RÉVOCATION DU GÉNÉRAL CHANGAKNIER
Message du 12 novembre, l'effet qu'il produit. — l/înlerpellatioQ du $ janvier 1S51. — Réunion, àrKlysèe, des chefs de la majorité. — La niplure. — Révocation du général ChaDgamier. — Emotion qu'elle produit dans l'AsBemblèe.
— Mot célèbre de M. Tliiers. — Démission dce ministres.
— Difficulté de constituer un nouveau cabinet. — Cequ'eftt produit l'accord. — Ministère transitoire du 31 janvier. — Interpellation de M. Hovyn-Tranchère. — Présentation d'un Bupplémant de dotation. — Rejet par la Cliambre. — Nouvelles tentatives de constituer un ministère parlementaire.
— Ni un jour ni un écu. — Opinion de M. Odilon Barrot sur les chefs de la majorité.
L'opinion s'était, à juste titre, émue de l'antagonisme qui existait dans les hautes régions du pouvoir. Les journaux de toutes nuances annonçaient la révocation du général Chantrarnier comme un Tait imminent. Les feuilles dévouées au Prince appelaient cette mesure avec ardeur. L'émotion avait gagné la province et un grand nombre de préfets avaient signalé au gouvernement la nécessité de ne pas
n,g,t,7.dt,'G00glc
1S6 UÉHOtRES SUR LE BBCOItD EKPIRB
tolérer plus longtemps, à la tête de l'armée de Paris, un général qui se posait si ouvertement en adversaire du Chef de l'État.
Pourquoi l'attente générale fut-elle trompée? Pourquoi le Prince ne profita-t-il pas de l'occasion que lui avait offerte le commandant en chef de l'armée de Paris pour faire cesser une situation que, de part et d'autre, on jugeait intolérable? Espérer uo rapprochement avec le général Changarnier était une illusion inadmissible ; épargner à l'Assemblée le froissement que devait lui causer la disgrâce de celui qu'elle considérait comme son protecteur dévoué ne pouvait être qu'un atermoiement sans profit. Le jour paraissait venu de frapper ; mais le Prince ne le fit pas. De bons esprits pensèrent alors qu'il commettait une faute ea laissant inutilement se prolonger et s'aigrir une lutte qui pouvait donner naissance aux complications les plus redoutables pour la paix du pays.
n faut dire ici, et nous l'avons indiqué déjà en cherchant à définir le caractère du Prince, que son penchant le portait moins qu'on ne l'a toujours supposé, aux résolutions énergiques. Il ne reculait pas devant elles quand la nécessité lui en était démontrée ; mais il convenait à son esprit d'épuiser tous les procédés de conciliation, même lorsqu'il avait peu à en attendre, avant d'en venir aux mesures décisives. Obéissant, en cetto circonstance, à ses inspirations personnelles, le Prince, au grand étoimemoit du pays, de la Chambre, du général Changarnier luimême, ne brisa pas Yépie du commandant en dief
n,g,t,7.dt,'G00glc
RÉVOCATION DU OéHÉllAL CHAKOARNIBR 127
de l'année de Paris. H voulut tenter un dernier effort pour ramener la concorde au moins entra l'Assemblée et le pouvoir exécutif.
Le 12 novembre était le terme de la prorogation de la Chambre. A. sa rentrée, le Prince-Président lui adressait un message empreint d'un grand esprit de conciliation. Il avait foi dans l'effet de sa parole; il était convaincu que de loyales explications pourraient encore efîaoar la trace des discordes qui venaient de prendre un caractère si aigu; il se voyait si fort, si puissant, si maître de la situation, appuyé qu'il était par le sentiment presque unanime de la nation, qu'il se refusait à penser que l' Assemblée oserait pousser jusqu'au bout la résistance. Il ne voulait point encore la briser ; il voulait la vaincre ; les moyens légaux restaient ouverts pour résoudre les redoutables problèmes d'où dépendait le salut : il voulait opiniâtrement y faire appel. 11 persistait à croire que la Chambre, fatiguée d'une lutte inhale, reconnaîtrait, eokûn, son impuissance à rien constituer en dehors de lui et que, cédant à la pression du pays, elle voterait la révision de la constitution et ouvrirait ainsi l'ère des solutions paciQques.
C'est sous l'empire de ces généreuses illusions que le Prince-Président disait à l'Assemblée dans son message du ii novembre : < Plus les craintes sur le présent disparaissent, plus les esprits se livrent avec entraînement aux préoccupations de l'avenir. Cependant la France veut avant tout le repos. Encore émue des dang»^ que la société a courus, elle reste étrangère aux querelles de partis ou d'hom-
n,g,t,7.dt,'G00glc
128 UÉHOIRES 6UIt LE SECOND EUFIRE
mes, si mesquines ea présence des'intéréts qui sont en jeu.
( J'ai souvent déclaré, lorsque l'occasion s'est offerte d'exprimer publiquement ma pensée, que je considérais comme de grands coupables ceux .qui, par ambition personnelle, compromettaient le peu de stabilité que nous garantit la Constitution. C'est ma conviction profonde. EUle n'a jamais été ébranlée. Les ennemis seuls de la tranquillité publique ont pu dénaturer les plus simples démarches qui naissent de ma position.
t Comme premier magistrat de la République, j'étais obligé de me mettre en relation avec le clergé, la magistrature, tes agriculteurs, tes industriels, l'administration, l'armée, et je me suis empressé de saisir toutes les occasions de leur témoigner ma sympathie et ma reconnaissance pour le concours qu'ils me prêtent; et surtout, si mon nom, comme mes efforts, a concouru à raffermir l'esprit de l'armée, de laquelle /e dispose seul d'après les termea de la Constitution, c'est ,un service, j'ose le dire, que je crois avoir rendu au pays, car j'ai toujours fait tourner au profit de l'ordre mon influence personnelle. >
Et plus loin, le Prince Ecoutait: «Les conseils généraux ont, en grand nombre, émis le vœu de la revision de ta Constitution .Ce vœu ne s'adresse qu'au pouvoir législatif. Quant à moi, élu du peuple, ne relevant que de lui, je me conformerai toigours à ses volontés légalement exprimées.
• L'incertitude de l'avenir fait naître, je le sais
n,g,t,7.dt,'G00glc
nÉVOC&TION DU GÉNÉRAL CRANaARNIBH 1S9
bien, des appréhensions, en réveillant bien des espérances. Sachons tous faire à la patrie le sacrifice de ces espérances, et ne nous occupons que de ses intérêts. Si, dans cette session, vous votez la révision de la Constitution, une Constituante viendra refaire nos lois fondamentales et régler le sort du pouvoir exécutif. Si vous ne la votez pas, le peuple, en 1852, manifestera solennellement l'expression de sa volonté nouvelle. Mais quelles que puissent être les solutions de l'aTenir, entendonsnous... ■
Le Prince tenninait son message par ces ncAIes
paroles < Je vous ai loyalement ouvert moncceur,
TOUS répondrez à ma franchise par votre conflance, à mes bonnes intentions par votre concours, et Dieu fera le reste. >
Toutes les questions qui préoccupaient le pays et l'Assemblée étaient loyalement abordées par le Prince^ Répondant ûèrement à la menace des partis, il indiquait d'un seul mot, par l'affirmation de son droit, la raison de la longanimité dont il avait fait preuve vis-à-vis du général Changaraier; il donnait à ses voyages la juste interprétation qu'ils devaient recevoiret montrait, avec insistance, à la Chambre, la procédure constitutionnelle à suivre pour prévenir toute collision avec le pays; il faisait enfm, en termes chaleureux, appel à la concorde, et donnait à l'Assemblée, dans un langage élevé, une saisissante leson de patriotisme.
Le message du Prince produisit, dans l'Assemblée, une impression considérable. La détente était mani-
n,g,t,7.dt,'G00glc
180 UEMOIRES SUR LE SECOKD BMPIBE
feste et le Chef de l'État put croire un instant qu'il avait atteint le but qu'il poursuivait : l'entente entre les grands pouvoirs, et la solution, par leur accord. Mais les méBances étaient trop profondes ; trop de gens étaient intéressés à les entretenir pour que le désarmement fût de longue durée : un incident devait suftire pour les raviver. Le 3 janvier, cet incident survint. Un journal avait publié divers ordres du jour du général Changamier semblant établir une sorte de contradiction entre le langage tenu par lui en 1849 et en 1850. Une interpellation avait eu lieu, à ce sujet, à la Chambre et l'Assemblée, mise en quelque sorte en demeure de se prononcer pour ou contre le commandant en chef de l'armée de Paris, avait pris ouvertement parti pour lui. Dans les conditions où se produisait ce témoignage de confiance, l'effet en était double. Du même coup, on louait - le général Changarnier et on blâmait indirectement le Prince- Président. C'était la crise.
Le Prince ne pouvait se dispenser de relever le défi que lui jetaient ensemble l'Assemblée et le général Chai^arnier ; il se résolut à agir et prit un ministère dont la mission expresse était la révocation du commandant en chef de l'armée de Paris- Le nouveau ministère se composait ainsi :
MM
Rbgnauo de Saint-Jean d'Angely, guerre, Drouyn de Lhuys, affaires étrangères, Baaoche, Intérieur, FouLD, finances,
n,g,t,7.dt,'G00glc
RÉVOOATION DU OÉH^RAL CHUtOARNIER 181
MM
Ducos, marine, RouHBR, justice, Maome, travaux publics, BoMJBAN, commerce.
Mais avant d'accomplir son dessein, le Prince voulait s'en expliquer avec les chefs de la majorité. Le 8 jaavier, il convoquait, à l'Elysée, MM. Thiers, Odilon Barrot, le comte Mole, le comte Daru, Berryer, le duc de Broglie, le comte de Montalembert et Dupin; il leur exposait sa résolution et l'ensemble des circonstances qui lui en faisaient ane nécessité; il parlait à la fois, et pour ceux qui l'écoutaient, et pour la Chambre où il désirait que ses intentions Aissent connues dans toute leur vérité. Mais les choses étaient trop avancées, le Prince ne parvint ni à faire partager à ses auditeurs le sentiment auquel il était forcé d'obéir, ni à obtenir d'eux qu'ils fussent, près de l'Assemblée, les auxiliaires d'une politique de conciliation. On se sépara sans trop d'aigreur ; mais on ne se dissimula point que l'heure d'une rupture entre le Prince et l'Assemblée était proche.
Le lendemain 9 janvier, paraissait au Moniteur, le décret mettant en disponibilité le général Cbangamier et nommant, à sa place, le général Baraguey d'Hilliers. En même temps, il était dit dans le décret : f Le général Carrelet, commandant la première division militaire, conservera les attributions qui lui sont dévolues par la législation eu vigueur. >
n,g,t,7.dt,'G00glc
ISZ HEKOIRBS SCH LB SECOND EMPIRE
Le général de division Perrot était nommé commandant supérieur des gardes nationales de la Seine.
Telle devait être fatalement l'issue de cette conspiration audacieuse du général Changarnier contre le Chef de l'Élat. Le soin qu'avait mis le général à s'attacher les officiers de son armée, à gagner la confiance de la Chambre et celle de la population de Paris lui avait créé une telle situation qu'il pouvait, à un moment donné, s'ériger en arbitue des destinées de la France. Plus d'une fois il fut pressé de le faire, et la tentation ne lui en manqua pas; mais il se trouvait enchaîné dans la trame qu'il avait ourdie. Aussi longtemps qu'il resta conspirateur, il put être à la fois l'homme des trois solutions entre lesquelles il hésitait à choisir, et c'était sa force. Mais le jour où il se fût décidé à sortir de l'obscurité des complots pour agir, il eût fallu faire un choix, mettre à la place du Prince écroué à Vincennes, la légitimité, l'orléanisme, ou lui-même ; l'accord qui soutenait sa fragile puissance se fûl alors évanoui et le seul résultat possible de son entreprise eût été la guerre civile. Il ne faut pas chercher ailleurs que dans cette vérité la raison des longues hésitations du général Changarnier et de son inaction finale. Si grande qu'elle fût, son ambition n'avait point encore absolument obscurci son esprit. Au danger d'un avortement, il préféra la soumission momentanée, se promettant bien de trouver un jour l'occasion de se venger de sa défaite. Pour n'être plus couvertes par la plume blanche du commandement, ses menées n'en devaient pas être moins périlleuses pour le Chef de l'État. S'il
n,g,t,7.dt,'G00glc
RÉVOG^TIO» DU OÉHÉRAL CHANQARNIBR 133
perdait la puissancâ que lui donnait sa fonction, il retrouvait, dans sa liberté d'allures, de proHlables compensations. S'il cessait d'être le général de Louis-Napotéon, il devenait celui de l'Asseinblée. Il avait reçu d'elle, le 3 janvier, sa solennelle investiture ; il allait trouver, dans l'attitude et les résolutions de la Chambre, une nouvelle et bruyante consécration de son mandat.
Dés le 10 janvier, l'Assemblée, qui se sentait atteinte par le coup qui, la veille, avait frappé le général Cfaangarnier, relevait fièrement le gant; elle livrait ouvertement l'assaut au pouvoir exécutif. Sur un grand nombre de bancs de la m^orité, l'attaque prenait, cette fois, les formules les plus directes. On allait droit au but ; on conviait la Chambre à une résistance énergique et M. Tbiers, l'un des plus passionnés agresseurs, finissait son discours par ce mot devenu célèbre c L'Empire est fait. >
< Il y a, > disait M. Thiera dans un élan de singulière franchise, < des momeots où il faut craindre pour le pouvoir. Aujourd'hui le mouvement des esprits est vers te pouvoir : on n'a pas à craindre pour lui. IL n'y a en face de lui que l'Assemblée qui n'a, elle, qu'une force morale. Si elle faiblit, c'en estfait d'elle, elle disparait; iln'y aplus qu'un pouvoir. Après la chose le mot viendra quand on voudra.: l'Empire est fait! a... »
Et quelle raison si puissante conseillait donc au paUiotisme de M. Tbiers de livrer un si rude combat à un pouvoir vers lequel il voyait dairement se diriger « le mouvement des esprits! > Triste spec-
n,g,t,7.dt,'G00glc
134 HéHoiREs Sun le second eupire
tacle que celui de cette Chambre agonisante, ruinée par ses dissensions intestines. Impuissante à s'unir pour le bien, elle retrouvait son union pour le mal ; elle réunissait les derniers lambeaux de son autorité pour chercher à reaverser le seul pouvoir qui pût sauver le pays et la sauver elle-même. Le gtoéral Cbangarnier, au lieu de laisser aux autres le soin de faire l'éloge de ses mérites, ce à quoi ils n'avaient cependant pas manqué, crut devoir apporter luimôme son apologie à la tribune ; il mit son épée au service de la Chambre, et le marché fat de nouveau ratiilé par acclamation et par une triple salve d'applaudissements.
Le ministère avait fait son devoir dans celte bataille acharnée qui, pendant trois Jours, avait bien inutilement jeté l'agitation dans le pays'; il avait engagé courageusement sa responsabilité pour couvrir le Prince, et il avait reçu, en pleine poitrine, la flèche qu'on destmait à l'Elysée. Le 18 janvier, le ministère donnait sa dtoission et, en échange de son commandement perdu, le général Cbangarnier recevait la platonique consolation d'avoir causé la chute d'an cabinet.
L'ordre du jour qui avait renversé le ministère était voté par 417 voix contre 278.11 était ainsi conçu : « L'Assemblée déclare qu'elle n'a pas confiance dans le ministère et passe à l'ordre du Jour. » Cette rédaction était celle de la gauche. Un tel laconisme révélait, une fois de plus, combien les dîvinons de la Chambre limitaient son action. Si elle pouvait constituer encore une migorité pour détruire, il lui
n,g,t,7.dt,'G00glc
RÉVOCATION DU OÉNàRAL CHANGARMiEH 135
était interdit de la trouver pour édifier. Ainsi cette n^joi^té n'avait pu se mettre d'accord sor aucun des ordres du jour qui venaient d'elle, el, pour arriver au renversement du ministère, elle avait dû subir l'humiliation de recevoir de ia gauche, comme prix de son concours, l'ordre du jour qu'elle volait. C'était son premier châtiment.
Cette impuissance à constituer une majorité de drmte rendait impossible la formation d'un cabinet parlementaire. Toutes les combinaisons ébauchées s'évanouissaient à leur début. Chaqae groupe avait sa liste ; mais toutes ces listes étaient des appels A la guerre et personne ne voulait faire la guerre pour son voisin.
Si le Prince eût été, à cette époque.'résola à faire un coup d'Ëlat, il ne pouvait trouver, ni eux yeux du pays ni aux yeux de l'histoire, une justification plus complète de son entreprise que ces trois jours de discussion durant lesquels la Chambre s'était livrée, contre lui, aux plus violentes aggressions. Constatons encore une fois, combien il conservait ses préférences pour une solution pacifique ; rarement il en donna une preuve plus éclatante. Pendant que la Chambre se préparait à la bataille, ayant la foi de l'avoir rendue inévitable, pendant que les journaux de toutes nuances annonçaient une prise d'armes imminente, le Prince, seul, était à la paix et à la conciliation. Au milieu des partis qui voulaient, les uns la royauté légitime, les autres une royauté de fantaisie avec un des princes d'Orléans, les autres encore, une dictature Changarnier, et 1»
n,g,t,7.dt,'G00glc
136 UÉUOtHES SUR LE SECOND EMPIRE
républicains, enlin, qui voulaient diverses sortes de républiques, il se trouvait un petit noinbre d'hommes, plus sensés que les autres, qui, sans être disposés à favoriser tous les projets qu'on prêtait au Prince, jugeaient néanmoins son renversement comme une entreprise impossible ; ils se résignaient à la prolongation de ses pouvoirs, à la Seule condition qu'il leur donnât quelque part au Gouvernement du pays et cela comme garantie bien plutôt que comme satisfaction personnelle. M. Odilon Barrot était le chet de cette petite fraction ; c'est lui que fit appeler le Prince- Président pour tenter de former un cabinet de conciliation et, plus expressément, de revision et de solution pacifique.
M. Odilon Barrot était fort près de s'entendre avec le Prince ; il consentait A remanier la loi du 31 mai ; il se faisait fort, par cette concession à la gauche, d'obtenir d'elle l'appoint nécessaire à un vote de revision de la Constitution ; il offrait, enQn, lui-même, au Président, la prolongation de ses pouvoirs, sûr qu'il était de la volonté du pays de ta lui accorder. A tout cela, il ne mettait qu'une condition : un peu plus de soumission que par le passé aux doctrines constitutionnelles. On put dire, un instant, que l'accord était fait ; il l'était au moins entre le Prince et M. Barrot; il dépendait des chefs delà majorité de l'établir entre le Prince et la Chambre. On fût arrivé rapidement ainsi, par les moyens légaux, au résultat que lePrincefutforcé, par l'opiniâtreté et l'aveuglement de quelques meneurs de la Chambre, de demander, plus tard, à un acte d'autorité.
n,g,t,7.dt,'G00glc
nÉvoa\TiOK DU oénéeui. chanoarhier 137
La formation du iniaistôre Barrot ayant été rendue impossible par les résistances des monarchistes, le Prince retrouvait sa liberté ; il ponvait reprendre son ministère qui se composait d'hommes modérés et qui comptait des orateurs de premier ordre. On le lui conseillait ; mais c'était la continuation de la lutte et il voulut, encore une fois, donner à la Cbambre la preuve de ses dispositions paciflques. Toutefois, il ne pouvait aller jusqu'à donner, aux chefs de la majorité ses plus ardents adversaires, la satisfaction qu'ils avaient l'outrecuidance d'attendre de leur victoire ; une déception leur était réservée. Quel ne fut pas, en eftet, leur désappointement, quand le Monilear d\i 24 janvier annonça la formation d'un ministère pris entièrement hors de la Chambre.
Ce ministère, était ainsi composé.
MM
De RoYER, justice,
Le général Randûn, guerre.
L'amiral Vaillant, marine,
Vaïsse, intérieur,
De Germiny, finances,
Baron Brenier, affaires étrangères.
Magne, travaux publics,
Schneider, commerce,
GiHAUD, instruction publique.
En annonçant à la Cbambre la formation de ce nouveau ministère, le Prince le montrait comme un gage d'apaisement. Le temps était nécessaire pour ramener le calme dans l'Assemblée ; on n'y pouvait
n,g,t,7.dt,'G00glc
lâS MÉHOIRBS SUR LE SECOND EUPIRE
arriver qu'en se consacrant aux affaires au lieu de s'irriter par des luttes stériles. L'Elysée offrait une trêve ; mais la Chambre ne l'acceptait pas.
A peine les nouveaux ministres étaient-ils sur leurs bancs qu'une déclaration de guerre leur était faite. M. Hovyn-Trancbère interpellait le ministère sur les conditions dans lesquelles il avait été formé, et sur sa politique. Après les longs et trop récents débats de l'incident ChangarnJer, il ne restait plus rien à dire de nouveau : le sujet était épuisé ; aussi la discussion eut-elle une allure languissante, une issue sans signiûcatlon et ne servit-elle, Qnaletnent, qu'à donner, à M. de Royer, l'occasion d'un début heureux. En quelques paroles éloquentes et dignes, le garde des sceaux avait vengé le cabinet des dédains affectés de ses adversaires; il avait montré qu'il fallait compter avec lui, si transitoire que fût sa présence aux affaires. Mais l'attitude de la Chambre devenait menaçante; il n'y avait plus aucune illusion à se faire ; elle était résolue à en venir aux extrêmes ; elle ne laisserait plus échapper aucune occasion de faire échec au pouvoir présidentiel.
Dans de semblables conditions, il n'était pas interdit au Prince de faciliter à ses adversaires les fautes qu'ils se montraient si empressés à commettre; c'était de bonne guerre et, c'était, par des moyens naturels et appréciables pour tous, préparer la solution. 11 n'est pas défendu de penser que le chef de l'Ëtat, en faisant proposer par ses ministres à la Chambre une demande de supplément de dotation, savait qu'il allait au-devant d'un échec
n,g,t,7.dt,'G00glc
R&VOCATIOH DU OëN£R\L CHAHOARNIBR 139
certain. Mais un pareil refiiB ne pouvait ôtre qu'une eau8e d'impopularité pour l'Assemblée^ Le supplément de dotation était, d'ailleurs, rendu nécessaire par l'épuisement des ressources de l'Elysée ; il fallait donc, et quel que fût le mobile auquel on obéit, s'adresser obligatoirement à l'Assemblée. Rien n'était plus légitime qu'une pareille demande, et l'insafRsance du traitement alloué au Président de la République n'était reconnue nulle part mieux qu'au Palais- Bourbon.
Nous l'avons dit au début de ce livre, on ne change pas, en un jour, les mœurs, les coutumes, tes traditions d'un peuple; de telles métamorphoses ne se font point par décret. On peut abolir la royauté par un édit révolutionnaire ; mais pour en effacer la trace, pour en étouffer le souvenir, pour en faire oublier les bienfaits, il faut de longs et terribles efforts. Et combien ces efforts sont-ils souvent stériles! Nous assistons, aujourd'hui, iiceux qui sont tentés poumons séparer du passé; nous constatons leur impuissance, nos adversaires la reconnaissent comme nous et le redoublement de leurs violences n'est que la traduction de leur dépit. Le 24 février 1848 , on avait bien proclamé la République, mais nn n'avait point fait la France républicaine. Soumise un instant, par terreur, elle avait repris insensiblement ses coutumes passées, et, le 10 décembre, elle avait cru, de bonne foi, rentrer dans un régime monarchique. Les clients de l'ancienne liste civile surtout, privés subitement, par le puritanisme révolutionnaire, des secours qu'ils trouvaient
n,g,t,7.dt,'G00glc
à leurs inforlunes dans la générosité de la cO!aroiui&, se firent facilement, au 10 décembre, l'illusion que le passé allait revivre pour eux . Le peuple connaissait à peine les dispositions saillantes et fondamentales de la Constitution et des lois nouvelles; quant à leurs détails il les ignorait absolument, et, à coup sûr, il ne savait pas qu'au lieu des vingt-cinq ou trente millions qui formaient la liste civile des Rois, le souverain qu'elle s'était donné n'avait, pour suffire aux immenses et incessantes existences de sa haute situation, que la somme relativement modique de 600,000 francs.
On croyait qu'un Napoléon, Chef de l'État, devait disposer de grandes richesses, et on peut dire que chacun des pensionnés des anciennes listes civile» adressait sa supplique au Prince, avec la confiance que la révolution n'avait fait que suspendre, pendant quelques mois, le payement de secours ou de pensions anciennement accordées.
A cette légion de postulants dignes d'un réel intérêt s'ajoutait,' pour le Prince, toute une clientèle nouvelle. La Restauration n'avait pas eu, pour les vieux soldats de l'Empire, de bien vives sollicitudes, )a monarchie de Juillet n'était venue qu'imparfaitement à leur secours; le retour de Louis-Napoléon b la tète du gouvernement était, à leurs yeux, le jour de la réparation; et, de tous les points de la France, eeux des vieux débris de l'Empire auxquels manquaient les ressources de la vie, ceux qui n'avaient pu obtenir la récompense méritée de leurs services, s'adressaient au Prince, attendant, comme une sorte
n,g,t,7.dt,'G00glc
nivocmoN du oinkoKL CH\NG\it.tiER 141
de droit, la satisfaction à leur demande. A ceux-là, comme aui fidèles des autres causes, comme à tous ceux qui étaient dans la peine et la souffrance, te Prince-FVésident ouvrait, sans compter, sa modeste bourse. Un supplément de dotation était devenu nécessaire.
Toutes ces choses, l'Assemblée les savait, et, si elle ne blâmait point le généreux usage que le Prince faisait des deniers qu'elle mettait en ses mains, elle jalonsaît, sans vouloir Tavouer, la popularité qu'il pouvait trouver dans ses respectables largesses. Si maladroite que fût cette résolution, l'Assemblée repoussa cependant la ' demande de dotation que lui soumettait le ministère, et se donna ainsi, aux yeux des gens sensés, aux yeux des intéressés qu'elle frappait indirectement, aux yeux du pays tout entier, le tort sérieux d'entrer dans la voie de la ■ persécution vis-à-vis du Chef de l'État.
Un semblable incident ne pouvait passer inaperçu. La France prit parti pour le Prince qu'elle avait élu, et partout, en un instant, s'organisèrent des souscriptions pour rendre à Louis-Napoléon ce que lui refusait la Chambre. Il fallut le refus officiellement annoncé du Prince pour arrêter cet élan de sympathie. Le Prince vendit une partie de ses chevaux, réduisît sa maison, et, disons-le, escompta résolument l'avenir pour ne laisser dans la souffrance aucun de ceux qu'il s'était donné mission de secourir. Lui seul sentit la gêne. Il avait traversé dans le cours de sa vie bien d'autres privations; il plaisantait volontiers de ce qu'il appelait, sans trop d'exagéra-
n,g,t,7.di;,G00glc
m HBMOIRKS SUR LE SECOND EMPIRE
tioD, sa misère, et, les yeux fixés sur l'avenir, il se consolait, sans effort, des tribulations du présent.
Une fois celte escapade faite, et le mot n'a rieu de trop dur pour une si mesquine taquinerie venant d'hommes investis d'une mission autrement sérieuse, on songea à prendre quelque repos, et malgré les terreurs du Coup d'État sans cesse annoncé, on se sépara pour quelque temps.
Il ne paraissait pas impossible au Prince, que la dispersion de la Chambre dans les départements, le contact de ses membres avec les populations exerçât sur elle une influence bienfaisante. Il s'obstinait à penser que le jour viendrait où la raison, l'évidence delà vérité, feraient taire l'esprit de parti, calmeraient l'ardeur de passions irréfléchies, triompheraient en- Gn de ces dangereuses erreurs et permettraient de trouver, dans un patriotique accord, les solutions constitutionnelles que la France appelait de tous ses vœux. Ces espérances, le Prince voulut, une fois encore, tenter de les faire partager à M. Odilon Etarrot ; il le ftt appeler et lui conQa la mission de former un cabinet parlementaire dont le programme serait celuilà même qu'ils avaient arrêté ensemble avant la formation du cabinet du â4 janvier : le vote par la Chambre de la revision de la Constitution et l'appel nu pays pour trancher les questions constitutionnelles pendantes. Il faut être plus juste pour M. Odilon Barrot qu'il ne l'est pour les hommes de l'Empire, il faut reconnaître qu'il s'associa sincèrement à la pensée du Prince et mit loyalement tout en œuvre pour en préparer lesuccès.
RXVOC&TIOR DU aiNÉRAL CHAnOARHlER 148
Tout étant convenu et arrêté à l'Ëlyaée, le Prioce ayant môme ar^^epté, pour ses ministres possibles, les hommes qui venaient de se montrer ses ardents adversaires, M. Odilon Barrot serait en campagne et entreprit de grouper avec lui, dans un cabinet, ceux de ses amis à l'aide desquels il espérait obtenir une majorité de bon sens. Mais le bon sens! ce n'était plus à la Chambre qu'il fallait le chercher! Les ouvertures de M. Odilon Bari^l furent accueillies avec des sarcasmes : < pas un jour, pas un écu >, telle est la réponse qui lui fut faite. Mais laissons parler M. Odilon Barrot lui-même; son témoignage ne sera pas suspect. Il va nous dire qa'avec le bon vouloir de l'Assemblée le Coup d'État devenait inutile, que les moyens légaux pouvaient donner satisfaction au pays et au Prince, et que si l'accord ne s'est pas fait entre le pouvoir exécutif et l'Assemblée, c'est aux chers de la majorité, aux chefs des anciens partis qu'il faut en attribuer la faute.
« Qu'a-t-il manqué pour réussir? > dit M. Odilon Barrot, en partant de ses tentatives infructueuses pour fwmer un ministère de conciliation (1), f que quelques hommes voulussent bien comprendre qu'il était préférable de reviser la Constitution par les voies régulières, plutôt que de s'exposer à la voir briser, soit par un nouvel acte de souveraineté populaire, soit par un Coup d'État, et qu'il valait mieux
(l)j|/rfiiK>/r«8 posthumes de OdiloQ Barrot, lome IV, p. 121. G. Charpeatier, libndre-éditear.
n,g,t,7.dt,'G00glc
144 MÉUOIBBS SUR LU SECOND EUPlU
modifier ta loi du 31 mai soi-même, et dans une juste mesure, que de la voir rétractée tout entière et Bolennellement révoquée par Louis-Napoléon. Je le dis sans colère contre les personnes, mais avec un profond sentiment d'amertume contre les conséquences funestes qui en sont sorties : c'est du côté d'où devait venir le seœurs qu'est venu Tobstacle, et, il faut bien le reconnaître, la responsabiliié de }a catastrophe de 1851, comme celle de 1848, pèse, en grande partie , sur ceux qui, en présence d'un péril évident, n'ont su ni céder, ni résister, ni faire la guerre, ni seprêter à la. paix. Si j'avais, été interpellé directement à ce sujet, j'aurais été forcé de dire que, pour cette fols, la formation d'un ministère parlementaire avait' échoué /)3r la faute des chefs du parti conservateur. »
Et qui tient ce langage que nous tenons nous4nême. Nous l'avons dit, c'est l'homme le moins suspect de bienveillance, M. Odilon Barrot qui, à chaque page de son livre, s'ingénie k relever, une à une, ce qu*il appelle les fautes de Louis-Napoléon, incrimine tous ses actes, attaque injustement et impoliment ceux qui le servent ou le sou tiennent.et ne rend cet hommage accidentel à la vérité que parce qu'elle lui apparaît avec un tel éclat, qu'il renonce à en essayer la dissimulation. Condamner ainsi ses plus (diauds amie, dire que c'est d'eux « qu'est venu l'obstacle », faire peser expressément sur eux la responsabilitéducoup d'État, n'est-ce pas centfois absoudre Louis-Napoléon de sa courageuse entreprise ! Et si M. Odilon Barrot proclame si librement cette irrécusable vérité, au-
n,g,t,7.dt,'G00glc
REVOCATION DU GÉNÉRAL CHU^OARtOBR 145
riohs-nous donc besoin de rien fyouter à de semblablea aveux!...
Qu'on ne nous prête pas toutefois, quand nous parlons ainsi, la pensée de rechercher des palliatifs à DOS actes ; qu'on ne suppose point que nous demandions à d'autres le partage de responsabilités qui ne sont lourdes ni à notre conscience ni à notre patriotisme. Il nous plait seulement d'enlever à nos adwrsaires d'alors, par la main d'un des leurs, le droit de nous accuser. Et quand nous dirons plus loin, que nous n'avons fait, au DeuxrDécembre, que répondre aux exigences d'une situation qui n'était pas notre œuvre, et dénouer, au péril de notre vie, les inextricables diflicultés, qui étaient l'œuvre des partis; si leur contradiction nous arrive, nous aurons à leur répondre : lisez votre historien, lisez M. Barrot; il vous dira que c'est vous, et vous seuls, qui avez été « Tobstacle > à la solution paciQque et constitutionnelle de la crise. A chacun sa part dansl'histoire : Â vous les fautes commises, à Louis-Napoléon la gloire de les avoir réparées. .
n,g,t,7.dt,'G00glc