‹ Mémoires sur les animaux sans vertèbres (volume 3)Chapitre 53 sur 129 · SUR LES ALCYONS GÉLATINEUX A SIX TENTACULES SIMPLES · texte numérisé non relu

SUR LES ALCYONS GÉLATINEUX A SIX TENTACULES SIMPLES

Lues à la première Classe de l’Institut, le 6 février 1815.

La classe des Polypes est la moins connue peutêtre de celles que comprend le règne animal , € cependant aucune n’est étudiée avec plus d’ardeur. Mais les obstacles qu’elle oppose aux progrès de la science sont innombrables. Le Polype, retiré au sein des eaux, souvent au fond des mers, presque toujours infiniment petit, mou, iwritable, contractile, changeant de forme au moindre mouvement, quelquefois libre, mais plus ordinairement engagé, enveloppé dans un corps commun à plusieurs individus; le Polype, jouissant de la vie et de ses facultés, échappe de mille manières à l'œil et au scalpel de l’observateur. Le Polype mort est l’objet d’un examen

si I MÉMOÏRF. DESCRIPTION

plus facile sans doute, mais aussi plus stérile. Ces nombreuses dépouilles qui encombrent nos cabinets, réduites aux parties solides, incoiplètes, altérées, ne donnent surles êtres auxquels elles sont substituées que desnotions imparfaites : les méthodes qui en résultent, quelque belle ordonnance qu’elles présentent, n'étant point fondées sur des principes absolument certains , réunissent quelquefois dans un même genre les êtres de la nature la plus opposée. Les Alcyons décrits par les zoologistes modernes nous en offrent un singulier exemple.

Il y a dans ce genre des espèces qui n’ont ni estomac, ni bouché, ni tentacules, qui ne sont ni des Polypes composés , n1 des Polypes simples, et auxquelles on pourrait, à bon droit, contester jusqu’à la vie animale; il y a des espèces évidem-.

ment douées de cette vie, et qui se présentent:

sous la forme de vrais Polypes, c’est-à-dire, quine: possèdent que des organes encore peu nombreux, et des facultés assez limitées ; enfin , il y a des es-

pèces pourvues de facultés plus étendues, et dont.

l’organisation est déja même tellement compliquée , que, si l’on avait égard au caractère essen- Uel de la classe des Polypes, 1l faudrait les en retirer, et les associer à des animaux d’un ordre plus élet,

€ Le Polype, dit M. de Lamarck, est un petit » animal à corps allongé, at ti l , n'ayant 1n-

» térieurement aucun autre organe spécial qu'un » sac alimentaire pourvu d’une seule ouverture, » et séparé de la peau par du simple tissu cellu- » laire ». Les animaux particuliers des Alcyons que je vais décrire sont tout autrement organisés : ils ont lecorps composé de deux cavités distinctes ; ils ont des viscères thoraciques et des viscères abdominaux ; ils ont pour ces viscères deux ouvertures séparées ; ils ont un organe spécial pour la génération : la plupart ont même sous la peau des vaisseaux très-apparens, des traces non équivoques d’un système circulatoire.

Parmi les espèces d’Alcyons connues, je pense qu'on peut rapporter à cette famille l ZZcyonium fieus , décrit et figuré par Ellis (a); lÆZcyonium ascidiordes , découvert par Gærtner, et publié par Pallas (b) ; et généralement tous les Alcyons gélatineux ou cartilagineux à six tentacules simples, Ces sortesde productions sont vraisemblablement très-nombreuses. J'en ai observé plusieurs sur les côtes méridionales de la Méditerranée et dans le golfe de Suez. Ce n’est pas ici le lieu de les faire connaitre. Je me contenterai d’en décrire quatre espèces, qui présentent des différences importantes, et qui peuvent être prises pour les re d'autant de genres distincts.

(&) Ex. Corall., pag. 97, pl. xvr.

(à) Paz. Spieil, ; fasc. x , pag. 40, tab. 4.

La première espèce (APzrorum lobatum) (a),

fixée communément sur les rochers, produit, en se développant, des masses horizontales, souples, peu épaisses, relevées en lobes irréguliers , d’un gris cendré, couvertes à leur surface d’un nombre infini de points saillans. Ces points ou mamelons,

examinés à la loupe, paraissent fendus ‘en six

rayons égaux. Ce sont autant de petites étoiles qui correspondent aux cellules de l’intérieur du

polypier. Le centre de chaque étoile commu-.

nique directement à la bouche d’un Polype, et le nombre de ses rayons indique celui des tentacules dont cette bouche est couronnée.

Pour en apprendre davantage, 1l faut fendre l'Alcyon. On peut alors remarquer que sa substance intérieure est demi-cartilagineuse , et qu’elle contient beaucoup de graviers, parmi lesquels s'étendent, dans le sens de l'épaisseur, les corps charnus des Polypes, qu’on reconnaît aussitôt à leur couleur d’un jaune vif. Ces Polypes, moins larges qu’un grain de millet, mais deux fois plus allongés, sont disposés parallèlement les uns à côté des autres, et séparés par de

minces cloisons. Ils ne tiennent aux parois de

leurs cellules que par quelques points,-et s’en laissent aisément détacher. Il est donc facile de

les isoler, et de chercher à saisir les détails par-

(&) Planche ur, fig. 4, et planche’xvi k fig. 1.

ticuliers de leur organisation, Je vais tâcher d’en donner une idée.

La bouche de cette espèce de Polype est ronde, un peu hexagone , entourée de six tentacules aplatis, courts et pointus : ces petits tentacules sont fixés aux six rayons de l'ouverture de la cellule par une fine membrane, et supportés par un cou cylindrique, rétractile, qui leur permet de s'élever et de s'épanouir à la surface du polypier , ou de s’abaisser et de rentrer dans son intérieur. Ils ne peuvent d’ailleurs se retirer en eux-mêmes comme ceux des Limaces, et moins encore s'incliner et se plonger dans lestomac, faculté que possèdent ces organes chez quelques autres familles. Le cou , la bouche, les tentacules, sont ici les seules parties véritablement rayon-. nantes; les autres affectent plutôt cette apparence symétrique qu’on retrouve constamment chez les animaux d’un ordre supérieur.

Au-dessous du cou, le corps du Polype est comprimé par les côtés, et il se divise en deux tronçons ou cavités distinctes, qui peuvent prendre les noms de fhorax et d’abdomen.

Le thorax, plus court et plus cylindrique que l'abdomen, est charnu , opaque, marqué de nervures longitudinales, sillonné sur les côtés de quatorze à quinze rides transverses, étranglé sensiblement à sa partie moyenne, enfin épaiss: et tronqué à sa base, dont les deux bords des-

cendent obliquement en arrière. Il est aussi un peu bossu près du cou, où l’on remarque un tubercule poreux. À ce tubercule aboutissent | deux vaisseaux bruns, parallèles, qui parcourent le dos (a) sur sa longueur. La région antérieure du thorax, ou la poitrine, est également pourvue d’un tubercule rond, et au-dessous elle laisse : échapper un filet membraneux qui pénètre dans Ja substance du polypier, et se fixe à son écorce. Je nomme ce filet l’appendice anal. C'est sans doute par son moyen que les animaux particuliers du même Alcyon communiquent les uns avec les autres, et jouissent en quelque sorte d’une existence commune. À la base de cet ap-

(a) Ces expressions dos, ventre, et autres semblables, nécessaires à la netteté de la description, ne doivent pas être prises ici dans un sens rigoureux. L'application que j'en ai faite dans ce premier Mémoire a été déterminée par une sorte d'apparence extérieure , et par la position d’une petite production, l’appendice anal , que je considérais commele siége du principalsens de cesanimaux.Je laconserveraidans les Mémoires suivans, parce que les régions que je nomme dos et ventre correspondent à celles que MM. Cuvier et Bosc ont désignées par les mêmes noms dans les Biphores, animaux très-Voisins des Alcyons gélatineux. Mais si nous voulions comparer et les Biphores et les animaux des Alcyons en question aux Mollusques bivalves, ces régions # seraient obligées d'échanger leurs dénominations : le ventre “et la poitrine deviendraient le dos ; la gauche, la droite, etc. Je prie le lecteur de ne pas perdre cette note de vue.

DES ASCIDIES COMPOSÉES. 7 pendice est une assez grande ouverture qui correspond à l’orifice intestinal, que je désignera craprès sous le nom d’anus.

C’est dans la cavité du thorax qu'est situé le principal ventricule, qu’on pourrait ainsi nommer le ventricule thoracique. Wa paru fait en formede bourse, etdivisétransversalement pardes plis en nombre égal à celui des rides extérieures.

Le thorax est revêtu, surtout par-derrière, d’une peau très-colorée, et son opacité dérobe à l’œil les organes qu’il contient. Il n’en est pas de même de l'abdomen, dont la peau, extrêmement fine et transparente, laisse apercevoir tous les viscères intérieurs. On peut d’abord distinguer un petit canalmembraneux, ondulé, qui descend du ventricule thoracique en se dirigeant vers le dos. Je lui donne par allusion le nom d’intestin gréle. Vers le milieu de l’abdomen, cet intestin se dilate en une poche elliptique, un peu comprimée, dont les côtés, séparés du centre par deux profondes incisions, forment deux cellules oblongues , légèerement courbées, et opposées l’une à l’autre. Cet organe est ce que j'appelle le ventricule abdominal. Apres un court trajet, lintestin se dilate de nouveau en une poche globuleuse beaucoup plus petite que la première, en une sorte de cœcum. Le reste-de ce canal, qu'on peut considérer comme le gros intestin, descend jusqu’au bas de l'abdomen ; il se recourbe

ensuite comme un siphon, et va en remontant jusqu’à la poitrine se terminer à l'anus. À

Il paraît que la première digestion s’opère dans le ventricule thoracique, qui contient souvent des animalcules, tandisqu’on n’en aperçoit jamais dans les viscères de l'abdomen. C’est un fait que je ne veux pas laisser ignorer ; car j'avoue que je n'ai aucune lumière certaine sur la nature des fonctions de ces divers organes. On peut cependant supposer que les substances grossières ‘et: essentiellement indigestes sont revomies par le Polype, à peu près comme elles le sont par certains oiseaux de proie nocturnes, et que les molécules les plus déliées et les plus nutritives sont les seules qui passent de la cavité thoracique dans l'intestin grêle. Cet intestin et le ventricule qui le termine ne contiennent ordinairement qu’une matière liquide et peu abondante. Néanmoins le gros intestin est presque toujours rempli, depuis son origine jusqu’à l'anus, d’une matière assez compacte, quelquefois grumeleuse, plus souvent homogène, d’un gris jaunâtre, moulée par petites masses arrondies ou ovoïdes, mais que, malgré leur forme, on prendrait à tort pour des œufs, ou pour des amas d'œufs. J’ignore si elles ont dans l’économie de l’animal quelque usage particulier ; je ne les considère ici dde comme les excrémens.

L'organe que je crois destiné à la génération

DES ASCIDIES COMPOSÉES. g.

est tout différent de ceux-ci : il termine inférieurement le corps du Polype. C’est un sac oblong, membraneux, quelquefois vide, mais le plus souvent occupé par vingt-cinq à trente corpuscules oviformes attachés à deux ou trois cordons ondulés. Ces corpuscules sont sans doute des germes, et le sac, un véritable ovaire. Il ne paraît pas communiquer immédiatement avec l’abdomen. Les germes inférieurs sont ordinairement les plus gros. Je pense qu’à leur maturité le sac s'ouvre, et les laisse échapper par un petit canal qui monte avec le rectum. On trouve en effet souvent un de ces corpuscules engagé dans ce canal , et faisant saillie au-devant du thorax.

Telle est la première espèce. La seconde espèce (PozycLiNUM saturnium) (a), étendue de même sur le sable ou sur les rochers, produit des masses un peu convexes, molles, demi-transparentes , violettes, comme 1irisées, seméesd’un nombre prodigieux de mamelons jaunâtres, la plupart groupés autour de quelques grands pores, qui, par leur dilatation et contraction successives , semblent avoir la fonction d’agiter et renouveler l’eau. Après avoir détaché doucement l’Alcyon pour l’examiner de plus près, on voit que tous ces grands pores sont autant de centres auxquels aboutissent certains filets mem-

(a) Planche x1x, fig. 1. Voyez aussi pl. 1v, fig. 2, et pl. xvur, fig. 1, PozycciNum constellatum.

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braneux, qui partent des mamelons , et que la transparence générale laisse apercevoir (a). On voit de plus que tous ces mamelons sont découpés en six dents, et qu'ils donnent passage, en s'ouvrant, à de petites étoiles saillantes et mobiles. Ce sont les bouches des Polypes formées d’une ouverture un peu hexagone, et de six tentacules ovales ou Janceolés, aplatis, semblables aux pétales d’une fleur en rose, tous très-entiers et très-réguliers. Les étoiles rapprochées et groupées autour des pores semblent constituer autant de systèmes particuliers qu’il y a sur PAIcyon de pores différens. Dans les intervalles qui séparent ces divers systèmes, sont d’autres étoiles plus ou moins isolées. |

Au reste, il ne faut pas être surpris de la tendance que montrent les animaux particuliers de cette espèce d’Alcyon à se réunir, et à se former en systèmes autour de certains centres. La même disposition est commune à toutes les espèces congénères de celles-ci. Elle se retrouve même dans des genres étrangers à cette famille, notamment dans les Flustres. Elle est tellement marquéedans les Botrylles, que, malgré les judicieuses observations d’Elhs (b)sur cesanimaux composés, chaque

(a) Ces filets ne différent point de l’appendice anal, décrit ci-devant page 6. |

(6) Erxas, Act. angl., vol. 49, part. 2, n° 61, p. 49 ir Scholia ad:observationem Schlossert.

système de Botrylle est considéré par les zoologistes actuels comme un seul Polype, et chaque Polype comme un seul tentacule. Jai eu occasion d'examiner récemment une très-belle espèce de ce genre, qui m'a été communiquée par M. Desmarets fils; et je puis assurer que chacun de ces prétendus tentacules est pourvu d’une bouche , d’un intestin , d’un anus, de deux ovaires, en un mot, est un animal très-complet. Ces systèmes si bien ordonnés, et doués de propriétés si extraordinaires, ne sont pas mêmc

nécessaires à l’existence particulière des indivi-

dus. On trouve toujours quelques animalcules isolés et séparés des autres. Mais je reviens aux Alcyons.

J’ai dit que lextraction et l'examen des Palypes de la première espèce se faisaient sans difficulté. Il n’en est pas ainsi des Polypes de Ja seconde espèce. On le croira sans peine, si l’on se représente que chaque Polvpe n’est pas contenu dans une seule cellule, mais dans plusieurs ; 1l yen a une pour le thorax, une pour l’abdomen, une pour l'ovaire, et ces trois cellules, qui n’ont pas toujours la même direction , ne communiquent entre elles que par deux fort petits trous. Il résultede cette disposition singulière, qu’a l’ouverture du polypier, au lieu d’un seul rang d’animalcules , on croit en voir plusieurs rangs superposés les unis aux autres, et dont laspect

présente beaucoup de confusion. Ajoutez que la consistance molle et extensible de l'enveloppe gélatineuse, qui la fait céder à l’instrument tran-

chant sans se diviser ; s'oppose encore à leur ex-

traction.

: Quand on est parvenu à se procurer un Polype bien entier, on est étonné qu’un animal si différent en apparence de l’espèce précédente y soit si semblable en effet par le nombre et l’organisation essentielle de toutes ses parties. La bouche, le cou, les tentacules paraissent conformés de même. Le thorax est relativement beaucoup plus grand ; il présente d’ailleurs la même forme cylindrique, le même étranglement vers le milieu, les mêmes tubercules devant et derrière le cou, les mèmes vaisseaux bruns et ondulés sur le dos, le même appendice à la poitrine, et au-dessous la même ouverture , à laquelle aboutit aussi l’anus : l’ouverture est seulement plus spacieuse. Dans cette espèce, l’anus sort à peu près au milieu du thorax; mais il y a d’autres espèces voisines de celles-ci, dans lesquelles lintestin monte plus haut, et s'ouvre plus près du cou. La peau est lâche , et semblable à une tunique per-devant. On voit courir à sa surface et aux bords de son ouverture antérieure quelques nervures, qui descendent des tentacules, et qui s’arrangent avec beaucoup de symétrie. On remarque souvent audessus de l'anus une protubérance semblable à un

mt

DES ASCIDIES COMPOSÉES. 19 petit jabot , mais qui est loin d’être un jabot véritable, si elle est produite, comme je le pense, par un germe arrêté dans cet endroit, et non par les animalcules que le Polype peut avoir avalés. Cette espèce en prend néanmoins d’assez gros, et J'ai trouvé dans son premier ventricule des Crustacés a quatorze pattes, qui diffèrent par leurs tarses en pinceaux des autres Crustacés connus.

En ouvrant ce ventricule, on voit que son entrée forme un bourrelet saillant, entouré de douze filets cylindriques , et recourbés , dont six plus longs alternent avec les autres. Le même ventricule est aussi garni d’un appareil bien propre à le soutenir et à en fortifier les parois. C’est une sorte de réseau transparent, élastique, dont la structure est très-régulière. Il est composé, dans cette espèce, de trente-deux bandelettes, seize de chaque côté ; dans d’autres, de vingt-quatre ou de trente-six, disposées horizontalement à égale distance , et unies les unes aux autres au moyen de traverses plus étroites. Ces bandelettes se joignent par-devant à un filet simple, et parderrière elles s’attachent à deux autres filets qui s'étendent le long du dos. Je n’ai observé un semblable appareil que dans quelques espèces de cette famille ; mais dans toutes, le thorax offre à extérieur des plis saillans, plus ou moins prononcés , et je présume qu'ils sont dus à quelque chose d’analogue.

L’abdomen, des deux tiers au moins plus petit que le thorax, est attaché à sa base antérieure, et. semble n’y tenir que par un fil. On ne peut mieux en cela le comparer qu’au ventre d’un Sphex ou d’une Guêpe. Le pédicule donne passage à l’intestin grêle ; le ventricule abdominal se montre à travers la peau ; il est simplement ovoïde, lisse et charnu. Le gros intestin se recourbe en arrière, et faisant un tour de spirale sur lui-même, il monte en suivant le côté gauche de l'abdomen, traverse aussi le pédicule, et se porte au-devant du thorax. Les excrémens sont d’un gris clair, et forment assez souvent une longue chaîne de globules, qui s’étend ment le bas de l'intestin jusqu’à Lars

De même que l'abdomen est suspendu au thorax, l'ovaire l’est à l'abdomen : il s’y attache à gauche par un petit pédicule, et se prolonge sous la forme d’une massue ovale, terminée par un long filet tubuleux. Les germes qu’il contient sont semblables à ceux de l'espèce précédente, et fixée de même à quelques vaisseaux. |

Les Polypiers que nous avons examinés jusqu'ici sont gélatineux ou cartilagineux. Celui de: l'espèce dont je vais maintenant parler (Dinem- NUM candidum) (a), est plus opaque, et comme: fongueux ou spongieux. Il s'étend sur les tiges

(a) Planche 1v, fig. 3, et planche xx, fig. 1.

des Madrépores, qu’il enveloppe plus ou moins. Les incrustations qu’il y forme sont d’un blanc de lait , tant à l’intérieur qu’à l'extérieur. Leur surface est couverte de mamelons saillans, fendus en six rayons, et disposés à peu près en quinconce. Les Polypes sont jaunes et très-petits ; 1ls égalent à peine en volume deux graines de pavot : à la vérité, 1ls occupent seulement deux loges. H n’y en a qu'une. seule pour l’abdomen et l'ovaire.

La bouche de ces Polypes ressemble à un entonnoir : son limbe ou bord supérieur est découpé en six dents très-simples, écartées et pointues. Le thorax est court, arrondi, sillonné transversalement ; le dos très-sgibbeux, et divisé par une gouttière longitudinale. La poitrine est ‘chancrée au-dessous du tubercule, où elle laisse voir l'anus à sa place ordinaire. Elle se prolonge ensuite en un filet auquel tient l’abdomen, qui par conséquent est pédiculé comme dans l’espèce précédente ; mais au lieu d’être des deux tiers plus petit que le thorax, il est une fois plus grand. Sa direction est presque horizontale, et sa forme elliptique ; le ventricule abdominal en occupe la région supérieure et postérieure. Ce ventrieule est ovoïde et charnu. Le gros intestin, après ètre descendu jusqu’au fond de l'abdomen, se replie en avant, et remonte vers le pédicule, par lequel il passe pour se rendre à l’anus. L’ovaire

ne pend point; ilest orbiculaire, et appliqué sur le côté gauche de l'abdomen, qu’il dépasse sensiblement ; 1l contient de très-petits grains. Je nai pu me rendre compte de leur disposition ; je suppose qu’elle diffère peu de celle que jai observée dans l'espèce suivante.

Celle-ci (Eucærium hospitiolum) (a), qui est la quatrième et dernière, recouvre aussi les Madrépores et d’autres corps marins, sur lesquels elle s'étend en petites plaques qui sont d’un blanc laiteux, mais à leur surface seulement, car leur intérieur est mou et transparent comme une gelée ; il recèle souvent des Crevettes, auxquelles ces Âlcyons servent de refuge. J'ai voulu savoir à quoi tenait la couleur opaque et laiteuse de cette espèce et de la précédente, et après en avoir placé quelques fragmens sous une forte lentille, j y ai découvert une multitude d’atomes lenticulaires, tout hérissés d’épines, et comme radiés. Ces molécules calcaires ne sont pas des corps étrangers à la substance du Polypier, comme on pourrait le croire, et comme le sont en effet les: graviers qu’on rencontre quelquefois ailleurs.

Il y a donc une sorte d’analogie entre la troisième et la quatrième espèce; mais elles diffèrent sous des rapports très-importans. Les mamelons ovales dont la surface de la quatrième espèce est

(a) Planche 1v, fig. 4, et planche xx, fig. s. | Xe

parsemée ont une ouverture peu ou point apparente ; ils ne représentent point des étoiles à six rayons : on aperçoit seulement à travers leur demi-transparence les bouts dé huit à dix filets qui semblent sortir du ventricule thoracique. Les Polypes sont très-rapprochés de la surface de leur enveloppe, et ils n’occupent chacun qu’une seule loge. Leur cou est plus ou moins grêle ; peut-être se déploie-t-l à son limbe en six véritables tentacules, mais je n’ai jamais réussi à les voir s'épanouir. J’y ai fait des efforts, et j'insiste sur ce point, parce que la nécessité d'observer ces organes n’est pas assez généralement reconnue. Les naturalistes en font rarement mention dans l'exposition des caractères, et ils semblent navoir aucune idée fixe sur leur degré d'importance. IL West pas rare de trouver dans un seul genre des espèces à tentacules ailés et à tentacules simples, à tentacules en nombre défini et en nombre indéfini, disposés sur un seul rang, etdisposés sur plusieurs. Cette négligence s’étend sur lesespèceselleseus N’attribue-t-on pas au Botrylle étoilé des ientacules dont le nombre varie depuis trois jusqu'a vingt ? On croirait que les parties rayonnantes des animaux composés ne sont soumises a aucune loi constante : elles le sont cependant comme les parties rayonnantes des plantes, comme les organes symétriques des autres animaux. Un système des Polypes fondé sur la seule

considération des tentacules ne serait ni moins naturel ni moins solide que les systèmes établis, par exemple, sur la simple inspection des mandibules et des mâchoires dans les insectes. On peut poser en principe qu'a certaines exceptions près, qu’il serait facile de déterminer, la disposition, la forme, le nombre des tentacules, nevarient point dans les espèces du même genre, et à plus forte raison dans les individus de la même espèce.

Le cou de celle dont il s’agit ici est supporté par un grand thorax, dont la peau délicate et transparente laisse paraître de chaque côté six à sept lignes transversales, unies par des lignes longitudinales plus étroites, et décèle ainsi l’organisation de son ventricule intérieur ; elle offre aussi deux tubercules supérieurs et deux vaisseaux dorsaux. Le premier intestin est fort court ; il aboutit à un ventricule charnu , très -renflé, presque globuleux, qui s'appuie sur le fond un peu prolongé du thorax. Le second intestin descend obliquement en arrière ; il éprouve deux , étranglemens successifs dans le fond del’abdomen, se relève ensuite, toujours en arrière, et décrivrant une anse arrondie, 1l passe à droite sur la base du thorax pour venir se fixer à son bord antérieur et le suivre jusqu’au sommet. Il est rempli, comme à l’ordinaire, d’une pâte assez fine, jaune ou grise, moulée par petites masses ;

DÉS ASCIDIES COMPOSÉES. 19 mais ce qu’il a de particulier, c’est qu’il paraît aboutir directement à un pore visible, percé sur un des côtés du mamelon, et qui ne peut en effet répondre qu'a l’anus. Cette disposition suffisamment constatée, et les observations de Gærtner sur les Distomes (a) m'ont conduit à penser qu’il existait, à la surface de tous les Alcyons à six tentacules, deux pores pour chaque Polype, un destiné à l'entrée des alimens, et l’autre destiné sans doute à leur sortie après l’entière digestion. Le noin d’anus que j'ai donné jusqu’à présent à l’orifice supérieur du gros intestin lui suppose une issue au-dehors. Si cette issue existe réellement, je dois convenir que dans la plupart des espèces elle est si petite ou si exactement fermée , qu’elle échappe à toutes les tentatives que Von fait pour la découvrir.

Il me reste à parler de l’ovaire. Il est orbiculaire comme dans l’espèce précédente, et appliqué de même contre l’abdomen, mais du côté droit. Il s’en détache facilement. On y distingue presque toujours trois, quatre ou éinq germes disposés en cercle, et attachés à un placenta central.

Si j'ai réussi à mettre quelque clarté dans les descriptions que je viens de lire, on a pu remarquer que les espèces qui en font le sujet ont des

(a) Voyez la description du Distomus variolosus ou ÆAlcyonium ascidioïdes ; ci-après, page 38,

caractères communs qui permettent de les réunir en famille, et des caractères propres qui auto- : risent à les distinguer en autant de genres. Jétablis ces derniers de la manière qui suit :

1° Section. Ovaire pendant, inférieur.

1° Genre, APLcipruM. Polype occupant une

seule loge ; abdomen ét ovaire sessiles.

Je le divise en deux tribus :

1°. Ovaire plus court que le corps.

2°. Ovaire de beaucoup plus long que le COTPS«

2° Genre, Por YcciNuM. Polype occupant trois loges ; abdomen et ovaire pédiculés.

2° Section. Ovaire appliqué, latéral.

5° Genre, DIDEMNUM. Polype occupant deux loges ; abdomen pédiculé,

4° Genre, Euc@rium. Polype occupant une seule loge ; abdomen sessile.

Quant aux caractères communs à ces divers genres, il suffira, je crois, de rappeler ici les

principaux. Je les réumirai, sans aucun égard pour leur degré d'importance, sous le titre de ” \

PES ASCIDIES COMPOSEES. af

la famille aux espèces de laquelle on pourrait conserver exclusivement le nom d’Alcyons.

Les ALCYONS Où ALCYONÉES, ALCYONEÆ.

Polypes simplement agrégés, renfermés dans les cellules d’une enveloppe commune, et n'ayant avec la substance gélatineuse où cartilagineuse de cette enveloppe que de faibles adhérences. Six tentacules courts et simples. Tronc divisé en thorax et en abdomen; chacune de ces’ cavités contenant un ventricule. Intestin abdominal unique, replié sur lui-même, terminé par un orifice distinct. Ovaire compris dans une poche séparée et munie d’un oviductus.

Après avoir rendu la famille des Alcyons à des limites naturelles, je devrais, pour consolider le résultat de mes observations à son sujet, examiner par combien de points importans elle diffère des autres familles de Polypes ; mais cet examen exigerait l'emploi de plusieurs élémens que je ne puis encore réunir. Je me contenterai d'observer qu’elle est très-voisine des Botrylles : ce sont, si l’on veut, deux familles d’un même ordre. Elle est, au contraire, éloignée des ÆZcyonium exos, À.digitatum, 4. arboreum, et de tous les autres Alcyons arborescens à huit tentacules pinnés. Ceux-ci appartiennent à une famille

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