‹ Mémoires sur les cent jours: en forme de lettresChapitre 9 sur 30 · LETTRE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

LETTRE PREMIÈRE

Objet de ces Lettres.

Vkvn les époques de notrç Térolation , l'une des plus remarquables est certainement celle qu'on a désignée sous le nom des Cent Jours, ^et qui commence au débarquement de- Bonaparte »

pour finir à sa seconde et dernière abdication. Il y a près d'un an que > fatigué de voir cette épaque présentée sans cesse au public sous le poidt de vue le moins propre à en donner une idée exacte, jeTormaî le dessein d'en écrire Thistqirey ou pour mieux dire de faire imprimer des

mémoires que j'avaîs rédigés en i8i5, lorsque j'étais chaque jour témoin des excès d'une faction triomphante. Des occupations nombreuses, des 4avdirs nouv^s^ix , m*ont émpôché-d'éxédt^ï^r ce projet jusque présent .-Cependant, l'utilité d'àne publication de ce genre ne me parait pas avoir diminué. ••- -

Sans doute , l'esprit de la nation a fait des pro* grès. La liberté de la presse qui , malgré les eflfiorts de quelques m^istrats suhal^ra^, à existé de fait avant d'être consacrée cle droit ; l'élection de plusieurs mandataiiras- intrépides et fidèles; les discussions courageuses soutenues à la tribune , et les vérités importantes prodamées dans ces discussions, ont rendu à la France constitutionnelle le sentiment de sa forcé , et calmé ainsi cette irritation qui naît de la crainte ou de la faiblesse. ^^$ lp$:§ti)^n^i&,fd§ no9iia$titationft iso»l4t<W5Qurs 1^ mépfi^* tAf^ctfon qui 4 été si fnqefstç ^ i&t4 et j&^<5j \YiG|tidraît coatiui^r à l'êti^e en iSi-gj elle »'a>i»J)ju|^' i|i «p$ iva^Tdt^, '.ni 4^91 f^péi^tnêfif . .G^âimj^ aiitr«fôip, elle ^Igixtaw} comidae autt<efots, elle brigue de$ alliaQcç^<antÎ7^atiôkialës^ oomm^ autrefois^; ^h remplit l'Europe de ées déiHWiieta*tionâfet4e;^e& clameur^^ Les Cent Joints et; léuns tristes ootuséqu^ooes # $onl.l« texe famiri; qu'elle commente; et lei^calamitéàquâ fiirentsottOUTragè

(3) loi serviraient à nous préparer^ si elle le pouvait^ de nouvelles calamités.

D'un autre a&té,. il y aurait peut-être a là. publicaùcm complète de ce qû 9'est passée soit durant ces trois mois, soit durant la terrible année * ^quiles a suivis y quelques inconvéaiens assez graves^

Premièrement , parmi les hommes qui se sont ^signalés dans les qtunze mois d'ai4)itraire et de désordre , dont les Ceat Jours tmt été le prétexte , il en est quelques-uns dont la conduite annonce le repentir. U serait délacé de mettre .ol>Btacle, par des reproches intempestif , à des eonversions toujours désirables. Ces hommes, il est vrai, ne se. «sont pas jralliés encore à la cause de la liberté. Ils se sont rangés seid^nent sous les baimières mini»' térielles; mais comme ih ont abandonné l'exagération, parce que la finrce s'en est séparée, ils iabandonneront le ministère , quand ils verront que la. force n'est plus la. La liberté les aura dans ses rangs dès qu'il leur s^ra démontré qu'elle est victorieuse. Ce sont des recrues qui prennent service chez le vainqueur, après la bataille^ mais il est toujours bon de grossir Farmée , et il ne faut pas les décourager.

En second Keu, l'historien fidèle d'évènemeni^ si contemporains, se trouverait contraint, malgré luij d'entrer dans ime foule de détails iellemeut

individuels , que ce qu'il ferait par dévoueiiîeiit' pour la vérité et le bien public, serait infaillible-** ment attribué au tessentiment ou à la maveillance.

Mon aversion pour les attaques pefsonnelle!( est presque invincible. Si quelquefois je l'ai surmontée, c'est qu'il le Ëillait dans l'intérêt de la' liberté ou de l'innocence.

: Ainâi, quand j'ai vu des écrivains victimes d'uil systèfaie dHnterprétation absurde, j'ai dûm'élever contre la logique étrange de deux ou trois procu-* reurs du Roi, Quand il s'est agi d'arracher à l'échafaiid un homme in justement condamné, J6 n'ai pu éviter de dénoncer ses persécuteurs.

' Mais du reste , attaqué sans cesse , je n'ai jamais voulu deiscendre dans l'arène; et quand l'impa- 'tience m'a fiiit contracter , jusqu'à un certain point, l'engagement de me défendre , je m'en suis repenti presque aussitôt. Ce qui est individuel me pèse ; ce qui est hostile m'est indifférent.

11 y a cependant, relativement à l'époctue deÈ Cent Jours , d'utiles vérités à établir.

U est bon que l'Europe et la France apprennent à qui doivent être attribués les mallieurs qui se rattachent à cette époque. U est bon de leur dire qui, dans des temps désastreux, mérita des éloges, à qui l'on doit de la pitié , sur qui l'on peut justement verser du blâme ; et s'il advient qu.'U soit

(5) ilcmoBlré que ceux qui sont venus demander vengeance étaient les vrais coupables , et que c'est après avoir commis les fautes qu'ils ont prétendu infliger les chatimens, cette démonstration, je lé pense , ne sera perdue ni pour la Nation ,-ni pour l'Histoire;

Je me propose donc de publier, en formé de lettres , âes Mémoires sur les Cent Jours. Je choisirai, pour sujet de chaque lettre, certaines questions que j'examinerai séparément.

Quelles furent les véritables causes du triomphe de Bonaparte au 20 mars? Quel genre de popularité assura ce triomphe? Quels moyens pouvait^ on lui opposer ? Quel fut le parti qui mit d'insurmontables obstacles à ce qu'on recourût à ces moyens? Ce parti, dans son système de découragement et d'apathie , n'aurait-il pas eu l'arrière pensée de laisser le champ libre à Bonaparte pour revenir accabler la France de tout le poids de l'étranger?

Ces questions et plusieurs autres relatives au gouvernement qui eut heu dans les Cent Jours ; aux efforts des amis de la liberté pour faire triompher sa cause; aux chances offertes à la royauté eonstitutionnelle, après la seconde restauration ; à la &ction qui remit en péril toutes ces diancés^ seront successivement traitées dan3 ces lettres.

H résultera peut-être de l'exposé dés faits, ei te ne sera pas un résultat stérile, cpe les hommes qui y par leur arrogance en 1 8 1 4 9 par leur système d^inertîe en mars i8i5, par leur violaice après ie 8 juillet , ont mis la France sur le bord d'un atyme, sont les mêmes qui, aujourd^ui, voudraient ressaisir la puissance, probabliement pour achever ce qu'ils avaient si tien commencé , et la France pourra de la sorte juger si elle doit écouter ces hommes et les fortifiei* de son assentiment ou de ses suffrages.

Indépendamment de futilité immédiate d€ cette démonstration, qui est dédsive, à ce qu'il me semble, dans notre situation actueBe, ces lettres ne seront peut-être pas dénuées d'un autre g^are d'intérêt lustorique. J'ai vu IXapolécm souvent et long-temps, libre et seul, durant la circonstance la plus importante de sa vie j je l'ai vu rassemblant et ranimaqt d'incertaines espérances^ que son esprit pénétrant ne grossissait point à ses propre» yeux j- je l'ai vu quand il essayait, avec peu d'ha^ bitude et quelque impatience , de se plier aux formes que la liberté impose au. pouvoir 3 je l'ai vit , après sa défaite^ quand il hésitait entre la résignation de la fiitigue et les ressources du désespoir; je l'ai vu çnfin, après son abdication, lorsqu'il plaçait son dernier r^Aige dans 1^ ma-»

(7) • ^DaDimité qull attribuait à là ^eule nation qui eût persévéré à hii résister. En le peignant tel qu'il ih'a paru être dans. ces circonstances diverses, je Cîoiilrs rifiqùë , je le sais , de déplâif e à tous les partis. Je ne satisferai point ceux que de noniI>reux biéniaits, les illusions de la gloire, et une reconnaissance doiït il est loin de ma pensée d'atténuer le mérite, attachent à uû homme que j'ai vu revenir avec douleur, et auquel je né me suis rallié qu'avec défiancé j car je ne déguiserai point ma répughfUQce àvànt cette réunion, ni le tjit de cette réunion même, qui était de limiter uçie autorité jadis terrible , et de concourir ^ mettre obstacle au rétablissement ^e son ancien despotisme. Jene satis^Ebrai! pas non pluis ceux qm e^gent qu on peigpe cet homitie comme lie pouvant être qu'ub tyran , et tous les meinbres de son goûvétnémént comme ses <5oihpïicèi5. Mais l'impartialité doit se résigner à déplaire, et se consoler en opposant un e;itrème â l'autre. Il doii; m'être permis de parler avec jtistïce dé'cçîui que je li'aî js^ais flatté j et, ôw ce point, jç me' sentirai mdins gêné que ceujf qui ont à se venger sur lui de léuf propre Bassesse, et qtd croient se laver, pqir des invectives sans discernement , d'un avilissement sans bornes. . Je travaillerai donc à faire connaître, mieux peutêtre qu'on rie le connaît jusqu'ici', le caractère dé

cet homme, doué par la natuFe de Êicidtes inxnenses et de qualités contradictoires 3 objet d'une haine méritée et d'un enthousiasme non mpips^ naturel 3 &vorisé par la destinée j ^aré par se& alentours^ bien au -^dessous des grands citoyens qu'il n'a pas voulu prendre pour modèles j bien au-dçssus de ses çsclaves qui l'ont enivré de leurs, adulations ; dépositaire du bonhçur du monde et de^on propre bonheur, et funeste au n¥)nde au7 tant qu'à lui-même. Les espérances des amis de. la liberté ç^eUemçiït déçues ; une lutte opiniâtre, contre les besoins et la raison de son siècle ; la gloire, de Washington dédaignée ;^^ la France livî;;ée aux périls d'une contre-révolution et aux. ressentimenst de l'Europe, pouj'ront me rendre quelquefois sévère. Mais je. n'oublierai jamais, cependant^ que la France et l'Europe lui ont rendu hommage , et^ qu'iï est relégué sur uae roche stnde et prisonnieç de rétranger.

Ces lettres traiteront ausjsi de ce qui 8*èst passé depuis l'abdication de Napoléon , et delà conduite des défenseurs delà patrie, îiyant le rétablissçr ment d:u Roi sur le trpne. Je réfuterai beaucoup, de rumeurs mal fondées ^ et plus^eurs[imputation3, calomnieuses. JemçntrerajilaFraAçeplus^dmir^ble dans ses revers que dans ses. succès j nos armées proscrites et déposant les armes pour se résigner

(9) a la proscription ; nos généi*aux. quittant leurs légions pour errer sans asile, et préférant l'exil ou même l'échafaud à la guerre civile. Ce spectacle, j'ose le dire, frappera d'émotion les àme$ généreuses, comme les traits les plus sublimes des loinale^ de l'antiquité,

Une ou deux lettres seront consacrées à expliquer cette mission dont j'ai fait partie, mission dans laquelle, encore aujourd'hui, ceux qyi ap^ pellcAt l'étranger de tous leurs vœux et de toute , la puissance qu'ils ont conservée, cherchent un prétexte pour persuader à la France que ses der- :piers soutiens demandaient pour elle un prince étranger; assertion mensongère, dont ceux qui l'accréditent connaissent eux - mêmes toute la &usseté, mais qu'ils répètent chaque fois qu'il Jeur importe de donner le change sur leurs pro* près négociations ?t leurs propres manœuvres.

Je suis animé, dans cette publication, du désir qui a été la pensée dominante, le mobile unique de toute ma vie, je veux dire celui devoir la libertéconstitutionnelles'établirpaisiblementparQfiinous: , car ces lettres offiriront , je le crois, la démonstration que la mêpie sagesse qui, au 5 septembre 1816^ a préservé la France d'une dissolution imminentej^ était disposée, le 5 mars i8i5 , à prendre toutes Jçs mesures susceptible^ de répa,rer Içs fautes nom-..

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breuses d'un ministère inliabile, et d'écarter de nous les malheiirs qui nous ont accablés durant trois années. Sans doute je mériterai d'autant plus la baine de ceux qui s^intitulent exclusiveïnent les royalistes, que je séparerai mieux leurs intentions de celles du Roi. Tout ce qui tend à unir plus intimement le monarque au peuple , excite la fureur des hommes qui voudraient que son règne lie fut que pour eux, Mais lorsqu'on n'a d'autre but que de dîre ce qui est vrai, et de concourir à ce qui est utile, on peut supporter bien des inimitiés et rester indiflférent à bien des menaces.

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