SUIVIES DE CONSIRPÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA CLASSE
C'esr en examinant des corps dont les attributs extérieurs étaient loin de rappeler ceux des Ascidies ordinaires que nous sommes parvenus à la découverte de l’ordre des Ascidies composées ou sociales (a). L'intérêt de cette découverte exige
(a) À proprement parler, ces Ascidies sont plutôt retrouvées que découvertes. Le genre Distomus , proposé par Gæriner il y a quarante-cinq ans, présentait la réunion déjà effectuée des Ascidies sociales aux Ascidies solitaires. Voici ce que Pallas dit à ce sujet : « Alcyonium ascidioïdes » seu Distomus variolosus Cærtneri nova indicat et per- » ficit affinitatis seriem inter Zoophyta-et T'estacea bival- » via, per Ascidia Basteri seu Priapos,quos Gærtnerus in » genere Distomos vocare amavit, quique sunt quasi Ei- » valvia testis exemta, branchiüsque lamellaceis orbata et » basi rupibus adnata». (Spicil. Zool., fasc. x, pag. 55.)
| 84 3° MÉMOIRE. DESCRIPTION ‘ que nous abandonnions momentanément la classe des Polypes.,, pour nous occuper des êtres plus compliqués qui font l’objet de ce troisième Mémoire. ;
Les Ascidies ont l’organisation variée et l’aspect uniforme. La configuration qui leur est affectée ne permet pas que les différences intérieures se manifestent au-dehors par des signes fort sensibles. Aussi les distinctions nécessaires à la parfaite connaissance des espèces sont-elles difficiles à tracer. Il ne me paraît cependant pas impossible de les diviser en plusieurs genres. Je vais essayer d’en établir quatre, et je ne doute pas que par la suite on n’en admette plusieurs autres.
Les genres que je propose sont fondés sur les
Ces observations sont de 1774. En 1793, M. Renier , naturaliste de Venise, a fait imprimer, dans les Opuscoli di Milano, tom. X FT, une longue lettre, dont le but prin-
cipal est d'établir l’affinité des Botrylles avec les Ascidies. Il est vrai qu'il ne leur suppose d’autres viscères qu'un tube courbé en siphon, et allant d’un orifice à l’autre ; c’est même ainsi qu’il les a représentés : mais il faut se rappeler qu’à l’époque où cet auteur écrivait, l’organisation intérieure des Ascidies était à peu près inconuue , et qu’au fond tous ces rapprochemens avaient leur principe dans des. analogies purement extérieures. Je suis arrivé à la vérité en suivant une autre voie; et le lecteur a pu remarquer que si l'existence des Ascidies sociales n’est pas encore reconnue
dans mon premier Mémoire , du moins y trouve-t-on tous \ les élémens nécessaires pour la démontrer. ie
considérations suivantes : Le test des Ascidies est coriace, ou il est gélatineux ; il est sessile, où il est pédiculé (a).
Je range parmi lies Ascidies à test coriace , celles. dont l’enveloppe extérieure est d’une substance sèche, peu ou point transparente, dure à entamer, doublée intérieurement d’une peau dense, qui souvent a les reflets de la nacreet:son opacité ; celles qui admettent dans l'épaisseur de leur enveloppe divers corps marins, et qui s’'incrustent de graviers, de coquillages, de lithophytes, de fucus, etc.; celles dont la surface, sans être ainsi incrustée , est profondément ridée, ou verru-
(a) M. Cuvier( Mém. du Mus.d hist. nat., tom. rr) di vise le genre des Ascidies en quatre tribus, dont les caractères sont pris dans la forme et les dimensions du sac branehial.
1°. Sac branchial plissé longitudinalement, descendan®& jusqu'au fond de la tunique propre sans s’y recourber. Æscidia microcosmus , A. papillata.
2°. Sac branchial non plissé, descendant jusqu’au ford de la tunique propre sans s’y recourber. Æscidia phusca.. 3°. Sac branchial descendant jusqu’au fond de la tunique propre , se recourbant ensuite, et remontant jusqu'au mi- Leu du corps. /scidia mamillata, 4. monachus.
4°. Sac branchial ne pénétrant pas jusqu'au fond de la tunique propre. Æscidia intestinalis, A. clavata.
Ces divisions sont très-simples , et disposées très-naturellement. Je ne m'en suis écarté que pour y ajouter quelques développemens , et donner une sorte de priorité aux caractères extérieurs, ;
queuse, papilleuse, scabre, épineuse, velue. Les espèces auxquelles Jattribue un test gélatineux se distinguent par des qualités contraires. Leur enveloppe est plus molle, plus tendre et plus facile à couper ; elle a la transparence de la gelée ou du cartilage. Elle est doublée d’une membrane mince et séreuse. Sa surface est unie ou simplement bosselée, le plus souvent glabre et polie. Enfin , il est rare qu’elle recoive dans sa substance erbrls corps étrangers.
Ces deux divisions présentent encore e les diffé rences suivantes. Les Ascidies à test cortace ont Vorifice branchial ouvert en quatre rayons ; anal de même, ou fendu transversalement. Les Ascidies a test Sante lorsqu’ elles sont pourvues de, rayons,en ontcommunémentdehuitàa neufaleur orifice branchial, et pas moins de six à l’orihice anal (a). af
Enfin, comme le nombre des rayons, dans les Ascidies contractées ou privées de vie, estsouvent difficile à déterminer, s’il restait de l’incertitude sur la place d’un individu quelconque, on la ferait cesser par une simple section du sac branchial ; car toutes les espèces que je considère comme des Ascidies à test coriace ont leurs
(&) La tunique adhère moins fortement aux orifices dans celte seconde division; la membrane veloutée qui double ces orifices a moins d'épaisseur et de solidité.
branchies divisées longitudinalement par des plis profonds, réguliers et permanens (a), et toutes celles que j’admets parmi les Ascidies à test sélatineux ont leurs branchies unies et sans aucun pli.
Chacune de ces divisions possède des espèces sessiles et des espèces pédiculées, avec cette différence néanmoins que, dans la première division, le pédicule naît du sommet du corps, et dans la seconde, de sa base; de sorte que chez les espèces de cette seconde division, le corps est véritablement supporté par le pédicule, tandis que chez celles de la premiére il y est plutôt suspendu.
Tels sont les résultats généraux des ohservations que j'ai pu faire sur les Ascidies de ma collection, et sur celles que M. Cuvier a bien voulu me communiquer.
Les Ascidies à £est coriace et pédiculé composent . le genre BoLTENIA.
Les Ascidies à fest coriace , sessile . . . . . . . le genre CYNTHIA.
Les Ascidies à £est géla- | tineux, sessile . . . . . . le genre PHALLUSIA.
Les Ascidies à fest géla- | | tineux , pédiculé . . . . . le genre CLAVELINA.
(a) Ces plis, suivant la remarque de M. Cuvier, «sont maintenus constans, quelles que soient d’ailleurs les di-
Genre BoLTENIA.
Exemple (a). BortenrA ovifera ( F'orticeila ovifera Linn. ).
Le corps est ovoïde, suspendu à un pédicule cylindrique très-grêle et très-long; tous deux couverts d'un poil ras, dur et serré. Les orilices extérieurs ou les oscules sont fendus en croix, peu proéminens, placés du même côté, l’un très- près du pédicule, et l’autre vers Vextrémité. opposée. C’est le premier qui répond à la cavité branchiale. Lentrée de cette cavité est garnie d’une rangée de filets tentaculaires divisés à leur bout. Je ne connais pas les plis des branchies; je sais seulement que les gros vaisseaux forment entre eux des mailles carrées, et que ces mailles sont interceptées par des vaisseaux longitudinaux très-fins, croisés eux-mêmes par deux vaisseaux transverses de moyenne grandeur. Le pharynx est au fond de la cavité, plus bas que lorifice anal. Il conduit à un estomac simple, et privé de foie, à ce qu’il
latations du sac branchial, par des ligamens et des vaisseaux sanguins qui traversent sur leurs bases et enveloppent ce sac comme autant de cerceaux ».
(&) Planches 1 et v.
DES ASCIDIES SIMPLES. 89 paraît. L’intestin monte jusqu’au pédicule, mais il n’y pénètre pas, et, redescend aussitôt parallèlement à lui-même; 1l se termine par un anus dentelé. Il y a deux ovaires très-inégaux ; le plus petit est du côté des intestins, entre l'estomac et le rectum, et le plus grand du côté opposé. Ils sont tous deux allongés, placés longitudinalement , et terminés par de courts oviducius, qui aboutissent, comme on le pense bien, à lorifice anal. Tous ces viscères sont enveloppés dans une tunique dont le sommet se prolonge, s’amincit, et remplit comme une moelle l’intérieur du pédicule. Les muscles dont elle est garnie sont détroites bandelettes, les unes longitudinales, se portant aux deux orifices ; les autres circulaires. Ces bandelettes se croisent à angles droits, et simulent ainsi un réseau branchial; mais le plus léger examen suffit pour dévoiler leur nature. L'insertion du pédicule se fait visiblement ici, non au milieu, mais sur le côté du sommet; et c’est ainsi qu'Édwards la représentée. On conçoit alors que le corps doit, par son poids, courber l’extrémité du pédicule, quand celui-ci s'élève verticalement, et se remettre ainsi dans sa position naturelle. Dans une autre espèce que Bolten a décrite, et que la distance qui existe entre ses ouvertures me fait rapporter à ce genre, le pédieule naît directèment du sommet, et ne parait pas disposé à perdre sa direction verticale.
* A ! j 4 4 s { Yelle que cette espèce est représentée, le fond
du sac branchial monte au lieu de descendre ; de sorte que l'animal est, à proprement parler, dans une situation renversée.
Genre CYNTHIA.
Plusieurs espèces de ce genre ne se distinguent du précédent que par le défaut de pédicule.
D'autres s’en éloignent encore par la présence d’un foie, d’autres par l’unité de lovaire, d’autres par l'interruption du tissu des branchies, etc. Elles doivent donc différer beaucoup entre elles. Le petit nombre de celles que j'ai examinées pourraient former quatre tribus, s1 Von avait égard aux variétés d'organisation que présentent les exemples suivans.
Premier exemple (a).
CynTHIA Momus , — microcosmus, — paniex, — Gangelion, — claudicans, — pupa.
Les oscules, plus ou moins tubuleux, s’épanouissent en quatre festons non frangés. L'entrée de la cavité branchiale est pourvue d’un cercle de filets tentaculaires composés, généralement pinnés ou sub-bipinnés. Cette cavité n’a pas
Be
k fa
ES ne
(a) Planches 1, 11, v, vi.
moins de douze plis flottans dans son intérieur , et quelquefois elle en a dix-huit trèscomplets , neuf de chaque côté, qui tous suivent parallèlement la courbure de la cavité, et vont aboutir à un petit espace lisse situé au-dessous du pharynx. Les gros vaisseaux longitudinaux sont les plus saillans de tous ; ils forment, avec les gros vaisseaux demi-circulaires, des mailles en carré long, que trois autres vaisseaux moins gros subdivisent en quatre mailles transverses : ces dernières sont interceptées par des vaisseaux longitudinaux extrêmement fins. Le pharynx conduit à un estomac pourvu ‘d’un foie verdàtre, grenu, ou feuilleté. Ce foie, qui adhère d’une manière intime à l’estomac, l'enveloppe en tout ou en partie, et y verse la bile par des trous distincts percés au fond de certaines cavités. L’intestin est peu glanduleux ; il forme une anse peu élevée, toujours écarlée du rectum, qui se termine par un anus découpé ou entier. Îl ÿ a au moins deux ovaires; ils sont attachés à la tunique, et appliqués contre le sac Eranchial , lun du côté des intestins, et l’autre
du côté opposé. Ces ovaires sont terminés par
de courts oviductus dirigés vers lorifice anal. Telle est l’organisation commune aux sept espèces indiquées ci-dessus, et que diversifient quelques caractères sujets à varier. 1°. Le nombre des plis de la cavité branchiale : on en compte
O2 9° MÉMOIRF. DESCRIPTION douze dans la Cynthia Gangelion, quatorze dans les C. microcosmus, pantex, pupa ; seize dans la C. papillata, dix-huit dans la C. Momus x enfin, dix-sept ou même dix- neuf dans la C. claudicans, qui les a toujours en nombre impair. 2°. La position du pharynx ; qui s'éloigne plus ou moins du fond de la cavité, ce qui peut beaucoup changer la proportion relative de ses plis. La C. Homus , où il est le plus élevé, a les plis postérieurs ou voisins des artères branchiales très-longs, et les plis voisins de la veine branchiale très-courts. 3°. La conformation de Lestomac, dont l’intérieur, ordinairement simple, est garni de plusieurs feuillets saillans dans la C. papillata. 4°. La disposition du foie, que les C. Momus, microcosmus , pantex et Gangelion ont divisé en deux masses, dont une est à gauche ja sac branchial, et comme hors de l'abdomen.
°, Le nombre, Ja Fan et la situation des ovaires. Du côté de bone , l'ovaire est ‘toujours unique, mais tantôt compris dans l’anse de Pintestin sans y adhérer, tantôt couché sur l'intestin, et adhérant au rectum. Ce dernier cas est celui des C. papillata, claudicans et pupa. La C. microcosmus'est la seule qui ait deux ovaires du côté gauche, et la C. papillata , la seule qui ait des deux côtés un ovaire recourbé, et terminé par un oviductus à chaque bout. Je ne liens pas compte ici de différences
DES ASCIDIES SIMPLES, | Q2 plus minutieuses qu’on trouvera d’ailleurs énumérées ci-après dans le tableau systématique
-des espèces.
Second exemple (a).
CyxTHIA Dione.
Cette espèce a les deux orifices extérieurs découpés en quatre lobes ; les filets tentaculaires branchus et comme bipinnés; quatorze plis flottans au sac branchial ; l’estomac enveloppé dans un foie canneléet verdâtre ; les ovairesau nombre de deux, un dans l’abdomen et contigu à l’in- : iestin , quoique non compris dans son anse; l’autre du côté opposé. Elle semble donc partager la conformation des précédentes, et devrait en effet leur être réunie, si elle ne présentait deux caractères par lesquels elle se distingue, nonseulement de ses congénères, mais encore dé toutes les Ascidies simples et composées qui me : sont connues. | |
Le premier consiste en de pelits filamens qui bordent les festons de ses oscules, et qui la font reconnaître pour l’espèce gravée dans Forskaol (£ab. xxrr11, fig. E), à laquelle on trouve ces singulières franges de filets. Le second , et le plus
- (a) Planche var, fig. 1. 7
94 5° MÉMOIRE. DESCRIPTION important de ces caractères, réside dans la disposition du tissu branchial, qui n’est pas continu sur les plis, mais interrompu à des distances égales , et de manière à dessiner une suite de festons très-réguliers. Chaque pli en a un second à sa base, qui n’est pas libre comme lui, et dont les points d’attache correspondent aux intervalles qui séparent les festons. La totalité des plis est ainsi de vingt-huit, quatorze de chaque côté; ils sont bordés par un égal nombre de grands vaisseaux longitudinaux. Les vaisseaux qui composent le tissu sont excessivement fins ; les transverses cependant moins déliés que les autres, moins serrés aussi, et s’accommodant très- bien par leur courbure à la circonscription des festons. Ce dernier point est . une légère exception à la loi qui veut que, dans cette famille, les vaisseaux des branchies s’unissent en formant des angles droits entre eux.
Cette espèce est encore remarquable par la dispositiondes fibres charnues desa tunique , dont les principaux trousseaux de chaque côté descendent des deux orifices en convergeant, etseterminent brusquement avant de s’atteindre; 1ls sont peu nombreux, courts, et épaissis par le bout. La Cynthia Momus présente une organisation musculaire assez analogue; mais dans les autres espèces de ce genre, les muscles circulaires des orifices se répètent concentriquement sur
tout le corps en se croisant. Les muscles lougitudinaux de ces mêmes orifices se prolongent aussi, et vont s'épanouir à la base; ils s’unissent avec les autres: et tous se serrent tellement dans les deux tribus suivantes, que la tunique ne présente plus qu’un tissu continu sans distinction de faisceaux. À la vérité, les espèces d’Ascidies dont la tunique intérieure est la plus musculeuse et la plus propre à lancer de longs
filets d’eau, appartiennent à ce genre.
Troisième exemple (a).
CyxTHIA Canopus, — polycarpa, — pomaria.
On trouve à ces espèces des orifices à quatre lobes non frangés ; des filets tentaculaires trèssimples ; des plis branchiaux au nombre de huit seulement , quatre de chaque côlé, à réseau continu; un estomac feuilleté iniérieurement, dépourvu de foie et de toute autre annexe à l'extérieur; enfin, un ou plusieurs ovaires sur chacun des côtés du corps.
L'organisation viscérale semble simplifiée; la cavité branchiale a moins de plis, et en outre des plis moins profonds; plus de filets tentaculaires divisés ; plus de foie : les glandes, renfer-
Lac
(a) Planches 11, vi et var.
mées dans l'épaisseur des parois intestinales,
peuvent y suppléer. L'intérieur de l'intestin est pourvu d’une côte cylindrique qui s'étend du
pylore à l'anus, et qui se montre ici pour la
première fois. |
La conformation du tubealiméentaire varie. La Cynthia Canopus a l'estomac très-grand, cylindrique, et un très-long rectum. Dans les C.
polycarpa et pomaria, Vestomac est très-petit, -
elliptique, et l'intestin très-court : il y a, de plus, un petit cœcum en avant du pylore. |
Les organes de la génération montrent des différences plus frappantes et plus difficiles à concevoir. Les ovaires de la C. Canopus sont en nombre limité, deux ou quatre au plus; ceux du côté droit contigus au rectum; tous terminés comme à l'ordinaire par des oviductus ou des canaux propres à l’émission des œufs. À en croire les apparences, les ovaires des C. polycarpa et pomaria seraient en nombre pour ainsi dire 1llimité, et n’auraient aucun oviductus. En effet,
parmi les organes que possèdent ces espèces, les
seuls qu’on puisse prendre pour des ovaires sont des corps hémisphériques ou coniques, adhérens à la tunique charnue, au nombre de plus de cinquante , et disposés sur huit rangs, qui correspondent à peu près aux huit plis du sac branchüal. Ils sont formés d’un amas de grains semblables aux œufs de quelques autres espèces,
très-serrés, et dont l’ensemble imite exactement une baie composée soutenue par un calice à cinq divisions. Ces ovaires, vrais ou faux, n’ont entre eux aucune communication visible, et paraissent ne posséder d’oviductus ni communs ni particuliers ; ils sont accompagnés à leur base de vésicules gélatineuses, transparentes, sub-pédiculées : l’état de vacuité leur donne à eux-mêmes cette apparence vésiculeuse. La Cynthia papillata, qui appartient à la première tribu, m'a offert aussi plusieurs rangées de vésicules gélatineuses, ridées, demi-transparentes, qui correspondent aux plis des branchies , et sont attachées à la base de leurs principaux ligamens , sur la tunique charnue (a). Ces vésicules, non moins isolées que les corps précédens, ont quelques vaisseaux sanguins , et paraissent organisées. On ne peut néanmoins les confondre avec les véritables ovaires , qui en sont ici très-distincts. Dans la C. microcosmus , les ovaires, dont la nature n’est pas douteuse, se composent de lobes gélatineux séparés comme les grains d’une grappe ; et après l'émission des œufs, ces lobes flétris deviennent difficiles à distinguer des vésicules ridées de la C. papillata. Je suis même porté à croire que ce sont les ovaires flétris du Microcosmus , que M. Cuvier, ne sachant quelle organisation leur attribuer, a pris pour des pro-
(a) Voyez planche vi, fig. 4, 2.
LR |
8 5° MK :
ü | ÉMOIRE. DESCRIPTION
visions de substance nutritive, comparables à la graisse des autres animaux (a).
, Quelles que soient les fonctions de ces diverses parties, on doit se garder de confondre des corps : si régulièrement organisés et disposés, avec cei-. taines excroissances spongieuses où charnues qui pullulent sans ordre sur les parois de la tunique, et jusque sur les intestins et les ovaires de quelques espèces. J’ai trouvé de semblables excroissances à une variété de la Cynthia claudicans , dont elles enveloppaient entièrement Pintestin ; j'en ai même trouvé à la C. Canopus, qui fait partie de cette troisième tribu, et je les ai fait dessiner (b). Au reste, toutes ces productions paraissent étrangères aux espèces de la quatrième tribu, et elles ne se représentent plus dans les genres suivans.
Quatrième exemple (c).
CynTHIA mytiligera, — solearis, — cinerea.
Les deux orifices sont plus ou moinssillonnés ; ils ne s’épanouissent néanmoins qu’en quatre festons, indiqués par quatre angles intérieurs. . Les filets tentaculaires sont tirès-simples; la
(a) Mém. précit., pag. 28. , (8) Voyez planche vu HE EL A0 (c) Planche vin. (
DES ASCIDIES SIMPLES. 99 cavité branchiale pourvue de huit plis, quelquefois très-superficiels; Île tissu respiratoire essentiellement conformécommedans la première tribu : l'estomac feuilleté au-dedans, sans aucun foie à l'extérieur; l'intestin petit, glanduleux, muni à l’intérieur d’une côte qui s'étend du pylore à l’anus. Tous ces caractères se trouvent déjà réunis dans les espèces de latroisième tribu, dont celles ci ne diffèrent en effet que par l’unité de l'ovaire, et sa situation dans l’anse intestinal qui l’embrasse exactement. C’est une différence de quelque valeur, parce qu’en séparant ces espèces à branchies peu plissées, et les isolant dans leur division, elle les rapproche en même temps de la division suivante, où lovaire est toujours unique et étroitement embrassé par l'intestin. |
Dans cette tribu, l'ovaire se présente sous la forme d’une poche membraneuse, qui fournit des points d’attache aux branchies, et qui se fixe elle-même à la tunique et au pourtour de lanse intestinale. Je n’y ai jamais apercu que quelques grains ronds et épars, assez semblables à d’autres grains qui tapissent la tunique et le dehors de l'intestin; mais ces derniers ne sont que de petites glandes généralement très-noires. Cette poche envoie un prolongement qui s’attache au rectum, mais si frisé, si irrégulier, si mince, que je n'ose le donner pour un oviductus.
Les espèces en question sont celles dont les viscères abdominaux tiennent le moins de place. Leur intestin est très-petit et très-maigre; le sac branchial est généralement d’un tissu ferme, fortifié par des ligamens fibreux très-compactes, et attaché à la tunique charnue par des brides ou des expansions prolongées de ces mêmes ligamens (a). On voit qu’en se contractant 1l pourrait se réduire à un petit volume , et laisser entre les côtés de la tunique et lui un assez grand espace, auquel l’orifice de l'anus ménagerait facilement quelque communication au-dehors. L'eau pénétrerait-elle ainsi dans cet intervalle, qui est souvent rempli de graviers assez gros, sans qu’il se manifeste aucune lésion au tissu des branchies (b)? Des observateurs si dignes de foi (c) ont vu les Ascidies lancer l’eau en deux jets séparés, qu’on ne peut guère douter que ce fluide ne soit quelquelois absorbé et rejeté par l’oscule intestinal.
(a) Le sac branchial des Ascidies n’adhère immédiatement à la tunique que par ses deux arêtes antérieure et postérieure. |
(d) On pourrait s’en assurer en injectant. quelque liquide par l'orifice anal ; essai que l’état des individus que je pos- . sède ne m’a pas permis de tenter.
(c) Diquemare, Bruguiere, Müller, Bosc, et plus anciennement Rondelet.
Genre PHALLUSIA.
On sait déjà que ce genre diffère des précédens par ses branchies non plissées et tendues. À ce premier caractère elles en joignent un second plus difficile à observer : c’est que les mailles de leur tissu sont pourvues à chaque angle de petites bourses ou papilles coniques, qui marquent la jonction des vaisseaux longitudinaux aux vaisseaux transverses. Ces mailles sont d’ailleurs interceptées, comme à Pordinaire, par d’autres vaisseaux longitudinaux très - déliés. Quant aux papilles, elles sont analogues aux filets qui bordent la veine branchiale dans beaucoup d’Ascidies, tant simples que composées, et qui indiquent aussi la réunion des vaisseaux transverses à cette veine.
Il semble d’ibord que ce genre ne puisse se subdiviser aussi facilement que le précédent : des filets tentaculaires toujours simples ; des branchies toujours tendues, et dont les mailles sont toujours essentiellement les mêmes ; un ovaire toujours unique; jamais de foie à l’estomac : cetteannexe ne doit plus reparaïtre, mais une côte intestinale qui s'étend toujours du py- Jore à l'anus. Il y a donc ici un grand fond d'uniformité ; mais ce fond est varié par des comibinaisons absolument étrangères aux deux pre-
miers genres, et qui permettent d'établir dans celui-ci trois tribus. naturelles très-distinctes : cest ce que je vais démontrer par autant d'exemples.
Premier exemple (a).
PHALLusrA sulcata, — nigra, — arabica, — turcica.
L’enveloppe de ees quatre espèces est deinicartilagineuse:, arrosée par des ramifications veineuses et artérielles irès-visibles. Ces pelits vaisseaux proviennent d’un double tronc qui sort de la partie moyenne et postérieure du corps. Le pharynx n'est pas situé précisément au fond du sac branchial, mais plus haut, vers son tiers ou son quart inférieur. Il conduit à un estomac horizontal et simple dans les trois premières espèces, mais vertical et garni de feuillets très-minces dans la Phallusia tureica. L’intestin est peu glanduleux ; il forme une anse plus élevée que dans le genre précédent, et plus inclinée sur le rectum. l'ovaire ne s’est trouvé visible et rempli d'œufs que sur la première espèce, Ph. sulcata : sa masse principale est comprise entre le rectum et l’anse intestinale, dans laquelle
(&) Planches 11, 5x et x,
son tube se plonge pour suivre le contour inférieur de l'intestin jusqu’à l'anus.
Au premier aperçu, la Phallusia turcica semble une espèce anomale dans cette tribu : son tissu branchial ne représente point un réseau dont les mailles seraient interceptées par des fils plus fins ; les vaisseaux longitudinaux y sont tous très-fins et très-égaux; mais les principaux d’entre eux n’en sont pas moins distingués des autres par la position des papilles; et 1l est certain que, dans la plupart des espèces, le diamètre apparent des vaisseaux est plus ou moins augmenté par les ligamens qui les fortüfent , ligamens qui sont 1c1 d’une transparence parfaite. À y bien regarder, cetie anomalie est donc à peu près nulle; mais 1l s’en trouve une plus. embarrassante dans la disposition des intestins.
En effet, c’est une règle générale parmi les Ascidies, que la cavité branchiale occupe le côté gauche, et la cavité abdominale le côté droit du corps(a). La Ph.tureica déroge incontestablement a cette loi : son tube alimentaire est sitné a gauche du sac branchial. Une autre règle est que lintestin, après s'être éloigné du pylore, se recourbe en devant pour s rapprocher du bord supérieur de l'estomac avant de se porter à l'anus. Dans la
(&) IL ne faut pas oublier que la “Éréite des Ascidies répond à la gauche des Bivalves.
din. À *
Phallusia turcica ,; Vintestin se courbe au contraire en arrière, et embrasse l’estomac pardessous avant de donner le rectum. Cette double singularité, observée sur une seule espèce et sur un seul individu, n'ayant paru suspecte, j'ai voulu rechercher si d’autres espèces ne présenteraient pasquelquefois des dérangemensaralogues, J'en ai, en effet, trouvé un dans la Cynthia Momus , qui est plus extraordinaire encore (a), et qu’il me paraît utile de noter ici. Le tube alimentaire était de même à gauche ; mais, par uneinterversion presque inexplicable, le pharynx avait quitté la base antérieure du sac branchtal, et s'était placé à son sommet postérieur ; l'intestin descendait jusqu’au fond de la tunique, se repliait en avant, et remontait parallèlement a lui-même pour se terminer vis-à-vis du pharynx ; de sorte que Fanus et le pharynx souvraient également sous Porifice branchial. Quant à l’orifice anal, 1l entrait dans les branchies, et leur procurait une seconde issue audehors. Cet individu avait des ovaires garnis d'œufs. Il paraissait néanmoins supporter cette organisation monstrueuse avec peine. Ses branchies, remplies de Crevettes , attestaient son état de faiblesse ; et ce même état na paru décélé dans la Ph. turcica par le grand nombre d’Entomostracés qui en peuplaient l’intérieur.
(a) Voyez planche vr, fig. 1. 3.
Une troisième différence, mais assez légère,
se remarque sur la tunique, dont les muscles
longitudinaux sont courts et terminés brusque-
ment dans la Phallusie en question, tandis qu'ils
se prolongent et s’épanouissent dans les trois autres.
Second exemple (a).
PHALLUSIA monachus, — mamillata.
Quelque variée que soit l’organisation des divers groupes d’Ascidies que nous avons examinés , ils se ressemblent tous par la forme générale du corps et les proportions relatives de ses parties principales. Ce corps est toujours droit ; la cavité branchiale descend jusqu’au bout de la tunique ; l'intestin n’est point sensiblement dépassé par le fond de cette cavité, et Jui-même 1l ne la dépasse point. Üne conformation si constante jusqu’ici disparaitra tout à coup; bientôt nous ne trouverons que des Ascidies dont les intestins s’éloignent du sac branchial, et dont l'abdomen abandonne pour ainsi dire le thorax. Mais avant de suivre cette voie qu’elle ne doit plus quitter, la nature semble se détourner brusquement et faire quelques pas en sens inverse. Les Ascidies de cette tribu n’ont pas seulement
(aY Planche x.
ed
106 3° MÉMOIRE. DESCRIPTION y
Je sac branchial de Ja longueur de labdomen ; il se prolonge au-delà en se recourbant en arrière, et semble forcer la tunique à se prêter à ee mouvement; 1l y force en quelque sorte l’abdomen lui-même, car l'estomac est réellement relevé et replié sur lanse de l'intestin.
L'enveloppe extérieure a la même consistance demi-cartilagineuse que nous lui avons vue dans la tribu précédente, et montre les mêmes ramifications vasculaires. Le corps qu’elle contient, parvenu à son fond , se recourbe à droite et en arrière pour remonter vers son milieu ; elle se moule sur ce repli, et, pénétrant dans lintervalle que les deux parties laissent entre elles, elle les maintient dans leùr position respective. Cest au-dessus de ce septum que lenveloppe reçoit du corps son principal vaisseau. La tunique a des trousseaux de fibres très-divisés. Le sac branchial a, comme on le pense bien, beaucoup d’étendue ; il est allongé, et se recourbe immédiatement au-dessous du pharynx : mais, comme l’entrée de la courbure est vaste, le pharynx ne laisse pas que d’être éloigné de la base de l'enveloppe; circonstance qui permet à lestomac de se tenir au-dessous dans une ligne absolument verticale. Cet estomac, retourné sur l'intestin, a pris une sitüation inverse de celle qu’il affecte communément, c’est-à-dire, que son bord antérieur et inférieur est devenu supérieur
DES ASCIDIES SIMPLES, 107 et postérieur. Quoi qu'il en soit, sa cavité est relevée de gros plis qui convergent, comme à l'ordinaire , du cardia au pylore ; il est trèsslanduleux, ainsi que tout l'intestin, dont l’anse est disposée comme dans la première tribu. Je
n'ai point trouvé d’ovaire; les petits grains dis- séminés dans la masse des viscères sont évidemment des glandes. M. Cuvier indique cependant le conduit excréteur de la génération; mais, en examinant la figure qu’il en a donnée, je crains qu'il n'ait pris pour tel, l'extrémité de la côte intestinale. Cette côte semble formée d’un paquet de petit tuyaux qui, partant du pylore, vont aboutir à l’anus, et s’y terminer par une sorte de pavillon frisé. Je passe aux Phallusies de la iroisième tribu.
Troisième exemple (a).
PHALLUSIA intestinalis.
C’est maintenant que l’abdomen des Ascidies
commence visiblement à descendre et à se séparer du thorax (b). Cette nouvelle et importante
(a) Planche x1, fig. 1.
(b) En un certain sens, l'abdomen ne descend pas ; il monte , et en voici la preuve. Une Ascidie , dans sa position naturelle, représente un Mollusque bivalve aussi dans sa
; e CE r È & | 4 A modification semble annoncer que la nature va passer des Ascidies simples aux Ascidies composées. On ne peut toutefois la considérer encore
que comme le lien organique qui unit ee genre M au suivant. |
L’enveloppe de la Phallusie intestinale est gélatineuse, transparente, cylindrique, et d’une forme qui indique qu’elle se prête à l'allongement des viscères. Elle n’a point de ramifications vasculaires visibles ; les vaisseaux incolores qu’elle reçoit lui viennent de la partie inférieure du corps. Son épiderme est légèrement velouté; les festons de ses orifices sont séparés par de gros points calleux, caractère dont on pourra tirer meilleur parti dans la suite, si on le trouve exclusivement propre à cette tribu. Les fibres longitudinales de la tunique descendent par
position naturelle, et ce dernier un Mollusque gastéro— pode , une Patelle, par exemple, la tête en bas, et dans une situation renversée, [Il résulte de là que les parties qui descendent relativement à l’Ascidie, montent relativement au Gastéropode. Ainsi une Ascidie dont les intestins et l'ovaire se sont prolongés au-dessous du thorax, ne peut plus être comparée qu'à un Gastéropode dont les viscères abdominaux se seraient déroulés en avant de la tête, et qui n'aurait conservé, dans la position habituelle de l’abdomen , que les branchies et anus.
Ceci complète , en quelque sorte , l’inversion des expres— sions que j'ai fait remarquer ci-devant, page 6, note.
faisceaux réguliers qui vont s'épanouir à sa base. La cavité branchiale est très-allongée, et le pharynx presque contigu à son fond, qui est ainsi facilement dépassé par l’abdomen. L’estomac, auquel conduit un court œsophage, descend obliquement en arrière; il est pourvu de quelques feuillets en dedans, et en dehors de. glandes assez saillantes : on observe de semblables glandes sur une portion de l'intestin. L’anse de celui-ci est un anneau qui remonte à peine Jus— qu'aux branchies, mais qui est immédiatement suivi d’un long rectum. La masse de l’ovaire est comprise dans l’anneau intestinal ; son fond s'attache à l’œsophage ; son tube monte avec le rectum , et le dépasse. Il est à remarquer que, dans cette espèce, le péritoine commence à prendre plus de consistance , et fournit une voüle membraneuse qui circonscrit et protége en dessus la cavité abdominale.
Genre CLAVELINA.
ÆExemple (a). CLAVFLINA borealis ( Æscidia clavata Cuy.).
Quoique le genre des Phallusies comprenne quelques espèces dont la masse des viscères se
(a) Planches 1 et x1, fig. 2,
EtTO 3° MÉMOIRE. DESCRIPTION
concentre entre le fond de la tunique et celui du sac branchial , ce dernier, très-allongé, leur sert encore de point d'appui, et l’on peut dire que toutes les Phallusies ont l’abdomen plus ou moins latéral. Il n’en est pas ainsi des Clavelines : leur sac branchial ou leur thorax est fort petit; leur abdomen est très-allongé et absolument inférieur; le pédicule qui le supporte le fait paraître encore plus long. Au reste, les proportions de.ce prolongement, qui n’est rempli que par une production muqueuse delatunique, peuventvarier ; et je pense qu’on doit considérer VAscidia lepadiformis de Müller comme une espèce de Claveline dont le pédicule est fort court.
L'existence du pédicule établit entre les Clavelines et les Boltenies une sorte de conformité extérieure qui tend à les faire confondre. Mais si
Pon fait attention au point d’où part ce support,
on trouvera bientôt que le caractère qui semblait rapprocher les deux genres est précisément celui qui les éloigne, et qui oblige de les placer aux deux bouts de la série des Ascidies simples.
Les véritables rapports des Clavelines sont avec les Phallusies. Néanmoins, aux différences
"1 Na UE
que l’on connaît s'ajoutent des considérations
moins importantes peut-être, mais dont la
réunion me semble justifier pleinement l’établissement du genre. L’orifice branchial paraît privé de rayons ; il est garni au - dedans de filets
disposés sur deux rangs bien séparés. Le réseau de la cavité n’a point de bourses ou papilles vasculaires ; il se compose de gros vaisseaux transverses unis par des vaisseaux longitudinaux très-fins et très-égaux. L’oœsophage est long et grêle ; il descend tout droit, et aboutit à un estomac perpendiculaire qui a quelques feuillets au-dedans, mais qui n’est pas glanduleux. On ne voit point ici cette côte cylindrique qui, dans les Phallusies, s'étend du pylore au bout du rectum. Toute la portion de l'intestin inférieure à l'estomac est remplie de petites glandes piriformes, qui ont la couleur jaunätre ou verdâtre des tubes hépatiques ; elles sont contenues dans l'épaisseur des parois intestinales, et ne font aucune saillie. Au sortir du pylore, Pintestin ne se relève pas pour former un anneau plus ou moins vertical ; il descend au contraire perpendiculairement jusqu’au pédicule, et ne se recourbe que pour remonter directement vers Janus en passant sur lestomac; exactement comme dans la plupart des Ascidies sociales, avec lesquelles celle-ci a, par les proportions et le groupement de ses viscères, des analogies que: M. Cuvier a très-bien remarquées.
La position de l’ovaire dans le repli de Pintestin, quoique semblable à celle que présente la Phallusie intestinale, ne vient point infirmer les conséquences précédentes, parce que cette
position est encore à peu près la même dans les
genres Diazona et Distoma, qui sont des Asci-
dies sociales.
On peut prévoir des rapports de la Claveline:
avec ces deux derniers genres, qu’en se bor-
nant à considérer l’organisation individuelle, 1l.
ne se présentera aucune distinction réelle entre les Ascidies simples et les Ascidies composées. Et en effet, plus on les compare entre elles,
plus les différences s’évanouissent. Hormis les. distinctions qui caractérisent les genres chacun
dans sa division, on peut dire que toutes les autres modifications leur sont communes (à); il
y en a même qui, après avoir disparu dans les.
unes, se montrent de nouveau dans les autres. Ainsi, les petites bourses papilliformes des bran-
chies du genre Phallusia reparaissent dans le genre Diazona ; les ovaires doubles et appliqués .
contre les branchies des Cynthies se retrouvent
dans les Botrylles ; la position très-relevée de :
l'abdomen, si complètement étrangère à la Claveline, revient jusqu’à un certain point dans ces mêmes Botrylles et dans les Eucélies : 1l y a
même de très-insignifians ou très-minutieux . détails d'organisation dont l'existence se soutient :
dans toute la série. Aussi les Botrylles, les Si-
(&) Les Abeilles solitaires ne ressemblent pas davanige aux Abeilles sociales, $
ET
GA
gillines et les autres Ascidies sociales dont nous connaissons les filets tentaculaires, les ont tou-
. jours montré de longueur inégale, les plus petits
séparant les plus grands, et alternant avec eux. La même combinaison se retrouve dans les Ascidies simples; et si elle n’y est pas toujours aussi régulière, on voit que cela tient à la multiplicité des filets qui en gène et contrarie plus ou moins le développement.
. Mais cette conformité dans les organes que nous avons examinés jusqu'ici, ne serait-elle qu'un masque commun sous lequel existeraient des natures réellement différentes ? Il est d’autres organes, en effet, que les zoologistes regardent comme plus essentiels, et dont l'absence, la présence ou certaines modifications décident, suivant eux, du mode d’existence accordé aux divers animaux. Le cœur a été trouvé dans les Ascidies simples : existe-t-1l dans les Ascidies composées ? Je puis répondre à cette question par Vaflirmative; mais, pour arriver à une démonsiration complète, 1l est nécessaire que j’examine la forme sous laquelle les Ascidies ordinaires présentent cet organe.
Dans toutes, le cœur est un renflement peu musculeux, oblong ou fusiforme, dont les deux extrémités opposées se prolongent en deux vaisseaux d’un diamètre presque égal au sien : un de ces vaisseaux reçoit, à ce qu’on croit, tout le
sang des branchies; il prend le nom de veinè pulmonaire. l’autre , beaucoup plus long, est l'aorte qui distribue le sang aux diverses parties du corps (a). Cet appareil est renfermé dans un “ double fourreau membraneux. | |
Dans toutes encore, le cœur est situé fort près de l’estomac. La veine pulmonaire se porte d’abord vers le cardia, tandis que l'aorte se di- « rige en sens contraire. Il y a ensuite des variétés ! qu’il importe de connaitre.
La Cynthie papilleuse (b) a le cœur placé horizontalement entre le fond de la tunique et le foie. La veine pulmonaire suit le bord inférieur et antérieur de l'estomac jusqu’au cardia, lieu où paraït toujours s'établir la communication de cette veine avec les branchies. L’aorte se recourbe d’abord brusquement, passe sous le cœur, revient sur elle-même, et monte quelque temps parallèlement aux artères branchiales avant de se diviser.
La Phallusie cannelée (c), première tribu,
(a) « L’Ascidie n’a, comme les Gastéropodes et les » Acéphales, qu'un ventricule gauche ou aortique, et il » n’y a point de ventricule sur la réunion de la veine- » cave et des artères pulmonaires ». Cuv. Mém. précit. PAag. 21. | (8) Planche vr, fig. 4.7, 4 2.
. (e) Planche 1x, fig. 2. 7.
= S db ”
a le cœur situé plus en avant, mais toujours horizontalement et sous le bord inférieur de l'estomac, que la veine pulmonaire remonte jusqu’à l’œsophage, tandis que l'aorte se porte immédiatement du côté opposé, en suivant les artères branchiales, qu’elle abandonne vers le milieu de leur longueur pour aller distribuer le sang à l'enveloppe. Dans tout ce trajet, elle est accompagnée d’un autre gros vaisseau qui rapporte ce sang au corps.
Dans la Phallusia monachus (a), seconde tribu , le cœur est situé un peu obliquement derrière le pylore. Comme l’estomac est retourné sur l'intestin , et que son bord inférieur est devenu supérieur, la veine pulmonaire se réfléchit pour suivre ce même bord jusqu’au cardia, Quant à l'aorte, elle monte, comme dans l'espèce précédente, parallèlement aux artères branchiales , dont elle ne s'éloigne que pour arroser l'enveloppe et d’autres parties.
Le cœur de la Phallusie intestinale (b), troisième tribu , diffère des précédens par sa direction ; il est situé presque perpendiculairement un peu au-dessus de l’estomac, à gauche, du côté opposé à l'ovaire. La veine pulmonaire contourne l'estomac pour parvenir à l’œsophage. L’aorte
(a) Planche x, fig. 2. 4, 2. 8.
(2) Planche x1, fig. 1. 2,1. 2.
#16 5° MÉMOIRE. DESCRIPTION s'élève d’abord, et forme, en revenant sur ellemême, une petite anse verticale qui dépasse un peu celle de lintestin; elle continue de des-
cendre, mais dans une direction opposée à celle
de la veine pulmonaire, et finit par se diviser en deux ou trois branches qui se rendent à Venveloppe et aux autres parties.
Le cœur de la Claveline boréale (4) est perpendiculaire comme le précédent , et situé de même du côté opposé à l'ovaire; mais la chute complète de l’anse intestinale la entraîné un peu au-dessous de lestomac. La veine pulmonaire s'élève vers le cardia ; l'aorte descend parallèlement à l'intestin, et se divise près de sa courbure. L'ensemble représente un gros vaisseau tout droit. ;
Voila les diverses positions que m’a fait voir le cœur des Ascidies proprement dites. Dicquemare, qui a observé cet organe dans PAscidie intestinale, sans toutefois le reconnaître, dit qu'il s’allonge et se raccourcit alternativement
avec beaucoup de vivacité (b). On ne peut donc
douter de sa nature et de ses fonctions. C’est, par conséquent, ce même organe qu’il s’agit de retrouver dans les Ascidies sociales.
Le genre Diazona en présente un tout sem-
(a) Planche x fig. 3. 4 (8) Journal de Physique, an. 1777, pag. 138.
1e Ÿ 2 % À Te x L À
blable (a). Il est, comme dans la Claveline, situé perpendiculairement au-dessous du pylore, du côté opposé à l’ovaire. La veine pulmonaire monte de même à la base de l’œsophage, L’aorte descend vers le fond de la tunique, puis elle se recourbe et s'élève en montant du côté du rectum : elle se divise néanmoins avant d’atteindre le pédicule de l'abdomen.
Je n’ai examiné le cœur que sur cette Ascidie composée ; la petitesse des autres m'a détourné d’une telle recherche; mais il ne serait pas plus raisonnable de leur contester cet organe que de balancer à accorder à tant de petits Mollusques céphalopodes ou gastéropodes dans lesquels on ne l’a pas observé, et où vraisemblablement on ne le cherchera jamais.
Ainsi les Ascidies sociales ont un cœur, un centre de circulation semblable à celui des Ascidies solitaires. Elles leur ressemblent encore par la place qu’occupe le centre principal des sensations. M. Cavier a fait voir que le gros ganglion des Ascidies ordinaires était placé entre les productions de la tunique, moins près cependant
de Vorifice branchial que de lanal (db). Il est
(a) Planche x11, fig. 1.2, 1. 4.
(B) « Ce ganglion, dit M. Cuvier, donne des branches » que l’on suit aisément, parmi lesquelles on en distingue, » dans les grandes espèces, deux qui se rendent à l’œso-
dé | 6 d'A * 4 j L] ” CAN
allongé, et donne à chaque bout deux branches qui envoient des rameaux aux viscères, mais dont les divisions principales se mr, trèsvisiblement aux deux orifices.
Pour expliquer cette distribution des filets nerveux, 1l faut se représenter que l’Ascidie, emprisonnée sous une écorce à peu près insensible et souvent incrustée de corps étrangers, n’a de communications et de sensations Se à l'extérieur que par les deux orifices. Il paraît | même que celui de l'anus, ordinairement plus! rapproché du ganglion, est le siége d’une sensibilité plus vive. Les mouvemens de dilatation et de contraction qu’il laisse apercevoir sont si souvent répétés, que Müller a cru qu’il était employé à prendre la nourriture, et que le supérieur servait uniquement à rejeter l’eau.
Les Ascidies sociales offrent la même organisation et les mêmes phénomènes. Jai parlé ailleurs de leur gros ganglion, et je ne reviendrai ‘pas sur ce sujet. Je me contenterai de remarquer que, quoique l'agrégation des enveloppes particulières soit complète et intime, la communauté
» phage et l'entourent d’un anneau. L’analogie ne permet
» pas de douter que cet anneau ne soit le cerveau. Le
» ganglion répond à celui qu’on trouve dans les Bivalves,
» entre les branchies ,-et vers l’origine du tube qui amène » l'eau ». Mém. précit., pag. 24. ‘11
des sensations semble n’exister que par les orifices de l'anus. On les voit tendre constamment à se rapprocher , à se mettre en contact; et quand ils parviennent à s'unir, on les voit se créer un centre nerveux, et produire par leur expansion un nouvel organe, qui est celui de la sensibilité et de la volonté générales (a). Le Botrylle, qui réunit toutes les conditions précédentes, jouit
(a) Si l’on irrite un oscule à la circonférence d’un système de Botrylle , cet oscule se contracte seul ; si on irrite le milieu de la cavité centrale du système, tous Les oscules se contractent à la fois. Conservé dans l’eau filtrée et épuisé par un long jeûne , l’animal élève davantage le limbe délicat qui entoure la cavité centrale ; 1l lui donne la forme d'une trompe conique , et cherche, en l’agitant, à exciter un tourbillon plus étendu ou plus rapide. S'il a pris et digéré de la nourriture, 1l retire à lui le Limbe tout entier ; les orifices intérieurs lancent alors les excrémens par petits grains avec tant de vivacité, qu'ils leur font dépasser la cavité centrale d’un seul jet. « Zrritato osculo externo » dactyli, illud unice contrahitur, immotis persisten- » tibus reliquis, sed irritata parte centrali stellæ, omnia » oscula simul clauduntur. In aqua marina jfiltrata » detentum , et longa inedia vexatum animal, sinsulæ » stellæ limbum centralem in conum apice pervium ( seu » infundibulum) e tenerrima et diuphana membrana > formatum erigit, fortioris sine dubio et amplioris vor- » ticrs excilandi gratià ; contra alvum deponens retrahit » limbum illum, ut vix ejus supersit vestigium, atque » {unc ex foramine interno dactylorum granulatæ fcæces
220 3° MÉMOIRE, DESCRIPTION | , au plus haut degré des prérogatives de Panimal composé. L’anatomie était en quelque sorte nécessaire pour dévoiler sa vraie nature; et l’on peut dire que, sans elle, les animaux dont se forme chaque étoile du Botrylle eussent toujours été considérés comme un seul animal (a).
On voit aussi que si un degré trop élevé dans Vorganisation s’oppose à la réunion matérielle de plusieurs individus en un seul être, un degré : moyen pourrait bien lui être favorable, puisque le système nerveux des Ascidies, loin de nuire aux facultés de l'animal composé par elles, lui À en procure d’imminentes qu’on chercherait peutêtre vainement dans les classes inférieures.
Le propre, l’essence des Ascidies composées réside donc dans la convergence et dans Punion |" plus ou moins directe des orifices de l'anus, union qui établit la réciprocité de certaines impressions
» tante vi exploduntur, ut ingenti saltu opposttum foveæ » marginem transiliant». GÆRIN. apud Par Spicil. | é Zool., fasc..x, pag. 38. | % (a) Pallas se faisait une idée singulière de ces étoiles ; 11 M les regardait comme des animaux pourvus de plusieurs 4 iètes, et qui en acquéraient tous les jours de nouvelles, M « Quis entm e Gærtnert observationibus non concludat, i » singularn hujus crustæ Zoophytæ stellam non unum » esse flosculum seu unicum caput, sed Polypum. quasi \ » nulticipilem , et subnascentibus continuo novis capi- ÿ » dibus pullulantem » ? Spicil. Zool., fase. x, pag. 35. |
Le
DES ASCIDIES SIMPLES. 125: et la société où la vie commune. Voïlà le caracière qui résulte de leurs qualités actuelles et positives. Quant à l’origine de ces qualités, il faut la chercher dans la composition même de l'œuf; car il est évident que le dépôt successi£ de plusieurs germes indépendans, quelque régulier et symétrique qu’on le suppose, ne produirait jamais que des groupes analogues à ceux de PAscidie rameuse ou de l’Ascidie lépadiforme, dont les individus s’attachent les uns aux autres | sans que ce rapprochement puisse établir entre eux aucune véritable liaison organique.
Nous avons déja prouvé l’existence de ces sermes composés, qui seuls excluent les suppositions qu’on pourrait faire à l’aide de germes simples. Je conviens que le nombre apparent des embryons particuliers est très-borné dans chaque œuf. Celui d’un Pyrosome, qui aura quelques milliers d'individus, n’en offre que quatre ; et je n'oserais assurer que ceux des Botrylles et des autres Ascidies sociales en montrent autant de bien distincts (a). Mais ne doit-on pas supposer que l'accroissement antérieur de ces fœtus visibles, est nécessaire à l’apparilion et aux premiers développemens des fœtus invisibles, qui profitent de leur nourriture, et qui, s’alimentant
(a) J'ai fait représenter l'œuf du Botrylle planche xxz, Bg. 1. "1
bientôt eux-mêmes , provoquent à leur tour, Vapparition de nouveaux embryons; de sorte + que Paccroissement de l'être total s'opère suc- | cessivement, mais dans une progression toujours | accélérée, et ne s'arrête qu’au dernier germe contenu dans l’œuf; car lenombre des embryons, quoique varié, n’est jamais infini : un système de Synoicum peut se composer de dix individus, mais non de cinquante; un système de Botrylle de trente individus , et non de cent; et quoique, dans certaines espèces de Pyrosomes, le nombre des individus paraisse s'élever à plusieurs milliers, ces grands assemblages ont des limites qu’ils ne dépassent point; circonstance qui concourt à prouver que l'accroissement ne se fait point par une addition indéfinie de nouveaux germes, mais par le développement gradué et successif des seuls germes contenus primitivement dans le même œuf.
Ce développement s'opère dans l’intérieur mème de l’être, entre les individus plus grands qui le composent, et souvent loin de la surface extérieure (a). On peut l’observer jusqu'à un certain point, et je ne doute pas qu'avec le temps on ne parvienne à en déterminer rigoureusement le mode pour chaque genre. Il suflira 1c1 de re- | marquer que ce mode doit varier en raison de la
(a) Voyez planche x1x, fig. 3. 3, et pl. xxnr, fig. 1, 40.
sa
forme du système, et qu'il ne peut être exactement le même pour celui du Botrylle, qui ne s'étend qu’en circonférence, et pour celui du Pyrosome , qui croit en circonférence et en hauteur. Cet accroissement en tout sens devient absolument inexplicable par la juxta-position, et achève de l’exclure, du moins pour les corps, qui, comme les Pyrosomes, sont formés d’un seul système.
Quant à ceux qui le sont de plusieurs, comme ces divers systèmes n’ont pas de centre commun; on peut supposer que des germes fortuitement rapprochés se sont confondus en un seul corps. Néanmoins, si l’on fait attention que les germes ne grossissent et ne sortent que quelque temps Pan après l'autre, et que, dans les corps en question, l’organisation est continue (a) et uniforme dans toute la masse, on sera porté à donner a ces agrégations plus compliquées la même or1gine qu’à celles qui le sont moins, et à croire que , s’il existe des œufs composés, il en existe aussi de surcomposés. |
(a) M. Renier observe que, lorsqu'on irrite très-vivement le bord de l'enveloppe gélatmeuse d’un Botrylle, le système voisin du point irrité ne se contracte pas seul, mais que tous kes autres auxquels l’impression se commu-
nique de proche en proche se contractent de même successivement.
194 3° MÉMOIRE. DESCRIPTION L’Ascidie sociale apporte donc, en naissant’, les propriétés qui la distinguent de lAscidie
solitaire; elle les possédait déjà dans l'œuf, et
je ne sais s'il peut en être autrement de tout animal véritablement composé. On doit supposer qu’il existe quelque chose d’analogue dans les Biphores, autres sortes d’Ascidies dont les assocliations forment de longues chaînes flottantes très-remarquables et très-nombreuses sur certaines mers. ET Désirant vériher sur la nature même les rap-
ports connus des Biphores avec les Ascidies, je
me suis adressé à M. Cuvier, qui m'a permis de disposer des nombreuses espèces de sa collection. Je me suis borné à examiner les Sa/pa octofora et cylindrica, dont la connaissance suffisait à mon objet (a).
Ce qui m'a d’abord frappé le plus, ce sont les quatre petits cordons mous et colorés de la cavité branchiale. Leur existence ne n'a pas surpris chez des êtres que M. Cuvier a placés si près des Ascidies (b). Ils y sont également renfermés dans un sillon dorsal, qui aboutit d’un côté à Pouverture par où entre l’eau, et de l’autre au fond
(a) Voyez la planche xxrv.
(8) Voyez le Mémoire sur les Salpa, Ænnal. du Mus. d'huist. nat., tom. 1r, pag. 360, et le Mémoire sur les Ascidies, ci-devant cité.
des branchies , non loin du pharynx. Leur aspect est le même que dans le Pyrosome, et rien ne porte à croire que leurs autres relations soient changées. Les observations qui suivent sont rédigées dans cette hypothèse.
1°. Les Biphores ont le corps déprimé. L’orifice branchial n’est ni tubuleux n1 rayonné. C’est une fente grande et transverse qui termine le corps par un bout, tandis que l’orifice anal, qui n’est pas moins grand, s’ouvre à l’autre bout, soit qu'il le termine, soit qu'il se fasse jour en dessous. Le premier n’a point de filets ni de membrane festonnée à l’intérieur, mais il est pourvu d’une valvule mince, formée par un repli de la lèvre supérieure ou dorsale; valvule dont l’objet est de forcer l’eau absorbée par cet orifice de s’écouler par Porifice opposé.
2°. La tunique intérieure est garnie de larges bandes musculaires , généralement transverses. Elle est unie de tous côtés à l'enveloppe extérieure , qui est mince, gélatineuse , d’une transparence parfaite, et qu’elle doit forcer d’obéir à ses mouvemens , mais dont elle paraït plus propre à faire varier le diamètre transversal que la longueur.
3°. Le sac des branchies adhère intimement à Ja tunique, ou plutôt se confond avec elle. Il est entièrement ouvert aux deux bouts. Son entrée, privée, comme je lai dit, de filets, ne se dis-
4 à. À Lu PAT, US
126 5° MÉMOIRE. DESCRIPTION tingue que par un petit cercle artériel. Son autre issue laisse au-dessus d’elle la cavité abdominale. Le tissu vasculaire ne s'étend pas sur les parois de ce sac; il n’occupe que le bord de deux replis ou feuillets longitudinaux d’inésale longueur. Le principal feuillet est opposé au sillon dorsal, et par conséquent obligé de traverser le diamètre de la cavité du sac d’avant en arrière et de bas en haut, pour arriver au pharynx : il n’est ainsi fixé que. par les extrémités. L'autre feuillet est si petit, que personne, je crois, ne l’a encore remarqué ; 1l s'étend de la base du précédent au sillon du dos. Il peut donc prendre le nom de branchie supérieure ou postérieure , et le plus grand celui de branchie inférieure ou antérieure ; dénominations qui ne pourraient convenir aux organes analogues de l’Ascidie qui tapissent les parois latérales de leur cavité. Quelque disproportionnées que soient les branchies des Biphores, elles sont symétriques relativement au corps entier dont elles occupent la ligne longitudinale moyenne, tandis que les branchies égales de l’Ascidie, symétriques relativement à leur cavité propre, ne le deviennent à l’égard du corps que lorsque l’abdomen descend au-dessous d'elles. EE
4°. La surface respiratoire est principalement composée de vaisseaux transverses. Il n’ÿ.en a qu'un seul rang de chaque côté des feuillets dans
la Salpa cylindrica ; mais dans la S. octoforail y en a plusieurs rangs, ce qui suppose l'existence de plusieurs vaisseaux longitudinaux, et rapproche ce tissu branchial de celui des Ascidies.
5°. La cavité abdominale, souvent très-circonscrite, est située en arrière des branchies, dans la partie supérieure du corps, c’est-à-dire, dans le dos et sur sa ligne moyenne, position déterminée par la seconde ouverture du sac branchial. Les intestins y sont ramassés en peloton. La bouche, percée entre les deux branchies, ne diffère en rien de celle des Ascidies : il en est de même de lextrémité du rectum, qui, dans les espèces dont il s’agit particuliérement , est libre et tournée directement vers l'orifice anal.
6°. Le cœur, logé dans un péricarde membraneux, s’observe derrière le fond du sac branchial , entre la tunique et l’intestin ; situation analogue à celle qu’il présente dans les Ascidies, et spécialement dans la Phallusia intestinalis.
7°. On n’aperçoit distinctement ni ganglion, ni filets nerveux; mais derrière un petit anneau vasculaire qui marque la naissance de la grande branchie, on voit très-bien le tubercule qui , dans les Ascidies, est contigu au gros ganglion. 11 a l’opacité et la couleur jaunâtre de celui des Pyrosomes.
Au résimé, Porganisation des Biphores, la
même pour le fond que celle des Ascidies, possède cependant en propre quelques points faciles à remarquer, tels que la direction opposée des ouvertures et la clôture de l’une d’elles par une valvule, l’adhérence de la tunique intérieure au sac extérieur, les deux issues de la cavité respiratoire, l'inégalité des branchies, la réduction du réseau branchiïal, etc. La plus importante de ces particularités ne paraît pas être lopposition des orifices que les Pyrosomes montrent
également ; je ne la vois même pas dans la singu-.
lière conformation des branchies : je croirais plutôt que l’adhérence complète de la tunique musculaire, ou de l'organe spécial du mouvement, à la tunique gélatineuse, a déterminé les autres modifications. En effet, l’enveloppe extérieure, obligée de se prêter au jeu des muscles dans l'inspiration et l'expiration de l'eau , devait être mince et délicate(a); etces premières qualités lui
en procuraient nécessairement une autre, que
(a) Quoique les Ascidies , en général , se renflent quand elles absorbent l’eau , s’affaissent , se rident quand elles la rejettent, les diverses circonstances où l’on trouve ces animaux prouvent que les mouvemens de l'enveloppe extérieure ne sont pas absolument nécessaires à ceux de la tunique charnue. On est obligé de penser que celle-ci peut se contracter seule , sans néanmoins pouvoir décider quelle est la substance qui s’interpose entre elle et l’enveloppe lorsque cette contraction a lier.
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ses relations plus intimes avec les viscères ne pouvaient que favoriser : je veux dire une sorte de sensibilité que le test plus compacte ou plus épais des Ascidies ne paraît pas avoir (a). Cette sensibilité du corps à la surface était incompatible avec la privalion totale de la locomotion. Comment imaginer des êtres exposés sans cesse aux impressions des agens extérieurs, et dans limpossibilité absolue d’en éviter aucune”? Les Biphores ont donc obtenu les moyens de changer de lieu; et l’on ne peut qu'admirer ceux qu'ils ont reçus d’une organisation si simple, et en apparence si peu propre à les fournir (b). De là sont venues la conformation , la situation des deux orifices, et vraisemblablement celles des branchies, qui, étendues sur les parois de la tunique intérieure, eussent supporté avec peine des contractions trop souvent répétées. Mais ce n’est pas sur les seuls individus , c’est encore
(a) Les Ascidies très-gélatineuses , comme l’Æscidia intestinalis , sont plus sensibles à l'extérieur que les autres ; mais elles jouissent de la faculté de faire rentrer et de mettre à couvert les parties proéminentes et délicates de leur enveloppe. Au reste, tout ce paragraphe suppose certaines restrictions ; si j'omets d'en noter quelques-unes , j'espère que le lecteur y suppléera.
(2) On sait qu'ils avancent en absorbant l’eau par l'ouverture branchiale, et la rejetant avec violence par
l'ouverture anale. Foyez Forskaol , Bosc, Péron , etc.
sur leurs agrégations que l’adhérence des deux | sortes de tuniques a exercé son inévitable in=
fluence. Les tuniques extérieures ne pouvaient plus se toucher par tous les points et confondre leur substance. Cette liaison générale des enveloppes, s’opposant à leurs mouvemens:particuliers, eût équivalu pour chacune à la plus grande rigidité, et eût de même arrêté tous les phénomènes de l'absorption et de l'expulsion de l’eau (a). Les agrégations des Biphores devaient
donc différer beaucoup de celles des Ascidies.
Aussi ces Mollusques ne tiennent-ils les uns aux autres que par quelques protubérances gélatineuses, disposées de manière à ne point gêner les mouvemens des muscles ; leur union n’est
même que temporaire. « À un certain âge, dit
» M. Péron, ces animaux se séparent; tous les » grands individus sont sohtaires ». Le même
voyageur pense que les chaînes de Biphores
viennent au jour toutes formées : il paraît, suivant d’autres, qu’elles sont constamment composées d'individus de même âge et de taille égale. Si ce dernier fait est exact, il prouve combien ces associations conservent peu d’ana-
(&) Pour admettre le contraire, il faudrait supposer
que, dans les Ascidies ‘intimement agrégées , les mouve=. mens individuels d'inspiration ou d'expiration sont par- 1 faitement simultanés et isochrones ; supposition à laque
les faits connus ne conduisent pas.
logie avec celles des Ascidies, dont les systèmes naissent tout formés, mais continuent de s’accroitre par l’apparition et le développement successif de nouveaux animaux, et se composent long-temps d'individus de toute grandeur. Ajoutez que la disposition symétrique des unes et celle des autres ne se ressemblent aucunement. Les Biphores, soit qu’ils s’étendent en chaîne, soit qu’ils se rassemblent en cercle, sont toujours placés dos à dos. En général , les chaînes sont composées de deux rangs d'individus tellement combinés, que chaque Biphore répond à deux autres du rang adossé au sien : ceux de tout un rang ont l’orifice … branchial tourné d’un côté de la chaîne; ceux de l’autre rang l’ont du côté opposé. Cet arransement suppose des moyens de communication que nous ne connaissons point, moyens quiexistent toutefois, si, comme les observateurs l’assurent, les mouvemens individuels sont si bien coordonnés Et chaîne de quelques centaines d'animaux n’en représente réellement qu'un.
Quelles que soient, au reste, les connexions de l'enveloppe extérieure avec les parties internes, sa nature, dans les Ascidies et les Biphores, reste la même. Elle est toujours souple, humide et distinctement organisée ; et c’est par ces qualités qu’elle continue de faciliter les agrégations singulières que nous avons cherché à faire
connaître. C’est en quoi elle diffère beaucoup de l'enveloppe des Conques ou Mollusques bivalves, dont le test pierreux, sans fluides ni vaisseaux apparens, semble exclure toute possibilité d’une pareille liaison organique. Remarquons, de plus, que la nature a donné à ces derniers Mollusques un, organe de la locomotion approprié à leur pesanteur, une sorte de pied mus-
culeux qui non-seulement manque aux Biphores :
et aux Ascidies, mais que leur organisation ne
comporte point. Son existence dans les Conques est, au contraire, favorisée par la division du test en deux valves mobiles, par l’ouverture du manteau, et la position symétrique des branchies aux deux côtés du corps, sur lequel il fait aisément saillie. Je ne parlerai pas des autres distinctions qui accompagnent celles-ci, et qui cependant marqueraient encore mieux la distance qui sépareles Bivalves des Ascidies et des Biphores; il me suffit d’avoir exposé les caractèresquirapprochent ces derniersanimaux, ceux qui les éloignent, et d’avoir montré que, si leur
commune stru ca reet leur commune propension .
à former des êtres composés exigent qu'on les réunisse dans une même classe, ils conservent
néanmoins encore assez de différent entre eux pour constituer dans cette petite, mais impor- " tante division des inverlébrés , deux ordres …
distincts.