‹ Mémoires sur les Comités de salut public, de sureté générale et sur les prisonsChapitre 53 sur 126 · PAR LA COMTESSE DE BOHM NÉE DE GIRARDIN · texte numérisé non relu

PAR LA COMTESSE DE BOHM NÉE DE GIRARDIN

Échappée comme par miracle à la tourmente révolutionnaire, je veux sans animosité, sans désir de vengeance, sans aucune vue de récrimination, mais par amour pour Ja vérité, lorsque ma mémoire est récente, la plaie vive encore, publier les événements qui précédèrent les nombreuses arrestations qui eurent lieu en 1793 ; j'en fus victime et témoin; j'y joindrai ceux que j'appris dans les diverses prisons d'État où je séjournai pendant quatorze mois.

La révolution qui éclata en France atteignit à tort et à travers hommes, femmes, enfants, vieillards, pauvres et riches. On pouvait, dès le 14 juillet 1789, prévoir une partie des calamités qu'elle déverserait sur l'Europe. Je disais souvent à ses plus zélés promoteurs : « Un mouvement si violent, si rapide, si éteudu, produira indubitablement, chez une nation comme la nôtre, une multitude de désastres. » Ils y voyaient la gloire et le bonheur de la France, une œuvre philanthropique !

11 faut l'avouer, de grands changements dans les institutions étaient devenus inévitables, la fermentation des esprits s'accroissait journellement. Les nobles cherchaient, par le moyen des états généraux, à recouvrer d'utiles prérogatives et surtout l'immense influence qu'ils avaient perdue en quittant, pour ramper à la cour, les illustres manoirs de leurs ancêtres. La haute bourgeoisie, enrichie par le commerce, l'industrie et les grandes spéculations, aspirait aux emplois de l'État. Enfin l'universalité des Français, fatigués de l'arbitraire, voulait à tout prix s'y soustraire, et acquérir la certitude pleine et entière du redressement des abus.

Le déficit exigeait, sans aucun doute, des mesures adaptées au mal, un régime conforme aux progrès des lumières,

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un système d'amortissement, et surtout de larges et sages économies ! Hélas ! à cette époque décisive, la France ne possédait aucun homme d'État. M. de Calonne, ministre dirigeant, déplaisait à la nation, au clergé, aux parlements; il acheva de les indisposer au dernier degré, en voulant asseoir de nouveaux impôts sur un pays qui se plaignait d'en être surchargé. Les cours souveraines refusèrent l'enregistrement. Un mécontentement général s'éleva contre Versailles. Des discussions publiques et privées s'établirent de toutes parts. La masse, en haine de l'établissement d'une cour plénière, prit parti pour la magistrature. L'agitation devint universelle, la résistance à l'autorité se qualifia de patriotisme , et à force de raisonner sur ces grands intérêts , les Français et l'Europe s'étonnèrent également qu'en temps de paix, quatre cent cinquante millions ne fussent pas suffisants pour solder les dépenses. « Nulle autre puissance continentale, disait-on, ne jouit d'un semblable revenu, toutes entretiennent, de nombreuses armées, pourvoient régulièrement aux nécessités publiques. »

Necker, dont on attendait merveille, acheva d'enflammer les esprits en provoquant la publicité des opinions. 11 brouilla, souleva, renversa tout; et s'appuyant du vote de la minorité des Notables, il organisa un mode de convocation d'Etats généraux qui amena de suite la révolution : en sorte que cet homme compléta et outrepassa même les entreprises les plus désastreuses de ses inhabiles devanciers.

Le bien public pouvait résulter de réclamations justes et modérées, de concessions équitables et nécessaires, les cahiers étaient rédigés avec sagesse et connaissance des localités, et sous un roi tel que Louis XVI, il était possible, sans secousses, sans troubles, enfin sans révolution, de réaliser les améliorations les plus utiles. Il en arriva tout autrement : l'État fut ébranlé , et les commotions populaires prirent dès l'abord un caractère de violence que les événements subséquents n'ont pas cessé de développer.

En 1789, j'avais vu dans les rues de Paris des cadavres mutilés, des tètes portées sur des piques, les meurtriers con-

éuits en triomphe, la tourbe enivrée de carnage et disposée au crime ! Ces scènes hideuses m'avaient tellement affectée que dans les premiers jours qui suivirent la terrible crise de juillet, la terre me paraissait prête à s'erîtr'ouvrir , tant je croyais impossible que Dieu pût laisser un moment de semblables forfaits impunis !

Ce fut donc le 15 août de la même année que je m'éloignai avec empressement de cette France livrée à l'anarchie et à tous les excès. Je la quittai comme on fuit une terre proscrite ; je me réfugiai en Suisse, j'y trouvai la sécurité, le bien-être, et des âmes à l'unisson de la mienne.

Cependant mes devoirs de mère envers un fils que l'émigration de son père et ma longue absence rendaient cemme orphelin, mê ramenèrent à Paris en 1701, et depuis lors, les atrooes lois sur les pères et les mères d'émigrés ne me permirent plus de m'éloigner des miens; cependant, ayaot en horreui le séjour d'une ville, théâtre perpétuel des scènes les plus révoltantes, je la quittai au moment où les massacres de septembre venaient de révéler àJ'univers toute la perversité du parti dominant. Je m'en éloignai après avoir été au 10 août assaillie dans ma demeure, dont j'avais fait fermer l'entrée à ces assassins gorgés des dépouilles du roi et du sang des Suisses : ils demandaient alors, de maison en maison, un salaire et des rafraîchissements. Mon valet de place, mêlé parmi eux, et portant encore les traces du meurtre auquel il avait participé, voulut, le soir même, reprendre près de moi son service accoutumé. Je le chassai avec horreur, et, chose étrange, il reçut son congé, son salaire, et s'éloigna sans proférer une parole.

La retraite, une profonde retraite, convenait à ma situation et à mes penchants; paisible par instinct, par habitude, par réflexion , j'ai toujours haï cordialement les dissensions publiques ou particulières. Je louai donc à Senlis un appartement confortable, dans un quartier isolé ; ne fréquentant , ne recevant habituellement que la famille de mon hôte, le respectable M. Picot, officier général; je me croyais oubliée de tuut l'univers.

Cependant, je passai l'hiver péniblement; le procès du roi me paraissait une iniquité nationale qui s'étendait sur tous les Français, et me rendait aussi comme solidaire d'un événement qui ne pourrait jamais s'effacer. Appelée précipitamment à Paris par l'incarcération de mon jeune frère et celle d'un capitaine de vaisseau notre parent, tous deux englobés dans le procès de M. de Blanche Lande, j'allai les voir à l'abbaye Saint-Germain, et, dans l'enceinte de ces murailles teintes de sang, je trouvai le jeune homme sans crainte et sans prévision; le marin calme comme au milieu d'une tempête; M. de Blanche Lande, pâle comme la mort. Une même voiture ramena M. de Y., moi et mon fils. Le sort du roi avait été décidé la veille au milieu d'une orgie, et M. de V., dans le désordre d'esprit qui suit une telle débauche, ne craignit pas de me le révéler. Certes, la république n'y fut comptée pour rien; on y avait arrêté, comme s'exprima M. de V., le choix d'un maître.

Le lendemain, vers dix heures du matin, j'allai chez Vergniaud : il était prévenu; il me reçut en peignoir. « 11 fallait la république, me dit-il; l'invasion du royaume, que le roi avait provoquée, ne laissait aucun autre moyen d'électriser la France, de maintenir son intégrité. — C'est possible, répondisse, il y a eu des républiques, il en existe — Ce

système, reprit-il vivement, brise le trône ! — Celui qui l'occupait, ajoutai-je, est resté inviolable et sacré; vous n'avez pas le droit de le mettre en cause. — Madame, de tels événements suivent une marche funeste, forte et entraînante, dont l'homme ne saurait triompher; c'est le torrent débordé, on s'y jetterait sans en modifier les effets. Je vous donne ma parole, j'en répondrais sur ma tète, l'appel au peuple passera, nous avons la majorité. — Sera-t-elle stable, lui dis-je, en présence du parti qui dispose des septembriseurs ». Je le quittai. Président de la Convention, les destinées de la France et de l'Europe reposaient alors sur lui !

Mon frère sortit de l'Abbaye, je retournai à Senlis, et le 21 janvier, marchant au hasard et précipitamment, je vis sur le rempart des personnes des dernières classes du peuple,

pleurant, témoignant ouvertement leurs regrets sur l'attentat qui allait avoir lieu. « Us sont trop nombreux à Paris, disaient-ils, ils l'empêcheront. » Le soleil perçait les nuages avec force; il éclairait un pareil crime. Cette honte nationale, qui se transmettrait d'âge en âge, dont le reproche devenait pour chaque Français une offense personnelle, pesait sur moi d'une manière funeste.

J'acquis, en mai 1793, un joli verger que je fis cultiver avec soin; en le voyant journellement prospérer, se parer de fleurs et de fruits, je bénissais la Providence qui, au rebours des humains, récompense au centuple nos travaux. J'y séjournais une partie de la journée; un banc de gazon me servait de lit de repos; là, m'appuyant contre des pruniers qui l'ombrageaient, je cherchais vainement à oublier le passé. L'avenir était menaçant, il n'existait plus de repos, plus de sécurité... Chaque soir je parcourais solitairement la vallée, je rentrais en ville à la nuit close.

Une sœur charmante et tendrement aimée vint partager ma solitude. Nous fixions avec effroi les nuages qui s'amoncelaient sur l'horizon politique, et nous annonçaient une nouvelle et affreuse tempête. La défection de Dumouriez, l'envahissement des frontières du nord, la prise de Valenciennes excitaient vivement les craintes de la Convention.

Les circonstances étaient si impérieuses, que des levées en niasse, des mesures à la Danton, paraissaient nécessaires : cependant les forfaits inouïs commis antérieurement avaient effrayé la France et révolté l'Europe. Il s'agissait, sous des formes nouvelles, d'obtenir les mêmes résultats. Les comités de gouvernement, sur le rapport de Barrère, firent décréter une loi dite dès suspects, qui enjoignait aux autorités constituées d'arrêter les nobles, les prêtres, les personnes de toute classe soupçonnées d'incivisme, et de les renfermer dans les maisons d'arrêt préparées à cet effet dans chaque département.

Collot d'Herbois, ex-comédien, Isoré, cultivateur, et Le Quinio, avocat breton, furent chargés par le comité de salut 1 ublic d'exécuter ce funeste décret.

Exerçant d'abord leur rage dans le département de l'Aisne, ils placèrent dans toutes les administrations des hommes sanguinaires, et instituèrent dans les villes et même dans les villages des comités de surveillance. Ces sentines de délation étendirent la persécution sur les citoyens qui ne partageaient pas leurs fureurs. Les sociétés populaires s'emparèrent violemment des églises métropolitaines qui devinrent, par suite de cette profanation, le réceptacle de tous les excès. Collot d'Herbois y haranguait journellement la foule de curieux, de malveillants, d'égoïstes, que la nouveauté du spectacle attirait. Cet homme, d'une nature infernale, employait à outrager l'humanité les moyens qui lui avaient été départis pour un plus noble but.

Le département de l'Aisne éprouva donc dans toute sort étendue les terribles résultats de la mission des trois conventionnels; un grand nombre d'individus furent dénoncés, appréhendés, incarcérés; et, tandis que le féroce Le Quinio achevait cette terrible besogne, ses collègues se rendirent de Soissons à Beauvais, chef-lieu du département de l'Oise, dans lequel j'habitais. Cette ville riche, industrielle, commerçante, vit forger les foudres qui atteignirent en peu de jours des milliers d'individus. Un ordre des deux proconsuls enjoignit aux districts d'arrêter les nobles et les prêtres , non fonctionnaires publics, ainsi que toute personne déclarée suspecte par les comités de surveillance. Ce fut un vrai drap mortuaire que les autorités se complurent à étendre, afin qu'il embrassât plus d'espace et ensevelît plus de victimes. Après avoir présidé en personne aux arrestations faites à Beauvais, Collot d'Herbois s'établit à Senlis. Heureux de commettre impunément les forfaits qui souriaient à son infernal génie, satisfait de se faire craindre et de jouer enfin à son gré un grand rôle sur un vaste théâtre, il se montrait orgueilleusement en public, mais il tenait sa demeure fermée, éloignant ainsi toute réclamation.

Aussitôt que le redoutable arrêté de proscription fut connu dans la ville, le silence et l'épouvante y régnèrent ; le morne effroi des honnêtes citoyens contrastait singulièrement ave.

le tumulte, le désordre, les vociférations d'une soldatesque effrénée qui remplissait les rues, faisait retentir l'air de menaces et d'affreuses clameurs. Ces nouvelles levées marchaient alors aux frontières du nord, et portaient à la pointe de leurs baïonnettes les oreilles, les doigts de Français massacrés précédemment. Néanmoins ces provocations au carnage ne produisirent à Senlis aucun effet immédiat, mais elles fomentèrent les délations, les arrestations, dont le pillage des biens appartenant aux prévenus était le véritable but.

Le marquis d'Hérouville, maire de la ville de Senlis, vint chez moi le 15 août 1793 : deux officiers et un notable l'accompagnaient. 11 me lut à haute voix l'arrêté du conseil général du département de l'Oise. Les conventionnels, pour se mettre à l'abri de toute responsabilité, faisaient toujours intervenir dans l'exécution de leurs odieuses mesures, les autorités locales; ils rendaient ainsi leur crime national.

« Agissez-vous en vertu de cet arrêté? dis-je à M. d'Hérouville. Vous le savez, citoyen, nul Français ne peut être appréhendé qu'en vertu d'un jugement. — N'ètes-vous pas noble? reprit l'un deux : que fallait-il répondre à Collot d'Herbois? Si vous voulez donner acte de votre désaveu, nous le ferons valoir; nous sommes à plaindre, nous obéissons exactement, et nous sommes sans cesse déuoncés. — Celui qui facilite l'iniquité, la commet, répondis-je. Si vous prévoyez votre emprisonnement, vous êtes doublement blâmables, vous périmez avec l'exécration universelle; votre résistance eût peutêtre empêché le crime, et dans tous les cas vous aurait illustrés. Je ne désavouerai pas ma famille, je l'honorerai en protestant contre votre attentat, et ne me soumettant qu'à la force. »

Ils se retirèrent. Ces gens-là vous laissaient dire tout ce que vous vouliez ; ils écoutaient, mais un échafaud les vengeait. La turpitude qui signale cette époque fut telle que les parents, connaissances, clients des proscrits, prêtèrent leur appui au conventionnel. Pas un citoyen, j'en excepte le jeune Crétclle, procureur de la commune de Senlis, n'éleva la

voix contre cette atroce mesure : cet homme distingué donna sa démission, et quelques mois plus tard paya de sa tête sa généreuse conduite.

Aussitôt que les nombreuses arrestations furent terminées, k municipalité donna ordre aux gardiens qu'elle avait placés dans l'intérieur de nos maisons, de river les portes bâtardes, de barricader les fenêtres extérieures. Ces geôliers, pris parmi les artisans et les domestiques, recevaient de nous trois francs par jour. Ce salaire, quoique gagné pour ces horribles soins, ne leur répugnait plus : ils remplissaient, de concert avec les sentinelles placées à l'extérieur, l'office d'espions, de délateurs, de provocateurs.

Une ancienne amie apprend mon arrestation, arrive à Senlis avec une voiture et un permis du comité de sûreté générale pour m'amener à Paris : je m'y refuse. Je voyais en tout lieu les cachots entr'ouverts; la persécution avait une marche régulière et acerbe qui démontrait qu'elle deviendrait générale. « Peut-être, disais-je à cette amie, me laisseront-ils chez moi. » Elle me quitta, déplorant avec raison mon aveuglement.

J'étais donc depuis trois semaines séparée de toute relation sociale au dehors, lorsqu'une première translation de prisonniers s'arrêta sur la place d'Armes, en face de mes fenêtres. Les impitoyables gendarmes avaient entassé pêlemêle, dans dix mauvaises charrettes, les détenus et les effets. Ces voitures stationnèrent plus de trois heures en plein soleil , entourée d'une multitude excitée au désordre et sans cesse renforcée par un grand nombre de gardes nationaux marchant à l'ennemi ; ces soldats ivres et grossiers vociféraient contre ceux qu'ils nommaient des suspects les imprécations les plus virulentes : mais les pervers, Dieu l'ordonne ainsi, n'accomplissent jamais en entier le mal qu'ils projettent.

Les prisonniers placés sur ces tombereaux paraissaient plutôt braver la mort que la craindre. Hélas! dans cette fatale occurrence, je ressentais vivement le danger de leur position ; je me représentais l'abandon de leur domicile, ces

maisons désertes, peut-être déjà livrées au pillage, ces enfants en bas âge séparés de leurs parents et privés avec violence du toit paternel.

Enfin, soit impuissance de faire commettre par les Senlisiens les massacres espérés par Gollot d'Herbois, soit par d'autres motifs, comme différer pour mieux réussir, le convoi se mit en marche, et les prisonniers, couverts de huées et de boue, prirent la route de Chantilly : les clameurs, les outrages les y accompagnèrent.

Deux jours s'étaient à peine écoulés depuis ce transfèrement, lorsqu'à trois heures du matin ma chambre fut bruyamment investie par deux gendarmes précédés par mon gardien, qui leur dit en ouvrant mes rideaux : « La voilà! — Point de ménagement pour les suspects, s'écria le brigadier ; lève-toi, me dit-il, dans un quart d'heure nous te conduirons à Chantilly. » Il plaça une sentinelle au pied de mon lit. Je prévoyais mon sort, je ne me déshabillais plus. Mon Amédée, âgé de dix ans, devait le partager. Je lui avais peint la veille toutes les horreurs d'une prison : « Laisse-moi, me demandat-il, laisse-moi te suivre, ma mère. » Il embrassait mes genoux. « J'aime mieux te suivre que d'aller avec eux. » Age heureux, où la prévision n'éteint pas le sentiment.

Au moment même où je me disposais à dire à ma sœur un tendre et pénible adieu : « Je ne te quitterai pas, dit-elle en m'abordant, nous partirons ensemble. » Je la serrai dans mes bras, je reçus cette offre comme je l'eusse faite, mais ma reconnaissance et mon émotion furent sans bornes.

Cependant les gendarmes préposés à notre garde déclamaient violemment contre les aristocrates, leur attribuant les périls qui menaçaient alors la France. « Il était à regretter, disaient-ils, que cette mesure patriotique d'incarcérer les suspects n'eût pas été prise dès 1789. »

Les arrangements de notre translation dépendaient d'eux. Je leur fis donc servir, vers cinq heures du matin, un bon déjeuner qu'ils accueillirent avec plaisir. Nous apprîmes que tou6 les quatre jours ils étaient de garde au château <ie Chantilly. Nous pouvions, ajoutèrent-ils, compter dv>renavant

sur leurs bons offices. Une fois gagnés, je dois avouer qu'ils mettaient de la bonne foi et même du zèle à remplir les commissions dont ils se chargeaient. Je n'en ai jamais fait usage que pour des objets de peu d'importance.

A neuf heures du matin nous montâmes en voiture : c'était la nôtre, les gendarmes l'avaient permis. Une foule prodigieuse et les nouvelles recrues nous entouraient, demandant à grands cris que les stores fussent levés. Nous baissâmes même les glaces ; et ces furieux apercevant avec surprise deux femmes et deux enfants : « Est-ce donc là, disaient-ils, ces conspirateurs qui font tant de mal à la nation? »

Des oiseaux privés que ma sœur aimait beaucoup étaient aussi du voyage ; l'un d'eux,, Goliath, beau moineau franc, s'effraya, s'envola, et se posa sur le siège occupé par un gendarme; celui-ci saisit avec égards le fugitif, nous le rendit obligeamment. Nous cheminions cependant au milieu des vociférations, et blessées par des cailloux lancés contre nous; mais l'injustice des hommes nous inspirait un tel mépris, qu'oubliant en quelque sorte le fatal convoi dont nous faisions partie, nous nous occupions d'un oiseau.

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