‹ Mémoires sur les animaux sans vertèbresChapitre 12 sur 83 · MÉMOIRE. DESCRIPTION · texte numérisé non relu

MÉMOIRE. DESCRIPTION

bientôt eux-mêmes, provoquent à leur- tour l'apparilion de nouveaux embryons ; de sorte que l'accroissement de l'être total s'opère successivement, mais dans une progression toujours accélérée, et ne s'arrête qu'au dernier germe contenu dans l'œuf; car lenombre des embryons, quoique varié, n'est jamais infini : un système de Synoïcum peut se composer de dix individus , mais non de cinquante; un système de Bolrylle de trente individus , et non de cent; et quoique ^ 1 dans certaines espèces de Pyrosomes , le nombie des individus paraisse s'élever à plusieurs milliers , ces grands asseuiblages ont des limites ^ qu'ils ne dépassent j>oint; circonstance qui con- i court à prouver que l'accroissement ne se fait I point par une addition indéfinie de nouveaux germes, mais par le développement gradué et successif des seuls germes contenus primitivement dans le même œuf.

Ce développement s'opère dans l'intérieur même de l'être, entre les individus plus grands qui le composent, et souvent loin de la surface extérieure {a). On peut l'observer jusqu'à un certain point, et je ne doute pas qu'avec le temps on ne parvienne à en déterminer rigoureusement le mode pour chaque genre. Il suffira ici de rcjnarquer que ce mode doit varier en raison de la

[ci) Voyez planche xix , lig. 3. j , et pi. xxiii , fig. i . io.

DES ASCIDIES SniPIIS. lia

forme du système, et qu'il ne peut être exactement le même pour celui du Botrylle, qui ne s'étend qu'en circonférence, et pour celui du Pyrosome , qui croît en circonférence et en liauteur. Cet accroissement en tout sens devient absolument inexplicable par la juxta-posilioii, et achève de l'exclure , du moins pour les corps, qui, comme les Pyrosomes, sont formés d'un seul système.

Quant à ceux cjui le sont de plusieurs, comme ces divers systèmes n'ont pas de centre commun, on peut supposer que des germes fortuitement rapprochés se sont confondus en un seul corps. Néanmoins, si l'on fliit attention que les germes ne grossissent et ne sortent que quelque temps l'un après l'autre, et que, dans les corps en question, l'organisation est continue (a) et uniforme dans toute la masse , on sera porté à donner à ces agrégations plus compliquées la même origine qu'à celles qui le sont moins, et à croire que , s'il existe des oeufs composés, il en existe aussi de surcomposés.

(a) M. Renier observe que , lorsqu'on irrite très-vivement le bord de l'envelopjjc gélatineuse d'un Botrylle, le système voisin du point irrité ne se contracte pas seul , mais que tous les autres auxquels l'impression se communique de proche en proche se contractent de même successivement.

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L'Ascidie sociale apporte donc, en naissant, les propriétés qui la distinguent de l'Ascidie solitaire; elle les possédait déjà dans l'œuf, et je ne sais s'il peut en être autrement de tout animal véritablement composé. On doit supposer qu'il existe quelque chose d'analoifue dans les Biphores, autres sortes d'Ascidies dont les associations forment de longues chaînes flottantes très -remarquables et très- nombreuses sur certaines mers.

Désirant vérifier sur la nature même les rapports connus des Biphores avec les Ascidies, je ane suis adressé à M. Cuvier, qui m'a permis de disposer des nombreuses espèces de sa collection. Je me suis borné à examiner les Salpa octofora et cylindrica , dont la connaissance suffisait à mon objet {a).

Ce cjui m'a d'abord frappé le plus, ce sont les quatre petits cordons mous et colorés de la cavité branchiale. Leur existence ne m'a pas sju'pris chez des êtres que M. Cuvier a placés si près des Ascidies {h). Ils y sont également renfermés dans nn sillon dorsal, qui aboutit d'un côté à l'ouverture par où entre l'eau, et de l'autre au fond

{a) Voyez la planche xxiv.

{h) Voyez le Mémoire sur les Salpa, Annal, du Mus, d'hist. nat.^ tom. ir, pag. 36o, et le Mémoire sur les Ascidies, ci-devant cité.

des brancllics, non loin du pharynx. Leur aspect est le même que clans le Pyrosome, et rien ne porte a croire que leurs autres relations soient changées. Les observations qui suivent sont rédigées dans cette hypothèse.

{ i". Les Biphores ont le corps déprimé. L'orifice branchial n'est ni tubuleux ni rayonné. C'est une fente grande et transverse qui termine le corps par un bout , tandis que l'orifice anal, qui n'est pas moins grand , s'ouvre à l'autre bout , soit qu'il Je termine, soit qu'il se fiisse jour en dessous Le premier n'a point de filets ni de membrane festonnée à l'intérieur, mais il est pourvu d'une valvule mince, formée par un repli de la lèvre supérieure ou dorsale ; valvule dont l'objet est de forcer l'eau absorbée par cet orifice de s'écouler par l'orifice opposé.

1^. La tunique intérieure est garnie de larges bandes musculaires , généralement transverses. Elle est unie de tous côtés à l'enveloppe extérieure, qui est mince, gélatineuse , d'une transparence parfaite, et qu'elle doit forcer d'obéir à ses mouvemens , mais dont elle paraît plus propre à iaire varier le diamètre transversal que la longueur.

^ 3°. Le sac des branchies adhère intimement à la tunique, ou plutôt se confond avec elle. Il est entièrement ouvert aux deux bouts. Son entrée, privée, comme je l'ai dit, de fdcls, ne se dis-

IlG j'^ MiÎMOlRE. DliSCRlPTIOTT

tiiigue que par un petit cercle arlériel. Son autre issue laisse au-dessus d'elle la cavité abdominale. Le tissu vasculaire ne s'étend pas sur les parois de ce sac; il n'occupe que le bord de deux replis ou feuillets longitudinaux d'inégale longueur. Le principal feuillet est opposé au sillon dorsal, et par conséquent obligé de traverser le diamètre de la cavité du sac d'avant en arrière et de bas en haut j pour arriver au pharynx : il n'est ainsi fixé que par les extrémités. L'autre feuillet est si petit, que personne, je crois, ne l'a encore remarqué ; il s'étend de la base du précédent au sillon du dos. Il peut donc prendre le nom de branchie supérieure ou postérieure^ et le plus grand celui de branchie inférieure ou antérieure ; dénominations qui ne pourraient convenir aux organes analogues de l'Ascidie qui tapissent les parois latérales de leur cavité. Quelque dispro- ])ortionnées que soient les branchies des Biphores, elles sont symétriques relativement au corps entier dont elles occupent la ligne longitudinale moyenne , tandis que les branchies égales de l'Ascidie, symétriques relativement à leur cavité propre , ne le deviennent à l'égard du corps que lorsque l'abdomen descend au-dessous d'elles.

4°. La surface respiratoire est principalement composée de vaisseaux transverses. 11 n'y en a qu'un, seul rang de chaque côté des feuillets dans

l^JiS ASCIDILS SIMPLES, 1 2 -J

la Salpa cjUndrica, mais clans la S. octofora il y en a plusieurs rangs, ce qui suppose l'exislence de plusieurs vaisseaux longitudinaux, et rapproclie ce tissu branchial de celui des Ascidies.

5°. La cavité abdominale , souvent très-circonscrite , est située en arrière des branchies , dans la partie supérieure du corps , c'est-à-dire , dans le dos et sur sa ligne moyenile, position déterminée par la seconde ouverture du sac branchial. Les intestins y sont ramassés en peloton. La bouche, percée entre les deux branchies , ne diflere en rien de celle des Ascidies : il en est de même de l'extrémité du rectum , qui, dans les espèces dont il s'agit particulièrement , est libre et tournée directemeut vers l'orifice anal.

6^. Le cœur , logé dans un péricarde membraneux, s'observe derrière le fond du sac branchial , entre la tunique et l'intestin ; situation analogue à celle qu'il présente dans les Ascidies, et spécialement dans la Phallusia intestinalis .

7°, On n'aperçoit distinctement ni ganglion, ni filets nerveux; mais derrière un petit anneau vasculaire qui marque la naissance de la grande l)rancliie, on voit très- bien le tubercule qui, dans les Ascidies, est contigu au gros ganglion. Il a l'opacité et la couleur jaunâtre de celui des Pyrosomes.

Au ré.Humé, l'organisation des Blpliores, la

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même pour le fond que celle des Ascidies, possède cependant en propre quelques points faciles à remarquer, tels que la direction opposée des ouvertures et la clôture de l'une d'elles par une valvule, l'adhérence de la tunique intérieure au sac extérieur, les deux issues de la cavité respiratoire, l'inégalité des branchies, la réduction du résc'au branchial, etc. La plus importante de ces particularités ne paraît pas être l'opposition des oriilces que les Pyrosomes montrent également ; je ne la vois même pas dans la singulière conformation des brancliies : je croirais plutôt que l'adhérence complète de la tunique musculaire, ou de l'organe spécial du mouvement, à la tunique gélatineuse, a déterminé les autres modifications. En effet, l'enveloppe extérieure, obligée de se prêter au jeu des muscles dans l'inspiration et l'expiration de l'eau ^ devait être mince et délicate {a) ; et ces premières qualités lui en procuraient nécessairement une autre, que

{et) Quoiojue les Ascidies , en général , se renflent quand elles absoibent l'eau , s'affaissent ^ se rident quand elles la rejettent, les diverses circonstances où l'on trouve ces animaux prouvent que les mouvemens de l'enveloppe extérieure ne sont pas absolument nécessaires à ceux de la tunique charnue. On est obligé de penser que celle-ci peut se contracter seule, sans néanmoins pouvoir décider quelle est la substance qui s'interpose entre elle et l'enveloppe lorsque cette contraction a lieu.

ses relations plus inliiiies avec les viscères ne pouvaient que favoriser : je veux dire une sorte de sensibilité que le test plus compacte ou plus épais des Ascidies ne paraît pas avoir (a). Cette sensibilité du corps à la surface était incompatible avec la privation totale de la locomotion. Comment imaginer des êtres exposés sans cesse aux impressions des agens extérieurs, et dans l'impossibilité absolue d'en éviter aucune? Les Bipliores ont donc obtenu les moyens de changer de lieu; et l'on ne peut qu'admirer ceux qu'ils ont iTçus d'une organisation si simple , et en apparence si peu propre à les fournir [b). De là sont venues la conformation , la situation des deux orifices, et vraisemblablement celles des branchies, qui, étendues sur les parois de la tunique intérieure, eussent suppoiié avec peine des contractions trop souvent répétées. Mais ce n'est pas sur les seuls individus , c'est encore

(a) Les Ascidies très - gélatineuses , comme Yydscidia intestuialis , sont plus sensibles à l'extérieur que les autres ; inais elles jouissent de la faculté de faire rentrer et de mettre à couvert les parties proéminentes et délicates de leur enveloppe. Au reste , tout ce paragraphe suppose certaines restrictions ; si j'omets d'en noter quelques-unes, j'espère que le lecteur y suppléera.

{]}) On sait qu'ils avancent en absorbant l'eau par ( l'ouverture branchiale , et la rejetant aA ec violence par l'ouverture anale. Koyez Forskaol , Boîc, Péron , etc.

l3o 3* Ml'îVfOIP.E. T)i:SCRIPTIO.V

sur leurs agrégations que l'aclliérence des deux sortes de tuniques a exercé son inévitable influence. Les tuniques extérieures ne pouvaient plus se toucher par tons les points et confondre leur substance. Cette liaison générale des enveloppes, s'opposant à leurs mouvemens particuliers , eut équivalu pour chacune à la plus grande rigidité, et eût de même arrêté tous les phénomènes do Fabsorplion et de l'expulsion de l'eau (a). Les agrégations des Biphores devaient donc différer beaucoup de celles des Ascidies; Aussi ces Mollusques ne tiennent-ils les uns aux autres que par quelques protubérances gélatineuses, disposées de manière à ne point gêner les mouvemens des muscles ; leur union n'est même que temporaire. « A un certain Age, dit )) M. Pérou, ces animaux se séparent- tous les » grands individus sont solitaires ». Le même voyageur pense que les chaînes de Biphores viennent au jour toutes formées : il paraît , suivant d'autres , qu'elles sont constamment composées d'individus de même âge et de taille égale. Si ce dernier fait est exact , il prouve combien ces associations conservent peu d'ana-

(a) Pour admettre le contraire, il faudrait supposer que, dans les Ascidies intimement agrégées, les mouvemens individuels d'inspiration ou d'expiration sont parfaitement simultanés et isoclirones ; supposition à laquelle les faits connus ne conduisent pas.

logie avec celles des Ascidies , dont les systèmes naissent tout formés, mais continuent de s'accroitre par l'apparition et le développement successif de nouveaux animaux, et se composent long-temps d'individus de toute grandeur. Ajoutez que la disposition symétrique des unes et celle des autres ne se ressemblent aucunement. Les Biphores, soit qu'ils s'étendent en chaîne, soit qu'ils se rassemblent en cercle , sont toujours placés dos à dos. En général , les chaînes sont composées de deux rangs d'individus tellement combinés , que chaque Biphoie répond à deux autres du rang adossé au sien : ceux de tout un rang ont l'orifice branchial tourné d'un côté de la chaîne; ceux de l'autre rang l'ont du côté opposé. Cet arrangement suppose des moyens de communication que nous neconnaissons point, moyens qui existent toutefois , si , comme les observateurs l'assurent , les mouvemens individuels sont si bien coordonnés , qu'une chaîne de quelques centaines d'animaux n'en représente réellement qu'un.

Quelles que soient, au reste, les connexions de l'enveloppe extérieure avec les parties internes , sa nature , dans les Ascidies et les Biphores, reste la même. Elle est toujours souple, humide et distinctement organisée; et c'est par ces qualités qu'elle continue de faciliter les agrégations singulières que nous avons cherché à faira

iZl 3* MKi.T. DliSCRlPT. IM'ii ASCIDILS SIAÏ?>LES.

connaître. C'est en ijuoi elle diffèie beaucoup de l'enveloppe des Conques ou Mollusques bivalves, dont le test pierreux , sans fluides ni vaisseaux apparens, semble exclure toute possibilité d'une pareille liaison organique. Remarquons, de plus, que la nature a donné à ces derniers Mollusques un organe de la locomotion approprié à leur pesanteur, une sorte de pied musculeuxqui non-seulement manque aux Bipliores et aux Ascidies, mais que leur organisation ne comporte point. Son existence dans les Conques est, au contraire, favorisée par la division du test en deux valves mobiles , par l'ouverture du manteau , et la position symétrique des branchies aux deux côtés du corps, sur lequel il fait aisément saillie. Je ne parlerai pas des autres distinctions qui accompagnent celles-ci, et qui cependant marqueraient encore mieux la distance qui sépareles Bivalves des Ascidies et des ^ Biphores; il me suffit d'avoir exposé les caractères qui rapprochent ces derniers animaux , ceux qui les éloignent, et d'avoir montré que, si leui: commune structure et leur comnnnie propension à former des êtres composés exigent qu'on les réunisse dans une même classe, ils conservent néanmoins encore assez de différences entre eux pour constituer dans cette petite, mais importante division des invertébrés , deux ordres distincts.

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