CHAPITRE V
Outragea envers le peuple par Santerre. — Conspiration pour dissoudre l'Assemblée législative, et l'égorger ainni que Capet et sa famille.
D'ORLÉANS avait conçu le projet de faire dissoudre l'Assemblée législative, de la transporter dans le Midi, et Capet et sa famille à Marseille. Un écrit, trouvé dans les papiers de Santerre, lors du procès-verbal que je rédigeais, expliquait cette dissolution et toute la noirceur du complot. Santerre, en écrivant ses réponses, prétendit que c'était le projet d'une pétition qui lui valut les honneurs de la séance. D'après les observations, il resta convaincu et ne put se défendre de la conviction textuelle du projet de dissoudre l'Assemblée législative, de l'égorger ainsi que Capet et sa famille, et de mettre d'Orléans sur le trône. Alors, que Santerre pouvait-il répondre ? Il y avait de la différence entre un projet de pétition et un projet d'ègorgement ; il était impossible de prendre le change. Il s'écria : Je suis perdu ! Il fit des mouvements de désespoir; et les gendarmes lui ôtèrent des ciseaux et un poinçon qu'il avait saisis sur la table. Le désespoir semblait le pousser, mais la lâcheté le retenait ; sa tète s'exalta, tout son corps frémit. Alors la séance fut levée, et on le laissa chez lui se reposer, recueillir du calme. Pendant les huit jours que le procès continua, il coucha chez lui; il ne peut se plaindre de manque d'humanité.
Le lendemain de cette séance, il me dit : « Je sais que tu « es patriote austère et ferme en tes principes ; que la con- « fiance dont tu jouis me sauve ! Ne fais pas de si rigoureu- « ses recherches, réforme ce qui me perd ; tu n'es pas forte tuné ; j'ai des assignats, tranquillise-toi, ta fortune sera « faite. »
Ma réponse fut celle du mépris, et je lui en fis le reproche honteux devant mes collaborateurs, devant les gendarmes, le gardien des scellés et le citoyen de la garde nationale
mi* pour sa garde, qui tous ont signé le procès-verbal. 11 fut convaincu et avoua son tort.
La recherche n'était pas à son terme ; on trouva chez lui des écrits annonçant et caractérisant ses relations avec d'Orléans, qu'il avait précédemment dit ne pas connaître.
Ce qui acheva la conviction de sa scélératesse, fut la découverte de deux écrits de sa main, qu'il reconnut et parapha comme les autres papiers, et notamment un plan de conspiration pour la dissolution de l'Assemblée législative. Ces deux écrits contiennent les outrages les plus violents et les plus graves contre le peuple qu'il traitait dans ses écrits de vil brigand et de scélérate canaille, qu'il fallait dompter et soumettre. C'est une chose assez curieuse de voir Santerre agiter le peuple et avilir ce même peuple pour le fait de l'agitation dont il était l'auteur. Il faudrait comparer ses propres écrits avec sa prétendue popularité. On est aisément convaincu que Santerre, partout perfide, partout lâche, fut toujours l'homme du crime !
28 MÉMOIRES DE SENAHT