‹ Mémoires sur le second empire (volume 2)Chapitre 15 sur 100 · LA REVUE DE SATORY · texte numérisé non relu

LA REVUE DE SATORY

Prorogation de l'AsBemblée. — Les Légitimistes à Wiesbaden.

— Les Orléanistes à Claremont. — Divers projets des partis.

— Nouveau voyage du Prince-Président. — Ses discours à Lyon, à Reims et h Caeu. — l-es conditions de paix avec l'Assemblée. — La commission de permanence. — La revue de Satory. — L'attitude du génûral Changarnier, ses ordres du jour, ses secrets desseins. — M, Odilon Barrol et le général Cliangarnier. —Ce que le général altendailde M.Dupia.— Nouvelles erreurs de la Chambre et leurs origines.

Tous les épisodes relatirs à la loi du 31 mai révélaient, de la part des anciens partis, leur velléité de secouer le joug de l'Elysée, de recouvrer leur indépendance, de marcher, désormais, chaciui vers leur but, la restauration de leurs princes. Du 81 mai RU 11 août, date à laquelle l'Assemblée avait décidé qu'elle prendrait trois mois de repos, les séances n'offrirent qu'un intérêt secondaire comparativement aux jours tumultueux des grandes discussions. On put, toutefois, constater les progrès d'un mauvais vouloir marqué vis-à-vis du Prince, une demande

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d'augmentation de sa dotation n'était acceptée qu'après d'assez pénibles tiraillements, et à une faible nugorité. Le général Changarnier, en donnant au gouvernement l'appui de sa parole, faisait, en quelque sorte, ses adieux àralltance qu'il paraissait avoir formée avec l'Elysée; son attitude, nébuleuse en cette circonstance, devait bientôt devenir plus nette. Celle des partis allait également être signilicattve. Les masques allaient tomber.

A peine, en effet, la Chambre s'était-elle séparée tiue le parti l^itimiste organisait une manifestation qui prenait toutes les proportions d'un événement. M. le comte de Chambord s'était rapproché de la France; il avait, momentanément, fixé sa résidence à Wiesbaden, et ses plus fidèles amis d'abord, puis, après eux, un très grand nombre de ses partisans étaient allés lui porter l'hommage de leur dévouement. Les journaux du parti publiaient soigneusement la liste des visiteurs et encourageaient le zèle de leurs adhérents. On se compta et, dans des réunions choisies, on délibéra.

La question qui s'imposait en première ligne aux entretiens des chefs du parti était naturellement celle de savoir quelle attitude on devait prendre au cas où quelque nouveau mouvement insurrectionnel, provoqué par la Montagne, viendrait à se produire. On pensait qu'en pareilleoccurrence, tout seraitremis en question, on voulait être préparé pour tirer parti des événements. Comme donnée générale, on peut afdrmer que les amis de M. le comte de Chambord étaient part^^s en deux camps : celui de l'action et

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celui de la prudence- Les partisans de l'action cnyaient pouvoir afïirmep qu'ils avaient pour eux une condition de succès, de première valeur à coup sûr, c'était l'appui éventuel, et, pour parler plus exactement, la complicité du général Changarnier.

Le général Changarnier avait donné à l'un au moins des députés légitimistes, parliculièrement autorisé, les assurances les plus explicites de son dévouement à la cause de M. le comte de Chambord. Le général ne s'en était pas tenu aux demi-mots, il avait nettement exprimé sa résolution de ne point favoriser les projets supposés du Prince-Président; il avait déclaré que, le cas échéant, il mettrait son épée au service de la l^ilîmité (I). La République était expirante. Dans son esprit, le triomphe de la bonne cause était proche, et n'offrait pas autant de difTicultés qu'on paraissait le supposer. Il était naturel qu'une semblable confidence eût fait naître, dans le cœur de celui qui l'avait reçue, de chaleureux desseins. Le député légitimiste avait vivement insisté pour qu'on se mit en mesure de prendre part à une action qui pouvait devenir décisive; il voulait une politique plus hardie, plus affirmative, et qui fût de nature à précipiter un dénouement. Ce ne, fut pas cette opinion qui l'emporta dans les conseils de M. le comte de Chambord. On décida néanmoins que,

(1) Lo député dont il est ici parlé est M. le marquii de La RochejacqueliD. C'est de lui-même que nous tenons ce reuseignement relatif au gcoiiral Changarnier. Nous avons eu, à diverses reprises, l'occasiou de nous entretenir de ces faits avec lui. Ses souveairs étaient d'une extrême précision.

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sans aller aussi vite que le souhaitait le confldentdu général Changaraier, on se tiendrait prêt à profiter desévénements, et, entous cas, qu'on ne s'associerait à aucune mesure qui pourrait engager l'avenir et favoriser l'élévation au trône du Prince- Président. Le parti légitimiste devenait, plus que par le passé, un parti militant. Prisdans son ensemble, il ne conspirait pas, mais il observait de plus près qu'il ne l'avait fait jusque-Iâ ; il restait bien encore attaché par quelques liens au parti conservateur, mais par ceux-là seulement qui olîraieat un profit à sa cause. Le gouvernement de Louis-Napoléon ne pouvait plus attendre de lui qu'un concours limité et essentiellement conditionnel.

Le parti orléaniste avait eu, lui aussi, sa manifestation; un triste événement en avait été la cause naturelle. Le roi Louis-Philippe était mort à Claremont, et un très grand nombre d'hommes importants s'étaient rendus à ses funérailles. Une telle réunion pouvait difficilement se séparer sans qu'il fût question des événements dont la France était et pouvait encore plus devenir le théâtre. Les princes d'Orléans, un grand nombre d'anciens ministres, des membres de l'Assemblée, se trouvant ainis groupés, on discuta et on examina le parti qu'on pouvait tirer des circonstances. A Claremont, comme à Wiesbaden, diverses opinions étaient en présence. Les uns proposaient d'unir les forces des deux branches de la maison de Bourbon, de provoquer un rapprochement entre M. lecomte deChambordet les princes; c'était la fusion qui s'ébauchait ainsi. Les autres regardaient

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comme périlleux de songer à rétablir la Royauté soub une forme quelconque ; ils considéraient qu'il convenait provisoirement de ne pas renverser la République. Leur plan offrait, en apparence, de moins grandes diiTicullés que n'en soulevait une Restauration; on se bornait à rendre impossible la révision légale de la Constitution, et, ea,1852,le prince Louis- Napoléon n'étant pas rééligible, on posait la candidature du prince de Joinville à la présidence de la République. Les opinions libérales bien connues du prince de JoinvîUe rallieraient, espérait-on, à sa cause les républicains modérés. Les conservateurs sans nuance prononcée l'accepteraient' voloatiers, et, les orléanistes aidant, on constituerait ainsi un grand parti, olTrant aux hommes d'ordre, de solides garanties, et pouvant lutter avec avantage contre un candidat montagnard. A Claremont, comme à Wîesbaden encore, on croyait avoir avec soi le général Changarnier, sinon pour complice d'un retour par la force, an moins comme adversaire énergique de toute ten> tative du prince Louis-Napoléon pour s'emparer du pouvoir à titre définitif.

Au point de vue de l'ancien grand parti de l'ordre, de celui qui avait protesté contre les candidatures républicaines du 10 mars et qui avait contribué à l'élection du prince Louis-Napoléon, c'était là encore on des gros bataillons qui abandonnait la colonne.

Le Prince -Présidant suivait, sans s'en inquiéter, ces manœuvres naturelles des anciens partis cherchant à retrouver une couronne ; il avait conscience de sa force ; mais il ne dédaignait pas cependant les

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moyens qui pouvaient l'augmenter. En 1849, il avait fait, dans la région de l'Ouest, un voyage triomphal; il résolut de se mettre une fois encore en communicatioD avec ce peuple qui l'avait élu. C'était Lyon et les provinces de l'Est qu'il allait visiter en 1850.

Il devait encore trouver, dans ses discours, l'occssion d'affirmer ses principes, de répondre aux attaques dont il avait été l'objet comme aux manifestations dirigées contre son pouvoir présent et futur. C'était sa forme de défense, et il n'en pouvait trouver aucune qui produisit dans tout le pays une impression plus profonde.

De l'aveu de tous, la situation devenait intolérable et ne pouvait se prolonger. La Montagne conspirait ouvertement; le parti légitimiste et le parti orléaniste dressaient leurs batterie.^;. L'Elysée était comme une citadelle assiégée ; on en préparait l'assaut. Le Prince prévenait loyalement ses ennemis qu'il était résolu â se défendre.

A Lyon, le 15 août, en répondant au discours da maire, le Prince disait : •. Si des prétentions coups^ blés se ranimaient et menaçaient de compromettre le repos de la France, je saurais les réduire à l'impuissance en invoquant encore la souveraineté da peuple, car je ne reconnais à personne le droit de se dire son représentant plus que moi. >

C'était une réponse directe aux manifestations de Wiesbaden et de Claremont et aux projets qui avaient transpiré. En proclamant ainsi qu'il invoquerait encore la souveraineté du peuple, le Prince ne faisait aucun mystère de ses intuitions. Il indiquait

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clairement son procédé de défense. C'était l'appel à la nation; c'était, sans aucun déguisement, le Deux- Décembre annoncé, si la coalition des partis le forçait à recourir à cette extrémité.

Mais, en même temps qu'il se montrait prêt à accepter la lutte, il laissait voir sa persistante préférence pour une solution pacifique, el, conviant à la conciliation les partis qui menaçaient de rompre le faisceau de l'union conservatrice, il disait à Reims : « Notre pays ne veut que l'ordre, la religion et une sage liberté. Partout, j'ai pu m'en convaincre, le nombre des agitateurs est infiniment petit, et le nombre des bons citoyens infiniment grand. Dieu veuille qu'ils ne se divisent pas! C'est pourquoi, en me retrouvant aujourd'hui dans cette antique cité de Reims, où les rois qui représentaient aussi les grands intérêts de la nation sont venus se faire sacrer, je voudrais que nous pussions y couronner non plus un homme, mais une idée : l'idée d'union et de conciliation, dont le triomphe ramènerait le repos dans notre patrie déjà si grande par ses richesses, ses vertus et sa foi. >

A Caen, le Prince exprimait encore ses vœux pour une solution pacifique et légale des difficultés pendantes, et, comme il l'avait fait ailleurs, il indiquait nettement le procédé de salut, le moyen constitutionnel de prolonger et de fortifier son pouvoir. • Si, disait-il, des jours orageux devaient reparaître et que le peuple voulût imposer un nouveau fardeau au Chef du gouvernement, ce chef serait bien coupable de déserter cette haute mission. >

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