‹ Mémoires sur les cent jours: en forme de lettresChapitre 29 sur 30 · NEUVIÈME NOTE · texte numérisé non relu

NEUVIÈME NOTE

Page 74. — ' a J'ai coDsidéré le gouvernement » des cent jours en tbéorie : je veux maintenant y> l'examiner en pratique. j>

En retraçant rapidement dans cette lettre les principaux actes du gouvernement des cent jours , j'ai oublie de parler d'une circonstance qui a serri de prétexte à beaucoup de déclamations contre ce gon* vemoment* Je veux parler des fédérations, et principalement de celle des faubourgs de la capitale , passée en revue par Bonaparte aux yeux des Pari* siens étonnés. Parmi les hommes qui se firent remarquer dans ces fédérations , il j en avait peut-être , mais en très petit nombre, dont les noms rappelaient de funestes journées , et pouvaient causer des craintes : cependant il n'y a pas un fait à citer à l'appui de ces craintes; et ces faubourgs, jadis si terribles , n'ont pas commis un seul désordre , ne se sont pas rendus coupables d'un seul excès.

S'il y a eu quelque chose à reprocher à la fédéra* tion parisienne , c'est son entière inefficacité -, mais Bonaparte, qui craignait le peuple, ne voulait pas qu'elle fût efficace. Il l'avait imaginée plutôt comme une espèce de moquerie de la classe dont il connais-

(177 ) fait la haitie, que comme une ressource sérieuse. Il avait dans l'esprit une gaieté ironique qui l'accompagnait même au sein du danger. Il s'amusait de Véi» pouvante imprimée par la moindre démonstration populaire à ces soutiens de la monarchie absolue , si courageux quand ils n'ont pas peur 5 il rîaît de les voir s'envoler comme une nuée d'oiseaux qui se dispersent, quand le monstre appelé peuple remue la paupière.

Quant aux fédérations provinciales, elles eurent un caractère beaucoup plus solennel que celle de Paris *, mais , loin de mériter le blilkme , elles ont des titres incontestables k la reconnaissance de tous les bons citoyens. J'ai entre les mains une notice assez étendue sur la fédératîonr bretonne, et Texirûit suivant me semble digne d'être mis sous les yeiA de mes lecteurs. C'est un membre de la fédération même qui m'a communiqué ce morceau, et il paut servir de docun^ent pour Tliistoire.

Notice rapide sur la fédération bretonne.

Fatigués du despotisme impérial, nous avions vu la cbute de Napoléon avec indifférence.

Nous n'avions été sensibles qu'aux efforts de notre brave armée , et à l'envabissement du territoire par les étrangers.

^^ Partie. ' la

Enfin le rai rentra , et nons conçJtiriefl de fiattenseé espérances. ^

On sait qne Fimpéritie de quelques ministres porta le mécontentement dans toutes les classes : l'armëe se crut mëpilsée, les possesseur^ de domaines nationaux conçurent de vives inquiétudes, les plébéiens* craignirent d'être sacrifiés à des privilèges qne ré* clamaient hautement quelquc&mêniîbres de l'ancienne noblesse ; un chouan fut envoyé a Rennes poMr distribuer àes distinctions à ceux qu'il avait commaRdés contre nous-mêmes

A l'arrivée de Napoléon , l'Europe en fureur arma contre la France. Nous étions menacés do deu± fléaux, la guerre extérieure et la guerre civile , cette guerre civile qui avait si cruellemeiit ravagé nos contrées.

Déjà des débarqueibcTis d'armes et dé munitions s'étaient effectués sur les côtes de la Bretagne et dtt Poitou.

Déjà des partis s'étaient montrés en armes sur plusieurs points, et le meurtre d'un vieillard respectable, égorgé à domicile, avait annoncé aux Bretons quel serait l'horriblo caractère de ces hps» tilités.

La ville de Nantes , située pour ainsi dire entre la Bretagne et la Vendée, avait tout à craindre des effets de la guerre civile. Plusieurs des habîtans pensèrent qu'il serait avantageux pour cette importante cité

( «79 ) ^e s'unir arec les villes voisines parmi pacte qui les obligerait à se porter, en cas de beeoin, des secours CQQtuels.

L'idée de cette association fut accueillie avec transport par la jeunesse nantaise.

. Deux adresses furent en consëquence rédigées , l'une à Napoléon, à qui noutf parl&mes le langage mâle de la vérité; l'autre à la jeunesse de Rennes , à cette brave jeunesse, qui, à tontes les époques, embrassa si généreusement la défense des idées libérales.

Les Rennois, à qui on avait annoncé les députés de Nantes, les attendaient avec impatience depuis plusieurs jours. Déjà même ils s'étaient réunis entre eux pour organiser une fédération, et ils s'en occupaient lorsque les députés de Nantes arrivèrent. Presque aussitôt arrivèrent aussi les députés des autres villes principales delà Bretagne, qtii voulaient concourir au pacte fédératif. Des commissaires furent ch'oisis pour en rédiger le projet. Plusieurs furent présentés : un seul fut admis.

Dans ce projet de pacte , on ne parlait d'aucun individu : le nom de Napoléon n'y figurait pas. C'était pour la patrie et pour le maintien de Tordre que la jeunesse bretonne était appelée aux armes. En un mot nçus paraissions dans ce projet tels que nous sommes, Français avant tout.

n allait Atre ainsi livré à l'impression , lorsqu'un

des priDcipauK fonctionnaires publics de la yille de Rennes, homme d'ailleurs distingue par son patriotisme et ses talens, nous donna le conseil de parler de l'empereur. « Le silence que vous observez à son » égard, nous dît-il , Tindisposera contre la fédéra- » tion , et il la brisera comme un verre. » Ce furent ses propres expressions.

Il nous Invita ensuite à lui laisser notre projet de pacte fédératif *, il nous le rendit le lendeinain tel qu'on Ta vu imprimé.

Peu d'articles éprouvèrent des modifications ; mais le préambule fut entièrement cbangé. Ce préambule déplut généralement aux commissaires de la fédératioR, qui ne se dissimulèrent pas qu'en l'adoptant c'était prendre la couleur d'un parti. Après bien des discussions, on le soumit à Tépreuve du scrutin. Il ne passa qu'à une très faible majorité, et ceux-là même qui votèrent en faveur du projet ainsi modifié , n'y furent déterminés que parla considération que le gouvernement d'alors ne souffrirait pas une association qui paraîtrait s'isoler de Napoléon.

En effet , déjà la fédération lui avait été signalée comme une faction révolutionnaire *, et voici à cet égard une aijecdote qui mérite d'être connue.

Un homme attaché à Napoléon était chez lut •quand on vint lui dénoncer la fédération bretonne. Il parut très irrité, et menaça les Bretons de son ressentiment. Peu d'heures après on lui porta le pacte

( iSi ) ftdëratif ; il le lut avec aUenUon , et di( en le ren* dant au porteur ; « Ce n'est pas bon pour moi -, mais » c'est bon pour la France. »

Reportons-nous à Bennes.

Le pacte fe'dcratif ainsi adopté fut aussitôt couvert de plus de i5oo signatures. Chaque jour augmentait considérablement le nombre des fédérés. De tous les points de la Bretagne arrivait au bureau central une Toule d^adliésions ; des maires de communes rurales venaient se faire inscrire à la tête de leurs ad*ministrés. Dans ïes villes et dans une multitude dn bourgs, des registres furent ouverts et signés par tous ceux qui avaient horreur de la guerre civile et des étrangers. Les autres provinces se fédéraient U l'exemple de la Bretagne , et correspondaient avec les bureaux de Nantes et de Rennes : tout enfin promet-^ tait à la fédération un succès complet. Une jeunesse aussi nombreuse et plus aguerrie que celle de 178^ allait se lever pour la défense die la patrie.

Mais divers symptônies annonçaient que les leçons du malheur avaient été perdues pour Napoléon ^ et que lui-même n*avait rien appris ni rien oublié.

On parla de déchirer l'acte fédératif , et peut-être on eût exécuté cette résolution sans les réflexions de Tun des principaux membres de la fédération , connu par sa courageuse opposition aux actes de Naf^ poléon » dans le temps de sa prospérité.

c Sans, doute y nous dît*il, Bonaparte n'a pas

9 changé î mais avons-nous maintenant la liberté du » choix? Nous sommes iplacés entre les armées étran- » gères et la nôtre. Celle - ci se compose de nos » amis , de nos^firères et de nos «nfans* Il faut les • abandonner ou les secourir. »

Ces raisons prévalurent : la France , menacée d'une invasion étrangère et d'une guerre civile , retint seule les fédérés. «

Fidèles à l'engagement de se secourir au besoin , les fédérés marchaient au premier signal sur les points où leur présence pouvait être nécessaire. Sur la nouvelle que les Vendéens et les bandes de la Bretagne méditaient une attaque combinée contre la ville de Nantes j les Rennois y envoyèrent une partie de l'élite de leur jeunesse.

Xes habitans de Paimbœuf conçurent des inquié* tudes sur un mouvement qu'on annonçait devoir s'opjérer dam^ la Vendée i un détachemenc de fédérés nantais vola à leur secours. Dans toutes les re^* contres qui ont eu lieu, les fédérés ont montré qu'ils étaient dignes de combattre dans les rangs de la vieille armée.

Enfin, sous une constiration libérale» la fédération eût fourni, pour la défense du territoire finançais , des bsasiilons aussi formidables par leur nombre que par te patriotisme qui les animait. En Bretagne, elle eût plutf que suffi pour maintenir la trani^uilUté de cette province ,. puisqu'on y comptait plus

de ^Oyooo fédérés en étut de porter les jrmes. Cettç force, habilement répartie et dirigée^ aurait aisé- JXiifSXKt réprimé quelques troupes de paysans , que leurs chefs n'arrachaient que par la violence à leurs paisibles travaux , et dont la plupart s'enfuyaient au premier feu.

Napoléon succomba pour la seconde fpis. Sa deruièrje abdication n'eut aucune influence sur la fédération, dont les membres , ne voyant d'un côté que l'éjtranger, de l'autre que la France , restèr^snt attachés ^u fantôme de gouvernement qui paraissait yjP]u|oir s'opposer à l'invasion.

JLa marche rapide des évènemens annonça bientôt nn aujtxe ^rdre de choses. Le roi revint , et les fédérés rentrèrent sans résistance dans la classe de simples particuliers.

Pepuis, ils ont supporté avec calme les injures, les pAtra^cs et les persécutions d'hommes qui i^'aurj^ient pas osé les attaquer en face^ mais qui ont réclamé aux yeux du gouvernement le triste mérite de tous Içs. excès de l'exagération.

On s'est efforcé de faire prendre à l'opinion publique le change sur les véritables principes de la > masse des fédérés .

La fédération n'était point tme faction révolutionnaire : une multitude de ses membres a eu à rer gretter ses parens^ victimes du régime de 1798. Les fédérés n'étaient point d^s esclaves dévoués k Napo-

lépn : de toutes les villes du royaume, fl n'en est peut - être pas une seule qui ait marqué autant d'opposition que la ville de Rennes. La fédération n'était point un rassemblement de prolétaires -, elle était composée de l'élite de toutes les classes , des principaux propriétaires, négocians et magistrats.

Le choix seul du président de la fédération bretonne prouve assez quel était le caraclcre de cette association. Celui dont le courageux dévouement força Carrier à ne pas ensanglanter les bords de la Yillaine comme il ensanglanta les bords de la Loire, c«lui qui résista avec énergie à l'usurpaiîon du. général Bonaparte , n'eût jamais accepté d'être le chef ni d'une faction anarchiste ni des satellites de la tj« ranniCà

<t Je signe le pacte fédératif, disait l'un des négo- » cians les plus riches et les plus distingués de la » Bretagne , parce que je le crois propre h nous pré- » server des étrangers, de la guerre civile, et du des- 9 potisme de Tempereur. »

En eflet , les fédérée bretons chérissent le gouvernement constitutionnel ; et le prince qui en maintiendra strictement les principes , pourra les compter au nombre de ses plus zélés défenseurs.

DIXIME NOTE.

i Page loo. — c( Ils ( les hommes des cent jours ) y> n'ont voulu que l'indépendance de leur patrie; 3> en essayant d'une nîain de repousser l'étranger, y> ils ont de l'autre essayé d^encliaîner le despo- 5D tisme. »

Le rapprocliement contenu dans ces deux der* nières leitres , entre les mesures des cent jours et celles qui ont eu lieu durant le reste de Tannée 18 iS, serait susceptible de beaucoup plus de développemens-, et aujourd'hui que le parti qui avait présida à ces mesures, paraît triompher, j'ai quelque pelue à me refuser cette satis&ction innocente.

Je me bornerai toutefois à des questions en petit nombre. **

A-t-on vu, durant les cent jours, les défenses des accusés étouffées ?

A-t-on vu les juges interrompant les défenseurs et les forçant au silence ?

A-t-on va les agen's da gouvernement des cent jours s'arroger le droit de prononcer des peines sans jugement, et puiUr sur les innocens les délits dont ils ignoraient les auteurs yérîtabîes? J'ai parlé de larrélé d*un lieutenant de police dans les départemens de Touest, arrêté aussitôt cassé que pris, et c'était au

milieu de la guerre civile. Qu'on lise Tarticle suivant, écrit en pleine paix, lorsque tout péril avait disparu, et que toute malveillance était impuissante. « Des

p placards séditieux ont été affichésà Le

9 préfet a mandé un des individus les plus mar- » quans dans la classe de ceux qui sont signalés par 39 leurs jpauvais principes: usant du pouvoir discré- » tionnaire qui lui est dévolu , il lui a enjoint de » quitter la ville dans les vingt-quatre heures , et il a » donné la plim grande puJUicùé à ^a ifolontépro- » noncée de punir les auteurs inconnus des délits » contre V ordre public, en la personne des individus » présumés les chefs des malveillans, v ( Quotidienne du i4 Biars i8i6. )

A«*t*on vu , durant les cent jours, des citoyens pris au hasard, quelques<^ns dans les rangs le3 plus obscurs, etiiuscrits à la hâte sur.des listes de bannissement?. Une liste de treize personnes a été fidte par Bonaparte : ce fut un grand mal, un a,c te arbitraire, contraire^àtoii^les principes, violateur de toutes, les lois; mais cette liste ne coxpprenait que des hommes activement >ttaehés au gouvernement contraire k celui de Napoléoii. A Dieu ne plaise que ceci jsoit une excuse ! c'est un point de comparaison. Plus tard, deux listes bien plus cpnsidérablçs ont été dresisées :«llj& attei^aiçut des honvnves qui n'avaient aucune relation aviec le pouvoir renversé à Waterloo ; elles .ir^ppi^iwt , dans le noml^, d«s individus ignorés, priosque. sans influence, sans

. ( «87 ) moyens de nuire ^ et il a fallu ^e le gonvemement lai-méme prit pins d'nn détour pour en atténuer les effets ^ et «eux qui ayaienr. provoqué ces listes se plaignent encore aujourd'hui de cesadoucisseniiensy toujours combattus et retardés pa; eux.

Ils ont, à la vérité, voulu rejeter la confection de ces listes sur le ministère de i8i5, et sans doute •ce ministère en a la responsabilité légale ; mais la responsabilité morale pèse sur ceux qui les ont exigées avec fureur. Les hommes qui dominaient durant les six derniers mois de i8i5, ont réclamé d'abord ces listes comme une mesiMre purement comminatoire ^ ils en ont ensuite commandé l'ex^ cution rigoureuse. Ils se sont i/rrités de ce que M. de Talleyrand ne partageait pas leur violence, et de ce que le duc d'Otrante montrait un regret stérile de persécuter d'anciens amis. Il est arrivé ati ministère d'alors ce qui arrive toujours à Tautorité qui croit désarmer un parti en lui obéissant , elle l'enhardit et ne le disarme pas.

A-t-on vu, durant les cent jours , des enfians de moins de quinze ans dénoncés pour délits politiques, comme méritaint tov.te la. sévérité des lois ? ( Vçiytm le Journal do Paris du i3 décembre 18 1 5. )

A-t~on vu 1^ classe laborieuse perpétuellement poursuivie pour des causes de même g^nre, et condamnée à des .détientions et i des amendes ruiMeu^es? ( J^qy^m tons les joi^manx depuis le mois de no-

( i8« ) ▼embre 181 5 jusqu'au 5 septembre 1816, et notam^ ment le Journal de Paris du 18 avril. )

A-t-on TU la pitié proscrite jusque dans ce sexe faible , dont cette vertu est l'attribut le plus naturel et le plus précieux? (Journal de Paris du 20 mars 1816.)

A-t-on TU des avocats refuser leur ministère à des accusés, et, lorsqu'il leur était ordonné de les dé*fendre d'office, devenir presque leurs accusateurs? ( j^o^cjs les jotimaux du mois d'octobre 1 8 r5. )

A*t-on vu enfin , durant les cent jours , les alentours de Bonaparte ne s'inquiéter que de sa douceur et ne découvrir de dangers que dans sa clémence 7 Au contraire, si nous portons nos regards h la fin de la même année , nous ne voyons que soif de sang et besoin de tengçance. Lors du jugement de La Bédojèrc, quelle férocité jusque dans les femmes ! Les mots qu'elles ont trouvés possibles à prononcer me sont impossibles à écrire ; mais les salons n'ont plus rien à reprocher aux clubs, ni l'élégance de 181 5 aux fu»reurs démagogiques de 1798 (1)..

Distfns-le franchement ;. disons-le surtout aujourdliui , rien dans les cent jours ne ressemble aux excès auxquels une fat;tion «'est livrée quelques

(1) Je ne croyais pas, en rappelant ces souvenirs du passé /pour l'instruction du présent, que l'époque actuelle fournirait aussi son contingent de fureur et de bassesse ; mais je lis le Journal des Débats du 3 juillet i8d9 , et j«

•mois plus tard \ et, par ces excès, elle a g&té pour la France des circonstances qui , à côté de ce qu'elles avaient de triste , offraient une chance certaine de repos, une chance possible de liberté constitutionnelle.

Sans doute la seconde restauration était accompagnée dépensées plus pénibles que ne lavait été la première en 1 8x4 (i) ; mais le sentiment de la néçes-

voîs un anonyme y qui se dît jeune et de la classe studieuse ( j'espère qu*il calomnie cet âfiçe et cette classe ), •'empressant de se repaîire du spectacle d'un malheureux garrotté; applaudissant à des paysans qui voudraient déchirer un prisonnier sans défen&e; se réjouissant et de la férocité de leurs sentimens et de la grossièreté de leurs expressions; trouvant légitime enHn que , parce qu'un homme ému de pitié salue un détenu , un carabinier lui dise qu'il lui fera un mauvais parti, comme si > dans un pa3;s où il y a des lois, un carabinier avait le droit de faire à quelqu'un un mauvais parti , et comme si saluer un détenu était un crime. Et après tant d'infamies , je lis ces mots encore plus infâmes : le baume, me cou/ait dans les veines , à la vue des fers dont un être humain est chargé , et de l'échafaud qu'on lui prépare ! Je me demande àafna quelle contrée nous vivons , si une horde de Cannibales a envahi la France, ou si les Carriers et les Lebons.sont sortis du tombeau. * .

(i) Je réfléchis, en écrivant cette phrase, qu'au temps où nous vivons il faut se mettre en garde contre les inter»

tionnaires « et le 5 fieptembre a paru , non-seulement aux nations / mais aux rois de TEurope, une époque de délivrance et un jour de salut.

Maintenant si Ton se précipite de nouveau dans la route que le 5 septembre semblait avoir fermée, qu'en résuliera-t-il ? Pour prévoir l'avenir , ne suffit-il pas de consulter le passé ?

Il faut donc le dire, il faut le répéter : avec ce système qui i^ voit dans les peuples que le patrimoine du pouvoir absolu , et dans ce pouvoir absolu que riristrument de Taristocratie , il n'y aura jamais pour la France ni repos ni liberté. Durant une administration de quatorze mois les partisans de ce système avaient mis en feu leur pays : laissez- les poursuivre leur route , ils mettront en feu TEurope^ Cette Europe ne sera tranquille que si notre beau royaume de France , placé par la nature au centre de la civilisation, jouit enfin d'un calme réel. Tenir sans cesse le bras levé sur trente millions d'hommes est non-seulement une usurpation^ mais une imprudence. Vouloir démembrer la contrée qu'habitent ces trente millions d'hommes, unis d'habitudes, d'affections , d'intérêts et de gloire, serait plus qu'une imprudence, ce serait une absurdité. L'Europe expie depuis quarante ans le démembrement de la Pologne , et la Pologne n'était pas la Franoe.

Ce n'est donc point kla contenir, c'est à la satisfaire qu'il faut travailler. Or elle ne sera satisfaite

(^95) «ike -monareliie consti t utionnelle^

posT-scnfPTursfr

^m ièché.9 dans les nptçs qfi'oa yif^it ^ Hre , de rendre uii ^^oiiiple exact de. ce gi4. s'est .pasise. sous jUjCS yeux. Je suîs sûr d'avoir été yeddique dans, l'epcposé des,faîts : je n'ai Y.ouluêtrëîpju;5te ni^fkit^ur ei^vers, aucun parti.. Q^î^ut aux principes que i'aî çrpf fessés , je les crois ceux 4e. Vimmense majorjtjç de If France; et pour ne donner prise ^ aucun^e ii^terj^étatiou ^v^i. spît .équîvpque , je^ vais, pi^^senter ,on pqif de iiipts le résumé;de cesprjncipes^.et j'ai l'avantage de pouvoir le faire en démontrant qu'ils sont^iip4^ pendans de toute circonstance, car je l^s professais en 18 1 4 anssi bien qu'aujourd'hui.

a J'admets deux sortes de légitimité : l'une posi- » tive, qui provient d'une élection libre ; l'autre ta- » cite, qui repose sur l'hérédité , et j'ajoute que l'hé- » redite est légitime , parce que les habitudes qu'elle » fait nailre , et les avantages qu'elle procure la ren- » dent le vœu national .... De ces deux espèces de I» légitimité que j'admets, celle qui provient de l'é- » lection est la plus séduisante en théorie *, mais elle » a l'inconvénient de pouvoir être contrefaite. » ( De V Esprit de conquête , 4* édition , pages 217 —

219. ) Il ài résulté qae h l^rimité hfeédjiaire est la. plus calme , la plua assurée » aana ètro moins favcH rable à la liberté. Les nations sont aTeriiea de cette vérité par instinct, et la masse de ces nations préfère pour cette raison la légkiiiiité héfédi taire ; mais il faut , pour que cette préférence soit efficace et durable, que le gouvernement ne se place pas en opposition avec les intérêts nationalit. S*il est d^accord avec ces intérêts, il n^^ f^as un lioi^ne sensé qui ne dé^ sîre le maintenir et qui né s*àrAe pour sa défense: "maiâ s'il les menace , les attaque , les met en përîU tous les VQBUX , tous les efforts, tons les Regrets des ïio^nirigssèiisés resteront sans fruit. ' ' ^

"" ïl est toujours tèrdps de dire ces Vérités. Elles sont tfans le cœur de' tbut le monde ^ et 'ceux qui les repoussent ne sont les véritables amis ni des rois ni' des peuples. ' j "

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