QUEL SERAIT LE MINISTÈRE DE SOLUTION
Quelles bases seraient donnâea à la fainra Conslilution. — Les prÎDoipes de Louie-Napoléon. — Les prâréreaoea du général de Saint Arnaud et les miennes. — Nécessité d'une dictature temporaire. — La queelion du ministère de solution. — Les résistances du Prince. — Le rOle qu'il vonlait donner à M. de Persigny. — Les Qffarts de M. de Morny pour obtenir le ministère de t'intérienr. — Notre entretien au ministère des arTaires étrangères. — Les pressentiments de l'ex-roi de Westphalie. — La misa ion qu'il nieconfleprés du Cbef de l'ÉUt.
Il ne suffisait pas de tout prévoir pour la période de l'action ; il fallait songer à ce qu'on ferait du pays après le succès, succès qu'aucun de nous ne mettait en doute. Nous reconnaissions bien, le général de Saint Arnaud et moi, que la nécessité première était d'arracher ce malheureux pays à l'anarchie, mais au proOt de quel système de gouvernement allait se faire ce mouvement? Nous avions le droit de nous en
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ïSi IIBKOIRBS SDR LE SECOND EHPIRE
préoccuper, d'interroger le Prince et de mettre en délibération ce sujet capital.
La forme même du gouvernement n'était point à examiner, le Prince nous ayant déclaré, dés le début, qu'il tenait à proposer au peuple le maintien de la République. Mais quel serait le régime constitutionnel de cette République nouvelle? Là se posait un problème : il pouvait diviser les meilleurs esprits.
La Constitution de l'an VIII avait les préférences de Louis-Napoléon; il y trouvait une pondération prévoyante entre le principe d'autorité et la liberté : il jugeait qu'en faisant subir â cette Constitution certaines modifications, qu'imposait la différence des temps, elle répondait aux exigences dominantes de la crise que traversait la France. La donnée générale était bonne; elle ne heurtait les convictions d'aucun de nous, elle nous réservait une satisfaction possible. Nous n'avions ni le temps ni la compétence voulue pour établir, à nous seuls, l'acte constitutionnel; c'eût été anticiper sur l'avenir. Ce soin devait être réservé, ou à une commission spéciale composée des jurisconsultes les plus émioents, ou peut-être aux Assemblées elles-mêmes. Dans ce premier échange de nos impressions, il avait été facile de distinguer quelles étaient les tendances de chacun de nous.
Le Prince, tout en voulant établir solidement, au sommetle principe, d'autorité inclinait vers de larges abandons au profit du principe démocratique.Malgré la difBculté d'un pareil assemblage, c'était le but
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que poursuivait Louis-Napoléon : ses écrits révélaient celte pensée et il lui tardait de la mettre en pratique. Il se montrait alors, ce qu'il s'est toi^ours montré, un démocrate autoritaire. 11 eut lieu, plus d'une fois, de s'apercevoir du danger de certaines de ses idées.
Le penchant du général de Saint Arnaud était facile à voir. 11 subissait l'iniluence qu'exerce sur l'esprit l'habitude du commandement militaire ; il n'était ni démocrate, ni parlementaire ; il était nettement autoritaire*, il souhaitait un régime de pouvoir absolu sans avoir beaucoup réfléchi aux conditions dans lesquelles il devait s'exercer.
Les doctrines représentatives n'étaient point alors en Viveur parmi les conservateurs. L'abus qui eu était fait par l'Assemblée leur causait un grave pr^udice. On ne faisait pas assez la part de la situMion toute transitoire qu'on traversait et de l'agitation qui survivait à la crise révolutionnaire. Ce ne fut donc qu'avec de grandes précautions de langage que je pus présenter certaines observations non point au profit du régime parlementaire proprement dit, j'avais soin de faire mes réserves à cet égard, mais au profit d'un régime de contrôle sérieux dont la forme serait ultérieurement étudiée. Je n'indiquais pas la mesure dans laquelle une représentation élective devait participer au mécanisme gouvernemental; je faisais remarquer seulement, et à titre général, qu'à côté du pouvoir suprême devait se placer le contrôle réel des Assemblées. Le Prince ne repoussait nullement ce point de départ. Disons en passant que de l'usage
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ZZO UKMOinEB SUR LE BECOND EUPIRB
qui serait fait d'un semblable régime devait dépendre son efficacité. Le Prince déclarait d'ailleurs que quelle que fût la constitution qui serait donnée au pays, il la voulait perfectible. Toutes réserves étaient ainsi faites pour l'avenir.
Quant au présent, l'hésitation n'était pas permise. Après les désordres de toute nature que venait de subir notre malheureux pays, en présence des agitations, des divisions qui subsistaient encore, la dictature était une nécessité comme état transitoire. Tous trois nous partagions cette conviction,
Lorsqu'en effet de grands boulevereements politiques et sociaux se sont produits dans une nation, ils laissent fatalement après eux une longue trace d'eiïervescence. II n'y a pas de vainqueurs sans vaincus; la résignation n'est pas le premier sentiment qui suive la défaite, la soif de la revanche occupe la première place. Le temps et le calme peuvent seuls amener l'esprit de sacrifice ; pour en favoriser le retour, il faut éteindre jusqu'au dernier gwme de la lutte, prévenir les discussions ardentes, empêcher les publications hostiles, être armé contre toute velléité de revendication, s'établir en un mot solidement en maître, de façon à dominer la situation et à le faire comprendre. C'est par la dictature qu'on atteint ce résultat. Plus les temps sont troublés, plus cette exception se motive. La sagesse et la modération, dans l'usage de l'autorité, font seules supporter sans plaintes un semblable pouvoir.
A toutes les époques, les perturbations violentes
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dans la vie des peuples ont amené la dictature. Elle fut, selon tes temps et les peuples, omnipotente ou limitée dans ses droits. Ses noms ont varié, mais son origine et ses effetB n'ont cessé d'être les mêmes. De nos jours, la forme la plus atténuée de la dictature s'est appelée et s'appelle encore l'État de siège, qui ne permet à vrai dire qu'une application restreinte et déterminée de ce régime d'exception.
Chez les Romains la dictature n'était pas, comme dans nos temps modernes, un fait fortuit, un accident réparateur s'imposant, après de dures secousses révolutionnaires, pour donner au pays le temps de retrouver le calme et la raison avant d'entrer dans une période régulière nouvelle ; chez les Romains la dictature élait élevée à la hauteur d'une institution. C'était, en face de dangerenses complications intérieures ou extérieures, la ressource légale à laquelle on avait recours pour sauver la patrie ou pour la soustraire au moins à de redoutables épreuves. La dictature a été le plus souvent, pour les Romains, une source de bienfaits ; aussi y avaient-ils fréquemment recours ; ils professaient pour le dictateur une profonde vénération, et se soumettaient sans réserves et sans murmures à son autorité (1).
De nos jours aussi, la dictature fut féconde en
(1) La dictature romaine eot dos Tormes diverses. Elle fut le plus souvent ce qu'elle eet de nos jours : la concenlralion en une seule main de tous les pouvoirs de l'Élat, Elle eut parfois une forme plus large. C'est ainsi que les pouvoirs donnés i Augusla lui permirent de substituer le régime impérial i la Coastitalion républicaine ruinée par l'anarchie.
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bieofaits : celle de Napoléon!", celle de NapoléonlII, dont nous aurons à parler, laisseront le souvenir de grands services rendus, car elles délivrèrent le pays de l'anarchie et rendirent à la France un gouveraement régulier (1).
Le Prince, tout autoritaire qu'il fût, ne songeait à la dictature que pour un temps limité. Il se rendait compte des responsabilités qu'elle entraine et il acceptait de bonne grâce l'établissement d'un régime constitutionnel fondé sur la volonté nationale. Il n'y avait donc entre nous que des dissidences d'avenir sur ces questions essentielles, sur le régime à donner à la France, ou plus exactement à lui proposer. L'accord existait pour le présent.
Sur un autrepoint, d'une importance moindre peutêtre, mais qui n'en offrait pas moins un vif intérêt, Tentente m'avait pu aussi facilement s'établir. Il restait en e^et, dans nos préliminaires, une lacune regrettable. Il n'y avait, pour le jour du Coup d'État, ni ministère arrêté, ni ministère prévu. Je n'avais cessé d'insister vivement pour que la question ministérielle fût préparée, autant qu'elle pouvait l'être, avant les événements ; c'eût été une foute de se priver gratuitement du semblant, au moins, d'an pouvoir constitué, et de refuser au pays cette satisfaction de tradition de voir le gouvernement nouveau
(1) Lee deux seules dictatures qui ont existé dans ce siècle sont oelle de Napoléon l'^et celle de Napoléon III. On oe saurait, en eflet, donner es nom de dictature à ces usurpations passagèrea du pouvoir qui, en 1S48 et en 18^0, sont aorties de l'émeule.
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se présenter avec son minislére, avec un cabinet formé.
En France, la mot cabinet avait longtemps, à lui seul, signifié Gouvernement, parce qu'effectivement le cabinet en était, pour l'opinion, la formule la plus vivante, et cette impression élaitle naturel héritage de l'époque parlemeptaire. En ces temps, quand quelque crise grave venait à troubler le pays, la formatioii d'un cabinet nouveau était considérée comme le remède au mal, comme la concession qui devait apaiser la tourmente. C'est pour avoir changé à propos son ministère, le 12 mai, que Louis-Philippe avait échappé, en 1838, au sort que lui réservait 1848. C'est pour avoir trop tardé à changer son ministère, au 22 février, c'est pour avoir reculé trop longtemps devant cette détente constitutionnelle commandée par la situation que sa dynastie succombait. Rappelons, en effet, que l'opinion ne demandait au premier jour que la chute d'un ministre devenu impopulaire malgré ses éclatants mérites. Mais le refus de cette satisfaction exaspérait les masses ; elles devenaient accessibles à toutes les influences, refusaient d'ouvrir l'oreille à toute transaction, et renversaient un trône comme pour châtier le Roi de n'avoir pas renvoyé ses ministres.
Nous n'étions pas assez loin de cette époque de * prestige ministériel pour négliger l'appoint de cette force, et si nous ne pouvions espérer le prestige des hommes, nous pouvions au moins compter sur le prestige do l'institution.
Le Président échappait sur ce point, par des ré-
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ponses évasives, àme contmuelle insistance. Mais ce que je pouvais pénétrer de son sentiment à cet égard me faisait supposer que nous étions dominés par les mêmes impressions. Seules, les difficultés de personnes entravaient ses desseins.
Il y avait sans doute de nombreux embarras poar arriver à constituer un cabinet, qui voulût, tout entier, accepter ft t'avance, et dans des conditions relativement indéterminées, sa part de responsabilité dans le Coup d'État. IL fallait d'abord trouver dix hommes dévoués et résolus, pouvant se convenir, s'inspirant cette confiance réciproque, utile en temps ordinaire, indispensable dans d'aussi graves conjonctures. Les prévenir à. l'avance de l'événement qui devait inaugurer leur entrée aux aflaires, c'était compromettre l'un des principaux éléments de succès de l'entreprise, le secret. Les tenir en dehors de cette confidence, leur réserver la surprise de leur haute mission, c'était s'exposer à des défaillances qui, se produisant à la première heure des événements, pourraient créer de fâcheuses complications.
Disons ici, pour préciser la part faite à chacun, par le Prince, dans ses confidences relatives à ses intentions de Coup d'État, que s'il tenait, cette fois, à cacher ses desseins aux hommes politiques qui, d'ordinaire, avaient sa conQance, il n'en continuait pas moins à s'entretenir de ses projets, et à en étudier l'exécution, avec ses deux confidents intimes, le colonel Fleury et M. de Persigny. Mais ces auxiliaires dévoués étaient tellement identifiés avec le Prince qu'on peut dire qu'ils ne formaient qu'une
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seule et même personne avec lui. En leur dévoilant ses pensées les plus secrètes, Louis-Napoléon était encore en droit de se dire que son secret restait pour lui seul.
Il y avait cependant un moyen indirect, sinon de constituer un cabinet, ce qui eût été encore prématuré, au moins de s'assurer, d'une façon à peu près certaine, du concours d'hommes sur la parole desquels on pouvait faire fond. Il faut se reporter & cette époque pour se rendre compte de ce que devaient être de semblables négociations. Si le Prince, qui se reprochait d'avoir été trop confiant dans la période de préparation du Coup d'Élat du 17 septembre, restait muet cette fois sur la réalité de ses projets, sur son plan, sur l'époque d'une action possible, il laissait parler devant lui, par quelques privilégiés, de la nécessité d'un Coup d'Ëtat. Sans rien avancer qui pût compromettre, il allait cependant quelquefois jusqu'à questionner. Il en était ainsi notamment avec MM. deMornyet Rouher, qui avaient été, le 17 septembre, les confidents de ses desseins, ainsi qu'avec MM. AJbbatucci, de Turgot, de Casablanca, Fortoul, Bineau, Ducos, baron de Heeckeren et quelques autres encore. Chacun d'eux pouvait bien dire : « J'ai parlé au Président de la nécessité de faire un Coup d'État. > Aucun d'eux n'avait le droit de dire : c Le Président veut faire un Coup d'Ëtat, il m'a confié ses projets, > et aucun, en effet, ne tenait un pareil langage. Aux conseils d'agir, aux offres de service qu'il pouvait facilement provoquer sans se découvrir, le Prince ne pouvait-il pas répondre,
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à un jour donné, par une interrogation, par une mise en demeure éventuelle ? Il connaissait assez le personnel limité dans lequel il pouvait faire son choix pour donner à chaque réponse faite la valeur qu'il convenait de lui attribuer. S'il ne pouvait sans doute constituer ainsi un cabinet comme en des temps ordinaires, il pouvait cependant s'assurer le concours d^un nombre d'hommes suffisant pour former un cabinet au jour de l'action. Si on ne pouvait faire plus, encore fallait-il avoir avec soi ces assurances et la confiance de pouvoir constituer instantanément, à un moment donné, un ministère à peu près complet.
Lé Président avait été si souvent abandonné, par ceux-là mêmes sur lesquels it croyait pouvoir compter, que sa répugnance â de nouvelles ouvertures était fort explicable ; mais, nous le répétons, il pouvait, en l'état, s'en tenir i des ouvertures indirectes. Il avait fait cependant quelques tentatives, et s'il n'eût été retenu ipar des liens de diverses natures, il eût trouvé des hommes. MM. le marquis de Turgot, le comte de Casabianca, de Saint Arnaud et Fortoul, membres du cabinet qui devait expirer au Deux- Décembre, étaient prêts à le suivre en toute entreprise. M. Bineau demandait hautement le Coup d'État : il offrait sa participation sans conditions. M. de Morny, qui depuis longtemps s'était indiqué lui-même comme ministre de l'intérieur, et M. de Persîgny eussent pu compléter ce cabinet.
M. de Morny, dans les entretiens qu'il imposait au Prince, plus souvent que le Prince nel'eût voulu, se montrait l'infatigable intermédiaire d'une combi
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&aison Pould, Magne et Rouher; il avait vivement combattu l'entrée, dans le ministère nouveau, de M. Bineau et des membres du cabinet encore existant, et ce fut en persuadant au Président qu'il valait mieux attendre un jour de plus pour avoir des ministres accrédités, comme MM. Fould, Magne et Rouher, que M. de Morny parvint à entraver la formation d'un ministère.
L'Egournement servait d'ailleurs une des idées arrêtées du Président ; il voulait que M. de Persigny fit partie du ministère du Coup d'État ; il savait toutes les résistances que ce nom rencontrerait de la part de MM. Fould et de Momy, et il espérait l'imposer plus facilement après le succès qu'à la veille de la lutte. Il fut donc convenu que ia formation du ministère serait Eyoumée jusqu'au matin du Deux-Décembre.
Le choix du ministre de l'intérieur avait longtemps préoccupé le Président. M. de Morny agissait activement pour obtenir ce poste ; mais le Préaident répugnait à le lui conûer. Ses sentiments pour M. de Momy étaient d'une étrange nature. Tantôt intimité apparente, tantôt éloignement marqué, mais toujours, même aux meilleurs jours de leurs relations, méfiance extrême de la part du Prince.
M. de Momy redoublait d'insistance à mesure qu'il croyait découvrir quelque hésitation dans l'esprit du Prince. Il voulait à tout prix devenir ministre. Peut-être eût-il pu l'être au temps de l'Assemblée ; mais il avait le sentiment de l'infériorité qu'il eût révélée à la tribune. Ses qualités n'étaient pas de
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celles que le gouvernement parlemeataire exige en première ligne. Le talent de parole lui faisait défaut, et, placé, comme ministre, en face d'une Assemblée, il eût été au-devant d'un échec inévitable. Son tact lui avait conseillé de se réserver pour un ministère de silence et d'action où les événements pouvaient mettre en relief son principal mérite, le courage. C'était donc, pour son ambition, un point capital que d'obtenir le portefeuille de l'intérieur au Deux-Décembre. Il était inquiet de la réserve que le Prince mettait avec lui chaque fois qu'il le pressait d'en flnïr avec l'Assemblée. Il était trop aux aguets de ce qui se faisait, pour n'avoir pas pressenti les événements. Le Prince ne niait point absolument avec lui qu'il eût conservé ta pensée d'un Coup d'État ; mais il tenait essentiellement à ce que, celte fois, et jusqu'à la dernière heure, le plan et le jour en fussent ignorés de M. de Momy, dont les habitudes de spéculation et de jeu de Bourse faisaient craindre au Prince que les secrets d'État n'allassent s'égarer lé où ils ne devaient pas être compromis.
Me trouvant un soir chez le marquis de Turgot avec M. de Moray.jepusapprécierson anxiété, et pénétrer l'ignorance dans laquelle il était des plans du Coup d'État malgré l'affectation qu'il mettait à vouloir paraître au courant de tout. < Ma crainte, me disait-il, c'est que l'extrême conQance du Président ne le perde : il voudra prendre sa popularité pour point de départ de son succès. Or, à Paris, Une faut pas qu'il compte sur l'enthousiasme, il faut des baïonnettes, et surtout un bon nombre d'arrestations. >
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QUEL SEHAIT LE MINISTÈRE DE SOLOTIOS 235
Pour qui voyait les choses de près, celte doctrine était élémentaire. M. de Morny sfivait bien que telle était mon opinion, et ce langage n'avait x>our but que de faire, de cette communauté de sentiments, la transition pour arriver à une confidence qu'il eut le regret de ne point voir venir.
M. de Morny n'était pas le seul, dans l'entourage politique du Prince, qui souhaitât ardemment d'être initié à ses desseins précis. Dans la famille même de Louis-Napoléon, l'anxiété devenait extrême. Je pua constater à quel point étaient vives les préoccapations du prince Jérôme, l'ex-roi de Westphalie, le dernier survivant des frères de Napoléon I", .
Avec sa grande expérience, le prince Jérôme, quoiqu'il n'eût à ce moment aucune part à la confiance de son neveu, sentait, à n'en pas douter, qu'on touchait au jour de cette restauration qui devait racheter, pour la famille Bonaparte, les cuisantes douleurs de l'exil. Plusieurs fols, j'avais eu à me tenir en garde contre ces conversations intimes dans lesquelles les parents du Prince espéraient surprendre quelques révélations de nos projets. Le prince Jérôme surtout jugeait bien la situation, et il voyait, avec une peine extrême, son concours rester étranger aux préliminaires d'événements prochains à ses yeux. Mais l'extrême arfection qu'il avait pour son fils Napoléon le rendait aveugle sur les fautes de ce jeune prince, il avait assez vivement épousé ses ressentiments pour qu'il en résultât une rupture avec le Président ; il était donc absolument en dehors des affaires de l'État.
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Les grandes circonstances favorisent souvent l'oubli des dissentiments de famille ; je pus m'en apercevoir en cette occasion. Le S8 novembre, le prince Jérôme me faisait demander si je pouvais me rendre près de lui; une indisposition sérieuse le retenait dans ses appartements, et il désirait m'entrelenir de choses importantes. Quelques heures après, j'étais aa chevet de l'auguste malade. Je pus voir immédiatement qu'il avait jeté les yeux sur moi pour être l'inlermédiaire d'un rapprochement avec son neveu. J'entendis l'exposé de ses griefs ; je dus lire,aveclui, toute ta correspondance qu'il avait échangée avec le Président, et dont les termes expliquaient amplement la rupture. « Cette situation, me dit le prince Jérôme, ne peut se prolonger en présence des événements qui se préparent ; je ne veux pas vous demander vos secrets; vous auriez raison de mêles refuser; mais, avant huit jours, mon neveu aura fait son Coup d'Étal; les circonsCances l'y poussent et son courage saura l'inspirer heureusement. J'ai servi l'Empire jusqu'à sa dernière heure, je veux qa'à son premier jour le nouveau règne de notre dynastie me trouve, comme son premier soldat, au poste de péril. Le jour du Coup d'État, le Président se présentera au peuple : il faut que le frère de l'Empereur soit à ses côlés. Votre situation vous indique, à mes yeux, comme ayant toute sa confiance. Voyez, je vous prie, mon neveu, il a bon cœur, je le connais bien; vous lui direz ce qui vient de se passer entre nous; vous arriverez facilement à savoir à quelles conditions la bonne harmonie peut se rétablir. Quant à moi, je vous donne pleins
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