mer océane, empesché aux habitants dudict Anvers, si 6 qu’icelle achevée, n’y entrèrent plus aucuns vivres ni munitions, mesme dez que le milieu de la rivière, qui ne pouvoit estre piloté pour sa profondeur, fut serré par le moyen des bateaux, desquelz la red-

1 Le dik, la digue.

2 Costendik , Cauwenstinsche ou Couwesteynse dyck, ou digue do Covestein, allant du fort de la Croix vers Stabroeck.

1 Passilade ou stecade, palissade ou estacade.

4 Aux deux bouts:, aux deux bords.

5 Sur la construction de ce pont, voy . Strada, II, 313 et suiv. ; Le Petit, II, 509 ; Van Meterhn, 242.

0 Si, de telle manière.

dition de Gand et Terremonde donna commodité 1 .

Et quant au Costendik, il fut aussy avisé de le réparer et fortifier, comme on fit.de plusieurs forts*, avec gardes nécessaires, tant d'Espaignols, Allemands que Vallons et bon nombre d’artillerie, d’autant que c’estoit le seul chemin pour passer dez le quartier du prince 3 , par dessus la pallissade, au quartier du marquis de Varambon, où estoit le plus gros corps de l’armée, y ayant peu ou rien à douter » du costé de Flandres 5 , estoit à craindre que si l’ennemy se fusse emparé dudict Costendik et si fortifié 6 , il eusse séparé le meilleur et le plus gros de l’armée d’avec la pallissade, et de la personne du prince mesme, oultre ce que coupant l’ennemy, le Costendik, au lieu où furent bastis sur iceluy les forts qu’on nomma d’Ordan 7 et de l’Escluse, et puis le Blaurendik, en l’endroict où estoit basty le fort de la Trinité, il eusse faict prendre à la rivière un cours qu’on dict qu’anciennement elle tenoit, et par ce moyen rendu la pallissade ou stecade inutile; mais pour les empescher furent encor bastis quelques forts sur le Blaurendik, que le marquis de Varamboil

1 C'est à dire au moyen des bateaux qu’on pût se procurer par suite de la prise de ces deux villes.

* On construisit à l’extrémité de la digue, sur l'Escaut, le fort de la Sainte Croix, puis, sur la digue même, les forts Saint Jacques, de la Morte ou de Saiut Georges, et des Pilotis ou de Victoire. Voy. Strada, II, 346 et suiv. Sur les forts du bas Kscaut, voyez le plan inséré dans les A tin. de l'Acad. d'archéologie de Belgique, 2' série, tomo VI.

3 Sur la rive gauche de l’Escaut.

4 Bouter, redouter.

5 Suppléez mais.

* Si fortifié, s’y fut fortifié.

7 Oordam on Saint-Philippe, à l'ouest d’Oorderen.

gardoit, plus bas que Lilo, à la venue de l'armée hollandoise, qui survint quelque temps après la pallissade achevée.

Bien est vray que si, comme aucuns estoient d’advis, la palissade eusse été tirée plus bas que le fort de Lilo; il n’y eut heu rien à craindre de semblable, pour autant que l'ennemi n’eusse heu le moyen d’approcher le Costendik, comme il fit depuis , entrant dans le pays inondé, entre le Blaurendik et ledict Costendik, par une coupure qui avoit esté faicte autrefois par les ennemis sur le Blaurendik, un peu plus haut que le fort de Lilo; oultre qu’en ce cas se sauvoit la despense qu’il fallut employer à la réparation et fortification dudict Costendik, et le nombre d’environ deux milles hommes, qui chacque soir entroient en garde sur iceluy, et, ce qui estoit plus considérable, demeuroit en même temps le fort dtfdict Lilo assiégé, duquel encores il eusse esté aisé de se faire maistre, puisque ceux du fort de Lieukerke 1 situé sur la rivière, d’autre costé, qui avoit esté basti par les ennemis, craignant jà ce qui leur est advenu et puis pris sur eux, par les gens du roy, incommodoientdu commencement avec quatre pièces d’artillerie, de telle façon, ledict fort de Lilo qui n’estoit que de pierres, qu’il n’y avoit en iceluy aucun lieu d’asseurée retraicte, ainsy qu’aucun des ennemis, venus en la puissance des gents du roy, l’ont déclaré è plusieurs fois et quelques soldacts* du roy, par eux tenus 3 , l’ont appris.

1 Lieukerke, Liefkenshoeck, rive gauche.

5 Quelques, lisez que quelques.

3 Par eux tenus, prisonniers des ennemis.

SDH I.E MARQUIS DE VAREMB0N.

Or ladicte palissade ou stecade achevée, et le Costendik ainsy réparé et fortifié, ceux d’Anvers, pressez de nécessité, fabriquèrent quelques bateaux, faisant effect de mines avec feu artificielle et lesquels atterminez , couduicts par aucuns, qui tost les abandonnèrent, sentans arriver le temps de leur effect, et approchantsdeladicte palissade, au bout devers Flandres, l’endommagèrent fort de ce côté là et en rompirent et bruslèrent une partie, oultre ce que le marquis de Eoubaix, le sieur de Billy 1 * et quelques uns principaux de l’armée, se retreuvans pour lors sur la palissade, y furent tuez et quelques autres soldacts blessez et intéressez. Ce fut occasion que , pour couvrir et plus asseurer la palissade à l’encontre de semblable événement, l’on fit quelques flottes bastant * pour diminuer les plus grandes forces de bateau qui eussent peu venir.

D’autre part, voulants ceux de Hollande secourir la ville, vint de leur costé une armée navale conduicte par le comte d’Hollac 3 4 , lequel à son arrivée, ayant arresté quelques jours à Batzenturn*, puis tachant de gagner une guettir 5 , après avoir tenté

1 Don Gaspard de Robles , portugais, chevalier de Saint- Jacques, baron do Billy par son mariage avec Jeanne de Saint- Quontin, baronne de Billy. Tué le 4 avril 1585.

* Bastant, propres A.

3 Philippe, comte de Hohenlohe (Hohenlonius, Holoe, Hollachius, Holloch, Hollac). 11 avait épousé Marie, fille de Guillaume le Taciturne et d’Anne d’Egmont, et commandait l’armée navale. Groen van Prinsterer, Arcb.it>., VIII, 448.

4 Batsentun i , Batzen-Toorn , un peu au nord du fort de Batz.

5 Guettir, mot inconnu. Serait-ce un endroit pour se mettre aux aguets.

sur les forts où estoit le marquis de Varambon avec Bourguignons et Valons et tirez quelques deux centz volées de canon, y trouvant plus de résistence qu’il ne pensoit, ancra ses bateaux de guerre entre le fort de Lieukenzuk et celui de Lilo, et battit si furieusement celuy de Lieukenzuk, que les soldats furent contraincts de l’abandonner. La même fortune coururent aussitost les forts bastis sur le mesme costé, nommez de Sainct-Antoine et de Nort 1 2 ; estant dans celuy de Nort le sieur de la Jumelle, lieutenant-colonel du régiment du comte d’Egmont, auquel pour ne le pouvoir secourir, y obstant* l’assiete du lieu, le prince manda de se rendre aux plus honorables conditions qu’il pourroit. Se tint-il néantmoins quelque temps, secouru par le marquis de Varambon de quelques munitions de guerre, y aians faict, les gents que le marquis y envoya, quatre voyages heureusement tant au aller qu’au retour, encores qu’il leur falloit passer entre les bateaux de garde, quel’ennemy tenoit sur les fortz dudict marquis et le gros de leur armée.

Après avoir pris ces fortz, ceux du fort de Lilo et de l’armée hollandoise, concernants 3 4 desjà de remettre* contre Costendik, comme depuis ils firent, et contre le château de Lilo 5 , que les gens du roy tenoient encores, afiin de n’estre si tost apperceus à leur embarquement et désembarquement, bastirent

1 Saint-Antoine et de Nort. Ces forts se trouvaient sur la rive gauche, dans 111e de Doele ou Dele.

2 Y obstant, s'y opposant.

3 Concernants, concertant.

4 Remettre , attaquer de nouveau.

5 Au nord-est du fort de Lillo.

un fort entre les forts, où estoit le marquis de Varambon d’un costé, et le leur 1 de Lilo d’autre, sans que les Espaignols et Bourguignons leur donnassent une bonne main, venant avec beaucoup de valeur jusquesauxespées avec eux, pour leur donner empeschement, au temps qu’il commencèrent de le bastir.

Après quoy, ils tournèrent à batre le chasteau dudict Lilo, sans qu’il y eusse aucun moyen de le secourir pour l’assiete du lieu , car en aucuns endroictz l’eau estoit si haute, que l’on n’y eusse peu faire passer ny gents à cheval ny gents à pied, et en d’autres estoit si basse qu’il n’y avoit moyen de faire aller les bateaux.

Puis s'estantz faict maistre dudict chateau, le comte d’Hollac, avec la mesme armée, voulut tenter contre le Costendik, mais il y fut vaillamment repoussé avec notable perte de ses gents, ayant esté descouvert et apperceu.

Parquoy et pour couvrir sa seconde entreprise, il fit courir un faux bruict qu’il avoit esté tué par aucuns matelots et soldacts, pour ne leur avoir esté faicte raison de quelque butins pris sur ceux du roy, et fit porter ce bruict par un qui, faignant se sauver comme complice de l’homicide, tout effrayé, vint se rendre à nage, dans uns des forts du quartier du marquis de Varambon, présuposant le comte, qu’au bruict de telle nouvelle, l’armée feroit garde plus négligente, qui serviroit pour faciliter son entreprise ; puis faict passer au dessus de Lilo quantité de ses vaisseaux, tirant contre le Costendik, sans néant-

1 Le leur, leur fort.

MKM0IBK3

moins pour ceste fois y remettre, d’autant que le marquis de Varambon, s’en ayant apperceu et envoyé quelque petits vaisseaux des siens, pour le reconnoistre, donna incontinant advertissement tant à ceux qui estoient sur le Costendik, qu'au reste du camp, de sorte que se voyant tousjours descouvert, par la vigilance du marquis, se résolut, affin d’y obvier, de loger ses bateaux, trois jours durants, en un bois estant dans le pays inondé, entre le quartier du marquis de Varambom et le Costendik, plus proche toutesfois dudict Costendik ; et par un matin, remet à la diane inopinément contre ledict Costendik, au lieu qu’il estimoit le plus aisé, pour estre plus eslongné des forts et duquel les gents du roy doutoientle moins, arrivants ceux d’Anvers de l’autre costé, lesquelz avec nombre de bateaux et d’artillerie assaillirent en mesme temps, puis ayant pris pied en terre ensemble, se retranchant en douze ou quatorze endroicts, y demeurèrent environ sept heures victorieux, non obstant toute la diligence que le prince d’un costé, ou le comte de Mansfelt d’autre y peussent mettre , les ayans faict plusieurs fois assaillir, à l'effet de leur faire quitter la place.

Et entretant, le comte d’Hollac, par le pais inondé delà le Costendik passa jusques en Anvers, asseurant la victoire à ceux de dedans, qui, à ce bruict, ravalèrent 1 le prix de leurs vivres à la moitié ; mais ils chantoient le triomphe avant la victoire; car pendant ceste leur courte joye, le marquis de Varambon considérant l’effect des ennemis et qu’il y

l ~ltaialèrcnt t abaissèrent.

SUE LE MAHQUIS DB VARBMBON.

alloit à ce coup de la fortune totale de ce siège, d’autant que tenant plus longtemps et ayant loisir de se fortifier sur ledit Costendik, il eusse esté très diffîcille, voires presque impossible de les en desplacer avant qu’ils eussent faict ce qu’ils désiroient, au quel cas son quartier demeuroit inutile et ne pouvoit avoir ordre du prince, à cause que les ennemis tenoient le passage, print avis d’y envoyer les Espaignols qui furent de Petro de Pas 1 * , lors conduicts par don Joan de Laguila * et qui estoient destinez pour la garde de son quartier; car après avoir pourveu à la seurté de la palissade et du Costendik, le prince estimoit ce quartier estre le plus dangereux, pour ce qu’il estoit le plus près de Lilo, le plus exposé à l’ennemy, à la venue de Berghes-sur-le-Zon et le plus eslongné de secours ; considéroit le marquis que les Espaignols arrivants frais et contre l’attente de l’ennemy, d’autant qu’ils en estoient eslongnez une bonne heure de chemin, qu’il convenait faire par circuit, à cause des eaux toute autour, ils les repousseroient aisément, mesme les treuvant las et recrens 3 tant du travail pour lequel il estoit vraisemblablement venu, que des escarmouches qu’il avoit supportées ; oultre ce que par communication qu’il eut avec aucuns matelots bien praticques et qui dez longtemps demeuroient entre ses gents venus se rendre au service du roy, et des quels il fut informé de l’estre de l’eau, il jugeoit qu’à l’arrivée desdicts Espai-

1 Qui furent, qui avaient été autrefois commandés pai Pierre

de Paez.

3 Jean d'Aquila.

3 Recrens, fatigués, découragés.

gnols les bateaux mesmement 1 * d’Anvers seraient contrainct3 de se retirer; si fit l’issue paroistre sa conjecture n’estre vaine. Car aussi tost que lesdits Espaignols, qui alloient touchant leurs marches, avec tous leurs tabours furieusement*, heurent approché le Costendik, et commencé l’escarmouche, les ennemis, tant pour la retraicte de leurs vaisseaux, que surpris de ce nouveau secours, arrivant tout frais et inopinément, sans s’amuser beaucoup à combatre, abandonnant arme3 et places, taschèrent de se sauver dans leurs vaisseaux, ce que toutesfois ils ne purent faire si tost que tant tuez que noyez ils n’y demeurassent trois mille 3 .

Ce service fut jugé de très grand emport l , d’autant quedez lors commença le prince à se plus asseurer de l’issue de son entreprise, et ceux de dedans de perdre courage; oultre ce que furent gaignez sur l’ennemi environ trente bateaux et bon nombre d’artillerie et l’entreprise du comte d’Hollac avoit mis le siège en très grand hazard, et non seulement ce siège, mais encore l’asseurance d’aucunes villes importantes, desquelles la foy n’estoit encor trop recongneue, et dans lesquelles, au premier bruict quelles heurent du faict de l’armée hollandoise, on commençoit à lever la teste et tenir certains langages qui faisoient douter de leur courage.

Ne convient oublier que ceux d’Anvers, pour un

1 Mesmement, mémo ceux d'Anvers.

* Touchant leurs marches, battant leur marche.

3 Sur l’attaque de Couvenstoyu , qui eut lieu le 2G niai 1585, ray . Stkada; I,k Petit, H, 514; Vas Metekkn, 249.

* Emport , importance.

SUS LE MARQUIS DK VAREMBON.

semblable effect, ou bien pour forcer la palissade, avoient faict un très grand vaisseaux à preuve d’artillerie et chargé de beaucoup de pièces, qu’ils appelloient « Fin de la guerre » , lequel, pour sa grandeur et pesanteur, ne peut passer si avant qu’il s’en servissent pour leur dessein, ains après la route 1 * du Costendik, fut tost abandonné.

Parquoy, estonnés que leur machine de feu et toute entreprise faicte contre le Costendik n’avoient réussi, selon qu’ils espéraient, que de terre ils ne pouvoient attendre aucun secours, ayant durant le siège, Malines * et Bruxelles 3 4 esté forcées de se rendre, lesquelles toutesfois ne pouvoient, au temps de leur reddition, espérer aucuns secours que du mesme Anvers, après avoir esté sommez de nouveau, prindrent, au bout de quelque temps, résolution de se rendrent; ayant, h l’effect de traicter, envoyez devers le prince des principaux et du magistrat de leur ville, ausquels, après que toutes les conditions de la reddition furent arrestées *, le prince permit de voir les ouvrages de la palissade et du Costendik, et pui3 au bout de quelques jours, entra dans la ville au nom du roy 5 . Pendant le siège et environnement d’icelle, le mesme prince avoit receu l’ordre de Bourgongne, de la Toison d’or, par les mains du comte de Mansfelt,

1 Route, déroute.

1 Malines capitula le 21 juin 1585, selon Strada , 11,373; le 19 juillet, Belon Le Petit, II, 517 et Van Meterkn, 247 v°.

3 La capitulation de Bruxelles fut signée le 10 mars 1585, selon Benne et Wautkrs, Hist. de Bruxelles, I, 575; Le Petit. II, 511 ; VanMktkren, 247 y».

4 La capitulation d'Anvers fut signée le 27 août 1585.

5 Le 27 août.

mareschal du camp, chevalier du mesme ordre, député du roy, dans le fort de Brabant \ joingnant à la palissade. Et au bout de quelques temps, ayant entré dedans Bruxelles, après avoir fait donner quelque commencement au rebastiment de la citadelle d’Anvers, pendant son séjour, aucuns seigneurs, lesquels le roy a voulu de tant honorer, y receurent le mesme ordre de ses mains, à mesme jour et heure, et en cest ordre que le roy mesme commanda, à sçavoir : le marquis de Varambon le premier, le comte Doverend 1 , le second, le comte d’Arenberg *, le troisiesme, le comte de Berlaimont *, le quatriesme, le comte d'Egmont 5 , le cinquiesme, et le marquis de Ranty 8 le sixiesme.

Or, suivit tost après la prise d’Anvers que la palissade fut commandée e8tre rompue et le3 forts, sur le

1 Fort Saint-Philippe.

* Maiimiiien, comte d'Ostfrise ot d'Over-Embden , seigneur de Durbuy, député de la noblesse du Limbourg, en 1566, gouverneur dn pays de Limbourg.

3 Charles de Ligne, comte d’Arenberg, premier prince d’Arenberg, fils de Jean de Ligne, comte d’Arenberg, tué à la bataille d’Heyligerlée, en 1568.

* Florent, comte de Berlaymont, fils puîné de Charles. En 1579, il succéda a son frère Oilles , dans le gouvernement de Namur et d’Artois. Plus tard, il obtint tous les titres de ses frères aînés, morts sans postérité et fut gouverneur du duché de Luxembourg. Il mourut & Namur, le 8 avril 1626.

5 Philippe d’Egmont, prince de Oavre, fils de Lamoral et de Sabine de Bavière, tué à la bataille d'Ivry, 14 mars 1590.

6 Emmanuel Philibert de Lalaing, marquis de Renty, baron de Montigny, seignenr de Chièvres et de Condé; grand bailly et gouverneur du Hain&ut, mortle 27 octobre 1590, à l’âge de 33 ans, avait été le principal chef des malcontents. Un septième collier était destiné à Robert de Melun, marquis de Roubaix, on a vu plus haut qu’il périt avant de l’avoir reçu.

Co3tendik, abbatuz, horsmis ceux de Nord an 1 et de Lescluse, d’autant qu’on jugeoit la garde dudict Costendik estre encore nécessaire, de peur que l’ennemi, s’en emparant, le rompisse et vinsse à inonder la campagne ; demeurant néantmoins la gendarmerie quelque temps autour de la ville, en attendant quelque dessein que le prince avoit pour rendre la rivière tant plus libre sur le fort de Lieukenzuk* et autres prochains, pris par l’armée hollandoise, au commencement de leur arrivée ; mais le prince, voulant donner commencement à l’entreprise, et ayant faict jà passer à cest effect quelque huict pièces d’artillerie au quartier du marquis de Varambon, pour les porter sur des bateaux, laissa l’entreprise, ayant reconneu que les ennemis bàtissoient un fort sur le lieu auquel il avoit desseigné de s’embarquer.

Survint, ce pendant, une mutinerie entre les Valons, à faute de paye, non sans avoir voulu aucuns d’iceux susciter les autres nations, disant que puisque les Espaignols avoient esté payez entièrement, il estoit bien raisonnable aussi qti’ilz le fussent, attendu qu’ils avoient autant de part au service du roy et qu’ils supportaient les travaux de la guerre esgaîement ; mais ils furent à la fin appaisez, et en lieu de deux payes qu’on destinoit à la gendarmerie, elle en receut quatre.

Et n’estant la saison plus commode de tenir en campagne, fut au bout de quelque temps l’armée répartie pour hiverner, et les Bourguignons avec les Anglois envoyez au pays de Gueldres, tant pour

1 Ordam. Voyez plus haut.

■ Lieukenzuk, Liefkenshocck.

assister au sieur de Hautepine 1 Il le gouverneur, lequel on disoit estre foible, que , pour en hivernant, par mesme chemin, incommoder et endommager l’ennemy ; et d’autre part, le comte Charles de Mansfelt conduisoit environ soixante enseignes d’Espaignols en l’isle de Bommel, pour ce qu’on avoit advertissement que cette isle estait grasse et abondante en vivres et autres commoditez, n’ayant dès longtemps suporté la guerre; mais il ne s’y treuva ce que l’on espéroit, parce que les paysansse retirèrent, leurs personnes et leurs biens, dans la ville, abandonnant touB, au bruict de ceste nouvelle, la campaigne, sans y laisser que ce qu’ils ne purent emporter, encor que par aucuns avant-coureurs on leur eusse faict entendre que, te tenants en leurs maisons, ils seroient déffendus de violence et oppression ; et survenants les gens de guerre raisonnablement , car ayant les troupes espaignoles entré dedans l’isle, par le moyen d’une seule barque, sur laquelle ils passèrent au bout de quelques jours, ne trouvèrent aucuns vivres et furent deux jours entiers les soldacts sans avoir que porter en la bouche, endurant une extrême faim et puis un extrême froid, qui survint en mesme temps ; parle moyen duquel, environ cent cinquante ou deux

1 Claude de Berlaymont, sieur de Haultepenne, septième fils de Charles de Berlaymont, naquit vers 1555. Il devint capitaine des gardes de Farnése et colonel d’un régiment d’Allemands, auquel il donna son nom. 11 s’empara de Bredaen 1583, puis de Lierre, Eindhoven, Nimègue et Gueldre. Il mourut le 14 juillet 1587, des suites d'une blessure reçue au siège d’Engelen.

Il était gouverneur de la Frise. Stbada fait un grand éloge de la bravoure et des talents militaires du sieur de Haultepenne. II, 505 et suiv.

cents d’entre eux hurent les piedz si fort gelez que, pour tout remède, ils fallut les coupper. Chacun peut estimer si c’estoit poinct un regret extrême ausdictes trouppes, composées d’une nation tant vaillante et renommée, la fleur de l’armée du roy, la pluspart vieux soldacts, qui s’estoient retrouvez en beaucoup de notables expéditions, de se voir périr de ceste sorte sans combatre, me3me à la veue des ennemis, lesquelles, arrivez d’Hollande avec quelques bateaux de guerre, tenoient l’eau assiégée et par signes etpropos de mocqueries accroissoient aux trouppes l’ennuy de leur fortune. A la vérité les ennemis estoient au point d’emporter une victoire si mémorable, que jamais ils n’en eurent de telle; mais Dieu ne voulant faire ressentir une perte tant extraordinaire au roy, en une querelle tant juste, envoyant une soudaine gelée par laquelle en une nuict l’eau fut gelée, de telle façon que les bateaux des ennemis furent arrestez et les trouppes heurent moyen, le lendemain, de la passer, avec beaucoup de peine toutesfois, à raison de la foiblesse d’aucuns, causée tant du froid que de la faim. Si est-ce qu’en passant ne laissèrent de tirer force harquebusade contre les ennemis et les controignirent d’abandonner leurs bateaux et passer en l’isle 1 . Le prince, adverti de telle fortune, resentant intimement le bazar et danger des trouppes, sorty deux journées de Bruxelles, pour y donner l’ordre possible en toute diligence , ne passât outre, en ayant appris, en chemin, l’issue.

Cette fortune passée, le mesme comte Charles est

1 Sur cette campagne, voy. Strada, II, 398 et suiv. ; T, a Pktit, II, 52t.

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ordonné de passer contre Grave, pour commencer de l’incommoder, attendant le temps de la serrer avec un juste siège, etd’auiant qu’on estoit adverty que la ville estoit peu fournie de soldacts et de munitions. A son arrivée, le comte faict pilloter la rivière, logeant quelques Espagnols et Valons en certain fort, qu'il fit dresser sur icelle, pour davantage la tenir en bride ; mais tout ce ne peut empescher qu’à plusieurs fois n’y entrassent, tant par eau que par terre, nombre de soldacts et quantité de munitions de guerre, jusques ii ce que survenu de Bruxelles, le prince, suivi, entre les chevaliers de l'ordre, du comte de Mansfelt, mareschal du camp, et du marquis de Varambon ut accreue la gendarmerie, par la survenue des Bourguignons et terzes d’Italiens, ausquels le marquis commanda, fut le siège commencé à bon escient, par ordre du prince, lequel résolut de faire approcher l'artillerie de la muraille. Voulant aller en personne suivi du marquis de Varambon, comte Charles de Mansfelt et autres seigneurs, reconnoistre l’endroict le plus foible, heut son cheval tué sous luy, d’une balle d’artillerie; à la fin bresche faicte, fut la ville rendue à composition 1 , par le gouverneur* estant dedans, auquel, en retournant en Hollande, les Estactz du lieu firent du depuis trencher la teste, luy imputant la prise de la ville.

Dez là , le prince tire contre Venloo laquelle assiégée estant jà réduicte à beaucoup d’extremitez,

1 Le 7 juin 1586. Sur ce siège, » oyez Strada, II, 410 â 418; Le Petit, 11, 530 ; Van Mkteiif.n, 261 v".

* Le baron Hc.mert, gueldroia , fut décapité par ordre de Leicester. Le Petit, II, 531. Strada, II, 418.

par lesgentz du rov, qui courroient tout autour, n’aftendit la batterie et composa de sa reddition *. Durant le siège, le marquis de Varambon, le jour avant qu’on voulusse poser l’artillerie, s’estant retrouvé au pied de la muraille pour la reconnoistre, allant visiter son quartier, faillit d’estre tuez par un coup de harquebute tirez dez le dessus d’une tour, qui luy perça le chapeau de part en part.

Voilà tout ce que je puis escrire, pour le présent, des exploicts de la gendarmerie royale, avec laquelle et la prudence et vigilance du prince et des chefz qui l’ont assisté, on est venu à bout de tant de peuples, et villes puissantes en multitude d’hommes, richesses et fortifications et en si peu de temps, comme d’environ quatre ans, à le prendre dez que les nations retournèrent*, chose que plusieurs ne pouvoient et autres ne vouloient espérer. Si Dieu me faict la grâce de vivre, moyennant quelque loisir et la commodité, je poursuivray ce que suivra, en adjoutant à ce dont j’ay desjà escrit, ce qui me viendra de nouvel à connoissance; affin que je ne promette rien légèrement.

1 Le 29 juin 1680. Sur ce siège, noyés Strada, II, 419. J.k Petit, II, 531.

* C’est à dire depuis le retour des troupes espagnoles et étrangères.

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