‹ Mémoires sur les cent jours: en forme de lettresChapitre 6 sur 30 · INTRODUCTION. XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XV

reot leiirs attaques. On eût dit qu'il n'y avait de péril que dans son despotisme, et cette impression survécut encore à ce despotisme renversé.

Je sais que des trahisons nombreuses concoururent à sa chute. Plusieurs de ses instrumens le servaient à regret; ils ne lui pardonnaient pas le crime inexpiable d'avoir été vaincu. Comblés de ses dons, ils les regardaient comme un droit acquis , et s'en prenaient de leur perte à l'homme dont la mauvaise fortune les dépouillait de ce que sa prospérité leur avait prodigué. Forcés par leur position ù reprendre de nouveau des couleurs qui n'étaient plus à leurs yeux les gages infaillibles du succès , ils s'occupaient bien plus à mettre en sûreté leur avenir* qu'à sauver leur bienfaiteur ou la France. Mais ces défections partielles , ces. calculs ignobles ou timides de quelques individus auraient échoué contre le sentiment national , si le sentiment national^eât été favorable à Bonaparte : il lui était contraire, Bonaparte eat tombé. Leçon mémorable, nous le répétons, pour tous les gouvernemens qui dédaignent de s'appuyer sur Taffection populaire.

Les nations modernes ont découvert , pour se délivrer du joug qui leur pèse , un moyen

xyj INTRODUCTION.

que l'aatiqqité m connaissait pas. Patientes , et même, quand on les y contraint^ silencieuses, elles ne s'insurgent point , elles attendent que le danger vienne, soit du dedans, soit du dehors ; alors elles retirent au gouvernement leur assistance. II n'est pas renversç par elles ; mais il s'écroule parce qu'il n'est pas soutenu.

Une autre vérité qui ressortira, nous le pensons, de la lecture de ces Lettres, et qui s'adresse aux peuples et à ceux qui se constituent leurs guides, c'est que rien ne mérite moins de confiance que ce que l'on nomme Êstueusement les gages. donnés à une opinion, quand ces gages consistent dans le sacrifice offert à cette opinion des principes de la justice et de la morale* A toutes les époques décisives de Ha révolution , l'on a cru faire merveille \ en confiant la garde du gouvernement qu'on établissait aux hommes qui , dans leur zèle envers ce gouvernement, avaient commis pour le servir des actes violens, criminels, sanguinaires. Qu'est-il arrivé ? qu'aussitôt que le danger s'est manifesté, ces hommes ont songé bien moins à conserver le dépôt remis entre leurs mains , qu'à faire oublier par des actes en sens inverse, leurs crimes passés. Que l'on nous permette une expression triviale : on â

INTROOUCTfON. XVfl

ijit souTent que les défensecura les plus sûre d'ua ré^inie quelconque étaient ceux qui set raient pendus si ce régime était détruit. Consultez tes faits ; vous verrez que la peur d'êtr0% pendus devient l^dée fixe de ces* hommes : aa lieu de demeurer fidèles au régime qui les sau^ "ifierait, ils mendient le pardon du régime qui lés menace ; ils achètent leqr grâce par k perfidie; ils expient leur férocité par: la trahison!. L(a Goiiscience, la morale, l'équité, vcHlà les seules garanties que les lM>mai9apjafissent donnét*. i^e régicide n'est point une preuve de dévKmement à la république^ la servilité envei^s le deapotisoiç. n'en est point une de fidélité au. désh pote qu'on flatte^ aauf à lefoufer aux pieds s'il tombe V pour s'excuser de l?avc4r flatté ; l'aasas^ sinat des républicains ne garantit; point l'atta»^ chetafiei^t à la mox^rchre; le crime ^t tou^iis ^ferviee dé là force. Toutes les fois qu'il j^a eu dupant.noa troubles dvils des réactions vio^ lentes;» on 'a wn parmi Ifes plus àrdens réao*^téùGs des /Qgens signalés par l'exagération du. système contre lequel on réagissait; ils ocçyaient jetçr Idn d'eux la solidàrîté de6 £mv iaits en s'acfaarnant sur leurs complices. Ainsî^ L'on a ViU sucgir des ruines epeare fumanti^ d&M seconde ville du Royaume détmle par lé^

XViij INTRODUCTION,

révolutioDuaires ^ la proscription de^^ent trente . révolutionnaires pQur un attentat dqnt on les savait innocèns ; et des hommes qui, dans leur dévouement à l'empire dont le chef était moins «sévère qu'eux, avalait, jusqu'en 1809, réclamé l'application d'une loi de sang contre dé malheureux émigrés, au mépris d'une conven* tion formelle, ont, en 1824, appuyé de toute leur éloiquence les iniquités d'une administra* tion vexatoîre contre quiconque était suspect d'avoir servi l'empire qu'ils avaient abandonné. Et si nôuâ voulions nous étendre davantage sujr cette triste et importante considération, que «'aurions-nous point à dire deisliommes qui, conseillers obséquieux du pouvoir absolu durant quatorze années, viennent donner aujourd'hui; sans qu'on les leur demande, des leçons de despotisme au gouvernement qui a remplacé ce pouvoir absolu; prouvant de la sorte que'i s^ils ont, dans les premiers ifistans d'une ohiùe inattendue, in voiqué les principes de la liberté qu'ils àvaierit contribué à opprimer, il«i'obéissàient qu'aux nécessités d'une position mo^ meiitanée? Ils ne haïssaient l'oppression que parce qu'eux-mêmes étaient opprimés. Dès que la main qui pesait sur eux est devenue plus légère, ils retournent à leurs premières

INTRODUCTfONi» %IX

amours j dés <|i}ç pa a'c^t plus sur. eux que le pojuroir frappe, il9 sçntent renaître leur ten^ dresse, leur.. adpniration pour le pouvoir. Ppur pi^ja, qu'il ie. permette, ils se rapprochent, ils le caressent, et, comme le disait un hoD[imç n^Tà propos d'un crime, ce qu'ils ont fait pou^ le maître ancieQ , il^ sp^t prêts à te relanre pour le maître nouveau. ;Oi^ lef voit alors j9ffrir;lew*i$ çqr^içes, vaotear leur expérience, qualifier coo»]^ autrefois la lijberté d'anarchie, proposer cpis^tre elle de grandes mesures, et briguer l'honneur d'4lrc les instrumens d'une volontié qv^ promettent d'aigPranchir de toute entrave.- rv..',;.. ..- •:,:;,.

X'histoirq.auglpisci a présenté aussi cet îgijch ble spectacle^ Parmi les ag^ns 1<bis plus dévoués m Pr/^èect^ur, parmi ceux qui l'avaieot exhorté k saisir k couronne, 'et qui avaieçit rampé de- .vapt loi jusqu'à sa mort, p^QSieurs.se.précipir tèvent Ai|x piçf}^ àe Charles .II, et contr^uèreQt autant et plqs que ses eoiqp$|^oti$ d^e^il^ jui .^i^ggérer 1q$ teutatiyqs i^ ç^^^tFeVïétpkîtlop pleine et /entiérç qiaâ jtgitèr^tf çon r^^gae, ^ qui aliénèrent la perte de son successeur.

I Oh! que nous serions tentés de dire à ces hommes : Oui, vous avez de ^'expérience en fait de servitude. Vous ayez consacré votre activité.

XX lîs^THODOr/noW.

votre^ifrtelligérjce^' à fèilré trioto|îrber le despotisme; vousave«;^pplaudi à toutes lie)» fantaisîe% enregistré toUsléàcapric^è dit maître que vous serviez. 11 valait ttiieox 'qii# voti$. Sans vous , îl eût pellt^tre estimé Tesp^ce humaine; vous fiavëi enivï^é <ïé mépris pour elle. 'L$ nécessité ^u?iè' autorité' âlîmîtée, lé danger dte toiAéh^- 'ïSèï^è, îa concèntrâtion dé toirtes leS forces datife une seule toàî&} Rïôrrèur dè'fdul droitihdîVft- ^el, de toute tacui té indépendante} dé toute garantie qui piîr arrêter ou suspendre la marche dé la puis5àricfe;'tds étaiérit \éi éujétS habituels sur lesquels^ vous aimiez à dédâttoert voifs y gagniez des regards approbateurs, dés titres^, "flés richesses. C'est par de teF* discours ique vous avez perëùadé au bhéP qu'é^toiardîssaient vos paroles, que la France et le monde n^avaieril -^été créés que pour lui. Il a cruyd'àprèsvoùs, ^ue loùt^ réclâmëtiion était une' révolte , qùfe ^out partage de la puissance, ïxmlè intervèÂtîoii ali^pciipfe dariSriSeà intérêts, toiitè fliscossièik, •fOiit*! délîfoéraîtîOtt , àbôâllfesaîént a l'anài'efefe. •Mbî* quejië a été pour lui, poui^ te piàys et |)obt vous, la eotaééqûérice dè^os^ doctrines? En dépit <f un génie dont peu de sièélfes rtous O^-îent 'Pcfxîetople, malgré des conquêtes que û'égaîetit celles d'aucun conquérant de nOs' temps tno*

INTEIQDUGTION. XJif

deroes^ et qui ne sawaieqt être comparées qu'aux expéditions &buleuses fie Paritiquité; malgré des intentions patriotiqqes au fond sijr plusieurs points^ daos ce ^i conœrnait l'honneur iiational, et même dims ce qm i4tére9sait la' richesse publique, dont il.oifcoanaissait les sources et dont \l obstruait les p^aux, mitts, dont il eût désir é l'accroissement çomaqe. bienêtre général et moyen dç puis^nce, il est tombé du trône : il est tombé , parce qu'il a sui\d vos leçons pernicieuses ^ et ces leçons qui l'ont perdu, vous osez les donner encore à des gouTCjrqf^mens dont le salut est la justictç; la condition nécjessaire, la modération^ la base', la liberté. Vous parlez de votre expé-r rience^ et l'expérience s'élève terrible contre vous et vos principes. Instituteurs malencon* treux! c'est à vous que la France peut s'en prendre de ses souffrances, de ses humiliations, de ses pertes. Quand son dbef ambitieux, mais perspicace, prom€inaiL;Ses regards sur Ip pays qui lui confiait son avenir, se demandant ce qu'il allait accorder à une population fatiguée , niais généreuse, pour la gpuverner en sûreté, vp^s lui avez dit qu'il ne devait lui rien accorder, qu'il devait tout prendre, tout envahir. t)ès lors l'alliance intime a été rompue. Des

XXij INTHODUCIION.

succès prodigieux en ont quelque temps maintenu Tapparencé; les revers sont venus : tout s'est écroulé. A vous, à vos conseils seuls, e» est la faute. Laissez-nous respirer enfin ; ne re-. produisez pas vos théories serviles, la France les repousse. Vos promesses d'ordre et de paix sous un pouvoir sans bornes , les faits les démentent. L'aurore d'un ï^égime eonstïtatkmnel brilla ^uf nos têtes; ne troublez pas de iiouveau nos destinées.

Nous avons peu de mots à ajouter, et notjs terminerons cette préfèice.

En consentant à la réimpression des Lettres sur les Cettt Jours, nous nous sommes demande si là justification de ceux qui s'étaient ralliés à Bonaparte après qu'il eut repris lé pouvoir, ne paraîtrait pas impliquer des regrets qui seraient déplacés, des espérances qui seraient coupables; mais nous avons trouvé que cette objection avait été réfutée d'îavance (i).

Si^ comme nous le pensons, notre réponse était satisfaîsânte il y a dix années , elle est plus péremptoire encore à l'époque actuelle.

Tout retour à ce qui n'existe plus, à ce qui ne doit jamais^ reparaître , supposerait, en pre^

(ï) yoy la lettre Vit de la seconde partie*

INTRODUCTION. XXtq

mier lieu, des bouleversemens qui ne pour^ raient être que funestes à la liberté constitutionnelle que nous sommes prêts d'atteindre, et secondement, soumettrait nos affiatires domestiques à des influences étrangères, dont aucun Français ne peut suppcurter Tidée , et qu'aucun homme éclaire ne peut désirer. £n effet, les traditions de l'empire entées sur une éducation autrichienne ; le dogme de Ija légitimité écrit sur deux drapeaux, et, à ce titre, l'obéissance passive exigée à double , et la peine de la rébellion partant de deux points différens, pour frapper tantôt une portion du pays , tan*^ tôt l'autre ; les amis de la liberté accuses tour à tour par chaque parti , d'être les agens hypocrites du parti contraire , et leur opposition à la tyrannie ou à l'arbitraire suspecte de com-plots et transformée en conspirations , ne serait-ce pas la combinaison la plus désastreuse pour une nation qui a joui de ses droits, si toutefois cette nation avait l'imprudence de la provoquer ou la faiblesse de la subir ?

Disons-le franchement , lorsqu'une dynastie ancienne ne veut pas des institutions nouvelles, il se peut qu'une nation tourne sea regards vers des hommes nouveaux. C'est ce qui a eu lieu sous les Stuarts ; mais lorsqu'une dynastie an-;

yxiv INTRODUCTION-

cienne accepte et observe les institutions dou«* Telles, c'est wx avantage pour la tiberté.

U est bon pour la liberté qu'une dynastie soit incontestée , il est mauvais qu'elle ait des eooipétiteiirs. Pour se maintenir, elle est obligée de Étire à la liberté plus d'une brèche; lelle fail ces brèches au nom de là liberté mèone, et aoiîus&côax qui la défendent d'être les agens de ses ennemis* C'est ainsi que Guillaume III ^ sous le prétexte que Jacques II conservait des adhérens , justifiait les précautions vexatoirea et nombreuses qui signalèrent les premières années xle son règne, et par une préoccupation fâcheuse, mais naturelle , les partisans ombra* geux d'unç liberté naissante et lef amis timides d'tfo repo^ long-temps troublé devenaient plus indulgeùs pour son arbitraire.

J'énonçais cette opinion en i8x4 , et j'ajoutais que, bien que la révolution anglaise de i683 fût noble et heureuse, il eut mieux valu pour FAngleterreque lesStuarts, respectant les droits du peuple, l'eussent dispensé de Guillaume IIL Sous lés Stuarts conçtitutionnels, l'Angleterre eut joui plus tôt d'une liberté plus grande; elle n'aurait pas eu deux guerres civiles; les précau-» tioôs.que Guillaume III dut prendre pour éloi- %mr les partisans de la dynastie dépossédée %

Page 1