VIII INTRODUCTION
des Comités. La ligne de démarcation tracée par la main d'un législateur hâtif, écrivant sous la dictée des circonstance et s'en fiant à elles du soin de compléter leur œuvre entre les attributions du Comité de sûreté générale et celles du Comité de salut public est des plus vagues et des plus faciles à franchir. La tentation dut en venir vite aux ambitieux, aux impatients, aux inquiets des deux Comités ; et nous ne sommes pas surpris d'apprendre qu'ils ne tardèrent pas à entrer l'un contre ' l'autre en lutte sourde, bientôt en conflit aigu.
Robespierre, Couthon et Saint- Just, que la nature de leur esprit, épris d'un idéal absolu du gouvernement révolutionnaire, conduisait fatalement, par suite des résistances qu'ils rencontrèrent, au projet d'une dictature, ne pouvaient l'exercer au moyen de deux Comités qui se contrariaient et se contre-balançaient l'un l'autre. Leurs efforts tendirent à annihiler sinon à supprimer ce dualisme gênant. L'institution d'un bureau de police générale où ils dominaient et auquel ils attirèrent successivement les plus importantes attributions dévolues d'abord au Comité de sûreté générale , leur permit de réaliser leur dessein. L'unité qui leur était nécessaire eut lieu en fait sinon en droit par l'effacement progressif du Comité de sûreté générale, absorbé par le Comité de salut public, où ils se flattaient d'avoir, au moment décisif, la* prépondérance. De là des jalousies, des dissidences, des querelles, des rancunes , et dans le sein des deux Comités une anarchie dont les levains firent explosion en thermidor, coup d'Etat des Comités contre le triumvirat qui prétendait les asservir après les avoir divisés, réaction de la Convention contre la confiscation de ses pouvoirs par les Comités eux-mêmes. Les
INTBODUCTION. IX
causes du 9 thermidor se caractérisent par ses effets. A la mort de Robesbierre et de ses partisans, de ses complices, correspond immédiatement la décadence du pouvoir excessif imprudemment attribué par la Convention à des Comités qui, sous prétexte de la servir, n'avaient songé qu'à la dominer.
Mais les documents que nous publions, les leçons qui s'en dégagent se rapportent surtout à la période d'effervescence, d'ivresse révolutionnaire pendant laquelle les Comités furent fondés et comblés de ces pouvoirs dont la Convention à l'envi se dépouillait à leur profit. Nous y revenons, et pour introduire dans cette étude une clarté nécessaire qui tient surtout aux bonnes divisions, à l'ordonnance logique des faits, nous prendrons successivement et séparément à leur origine le Comité de sûreté générale d'abord, le Comité de salut public ensuite, démêlant leurs -attributions, nommant leurs membres, caractérisant leur rôle, pénétrant dans les mystères de leur organisation intérieure et appréciant leurs actes et leur influence.
Le Comité de sûreté générale, qui connaissait, selon la définition du décret de frimaire que nous venons de citer, « de tout ce qui est relatif aux personnes et à la police générale et intérieure » date, au moins à l'état embryonnaire, de l'origine même de la Révolution. Dès le mois de juillet 1789, l'Assemblée nationale créa un Comité d'information ou de surveillance auquel, le 30 mai 1792, l'Assemblée nationale donna le nom de Comité de sûreté générale. Il se composa de vingt-quatre membres jusqu'au 21 janvier 1793 où ce nombre fut réduit à douze. Les premiers douze furent : Bazire, Lamarque, Chabot, Ruamps, Maribou-Montaut, Tallien, Legendre (de Paris) , Bernard