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pour éviter toute tentation de contact avec la population et pour ne pas fatiguer le soldat par une station trop prolongée. Renouveler son monde à des intervalles relativement rapprochés, telle était ta première condition de sécurité. Pour assurer ce résultat, il était indispensable d'avoir, sous la main, un effectif triple de celui qui devait être engagé dans une action générale. Avec dix-huit mille hommes, on pouvait occuper les points stratégiques essentiels de Paris, Faire face, en cas de soulèvement, à toutes tes éventualités possibles. C'était donc cinquante-quatre mille hommes que devait compter l'armée de Paris pour renouveler au besoin toutes les positions trois fois dans les vingt-quatre heures. Ces cinquante- ' quatre mille hommes, le général de Saint Arnaud était en mesure de les réunir sans éveiller l'attention.
L'intendance avait également à jouer un grand râle dans une lutte éventuelle. Si dans nos guerres avec une nation étrangère, l'une des premières conditions du succès est d'avoir, pour l'armée, un large approvisionnement, de donner au soldat en vêtements, en nourriture, en munitions tout ce qui doit assurer son bien-être et sa sécurité, à plus forte raison, ces légitimes satisfactions doivent-elles lui être largement assurées quand il s'agit de la guerre des rues, épreuve tot^ours redoutable pour une armée.
En face de l'ennemi étranger, le soldat ne compte pas avec les privations ; l'élan fait taire tout calcul : s'il brave lafaimetla soif pour se jeter dans le combat, il subit là l'entraînement des passions patrio-
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tiques surexcitées. Les grande mobiles de l'âme élecliisent son courage; on ne fralernise pas avec l'eimemi, on marche sur lui.
Dans la gaerre des rues, au contraire.la ténia tion de fraterniser avec les groupes qui l'entourent se produit, pour le soldat, sous les formes les plus captieuses. Quand l'émeute attaque Ëranchement la troupe, la riposte ne se fait pas attendre; mais le plus souvent, avant que la lutte s'engage, la troupe reste quelque temps en position dans l'attente de l'ordre décisif; e'estalors que s'établissent de perfides colloques. Que uefait-onpointpourgagner les sympathies du soldat! On épie ce qui lui manque pour le lui prodiguer : les vivres, les vêtements, le chaulTage dans les temps rigoureux, tout lui arrive avec profusion par le peuple lui-môme si le chef a eu le tort de laisser naître le bœoin. Les prévenances se succèdent ; les femmes, les enfants eux-mêmes concourent à cet embauchage; le soldat ouvre l'oreille aux avances de l'émeutier diplomate : on dit à ce soldat, qui ne saisit point aussi clairement que sur un champ de bataille le devoir qu'il va remplir, on lui dit qu'on combat pour le bien de la patrie et toujours pour la liberté; on donne à la rébellion les mobiles les plus nobles ; on parle à son cœur; on éveille.son doute ; on ébranle son courage ; on surprend sa bonne foi pour paralyser son action. Une fois ces premiers liens de fraternité perfidement établis, il se demande s'il peut répondre par la fusillade aux lai^esses qu'il reçoit. Le soldat qui raisonne, cesse d'être un soldat sûr; et quand le chef commande, il trouve l'hésitation d'abord, le refus ensuite.
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et ûnalemeDt l'abandon de ses hommes qui livrent leurs armes et marchent parfois avec ceux qu'ils avaient mission de combattre.
C'est ce triste spectacle qu'avait donné l'armée en 1830 et en 1848. A ces deux époques, le pouvoir n'avait pas su s'entourer de forces suflisantes, et le soldat, condamné à doubler son effort pour suppléer au nombre sans avoir en échange les conditions matérielles de la lutte, le soldat recevait du peuple ce qu'il n'avait pas eu de ses chefs ; il fraternisait au lieu de combattre et la dynastie succombait sans avoir su se défendre.
De pareils enseignements ne devaient pas être perdus. Le nombre, c'était l'un des points essentiels : nous avions te nombre. Les approvisionnements dft toutes natures, on les avait en abondance ; à noire prochaine réunion, nous devions recevoir sur ces questïms les communications les plus précises.
De mon côté, jedevaisfournir un rapport sur l'élat des partis, sur leurs projeta, sur leurs forces, sur leurs moyens d'action. Je devais donner on aperçu de l'état de l'opinion publique et préciser, dans la mesure du possible, les conditions dans lesquelles nous nous trouverions placés au moment de l'action. Je devais encore faire connaître l'état des forces dont je disposais, le rôle que je destinais à chacun; et proposer un ensemble de mesares destinées à prévenir ou à paralyser la résistance. Prévenir la résistance, empdcher l'explosion, tel est toi^ours, dans les moments troublés, le réie de la Préfecture de police.
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Que de services ne peut-elle rendre ainsi, que de nalheurs ne peut-elle pas conjurer !
Pour le ministère de la guerre et pour la Préfecture de police, tels étaient les premiers éléments à recueillir. Ces données principales devaient être examinées en commun. Chacun de nous, informé de toutes choses, trouvait là une précieuse condition de sécurité.
A notre seconde réunion, ce qui avait été indiqué était prêt; nous pouvions donner déjà à nos projets une formule assez précise.
Le général de Saint Arnaud avait trouvé au ministère de la guerre un plan de dispositions en cas de combat. Ce plan avait été préparé en vu© d'événements qui pouvaient surprendre le pouvoir. A quelques modifications près, il devait rester le même. Le général Renaud, brave et illustre soldat de nos guerres d'Afrique, était choisi pour remplacer le général de Saint Arnaud dans le commandement de la 2* division sur la rive gauche de la Seine ; les autres commandements étaient conÛés à des chefs éprouvés, aux Caarobert, Carrelet, Booi^on, Levasseur, de Courtigis, de Cotte, Sauboul, Forey et autres vaillants généraux ; militairement, on pouvait immédiatement agir. Quant à l'esprit de l'armée, le général Magnan, qui la commandait, en répondait, et on pouvait compter sur sa parole comme sur son courage.
L'oi^anisation des services de la Préfecture de police est combinée d'une façon si parlaite que quelques jours suffisent pour se familiariser avec cette
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vaste administration. J'avais pu ainsi m'édairer rapidement sur les points essentiels qu'il nous imporportait de connaître. L'état de l'opinion â Paris, tel était le premier point à examiner. La masse des honnêtes gens de toutes les classes, c'est-à-dire l'immense majorité, appelait de ses vœux un acte libéra' leur ; mais c'est là une masse silencieuse, aucune ma' nifestatîon ne révèle ses sympathies. Les partis, au contraire.sont agissants. Ilsavaient alors de profondes racines ; le parti républicain surtout comptait dans la classe ouvrière de nombreux adhérents. Ce n'était pas à Paris que se trouvait la force de Louis-Napoléon ; la résistance était donc à prévoir, car, au moment où les partis verraient le Prince agir, lous se réuniraient pour lui barrer le passage ; il fallait aviser et se préparer à la lutte. C'était là que se plaçait naturellement l'examen des mesures préventives à résoudre , la détermination de ce qu'il faut appeler le plan du Coup d'État. J'apportais mes propositions sur ce point.
Comme le ministre de la guerre, j'avais trouvé les traces du passé. On m'avait remis, à la Préfecture de' police, le plan ou plus exactement les plans qu'avait préparés M. Carlier, mon prédécesseur, en vue d'un Coup d'État possible et auquel il avait dû participer vers le milieu de septembre.
Disons quelques mots d'abord d'un document que M. Carlier avait soumis au Prince; ce n'était pas DO plan de Coup d'État, c'était un plan de conduite, un programme, comme le qualiQait M. Carlier luimôme ; il avait pour but de trouver la solution de
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la crise dans les moyens légaux. C'est ce programme qu'il convient de faire connaître d'abord, avant d'examiner les plans de Coup d'État proprement dits. Nous le reproduisons textuellement.
« Programme remis à M. le Président le 9 septembre 1851 par M. Carlier, préfet de police.
« Au point où en sont les choses et pour sauver l'ordre social en péril, il faut planter le drapeau gouvernemental au-dessus des questions personnelles et dynastiques.
« Un drapeau aussi haut placé peut seul donner à ceux qui le défendront la conviction, et par conséquent la force, le courage et le talent nécessaires pour déjouer les intrigues des partis.
< Qui oserait, sans être hué, déployer le drapeau d'un prétendant en face de celui de la France en péril! .. .
« La France appartiendra à celui qui la tirera du mauvais pas où elle a été abandonnée en 1848. Ce grand triomphe doit être l'unique préoccupation de M. le Président. S'il réussit, tout sera dit ; ni prétendants, ni intrigues de salon, ni partis hostiles dans l'Assemblée n'auront la moindre valeur en face de l'entraînement général.
« Pour obtenir ce résultat, les moyens suivants devraient ôtre employés :
• 1' Réveiller la France endormie par un exposé des périls qui la menacent;
« 2" Héoi^aniser la garde nationale en vue des périls qui approchent, et le dire très haut ;
< 3° Former un ministère avec un programme et un but.
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( 4* A l'ouverture de rAssemblée :
c Manifeste de M. le Présideat ;
I Bemande d'une loi sur le séjour de Paris; Demande de l'état de si^ pour Paris au moment des élections.
< Ces mesures changeront toutes les idées, déconcerteront les inlriganlB et briseront les intrigues.
t Si ces projets sont adoptés, tout l'honneur en reviendra k M. le Président; la pays ne s'y trompera pas, il reportera naturellement par la force des choses son affection et son vote sur le Chef de l'État ferme et habile qui aura fait traverser au pays la crise la plus diflicile que jamais la France n'aura eue à supporter.
€ Si, au contraires, l'Assemblée refuse à M. le Président de lui donner les moyens de sauver le pays effrayé, cette Assemblée ne comptera plus parmi les pouvoirs de l'État. Je ne parle pas des éventualités d'insurrection probable si ces mesures étaient adoptées, parce que le gouvernement ne sera pas pris au dépourvu. La garde nationale, l'armée et toutes les forces vives de la France se lèveront avec enthousiasme pour le défendre et pour en finir avec la démagogie. >
M. Carlier avait toujours manifesté d'assez vives répugnances pour engager sa responsabilité dans un Coup d'État ; le programme qu'on vient de lire avait pour but de tourner cette difficulté. Son application eût-elle conduit à un résultat satisfaisant; eût-elle, comme il le disait, ■ sauvé l'ordre social en péril >?
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210 ItÉMOIRES SUR LA. SECOND EMPIRE
On peut affirmer au contraire qu'elle l'eût gravement compromis.
Le moins qa'on puisse dire de ce programme, c'e&t que son exposé était nébuleux et emphatique et qu'il n'envisageait aucunement le côté réel de la question. N'était-ii pas tout simplement une sorte de fauxfuyant pour se dérober aux responsabilités d'un Coup d'État?
t Réveiller la France endormie I * Mais la France était partout en éveil et était suffisamment pénétrée des périls qui la menaçaient.
c Réoi^^iser la garde nationale! » C'était organiser la résistance et discipliner l'émeute.
c Le dire très haut! i C'était Jeter dans la population saine de Paris les plus profondes alarmes.
< Former un ministère avec un programme et un but!» Maisquel but? Quels moyens pour l'atteindre? Si les moyens légaux devenaient impuissants A triompher des obstacles, à quels procédés aurait-on recours pour atteindre le but? Irait -on jusqu'au Coup d'État, si le salut devait être à ce prix? Mais cette partie possible du programme pouvaiUelIe être confiée à un ministère dans son entier? Un secret aussi grave, livré à dix personnes à la fois, serait-il rigoureusement conservé?
c Proclamer l'état de siège à Paris au moment des élections ! > Le mérite de la mesure était contestable; ses avantages étaient subordonnés à une foule d'incidents qu'on ne pouvait apprécier à distance, t La toi sur le séjour de Paris ! » Il n'y avait rien à en dire. Une pareille question n'avait qu'un rap-
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port éloigné avec les résolutioDS d'un ordre bien plus élevé sur lesquelles devait se porter l'attention.
Mais ■ Réorganiser la garde nationale ! > Ce point du prc^ramme était si loin des nécessités de l'époque qu'on était (enté de se demander au profil de qui M. Carlier voulait agir.
Quel est donc en effet l'esprit do cette institution moderne? Quelle est sa destination naturelle? Quel secours peut-on en attendre? Ou plutôt quels périls ne doit-on pas en redouter!
La garde nationale, c'est la population armée, presque toujours sans profit pour la répression, et le plus souvent au grand détriment du pouvoir; c'est une armée qui raisonne sur la convenance d'une prise d'armes, qui discute sur les conditions dans lesquelles on l'engage, qui marchande à l'occasion son concours, qui, dans l'action elle-même, met la critique à la place de la discipline et la prudence à la place du courage. Est-ce bien une armée ou une cohorte embarrassante! C'est plus qu'un embarras, c'est un constant péril. Péril en soi, péril pour l'exemple : péril en soi, car on ne saurait jamais affirmer que les armes de ces soldats citoyens ne se retourneront pas contre celui qui les commande; péril pour l'exemple, car une pareille milice peut, & un moment donné, communiquer à la véritable armée ses hésitations, ses défaillances, l'entraîner même à l'oubli de son devoir, Â la trahison.
C'est ce spectacle douloureux qu'a donné la garde nationale en 1830 et en 1848; au lieu de soutenir le
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irôae, elle a fait cause commune avec l'émeute ; elle a pris la direction du mouvement, elle a assuré le triomphe de la révolution. La garde nationale, c'^t, -dans les crises politiques, le sulîrage universel mis en mesure de se faire justice lui-môme ; c'est le bulletin de vote remplacé par une baïonnette et un ■canon.
Disons d'ailleurs qu'aux jours mêmes où les sympathies de la garde nationale la porteraient à défendre «incèrement le pouvoir, son concours serait sans utilité. La guerre des rues demande, plus que toute .autre, une' exceptionnelle solidité et une expérience 'Consommée du combat. On ne peut exerces qualités ■d'an bourgeois, d'un marchand, d'un ouvrier improvisé soldat. On ne doit pas non plus demander, à des jières de famille, de livrer ainsi aux hasards de la guerre des existences que le foyer domestique est •en droit de réclamer. Cette pénible épreuve de la guerre civile, c'est l'armée qui doitla supporter, parce ■qu'elle le fait vaillamment toutes les fois que ses ■chefs savent bien la diriger et qu'elle n'a besoin d'au- •cun secours pour vaincre.
Réorganiser la garde nationale, c'était donc s'enlever à plaisir la libre direction d'un mouvement militaire possible, et livrer ses destinées, en même lemps que celles du 'pays, aux caprices d'une population mobile dans ses préférences et dans ses résolutions.
Le Prince avait jugé le programme de M. Carlier comme il devait l'être, comme une rêverie inacceptable; il lui avait demandé de se pénétrer plus di-
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réclament des nécessités en face 'desquelles on se trouvait placé, et de lui soumetlre non plua un' programme A longue échéance, mais un plan d'action immédiate, un plan de Coup,d'Élat. Dos le lendemain, M. Carlier avait apporté à Saint-Cloud le plan nouveau qui lui avait été demandé.
Ce plan était conçu en vue de deux éventualités différentes, n prévoyait le Coup d'État fait pendant la prorogation, et par conséquent en l'absence de l'Assemblée; il prévoyait, d'autre part, l'acte s' accomplissant pendant que l'Assemblée était en session. La façon de procéder ne difTérait pas sensiblement dans les deux bypothâses. Ce plan était d'une extrême simplicité.
Dans le cas où on eût agi pendant la prorogation, on devait, à un jour donné, afÛcher dans toute la France an décret du Président de la République prononçant la dissolution de l'Assemblée ; l'aHlchage devait se faire au plein milieu du jour. A Paris, l'armée, mise sur pied tout entière, devait occuper ses postée d'observation et agir en cas de soulèvement.
Le tort de cette combinaison était de ne voir de péril que dans la capitale, et cet unique objectif faisait perdre de vue des dai^^ers plus difficiles à conjurer, les plus graves de ceux qui pouvaient se produire.
Et, en effet, l'Assemblée dispersée en province n'eût pas manqué de se grouper sur plusieurs points, de s'organiser «t de faire appel à la force armée. Elle eût eu avec elle les généraux députés, et elle eût
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réussi à constituer des centres de gouveraornent ayant tous les éléments nécessaires pour se faire obéir. C'était la guerre civile inévitable. Pour se refuser à en reconnaître l'évidence, il fallait une forte dose d'optimisme ; on l'eut pendant quelque temps. On finit par ouvrir les yeux, et, le 17 septembre, jour fixé pour agir, on renonça à cette téméraire entreprise. Ce fut le général de Saint Arnaud qui détermina alors l'avortement de ce premier projet; il devait jouer le rôle principal; il vit le péril et déclara nettement que, prêt à donner son concours à un acte sagement et prudemment conçu, il se refusait à s'engager dans une aussi déraisonnable tentative. Quel service ne rendait- il - pas ainsi au pays et au Prince I Dans la seconde combinaison du plan de M. Carlier, on devait agir aussitôt après la rentrée de l'Assemblée; tout devait se passer comme dans la première hypothèse. Les proclamations et décrets du Président de la République devaient être afBchés sur les murs de Paris avant l'heure de la séance de la Chambre, la troupe devait être sur pied et la police en éveil.
Dans les deux cas, cependant, quelques mesures préventives avaient été proposées par M. Carlier. Deux heures avant l'apposition des affiches, il devait arrêter les chefs des sociétés secrètes et les meneurs de la démagogie; il connaissait merveilleusement ce personnel, et la liste qu'il laissa après lui fut d'une réelle utilité au Deux-Décembre. Sans doute, M. Carlier prévoyait la résistance; il ji^^it une prise d'armes possible si les acclamations de la
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première heure ne décourageaient pas les adversaires du Evince; mais il considérait celte résistance elle-même plutfit comme une circonstance favorable que comme un épisode inquiétant. La répression serait alors énergique; on écraserait l'émeute, et, renonçant à la gloire d'un triomphe par enthousiasme, on aurait la consolation d'un succès par la force. Ce dernier plan était autant celui du Prince que celui de M. Carlter qui, dans sa rédaction, s'était conformé aax données principales du Chef de l'État.
Ainsi qu'on l'a compris, le point de départ do ce plan était la confiance dans la population de Paris, la confiance dans l'armée, la confiance dans la popularité de Louis-Napoléon et en môme temps la conviction de l'impopularité de l'Assemblée, de l'impuissance des généraux représentants d'exercer la moindre influence sur la troupe. Une telle appréciation de la situation renfermait de graves erreurs. A quelles déceptions cruelles, à quelles catastrophes ne se serait-on pas exposé, en prenant d'aussi chimériques illusions pour base ! Le général àç Saint Arnaud et moi nous partagions le même sentiment A cet égard, et, à aucun prix nous n'eussions consenti à engager notre responsabilité dans une pareille avenuire.
Pour moi, je né faisais fond, ni sur les dispositions de la population de Paris, ou plus exactement de sa population remuante, je jugeais ces dispositions hostiles ; ni sur la popularité de Louis-Napoléon dans la capitale, je la croyus limitée ; ni sûr
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l'impopularité de l'ABsemblée, la persécution lui créerait des adhérents; ni sur l'imptiissance des généraux députés, ils pouvaient entraîner quelques régiments.
Le Prince restait aveo ses convictions premières; il avait une foi ardente dans l'ascendant que le nom de Napoléon exer(;aitsurlepeuple;ilavait la conscience de ne vouloir que le bien du pays, et il inclinait à penser que les masses, appréciant la sincérité de ses intentions, acclameraient son entreprise. Il mettait involontairement une sorte de coquetterie à ne devoir le succès qn'à sa popularité.
En de semblables coi^onctures, il ne faut accepter les vraisemblances heureuses que comme un appoint problématique. La prudence commande d'envisager quelle tournure critique peuvent, au contraire^ prendre les événements. Il importe sans doute d'avoir foi dans le succès, c'est une condition de force ; mais un esprit positif doit placer, à côté de cette confiance, la prévision de difficultés inévitables, de revers passagers, des mécomptes inséparables de toute entreprise humaine. Âa milieu des illusions dont on avait bercé le Prince, et qu'il avait partagées, je ne voyais apparaître qu'une seule réalité, réalité conditionnelle elle-même, c'était la solidité de l'armée. L'approbation de la majorité des honnêtes gens était sans doute à espérer ; mais, nous l'avons dit, cette approbation toute platonique ne devait donner qu'une force morale.
Prévenir, dans la mesure da possible, toute tentative de résistance, toute insurrection, où limiter au
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moios leur importance et le péril auquel elles exposent, telle était ma volonté, et tout dans mon plan convergeait vers ce but.
La question de l'arrestation préventive des géaé' raux députés avait été examinée au mois de septembreâ Saint-Gloud avec M. Cartier ; on avait conclu à la négative. Il fallait avoir oublié l'éclat de leurs services pour faire si bon marché de l'influence qu'ilspourraient, dans un moment de surprise, exercer sur l'armée. Plusieurs des régiments de la garnison de Paris les avaient eus pour chefs, on devait tenir compte d'une telle coïncidence. Si un seul régimenteût accepté leur direction et se fût tourné contre le Prince, quelles douloureuses complications n'en pouvait-il pas résulter! Où se serait arrêtée cettescission dans l'armée ! La lutte prenait alors lecaractère le plus affligeant. Ce n'était plus ce qu'on appelle la guerre des rues, la lutte d'une arméefenuement unie contre des émeutiers; c'était la guerre civile sous son aspect le plus sombre, ave& des proportions terribles : armée contre armée, o'està-dire, des deux cdtés, la vaillance, le courage, l'organisation et la science du combat. Dans une pareille guerre, les morts oe se comptent plus. C'était cet immense deuil qu'à tout prix il fallait éviter au pays. De faciles précautions, des mesures les plu» élémentaires et les plus légales pouvaient paralyser la résistance et laisser l'armée à son devoir, à ses ordres, à ses chefs. Si dure que fût cette extrémité, les généraux députés devaient être mis hors d'état d'agir, et pour arriver à ce résultat, il n'y
avait qu'an moyen à prendre, il fallait momentanément s'assurer de leurs personnes. L'intérêt du pays, leur propre intérêt même en faisaient une nécessité. On leur épargnait ainsi la tentation de convier l'armée à l'oubli du premier de ses devoirs, l'obéissance due à ses chefs hiérarohiqaes ; on donnait à leur inaction la seule excuse qu'ils pussent accepter, la privation de leur liberté. AfUrmons d'ailleurs que l'arrestation des généraux était un droit, un fait absolument légal. Ils étaient tous en communion d'idées et d'action avec le général Changarnier. Le complot, dont il était l'àme, les avait pour premiers auxiliaires, et, en cette qualité, ils encouraient les rigueurs de la loi.
Est-il bas oin d'^outer ici qu'aucune pensée autre que celle du péril à conjurer ne nous avait inspiré ces mesures? Quand on s'engage dans d'aussi considérables entreprises, on a la conviction d'accomplir un grand devoir, &t la première obligation qui s'impose à la conscience, c'est de ne rien négliger pour le succès. L'arrestation des généraux députés était une nécessité. Ainsi, ceux-là même qui avaient le plus contribué à rendre inévitable la crise du Deux-Décembre avaient, les premiers, â souffrir de ses rigueurs ; mats c'était à eux plus qu'à nous qu ils devaient s'en prendre. Si l'amour de la patrie eût dominé dans leur âme sur l'esprit de parti, ils eussent prêté une oreille plus attentive aux clameurs anxieuses de 'la nation; ils eussent reconnu que le Prince, seul, avait sa conûance ; ils eussent contribué à rendre sa réélection légalement possible, et par
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eux la Constitution eût permis de faire ce qu'on ne pouvait plus demander qu'à la force.
Dans les mesures que nous arrêtions ainsi, le souvenir du passé n'avait pas été sans influence sur nos résolutions. A plus d'un point de vue, la situation créée au Prince, en 1851, par la violente hostilité de l'Assemblée, rappelait la situation faite, en 1830 et en 1848, aux deux gouvernements d'alors par les ardentes attaques des Chambres des députés.
Si, en 1830, la royauté.qui était avertie de tout ce qui se tramait contre elle, eût eu moins de mansuétude pour ses ennemis ; si elle eût procédé par mo' sures préventives énei^iques; si, la veille de l'action, elle eût mis la main sur les principaux organisateurs de la conspiration, députés de la gauche, journalistes et chefs des sociétés secrètes, elle eût incontestablement paralysé la prise d'armes, conjuré la révolution et rendu ainsi un immense service au pays.
De même, en 1848, si le gouvernement du roi Louis-Philippe eût tenu compte des avertissements réitérés et pressants de son préfet de police, l'honorable M. Delessert, qui lui montrait la révolution imminente, lui en dévoilait les trames, lui en indiquait les meneurs, si le gouvernement d'alors eût arrêté les chefs de l'extrême gauche, les promoteurs des banquets, les têtes des mêmes sociétés secrètes et quelques turbulents de la garde nationale, l'émeute, déconcertée, atteinte ainsi dans son organisation, l'émeute n'eût point osé lever la tète le S4 février. La France eût, cette fois encore, échappé aux horreurs
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de la révôtution, et le roi Lonis-Philippe eût conservé sa couronne.
Il était naturel que de tels enseignements ne fussent pas perdus pour nous. En face de périls analogies, notre attitude devait essentiellement différer de celle prise par le pouvoir en 1830 et en 1848. Au lieu de rester dans une situation de périlleuse attente, nous allions droit à l'ennemi et, par des mesures énergiques, nous brisions sa force et nous paralysions son effort.
Le Prince, malgré ses répugnances à accepter le système des mesures préventives, avait fini néanmoins par se rendre à nos observations et l'accord s'était fait sur l'arrestation des généraux comme sur plusieurs autres résolutions commandées par une sage prévoyance.
Nos premières séances avaient ainsi tranché les questions les plus importantes; dans nos réunions suivantes, les autres dispositions du plan que je proposais étaient successivement adoptées. Elles se résument ainsi :
De trois à quatre heures du matin, arrivée successive des commissaires de police dans mon cabinet pour y recevoir leurs instructions.
De cinq heures à cinq heures et demie, départ de la préfecture des commissaires de police accompagnés, pour les seconder, de tout le personnel nécessaire.
A cinq heures et demie, occupation du palais de l'AsBemblée par un régiment que désignerait le ministre de la guerre.
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A Bix heures, arrestations des généraux députés et des représentanis considérés comme les plus dangereux.
K six heures égcdenient, arrestations des chefs des sociétés secrètes et des démocrates connus pour la violence de leurs opinions.
A six heures dix minutes, occupatJoh, par des piquets de la garde républicaine, des postes indiquée dans le voisinage des maisons où s'opéraient des arrestations.
A six heures et demie, remise, à la Préfecture de police, par le colonel de Béville et le directeur de l'Imprimerie nationale, des proclamations et des affiches.
A six heores et demie, occupation simultanée, par les troupes, des positions de combat.
A six heures trois quarts, afQchage des pièces suivantes :
1° Décret du Président de la République, pronon- Qanl la dissolution de l'Assemblée ;
â° Proclamation de Louis-Napoléon au peuple français, ayant pour titre < Appel au peuple » ;
3° Proclamation du Président de la République à l'armée;
4* Proclamation du préfet de police aux habitants de Paria.
A sept heures, tout devait être terminé. Nous ne devions plus avoir qu'à attendre les rapports des commissaires de police, ofïtciers de paix et agents placés en observation sur les pointa importants de la capitale.
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222 HiHOIRES BUR LS SBCOND IMnRK
A huit heures, le ministre de l'intérieur devait envoyer à tous les préfets le décret de dissolution, * les proclamations et le résumé des événements accomplis.
Tout était ainsi prévu, heure par heure, minute par minute, et chacun de nous, prenant note des résolutions arrêtées, pouvait, au moment voulu, suivre pas à pas la marche des événements.
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