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avant dix heures un quart, le généralde Saint Arnaud et moi quittions les salons par la porte principale de sortie, de façon A n'éveiller aucun soupçon, et nous nous rendions, en traversant la cour, dans le cabinet du Prince où lui-môme nous avait précédés avec M. de Mori^. A dix heures et quelques minutes, nous étions tous réunis. M. dePersigny avait été appelé à se joindre k nous par le Prince. Le Président était amèrement peiné, nous l'avons déjà dit, de voir son ami des jours de péril, son fidèle compagnon de proscription ne pas avoir un rôle actif dans le Coup d'État ; il regrettait de laisser sens profit, en un pareil moment, ce dévouement chevaleresque, ce cœur ardent au danger. Il voulait lui donner ainsi, en l'admettant à cette réunion dernière, un témoignage de sa conflance et de son affection.
C'était, en effet, une dette de cœur que d'associer ainsi M. de Persigny à l'accomplissement du Deux- Décembre. Personne autant que lui n'avait, et de longue date, poussé le Prince à ce dénouement nécessaire. Ils avaient ensemble examiné, à nombreuses reprises, les divers moyens à l'aide desquels on pouvait accomplir ces grands projets, et, à celte époque récente, où des hésitations et des abandons inattendus avaient fait sombrer la résolution d'un Coup d'État, c'était M. de Persigny qui, après avoir contribué pour une large part à en préparer les éléments, désespéraitl'uQdesdemiersdu succès d'une solution chère à son cœur (1).
(1) Le Prince, dans la préparation du Coup d État qui
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M. de Persigny nous apportail d'ailleurs l'appoint de l'expérience que donnent toujours de longues méditations sur un sujet préféré.
On a bâti bien des fables sur cette dernière entrevue, cité de ce^ pompeuses paroles qui n'échappent aux hommes que dans des moments où l'excitation de l'esprit colore et dramatise les pensées et jes choses les plus naturelles. Celte suprême réunion n'eut aucun de ces caractères exceptionnels qu'on a voulu lui donner. Un spectateur étranger à ce qui se passait eût supposé qu'il s'agissait, cotre nous, de la discussion d'intérêts ordinaires, d'aftaires courantes, tant était complet le calme qui régnait dans le cabinet du Prince.
Chacun de nous, le Président le premier, relut les proclamations qui devaient, quelques heures après, couvrir les murs de la capitale et apprendre à la France see nouvelles destinées. Le général de Saint Arnaud et moi énumérâmes une fois encore l'ensemble des mesures que nous avions préparées; nous renouvelâmes tous deux l'assurance de notre confiance en l'exécution de nos ordres, puis nous nous séparâmes. Le Prince nous serra la main comme il l'eât fait la veille d'un jour ordinaire, calme et couûant, comme le sont les grandes âmes qui n'ont nul besoin de recourir aux efforts pour
avait été projolé pour le 17 septembre et dont nous avons dit préccdonimcnt quelques mots, ovnit eu pour princi^iaux auxiliaires M. de Persigny et le colonel Fleury, lous deux ses officiers d'ordonnance et ses confidents les plus intimes.
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s'élever à la hauteur des grandes circonslances, et qui. se trouvent portées à leur niveau en restant dans la simplicité de leur nature, dans la tranquille vérité de leur caractère.
Disons encore qu'avant de nous séparer le Prince avait voulu partager, avec le général de Saint Arnaud, la somme modeste qu'il avait dans sa caisse. Cette caisse n'était autre que le tiroir de droite de son bureau de travail. Le Prince souleva un casier où se trouvait sa monnaie courante, puis, prenant une boite placée au fond du meuble : c Voilà toutes mes richesses >, nous dit-il gaiement ; < général, prenezen la moitié, vous en aurez besoin demain pour distribuer quelques gratîlica tiens. * La boite contenait quarante mille francs en billets de banque et vingt rouleaux d'or de mille franco; le général en prit dix seulemeot, et le Prince conserva le reste de ce modeste trésor.
Cette réunion du 1" décembre à l'Elysée est une des circonstances qui ont le plus excité la verve inventive et mensongère d'un prétendu M. Claude, l'un des pamphlétaires auxquels nous avons fait allusion dans notre préface. Si pénible qu'il puisse éta^ d'avoir à relever les impostures de semblables gens, nous avons cru devoir, dans l'intérêt de la vérité, surmonter nos répugnances et nous imposer ce sacrilice.
Ce livre était écrit lorsque parurent les ■ Mémoires de H. Claude ■, une de ces publications malsaines comme en invente aujourd'hui l'esprit de spéculation, un de ces romans de- mauvais aloi qui visent, avant tout, par le scandale qu'ils promettent, à piquer la
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curiosité pour en recueillir les proiits en argent. Ce libelle a, sur les autres, au point de vue du retentissement, un perfide avantage : c'est le nom de son auteur, si tant -est que cet auteur soit M. Claude, ce que nous avons entendu contester absolument. Que les Mémoires de ce Claude soient ou non apocryphes, la fonction passée de cet homme peut faire croire à quelque exactitude dans ce qu'il écrit. C'est à ce titre seulement que nous ferons rapidement ici aux Mémoires de M. Claude les honneurs de quelques démentis.
M. Claude donne, sur ce qui se passait à l'Elysée, dans notre réunion dernière le soir du 1" décembi-e, de si minutieux détails, qu'on pourrait croire, en le lisant, qu'il était lui-même dans le cabinet du Prince. Or tout, dans ces détails, est erreur ou calomnie. Relevons-les une à une.
Les erreurs d'abord :
Tome I»', page 185. « Alors, dit M. Claude, mon préfet, M. de Maupas, attendait dans le cabinet du Président que la soirée fût terminée pour recevoir
ses ordres »
■ Assertion inexacte. Le Prince avait quitté les salons'à dix heures avec M. de Morny, et s'était rendu directement dans son cabinet par la porte du dernier salon, celui où se trouvait le portrait de la reine Hortense. Au même moment, le général de Saint Arnaud et moi avions quitté les salons par la porte opposée, et, après avoir traversé l'antichambre et la cour, nous arrivions au cabinet du Prince deux minutes à peine après qu'il y était entré avec M. do
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Morny et M. de Persif^y qui l'attendait dans le cabinet de M. Mocquart.
Plua loio : • M. de Momy, à minuit, retrouvait
ses complices à l'Éysée • Ce qui vient d'élre dit
montre que c'est là une nouvelle erreur. Ajoutons encore que, à onze heures, chacun de nous avait quitté le cabinet du Prince, que le Prince lui-même était rentré dans ses appartements, et que par conséquent celui qui s'y fût présenté à minuit eût trouvé porte close.
Plus loin, même page encore < Depuis une
heure, M. de Maupas attendait, assis devant des placards qui la nuit même devaient couvrir les murs de Paris. Morny vint le dernier dans le cabinet. »
Comme on vient de le voir, M. de Morny, au contraire, était arrivé avec le Prince, le premier, dans son cabinet, et au lieu d'y avoir attendu pendant une heure, j'y arrivais deux minutes après le Prince.
A la page 186 « Le général Magnan, dit
M. Claude, ne rejoignit que peu de temps après ces quatreacteurs. >
Le général Magnan n'a pas un instant paru à l'Elysée, à la réunion dont parle M. Claude. Il a reçu ses ordres par écrit le 2 décembre à trois heures du matin.
Et maintenant, les indignes calomnies.....
Même page 186 c Le Prince ouvrait une armoire et en retirait quatre paquets à l'adresse de ses ' complices. Le premier paquet pour M. de Morny contenait 500,000 francs. 11 le reçut pour aller prendre possession de son poste de ministre de l'in-
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teneur. Le second, à l'adresse de Saiot Arnaud, contenait également 500,000 francs, plus 50,000 francs pour Espinasse. Le troisième, h l'adresse de Maupas, contenait avec l'argent la liste de tous les représentants, généraux, hommes de lettres, chefs de parti,
qu'il devait faire arrêter Le quatrièine paquet, le
plus petit, était destiné à la police de l'Elysée. II ne renfermait que 100,000 francs »
C'est là un tissu d'abominables impostures. Le Prince n'a remis ni à M. de Morny, ni à moi aucune somme d'argent, absolument aucune. Tout est faux dans cette mise en scène de prétendus paquets d'argent préparé. Mais, de si bas que parte cette infâme calomnie, je ne puis, pour ma part, me contenter de la mépriser comme je méprise ses auteurs ; je veux encore protester contre elle avec toute l'indignation de ma conscience révoltée.
Nous avons dit que le Prince avait remis au général de Saint Arnaud 10,000 francs pour être distribués le lendemain en gratifications. Ce n'est certes pas de ce fait, ignoré, qu'a voulu parler M. Claude. Il a voulu faire un gros scandale, et il n'a pas même eu le mérite de l'invention. Cette misérable imposture, il l'a simplement copiée dans l'un ces libelles dont nous parlons dans notre préface et dont l'auteur a été retremper en prison, pendant plusieurs années, son honorabilité.
Mais au risque de trop parler de cet inconnu, qui a écrit les • Mémoires de M. Claude >, montrons encore les invraisemblances qui lui ont échappé.
Selon ce M. Claude, c'est seulement dana cette
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soiréedu l*' décembre, à minait, que le Prince m'aurait remis * la liste de tous les représentants, généraux, hommes de lettres, chefs de parti » que je devais faire arrêter aussitôt après mon retour à la Préfecture de police. Or, le véritable M. Claude savait, mieux qu'un autre, que des arrestations aussi nombreuses et aussi importantes ne pouvaient pas être instantanément préparées dans les conditions surtout où nous les devions effectuer. Il serait insensé de le prétendre. Ces arrestations, nous les avions préparées plus de huit jours à l'avance, et on ne pouvait moins faire pour agir avec sécurité.
Affirmons donc ici que cette nouvelle invention est tellement maladroite et irréfléchie qu'elle sufîit, à elle seule, pour prouver jusqu'à l'évidence que le libelle qui la donne ne peut avoir pour auteur un ancien chef de la police de sûreté : M. Claude.
La nuit qui nous séparait encore du S décembre ne devait pas être la même pour chacun de nous. Pour le Prince, elle fut une nuit de repos paisible, du repos que Dieu accorde aux consciences satisfaites de l'accomplissement d'un grand devoir. Ses ordres étaient donnés, rien n'était donc plus à faire pour lui jusqu'au moment où il devait se montrer au peuple. Pour M. de Morny, que ses attributions ne mêlaient pas à l'exécution des mesures premières du Coup d'Étal, cette nuit fut ce que ses préoccupations purent la lui faire : il put y trouver un temps de repos.
Pour le général de Saint Arnaud et pour moi, ce fut le moment principal de l'aclion.
Le général de Saint Arnaud avait à avertir le
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général Magnan du rôle qui lui était réservé, à lui donner ses instructions ; il avait aussi à donner ses ordres au colonel Espinasse pour l'investissement de l'Assemblée, à veiller enfin à ce que chaque rouage de ce merveilleux mécanisme de l'armée française fût prêt à se mouvoir à l'heure dite.
Il faut être soldat pour se rendre compte des mille prévisions que la veille d'une bataille impose au général qui doit y commander. Le général de Saint Arnaud sul tout prévoir, tout préparer; et quand on compare ce que fut l'attitude de l'armée en face du peuple, au 2 Décembre, et ce qu'elle fut à d'autres époques, 1830, 1848, on est frappé du contraste. Et cependant c'étaient les mêmes soldats, les enfants du même peuple, les héritiers des mêmes principes; mais ce n'étaient pas tes mêmes chefs, et il y a des circonstances où le chef fait le soldat.
Pour être juste, c'est à la fois au général de Saint Arnaud et au général Magnan que cet éloge s'adresse. Le général Magnan savait bien, en prenant le commandement de l'armée de Paris, qu'il aurai un jour à mêler sa fortune k celle du Prince. Il en avait été averti et il avait donné l'assurance de son concours; on pouvait compter sur sa foi comme sur son courage.
11 avait, lui-même, demandé à ne pas être averti à l'avance des événements auxquels il devait prendre une si large part ; il voulait rester te soldat qui obéit à son chef, ne prendre aucun partage dans le mouvement politique et se borner à son rôle militaire; ce rôle lui suffisait pour illustrer son nom.
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En sortant de l'ÉIysée, j'avais pris dans ma voiture le colonel de Béville qui recevait l'important dépôt de toutes les pièces que nous livrions à Tirapression. Il devait passer la nuit à l'Imprimerie nationale pour veiller à cette opération et pour s'assurer surtout que le secret, une fois entré dans l'enceinte où les besoins de l'exécution matérielle nous avaient forcés à le répandre quelques heures avant l'événement, y serait scrupuleusement gardé. M. de Saint Georges, directeur de l'Imprimerie nationale, était du reste, luiaussi, dévoué à la personne du Prince ; on pouvait compter sur son active et inlelligente coopération. Il avait reçu l'ordre d'avoir toujours sous sa main un nombre sufBsant d'ouvriers habiles prêts à exécuter un travail comme souvent d'ailleurs il en était demandé d'urgence à l'Imprimerie nationale! Grâce à cette précaution, aucune convocation des ouvriers, en dehors des heures réglementaires, n'était plus de nature à éveiller les soupçons.
Une compagnie de gendarmerie mobile, sous les ordres du brave capitaine de la Roche d'Oisy, arrivait à l'imprimerie en même temps que le colonel de Béville. Les portes de l'hôtel se refermaient sur elle et restaient hermétiquement fermées pour la nuit entière. Des sentinelles, placées à l'intérieur à chaque porte, à chaque fenêtre, avaient les ordres les plus sévères pour empêcher toute communication avec l'extérieur; pas un ettoH ne fut tenté du reste pour contrevenir à la consigne donnée.
Une fois ces précautions indispensables prises, le
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travail d'impression commença, et, quelques heures après, MM. de Saint Georges et de Béville, munis de toutes les proclamations du Président, du minisire de la guerre et du préfet de police, n'attendaient plus que l'heure prescrite pour me les apporter.
En quitlant le colonel de Béville, à onze heures da soir, j'avais parcouru rapidement, avant de rentrer! la Préfecture de police, ses principaux abords. Tout y était dans le calme et, visiblement, dans l'ignorance de ce qui se préparait.
Aussitôt rentré, je me mis à l'œuvre. Le plus lourd de la tdche allait commencer pour moi. Du succès des principales mesures que devait exécuter la Préfecture de police, dépendait incontestablement le succès du Coup d'Ëlat lui-même. Qu'une seule des arrestations importantes vint à manquer, celle du général de Lamoricière, celle du général Changarnier, celle d'un représentant montagnard, l'éveil était donné, et à quelles conséquences terribles n'étaît-on pas alors exposé ! Les régiments pouvaient ainsi entendre, avant d'avoir reçu les ordres de leur chef, la voix de l'un de leurs anciens généraux. L'hésitation n'élait-eilepas dès lors à craindre dans l'armée? N'avait-on pas à redouter le groupement immédiat des représentants hostiles, et ne se serait-il pas constitué ainsi un centre de résistance d'autant plus menaçant, qu'il eût eu des hommes d'action à sa tète et une pai-tie de la population de Paris pour cortège ?
La Montagne avertie edi immédiatement pris les armes; elle était prête; la nuit lui eût permis d'é-
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