E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR
PALAIS-ROYAL,' 15-17-19, GALERIE d'oRLÉANS
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Deux grands événements dominent, à Tintérieur, toute la durée des pouvoirs donnés successivement par la France à Napoléon III.
Le premier : c'est le Deux-Décembre. Il a fait TEmpire et il a ouvert pour le pays Tare des grandes prospérités.
Le second : c'est le 19 janvier. Il a ébranlé le trône; il a compromis sa force et sa solidité; il a mis d'abord l'inquiétude à la place de la confiance, et, plus tard, par la transformation mal conçue de l'Empire trop autoritaire en un Empire trop libéral, il a mis le trouble à la place de la tranquillité.
Ce sont ces deux grands faits que nous avons voulu mettre spécialement en lumière.
Notre premier volume embrasse toute la période de préparation et d'action du Deux-Décembre. Le second, celui qu'on va lire et qui conduit jusqu'à 1^
fin de TEmpire, a principalement pour but d'en étudier les évolutions constitutionnelles.
En prenant à ses origines, comme nous allons le faire, et en suivant dans ses développements le mouvement de revendication libérale qui a marqué la seconde période du règne de Napoléon III, nous arrivons aux aimées difficiles de l'Empire.
Dans notre première Partie, dans l'historique que nous avons fait de la Présidence de Louis-Napoléon, nous n'avons pas épargné la louange : elle n'était du reste qu'im juste hommage à la sagesse, à là prévoyance et à la courageuse énergie du Chef de l'État. Si, en poursuivant notre récit, la critique l'emporte (Quelquefois sur Téloge, c'est à certains actes impolitiques du pouvoir, c'est particulièrement aux hommes qui ont gouverné sous le nom du Prince qu'il faut en attribuer la faute; nous restons, pour notre part, animé du même esprit de scrupuleuse équité. En signalant les erreurs dans lesquelles on s'engageait avec opiniâtreté, nous sommes d^accord avec le langage que nous tenions à la tribune du Sénat, quand nous cherchions à indiquer, à l'heure utile, la voie nouvelle que le mouvement de l'opinion traçait au pouvoir.
Nous écarlions-nous ainsi, par cet acte de respectueuse indépendance vis-à-vis de la Couronne, de la politique que nous avions embrassée au Deux-Dé-
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certibre? Rien n'était plus logique que notre attitude. Elle tenait compte de Tétat des esprits, de la marche des événements^, et des éventualités qu'il était facile de prévoir. Il nous suffira, pour le montrer, de résumer, en quelques mots, ce qu'a été notre ligne de conduite du 10 décembre 1848 au 4 septembre 1870.
De 1848 à 1851, nous avons-, dans nos diverses fonctions; aidé, de toutes nos forces, à raffermissement du pouvoir de Louis-Napoléon. En agissant ainsi, nous n'obéissions pas à une préférence dynastique, et nous l'avions loyalement déclaré au Prince qui avait bien voulu nous remercier de notre franchise; mais nous étions guidé par cette conviction que lui seul pouvait assurer le salut du pays et restaurer la monarchie.
Au Deux-Décembre, nous lui avons donné un concours énergique, et noiis le lui avons continué, sans réserve, quand nous avions l'honneur de siéger dans les conseils de la Couronne. A ce moment, la dictature seule était possible, et nous étions des premiers à en proclamer la nécessité, malgré notre penchant prononcé pour la forme sincèrement représentative.* Nous applaudissions à la Constitution de 1852, qui ébauchait déjà une sorte de régime représentatif et qui ouvrait expressément la porte aux développements libéraux que les temps et les circonstances pourraient un jour exiger.
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Mais nous ne sommes pas resté frappé d'immobilité par Téclat de ces premières heures de TEmpire, pu tout était à l'admiration et à Tenthousiasme. Nous nous sommes soigneusement appliqué à suivre le mouvement des esprits. Nous avons périodiquement averti TEmpereur, soit dans des entretiens particuliers, soit dans les lettres qu'il nous autorisait à lui adresser, soit enfin dans nos discours au Sénat.
Ces quelques mots veulent surtout répondre à ceux qui, sans approfondir les choses et les événements, pourraient s'étonner de voir qu'après nous être mon^ tré ardent pour réprimer, en 1851, les abus de la liberté, nous soyons venu revendiquer, plus tard, non pas la liberté dans son acception générale, mais celles des liDertés que demandaient les temps et les circonstances, celles qui devaient avoir pour naturel effet d'affermir le pouvoir et de consolider le trône. En agissant ainsi, nous croyons avoir fait preuve de logique, et si, pour leur faible part, nos efforts n'ont pas réussi à prévenir les fautes, nous avons la conscience d'avoir rempli notre devoir en cherchant à on préserver le Souverain et le pays.
Ces fautes, hélas! elles ont eu leurs conséquences douloureuses et prévues.
Vouloir tout excuser, ce serait folie. Les faits sont là; on ne nie pas les faits, ceux surtout d'une si considérable importance. Il y a mieux à faire, et nous
Tavons tenté : c'est au lieu de s'obstiner dans la voie d'une justification systématique, d'envisager, sans parti pris, les fautes commises, d*en scruter les causes, et, dans un ordre dldées moins important peut-être, mais qui a son utilité, de faire la part de chacun, alors que beaucoup des intéressés sont encore là pour contredire s'ils ont à le faire. Les esprits qu'une exagération d'ardeur et le respectable excès du dévouement conduisent fatalement à Tinlolérance, admettent difficilement qu*on ose critiquer ce qu'ils ont aimé et admiré. Pour eux, le simple aveu d'une faute, si évidente qu'elle puisse être, c'est une sorte de désertion. Non: voir le mal, y puiser des enseignements, c'est faire acte de virilité et c'est acquérir le droit à être cru. L'impartialité amène la confiance; la confiance donne l'autorité, et de cette autorité on peut user, au profit de l'Empire, pour effacer quelques erreurs, pour éteindre quelques préventions, pour atténuer au moins de fâcheuses exagérations. On est, en effet, autorisé à dire, que, si gouverner son pays est un honneur enviable, c'est, en même temps, une tâche lourde et souvent périlleuse. En politique, les intentions les plus droites peuvent souvent aboutir à l'erreur. Il en est surtout ainsi dans un pays qui a eu à subir de nombreuses secoussea révolutionnaires, et où le mouvement des esprits est incessamment variable. Nul État, en Europe,
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i^'a eu plus que la France à souffrir, depuis un siècle, des commotions révolutionnaires, et nulle part, à coup sûr, Texercice du pouvoir n'a rencontré de plus sérieuses difficultés. Ce sera Texcuse de ceux des hommes dont nous aurons à signaler rinsuffisance ou les fautes. Nous verrons, d'ailleurs, les plus importants d'entre eux aux prises avec de redoutables complications. Nous les trouverons en face des problèmes les plus difficiles à résoudre. Ils eurent à déterminer l'heure opportune pour la modification des institutions de l'Empire, pour l'abandon du. pouvoir absolu au profit d'un régime sérieusement représentatif. Ils eurent a apprécier la juste mesure des concessions à faire aux revendications de l'opinion; à trouver, enfin, tes conditions, si longtemps cherchées, d'une profitable association du principe d'autorité avec la mesure de liberté possible à notre époque.
De Texamen de toutes ces importantes questions, nous nous sommes attaché surtout à tirer des enseignements politiques et constitutionnels qui puissent servir à ceux qui, après la chute du régime républicain, auront la mission réparatrice de gouverner la France. Pour qu'ils triomphent des difficultés redoutables avec lesquelles ils seront fatalement aux prises, il faut qu'ils les connaissent. Pour qu'ils évitent les fautes qui compromettent et perdent les empires, il
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faut qu'ils les étudient jusque dans leurs origines ; il faut qu'ils apprennent, par l'expérience du passé, à se garer des périls qui conduisent à la chute, et qu'ils sachent découvrir quelles sont désormais, pour un Souverain et pour la nation, les vraies conditions de force et de stabilité.
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