‹ Mémoires sur les Comités de salut public, de sureté générale et sur les prisonsChapitre 39 sur 126 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Causes particulières des événements du 31 mai 1793. — Comité central d'insurrection. — Noms des membres du comité central. — Comité général d'insurrection. — Comité de salut public départemental. — Projets du gouvernement municipal. — Complot du gouvernement militaire. — Etablissement d'un tribunal militaire. — Gouvernement d'un conseil aulique. — Proposition du dio tatoriat. — Vues du triumvirat. — Régime des consuls et proconsuls. — Dénomination des conjurés. — Secret sur le séquestre des pièces de conviction.

Le 3i mai ne fut jamais connu dans son origine, ni dans es effets ; les différentes factions en profitèrent dans leurs apports particuliers. Je vais donc dévoiler tous les mystères [ue j'aj pénétrés dans mes travaux; ce que l'on n'a jamais aissé connaître dans les affaires de Danton, Hébert, Vincent, t ce qui est relatif à la journée du 31 mai; enfin ce que l'on l caché adroitement par des motifs de crainte, d'espoir ou l'intérêt, et même de remords ; ce que l'une et l'autre des ociétés des jacobins devait divulguer; ce que la faction rorespierriste, la maratisle, la dantoniste, la hébertiste, la vinentine, l'orléaniste, celle des membres du conseil exécutif, t celle des membres de la commune de Paris, cachaient soigneusement, pour ne pas laisser entrevoir les différents genres le factions, ni laisser apercevoir les différents motifs d'inuiTection. Les renseignements que je vais donner ont été e résultat d'un travail sur l'arrestation de Pache ; mais ce ravail impartial qui avait mis au jour de grandes vérités cachées, pensa me coûter la vie. Je vais indiquer les principaux faits relatifs à chaque parti, tels que les pièces me es ont présentés.

La destruction du trône , à la mort de Capet , avait inspiré mx intrigants et aux ambitieux quelques espérances dans

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leurs projets; chaque intrigue alors produisit un parti, chaque parti eut un chef, chaque chef des complices, chaque complice des partisans qui entraînaient des masses égarées. Telle fut l'origine des maux qui désolèrent la France, et l'inondèrent de sang. Ces différents partis redoutaient la commissior des douze : ce fut d'abord contre elle que parut se diriger l'im probalion; et de sa destruction naquirent tous les établissements tyranniques et sanguinaires. Ce qu'il y a de remarqua ble, c'est que le parti d'Orléans se sépara du chef et resta uni , et que Robespierre était de toutes les intrigues. Je veus dévoiler tout ce qui fut séquestré à la justice; je ne ferai aucunes reflexions , mais je donnerai un simple détail de et que j'ai vu et lu sur ces événements. Je choquerai sans doute beaucoup d'opinions, mais je me dois a la vérité.

Les pièces du comité d'insurrection établi à Paris ne laissent aucun doute sur l'intention de la municipalité de Paris d'établir un régime municipal centralisé dans cette ville , applicable à la municipalité dans la môme forme que celle établie à Rome, pour rendre la ville de Paris supérieure aux autres communes de la France, sous la désignation de ville capitale , comme était Rome , capitale de l'empire romain et de ses conquêtes. Des écrits de Chaumette et Hébert, tels que projets et mémoires , et un manuscrit de Chaumette sur les vues du régime municipal, indiquent et caractérisent ce projet. Un rapport non signé, mais fait . à ce qu'il paraît, au comité d'insurrection, comprenait plusieurs objets particuliers, et notamment l'envoi d'émissaires dans les départements , même dans les endroits les plus éloignés , sous différents prétextes, pour donner l'opinion du peuple sur le régime municipal. L'opposition rencontrée dans les villes peuplées, et principalement dans celles qui tiraient de grands avantages , soit de leur situation ou des localités, fut définie d'une manière précise; et ce que Von appelait fédéralisme y était expliqué au nombre de ces moyens d'opposition.

L'analyse de ces différents rapports des émissaires, à part ce qu'ils contenaient sur les prétextes qu'ils ont pris,

donnait le détail de trois sortes d'opinions. L'une était celle de ceux qui, craignant de laisser échapper les moyens qu'ils tiraient de la localité, eussent vu de mauvais œil un régime qui aurait diminué le nombre des places ; le rapport annonçait tous les efforts qu'ils auraient faits. La seconde opinion prenait sa source dans la rivalité existante entre Paris et les autres grandes communes qui ne voulaient pas dépendre de celle de Paris, mais lui reprochaient ses privilèges sous le régime monarchique, et les avantages exclusifs de la résidence du corps législatif. La troisième opinion enfin était le système d'indépendance reconnu et soutenu par les vrais partisans de la liberté et de l'égalité. Le même rapport donnait des détails essentiels sur le mode et la proposition de la levée d'une force départementale, déterminée par le ressentiment contre le despotisme des jacobins et des cordeliers qui voulaient régler les opinions des députés, et censuraient ceux qui contrariaient leurs vues; par le défaut de liberté dans l'émission des opinions à la Convention, par le scandale des outrages publics commis envers les députés des départements , et les dangers que leur préparait dans le secret la malveillance ; enfin par les expressions vives de certaines grandes communes contre les attentats exercés sur leurs représentants, et contre leur liberté. 11 y a des réflexions , mises en émargement, sur ce rapport et cette analyse. Ce sont ces oppositions aux attentats contre la liberté, que l'on a osé appeler crimes sous le nom de fédéralisme! C'était cette résistance à l'oppression que l'on nommait, délit! Ce qui n'était qu'un attachement aux principes de liberté , devint un crime sur le soupçon duquel on a égorgé tant de victimes !

A ce projet de régime municipal a succédé celui de l'établissement du gouvernement militaire , lequel se trouvait indiqué dans plusieurs écrits séparés. L'un contenait l'emploi des troupes révolutionnaires, et leur formation telle que, probe ou non, on était admis pourvu que l'on par ùt attaché à la révolution , que l'on fût affilié à la société des jacobins ou des cordeliers; on préférait tous ceux qui auraient déjà servi, les gens d'un caractère prononcé, déterminé; et l'on

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y aurait donné une retraite à ceux qui, par crainte de recherches ou poursuiles quelconques , y auraient comme reçu un brevet d'impunité, qui les eût de plus en plus attachés à ce corps. Leur emploi était l'exécution forcée de toutes les lois , et spécialement des décisions du tribunal militaire auquel ils auraient été attachés.

Le gouvernement militaire eût été confié à un tribunal présidé par un grand juge : il y eût eu un grand censeur, chargé de la poursuite et de l'accusation ; un greffier et des substituts , non obligés d'être militaires , mais en portant le costume ; quatre juges et des suppléants : à leur suite eût été la force armée. Ils eussent jugé tout ce que chaque individu aurait fait contre les dispositions des capitulaires français qui eussent été les seules lois à la rédaction desquelles un conseil appelé aulique aurait procédé. Ce conseil eût été substitué à toute autre représentation nationale; il eût été permanent , et eût fait exclusivement les lois, sans autre sanction que celle du tribunal et du généralissime ; il eût exercé continuellement ses fonctions, sous le nom de Censeurs français réunis en conseil aulique. ils se seraient assemblés suivant les circonstances, et auraient tenu séance le tiers du mois, pour donner un capitulaire par mois : ils auraient eu la nomination des consuls et vice-consuls. Le tribunal militaire et le conseil aulique eussent établi des tribunaux répandus dans la France; il y eût eu un généralissime, présidant partout, soit au conseil aulique, soit au grand tribunal, ou aux tribunaux délégués où il se serait trouvé. Ce généralissime eût pu suspendre les décisions du conseil aulique et des tribunaux ; il devait accepter ou rejeter les capitulaires. La formation de ces tribunaux eût été militaire ; la décision eût été rendue militairement, et son exécution serait devenue indispensablement militaire. Enfin l'existence des citoyens eût été sous Je joug d'une discipline militaire, et leurs droits eussent été jugés par les chefs des corps auxquels ils auraient appartenu , ou qui auraient été de leur canton. Le eonseil aulique devait s'élire par lui-même , se former d'abord, et nommer à toutes les places à vie et à celles qui viendraient à vaquer par la

mort ou la démission d'un membre. La pluralité simple déterminait la délibération. Le tribunal se serait constitué luimême, et dans la même forme, mais il aurait reçu du conseil les nominations aux places vacantes dans son sein. Le généralissime eût, avant sa mort, désigné son successeur, par un acte secret ouvert par le conseil , acte qu'il eût pu retirer et changer, le dernier devant toujours prévaloir. Le généralissime eût eu l'exécution de toutes les décisions du conseil aulique et du tribunal, ainsi que la direction de toute la force armée; il eût pu traduire au grand tribunal.

Le conseil aulique, le tribunal et le généralissime étaient indépendants les uns des autres. Le grand juge . le censeur, le généralissime eussent été inviolables. Pour tous les autres membres, ils auraient été soumis à la peine prononcée par le jury général formé du chef de chaque division militaire, convoqué par le généralissime sur la demande de l'accusé, arrêté par le grand juge sur la demande du président du conseil aulique, d'après une délibération de ce conseil à l'unanimité. Jamais ils n'eussent pu être accusés pour opinion ou absence; ils avaient le privilège de ce jury pour tous délits.

La France devait être divisée en autant de divisions militaires qu'il y avait eu de généralités, toujours de même étendue, et seulement augmentées à proportion des conquêtes. Le conseil aulique nommait les consuls et proconsuls ; dans les divisions , le généralissime , le chef de division et son adjoint, le grand juge et le censeur auraient nommé à toutes les places des autres tribunaux. Le généralissime aurait nommé aux grades supérieurs des différents corps militaires; et, dans chaque corps, les officiers supérieurs à tous les grades inférieurs. Une liste était jointe pour les nominations premières des consuls, grades supérieurs, chefs de divisions : son étendue m'en ôte le souvenir exact ; mais j'y ai remarqué beaucoup de noms de gens que l'expérience m'a désignés comme intrigants : au surplus , on peut consulter le tableau des conjurés ci-après.

D'autres pièces indiquaient les travaux et projets pour éla-

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blir un dictateur. Les uns le voulaient à vie, les autres le voulaient à temps : les uns le voulaient héréditaire, les autres le voulaient électif. Les suffrages étaient divisés entre d'Orléans, Danton, Robespierre; d'autres n'en voulaient pas. L'ambition et l'intrigue poursuivant toujours le projet de dictature , Robespierre parut préféré.

D'autres pièces indiquaient un troisième projet, celui du triumvirat. Les triumvirs projetés étaient Robespierre, Marat, Danton. Marat voulait bien accepter, Danton n'eût pas refusé; mais Robespierre , toujours ambitieux, ne voulait partager le pouvoir avec personne : il éloignait le triumvirat pour avoir la dictature.

Dans le projet du gouvernement militaire , d'Orléans eut été généralissime ; Pache eût été grand-juge ; Danton ou Robespierre, président du conseil; Marat, censeur; Tallien, greffier du tribunal; et Chaumette, greffier du conseil. Les autres places eussent été partagées entre ceux compris dans le tableau ci-joint.

Suit le tableau des conjurés, autant que je puis me rappeler : il n'y a d'erreur que dans les omissions des noms de ceux que la mémoire ne me fournit pas ; mais tous ceux-ci désignés sont, j'en suis certain, des conjurés. J'assure avoir remarqué leurs noms dans les pièces :

Pache , Paré, Destournelles, Renaudin , Momoro , Vincent, Tallien, Bourbon (de l'Oise), Legendre, Isabeau, Louis (du Bas-Rhin), Billaud-Varennes, Barrère. Gollot-d'Herbois, Couthon, Saint-Just, Prieur (de la Marne), Prieur (de la Côted'Or), Guimberteau, Robert Lindet, André Dumont, Desfieux, Pereyra, Proly , Varlet , Dobsent, Hassenfratz, Ichon, Francastel, Bô, Garnier de Saintes, Marchand, Ferrière, Rousseville, Liasinski, Héron, Nicolas, Lavau, Guzman. Méhée, Taschereau, Ronsin, Vadier, Fabre-d'Églantine, Romme, Yillain-Daubigny, Morel , Lequinio , Laignelot, Lebon, Pmry, Julien de Toulouse, Dubois-Crancé , Levasseur (de la Sarthe), Bassal, Chaumette, Goupilleau (de Fontenay), Goupilleau (de Montaigu), Vouliand, Delacroix, Danton, Lhuillier, Philippeaux, Hébert, Ricard. Gauthier, Albitte, Laplanehe, San-

terre, Panis, Sergent, Lesage-Senault ., Robespierre, Amar, Roussel, Rouhier, Marat, Mathieu, Fleuriot, Dumas, Montaut, Clootz, Hermann, Col'finhal, Bodin, Boudin, Belle-garde, Léonard-Bourdon, Barras, Manuel, Rossignol, Fouquier- Tinville, Robespierre jeune, Duhem, Moulins, Bernard, Dupin eune, Carabon, Guffroy, Duparc , Lalande, Jean-Bon-Saint- André, Charbonnier, Granet, Massieu, Blondel, Quernil, Cousiers, Crassous, Maillard, Fournereau, Pille, Grammont, Graramont le jeune, Lepolet, Barré, Vanec, Quinei, Thomas Lindet, Armonviile, Rullh, Sainte-Foi, Saint-Huruge , Sijas, Beaudoin, Narcisse, Rocher, Ancard, Félix, Minier, Lachevardière, Pointe, Ruelle Forest, Bouchotte (le médecin), Bouchotte (le jeune), Moninac, Brisson, Portaux, Joly, Hardouin, Veau- Delaunay, Morin, Portail, Payen, Payan, Lavalette, Boulanger, Bourlet, Henriot, Salencey, Fauvetli, Chauvelin, Duport, Gohier,Lafond, Henri, Guirault, CharlesÉtang, Dupré,Dupont, Parrein, Parrein, Sambat, Darmot, Lafosse, Dujardin, Le grand, Chambellan, Morlot, Miller, Cordellier, Cordier, Xavier- Audouin, Goujon, Richard, Pommeraye, Chrétien, Yerteuil, Berton, Delaunay, Dugué, Roche, Bertin, Chaudron-Rousseau Protey, Chàteauneuf-Randon, Charlier, Scellier, Château, Lannot, Ruamps, Chabot, Bazire, Audouin, Bunel, Gonchon, Philippe, Lebled, Legras, Leblond, Durand, Laber, Lenoir, Isambert, Portiez, Chapelain, Reverchon, Ledoux, Bréard, Tranchard, Jamin, Laurent, Maignet, Baudot, Villaret, Chamloup, Fournier, Natté, Tartanac, Fougault, Liébaud, Ghampertois, Pisson, Beliot, Dumont, Grandmaison, La Roche, Bisson, Grandsire, Gannet, Hattinguai6, Coppins, Leroy, Maignon, Lagrange, Gaudin, Brochet, Chancerelle, Delour- •ville, Cabanis, Duplain, Jourdeuil, Jallot, Saintex, Montané, Desmagdelaines, Desfougères, Lamarque, Commaire, Lullier, Boissonnet, Masson, Frippier, Vivier, Tavernier, Rabais, Maire, Roux, Jaillant, Heurtin, Neirot, Laine, Binet, Georges, Brûlé, Hardi, Sermaize, Crivel, Lefiot, Allard, Jean-Baptiste Lacoste, Javogue, Lejeune, Elie Lacoste, Baudot, Fillot, Bari, Salicctti, Etudier, Pautrisel, E. Lavallée, Foussedoire, Moïse Bayle, Brrnard de Saintes, Forestier, Peyssard, Duquesnoy, Duroy,

Soubrany, Bourbotte, Maure, Carrier, Lebas, Simon, rCamille-Desmouhns, Deliège., Piaut, Uabby, Michel, Véron, Armand-Aubin, Bion, Bertrand, Boissieu, Bordas, Cusset, Chazal, Rubat, Choudieu, Couturier, Celestin le fils, Chenu, Compagne, Desroches, La Planche, Dubarran, Duplay cadet, Devèze, Dufour, Ridicr, David, Denizot, Dherbes, P. Pon, Defeuguières, Dufourny, Daure, Duloche, Dulac, D'Orléans, Escudier, Engerran, François, Froment, Fournier, Lam, Fameau, Suvé, Fauvel, Fleuriot le jeune, Fualdès, Freteau, Fallet, Faure, Fabrefond, Fréron,Frécine, Gourrault, Commis, Garrau, Garran de Coulon, Gommaire , Guillet, Grcbauval, Gérard, Girard, Garnier, Guermeur, Gravier, Gelibert, Gilbert, Guyomard, Hentz, Huguet, Haini, Jullian, Jullienne, Lunglois, Legot, Laplace, Laine, Le Bois, Loiseau, Lessol, Lavicomterie, Le Bas, Laurence, Lacroix, Lakanal, Lumière, Liendon, Lanne, Lagarosse, La Crampe, Legraverand, Lebatteux, Lapeyre, Lecointe, Laurent, Lecomté, Osselin, Pinel, Poeholle, Picard, Paul, Pijol, Polet, Petit, Pages, Poussin, Pierre Poullain, Pessou, Glispis, Ricord, Roux, Rovère, Reverchon, Reubell, Royer, Roguai, Roussillou, Souberbielle, Suvière, Subleyras, Serou, Santerre jeune, Taclanac, Tavernier, Thuriot, Theriond, Turreau, Thoreau, Toumin, Tasselin , Trannonet, Verle, Vilatte, Verteuil , André Darbogast, Aubry, Auguis, Aygoin, Bourron, Baumont, Boucher, Bouret, Leblond, Delane, Fermond, Brichet, Mathieu, Laporte, Effln, Norant, Étang, Dupré, Dubouchet, Espert, Fargeau Le Pelletier, Hérault de Sechelles, Defrance, Lagray, Hue, Vachard, Valville, Robert, Defraisse, Tourneur, Sirec, Seras, Syblond, Subelle, Albard, Scietti, Muret, Malveau, Montbanc, Isoré, Casque, Laiguillon, Sieur, Des Coins,' Chevalier, Normand, Dembleme, Arbel, Tourte, Chappé, Dole, Sir, Jagot, Laborde, Ponce, Retou, Philippe, Texier, Lagarde, Degouge, Loisif, Montbrun. On variait sur le compte de d'Orléans; on voulait le porter au généralat pour sa fortune, ensuite l'opinion changea. Les partis parurent froissés et les esprits se divisèrent. Tout manqua d'éclater, et ce projet fut anéanti par celui du dictatoriat. L'opinion se partageait entre Robespierre, Danton et

d'Orléans; mais l'embarras du choix fit remplacer cette proposition par celle du triumvirat entre Robespierre, Danton et Marat. Robespierre ni Danton ne voulaient point partager les pouvoirs ; Marat eût accepté tout. Robespierre tint pour la dictature, en établissant le conseil aulique, le tribunal et le généralat qui eussent dépendu de lui. Si ce dernier projet n'a pas été exécuté, la cause en est dans le froissement des passions : il fut d'abord adopté par les comités d'insurrection, mais les événemens ont tout dissous. Le principal but était d'éloigner et de faire périr ceux de la Convention qui étaient proscrits, et de relever sur-le-champ un autre gouvernement qui eût été aussi despote et arbitraire que la monarchie.

». Un comité central d'insurrection avait été organisé ; les membres étaient : Dufourny, Varlet, Dobsent, Hassenfratz, Marchand, Rousselin, Desfieux, Rousseville, Proly, Pereyra, Liasinski, Loveau, Laveau, Guzman, Nicolas, Clémence. Ils avaient pour secrétaire Couzières. Un nommé Effin, de la section de la Cité, prépara et détermina la réunion de ce comité à la municipalité de Paris où il fut transporté de l'Évèché ; là, il fut augmenté des membres delà commune de Paris et d'un commissaire de chaque section ; et ce fut ce qui autorisa un nommé Maillard, de la section de la Cité, à prendre le titre de président du comité central des commissaires réunis des section de Paris. Ce comité réuni, qui ne remplissait pas les vues ambitieuses de Dufourny, et où l'anton avait la préférence sur Robespierre, fut dissous par les manœuvres de- Dufourny et de Robespierre, qui le transformèrent en comité de salut public du département de Paris. Robespierre, craignant de ne pas remporter encore, a résolu la mort des chefs de parti. 11 existe un procès-verbal d'une des séances du comité d'insurrection établi dans le local des électeurs où avait été décidé le tocsin du gros bourdon de l'église Notre-Dame.

La conduite de ces différens comités n'offrait rien que d'affreux et d'ignoble. Dans le premier comité central d'insurrection, ils se disputaient, se battaient entre eux ; il n'était

question que d'assassinats, de meurtres ; on y proposa d'égorger les prisonniers du Temple, de faire une liste de proscription, de fermer les barrières et de fusiller les proscrits^ Ces honorables membres étaient pour cela bien payés ; un événement l'indique. Ils rentraient un jour en séance, après avoir reçu chacun une somme égale de deux mille cinq cents livres ; le président avait devant lui des pots de fleurs, et il laissa cette somme entre les pots où elle lui fut prise; aussitôt on chercha le voleur, et Desfieux fut convaincu ; il dit avoir fait un badinage, que cependant on pouvait traiter de vol. Ce même comité se divisa, et Dufourny fit extraire cinq membres pour former un conseil d'exécution qui tint ses séances à part dans une petite chapelle. Le surplus du comité cassa ce même conseil ; alors il n'y avait pas de tabagie, de lieu de débauche semblables à ces comités. A côté était une assemblée générale où l'on allait porter et faire approuver ce que l'on voulait qui fût légalisé par ce qu'ils appelaient le peuple, et qui pourtant n'était que la réunion de tous les factieux, des intrigants et des hommes égarés. L'assemblée prétendit que les sections n'étaient pas représentées, elle délibéra l'adjonction d'un commissaire par section, et au moyen des difficultés élevées par le nommé Effin, pour que les insurgés quittassent le local de l'Évêché, tout alors fut réuni à la municipalité de Paris, dans la maison commune ; là cette réunion de commissaires et des membres directeurs de l'insurrection s'effectua. Daubigny alors, comme depuis, toujours dantoniste, fut le greffier secrétaire de cette nouvelle assemblée délibérante dont les séances étaient secrètes; mais préférant Robespierre à Danton, Dufourny se trouva entre deux feux; il prétendit qu'il fallait diminuer le nombre de cette assemblée, et proposa l'établissement d'un comité de salut public, pour y appeler des membres représentant les districts et communes du département : il réussit. Telle fut l'origine du comité départemental de salut public. Alors toutes les passions étaient eu mouvement, tous les partis étaient en présence ; ils se craignaient, et de là les proscriptions de Robespierre contre les

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chefs des conjurés et des partis. Ensuite sont survenus des e^nements inattendus de tous.

En me reportant à l'objet, à la cause et aux effets de l'insurrection, j'ajouterai donc que je reconnus dans les pièces des notes qui m'indiquèrent de même ce que je vais transmettre. Un parti puissant contrebalançait leur ambition dans la Convention ; il fut question en conséquence de la dissoudre, et même de l'égorger. Nul ne devait être épargné s'il n'était dans la faction liberticide. Proscrire ne suffisait pas; déjà l'on préparait les moyens d'exécution, et ce qui retenait encore c'était la réclamation des départements. Telles sont les expressions d'un procès-verbal d'une séance du comité d'insurrection. Alors chacun avait ses vues, et il fut décidé de mettre le peuple en avant, de légitimer une insurrection en son nom ; la liste de proscription fut rédigée, les victimes furent désignées.

Aux pièces sus-indiquées étaient joints les renseignemens sur la perfidie de Dobsent. Alors Dobsent présidait la section de la Cité. On peut se rappeler l'arrêté de cette section, la pétition et le discours infâme prononcé par l'orateur de la section, c'est-à-dire d'une députation, surprise ou non, qui frappait si vigoureusement la commission des onze. Cet orateur était alors le nommé Protey, secrétaire de la section : ce fut à lui que le représentant Isnard répondit, qu'en pardonnant à sa jeunesse, on n'en reconnaissait pas moins une trame odieuse. Ce que l'on ignorait, c'était que Dobsent avait seul rédigé l'arrêté de la section dont il avait eu soin d'omettre à la lecture quelques articles, ce qu'indique une note d'observations. On fit mettre la garde nationale sous les armes ; on imagina des prétextes ; la quantité des gens armés en imposa. On trompait le peuple ; on égarait les uns, on tenait les autres dans l'ignorance. Chaque complice, entrant plus ou moins avec ses prétentions dans les projets ci-dessus, était chargé d'un rôle particulier. Legeadre s'y prit en boucher, Amar y fut le distributeur d'une immensité de mensonges; il n'était pas sans prétentions, non plus que Le^endrc et Tallien, quoiqu'à cette époque

Tallien lut en mission. Les représentants complices, qui .se trouvaient dans les départements, étaient chargés de prévenir toutes les réclamations, et d'employer tous les moyens pour faire parvenir et adopter des adresses d'approbation et de félicitation sur la glorieuse journée du 31 mai. Aux pièces que j'indique sont jointes des lettres de flagorneries de certains députés en mission qui protestaient de leur dévouement, et annonçaient qu'ils n'avaient rien omis, ni caresses envers les uns, ni menaces envers les autres, pour procurer ces différentes adresses. Tels sont les renseignemens sur la conspiration majeure d'une faction populicide, que m'a procurés un travail d'analyse sur des pièces réunies, dans différents cartons, au sujet de l'arrestation de Pache, d'abord projetée par les deux comités de sûreté générale et de salut public séparément, et ensuite convenue entre les deux comités et confiée au comité de sûreté générale.

Ces faits couvrent de honte les membres du comité de sûreté générale, coupables de silence d'un côté, et de l'autre de complicité.

Tel est le mystère dont on prétendit environner ces renseignements, qu'on a pris tous les moyens pour ôter la parole et la défense à Danton et à ses complices. C'est là ce qu'on a voulu voiler du prétexte d'une conspiration de prison ; c'est là ce qu'on avait tant d'intérêt de cacher dans le procès de Hébert, Vincent, Ronsin et complices. Aussi, lorsque j'eus lu au comité de sûreté générale mon travail d'analyse qui dévoilait toutes ces horreurs, je fus tellement menacé par les coupables, que de frayeur je partis, laissant là et les pièces et mon rapport. On craignit que je n'en eusse quelques notes, et l'on vint faire une visite chez moi, rue de la Loi, hôtel Lancastre. Cependant quelques membres me défendirent, parce qu'il fut question de me faire couper la parole. Je leur dois la vie, mais on ne m'a pas perdu de vue; quelques mois après je fus amené à la boucherie, dite nationale. Alors survint le 9 thermidor, et les assassins privilégiés furent chassés de la tuerie ; mais la

crainte que je ne parlasse m'a fait retenir dans les fers sans qu'on veuille me faire juger. Si quelques coupables de ces complots, conspirateurs, auteurs de la persécution du 31 mai, osaient les dénier, ou si leurs partisans donnaient un démenti, cela ne suffirait pas ; en cas de poursuites, pour toute preuve je ferais rapporter les cartons sur lesquels j'ai travaillé, les livres qui contiennent l'enregistrement des pièces, et je ne crains ni blâme ni démenti.

C'est ainsi que naquit et s'opéra la proscription du 31 mai, et c'est pour l'envelopper d'un profond secret, que le tyran Robespierre a coupé la parole à ses complices et prévenu ainsi toute révélation. Ce fut dans le même dessein que Louis du Bas-Rhin disait à Amar : C'est une indiscrétion sur laquelle je ne serai jamais tranquille, que d'avoir fait faire ce travail analysé par un homme tf un département non jacobin, dont le souvenir me fatigue ; nous devions ne rien laisser transpirer et faire ce travail par nous-mêmes. Amar ui répondit : La crainte, ou l'effet de la guillotine le feront bien taire ; en tous cas il faut que ces pièces-là soient dans la boite noire. C'était le nom que l'on donnait à une caisse qui servait de dépôt hors du comité, mais j'ignore où. Non, dit Louis du Bas- Rhin, il faut les conserver pour maintenir les uns et en imposer aux autres, et pour faire un triage de pièces et un travail qui puisse nous tenir en sauve-garde. Il fut donc convenu que Louis du Bas-Rhin les emporterait chez lui et serait chargé de cette opération, ainsi que de la conservation du tout. rétais dans le cabinet à côté du comité, où l'on prenait quelques rafraîchissements et j'y mangeais un morceau rde fromage. Je prêtai l'oreille à cet entretien, la porte était entrouverte. Malgré ce projet de séquestre, ils n'ont pu faire disparaître l'enregistrement des pièces, et je leur en prouverai toujours l'existence.

Quelles réflexions sur le 31 mai ! Je les laisse au lecteur, ennemi de la perfidie et de la scélératesse ; le tableau des faits parle de lui-même! Ce fut ainsi qu'au nom de ia liberté on assr-rvissait ic peuple, et cette époque, sans doute, est une dos plus malheureuses de la révolution ; alors les prin-

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cipes furent violés, l'anarchie bouleversa tout! Tels furent les premiers mouvements et les projets des triumvirs, dictateurs, décemvirs, montagnards, jacobins, cordeliers et électeurs.

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