‹ Mémoires sur les animaux sans vertèbres (volume 3)Chapitre 60 sur 129 · RAPPORT · texte numérisé non relu

RAPPORT

A la Classe des Sciences de l'Institut, sur deux Mémoires relatifs à divers animaux COMmposes places jusqu'à présent parmi les Alcyons, et à d'autres animaux analogues.

« Vous nous avez chargés, M. de Lamarck et moi, » d'examiner un Mémoire de M. Savigny, intitulé : » Observations sur l’Alcyonium ficus , et sur quelques: » autres espèces d’Alcyons à six tentacules simples; » et le même naturaliste vous ayant présenté depuis un » deuxième Mémoire , intitulé : Observations sur l’ Al- » cyonium ascidioides et les autres. Alcyons à deux » oscules apparens, sur les Botrylles et sur les Pyro- » sommes , Vous nous les avez également renvoyées. Nous » ferons de ces deux Mémoires, traitant d’êtres ana- » logues, l’objet d’un seul rapport. Et comme les obser- » vations de M. S. sont de nature à faire époque dans » l’histoire des animaux composés, nous remonterons » plus haut, et nous réunirons sous un seul point de vue » les observations de ses prédécesseurs, où l’on aurait pu » trouver les premiers indices des idées qu’il expose et » développe avec plus d’étendue, en même temps qu'il » les appuie sur des faits plus détaillés et plus précis.

» Tous les naturalistes savent qu’un médecin de Mar- » seille, nommé Peysonel, qui avait voyagé dans Île

» Levant et en Barbarie, fut le premier qui avanta » nettement la nature animale du Corail et des autres » Laithophytes ; mais que son opinion ne commença à » prendre du crédit que lorsque le Genevois: Abraham » Trembley eut découvert la végétation du Polype à » bras, et que Bernard de Jussieu et Ellis eurent fait » voir de véritables Polypes dans un grand nombre de » Lithophytes et de Zoophytes de nos côtes. Depuis lors, » il parut naturel de supposer que tous les animaux » végétans, el portant sui un corps commun plusieurs » têtes, plusieurs parties mobiles indépendamment lune » de l’autre, étaient des Polypiers. Aussi est-ce là Fidte »-que-s’en sont faite à peu près tous les naturalistes, et »-qui est encore exprimée presque sans restriction dans » les meilleurs ouvrages ; et même lorsque Linné donne ».des Néréides pour animaux aux Tubipores, et des » Méduses aux Madrépores, il se trompe, et, pour ce » dernier genre, il cite à faux Ellis et Donati, qui n’ont »rien dit de semblable. Donati dit même tout le con- » traire. ne natur. de ne lab. V11, trad. » franç., pag.

» On a ae à ébue ütre, aux vrais Polypiers cer- » taines espèces d’animaux composés, dont la masse » générale est de substance charnue ou fibreuse, et que » l’on a appelé 4/cyons. Ceux que depuis long-temps » on connaît bien, tels. que l’Æ/cyonium exos et lA41- » cyonium digitaltum , sont en effet certainement des » êtres composés, dont les têtes sont des Polypes; on les » reconnaît aisément dans l’état de vie, et même dans. » les morceaux conservés par l'alcool, à leurs huit bras » ciliés, à leur ouverture simple, et aux autres circon=

Le

DES. ASCIDIXS COMPOSÉES. 6

» stances de leur orgamisation. Mais on s’est trop hâté

» de leur adjoindre d’autres êtres composés, qui ont bien. » en gros la même texture charnue dans ieur masse » immobile, mais dont les parties mobiles où, comme » l’on parle communément, les animaux particuliers »ont deux ouvertures chacun, et des tentacules, où » plutôt des rayons plus simples, plus courts et moins » nombreux. |

» Il paraît que la première espèce qui ait fait aper-, » cevoir une structure différente de celle qui estordinaire : » aux Polypes, est lÆ/cyonium Schlosser: de Pallas et » de Gmelin, ou ce que nous appelons aujourd’hui Bo- » tryllus d’après Gærtner. On pouvait déjà présumer . » cette différence d’après la description et les figures ua. » peu grossières de Schlosser ( Trans. phil. XLIX);5 » mais les observations délicates de Gærtner, rapportées » par Pallas ( Spicileg. X, 35), achevèrent de démon- » Lrer que chaque étoile de ce prétendu Polypier est, » non pas un seul Polype, mais un assemblage d’autant ». d'animaux qu’il y a de branches. Néanmoins Gærtner » ne fit point connaître l’organisation particulière de: ces. » animaux. a (

» Ce mème Gærtner, qui s'était beaucoup occupé de » zoologie avant de se consacrer entièrement à ce grand » et célébre ouvrage sur les fruits qui l’a immortalisé , » observa une autre prétendue espèce d’Alcyons, l41- »eyonium ascidioides de Pallas et de Gmelin ,. qui » recouvre les tiges de certains fucus comme une croûte, » et dont chaque papille a deux petites ouvertures. Cette- » circonstance ne Ini laissa pas de-doute que ce ne fût » encore là un être différent des autres Polypiers, et it

To 2° MÉMOIRE. SUITE

» proposa d'en faire un genre sous le nom de Distomus. » C’est aussi à Pallas que l’on doit la publication de cette » idée : mais la description de Gæriner ne présente rien » qui nous indique la structure mtime de son nouveau » genre.

» Cependant Ellis, de son côté (Corall., pl. XVII, » fig. b, B C'D), avait remarqué que les tentacules qui » entourent les bouches des animaux dans les Alcyons

» nesont pas toujours en même nombre. Il en représenta

» une espèce à six rayons, qu'il appela F'igue de mer ; » mais il ne poussa pas la comparaison plus loin. Le » peu d'anatomie qu’il donna fut très-grossier, et cette

» production fut enregistrée, comme les autres, parmi

» les Alcyons, sous le nom d’Æ4/cyonium ii

" » 'Fel se trouvait l’état des connaissances à l’époque » où Gmelin rédigea sa grande compilation. Pendant »les vingt-cinq années suivantes, on s’occupa peu de » examen des Zoophytes. Quelques zoologistes se bor- » nèrent à adopter le genre Botrylle, mais sans prendre » une plus ample connaissance de sa structure intérieure.

» L'un de nous fit de l’Æ/cyonium epipetrum un genre

.» particulier, qu’il appela 7’eretille. Les autres change-

» mens, s'il y en eût, se bornèrent de même à la nomen- » clature. |

» Dans ces derniers temps, MM. Péron et Le Sueur » firent connaître un genre nouveau très-remarquable,

» qu'ils appelèrent Pyrosome; maïs ils ne le considé-

» rèrent d’abord que comme un animal simple.

» En un mot, l’on peut dire qu'au commencement de

» l’année dépréiéél personne ne se dontait encore qu'il !

» y eût des animaux composés, dont chaque animal

DES ASCIDIES COMPOSÉES, ou >particulier jouit d’une organisation plus compliquée- » que celle des Zoophytes ordinaires; par exemple, que- » celle de lÆlcyonium exos , des Pennatules, etc.

» C’est depuis celte-époque seulement (a) que M. S. de » son côté, et MM. Desmarets et Le Sueur du:leur , ont » ouvert un. nouveau champ de recherches, en nous » faisant connaître de ces animaux beaucoup plus élevés. » dans l’échelle que ne le sont les Polypes, et que l’on. » pourrait même, à bon. droit, revendiquer pour la. » classe des Mellusques.

» M. S. en décrivant, pour le grand ouvrage sur: » l'Égyple, les Zoophytes qu’il avait recueillis dans la. » Méditerranée et dans la mer Rouge, fut frappé de- » cette complication d'organisation dans quelques pro- » ductions en forme de croûte gélatineuse, qu'il consi-- » dégait comme des Alcyons. Il remarqua que les petites. » bouches de ces êtres plus compliqués étaient toutes à » six rayons, et il crut pouvoir attribuer la: compli- » cation qu'il observait à toutes les espèces qui ont ce- » nombre-là, |

» En effet, elle se trouve plus ou moins dans les quatre » sorles qu'il a disséquées, et dont il nous a donné la » description dans son premier Mémoire. é

» La première sorte qu'il a supposée à peu près la » même que l’Ælcyonium ficus, lui offrit les petits. »animaux presque cylindriques, logés paralièlement: » les uns aux autres, et serrés dans autant de loges prà- » tiquées dans l'épaisseur de la croûte. Chaoun d’eux a.

. (a) Les dessins qui accompagnaient mon premier Mémoire ont été exécutés en 1810.

»une première cavité, que M. S. nomme 1horax;,

» dans laquelle donne la bouche, ou plutôt l'ouverture

» primitive etextérieure ;'et qui est marquée de vaisseaux » et de fibres musculaires, ou , comme s'exprime M.S., » de nervures longitudinales et transverses. M. S. a cru y » voir un sac ou une tunique intérieure , qu’il a nommée » ventricule thoracique ; il a supposé que la première » digestion s’y fait, attendu qu'il y a vu quelquefois de » petites Chevrettes ou autres animalcules qui avaient

» l’air d’y avoir été avalés. Au fond de cette première

» cavité est suspendu, par un petit canal, un autre sac » moindre, que M. S. nomme ventricule abdominal; vet qui est en effet l'estomac. Il est profondément di- » visé, et ainsi paraît former deux cellules latérales; mn » très-petit cœcum vient bientôt après; ensuite l'intestin, » après être un peu descendu, se recourbe, et va se » terminer vers le côté de la cavité thoracique, très-près » de l'entrée primitive. Dans l’intérieur du thorax. se

» voient, d'un côté, deux vaisseaux bruns parallèles ;

» aboutissant à un tubercule voisin de l’entrée; et à » extérieur, ce même thorax émet une petite produc- » tion qui communique dans la substance de enveloppe » générale où tous ces petits animaux sont logés. Enfin, » chacun de ces animaux particuliers est terminé par » un paquet de grains , que M.S. a considéré avec vrai- » semblance comme un ovaire. Q

» Une seconde sorte de ces prétendus Alcyons frappa » M. S., parce que les petits animaux sont ‘comme » groupés autour de certains sillons qui aboutissent à de » grands pores, dont la fonction semble être d’agiter » l'eau en l’aspirant et en l’expulsant par leur contac-

»iion; disposition qui marquait une analogie évidente »avec les Botrylles...... Ces animaux de la seconde: » sorte offraient en outre ce caractère, que leur thorax, » leur abdomen et leur ovaire étaient séparés par des » étranglemens, et que, l'enveloppe générale se moulant »sur ces inégalités, chaque individu ou animal parti- » culier avait l'air d'y occuper trois cellules. Nous ne » parlerons pas de différences plus minutieuses.

» Dans une troisième et dans une quatrième sortes qui » recouvrent des tiges de fucus, lovaire est rapproché » du ventricule abdominal; en sorte que la totalité de » l’animal occupe au plus deux cellules , et dans la der- » nière de ces sortes , l'ouverture où aboutit l’anus est » apparente à l'extérieur. Cette dernière circonstance fit » supposer à M.$. que, dans les trois premières espèces, vil y a aussi pour l’anus quelque orifice extérieur qu’il » n'avait pu découvrir, et qu'en conséquence tous, ces » animaux composés doivent se rapprocher beaucoup » des Distomes de Gærtner, et avoir ensuite, dans les » Botrylles du même naturaliste, leurs analogues les » plus prochains. |

» Ce premier Mémoire de M.S., lu le 6 février 1015, » était terminé par un tableau de nomenclature sur » lequel nous reviendrons. ;

» À cette époque, l’un de vos commissaires venait » précisément de faire et de vous communiquer des » recherches anatomiques sur les Ascidies. Les figures et » les descriptions de M. S. offrirent une ressemblance si » frappante avec ce qui venait d’être dit et montré sur » les Ascidies, que l’on put juger aussitôt que ces êtres, » pris pour des Alcyons et pour des Polypes, ne pou-

74 9° MÉMOIRE. SUITE » vaient que représenter très en pelit les mêmes combi- » naïsons d'organes qui s’observaient en grand dans les » Ascidies. L’Æscidia clavata Gmel., ou Vorticella » Bolteni de Lin., offre même une disposition tout- » à-fait pareille dans le groupement des viscères. Mais. » comment croire que des êtres aussi compliqués que: » des Ascidies, pussent jouir de cette communication »intime dont les seuls Polypes avaient jusqu'alors. » donné l'exemple ?

:» De nouvelles observations, que M. S. a consignées. » dans son second Mémoire, vinrent donner de ce fait » des preuves encore plus palpabies, parce qu’elles por- »térent sur des espèces aussi grandes que plusieurs. » Ascidies, et où tous les organes se distinguent sans. » aucune peine. La prernière surtout, qui avait élé rap- » portée 1l y a quelque temps de la Méditerranée par » M. Delaroche, jeune médecin trop 1ôt enlevé aux » sciences, forme un groupe orbiculaire de quelques. » pouces de diamètre, et a des animaux de plus de deux » pouces de longueur. Cette enveloppe cartilagineuse, » ou plutôt gélatineuse, parfaitement organisée comme: » celle de lAscidie mamelonnée ou de l’Ascidie intes- » Lmale, est libre par l'extrémité où sont les orifices, » qui tous deux sont facilement visibles : on distingue. » même une tunique intérieure musculaire , comme dans » les Ascidies. Le reste de l’enveloppe extérieure ou » gélatineuse est uni, avec ses semblables, en une seule. » masse commune à tous les animaux particuliers, et » qui sert de base à l’être total, tandis que l’ensemble » de ses parties proéminentes, disposées sur plusieurs. » cercles concentriques, représente assez bien une fleur

» double, et mieux encore une Actinie ou Anémone de » mer, surtout les extrémités saillantes des animaux » étant toutes d’un beau lilas.

» Dans les animaux particuliers de cette espèce, le » paquet abdominal, qui comprend aussi l'ovaire, est » uni au thorax par une partie longue et grèle ; en sorte » qu'il a l'air pédiculé , et que l’on peut dire que l'animal‘

» occupe comme deux loges dans la masse gélatineuse.

» On distingue un foie tapissant en dehors l'estomac, » le même ganglion nerveux que dans l’Ascidie, les » mêmes vaisseaux : seulement M. $S. n’a pu encore » reconnaître le cœur ; mais on sait maintenant, par » les recherches de l’un de nous, qu’il est trés-difficile à » voir dans plusieurs Ascidies, et que quelques-unes » paraissent même êlre entièrement privées de cette » dilatation musculaire, |

» Une autre sorte de prétendus Alcyons, rapportée » de la Nouvelle-Hollande par MM. Péron et Le Sueur, » et examinée par M. S., est en forme de longs cônes » gélatineux, portés chacun sur un pédicule cylindrique » et plus mince. La surface de ces branches est creusée » de cayilés ovales, dont chacune répond à un animal » particulier , et a son fond percé par les deux orifices » de cet animal. La cavité thoracique est ici très-courte, » le ventricule abdominal en est fort voisin , et les replis » de l’intestin s’en éloignent peu ; mais l'ovaire est grêle, » et ent au reste de l'animal par un filet qui occupe » presque toute la longueur de la masse commune et de » son pédicule cylindrique.

» Telles sont les six sortes d'animaux composés de la » famille des Ascidies qui ont été observés exclusivement

Y6 9f MÉMOIRE. SUITE » par M. S$., et dont il a constaté, avec une rare exae- » titude, l’organisation compliquée. Il en existe deux » autres sortes non moins remarquables, dont la struc- 4 » ture a été aussi examinée avec beaucoup de soin par » MM. Le Sueur et Desmarets, et dont M. S. a vérifié » analogie avec les siennes ; de façon que nous réunis- »sons, à leur égard, le triple témoignage de ces natu- » ralistes. | | | » L’uue de ces sortes est le Botryllus stellatus de » Gæriner, ou d’Æ/cyonium Schlosseri de Pallas, déjà » aperçu par Rondelet. Les animaux particuliers en sont » groupés circulairement autour de certains centres » creusés d’une cavité, ou prolongés en un tube com- » mun à tous les individus du mème cercle. Un des » orifices de chaque animal donne dans ce tube, et ré- » pond à l'anus : l’autre est à l'extrémité opposée ou vers: » la circonférence du cercle, et donne dans la cavité » thoracique. Tous deux manquent de tentacules, selon » M. S.: mais l'extérieur en aurait huit, selon MM. Des- » marets et Le Sueur. L'estomac et l'intestin sont vers » le fond de la cavité thoracique ; les ovaires, au nombre » de deux, sur les côtés; le ganglion, à sa place ordi- » naire.

» L'autre espèce est le Pyrosome. Cet être,‘que l’on » pourrait presque appêler merveilleux, tant il réunit » de propriélés étonnantes, a été découvert et décrit pour » la première fois par MM. Péroh et Le Sueur (nn. » du Mus., tom. 17). Il est commun dans l'Océan et À » dans la Méditerranée. La lueur phosphorique qu'il »répand est si vive, qu’elle peut se.comparer à celle ; » d’une bougie. Sa forme générale est: celle d’an long

DES ASCIDIES COMPOSÉES. m7

?-eylindre creux, de substance gélatineuse, arrondi et » fermé par un bout. et dont la surface extérieure serait » toute hérissée de pointes gélatineuses comme lui, sail- » lantes et inégales. Les observateurs que noùs venons » de citer le décrivirent d’abord comme si c’eût été un » animal simple de la classe des Polypes ; mais il paraît » qu'ils ont reconnu depuis sa composition , et vos com- » mussaires ont entre les mains un Mémoire Iu par » M. Le Sueur à la Société philomatique, où cet artiste » habile et zélé pour la science donne de grands détails » sur la structure des animaux particuliers de la réunion » desquels le Pyrosome est formé. L'un de nous, qui »s’était procuré un Pyrosome à Florence, et qui en » avait reçü d’autres de Nice par les soins de M. Rüisso, » en ayant remis un à M.S., celui-ci en a fait l’anatomie » avec son exactitude ordinaire. |

» Chacune des pointes extérieures du Pyrosome fait » partie de l'enveloppe d’un animal particulier. Une des » ouvertures, percée un peu au-dessous du sommet de la » pote, donne dans l’intérieur de la cavité thoracique, » et, par une circonstance propre au Pyrosome, la cavité » thoracique a son fond ouvert ; en sorte que l’eau peut » la traverser et sortir par une ouverture opposée à la » première, et qui est percée à la surface interne du tube » général. IL est possible que cette eau prenne alternati- . » vement les deux directions; ce qui expliquerait com- » ment M. Le Sueur ,ayant rempli d’eau le tube général, » a vu ce liquide s'échapper par les ouvertures extérieures » de toutes les poiutes appartenant aux animaux parti- » culiers. Quoi qu’il en soit, la cavité thoracique a des » parois garnies de vaisseaux treillissés, comme tous les

» autres animaux de cette famille; les gros vaisseaux ÿ

» sont disposés de même, ainsi que le ganglion nerveux.

» Dans le fond de cette cavité le plus voisin de la cavité » commune du tube général, s'ouvre le petit conduit » qui mène à l'estomac. [’intestin est court, et son » extrémité, où l'anus, regarde l’ouverture qui donne » dans l’intérieur du tube général ; ce qui complète » l’analogie avec les Botrylles. |

» On pourrait donc dire qu’un Pyrosome est com- » parable à un tube formé par un grand nombre de » cercles de Botrylles empilés les uns sur les autres. » Cela serait surtout vrai du Pyrosome élégant décrit » par M. Le Sueur (Nouv. Bull. des Sciences), où les » animaux particuliers sont disposés très-régulièrement » par anneaux, ou de la manière que les botanistes » nomment verticillée.

» Ce qui est le plus remarquable dans les animaux » particuliers du Pyrosome, c’est leur manière de se » propager. On trouve dans le fond de leur cavité abdo- » minale de petits germes où l’on distingue déjà trois ou » quatre petits animalcules réunis en anneau; de sorte » qu'ils paraissent déjà groupés dans le sein de leur » mère, et ne se montrent au Jour que dans cet assem- » blage, qui ne doit sans doute qu’augmenter par la » multiplication des individus.

» La Classe a pu remarquer que, dans le compte que » nous venons de lui rendre des intéressans travaux de » M. S., nous avons évité de nous servir de la nomen- » clature de ce naturaliste. | -

» En effet, il ne nous semble pas que les animaux » particuliers qu’il a si bien fait connaître doivent porter :

»le nom de Polypes, ni leur assemblage le nom de » Polypier. Depuis long-temps, le nom de Polype en » français, celui d’Æydra en latin, sont affectés aux » aimaux de nos eaux douces, dont T'rembley a fait » l'étonnante histoire, et à ceux des animaux des Zo0- » phytes , qui leur sont analogues par l'organisation ; » caractère qui assurément ne convient en aucune façon » à ceux que M.S. vient de décrire. Si l’on veut attribuer » à ces derniers un nom générique qui en donne une » idée juste, on ne peut guère employer que celui d’Æ4s- » cidie. 1] leur convient beaucoup mieux encore qu'aux » animaux des coquilles bivalves auxquels Pallas et Linné » le donnent. , |

» M. S. voudrait aussi réserver le nom d’Alcyons et » d’Alcyonées aux êtres composés de ces animaux voisins » des Ascidies; mais il faudrait l’ôter alors à l’Æ/cyonium » digitatum, à V AÆlcyonium exos, qui depuislongtemps » le possèdent, et sont beaucoup plus connus sous ce » nom que les nouvelles espèces dont M. S. vient de » faire l’histoire. Le nom de Distomus, donné à une » espèce analogue par Gæriner, peut fort bien être » conservé ; 1] nous paraît même devoir suffire, comme » nom générique, aux quatre premières espèces que nous » avons indiquées ci-dessus, et dont M.S. voudrait faire » des genres sous les noms d Æplidium, de Polychnum, » de Dideninum et d’Eucælium. Les deux espèces plus ÿ grandes qu’il établit aussi en genres, appelant, l’une » Diazona, et l'autre Sigillina , nous paraissent même » à peine devoir être distinguées des Distomes. Tous ces » animaux ont les mêmes parlies essentielles ; et si l’on » devait faire des genres d’après les diverses manières

80 2° MÉMOIRE. SUITE ‘» dont les intestins sont groupés, chaque espèce de »Méllusque prendrait presque un nom générique , ce » qui fatiguerait la mémoire outre mesure. 4

» Quant aux Boirylles et aux ‘Pyrosomes, comme »leurs animaux ont les orifices différemment situés , » comme ils sont disposés dans un ordre particulier et » fixe, on peut leur laisser leur nom générique ; encore »n’a-t-on de motif pour distinguer le Pyrosome du » Botrylle que parce que le premier est libre, -et le » second fixé; car on voit déjà dans le Botryllus con- » slomeratus plusieurs cercles d'animaux empilés, ce » qui conduit manifestement au caractère: du Pyro- » some. ÿ |

» Au reste, ces remarques n’ôtent absolument FER ee » mérite du or de M. S., mérite qui consiste à nous » avoir fait connaître un ordre tout nouveau d'animaux » composés, dont les individus particuliers ont une struc- » ture beaucoup plus compliquée que celle des Polypes, » et infiniment voisine de celle des Mollusques; et à nons » lavoir: fait connaître , d’une manière très-exacte, par » des descriptions bien détaillées et de bonnes figures, » ce qui était fort difficile, surtout pour les espèces que … » M. S. a eu d’abord à décrire, et qui étaient extrême » ment petiles. Lu

» MM. Le Sueur et Desmarets l'avaient prévenu par » rapport au Pyrosome et au Botrylle (a); mais il à » soin de leur rendre à cet égard la justicé ia leur » est due, |

(a) Voyez cependant l’article du Botrylle ci- ire page 4; note A ia

» Vos Commissaires ont vérifié, sur les objets mêmes, » une grande partie des observations de M. S.; ils croient » pouvoir en garantir l’exactitude en tout ce qu’elles ont » d’essentiel. Ils pensent que la Classe doit témoigner à » ce naturaliste ia satisfaction qu’elle a éprouvée de son » travail, et l’engager à l’étendre, comme il le promet, » aux autres sortes d'animaux composés, afin de déter- » miner jusqu’à quel point chacun d’eux se rapproche »ou s'éloigne de ceux qu’il a déjà décrits. Aucune » recherche ne peut êlre maintenant d’un plus grand

» intérêt pour la connaissance des animaux sans ver- » tèbres ».

Fait au palais de l’Institut , le 8 mai 1815.

Signé G. CUVIER.

DE LAMAR CK.

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