‹ Mémoires sur les cestodesChapitre 6 sur 30 · DÉVELOPPEMENT DES SPERMATOZOÏDES DES CESTODES · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT DES SPERMATOZOÏDES DES CESTODES

Nous avons pu suivre d’une manière complète le développement des spermatozoïdes des Cestodes, en combinant la méthode des coupes et la dilacération d’animaux frais.

Nous étudierons dans un autre mémoire l’origine des éléments qui composent les follicules testiculaires. Le premier phénomène que l’on peut remarquer sur les cellules embryonnaires de ces organes, est une augmentation considérable de volume, corrélative de l’apparition à leur intérieur, de granules très fins et très nombreux (pl. 3 en a). D’abord, très net, le noyau finit par disparaître , dissous ou caché par les granules et ce second stade est suivi brusquement de l’apparition, à l’intérieur de la cellule primitive, de cellules-filles relativement nombreuses, nées par voie endogène. Ces éléments, selon toute vraisemblance , se forment, plusieurs à la fois , ce qui explique pourquoi je n’ai pu trouver de terme de passage. Les figures marquées dans la planche III par la lettre b représentent les stades successifs de l’évolution de la cellule-mère, et du développement des cellulesfilles formées à son intérieur. Ces dernières, augmentant en volume et en nombre, se trouvent vite à l’étroit dans la cellule-mère, et bientôt, l’une d’elles, soulève sa paroi à la manière d’un bourgeon et finit par devenir nettement extérieure. Cette première cellule qui fait hernie , est bientôt suivie dans son voisinage par une seconde , puis par une troisième cellule-

fille , et, le nombre de ces éléments continuant à augmenter , il y a bientôt, à la partie supérieure de la cellule-mère, un bouquet de cellules-filles au nombre de 12, 16, 18 et plus, nettement pédiculées, arrondies dans leur partie libre , et qui arrivent même à se superposer en plusieurs étages. Les cellules-filles ne bourgeonnent au dehors que sur un seul côté de la cellule-mère.

La prédominance considérable des cellules pédiculées sur la cellule-mère, finit par cacher celle-ci , soit qu’elle se réduise de plus en plus , soit que les éléments enfermés à son intérieur continuent à sortir au dehors , soit encore qu’elle se détache, pour reprendre plus ou moins les caractères d’une cellulemère avant le bourgeonnement.

Dans des anneaux plus âgés, on trouve surtout des sortes de rosettes formées d’éléments pyriformes, réunis en un centre commun et plus ou moins nombreux selon les accidents de la dilacération (pi. III en c). Ces rosettes ne sont autre chose que les cellules-filles décrites plus haut, et qui se sont détachées en masse de la cellule-mère. Il ne peut y avoir de doute à ce sujet, puisque ce stade succède chronologiquement à celui que nous venons de décrire , et que les éléments de la rosette ont la forme , les caractères histologiques et la disposition en bouquet des cellules-filles.

Les éléments des rosettes, détachées de leur cellule-mère, augmentent vite en volume et deviennent de plus en plus granuleux : ils marquent par là qu’ils vont entrer en active reproduction. Devenues très grosses, ces cellules pédiculées se séparent les unes des autres (PI III en d), perdent leur contour pyriforme et deviennent arrondies.

Je n’ai pu voir le stade qui suit immédiatement l’isolement des cellules en rosette. Ces éléments différent surtout de la cellule-mère primitive par leur 'taille plus considérable, mais l’on comprend qu’il soit assez difficile de toujours les distinguer : l’on sait quelles difficultés opposent à l’observation ces formations endogènes, qui font brusquement apparaître un grand nombre d’éléments à la fois. Ces difficultés sont augmentées encore ici par l’incertitude du procédé, la petitesse des éléments à observer et par ce fait qu’un follicule d’un âge déterminé, loin de présenter tous ses éléments au même degré de développement , offre souvent plusieurs stades ensemble. Ces difficultés d’ordre divers sont considérables, comme l’on pourra s’en convaincre.

Quoiqu’il en soit, à un stade ultérieur, les cellules-filles isolées qui proviennent des rosettes et sont, proprement, les cellules-mères des spermatozoïdes, offrent bientôt à leur intérieur un très grand nombre da cellules petites-

filles, qu’il serait plus juste d’appeler les jeunes spermatozoïdes, si elles ne devaient continuer à se multiplier pendant quelque temps. Nous avons figuré ce stade PL III en e.

Quand les cellules-mères des spermatozoïdes ont atteint les dimensions que rappellent nos dessins, on voit la membrane se soulever par un processus très semblable à celui que nous avons signalé plus haut pour la formation de la rosette de cellules-mères. Toutefois, dans ce cas, au lieu de sortir sur un côté seulement, les cellules, nées encore par voie endogène, saillent par tous points de la spbère , et la hérissent de tubercules (Pl. III en/'). Avec quelque attention , on peut voir la membrane de la cellule-mère , qui ne s’applique pas toujours immédiatement sur les cellules herniées, encore soulevée par l’une d’elle et laissant un vide au-dessus des cellules voisines. Ces cellules sorties au dehors, sont dépourvues de granulations vitellines. Un peu plus tard, les éléments non pédiculisés , au contour arrondi , qui hérissent la périphérie, s’amincissent par leur extrémité libre et deviennent pyriformes : la partie grêle de ces éléments , qui sont de vrais spermatozoïdes, va devenir encore plus mince et s’allongera en un filament. (Pl. III. y), la queue du spermatozoïde. Tant que la queue n’est pas marquée, et pendant que les éléments sortis de la cellule-mère restent pyriformes , celle-ci a un aspect régulier, mais , une fois formés, les jeunes spermatozoïdes peuvent se détacher, ce qui donne un contour irrégulier à l’élément qui les porte. J’ai parfois vu, mais très rarement à la vérité, tous les spermatozoïdes développés du même côté. (Pl. III, en y). — Les queues des spermatozoïdes vont s’allongeant de plus en plus, en même temps que leur tête perd de son volume et ils finissent par se détacher. Une fois libres, leur appendice n’en continue pas moins à s’allonger. (Pl. III, en j). En même te?nps, la tète se réduit et devient même extrêmement petite. A mesure que les spermatozoïdes se détachent, d’autres sortent à l’extérieur pour les remplacer. Je ne sais à quel degré s’arrête ce processus.

J’ai observé, dans le développement des spermatozoïdes, quelques anomalies qui ne laissent pas de corroborer mes observations : ainsi , il arrive que la membrane de la cellule-mère soit distendue , probablement par endosmose : on en voit deux exemples, Pl. III, en i. Dans l’un d’eux, un certain nombre de cellules détachées de la masse, sont disposées contre l’enveloppe cellulaire quelles soulèvent encore légèrement, dans l’autre, l’endosmose s’est exercée entre les cellules sorties à la surface, et elles se trouvent ainsi isolées de la portion de membrane qui les recouvrait d’abord.

On voit ? Pl. III, en l, un stade dans lequel les cellules groupées en bouquet, ont une très grande prédominance sur l’élément qui leur a donné naissance et qui va se réduire peut-être encore plus. Dans la même planche, enm, j’ai représenté deux cas pathologiques curieux. Dans l’un , une partie seulement de la cellule-mère s’est transformée en petits éléments, le reste forme une masse granuleuse, qui a suivi et poussé devant elle les premières cellules herniées , formant ainsi des sortes de boyaux à la surface de la cellule-mère ; dans l’autre cas , il semble que la paroi de la cellule-mère était trop résistante pour laisser sortir chacune des cellules incluses par un point particulier ; ces éléments ont tous gagné l’extérieur en profitant du refoulement de membrane effectué parles premières d’entre elles. On a ainsi des sortes de boyaux remplis de cellules-mères de spermatozoïdes.

Nous avons suivi le développement des spermatozoïdes, tel que nous venons de le donner dans tous ses détails, chez le Tcenia cucumerina. Cette espèce nous a paru la plus favorable pour cet objet, mais tous les autres Gestodes que nous avons observés, nous ont présenté les mêmes phénomènes. Nous avons retrouvé, en tout ou en partie, chez les Tænia serrata, saginaia , expansa, dcnticulata et chez le Triénophore, les stades que nous avons figurés. Nous ne doutons pas que, chez tous, ils ne présentent la même succession, et nous croyons qu’il n'intervient guère chez eux , d’autres phénomènes. Disons toutefois , que chez les Tænias du type de Vexpansa , les éléments spermatiques nous ont paru beaucoup plus volumineux (Pl. III, en&). Nous avons aussi figuré sous la même lettre k , un stade observé chez le Tænia denticulata et dans lequel les cellules-mère des spermatozoïdes forment une masse allongée , qui laisse échapper un fort faisceau de queues de spermatozoïdes par une de ses extrémités. Jusqu’ici, je n’ai pas assez étudié les spermatozoïdes des espèces de ce type pour me prononcer sur la valeur ou sur la signification du stade que nous avons représenté.

Les spermatozoïdes de la Ligule asexuée ne dépassent jamais un certain stade, le stade en rosette, décrit plus haut. Nous avons donc trouvé dans cet animal un excellent point de repère pour fixer les phases antérieures ou postérieures à ce degré de développement, chez les espèces que nous avons pu étudier beaucoup plus complètement, mais dans lesquelles les différents stades d’évolution des produits mâles se présentaient pour ainsi dire pêle-mêle.

Le développement des spermatozoïdes n’était pas .connu, Sommer et

Landois pour le Bothriocépkale large (1), Sommer pour le Tænia saginata (2), ont bien figuré quelques stades, sans en chercher la succession, mais la plupart sont insignifiants, et plusieurs formes représentent des pathologiques. Nous ne croyons pâs devoir analyser [ce que les auteurs allemands disent à ce sujet et nous préférons renvoyer le lecteur à leur travail. Citons pour mémoire le remarquable travail de Salensky sur VAmphilina : (3) le naturaliste russe signale , chez cette forme intéressante , plusieurs stades que nous avons rencontrés chez les Cestodes vrais, mais il est fort probable que la série complète du développement ne se borne pas là chez cette espèce, et qu’il y a une très grande analogie , au point de vue des spermatozoïdes, entre VAmphilina et les vrais Cestodes.

L’étude des spermatozoïdes dans la série animale est très peu avancée.' Comme on ignore encore la valeur des processus observés , et comme les documents au sujet de ces produits, sont jusqu’ici très peu nombreux, nous ne chercherons pas à rattacher maintenant les faits que nous avons observés chez les Cestodes^, avec ce que l’on connaît chez les autres animaux. Nous ne pouvons, toutefois, nous empêcher de signaler la grande analogie du développement des spermatozoïdes du Lombric, comparé à celui des produits mâles des Tænias. Cela résulte de la comparaison de nos dessins avec ceux que donne Bloomfield dans son intéressant mémoire « On the development ofthe Spermatozoa » (4).

Nous avions publié longtemps avant Bloomfield le résultat de nos observations.

(1) Sommer et Landois. Ueber den Bau der geschlechlsreifen Glieder von Bothriocephalus latus. Zeits. für

wiss. Zool., 1872.

(2) Sommer. Ueber den Bau und die Entwickelung der geschlechtsorgane von Tænia mediocanellata . Zeits. f. wiss. Zool. 1874.

(3) Salensky. Ueber den Bau und Entwickelungsgeschichle der Amphilina. Zeits. f. wiss. Zool., t. XXIV, 1874 ).

(4) Bloomfield. Quarterly Journal of microscopical Science, 1880, p. 79.

(5) R. Moniez. Sur les spermatozoïdes des Cestodes. Comptes-rendus de l’Académie des Sciences. 15 juillet 1878.

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