‹ Mémoires sur les cent jours: en forme de lettresChapitre 8 sur 30 · XXVJ INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVJ INTRODUCTION

l'induslrie, la sûreté; mais sachant aussi que ats choses ne s'obtiennent qu*à l'abri de garanties solide^ et non disputées : car, de même qu'il est impossible de soulever les masses pour des questions abstraites qui ne les touchent pas immédiatement , il est impossible aussi, dans Tétat actuel de leurs lumières, de persuader à ces masses .qu'elles ne doivent s'occuper que de leurs jouissances, et non de la défense des droits sur lesquels ces jouissances reposent

Il fut un temps où l'on disait aux hommes, qu'importe que vous soyez libres, pourvu que vous soyez heureux? et les hommes s'étonnaient de ne pas être heureux en se résignant à n'être pas libres. Aujourd'hui ce langage est usé; quelques gouvernemens le ^tiennent encore, mais les peuples n'y croient plus. Les plus ignorans, comme les plus instruits, les plus simples, comme les plus éclairés, savent que la liberté civile, c'est-à-dire les jouissances, ne sont assurées que par la liberté politique, c'est-à-dire par les garanties : les séparer, c'est vouloir cçnstruire un édifice sans lui donner de fondemens, en prétendant que l'on n'a besoin, pour être logé, que des appartemens que l'on habite.

Le Gouvernement actuel de la France ^ avec

INTRODUerfON. xxvij

les dmëlloratioDs quMl 0oit ilécedsdîremeiit recevoir encore, et qui sont k condition figoureuse de sa réalité et de sa dwnée; le Gouvernement actuel de la France, disons-nous, eât précisément celui que la France comporte et que l'Europe désire obtenir. La république, l'empire tel qu'il a Êiscine nos regards et pesé sur nos pensées, le pouvoir absolu tel que le rêvent des ambitieux, acceptant l'esclavage pour avoir une part dans la tyrannie , sont des chimères, les unes honorables, les autres abjectes , mais qui , étant également funestes , cess^:it par là même d'être complètement innocentes. On est plus ou moins blâ* maiAe quand on fait du mal.

Cette conviction qqe le temps a fortifiée était déjà la tnienne, lorsque j'écrivais les Lettres sur les Cent-Jours. Je ne regrettais point le passé, |e n'attaquais le présent que dans ses erreurs et ses excès, je défendais contre des accusations calomnieuses et des sévérités injustes, des hommes opprimés. Il me semblait étrange que la Ëiction qui avait commis les fautes exerçât les rigueurs, quittant le bapc des prévenus p0ur s'asseoir sur celui des juge^ L'opinion publique l'en a fait descendre,, et de^ puis sa défaite le calme retoaît, l'espérance se

XXViij . INTRODUCTION.

rmiifioe* Cette &ctioh prôduk 6ur la France Tefiet^de ces corp^ étrao^rs qui empêchent les blessures de guém; eUe est en désaccord avec toutes les idées, en guerre avec les lois , en lutte avec: les beM>in3; ses moyec^, comme son but, appartiennent à une autre époque; ses théories sont des anacbronismes comme les conquêtes de Napplpdn, £IIe prétend re*^ cotistruire la société- sur des bases jque repousse la nouvelle natpre du sol. Au. pouvoir unique et sans bornes qufi agusait auti^fois mi tous les objets, ont siiceédé des pouvoirs Kmi-^ tés ert nombreux, restreints chacun dans leur sphère. Les grandes corporations qui imi>rimaient une directi<m uniforme à tous Jeurs membres, sont remplacées par les activités personnelles, se frayant une route indépeur dante. Au lieu de Fassertissem^t de Tindividu par la famille, fondue elle-même daujs Jétati chaque individu, vit de sa. propre vie et réclame sa liberté* L'unité démarche, de do^riois^, de croyances, est impossible désocmaisl Si Ton veut en gémir, qu'on en gémisse} mais qu'on s'y résigne, on n'y peut rien changer. Qu'on en gémisse, dis-je, si l'on veut : moi^ je m'en ré" jouis; }e vois dans l'individualité dont on se plaint, le perfectionr^ment de l'espèce; car

INTRODUCTION- XXix

F^dpèce i/est du fond qae»ragrégartniD ides îbdi\ridiiH^> élfe è'eDrichit de là valeaf morale a làqdellë' dhàcoH <!^eur parvient. I/ah^chie in^ tellectuelie iqu'oii déplore me semble un progi^ès irknriense d^ l'intelligence; car le triomphe tfcf'rintèlBgfeikje n'est ^as de découvrir la vérité absolue qu'cAk Me trouverai jfimais, mais de se fortifier en exerçant ses forces, d'arriver à des vérités partielles et relatives qu'elle irecueille • et qu'elle enregistre sur sa route, et d'avancer ainsi dans cette route où chaque pas est une conquête, bien que le terme en soit inconnu.

J'aurais pu donner aux Lettres sur les Cent Jours un degré plus grand d'intérêt immédiat et passager, si j'avais voulu les semer de noms propres et rapporter tous les faits particuliers qui auraient servi d'alimens à la malveillance; mais j'ai en répugnance et en mépris les personnalités. Ces Mémoires éd foule, dans lesquels on met en scène tous les individus dont on connaît les noms ou les visages, dans le seul espoir d'éveiller la malignité curieuse , me pa« raissent des libelles , inattaquables aux yeu£ de la loi, mais très condamnables aux jeux de la morale. La vérité n'est pas nécessaire à dire quand elle ne fait que nuire aux personnes, sans conduire à des résultats utiles; et quels

XXX INTRODUCTION^- t

sont ks résulta ta utiles de ces apecdQtes^uint se rapportent qu'à la vie privée ou gux opiniona fugitives de ceux qu'on traduit ainsi de^ T:ant,un tribunal qui n'est pas conspéfeat pour les juger? Les espions queTautorité salarie me paraissent «lépriBablesyinaisîe ne méprise p^s moins les espions à la solde dju public.

SUR

EH FOIUIE DE LETTBES.

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